EuraStudy
Fiches/SES — Sciences économiques et sociales/Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?
FR · Bac

Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?

L'engagement politique ne se réduit pas au vote : il prend des formes variées — vote, militantisme, engagement associatif, consommation engagée — qui puisent dans un répertoire d'action collective historiquement situé, celui que Charles Tilly a décrit comme national, autonome et modulaire. Sa probabilité se distribue très inégalement selon la catégorie socioprofessionnelle, le diplôme, l'âge et la génération, le sexe, ces variables agissant par le détour de la socialisation politique. Le paradoxe de l'action collective, formulé par Mancur Olson en 1965, montre pourtant que l'intérêt commun ne suffit pas à déclencher la mobilisation, puisque le bénéficiaire d'un bien collectif non excluable a intérêt à rester passager clandestin ; incitations sélectives, rétributions symboliques (Daniel Gaxie) et structure des opportunités politiques expliquent que l'on s'engage malgré tout. Enfin les objets, les acteurs et les répertoires se transforment, des conflits du travail aux nouveaux mouvements sociaux et aux luttes pour la reconnaissance. Questionnement pleinement évaluable : la note de service du 17 septembre 2024 le retient parmi les neuf du programme d'examen.

5 sections·~41 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·101010 / 12
Profil d’examen
Socio 5.1 · Comprendre que l'engagement politique prend des formes variées (vote, militantisme, engagement associatif, consommation engagée).Socio 5.2 · Comprendre pourquoi, malgré le paradoxe de l'action collective, les individus s'engagent (incitations sélectives, rétributions symboliques, structure des opportunités politiques).Socio 5.3 · Comprendre que l'engagement politique dépend notamment de variables sociodémographiques (catégorie socioprofessionnelle, diplôme, âge et génération, sexe).Socio 5.4 · Comprendre la diversité et les transformations des objets de l'action collective (conflits du travail, nouveaux enjeux de mobilisation, luttes minoritaires), des acteurs (partis politiques, syndicats, associations, groupements) et de leurs répertoires.
Opérateurs :définirdistinguerillustrerinterpréterlire un tableau / un graphiquecalculer une proportionargumenter / discuter

niveau de base

Apprends d'abord à distinguer les formes de l'engagement (vote, militantisme, engagement associatif, consommation engagée) et à lire un graphique de participation électorale selon l'âge ou le diplôme.

niveau approfondi

Sache mobiliser le paradoxe d'Olson et ses trois résolutions (incitations sélectives, rétributions symboliques de Gaxie, structure des opportunités politiques de Tilly) pour discuter, exemples à l'appui, pourquoi des individus s'engagent malgré la logique du passager clandestin.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard · Interligne : Compact

Toujours charger les médias : désactivé

Sommaire · 5 sections▾
  1. Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?
    • 01La diversité des formes et des répertoires de l'engagement politique○
    • 02Les déterminants sociodémographiques de l'engagement◐
    • 03Le paradoxe de l'action collective (Olson) et le passager clandestin●
    • 04Incitations sélectives, rétributions symboliques et opportunités politiques●
    • 05La transformation des objets de la mobilisation collective◐

5 sections · 25 points clés · 5 formules · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

La diversité des formes et des répertoires de l'engagement politique#

~7 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Engagement-politique-dans-les-sociétés-démocratiquesBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

Les formes de l'engagement politique

Les formes de l'engagement politiqueGraphe, Engagement politique → Institutionnel : vote, militantisme, Engagement politique → Protestataire : grève, pétition, boycott, Engagement politique → Quotidien : consommation engagéeEngagementpolitiqueInstitutionnel :vote,militantismeProtestataire :grève, pétition,boycottQuotidien :consommationengagée

Points clés

L'engagement politique désigne l'ensemble des activités par lesquelles des individus cherchent, individuellement ou collectivement, à influencer la vie de la cité et les décisions publiques. Il ne se réduit pas au vote : il englobe le militantisme (parti, syndicat), l'engagement associatif et des formes plus diffuses comme la consommation engagée.
On distingue quatre grandes formes au programme. Le vote est la forme institutionnelle, conventionnelle, de l'engagement (participer aux élections). Le militantisme est l'adhésion active à une organisation (parti, syndicat) avec un investissement durable. L'engagement associatif est la participation à la vie associative, qui peut avoir une portée politique sans être partisane. La consommation engagée (boycott, « buycott », achat éthique ou local) fait du choix de consommation un acte politique.
On oppose souvent l'engagement conventionnel ou institutionnel (vote, adhésion à un parti) à l'engagement protestataire (manifestation, grève, pétition, occupation) et à un engagement plus individualisé et quotidien (consommation engagée). Ces registres ne s'excluent pas : un même individu peut voter, militer et boycotter.
Charles Tilly appelle « répertoire de l'action collective » l'ensemble des moyens d'action dont disposent les groupes pour se mobiliser à une époque donnée (manifestation, pétition, grève, boycott, occupation). Ce répertoire est historiquement situé et se transforme : la manifestation de masse et la grève se sont imposées avec l'industrialisation et la démocratie ; les pétitions et boycotts en ligne élargissent aujourd'hui le répertoire.
Le répertoire évolue avec les sociétés démocratiques : numérisation (pétitions en ligne, mobilisations sur les réseaux sociaux, « hashtags »), individualisation des engagements et essor des formes ponctuelles ou « à la carte » coexistent avec les formes plus anciennes et institutionnalisées (vote, syndicalisme).
Le mot répertoire n'est pas une simple liste. Chez Charles Tilly, c'est un ensemble de moyens d'action appris, limité et reconnu de tous, dans lequel les groupes puisent comme un musicien dans le sien. Tilly oppose deux états. Le répertoire ANCIEN, dominant jusqu'au début du XIXe siècle, est local (on s'en prend au notable ou au marchand du lieu), patronné (on passe par un protecteur) et direct : charivari, saccage, émeute frumentaire. Le répertoire MODERNE, qui s'installe avec l'industrialisation, l'urbanisation et la représentation politique, est national puisqu'il vise l'État, autonome puisque le groupe parle en son nom, et modulaire : la manifestation, la grève, la pétition et le meeting servent n'importe quelle cause dans n'importe quelle ville. C'est cette transposabilité qui fait sa force.
Le répertoire continue de bouger. Pétitions en ligne, campagnes par mots-dièses, appels au boycott relayés en quelques heures : le numérique abaisse fortement le coût d'entrée dans l'action collective, ce qui atténue mécaniquement le calcul du passager clandestin étudié plus loin dans ce questionnement. L'effet est discuté, et c'est ce débat qu'il faut restituer. Pour les uns, ces formes ÉLARGISSENT la mobilisation en touchant des participants que la réunion militante n'aurait jamais atteints ; pour les autres, elles s'y SUBSTITUENT, offrant à moindres frais le sentiment d'avoir agi. Les mobilisations récentes montrent surtout une articulation : le numérique convoque et documente, la rue et le vote tranchent.

