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Fiches/SES — Sciences économiques et sociales/Justice sociale et inégalités
FR · Bac

Justice sociale et inégalités

Ce « Regards croisés » articule l'économie et la sociologie autour d'une question : « Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? » On y situe les grandes tendances des inégalités depuis le début du XXe siècle, on apprend à interpréter les outils qui les mesurent (courbe de Lorenz, coefficient de Gini, rapports inter-quantiles, part du top 1 %, corrélation des revenus entre parents et enfants), à distinguer les formes d'égalité (droits, chances, situations) et les grandes conceptions de la justice (utilitarisme, libertarisme, égalitarisme libéral de Rawls, égalitarisme strict), puis à évaluer l'action des pouvoirs publics, exercée sous contrainte de financement et discutée en termes d'efficacité, de légitimité et d'effets pervers. Attention : ce questionnement est au programme mais HORS du programme d'examen depuis la session 2025 (note de service du 17-9-2024) — aucun sujet ne peut porter dessus, ses notions restent en revanche mobilisables ailleurs et au Grand oral.

5 sections·~34 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·111111 / 12
Profil d’examen
Savoir interpréter les principaux outils de mesure statique des inégalités (rapport interdécile, courbe de Lorenz et coefficient de Gini, top 1 %) et dynamique (corrélation des revenus entre parents et enfants).Comprendre que le caractère multiforme et cumulatif des inégalités peut remettre en cause la cohésion sociale et nourrir des débats sur la justice sociale.Connaître les différentes formes d'égalité (des droits, des chances, des situations) et les conceptions de la justice sociale qui les fondent (utilitarisme, libertarisme, égalitarisme libéral, égalitarisme strict).Comprendre que l'action des pouvoirs publics (fiscalité, redistribution et protection sociale, services collectifs, lutte contre les discriminations) agit sur la justice sociale, et qu'elle a des effets ambivalents (débats efficacité / légitimité).
Opérateurs :DéfinirMesurerCalculerLire (un graphique)InterpréterDistinguerComparerJustifierÉvaluer / nuancer

niveau de base

Maîtrise d'abord le vocabulaire (égalité des droits / des chances / des situations) et la lecture commentée d'une courbe de Lorenz et d'un rapport interdécile. Ce sont des acquis de cours : le questionnement étant hors programme d'examen, ils te serviront comme exemples et comme savoir-faire de lecture dans un sujet portant sur un autre questionnement.

niveau approfondi

Vise la mise en relation : rattache chaque mesure à une conception de la justice (un Gini élevé n'a pas le même sens pour un libertarien et pour un égalitariste strict) et tiens séparés les trois débats du programme — efficacité, légitimité (consentement à l'impôt), effets pervers. Ce chapitre ne peut pas faire l'objet d'un sujet, mais il fournit des arguments de premier ordre pour un raisonnement sur les politiques économiques ou le chômage, et une excellente matière de Grand oral.

Profondeur

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Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Justice sociale et inégalités
    • 01Les inégalités : des écarts multiformes et cumulatifs○
    • 02Mesurer les inégalités : Lorenz, Gini, rapports interdéciles◐
    • 03Égalité des droits, des chances, des situations : les conceptions de la justice◐
    • 04L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale●
    • 05Effets ambivalents et débats : efficacité et légitimité●

5 sections · 25 points clés · 3 formules · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Les inégalités : des écarts multiformes et cumulatifs#

~6 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Inégalités-et-conceptions-de-la-justice-socialeBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

Le cumul des inégalités

Le cumul des inégalitésGraphe, Inégalité économique (revenu) → Inégalités sociales (santé, école), Inégalités sociales (santé, école) → Génération suivante désavantagée, Génération suivante désavantagée → Inégalité économique (revenu)Inégalitééconomique(revenu)Inégalitéssociales (santé,école)Générationsuivantedésavantagée

Points clés

Portée : ce questionnement est au programme mais hors du programme d'examen — depuis la session 2025, la note de service du 17-9-2024 réserve l'épreuve terminale de SES à neuf des douze questionnements, et celui-ci n'y figure pas. Aucun sujet ne peut donc porter dessus ; ses notions restent mobilisables comme argument ou comme exemple dans un autre sujet, et font un excellent appui de Grand oral. Une inégalité est une différence d'accès à des ressources socialement valorisées (revenu, patrimoine, diplôme, santé, logement, pouvoir) qui se traduit par un avantage ou un désavantage et qui est hiérarchisée. Toute différence n'est pas une inégalité : c'en est une lorsqu'elle classe les individus selon une échelle de valeur sociale.
Les inégalités sont multiformes : on distingue les inégalités économiques (de revenu et de patrimoine) et les inégalités sociales (d'accès à l'éducation, à la santé, à la culture, à l'emploi, exposition aux discriminations). Une même personne est située sur plusieurs de ces dimensions à la fois.
Les inégalités sont cumulatives : un désavantage en appelle d'autres. Un faible capital économique limite l'accès à un logement de qualité et à des soins, ce qui pèse sur la réussite scolaire des enfants, donc sur leur futur revenu — un cercle de reproduction. C'est ce cumul qui peut menacer la cohésion sociale.
Rappel de première : on distingue les inégalités de situation (écarts constatés de positions, par exemple d'un revenu à l'autre) et les inégalités des chances (écarts dans la probabilité d'accéder à une position selon l'origine sociale, le sexe ou le territoire). Cette distinction, réactivée ici, structure tout le débat sur la justice sociale.
Les inégalités ne sont pas figées : elles évoluent dans le temps (les inégalités de revenu se sont resserrées en France des années 1950 aux années 1980, puis le haut de la distribution a connu un certain décrochage) et elles se cumulent différemment selon les groupes (genre, origine, territoire).
Les grandes tendances du XXe siècle dessinent une courbe en U : forte concentration des revenus et surtout des patrimoines avant 1914 ; compression brutale de 1914 à 1945 — destructions, inflation qui lamine les rentes, puis impôts fortement progressifs et protection sociale — que les Trente Glorieuses prolongent ; puis, depuis les années 1980, un nouveau décrochage du haut de la distribution, net aux États-Unis, plus modéré en France (travaux de Thomas Piketty et de la World Inequality Database).
La courbe en cloche proposée par Simon Kuznets en 1955 — le développement creuserait les inégalités avant de les réduire mécaniquement — ne rend pas compte de cette histoire : la compression du milieu du siècle tient à des chocs et à des choix politiques, ce qui explique qu'elle ait pu se défaire. Le patrimoine, lui, accumulé par épargne et par héritage, reste plus concentré que le revenu, donc plus fortement transmis.
Le cumul a enfin une géographie : la ségrégation résidentielle concentre dans les mêmes quartiers chômage, mauvais logement et faible offre de soins. Il joue aussi à l'intersection des appartenances — une femme peu diplômée d'origine populaire ne subit pas l'addition de trois désavantages, mais leur combinaison.

