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Se déplace-t-on dans l'espace social d'une génération à l'autre, et de combien ? Le questionnement apprend d'abord à MESURER : distinguer la mobilité sociale intergénérationnelle de la mobilité géographique et de la mobilité professionnelle, puis construire et lire les tables de mobilité issues de l'enquête Formation et qualification professionnelle de l'INSEE — en ligne pour la destinée, en colonne pour le recrutement — afin d'y repérer une ascension, une reproduction, un déclassement, et de retrouver les spécificités de la mobilité des femmes, longtemps absentes de ces tables. Il apprend ensuite à ne pas confondre deux choses que le sens commun mélange : la mobilité OBSERVÉE, dont une large part est imposée par la transformation de la structure socioprofessionnelle, et la FLUIDITÉ, qui mesure ce que pèse encore l'origine sociale — une société plus mobile n'est pas nécessairement une société plus fluide. Restent les facteurs : niveaux de formation, évolution des emplois, ressources et configurations familiales. Ce questionnement fait partie des neuf qui sont ÉVALUABLES à l'épreuve terminale.
5 sections~40 min de lecture5 compétencesVérifié · 06/2026
niveau de base
Maîtriser d'abord le vocabulaire (mobilité intergénérationnelle, verticale ascendante/descendante, structurelle, fluidité, déclassement) et savoir lire une table de destinée et une table de recrutement sans les confondre.
niveau approfondi
Aller jusqu'à l'argumentation : distinguer rigoureusement mobilité observée et fluidité sociale, décomposer la mobilité totale, et discuter les déterminants (diplôme, structure des emplois, capitaux familiaux) ainsi que le paradoxe d'Anderson dans un raisonnement nuancé.
Profondeur de lecture : Approfondi
Taille du texte : Standard · Interligne : Compact
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5 sections25 points clés4 formules25 pièges signalés
Les types de mobilité sociale
Vocabulaire
→ CartesÀ l'aide de vos connaissances, qualifiez précisément la mobilité dans chacun des cas suivants : (a) Léa, dont le père était ouvrier qualifié, devient professeure des écoles (PCS « profession intermédiaire ») ; (b) Karim, fils de cadre, devient employé de bureau ; (c) Inès, fille d'agricultrice exploitante, devient artisane.
Pour chaque individu, on compare la PCS des parents (origine) à sa propre PCS (destinée). C'est une comparaison intergénérationnelle.
Origine « ouvrier » → destinée « profession intermédiaire » : on monte dans la hiérarchie. C'est une mobilité verticale ascendante (promotion sociale).
Origine « cadre » → destinée « employé » : on descend dans la hiérarchie. C'est une mobilité verticale descendante, autrement dit un déclassement intergénérationnel.
Origine « agriculteur exploitant » → destinée « artisan-commerçant » : ces deux PCS d'indépendants sont de niveau hiérarchique comparable. C'est une mobilité horizontale.
Résultat : (a) mobilité intergénérationnelle verticale ascendante ; (b) mobilité intergénérationnelle verticale descendante (déclassement) ; (c) mobilité intergénérationnelle horizontale. Dans les trois cas, il s'agit de mobilité observée.
Erreurs fréquentes
Révision active
Qualifiez précisément chacune des situations suivantes, en disant à chaque fois s'il y a mobilité SOCIALE et, si oui, de quel type — intergénérationnelle ou intragénérationnelle, verticale ascendante ou descendante, ou horizontale. (a) Une femme dont le père était ouvrier devient infirmière. (b) Un employé devient cadre après quinze ans dans la même entreprise. (c) Un fils d'agriculteur exploitant devient artisan. (d) Une fille de cadre devient employée. (e) Un ouvrier quitte la Lorraine pour l'Île-de-France et y retrouve un emploi d'ouvrier. (f) Une caissière devient hôtesse d'accueil dans la même enseigne. Pour (e) et (f), nommez la forme de mobilité dont il s'agit et expliquez pourquoi elle n'est pas, en elle-même, une mobilité sociale. Pour (a) et (d), rédigez la phrase complète que vous écririez sur une copie.
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Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)
Table de mobilité : destinée (ligne) vs recrutement (colonne)
Vocabulaire
→ CartesPart en destinée (lecture en ligne)
Au numérateur, l'effectif de la case qui croise l'origine i et la destinée j ; au dénominateur, le total de la LIGNE i, c'est-à-dire l'effectif de tous les individus d'origine i. On lit : parmi les individus d'origine i, la part qui atteint la position j.
Part en recrutement (lecture en colonne)
Même numérateur, autre dénominateur : le total de la COLONNE j, c'est-à-dire l'effectif de tous les individus qui occupent la position j. On lit : parmi les individus en position j, la part qui est d'origine i. Une même case du tableau donne donc deux pourcentages différents selon le total retenu.