Vocabulaire

→ Cartes
  • engagement politiqueEnsemble des activités par lesquelles des individus cherchent, seuls ou collectivement, à influencer la vie de la cité et les décisions publiques.
  • répertoire d'action collectiveChez Tilly, ensemble limité et appris des moyens d'action dont disposent les groupes à une époque donnée pour se mobiliser et se faire entendre.
  • militantismeAdhésion active et durable à une organisation, parti, syndicat ou association, impliquant un investissement régulier de temps et souvent des responsabilités.
  • consommation engagéeUsage du choix de consommation comme moyen d'action politique, pour sanctionner ou au contraire soutenir une entreprise, un produit ou une pratique.
  • boycottRefus organisé et rendu public d'acheter un produit ou de recourir à une entreprise, afin d'exercer une pression économique au nom d'une cause.
  • participation conventionnelleFormes d'engagement passant par les canaux institués de la démocratie représentative : vote, adhésion à un parti, candidature, réunion publique.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Classer des engagements concrets selon leur forme

On observe les actions suivantes : (1) une personne vote aux élections municipales ; (2) une autre adhère et milite dans un syndicat ; (3) une troisième est bénévole dans une association de quartier ; (4) une quatrième refuse d'acheter les produits d'une marque accusée de pollution. Classez ces engagements selon les formes au programme et indiquez, pour chacun, le registre (institutionnel, protestataire ou quotidien individualisé).

  1. 01Identifier la forme de l'action (1)

    Voter aux municipales relève du vote : c'est la forme institutionnelle et conventionnelle de l'engagement politique. Registre : institutionnel.

  2. 02Identifier la forme de l'action (2)

    Adhérer et militer dans un syndicat relève du militantisme : engagement durable et actif dans une organisation. Registre : institutionnel, mais qui peut basculer vers le protestataire (grève, manifestation).

  3. 03Identifier la forme de l'action (3)

    Le bénévolat associatif relève de l'engagement associatif : participation à la vie collective, potentiellement politique sans être partisane. Registre : quotidien individualisé / civique.

  4. 04Identifier la forme de l'action (4)

    Le refus d'acheter une marque (boycott) relève de la consommation engagée : le choix de consommation devient un acte politique. Registre : quotidien individualisé, et le boycott appartient aussi au répertoire protestataire.

Résultat : Les quatre actions illustrent les quatre formes au programme : le vote (institutionnel), le militantisme syndical (institutionnel/protestataire), l'engagement associatif (civique, quotidien) et la consommation engagée (quotidien individualisé). Un même individu peut cumuler ces registres, ce qui montre la diversité et la porosité des formes de l'engagement politique.

Objectif Bac

  • Épreuve composée, partie 1 (4 points, UNE question, SANS document) : « Présentez différentes formes de l'engagement politique. » Nomme les quatre formes du programme — vote, militantisme, engagement associatif, consommation engagée — et donne un exemple pour chacune.
  • Distingue la FORME, qui décrit ce que fait un individu, et le RÉPERTOIRE, qui désigne l'ensemble des moyens disponibles à une époque. Les confondre fait perdre la notion de Tilly, qui est historique avant d'être descriptive.
  • Épreuve composée, partie 3 (10 points, deux ou trois documents de nature différente, chaque texte n'excédant pas 2 500 signes) : « L'engagement politique se réduit-il au vote ? » ou « Comment expliquer la transformation des répertoires d'action collective ? ». Rappelle-toi que les trois parties portent sur trois questions différentes et sur au moins deux champs du programme.
  • Dissertation : le dossier compte trois ou quatre documents de nature strictement factuelle, surtout statistiques. Un tableau de participation associative ou de participation déclarée à une manifestation sert d'appui à un argument annoncé, il ne constitue jamais un paragraphe à lui seul.
  • La consommation engagée est la forme que les copies traitent le plus mal. Précise ses deux visages, le boycott qui refuse d'acheter et le buycott qui achète pour soutenir, et rappelle qu'elle est politique par sa VISÉE, non par son support.

Erreurs fréquentes

  • Réduire l'engagement politique au seul vote : le programme insiste sur la diversité des formes (militantisme, associatif, consommation engagée), dont beaucoup sont non électorales.
  • Confondre « engagement associatif » et « engagement partisan » : toute participation associative n'est pas politique au sens partisan, mais elle peut contribuer à la vie démocratique et constituer une forme d'engagement civique.
  • Traiter le répertoire d'action collective comme une simple liste de moyens. Chez Tilly, c'est un ensemble historiquement situé et appris : le répertoire moderne, national, autonome et modulaire, a succédé à un répertoire ancien local, patronné et direct.
  • Écrire que le numérique a créé de nouvelles formes d'engagement. Il transforme surtout le coût, la vitesse et la portée de formes anciennes — pétition, boycott, appel à manifester — plus qu'il n'en invente de véritablement inédites.
  • Opposer engagement conventionnel et engagement protestataire comme deux populations distinctes. Ce sont des registres, et un même individu en cumule souvent plusieurs : voter, adhérer, manifester et boycotter ne s'excluent nullement.

§ 01

Révision active

Une association de quartier lance une pétition en ligne contre un projet d'aménagement, appelle à un rassemblement devant la mairie et invite à ne plus fréquenter l'enseigne concernée. Identifiez les formes d'engagement et les éléments du répertoire d'action collective mobilisés, puis montrez ce que ce cas révèle de la transformation du répertoire depuis le XIXe siècle.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Les déterminants sociodémographiques de l'engagement#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Engagement-politique-dans-les-sociétés-démocratiquesBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

Effet d'âge et effet de génération

Effet d'âge vs effet de générationTableau de 3 colonnes et 3 lignes, Données: Effet d'âge · Effet de génération; Logique · cycle de vie · cohorte (socialisation); Évolution · varie avec l'âge · dispositions durables; Participation · ↑ avec l'intégration · propre à la génération, cellule mise en évidence : cohorte (socialisation)Effet d'âgeEffet de générationLogiquecycle de viecohorte (socialisation)Évolutionvarie avec l'âgedispositions durablesParticipation↑ avec l'intégrationpropre à la génération