Vocabulaire

→ Cartes
  • inégalitéDifférence hiérarchisée d'accès à des ressources socialement valorisées, qui procure un avantage ou un désavantage — toute différence n'en est pas une.
  • inégalités cumulativesSituation où un désavantage sur une dimension en entraîne d'autres, jusqu'à se transmettre à la génération suivante.
  • inégalités de situationÉcarts constatés entre les positions occupées, par exemple entre deux niveaux de vie, indépendamment de la façon dont on y est parvenu.
  • inégalités des chancesÉcarts dans la probabilité d'atteindre une position selon l'origine sociale, le sexe ou le territoire, à mérite comparable.
  • courbe de KuznetsHypothèse de 1955 selon laquelle le développement creuserait d'abord les inégalités avant de les réduire ; la chronologie du XXe siècle l'a largement démentie.
  • ségrégation résidentielleConcentration dans un même espace de ménages aux caractéristiques sociales proches, qui redouble les désavantages par le voisinage et les équipements.
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Exemple corrigé

Montrer le caractère cumulatif des inégalités

À l'aide d'un exemple, montrez que les inégalités peuvent présenter un caractère cumulatif. (exercice de cours ; rappel : ce questionnement n'est pas au programme d'examen)

  1. 01Définir

    Une inégalité est une différence hiérarchisée d'accès à des ressources socialement valorisées. Le caractère cumulatif signifie qu'un désavantage sur une dimension en entraîne d'autres.

  2. 02Choisir un point de départ

    Partons d'une inégalité économique : un ménage à faible revenu et faible patrimoine.

  3. 03Enchaîner les dimensions

    Ce faible revenu réduit l'accès à un logement sain et à des soins (inégalité de santé), pèse sur l'environnement d'étude des enfants (inégalité scolaire), donc à terme sur leur diplôme et leur revenu d'adulte.

  4. 04Conclure

    Les inégalités ne s'additionnent pas seulement : elles se renforcent et se transmettent entre générations, ce qui peut fragiliser la cohésion sociale.

Résultat : L'exemple montre qu'une inégalité économique initiale se prolonge en inégalités sociales (santé, école) qui reproduisent l'inégalité économique à la génération suivante : c'est le caractère cumulatif des inégalités.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : définir une inégalité comme une différence hiérarchisée d'accès à des ressources socialement valorisées, et la distinguer d'une simple différence.
  • Attendu de cours : restituer la courbe en U des inégalités de revenu au XXe siècle et nommer le mécanisme de chaque phase.
  • Mobilisable comme exemple dans « Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ? » : le cumul des désavantages est l'un des mécanismes de la reproduction sociale.
  • Mobilisable comme exemple dans « Comment est structurée la société française actuelle ? » : le caractère multiforme des inégalités est ce qui fait qu'une position sociale ne se réduit pas au revenu.
  • Piste de Grand oral : « Les inégalités se cumulent-elles ? » — le sujet permet de croiser un mécanisme économique, une donnée sociologique et un exemple territorial que vous connaissez de première main.

Erreurs fréquentes

  • Réduire « les inégalités » aux seules inégalités de revenu. Forme correcte : citer dans la même phrase au moins une inégalité économique (revenu ou patrimoine) et une inégalité sociale (santé, école, logement, accès à la culture).
  • Confondre inégalité et différence. Forme correcte : une différence de couleur des yeux n'est pas une inégalité ; il n'y a inégalité que si la différence est hiérarchisée, donc si elle donne un avantage d'accès à une ressource valorisée.
  • Écrire que « les inégalités augmentent depuis toujours ». Forme correcte : le XXe siècle dessine un U — forte concentration avant 1914, compression jusqu'aux années 1980, remontée du sommet depuis. Une tendance s'énonce avec sa période.
  • Traiter revenu et patrimoine comme équivalents. Forme correcte : le patrimoine est un stock accumulé, toujours plus concentré que le revenu, qui est un flux annuel.
  • Dire que les inégalités « s'additionnent ». Forme correcte : elles se renforcent mutuellement et se transmettent — c'est un cercle cumulatif, pas une somme.

§ 01

Révision active

En vous appuyant sur deux exemples précis, montrez que les inégalités présentent un caractère à la fois multiforme et cumulatif ; puis, en une phrase, situez la période actuelle dans l'évolution des inégalités de revenu depuis le début du XXe siècle.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Mesurer les inégalités : Lorenz, Gini, rapports interdéciles#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Inégalités-et-conceptions-de-la-justice-socialeBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

Courbe de Lorenz et aire de concentration (Gini)

Lecture d'une courbe de LorenzCourbe de Égalité parfaite, racines en x = 0, ordonnée à l’origine y = 0, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 1, Courbe de Courbe de Lorenz, racines en x = 0, ordonnée à l’origine y = 0, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 10.20.40.60.810.20.40.60.8150 % → 18 % revenuÉgalité parfaiteCourbe de LorenzPart cumulée du revenuPart cumulée population
Fig. 2En abscisse, la part cumulée de la population classée du plus pauvre au plus riche ; en ordonnée, la part cumulée du revenu. La diagonale figure l'égalité parfaite. Le point lu signifie que les 50 % les plus modestes détiennent 18 % du revenu. L'aire entre la diagonale et la courbe est l'aire de concentration, dont le double donne le coefficient de Gini.