Le tableau ci-dessous donne, pour 100 fils (PCS du père en ligne, PCS du fils en colonne), les effectifs. Ouvrier : ligne (22 ; 8 ; 5), total 35 ; Employé : ligne (6 ; 14 ; 10), total 30 ; Cadre : ligne (4 ; 9 ; 22), total 35. Totaux de colonnes : Ouvrier 32, Employé 31, Cadre 37. (1) Calculez et interprétez la part en destinée des fils d'ouvriers devenus cadres. (2) Calculez et interprétez la part en recrutement des cadres dont le père était cadre.
« Fils d'ouvriers devenus cadres » : case (origine Ouvrier, destinée Cadre) = 5. Destinée → on divise par le total de la LIGNE Ouvrier = 35.
5 ÷ 35 = 0,1428… soit environ 14,3 %.
« Parmi les 35 fils d'ouvriers, environ 14,3 % sont devenus cadres. » C'est une mobilité ascendante.
« Cadres dont le père était cadre » : case (origine Cadre, destinée Cadre) = 22. Recrutement → on divise par le total de la COLONNE Cadre = 37.
22 ÷ 37 = 0,5945… soit environ 59,5 %.
Résultat : (1) Environ 14,3 % des fils d'ouvriers sont devenus cadres (lecture en destinée). (2) Environ 59,5 % des cadres ont un père lui-même cadre (lecture en recrutement) : le recrutement des cadres est marqué par une forte autoreproduction.
Erreurs fréquentes
Révision active
Voici une table de mobilité en effectifs, portant sur 100 individus : la PCS du père est en ligne, celle de l'individu en colonne. Père ouvrier : 22 ouvriers, 8 employés, 5 cadres, total de ligne 35. Père employé : 6, 14, 10, total 30. Père cadre : 4, 9, 22, total 35. Totaux de colonne : 32 ouvriers, 31 employés, 37 cadres. (a) Calculez la part en destinée des fils d'ouvriers devenus cadres, puis la part en recrutement des cadres dont le père était cadre, et rédigez pour chacune la phrase de lecture complète. (b) Calculez le taux d'immobilité, c'est-à-dire la part de la diagonale, et dites ce qu'il vaut, et ce qu'il ne vaut pas, comme mesure du poids de l'origine sociale. (c) Le tableau porte sur les hommes de 40 à 59 ans : citez deux limites que ce champ impose à l'interprétation, dont une qui concerne les femmes. Tout se fait sans calculatrice.
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Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol) · Enquête Formation et qualification professionnelle (FQP) — source des tables de mobilité sociale (INSEE)
Décomposition : mobilité observée = structurelle + nette (fluidité)
Vocabulaire
→ CartesMobilité observée (en %)
Le taux d'immobilité est la part des individus sur la diagonale (origine = destinée). La mobilité observée en est le complément à 100.
Décomposition de la mobilité
La mobilité nette (fluidité sociale) est obtenue en retranchant de la mobilité observée la part imposée par l'évolution de la structure des emplois.
Dans une table de mobilité portant sur 100 individus, 58 occupent la même position que leur père. Les sociologues estiment que la mobilité structurelle (imposée par l'évolution des emplois) représente 18 individus sur 100. (1) Calculez le taux de mobilité observée. (2) En déduisez la mobilité nette (fluidité). (3) Interprétez : que se passerait-il pour la fluidité si, à structure inchangée, la mobilité observée passait à 50 % surtout par hausse de la mobilité structurelle ?
C'est le complément à 100 du taux d'immobilité. Immobiles = 58, donc mobiles = 100 − 58 = 42.
On retranche la part structurelle de la mobilité observée : 42 − 18 = 24.
Sur 100 individus, 42 sont mobiles, mais 18 le sont seulement parce que la structure des emplois a changé (moins d'ouvriers, plus de cadres). Seuls 24 relèvent de la fluidité sociale, c'est-à-dire d'une réelle ouverture (indépendance origine/destinée).
Si la mobilité observée monte à 50 % uniquement parce que la mobilité structurelle augmente (par exemple de 18 à 26), la fluidité reste à 24 (50 − 26). On observe « plus de mobilité » sans aucune amélioration de l'égalité des chances : c'est tout l'enjeu de la distinction.
Résultat : Mobilité observée = 42 % ; mobilité nette (fluidité) = 24 %. La hausse de la mobilité observée peut provenir entièrement de la transformation des emplois (mobilité structurelle) sans que l'origine sociale pèse moins : la fluidité, qui mesure l'égalité des chances, peut rester inchangée.
Erreurs fréquentes
Révision active
Dans une table de mobilité portant sur 100 individus, 58 occupent la même position que leur père. Un encadré du document indique que, pour ce même tableau, la mobilité structurelle représente 18 individus sur 100. (a) Calculez le taux de mobilité observée, puis la mobilité nette. (b) Interprétez l'écart en une phrase qui nomme ce que chaque part mesure. (c) Le même document donne, pour les chances relatives d'accéder à la position de cadre plutôt qu'à celle d'ouvrier, un rapport de 8 entre une origine cadre et une origine ouvrière : interprétez ce chiffre sans le recalculer, et dites ce qu'il ajoute à la réponse (a). (d) Si, dix ans plus tard, la mobilité observée passait à 50 % uniquement par hausse de la part structurelle, que faudrait-il conclure sur la fluidité — et pourquoi cette conclusion serait-elle impossible à tirer de la seule mobilité observée ?