Points clés

L'engagement politique n'est pas distribué au hasard : sa probabilité varie selon quatre grandes variables sociodémographiques au programme — la catégorie socioprofessionnelle (PCS), le diplôme, l'âge et la génération, et le sexe. Ces variables agissent souvent de façon combinée.
Le diplôme et la PCS jouent un rôle central : les individus les plus diplômés et appartenant aux PCS supérieures participent en moyenne davantage, surtout aux formes exigeantes (militantisme, engagement associatif, pétition). Le diplôme apporte des ressources cognitives (compréhension des enjeux), un sentiment de compétence politique et l'insertion dans des réseaux favorisant l'engagement.
L'âge et la génération doivent être distingués. L'effet d'âge (ou de cycle de vie) renvoie aux changements liés à l'avancée en âge (l'intégration sociale — emploi, logement, famille — tend à favoriser la participation électorale à l'âge mûr). L'effet de génération (ou de cohorte) renvoie aux marques durables laissées par la période de socialisation politique d'une cohorte : une génération socialisée dans un contexte donné garde des dispositions propres.
On observe une abstention différentielle : l'abstention n'est pas la même selon les groupes. Elle est en moyenne plus forte chez les jeunes, les moins diplômés et les milieux populaires, et plus faible chez les plus âgés et les plus diplômés. Mais l'abstention des jeunes relève en partie d'un effet d'âge (elle décroît souvent avec l'intégration) et non d'un simple désintérêt.
Le sexe structure aussi l'engagement : historiquement, l'écart de participation entre femmes et hommes s'est réduit, mais des différences subsistent dans certaines formes (sous-représentation persistante des femmes parmi les élus et dans certaines instances dirigeantes), tandis que femmes et hommes peuvent privilégier des répertoires différents. La socialisation politique différenciée (famille, école, pairs) éclaire ces écarts.
Les variables sociodémographiques ne produisent pas l'engagement par elles-mêmes : elles agissent par le détour de la socialisation politique. La socialisation primaire, dans la famille, transmet moins des opinions figées qu'un intérêt pour la politique, un vocabulaire et le sentiment d'avoir le droit d'en parler — Annick Percheron a montré que cette politisation commence bien avant l'âge de voter. La socialisation secondaire prend le relais à l'école, dans les groupes de pairs, au travail, dans les syndicats et les associations. C'est ce détour qui explique le poids du diplôme : il ne donne pas seulement des connaissances, il donne le sentiment de compétence politique, c'est-à-dire la conviction d'être fondé à intervenir.
Sur le sexe, mieux vaut des repères que des impressions. Les femmes n'ont obtenu le droit de vote en France que par l'ordonnance du 21 avril 1944, exercé pour la première fois aux élections municipales d'avril 1945 : le retard historique est considérable. L'écart de participation électorale entre femmes et hommes s'est depuis refermé, mais l'inégalité s'est déplacée vers les positions de pouvoir, ce à quoi répondent les lois de parité — loi du 6 juin 2000 sur l'égal accès aux mandats électoraux, loi du 27 janvier 2011 sur la composition des conseils d'administration. Inégalité d'accès aux responsabilités, donc, plutôt que de participation.
Une prudence de méthode fait la différence à l'écrit. Ces variables sont corrélées entre elles : les plus diplômés appartiennent aussi, en moyenne, aux PCS supérieures, et les générations récentes sont plus diplômées que les précédentes. Un simple tableau croisé ne permet donc pas d'isoler l'effet propre d'une variable — c'est le raisonnement toutes choses égales par ailleurs. Plus délicat encore : sur une enquête faite à une seule date, on ne peut séparer l'effet d'âge, l'effet de génération et l'effet de PÉRIODE, c'est-à-dire l'influence du contexte du moment sur tout le monde à la fois. Seul le suivi de cohortes dans le temps y parvient. Sache l'écrire en une phrase : le tableau montre une association, pas une causalité.

Vocabulaire

→ Cartes
  • abstention différentielleFait que l'abstention ne se répartit pas au hasard mais se concentre dans certains groupes sociaux, notamment les jeunes, les moins diplômés et les milieux populaires.
  • effet d'âgeVariation d'un comportement liée à l'avancée en âge et aux étapes du cycle de vie, indépendamment de la génération à laquelle on appartient.
  • effet de générationMarque durable laissée sur une cohorte par le contexte de sa socialisation, qui la distingue des autres cohortes tout au long de son existence.
  • effet de périodeInfluence du contexte d'un moment donné sur l'ensemble des groupes d'âge à la fois, qu'une enquête faite à une seule date ne peut isoler.
  • socialisation politiqueProcessus par lequel un individu acquiert des dispositions, des repères et un intérêt pour la politique, d'abord dans la famille puis à l'école et dans les groupes fréquentés.
  • sentiment de compétence politiqueConviction d'être capable de comprendre les enjeux publics et fondé à intervenir, très inégalement distribuée et fortement liée au diplôme.

Taux de participation électorale (en %)

taux de participation=nombre de votantsnombre d’inscrits×100\text{taux de participation} = \dfrac{\text{nombre de votants}}{\text{nombre d'inscrits}} \times 100taux de participation=nombre d’inscritsnombre de votants​×100

On rapporte le nombre de votants au nombre d'inscrits sur les listes électorales, multiplié par 100. Le taux d'abstention en est le complément à 100.

Écart de participation entre deux groupes (en points de %)

eˊcart en points=Tgroupe A−Tgroupe B\text{écart en points} = T_{\text{groupe A}} - T_{\text{groupe B}}eˊcart en points=Tgroupe A​−Tgroupe B​

On compare deux taux de participation (par exemple diplômés du supérieur vs sans diplôme) en faisant leur différence : le résultat se lit en points de pourcentage.

La participation électorale sur le cycle de vie

Participation électorale et cycle de vieGraphique en courbes: participation (%) selon âge, Données: participation (%) · 20: 55; participation (%) · 30: 65; participation (%) · 45: 78; participation (%) · 60: 84; participation (%) · 75: 80010203040506070802030456075participation (%)âge
Fig. 3Taux de participation selon l'âge : un effet de cycle de vie en cloche, faible chez les jeunes, maximal vers 60 ans, léger recul ensuite. Schéma d'illustration — les valeurs sont des ordres de grandeur destinés à faire voir la forme, et ne proviennent d'aucun scrutin particulier.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Calculer et interpréter un écart de participation selon le diplôme

Lors d'un scrutin, on suppose que le taux de participation est d'environ 78 % chez les diplômés du supérieur et d'environ 54 % chez les personnes sans diplôme. Calculez l'écart de participation entre les deux groupes, puis interprétez-le à l'aide des variables sociodémographiques au programme.

  1. 01Calculer l'écart en points

    On fait la différence entre les deux taux de participation, exprimés en points de pourcentage.

  2. 02Calculer le taux d'abstention de chaque groupe

    L'abstention est le complément à 100 du taux de participation : 100 − 78 = 22 % chez les diplômés du supérieur, 100 − 54 = 46 % chez les sans-diplôme.

  3. 03Lire correctement le résultat

    Les diplômés du supérieur participent 24 points de plus que les sans-diplôme : l'abstention est près de deux fois plus élevée chez les moins diplômés. Le diplôme apparaît comme un fort déterminant de la participation.

  4. 04Interpréter sociologiquement

    Le diplôme apporte des ressources cognitives (compréhension des enjeux), un sentiment de compétence politique et l'insertion dans des réseaux qui favorisent l'engagement. Il se cumule souvent avec la PCS : les milieux populaires et peu diplômés s'abstiennent davantage (abstention différentielle).

Résultat : L'écart de participation est de 24 points en faveur des diplômés du supérieur (78 % contre 54 %), soit une abstention deux fois plus forte chez les sans-diplôme (46 % contre 22 %). Cet écart illustre le poids du diplôme et de la PCS comme déterminants sociodémographiques de l'engagement, via les ressources et le sentiment de compétence politique.

Objectif Bac

  • Épreuve composée, partie 1 (4 points, sans document) : « Comment l'engagement politique varie-t-il selon le diplôme ? » Nomme la variable, énonce le sens de la variation, puis donne le mécanisme — ressources cognitives, sentiment de compétence politique, insertion dans des réseaux. Une variation sans mécanisme n'est pas une explication.
  • Épreuve composée, partie 2 (6 points, UN document statistique d'au plus 120 données, DEUX questions) : c'est le terrain naturel de ce questionnement. Les calculs exigibles sont la proportion et le pourcentage de répartition, le taux de variation, le coefficient multiplicateur, l'indice simple et la moyenne, simple ou pondérée. On te demandera de LIRE une médiane ou un rapport interdécile, jamais de les calculer.
  • Rédige une phrase de lecture complète : valeur, unité, population, date, source. Le moule est toujours le même — « En [année], selon [source], [valeur] % des [population] déclaraient… ». Sans ces cinq éléments, la lecture ne vaut pas ses points.
  • Épreuve composée, partie 3, ou dissertation : « L'engagement politique est-il socialement déterminé ? » attend un second temps. Les variables pèsent, mais elles n'effacent ni le contexte, que décrit la structure des opportunités politiques, ni les gratifications propres de l'engagement. Une copie purement déterministe est une copie incomplète.
  • Ne confonds jamais abstention et dépolitisation. Le terme attendu est l'abstention différentielle, et elle coexiste souvent, chez les mêmes personnes, avec des formes d'engagement non électorales.