Points clés

Rappel de portée : au programme, mais hors du programme d'examen depuis la session 2025 (note de service du 17-9-2024 : neuf questionnements évaluables sur douze). Aucun sujet ne portera sur lui — en revanche, les outils de mesure décrits ici sont ceux qu'un document statistique peut vous demander de lire dans un sujet consacré à un autre questionnement. Les rapports interquantiles comparent les extrêmes de la distribution. Le rapport interdécile D9/D1 est le rapport entre le revenu plancher des 10 % les plus aisés (D9) et le revenu plafond des 10 % les plus modestes (D1) : s'il vaut 3, le seuil d'entrée des 10 % les plus riches est 3 fois plus élevé que le seuil de sortie des 10 % les plus pauvres.
La courbe de Lorenz représente la part cumulée du revenu (axe vertical) détenue par une part cumulée de la population (axe horizontal), classée du plus pauvre au plus riche. La diagonale (la bissectrice) figure l'égalité parfaite : x % de la population détiennent alors exactement x % du revenu. Plus la courbe s'éloigne de la diagonale (vers le bas), plus la répartition est inégalitaire.
Le coefficient de Gini résume la concentration en un seul nombre compris entre 0 et 1 : c'est le double de l'aire comprise entre la diagonale et la courbe de Lorenz. Gini = 0 correspond à l'égalité parfaite (courbe confondue avec la diagonale) ; Gini = 1 à l'inégalité maximale (une seule personne détient tout le revenu). Plus le Gini est proche de 1, plus la concentration est forte.
On distingue mesure statique et mesure dynamique. Les outils précédents (rapports interdéciles, Lorenz, Gini, part du top 1 %) décrivent les inégalités à un instant donné (statique). La corrélation entre les revenus des parents et ceux des enfants mesure, elle, la persistance des inégalités dans le temps (dynamique) : plus cette corrélation est forte, moins la société est mobile.
La part détenue par le top 1 % (ou les 10 % les plus riches) éclaire la concentration au sommet, là où la courbe de Lorenz est moins lisible. Deux distributions peuvent avoir un Gini voisin mais une concentration au sommet très différente : aucun indicateur n'est suffisant seul.
Une précaution de vocabulaire évite l'erreur la plus fréquente : D9 et D1 sont des SEUILS, pas des moyennes. Le rapport D9/D1 compare deux frontières et ne dit rien de ce qui se passe au-delà de D9, là où les écarts sont les plus grands. On distingue aussi l'écart interdécile (D9 moins D1, en euros) du rapport interdécile (sans unité).
Un indicateur ne veut rien dire hors de son intitulé. Trois choix le déterminent : l'unité retenue (individu, ménage, ou niveau de vie par unité de consommation), le concept de revenu (primaire, disponible, ou élargi aux services collectifs) et le champ (un pays ou le monde). En changer un modifie la valeur sans que les inégalités aient bougé : lisez l'intitulé complet et la source avant de commenter le moindre chiffre.
Le versant dynamique se mesure par la corrélation entre le revenu des parents et celui des enfants. Rapprochée du Gini pays par pays, elle donne la « courbe de Gatsby le Magnifique » popularisée par Alan Krueger en 2012 : les sociétés les plus inégalitaires sont en moyenne les moins mobiles.

Vocabulaire

→ Cartes
  • rapport interdécileRapport entre le seuil D9 et le seuil D1 : il compare les frontières des 10 % les plus aisés et des 10 % les plus modestes.
  • décileChacune des neuf valeurs qui partagent une distribution ordonnée en dix groupes d'effectifs égaux ; c'est un seuil, pas un groupe.
  • courbe de LorenzGraphique reliant la part cumulée de la population, ordonnée du plus pauvre au plus riche, à la part cumulée du revenu qu'elle détient.
  • coefficient de GiniIndicateur de synthèse compris entre 0 et 1, égal au double de l'aire entre la diagonale d'égalité parfaite et la courbe de Lorenz.
  • part du top 1 %Fraction du revenu ou du patrimoine total détenue par le centième le plus riche ; elle éclaire la concentration au sommet, invisible sur un indicateur global.
  • niveau de vieRevenu disponible du ménage rapporté au nombre d'unités de consommation, afin de comparer des ménages de tailles différentes.

Coefficient de Gini

G=2×Aavec 0≤G≤1G = 2 \times \mathcal{A} \quad \text{avec}\ 0 \le G \le 1G=2×Aavec 0≤G≤1

Le coefficient de Gini G est le double de l'aire de concentration, c'est-à-dire de l'aire comprise entre la diagonale d'égalité parfaite et la courbe de Lorenz. G = 0 : égalité parfaite ; G se rapproche de 1 à mesure que la concentration augmente. Cette relation s'interprète, elle ne se calcule pas en SES.

Rapport interdécile D9/D1

Rapport interdeˊcile=D9D1\text{Rapport interdécile} = \dfrac{D_9}{D_1}Rapport interdeˊcile=D1​D9​​

D9 est le revenu au-dessus duquel se situent les 10 % les plus aisés ; D1 le revenu en dessous duquel se situent les 10 % les plus modestes. Un rapport de 3,4 signifie que le seuil D9 vaut 3,4 fois le seuil D1. Ce sont deux seuils, jamais deux moyennes.

La concentration du revenu par décile

La concentration du revenu par décileDiagramme en colonnes: part (%), Données: part du revenu (%) · D1: 3; part du revenu (%) · D2: 5; part du revenu (%) · D3: 6; part du revenu (%) · D4: 7; part du revenu (%) · D5: 8; part du revenu (%) · D6: 9; part du revenu (%) · D7: 11; part du revenu (%) · D8: 13; part du revenu (%) · D9: 15; part du revenu (%) · D10: 2305101520D1D2D3D4D5D6D7D8D9D1035678911131523part (%)
Fig. 3Part du revenu total détenue par chaque dixième de la population, du plus modeste (D1) au plus aisé (D10) — illustration du rapport interdécile.

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Exemple corrigé

Lire une courbe de Lorenz et interpréter un Gini

Le document présente une courbe de Lorenz pour laquelle 50 % de la population la plus modeste détient 18 % du revenu total, et le coefficient de Gini vaut 0,42. Rédigez une phrase de lecture du point indiqué, puis interprétez la valeur du Gini.

  1. 01Phrase de lecture

    On lit sur la courbe que les 50 % de la population aux revenus les plus faibles ne perçoivent que 18 % du revenu total. En situation d'égalité parfaite, ces 50 % en percevraient 50 % : l'écart de 32 points de pourcentage mesure l'inégalité.