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Les déterminants de la mobilité et de la reproduction sociale
Vocabulaire
→ CartesÀ l'aide de vos connaissances, montrez pourquoi un enfant de cadre a, aujourd'hui, de fortes chances d'occuper lui-même une position favorisée, alors qu'un enfant d'ouvrier connaît moins souvent une mobilité ascendante.
L'enfant de cadre hérite d'un capital culturel élevé (familiarité avec la langue et les codes scolaires, livres, aide parentale aux devoirs). Or l'école valorise ce capital : il réussit donc plus souvent et accède aux diplômes les plus rentables.
Le capital économique familial permet de financer des études longues, de soutenir l'enfant pendant son insertion et d'absorber les risques (réorientation, mobilité géographique). L'enfant d'ouvrier dispose plus rarement de ce filet.
Le réseau de relations des parents cadres facilite stages, informations sur les filières et premières insertions. Ce capital social manque davantage aux familles populaires.
La mobilité structurelle a ralenti : aux Trente Glorieuses, l'essor des emplois de cadres « tirait vers le haut » les enfants d'ouvriers ; ce mouvement de vidage du bas de la structure est aujourd'hui largement achevé, si bien que moins de positions élevées se libèrent mécaniquement et que la concurrence pour les bonnes positions est plus vive, ce qui limite les ascensions et expose au déclassement.
Résultat : La position favorisée se transmet par le cumul des trois capitaux (culturel, économique, social) que l'école convertit en diplômes, dans un contexte où la mobilité structurelle moins porteuse n'« ouvre » plus autant les positions élevées : la reproduction sociale l'emporte donc souvent sur la mobilité ascendante pour les enfants d'origine populaire.
Erreurs fréquentes
Révision active
À l'aide des trois capitaux au sens de Bourdieu et de la notion de mobilité structurelle, expliquez pourquoi un enfant d'origine populaire né en 1950 avait davantage de chances de connaître une mobilité ascendante qu'un enfant né en 2000. (a) Construisez la réponse en trois temps, un par déterminant nommé dans l'objectif d'apprentissage. (b) Montrez, dans le deuxième temps, que le diplôme joue dans les deux sens. (c) Nommez une évolution qui, à l'inverse, a pu FAVORISER la mobilité des générations récentes, et dites pourquoi elle ne suffit pas à compenser le tarissement de la mobilité structurelle. (d) Terminez par la limite de tout raisonnement fondé sur la seule mobilité observée.
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Le paradoxe d'Anderson
Vocabulaire
→ CartesAntoine est titulaire d'une licence (bac + 3) ; son père, titulaire d'un baccalauréat, était technicien (profession intermédiaire). Antoine occupe lui aussi un poste de profession intermédiaire. À l'aide du paradoxe d'Anderson et de la dévaluation des diplômes, analysez cette trajectoire, puis nuancez.
Antoine (bac + 3) est plus diplômé que son père (bac). En termes de capital scolaire, il y a bien une ascension : la « génération » a élevé son niveau de diplôme.
Pourtant, Antoine occupe la même PCS que son père (profession intermédiaire) : il n'y a pas de mobilité sociale ascendante intergénérationnelle. C'est une immobilité de position malgré une hausse du diplôme.
Le niveau de diplôme requis pour accéder à une position donnée a augmenté entre les deux générations : ce qui se faisait avec un bac demande désormais un bac + 3. Monter en diplôme par rapport à son père ne suffit donc plus pour s'élever — c'est le paradoxe d'Anderson, lié à la dévaluation des diplômes.
Pour autant, la licence d'Antoine n'est pas inutile : sans elle, il aurait probablement accédé à une position inférieure ou serait davantage exposé au chômage. Le diplôme reste un bouclier relatif ; il est moins discriminant qu'avant, mais demeure nécessaire.
Résultat : Antoine est plus diplômé que son père sans connaître d'ascension sociale : c'est le paradoxe d'Anderson, expliqué par la dévaluation des diplômes (le niveau requis par position a monté). La nuance s'impose : le diplôme protège toujours du déclassement et du chômage, même s'il ne garantit plus la promotion.
Erreurs fréquentes
Révision active
Antoine est titulaire d'une licence ; son père, bachelier, était technicien, donc classé en profession intermédiaire. Antoine occupe lui aussi un poste de profession intermédiaire. (a) Qualifiez sa trajectoire en termes de mobilité sociale, puis en termes de niveau de diplôme, et expliquez la contradiction apparente par le paradoxe d'Anderson. (b) Distinguez dans votre explication ce qui relève de la dévaluation des diplômes, qui est la cause, et ce qui relève du paradoxe, qui en est l'effet. (c) Nuancez en une phrase sur la valeur protectrice du diplôme. (d) Dans quelle case d'une table de mobilité Antoine se trouve-t-il, et pourquoi cette table ne permettrait-elle pas de dire s'il est en situation de déclassement scolaire ?
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Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)
Vérifié · 06/2026Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres
Références et sources
Voir aussi