Erreurs fréquentes

  • Confondre effet d'âge et effet de génération : le premier renvoie au vieillissement (cycle de vie), le second aux marques durables de la période de socialisation d'une cohorte ; les deux peuvent jouer simultanément.
  • Interpréter l'abstention des jeunes comme un pur désintérêt pour la politique : elle relève en partie d'un effet d'âge (faible intégration sociale) et coexiste souvent avec des formes d'engagement non électorales (associatif, protestataire, consommation engagée).
  • Oublier l'effet de PÉRIODE. Une enquête faite à une seule date ne peut séparer l'âge, la génération et le contexte du moment ; seul le suivi de cohortes dans le temps le permet.
  • Lire une corrélation comme une causalité. Diplôme, PCS et âge varient ensemble : la forme correcte est le raisonnement toutes choses égales par ailleurs, qu'il faut mentionner même quand on ne dispose pas des données pour le mener.
  • Écrire que les femmes s'engagent moins. L'écart de participation électorale s'est refermé ; ce qui subsiste est une inégalité d'accès aux positions de pouvoir, à laquelle répondent les lois de parité de 2000 et de 2011.

§ 02

Révision active

Un document construit pour l'exercice donne, pour un même scrutin, un taux de participation de 42 % chez les 18-24 ans contre 78 % chez les 65-74 ans, et de 51 % chez les personnes sans diplôme contre 76 % chez les diplômés du supérieur. Calculez les deux écarts en points de pourcentage, expliquez-les en distinguant effet d'âge et effet de génération, puis précisez pourquoi ce document ne permet pas, à lui seul, d'isoler l'effet propre du diplôme.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol) · Participation et abstention électorales en France (INSEE)

§ 03
§ 03

Le paradoxe de l'action collective (Olson) et le passager clandestin#

~9 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Engagement-politique-dans-les-sociétés-démocratiquesBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

Le paradoxe du passager clandestin

Le paradoxe du passager clandestin (Olson)Graphe, Intérêt collectif commun à se mobiliser → Calcul rationnel : « laissons les autres agir », Bien collectif (non excluable) → Calcul rationnel : « laissons les autres agir », Calcul rationnel : « laissons les autres agir » → Passager clandestin, Passager clandestin → Bien non produit (sous-mobilisation)Intérêtcollectif communà se mobiliserBien collectif(non excluable)Calcul rationnel: « laissons lesautres agir »PassagerclandestinBien non produit(sous-mobilisation)

Points clés

Dans La Logique de l'action collective (1965), Mancur Olson part d'une hypothèse d'individu rationnel qui compare coûts et bénéfices de sa participation. Le paradoxe est le suivant : même lorsqu'un groupe a un intérêt commun à se mobiliser, l'individu rationnel n'a pas intérêt à y contribuer.
Le mécanisme repose sur la nature de bien collectif (ou bien public) de l'enjeu : le résultat d'une mobilisation (une hausse de salaire obtenue par un syndicat, une loi environnementale) est non excluable — personne ne peut être privé du bénéfice, qu'il ait participé ou non. Dès lors, chacun a intérêt à laisser les autres supporter les coûts (temps, risque, cotisation) tout en profitant du résultat : c'est le comportement de passager clandestin (free rider).
Si tous les membres raisonnent ainsi, personne ne se mobilise et le bien collectif n'est pas produit, alors même que tous y avaient intérêt : c'est le paradoxe de l'action collective. L'intérêt commun ne suffit donc pas à déclencher l'action collective ; il faut un mécanisme supplémentaire.
Olson montre que le paradoxe se résout surtout grâce aux incitations sélectives : des avantages (positifs) ou des sanctions (négatives) réservés aux seuls membres qui contribuent, et donc excluables. Une incitation sélective positive est par exemple un service réservé aux adhérents d'un syndicat (conseil juridique, avantages) ; une incitation sélective négative est une pression ou une sanction sur ceux qui ne participent pas.
Le paradoxe est d'autant plus fort que le groupe est grand : dans un grand groupe, la contribution individuelle est diluée, l'anonymat facilite le passage clandestin et le contrôle mutuel est faible. Dans un petit groupe, au contraire, chaque contribution pèse davantage et le contrôle social est plus efficace, ce qui limite le passager clandestin.
Deux précisions rendent l'exposé du paradoxe imparable. D'abord la nature du bien : un bien collectif est non rival, l'usage de l'un n'empêchant pas celui de l'autre, et non excluable, personne ne pouvant être privé du bénéfice. C'est la seule NON-EXCLUABILITÉ qui fait le paradoxe, puisqu'elle permet de profiter sans payer. Ensuite la taille du groupe : Olson distingue le groupe privilégié, où un membre retire un bénéfice assez grand pour produire seul le bien collectif, le groupe intermédiaire, où l'abstention de chacun se remarque, et le groupe latent, si nombreux que la contribution individuelle devient invisible et que rien ne se produit sans incitation. Les salariés d'une grande branche forment un groupe latent ; trois entreprises qui financent ensemble un lobby forment un groupe privilégié.
Le paradoxe est un point de départ, pas une conclusion, et le Bac attend qu'on le dise. Sa première limite est son hypothèse : l'individu calculateur, informé de ses coûts et de ses bénéfices, ne rend compte ni de l'indignation, ni de l'habitude, ni de la loyauté. La deuxième est empirique : des mobilisations éclatent sans incitation sélective repérable, parfois de façon soudaine. La troisième vient d'Elinor Ostrom, prix Nobel d'économie en 2009 : en étudiant des ressources communes (pâturages, pêcheries, systèmes d'irrigation), elle a montré que des communautés élaborent elles-mêmes des règles, une surveillance mutuelle et des sanctions graduées qui contiennent le passager clandestin, sans État ni privatisation. Le paradoxe se dénoue donc aussi par l'institution, et pas seulement par l'incitation.
Attention enfin au registre. C'est le seul endroit du questionnement où un raisonnement formel apparaît, et il ne donne lieu à aucun calcul exigible. On ne te demandera pas de résoudre une inéquation : on te demandera d'EXPLIQUER pourquoi un individu qui a intérêt au résultat n'a pas intérêt à contribuer. Une seule phrase suffit si elle contient les trois maillons — un intérêt commun, un bien collectif non excluable, un coût individuel bien réel.

Vocabulaire

→ Cartes
  • paradoxe de l'action collectiveChez Olson, fait qu'un groupe ayant un intérêt commun à se mobiliser peut ne pas le faire, chacun ayant intérêt à laisser les autres supporter les coûts.
  • bien collectifBien non rival, dont l'usage par l'un n'empêche pas celui de l'autre, et non excluable, dont personne ne peut être privé une fois qu'il existe.
  • non-excluabilitéImpossibilité d'empêcher quelqu'un de bénéficier d'un bien une fois celui-ci produit ; c'est le critère qui rend possible le comportement de passager clandestin.
  • passager clandestinIndividu qui profite du résultat d'une mobilisation sans en avoir supporté les coûts, comportement rationnel dès lors que le bénéfice n'est pas excluable.
  • incitation sélectiveAvantage ou sanction réservés aux seuls membres qui contribuent, donc excluables, et qui rendent la participation individuellement rationnelle.
  • groupe latentChez Olson, groupe si nombreux que la contribution de chacun devient invisible et sans effet perceptible, ce qui y rend le passage clandestin particulièrement probable.