  2. 02Rappeler les bornes du Gini

    Le coefficient de Gini est compris entre 0 et 1 : 0 = égalité parfaite (courbe confondue avec la diagonale), 1 = inégalité maximale (une personne détient tout).

  3. 03Interpréter la valeur

    Un Gini de 0,42 traduit une inégalité notable de la répartition du revenu : la courbe de Lorenz s'écarte sensiblement de la diagonale. Il faut le comparer (à un autre pays, à une autre date) pour le qualifier, mais on est nettement au-dessus de 0.

  4. 04Conclure prudemment

    Le Gini résume la concentration en un seul nombre, mais ne dit rien de la forme précise des inégalités : on le complète par la part du top 1 % et par le rapport interdécile.

Résultat : Les 50 % les plus modestes ne détiennent que 18 % du revenu (contre 50 % attendus en égalité parfaite), et un Gini de 0,42 confirme une inégalité importante, à compléter par d'autres indicateurs.

Explication pas à pas4 étapes
  1. 1

    On classe d'abord la population du plus pauvre au plus riche, en abscisse, et on porte en ordonnée la part cumulée du revenu qu'elle détient.

  2. 2

    La diagonale figure l'égalité parfaite : à chaque part de population correspond une part égale du revenu.

  3. 3

    La vraie courbe passe en dessous : les premiers déciles détiennent peu de revenu, l'écart à la diagonale grandit.

  4. 4

    Le coefficient de Gini est le double de l'aire entre la diagonale et la courbe : plus cette aire est grande, plus le Gini est proche de 1 et plus la société est inégalitaire.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : lire une courbe de Lorenz — rédiger la phrase de lecture d'un point, comparer deux courbes, relier l'écart à la diagonale au niveau d'inégalité.
  • Attendu de cours : interpréter une valeur de Gini (entre 0 et 1, 0 = égalité parfaite) ou un rapport interdécile dans une phrase complète. Le programme range le Gini et les rapports inter-quantiles parmi les outils à LIRE et à INTERPRÉTER, jamais à calculer.
  • Ce savoir-faire, lui, se transfère à l'épreuve : la partie 2 de l'épreuve composée (étude d'un document, 6 points, deux questions) porte sur un document statistique d'au plus 120 données chiffrées, quel que soit le questionnement évalué.
  • Mobilisable comme exemple dans « Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ? » : la corrélation des revenus entre parents et enfants relie inégalités et fluidité sociale.
  • Piste de Grand oral : « Mesure-t-on bien les inégalités ? » — l'exposé peut confronter deux indicateurs qui ne disent pas la même chose du même pays.

Erreurs fréquentes

  • Croire qu'un Gini de 0 signifie « pas de données » ou « inégalité maximale ». Forme correcte : 0 = égalité parfaite, 1 = inégalité maximale ; un Gini supérieur à 1 est impossible.
  • Inverser les axes de la courbe de Lorenz. Forme correcte : en abscisse la part cumulée de la population classée du plus pauvre au plus riche, en ordonnée la part cumulée du revenu ; plus la courbe s'éloigne de la diagonale, plus la répartition est inégalitaire.
  • Traiter D9 et D1 comme des moyennes. Forme correcte : ce sont des seuils. « D9/D1 vaut 3,4 » se dit : le seuil d'entrée des 10 % les plus aisés est 3,4 fois plus élevé que le seuil de sortie des 10 % les plus modestes.
  • Chercher à calculer un Gini, une médiane ou un rapport inter-quantile. Forme correcte : le programme ne les rend pas calculables, il demande de les lire. Sont calculables en revanche une proportion, un pourcentage de répartition, un taux de variation, un coefficient multiplicateur, un indice simple et une moyenne.
  • Comparer deux Gini sans dire sur quoi ils portent. Forme correcte : préciser revenu ou patrimoine, avant ou après redistribution, individu ou ménage, et l'année — sans quoi la comparaison ne prouve rien.

§ 02

Révision active

À partir d'une courbe de Lorenz et de deux coefficients de Gini (0,30 puis 0,45), rédigez la phrase de lecture d'un point de la courbe, puis comparez les deux situations en termes d'inégalité. Vous n'avez rien à calculer : ces indicateurs se lisent et s'interprètent.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Égalité des droits, des chances, des situations : les conceptions de la justice#

~6 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Inégalités-et-conceptions-de-la-justice-socialeBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

Trois formes d'égalité, plusieurs conceptions de la justice

Conceptions de la justice et formes d'égalitéTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Conception · Forme d'égalité · Principe; Libertarisme · égalité des droits · libertés, marché; Utilitarisme · bien-être agrégé · maximiser le bien-être total; Rawls (libéral) · égalité des chances · favoriser les plus défavorisés; Égalitarisme strict · égalité des situations · réduire les écarts réels, cellule mise en évidence : égalité des chancesConceptionForme d'égalitéPrincipeLibertarismeégalité des droitslibertés, marchéUtilitarismebien-être agrégémaximiser le bien-être totalRawls (libéral)égalité des chancesfavoriser les plusdéfavorisésÉgalitarismestrictégalité des situationsréduire les écarts réels