Bénéfice net de la participation pour un individu

Bindividuel=b−cB_{\text{individuel}} = b - cBindividuel​=b−c

L'individu compare le bénéfice b qu'il retire personnellement de sa propre contribution au coût c qu'elle lui impose (temps, risque, cotisation). Il ne participe que si b − c > 0.

Le calcul du passager clandestin

b≈0 ⇒ Bindividuel=b−c<0b \approx 0 \ \Rightarrow\ B_{\text{individuel}} = b - c < 0b≈0 ⇒ Bindividuel​=b−c<0

Comme le bien collectif est non excluable, l'individu en profite que sa contribution existe ou non : le bénéfice marginal b de SA participation est quasi nul, alors que le coût c reste réel. Le bénéfice net est négatif : l'individu rationnel s'abstient (passager clandestin).

Avec une incitation sélective s

Bindividuel=b+s−cB_{\text{individuel}} = b + s - cBindividuel​=b+s−c

Une incitation sélective s (avantage réservé aux seuls contributeurs) s'ajoute au bénéfice individuel. Si b + s − c > 0, la participation redevient rationnelle : c'est ainsi qu'Olson résout le paradoxe.

Bénéfice net de la participation selon l'incitation sélective

Quand l'incitation sélective rend la participation rationnelleCourbe de B = b + s - c, racines en x = 1, ordonnée à l’origine y = -1, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 512345−2−11234sans incitation :B<0seuil : s = c − bseuil B = 0B = b + s − cbénéfice net Bincitation sélective s
Fig. 5Le bénéfice net de la participation s'écrit B = b + s − c. Sans incitation sélective (s = 0), il est négatif : chacun a intérêt à rester passager clandestin. Au-delà du seuil de participation (B = 0, atteint quand s = c − b), l'incitation sélective rend la participation rationnelle.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Le paradoxe d'Olson appliqué à l'adhésion syndicale

Un syndicat négocie une hausse de salaire qui s'appliquera à tous les salariés de l'entreprise, adhérents ou non. L'adhésion coûte du temps et une cotisation. À l'aide du paradoxe d'Olson, expliquez pourquoi un salarié rationnel pourrait ne pas adhérer, puis montrez comment une incitation sélective peut le faire adhérer.

  1. 01Identifier le bien collectif

    La hausse de salaire obtenue par le syndicat est un bien collectif non excluable : elle bénéficie à TOUS les salariés, qu'ils aient adhéré ou non. Personne ne peut en être privé.

  2. 02Poser le calcul rationnel

    Le salarié compare le bénéfice b de SA propre adhésion (quasi nul, puisqu'il touchera la hausse de toute façon) au coût c (temps, cotisation, risque). Son bénéfice net est négatif.

  3. 03Conclure au passager clandestin

    L'individu rationnel a donc intérêt à ne pas adhérer tout en profitant de la hausse : il devient passager clandestin. Si tous raisonnent ainsi, le syndicat se vide et le bien collectif n'est plus produit : c'est le paradoxe.

  4. 04Introduire l'incitation sélective

    Si le syndicat réserve à ses seuls adhérents un service excluable — par exemple un conseil juridique, une protection individuelle ou des avantages réservés — une incitation sélective s s'ajoute au calcul.

  5. 05Montrer le basculement

    Dès que l'incitation sélective dépasse le coût net (s > c − b), le bénéfice net redevient positif et l'adhésion redevient rationnelle. Le paradoxe est dénoué.

Résultat : Sans incitation, le salarié rationnel reste passager clandestin (B = b − c < 0) : il profite de la hausse sans adhérer. En réservant aux seuls adhérents un avantage excluable s tel que s > c − b, le syndicat rend la participation rationnelle (B = b + s − c > 0). C'est ainsi qu'Olson résout le paradoxe de l'action collective par les incitations sélectives.

Explication pas à pas5 étapes
  1. 1

    Olson part d'un individu rationnel qui compare ce que lui coûte sa participation et ce qu'elle lui rapporte personnellement.

  2. 2

    Le résultat d'une mobilisation est un bien collectif non excluable : il profite à tous, même à ceux qui n'ont rien fait.

  3. 3

    Chacun a donc intérêt à laisser les autres agir tout en profitant du résultat : c'est le passager clandestin, et si tous raisonnent ainsi, rien ne se produit.

  4. 4

    La solution d'Olson, ce sont les incitations sélectives : un avantage ou une sanction réservés aux seuls contributeurs, donc excluables.

  5. 5

    Dès que l'incitation dépasse le coût net, la participation redevient rationnelle : le paradoxe est dénoué.

Objectif Bac

  • Épreuve composée, partie 1 (4 points, UNE question, SANS document) : « Qu'est-ce que le paradoxe de l'action collective ? » Trois maillons enchaînés suffisent — intérêt commun, bien collectif non excluable, coût individuel réel, donc abstention rationnelle. La précision de l'enchaînement fait la note.
  • Nomme toujours la non-excluabilité. C'est elle, et non la gratuité ou la rareté du bien, qui rend le passage clandestin possible : un candidat qui la nomme montre qu'il a compris le mécanisme, et pas seulement retenu l'expression.
  • Illustre par un cas où le résultat profite à tous : une revalorisation salariale arrachée par un syndicat, une réglementation environnementale, un équipement public obtenu. L'exemple doit rendre visible le fait que le non-contributeur en bénéficie autant que le contributeur.
  • Épreuve composée, partie 3 (10 points, deux ou trois documents de nature différente) : « Le paradoxe de l'action collective empêche-t-il la mobilisation ? » attend la sortie du paradoxe — incitations sélectives, mais aussi rétributions symboliques et structure des opportunités politiques. Croise les documents plutôt que de les résumer.
  • Aucun calcul n'est exigible ici. Les savoir-faire calculables du programme sont la proportion et le pourcentage de répartition, le taux de variation, le coefficient multiplicateur, l'indice simple et la moyenne : le modèle d'Olson s'explique, il ne se calcule pas.

Erreurs fréquentes

  • Croire qu'Olson explique pourquoi les gens s'engagent : son point de départ explique au contraire pourquoi, en théorie, l'individu rationnel ne s'engage PAS — l'engagement s'explique par ce qui dénoue le paradoxe (incitations sélectives, et au-delà rétributions symboliques et opportunités politiques).
  • Confondre incitation sélective et intérêt collectif : l'incitation sélective est un avantage ou une sanction réservés aux seuls contributeurs (excluable), tandis que le bien collectif profite à tous (non excluable). C'est précisément l'excluabilité de l'incitation sélective qui motive la participation.
  • Définir le bien collectif par sa gratuité. Ses deux critères sont la non-rivalité et la non-excluabilité, et c'est la seconde qui fonde le paradoxe : un bien peut être coûteux à produire et rester non excluable.
  • Croire que le paradoxe joue de la même façon dans tous les groupes. Olson montre l'inverse : un groupe privilégié peut produire le bien collectif sans aucune incitation, un groupe latent ne le peut pas.
  • Conclure que l'action collective serait impossible. Le paradoxe explique une SOUS-mobilisation attendue ; les incitations sélectives, les rétributions symboliques, les opportunités politiques et les règles collectives étudiées par Elinor Ostrom montrent par où elle passe malgré tout.

§ 03

Révision active

Un syndicat obtient une revalorisation qui s'appliquera à tous les salariés de la branche, adhérents ou non, tandis que l'adhésion coûte une cotisation et du temps. Expliquez, à l'aide du paradoxe d'Olson, pourquoi un salarié rationnel peut choisir de ne pas adhérer, montrez comment une incitation sélective peut le faire changer d'avis, puis indiquez en quoi le raisonnement différerait dans un atelier de dix personnes.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

Incitations sélectives, rétributions symboliques et opportunités politiques#

~7 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Engagement-politique-dans-les-sociétés-démocratiquesBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

Les trois déterminants de l'action collective

Les trois déterminants de l'action collectiveGraphe, Incitations sélectives (Olson) → Action collective, Rétributions symboliques (Gaxie) → Action collective, Opportunités politiques (Tilly) → Action collectiveIncitationssélectives(Olson)Rétributionssymboliques(Gaxie)Opportunitéspolitiques(Tilly)Actioncollective

Points clés

Le programme retient trois grands déterminants de l'action collective qui, ensemble, expliquent pourquoi des individus s'engagent malgré le paradoxe d'Olson : les incitations sélectives, les rétributions symboliques et la structure des opportunités politiques.
Les incitations sélectives (Olson) sont des avantages ou des sanctions réservés aux seuls contributeurs. Elles peuvent être matérielles (services réservés aux adhérents, avantages financiers) ou immatérielles ; leur caractère excluable est ce qui les distingue du bien collectif et motive la participation individuelle.
Les rétributions symboliques (Daniel Gaxie) sont les gratifications non matérielles que retire le militant de son engagement : sociabilité et amitiés, plaisir de l'action commune, valorisation de soi, sentiment d'utilité, reconnaissance et identité. L'engagement procure ainsi des bénéfices propres, indépendamment de la victoire collective : on milite aussi pour ce que l'engagement apporte en lui-même.
La structure des opportunités politiques (Charles Tilly, et la sociologie des mouvements sociaux) désigne le contexte politique et institutionnel qui rend la mobilisation plus ou moins probable et efficace : ouverture ou fermeture du système politique, présence d'alliés (partis, élus, médias), degré de répression ou de tolérance, divisions au sein des élites. Une « fenêtre d'opportunité » favorise l'émergence et le succès d'un mouvement.
Ces déterminants se combinent et ne s'excluent pas : un individu peut adhérer pour une incitation sélective, rester pour les rétributions symboliques, et le mouvement ne prospérer que si la structure des opportunités politiques lui est favorable. L'engagement résulte donc de l'articulation entre calcul individuel, gratifications de l'action et contexte politique.
Les rétributions symboliques ont une origine datée : Daniel Gaxie, « Économie des partis et rétributions du militantisme », publié dans la Revue française de science politique en 1977. Sa thèse est plus fine qu'un « on milite parce que c'est agréable ». L'organisation distribue des gratifications — sociabilité, reconnaissance, responsabilités, apprentissage de la prise de parole, sentiment d'appartenance et d'utilité — qui ne sont pas nécessairement perçues comme des rétributions par ceux qui les reçoivent. Deux conséquences pour l'écrit : ces gratifications expliquent la DURÉE de l'engagement plus que son déclenchement, et elles sont inégalement accessibles, les mieux dotés en capital culturel accédant aux positions les plus valorisantes. C'est par là que ce paragraphe rejoint les variables sociodémographiques.
La structure des opportunités politiques désigne l'état du système politique au moment où un mouvement cherche à agir. Quatre dimensions sont classiquement retenues : le degré d'ouverture des institutions, la stabilité des alignements politiques, la présence d'alliés influents (élus, partis, médias, experts) et la capacité comme la propension de l'État à réprimer. Une précision d'attribution vaut d'être connue : la notion vient de la sociologie américaine des mouvements sociaux, où Peter Eisinger la formule en 1973 avant que Sidney Tarrow et Doug McAdam ne la développent, tandis que l'apport propre de Charles Tilly est d'abord le répertoire d'action collective. Beaucoup de manuels associent les deux notions à Tilly : c'est exact quant au courant, imprécis quant à l'auteur.
Retiens enfin la répartition des rôles : elle fournit un plan à elle seule. Les incitations sélectives répondent à la question « pourquoi contribuer plutôt que profiter ? ». Les rétributions symboliques répondent à « pourquoi rester, et pourquoi certains plus que d'autres ? ». La structure des opportunités politiques répond à « pourquoi maintenant, et pourquoi ici ? ». Trois questions différentes, donc trois arguments qui ne se recouvrent pas — exactement ce qu'attend un raisonnement en trois temps.

Vocabulaire

→ Cartes
  • incitation sélectiveAvantage ou sanction réservés aux seuls membres qui contribuent à l'action collective, donc excluables, ce qui rend leur participation individuellement rationnelle.
  • rétribution symboliqueGratification non matérielle retirée de l'engagement — sociabilité, reconnaissance, identité, compétences acquises — souvent non perçue comme une rétribution par le militant.
  • structure des opportunités politiquesÉtat du système politique qui rend une mobilisation plus ou moins probable et efficace : ouverture des institutions, alignements, alliés influents, propension à réprimer.
  • fenêtre d'opportunitéMoment où le contexte politique devient temporairement favorable à une cause, par exemple lors d'un débat parlementaire, d'une échéance électorale ou d'une crise.
  • alliés influentsActeurs déjà installés dans le jeu politique ou médiatique — élus, partis, journalistes, experts — dont le soutien accroît fortement la portée d'une mobilisation.
Exemple corrigé

Expliquer l'engagement durable d'un militant associatif

Une personne consacre plusieurs heures par semaine, depuis des années, à une association de défense de l'environnement, sans rétribution financière. À l'aide des trois déterminants de l'action collective, expliquez cet engagement durable et montrez en quoi il dépasse le seul paradoxe d'Olson.

  1. 01Repérer le paradoxe de départ

    L'objectif de l'association (un environnement préservé) est un bien collectif non excluable : la personne en profiterait même sans s'engager. Selon le seul calcul d'Olson, elle devrait être passagère clandestine.

  2. 02Mobiliser les incitations sélectives

    L'association peut réserver à ses membres actifs des avantages excluables (formations, responsabilités, accès à un réseau, reconnaissance interne) : ces incitations sélectives compensent en partie le coût de l'engagement.

  3. 03Mobiliser les rétributions symboliques (Gaxie)

    Le militant retire de son engagement des gratifications non matérielles : amitiés et sociabilité, plaisir de l'action commune, sentiment d'utilité et d'identité, reconnaissance. Ces rétributions symboliques expliquent la durée de l'engagement, indépendamment de la victoire finale.

  4. 04Mobiliser la structure des opportunités politiques (Tilly)

    L'engagement est facilité par un contexte favorable : sensibilité croissante de l'opinion aux questions environnementales, présence d'alliés (élus, médias), faible répression, fenêtres d'opportunité (sommets, échéances électorales). Ce contexte rend l'action plus probable et plus efficace.

  5. 05Articuler et conclure

    Les trois déterminants se combinent : on adhère pour des incitations sélectives, on reste pour les rétributions symboliques, et le mouvement prospère si les opportunités politiques sont ouvertes. L'engagement s'explique donc bien au-delà du seul calcul coûts/bénéfices d'Olson.

Résultat : L'engagement durable de ce militant s'explique par la combinaison des trois déterminants : des incitations sélectives qui réduisent le coût net, des rétributions symboliques (sociabilité, identité, reconnaissance) qui rendent l'engagement gratifiant en lui-même, et une structure des opportunités politiques favorable. Ces déterminants dépassent le paradoxe d'Olson en montrant qu'on s'engage aussi pour ce que l'action apporte et selon le contexte politique.