Points clés

Portée : ce questionnement reste au programme mais ne fait plus partie du programme d'examen depuis la session 2025 (note de service du 17-9-2024 : neuf questionnements évaluables sur douze). Aucun libellé de dissertation ni d'épreuve composée ne peut donc l'annoncer ; les conceptions de la justice qui suivent gardent toute leur utilité ailleurs, et comme matière de Grand oral. Trois formes d'égalité structurent le débat. L'égalité des droits (ou formelle) : les mêmes règles s'appliquent à tous, sans privilège ni discrimination juridique. L'égalité des chances : tous ont la même probabilité d'accéder aux positions sociales, quelles que soient leur origine, leur sexe ou leur territoire. L'égalité des situations (ou des positions, F. Dubet) : on cherche à rapprocher les conditions de vie réelles, en réduisant l'écart entre les positions elles-mêmes.
L'utilitarisme (tradition de Bentham) juge une situation à l'aune du bien-être collectif : est juste ce qui maximise la somme des utilités. Une inégalité est acceptable si elle augmente le bien-être total ; mais une redistribution se justifie aussi par l'utilité marginale décroissante du revenu (un euro apporte plus de bien-être à un pauvre qu'à un riche).
Le libertarisme (Robert Nozick) place la liberté individuelle et le respect des droits de propriété au-dessus de tout. Toute redistribution imposée par l'État est vue comme une atteinte à la liberté : est juste ce qui résulte de transactions librement consenties. Les inégalités issues du marché et du mérite sont légitimes ; l'égalité visée est avant tout celle des droits.
L'égalitarisme libéral de John Rawls (Théorie de la justice, 1971) propose deux principes choisis derrière un « voile d'ignorance » (on ignore la place qu'on occupera). Premier principe : égale liberté pour tous. Second principe : égalité équitable des chances ET principe de différence — les inégalités ne sont justes que si elles bénéficient aux plus défavorisés. Rawls justifie ainsi des inégalités, mais encadrées.
L'égalitarisme strict vise l'égalité des situations : il considère que la justice exige de réduire fortement les écarts de positions eux-mêmes, et non seulement d'égaliser les chances au départ. À l'opposé du libertarisme, il privilégie l'égalité des résultats. Amartya Sen déplace le débat vers les « capabilités » : l'égalité réelle est celle des libertés effectives d'accomplir ce à quoi on a raison d'aspirer.
Deux précisions rapportent des points. François Dubet oppose l'« égalité des places » — resserrer les écarts entre les positions — et l'« égalité des chances » — ouvrir à tous la compétition pour ces positions (Les Places et les Chances, 2010). Et chez Rawls l'ordre des principes compte : l'égale liberté est prioritaire, et l'égalité équitable des chances précède le principe de différence, qui n'est donc pas un blanc-seing.
Amartya Sen déplace enfin la question de « combien d'égalité ? » vers « égalité de quoi ? », et cette reformulation range tout le chapitre : chaque conception se reconnaît à la variable qu'elle veut égaliser — les droits pour le libertarisme, le bien-être agrégé pour l'utilitarisme, la position des plus défavorisés pour Rawls, les situations pour l'égalitarisme strict, les capabilités pour Sen.

Vocabulaire

→ Cartes
  • égalité des droitsApplication des mêmes règles à tous, sans privilège ni discrimination juridique ; on l'appelle aussi égalité formelle.
  • égalité des chancesSituation où la probabilité d'atteindre une position sociale ne dépend ni de l'origine, ni du sexe, ni du territoire.
  • égalité des situationsObjectif consistant à rapprocher les conditions de vie réelles en réduisant les écarts entre les positions elles-mêmes.
  • principe de différenceRègle de Rawls selon laquelle une inégalité socio-économique n'est juste que si elle améliore le sort des plus défavorisés.
  • voile d'ignoranceSituation fictive où l'on choisit les règles de la société sans savoir quelle place on y occupera, ce qui garantit l'impartialité du choix.
  • capabilitésChez Sen, libertés réelles d'accomplir ce à quoi on a raison d'aspirer, au-delà des seules ressources monétaires détenues.
Exemple corrigé

Les deux principes de justice de Rawls

Présentez les deux principes de justice de John Rawls et montrez en quoi le principe de différence rend certaines inégalités acceptables.

  1. 01Le cadre : le voile d'ignorance

    Rawls imagine des individus choisissant les règles de la société sans savoir quelle place ils y occuperont (riche ou pauvre, doué ou non) : le « voile d'ignorance » garantit l'impartialité du choix.

  2. 02Premier principe

    Le principe d'égale liberté : chacun doit disposer du système le plus étendu de libertés de base compatible avec une liberté identique pour tous. Il est prioritaire.

  3. 03Second principe

    Il comporte deux volets : l'égalité équitable des chances (les positions sont ouvertes à tous à compétences égales) ET le principe de différence — les inégalités socio-économiques ne sont justes que si elles profitent le plus aux membres les plus défavorisés de la société.

  4. 04Pourquoi des inégalités sont acceptables

    Derrière le voile d'ignorance, un individu prudent accepte des inégalités si, en améliorant le sort des plus défavorisés (par exemple en stimulant l'effort et la production), elles élèvent la situation de ceux qui sont au plus bas. Une inégalité qui n'améliore pas le sort des plus défavorisés est, elle, injuste.

Résultat : Rawls n'exige pas l'égalité absolue : il justifie les inégalités à condition qu'elles respectent l'égale liberté, l'égalité des chances, et qu'elles bénéficient aux plus défavorisés (principe de différence).

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : distinguer sans hésiter égalité des droits, des chances et des situations, et associer à chacune la conception de la justice qui la privilégie.
  • Attendu de cours : énoncer les deux principes de Rawls dans le bon ordre — égale liberté prioritaire, puis égalité équitable des chances et principe de différence — et savoir que le principe de différence justifie certaines inégalités au lieu de les interdire.
  • Mobilisable comme argument dans « Quelle action publique pour l'environnement ? » ou dans un sujet sur les politiques économiques : toute discussion de la légitimité d'une intervention publique gagne à s'appuyer sur une conception explicite de la justice.
  • Mobilisable comme exemple dans « Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ? » : l'école est le lieu où l'égalité des chances est promise, ce qui rend la mesure de la fluidité sociale politiquement chargée.
  • Piste de Grand oral : « Une inégalité peut-elle être juste ? » — le principe de différence donne une réponse construite, à confronter au libertarisme et à l'égalitarisme strict.

Erreurs fréquentes

  • Confondre égalité des chances et égalité des situations. Forme correcte : la première égalise les points de départ, la seconde rapproche les conditions de vie effectives.
  • Présenter Rawls comme un partisan de l'égalité absolue. Forme correcte : il justifie des inégalités, à la condition stricte qu'elles profitent le plus aux membres les plus défavorisés.
  • Attribuer à Nozick une simple préférence pour le marché. Forme correcte : sa thèse est procédurale — est juste ce qui résulte d'acquisitions et de transferts légitimes, quel que soit le résultat d'ensemble.
  • Faire de l'utilitarisme une doctrine anti-redistributive. Forme correcte : l'utilité marginale décroissante du revenu peut au contraire justifier de transférer un euro d'un riche vers un pauvre, puisque le gain de bien-être y est plus grand.
  • Réduire Sen à « l'égalité réelle ». Forme correcte : sa contribution est de changer la variable à égaliser — les capabilités, c'est-à-dire les libertés effectives — et non d'ajouter un degré à l'égalité des situations.

§ 03

Révision active

Présentez les deux principes de justice de John Rawls, puis montrez ce qui sépare sa position de celle d'un libertarien et de celle d'un égalitariste strict quant aux inégalités acceptables.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale#

~6 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Inégalités-et-conceptions-de-la-justice-socialeBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

Du prélèvement à la réduction des inégalités

Du prélèvement à la réduction des inégalitésGraphe, Prélèvements : impôts, cotisations → Prestations et services collectifs, Prestations et services collectifs → Réduction des écarts de revenu, Réduction des écarts de revenu → Plus d'égalité des chancesPrélèvements :impôts,cotisationsPrestations etservicescollectifsRéduction desécarts de revenuPlus d'égalitédes chances

Points clés

Portée : depuis la session 2025, la note de service du 17-9-2024 réserve l'épreuve terminale de SES à neuf des douze questionnements et celui-ci n'en fait pas partie — il est au programme, pas au programme d'examen. Les instruments décrits ici restent des connaissances de cours mobilisables ailleurs, et une piste de Grand oral solide. La fiscalité agit sur les inégalités selon sa structure. Un impôt est progressif quand son taux moyen augmente avec le revenu (cas de l'impôt sur le revenu) : il réduit les écarts. Il est proportionnel quand le taux est constant (cotisations à taux fixe), et régressif quand il pèse relativement plus sur les bas revenus (cas de la TVA, payée à taux égal mais sur une plus grande part du revenu des modestes).
La redistribution combine prélèvements et prestations. La redistribution verticale (logique de solidarité) transfère des plus aisés vers les plus modestes pour réduire les écarts de revenu. La redistribution horizontale (logique d'assurance) couvre des risques sociaux (maladie, chômage, vieillesse) indépendamment du revenu, en mutualisant les cotisations.
La protection sociale (Sécurité sociale, prestations familiales, minima sociaux) assure un revenu de remplacement et réduit la pauvreté. Les services collectifs (école et santé gratuites ou quasi gratuites, transports) constituent une redistribution « en nature » : ils égalisent l'accès à des biens essentiels et soutiennent l'égalité des chances.
La lutte contre les discriminations (à l'embauche, au logement) et certaines politiques de discrimination positive (par exemple l'éducation prioritaire) visent directement l'égalité des chances, en agissant sur les inégalités de traitement liées à l'origine, au sexe ou au territoire.
Ces instruments correspondent à des conceptions différentes : l'égalitarisme strict justifie une redistribution forte (égalité des situations) ; l'égalitarisme libéral légitime surtout les dépenses qui élèvent le sort des plus défavorisés et l'égalité des chances (école) ; le libertarisme conteste la légitimité même de la redistribution imposée.
Toute cette action s'exerce sous contrainte de financement, et le programme le dit expressément : une prestation versée, une classe ouverte, un soin remboursé sont payés par des prélèvements aujourd'hui ou par de la dette, c'est-à-dire par des prélèvements demain. Le budget social est donc un arbitrage permanent entre les risques couverts et les autres emplois de l'argent public — d'autant plus vif que la France figure, selon les statistiques de recettes publiques de l'OCDE, parmi les pays au taux de prélèvements obligatoires le plus élevé.
Deux logiques d'attribution s'opposent. Les prestations universelles, sans condition de ressources, sont simples et bien acceptées mais peu concentrées sur les plus modestes ; les prestations ciblées sont plus efficaces à euro dépensé, mais créent des effets de seuil et s'exposent au non-recours — une partie des ayants droit ne demande pas ce à quoi elle a droit.
Enfin, la progressivité réelle du système ne se lit pas sur le seul barème de l'impôt sur le revenu : c'est la structure d'ensemble — poids des impôts indirects, imposition du patrimoine et des successions, dépenses fiscales — qui la détermine.

Vocabulaire

→ Cartes
  • impôt progressifImpôt dont le taux moyen augmente avec le revenu, ce qui resserre l'éventail des revenus disponibles.
  • impôt régressifImpôt dont le poids relatif diminue quand le revenu augmente, comme une taxe sur la consommation rapportée au revenu.
  • redistribution verticaleTransferts organisés des ménages les plus aisés vers les plus modestes, dans une logique de solidarité, pour réduire les écarts.
  • redistribution horizontaleCouverture mutualisée d'un risque social — maladie, chômage, vieillesse — indépendamment du niveau de revenu, dans une logique d'assurance.
  • non-recoursFait, pour une personne éligible, de ne pas demander une prestation à laquelle elle a droit, par méconnaissance, complexité ou crainte du regard social.
  • contrainte de financementObligation de couvrir toute dépense sociale par des prélèvements présents ou futurs, ce qui impose des arbitrages entre les usages de l'argent public.

Progressivité de l'impôt

Taux moyen d’imposition=Impoˆt verseˊRevenu\text{Taux moyen d'imposition} = \dfrac{\text{Impôt versé}}{\text{Revenu}}Taux moyen d’imposition=RevenuImpoˆt verseˊ​

L'impôt est progressif lorsque ce taux moyen croît avec le revenu, proportionnel s'il reste constant, régressif s'il diminue quand le revenu augmente. La progressivité est l'instrument fiscal qui réduit le plus les inégalités.

Exemple corrigé

Montrer la variété des instruments d'action publique

À l'aide d'exemples, montrez que les pouvoirs publics disposent d'instruments variés pour agir sur les inégalités et la justice sociale.

  1. 01La fiscalité

    L'impôt progressif sur le revenu prélève une part croissante du revenu quand celui-ci augmente : il resserre directement l'éventail des revenus disponibles.

  2. 02La redistribution monétaire

    Les prestations (RSA, allocations familiales, minima sociaux) versent des revenus de transfert qui élèvent le niveau de vie des ménages modestes : c'est la redistribution verticale, de solidarité.

  3. 03La protection sociale et les services collectifs

    L'assurance maladie et les retraites couvrent les risques sociaux (logique horizontale, d'assurance) ; l'école et la santé quasi gratuites égalisent l'accès aux savoirs et aux soins (redistribution en nature, au service de l'égalité des chances).