Objectif Bac

  • Épreuve composée, partie 1 (4 points, sans document) : « Quels sont les principaux déterminants de l'action collective ? » Les trois du programme, nommés, distingués, avec un exemple chacun. Ni plus, ni moins.
  • Attribue correctement : les incitations sélectives sont d'Olson (1965), les rétributions symboliques de Daniel Gaxie (1977). Pour la structure des opportunités politiques, si tu cites une source, cite la sociologie américaine des mouvements sociaux plutôt qu'un auteur unique.
  • Épreuve composée, partie 3 (10 points, deux ou trois documents de nature différente, chaque texte n'excédant pas 2 500 signes) : « Comment expliquer que des individus s'engagent malgré le paradoxe de l'action collective ? ». Le plan est écrit dans l'objectif d'apprentissage lui-même.
  • Dissertation : ce questionnement relève du champ « sociologie et science politique » et son dossier sera surtout statistique. Un tableau des motifs déclarés d'adhésion sert d'appui à l'argument des rétributions symboliques, il ne le remplace pas.
  • Fais travailler les trois déterminants ENSEMBLE sur un même exemple. Les juxtaposer produit une liste ; montrer comment ils se relaient — on adhère, on reste, le mouvement perce — produit une démonstration.

Erreurs fréquentes

  • Réduire l'explication de l'engagement aux seules incitations sélectives matérielles : le programme exige aussi les rétributions symboliques (Gaxie) et la structure des opportunités politiques.
  • Confondre rétribution symbolique et incitation sélective : la rétribution symbolique (plaisir, identité, reconnaissance) est un bénéfice subjectif retiré de l'engagement lui-même ; l'incitation sélective est un avantage objectif réservé aux contributeurs. Les deux peuvent jouer ensemble.
  • Mélanger les attributions. Olson, 1965, les incitations sélectives ; Gaxie, 1977, les rétributions symboliques ; la structure des opportunités politiques vient de la sociologie américaine des mouvements sociaux, où Eisinger la formule en 1973.
  • Faire des rétributions symboliques un calcul cynique. Gaxie décrit des gratifications produites par l'organisation et le plus souvent non perçues comme telles par le militant, pas un individu qui monnaierait son engagement.
  • Traiter la structure des opportunités politiques comme un vague « contexte favorable ». Elle se décompose : ouverture des institutions, stabilité des alignements, alliés influents, propension à la répression. Nommer au moins deux de ces dimensions montre la maîtrise de la notion.

§ 04

Révision active

Une militante explique qu'elle a adhéré à un syndicat pour bénéficier de son service juridique, qu'elle y est restée pour les amitiés nouées et la formation à la prise de parole, et que le mouvement n'a réellement pesé que l'année où un projet de loi était en discussion et où la presse a relayé sa cause. Reliez chacun de ces trois éléments à l'un des déterminants de l'action collective, puis montrez ce que leur articulation ajoute au seul paradoxe d'Olson.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

La transformation des objets de la mobilisation collective#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Engagement-politique-dans-les-sociétés-démocratiquesBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

La transformation des objets de la mobilisation

Conflits du travail et nouveaux mouvements sociauxTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Conflits du travail · Nouveaux mouvements sociaux; Période · âge industriel, jusqu'aux années 1960 · depuis 1960-1970; Enjeux · matériels (salaire, emploi) · post-matérialistes; Thèmes · conditions de travail · écologie, féminisme, reconnaissance; Acteurs · syndicalisme ouvrier · classes moyennes diplômées, cellule mise en évidence : post-matérialistesConflits du travailNouveaux mouvementssociauxPériodeâge industriel, jusqu'auxannées 1960depuis 1960-1970Enjeuxmatériels (salaire, emploi)post-matérialistesThèmesconditions de travailécologie, féminisme,reconnaissanceActeurssyndicalisme ouvrierclasses moyennes diplômées

Points clés

Les objets de l'action collective se sont transformés au cours du XXe et du XXIe siècle : longtemps centrés sur les conflits du travail (revendications matérielles autour du salaire, de l'emploi, des conditions de travail, portées par le syndicalisme ouvrier), ils se sont diversifiés vers de nouveaux enjeux de mobilisation.
Les conflits du travail ont vu leurs formes évoluer : recul relatif de la grève « classique » de masse, montée de formes plus diversifiées (débrayages ponctuels, recours au droit, mobilisations catégorielles), dans un contexte de désindustrialisation, de tertiarisation et d'affaiblissement de la conscience de classe ouvrière. Ils ne disparaissent pas mais se recomposent.
Alain Touraine et la sociologie des mouvements sociaux mettent en avant les nouveaux mouvements sociaux (NMS) : à partir des années 1960-1970, des mobilisations portent moins sur le partage de la richesse que sur des enjeux post-matérialistes — écologie, féminisme, antiracisme, droits des minorités, qualité de vie, autonomie individuelle. Leurs acteurs sont souvent issus des classes moyennes diplômées et leur répertoire est plus décentralisé.
Les luttes pour la reconnaissance sont une dimension majeure de ces transformations : au-delà de la redistribution des ressources, des groupes se mobilisent pour la reconnaissance de leur identité, de leur dignité et de leurs droits (luttes féministes, LGBT, antiracistes, des minorités). L'enjeu n'est plus seulement « avoir plus », mais « être reconnu ».
Les transformations tiennent à des évolutions structurelles : élévation du niveau de diplôme, tertiarisation et recul de la condition ouvrière, individualisation, montée des valeurs post-matérialistes, et nouveaux moyens d'action (numérique, mobilisations en réseau). Conflits du travail et nouveaux mouvements sociaux coexistent aujourd'hui plutôt qu'ils ne se remplacent.
Le mot post-matérialiste a un auteur et une date : Ronald Inglehart, The Silent Revolution, 1977. Sa thèse tient en deux hypothèses — on valorise ce qui a manqué pendant la jeunesse, et les priorités acquises alors restent stables — si bien que des générations élevées dans la sécurité matérielle placent l'autonomie, l'expression et la qualité de vie avant le revenu. La thèse est discutée, et il faut le dire : les périodes d'insécurité économique ramènent au premier plan des revendications matérielles, comme l'ont montré en France la mobilisation sur le pouvoir d'achat de 2018-2019 puis celle contre la réforme des retraites de 2023. Post-matérialisme ne signifie donc pas disparition du matériel.
Les luttes pour la reconnaissance ont elles aussi leur théoricien. Axel Honneth, dans La Lutte pour la reconnaissance (1992, traduit en français en 2000), soutient que les conflits sociaux naissent d'expériences de mépris — déni de droits, atteinte à l'intégrité, refus d'estime sociale — autant que de la privation matérielle. Nancy Fraser lui a opposé, puis associé, une objection qui fournit la meilleure conclusion possible en dissertation : redistribution et reconnaissance ne sont pas deux époques qui se succèdent mais deux exigences qui doivent tenir ensemble, faute de quoi on reconnaît des identités que l'on continue d'appauvrir.
L'objectif d'apprentissage nomme trois choses et les copies en oublient souvent deux : les objets, les ACTEURS et les RÉPERTOIRES. Côté acteurs, les partis de masse ont perdu leurs adhérents et se sont professionnalisés ; les syndicats français réunissent peu d'adhérents tout en négociant des conventions collectives qui couvrent la quasi-totalité des salariés, ce qui montre qu'adhésion et influence ne se confondent pas ; les associations, héritières de la loi de 1901, sont devenues un lieu d'engagement majeur ; et des collectifs sans organisation permanente apparaissent puis se dissolvent. Côté répertoires, l'action se judiciarise : porter une cause devant un tribunal est devenu un moyen d'action à part entière, comme l'a montré la condamnation de l'État pour carence fautive en matière climatique par le tribunal administratif de Paris en 2021.