  4. 04La lutte contre les discriminations

    Les politiques contre les discriminations à l'embauche et la discrimination positive (éducation prioritaire) corrigent des inégalités de traitement et favorisent l'égalité des chances.

Résultat : Fiscalité progressive, prestations, protection sociale, services collectifs et lutte contre les discriminations forment une palette d'instruments qui agissent sur les inégalités de situation comme sur l'égalité des chances.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : présenter les quatre leviers — fiscalité, protection sociale et redistribution monétaire, services collectifs, lutte contre les discriminations — avec un exemple exact pour chacun.
  • Attendu de cours : distinguer impôt progressif, proportionnel et régressif par l'évolution du TAUX MOYEN quand le revenu augmente, et redistribution verticale (solidarité) / horizontale (assurance).
  • Attendu de cours : savoir que cette action s'exerce sous contrainte de financement — toute prestation supplémentaire suppose un prélèvement ou une dette, donc un arbitrage assumé.
  • Mobilisable comme argument dans « Quelles politiques économiques dans le cadre européen ? » : la protection sociale joue aussi le rôle de stabilisateur automatique, ce qui relie justice sociale et conjoncture.
  • Piste de Grand oral : « Un impôt peut-il être juste ? » — l'exposé peut confronter la progressivité du barème de l'impôt sur le revenu et la régressivité de la fiscalité indirecte.

Erreurs fréquentes

  • Croire que tous les impôts réduisent les inégalités. Forme correcte : la TVA, proportionnelle sur la consommation, est régressive au regard du revenu, puisque les ménages modestes consomment une part plus grande de ce qu'ils gagnent.
  • Confondre redistribution verticale et horizontale. Forme correcte : la première transfère des plus aisés vers les plus modestes (solidarité), la seconde couvre un risque quel que soit le revenu (assurance) — retraites et assurance maladie relèvent surtout de la seconde.
  • Définir la progressivité par le montant payé. Forme correcte : un impôt proportionnel fait déjà payer davantage aux hauts revenus ; ce qui définit la progressivité, c'est l'augmentation du TAUX MOYEN avec le revenu.
  • Oublier la redistribution en nature. Forme correcte : mentionner l'école et la santé quasi gratuites, qui pèsent bien plus lourd dans le niveau de vie d'un ménage modeste.
  • Présenter la dépense sociale comme sans contrepartie. Forme correcte : rappeler la contrainte de financement — chaque euro versé est prélevé quelque part, aujourd'hui ou demain.

§ 04

Révision active

À l'aide d'un exemple par levier, montrez que les pouvoirs publics disposent d'instruments variés pour agir sur les inégalités et la justice sociale, puis expliquez en quoi la contrainte de financement limite l'usage de ces instruments.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Effets ambivalents et débats : efficacité et légitimité#

~6 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Inégalités-et-conceptions-de-la-justice-socialeBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

Efficacité et équité : deux canaux opposés

Efficacité et équité : deux canaux opposésGraphe, Redistribution → Désincitations, Désincitations → Efficacité amoindrie, Redistribution → Inégalités réduites, Inégalités réduites → Santé, éducation, cohésion, Santé, éducation, cohésion → Efficacité renforcéeRedistributionDésincitationsEfficacitéamoindrieInégalitésréduitesSanté,éducation,cohésionEfficacitérenforcéecoin fiscalcapital humain
Fig. 6Le débat ne se joue pas entre deux camps mais entre deux CANAUX que la même redistribution ouvre en même temps. Par le haut, le prélèvement creuse un coin fiscal et peut décourager le travail et l'investissement. Par le bas, la réduction des inégalités finance santé, éducation et cohésion, c'est-à-dire du capital humain. Savoir lequel l'emporte est une question empirique, et c'est pourquoi le programme parle d'un débat en termes d'efficacité, de légitimité et d'effets pervers — non d'un arbitrage tranché.

Points clés

Portée : au programme, mais hors du programme d'examen (note de service du 17-9-2024, applicable depuis la session 2025 : neuf questionnements évaluables sur douze). Aucun sujet ne peut le prendre pour objet ; le débat efficacité / légitimité qu'il installe reste l'un des arguments les plus utiles à réinvestir ailleurs, et l'une des meilleures entrées de Grand oral. L'action publique a des effets réels : en France, prélèvements et prestations réduisent nettement les inégalités de niveau de vie, et les services collectifs (école, santé) abaissent encore les écarts mesurés. La redistribution n'est donc pas neutre — c'est un acquis empirique majeur du chapitre.
Mais ses effets sont ambivalents. Le débat sur l'EFFICACITÉ porte sur les désincitations possibles : un taux d'imposition élevé ou des prestations mal calibrées pourraient décourager le travail, l'effort ou l'épargne (effet de « trappe à inactivité » si le retour à l'emploi rapporte peu). Ces effets sont discutés et de portée variable, jamais automatiques.
Le débat sur la LÉGITIMITÉ oppose les conceptions de la justice : pour le libertarisme, la redistribution imposée porte atteinte à la liberté et aux droits de propriété ; pour l'égalitarisme strict, elle est insuffisante tant que subsistent de fortes inégalités de situation. La « bonne » dose de redistribution dépend donc de la conception de la justice retenue.
L'arbitrage entre efficacité et équité résume la tension : trop peu de redistribution laisse perdurer des inégalités jugées injustes ; trop de redistribution pourrait nuire à l'incitation et à la création de richesses. Ce n'est pas un calcul objectif mais un choix politique et normatif, ce qui explique la permanence du débat.
Amartya Sen enrichit le débat : au-delà des revenus, ce qui compte est l'égalité des « capabilités », c'est-à-dire des libertés réelles de mener la vie que l'on a raison de valoriser. Deux personnes au même revenu n'ont pas les mêmes possibilités effectives (handicap, accès aux services) : l'action publique doit viser ces libertés réelles, pas seulement les transferts monétaires.
La légitimité porte un nom précis dans le programme : le consentement à l'impôt, inscrit à l'article 14 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 — les citoyens ont le droit de constater la nécessité de la contribution publique et de la consentir librement —, l'article 13 la voulant répartie « en raison de leurs facultés ». Il n'est jamais acquis : il tient à la lisibilité du système et au sentiment que chacun paie sa part.
Les effets pervers désignent des mécanismes qu'il faut nommer. La trappe à inactivité : si la reprise d'un emploi fait perdre des prestations presque à l'euro près, le gain net au travail devient faible — d'où des dispositifs qui se cumulent partiellement avec le salaire, comme la prime d'activité. Quant à la courbe de Laffer, le taux qui retournerait la recette n'est ni observé ni stable.
Le débat est donc à trois étages qu'une copie forte tient séparés : l'efficacité, la légitimité et les effets pervers. Répondre « c'est inefficace » à une objection de légitimité est la faiblesse la plus courante sur ce chapitre.