Vocabulaire

→ Cartes
  • nouveaux mouvements sociauxMobilisations apparues à partir des années 1960-1970 autour de l'écologie, du féminisme ou des droits des minorités, portées souvent par des classes moyennes diplômées.
  • post-matérialismeChez Inglehart, déplacement des priorités des générations élevées dans la sécurité matérielle vers l'autonomie, l'expression de soi et la qualité de vie.
  • lutte pour la reconnaissanceMobilisation visant la reconnaissance de l'identité, de la dignité et des droits d'un groupe, au-delà de la seule redistribution des ressources matérielles.
  • conflit du travailAffrontement entre salariés et employeurs portant sur les salaires, l'emploi ou les conditions de travail, dont la grève est la forme la plus visible.
  • judiciarisation de l'action collectiveRecours croissant au juge comme moyen de mobilisation, une cause étant portée devant un tribunal plutôt que, ou en même temps que, dans la rue.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Distinguer conflit du travail et nouveau mouvement social

On compare deux mobilisations : (A) une grève des salariés d'une usine pour obtenir une hausse de salaire et de meilleures conditions de travail ; (B) une mobilisation pour l'égalité des droits et la reconnaissance d'une minorité. Distinguez ces deux mobilisations selon leur objet, leurs acteurs et leurs valeurs, puis montrez ce que cette comparaison révèle de la transformation de l'action collective.

  1. 01Caractériser la mobilisation (A)

    La grève pour le salaire et les conditions de travail relève des conflits du travail : son objet est matériel (partage de la richesse), ses acteurs sont des salariés organisés en syndicats, ses valeurs portent sur les conditions d'emploi.

  2. 02Caractériser la mobilisation (B)

    La mobilisation pour l'égalité des droits et la reconnaissance d'une minorité relève des nouveaux mouvements sociaux et des luttes pour la reconnaissance : son objet est post-matérialiste (identité, dignité, droits), ses acteurs sont souvent issus des classes moyennes diplômées, ses valeurs sont identitaires.

  3. 03Comparer les deux logiques

    (A) vise « avoir plus » (redistribution des ressources) ; (B) vise « être reconnu » (reconnaissance de l'identité et de la dignité). Le répertoire diffère aussi : grève et syndicat pour (A), formes décentralisées et mobilisations en réseau pour (B).

  4. 04Conclure sur la transformation

    Cette comparaison illustre la transformation des objets de l'action collective : des conflits du travail matériels vers des enjeux post-matérialistes et des luttes pour la reconnaissance. Ces formes coexistent — les conflits du travail ne disparaissent pas — sous l'effet de la tertiarisation, de l'élévation du diplôme et de la montée des valeurs post-matérialistes.

Résultat : La mobilisation (A) est un conflit du travail (objet matériel, acteurs ouvriers/syndicaux, logique de redistribution) ; la mobilisation (B) relève des nouveaux mouvements sociaux et des luttes pour la reconnaissance (objet post-matérialiste, classes moyennes diplômées, logique de reconnaissance). Leur coexistence illustre la transformation des objets de l'action collective dans les sociétés démocratiques contemporaines.

Objectif Bac

  • Épreuve composée, partie 1 (4 points, UNE question, SANS document) : « Comment les objets de l'action collective se sont-ils transformés ? » Structure la réponse en trois — les objets, les acteurs, les répertoires : c'est le libellé même de l'objectif d'apprentissage.
  • Date tes exemples et ne présente jamais un exemple ancien comme actuel. Les nouveaux mouvements sociaux s'installent dans les années 1960-1970 ; la mobilisation sur le pouvoir d'achat date de 2018-2019 ; celle contre la réforme des retraites de 2023. Un exemple daté vaut deux exemples flous.
  • Épreuve composée, partie 2 (6 points, UN document statistique, DEUX questions) : la transformation se lit dans des séries — journées de grève, participation associative, participation déclarée à une manifestation. Les calculs exigibles sont la proportion, le taux de variation, le coefficient multiplicateur et l'indice simple ; un indice base 100 se lit, se compare et se convertit en taux de variation.
  • Épreuve composée, partie 3 (10 points, deux ou trois documents de nature différente) : « Les conflits du travail ont-ils disparu au profit des nouveaux mouvements sociaux ? » La réponse attendue est la coexistence et la recomposition, jamais la substitution pure et simple.
  • Souviens-toi que le sujet de dissertation et la partie 3 de l'épreuve composée portent sur des champs différents du programme. Ce questionnement appartient à la sociologie et science politique : si tu le trouves en dissertation, la partie 3 portera nécessairement ailleurs.

Erreurs fréquentes

  • Affirmer que les conflits du travail ont disparu au profit des nouveaux mouvements sociaux : ils ne disparaissent pas mais se recomposent ; les deux types de mobilisation coexistent.
  • Réduire toutes les mobilisations récentes à des revendications matérielles : les luttes pour la reconnaissance portent sur l'identité et la dignité, pas seulement sur la redistribution des ressources.
  • Employer « post-matérialiste » sans son auteur ni sa limite. La notion est d'Inglehart (1977) et elle est discutée : les périodes d'insécurité économique ramènent des revendications matérielles au premier plan.
  • Traiter reconnaissance et redistribution comme deux étapes successives. Nancy Fraser montre qu'elles se combinent : reconnaître une identité sans corriger les inégalités matérielles ne suffit pas, et l'inverse non plus.
  • Ne parler que des objets. L'objectif d'apprentissage nomme aussi les ACTEURS — partis, syndicats, associations, groupements — et les RÉPERTOIRES : en oublier deux tiers, c'est traiter un tiers du sujet.

§ 05

Révision active

Trois mobilisations : une grève pour les salaires dans une entreprise de logistique ; une marche pour le climat organisée par des collectifs sans structure permanente ; un recours en justice porté par des associations contre l'inaction climatique de l'État. Comparez-les selon leurs objets, leurs acteurs et leurs répertoires, puis montrez ce que cette comparaison révèle de la transformation de l'action collective depuis les années 1960.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01La diversité des formes et des répertoires de l'engagement politique○
    • 02Les déterminants sociodémographiques de l'engagement◐
    • 03Le paradoxe de l'action collective (Olson) et le passager clandestin●
    • 04Incitations sélectives, rétributions symboliques et opportunités politiques●
    • 05La transformation des objets de la mobilisation collective◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~41
min
4
Compétences
50
questions
S'entraîner
Planifier une révision

Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019

INSEE

  • Participation et abstention électorales en France

Voir aussi

  • Quelles mutations du travail et de l'emploi ?Le conflit du travail, répertoire historique de l'action collective, se transforme avec les formes d'emploi.
  • Quelle action publique pour l'environnement ?La mise à l'agenda d'un problème public est le point où l'engagement rencontre l'action publique.
  • La structure de la société française actuelleLes variables sociodémographiques de l'engagement sont celles qui structurent l'espace social.

Chapitre précédent

Quelles mutations du travail et de l'emploi ?

Chapitre suivant

Justice sociale et inégalités

EuraStudy·Fiches T·10·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.