Vocabulaire

→ Cartes
  • consentement à l'impôtAdhésion des citoyens au prélèvement, fondée sur les articles 13 et 14 de la Déclaration de 1789 ; elle conditionne la légitimité de la redistribution.
  • trappe à inactivitéSituation où la reprise d'un emploi fait perdre presque autant de prestations qu'elle rapporte de salaire, ce qui réduit fortement le gain au travail.
  • effet de seuilPerte brutale d'un droit ou d'une prestation dès qu'un revenu dépasse une limite, ce qui peut décourager de gagner un peu plus.
  • arbitrage efficacité / équitéTension supposée entre la réduction des écarts et l'incitation à produire ; son existence et son ampleur relèvent d'un débat, non d'un calcul objectif.
  • courbe de LafferReprésentation théorique selon laquelle, au-delà d'un certain taux, une hausse d'imposition réduirait la recette ; ce taux n'est ni observé ni stable.
  • stabilisateur automatiqueMécanisme par lequel prélèvements et prestations amortissent spontanément les variations de l'activité, sans nouvelle décision politique.
Exemple corrigé

Discuter les limites et débats de la redistribution

Vous montrerez que l'action des pouvoirs publics réduit les inégalités, puis vous discuterez les limites et les débats qu'elle suscite. (exercice de cours ; rappel : ce questionnement n'est pas au programme d'examen)

  1. 01Thèse : la redistribution réduit les inégalités

    Prélèvements progressifs et prestations resserrent l'écart entre les revenus disponibles ; les services collectifs (école, santé) réduisent encore les inégalités mesurées et soutiennent l'égalité des chances.

  2. 02Première limite : l'efficacité

    Certains économistes soulignent des désincitations possibles : prélèvements élevés et prestations mal calibrées pourraient décourager le travail ou l'effort (trappe à inactivité). Ces effets sont discutés et d'ampleur incertaine, à présenter comme un débat.

  3. 03Seconde limite : la légitimité

    Le débat est aussi normatif : pour les libertariens, la redistribution imposée porte atteinte à la liberté et aux droits de propriété ; pour les égalitaristes stricts, elle reste insuffisante face aux inégalités de situation.

  4. 04Synthèse : l'arbitrage efficacité / équité

    La « bonne » dose de redistribution résulte d'un arbitrage entre efficacité et équité, qui n'est pas un calcul objectif mais un choix politique dépendant de la conception de la justice retenue. D'où la permanence du débat.

Résultat : La redistribution réduit réellement les inégalités, mais ses effets sont ambivalents : son ampleur fait l'objet d'un arbitrage entre efficacité et légitimité, qui dépend de la conception de la justice sociale que l'on défend.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : montrer que la redistribution réduit effectivement les inégalités, puis discuter les trois débats du programme — efficacité, légitimité, effets pervers — sans les confondre.
  • Attendu de cours : nommer le consentement à l'impôt et le rattacher aux articles 13 et 14 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
  • Attendu de cours : présenter la trappe à inactivité comme un mécanisme précis — le gain net au retour à l'emploi devient faible — et non comme un slogan, en rappelant que son ampleur est débattue.
  • Mobilisable comme argument dans « Comment lutter contre le chômage ? » : l'articulation entre indemnisation, incitations et retour à l'emploi y est directement transférable.
  • Piste de Grand oral : « Jusqu'où redistribuer ? » — la question force une réponse normative assumée, appuyée sur une conception de la justice que vous nommez.

Erreurs fréquentes

  • Affirmer sans preuve que « la redistribution détruit la croissance ». Forme correcte : présenter les désincitations comme un débat, avec le mécanisme invoqué, et non comme un fait établi.
  • Présenter l'arbitrage efficacité / équité comme une vérité technique. Forme correcte : c'est d'abord un choix normatif, qui dépend de la conception de la justice retenue.
  • Traiter la légitimité et l'efficacité comme un seul argument. Forme correcte : ce sont deux débats distincts, l'un sur les résultats, l'autre sur le droit de prélever ; une objection de légitimité ne se réfute pas par un chiffre.
  • Invoquer la courbe de Laffer comme une loi. Forme correcte : la relation est théorique, le taux qui retournerait la recette n'est pas observé, et la thèse est contestée.
  • Conclure que la redistribution « ne sert à rien » parce qu'il subsiste des inégalités. Forme correcte : comparer les inégalités avant et après transferts — l'écart mesuré est précisément l'effet de la redistribution.

§ 05

Révision active

Montrez que l'action des pouvoirs publics réduit les inégalités, puis discutez-en les limites en distinguant nettement les trois débats du programme : l'efficacité, la légitimité (consentement à l'impôt) et les effets pervers.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

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Sommaire

Section -- / 05

    • 01Les inégalités : des écarts multiformes et cumulatifs○
    • 02Mesurer les inégalités : Lorenz, Gini, rapports interdéciles◐
    • 03Égalité des droits, des chances, des situations : les conceptions de la justice◐
    • 04L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale●
    • 05Effets ambivalents et débats : efficacité et légitimité●

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Des fiches à l'entraînement

Justice sociale et inégalités

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019

Voir aussi

  • La structure de la société française actuelleLes hiérarchies dont on mesure ici les écarts y sont d'abord décrites et nommées.
  • Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ?L'égalité des chances y prend son sens le plus concret : l'accès à l'école et au diplôme.
  • Caractéristiques et facteurs de la mobilité socialeLa corrélation de revenu entre parents et enfants est l'outil dynamique qui relie inégalités et mobilité.

Chapitre précédent

Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?

Chapitre suivant

Quelle action publique pour l'environnement ?

EuraStudy·Fiches T·11·MMXXVI

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