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Le devoir et la liberté

Le devoir et la liberté sont deux notions du programme de terminale, examinées sous la perspective dominante de la morale et de la politique. La fiche articule l’obligation morale (devoir, bonne volonté, impératif catégorique) et le problème de la liberté (libre arbitre, déterminisme, responsabilité), pour montrer comment Kant fonde le devoir sur l’autonomie de la volonté : loin de s’opposer, devoir et liberté peuvent se co-impliquer.

5 sections·~38 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·101010 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de devoir et la distinguer de notions et de motifs voisins : la contrainte, l’intérêt et l’inclination (repère obligation / contrainte).Problématiser la liberté : le libre arbitre est-il une réalité, une illusion ou une conquête ? Liberté et déterminisme sont-ils incompatibles ?Articuler le devoir et la liberté : comprendre l’autonomie de la volonté comme fondement de l’obligation morale (Kant) et examiner le rapport entre liberté et responsabilité.Mobiliser des distinctions conceptuelles — repères obligation / contrainte, légal / légitime, en fait / en droit, contingent / nécessaire, cause / fin — pour construire un raisonnement argumenté sur la morale et la liberté.
Opérateurs :analyserdistinguerdéfinirproblématiserargumenterjustifierconfronterinterpréter un texteillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d’abord les distinctions de base (devoir / contrainte, devoir / intérêt, libre arbitre / déterminisme) et une thèse claire par auteur (Kant, Spinoza, Descartes, Sartre), chacune appuyée sur un exemple précis.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, sachez articuler les notions entre elles : montrer en quoi l’autonomie kantienne réconcilie devoir et liberté, et discuter la compatibilité entre déterminisme et responsabilité (Spinoza contre Sartre) sans confondre liberté psychologique, liberté morale et liberté politique.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Le devoir et la liberté
    • 01Le devoir : obligation morale, contrainte et intérêt○
    • 02L’autonomie de la volonté : le devoir kantien et l’impératif catégorique◐
    • 03La liberté en question : libre arbitre et déterminisme◐
    • 04Liberté, existence et responsabilité : Sartre●
    • 05Articuler devoir et liberté : suis-je libre parce que je dois ?●

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Le devoir : obligation morale, contrainte et intérêt#

~7 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le devoir

Points clés

Le devoir est une « obligation » morale : un acte que je dois accomplir parce qu’il est bon, indépendamment de mon envie ou de mon avantage. Il se reconnaît à sa forme impérative — « tu dois » — et à son caractère inconditionnel. Le devoir s’adresse à un être qui peut aussi ne pas l’accomplir : il n’a de sens que pour une volonté libre.
Distinction-clé : l’obligation n’est pas la contrainte (repère obligation / contrainte). La contrainte est une force extérieure qui m’oblige physiquement ou par la menace (la peur du gendarme) : j’y cède sans y consentir. L’obligation morale, elle, est intérieure : elle oblige ma volonté sans la forcer. Je peux toujours désobéir au devoir, jamais à la pesanteur.
Le devoir se distingue aussi de l’intérêt. Agir par intérêt, c’est agir en vue d’un avantage (le commerçant honnête par calcul commercial). L’acte peut être conforme au devoir tout en étant accompli pour un tout autre motif : la conformité extérieure (légalité) ne suffit pas à la valeur morale, qui tient au motif (la moralité).
Le devoir se distingue enfin de l’inclination (le penchant sensible, la sympathie spontanée). Faire le bien par goût est estimable, mais ce n’est pas encore agir par devoir. Kant soutient qu’un acte n’a de valeur proprement morale que s’il est accompli « par devoir », c’est-à-dire par respect de la loi morale, et non seulement « conformément au devoir ».
Repères à mobiliser : légal / légitime (ce qui est conforme à la loi positive n’est pas forcément juste), et en fait / en droit (en fait les hommes agissent par intérêt, mais en droit le devoir s’impose à toute volonté raisonnable).
Distinguer le devoir de l’intérêt suppose que le bien ne se mesure pas à l’utile, et c’est précisément ce que conteste l’utilitarisme. Pour Mill, dans L’Utilitarisme, le critère du bien est le principe du plus grand bonheur : une action est bonne dans la mesure où elle tend à produire du bonheur, mauvaise dans la mesure où elle tend à produire le contraire. Le devoir n’est plus premier, il se déduit de l’utilité, et les règles ordinaires — ne pas mentir, tenir ses promesses — valent parce que leur observation générale sert le bonheur commun. Deux précisions décident ici de la qualité d’une copie. L’utilité dont il s’agit n’est pas l’intérêt de l’agent porté sur la carte des motifs (voir Fig. 1) : c’est le bonheur de tous ceux que l’acte concerne, et Mill exige de chacun qu’il soit, entre son propre bonheur et celui d’autrui, aussi strictement impartial qu’un spectateur désintéressé et bienveillant. Et il hiérarchise les plaisirs par leur qualité, ce qui l’écarte d’un calcul purement quantitatif : mieux vaut un homme insatisfait qu’un porc content.

Le devoir et les motifs voisins de l’action

Le devoir et les motifs voisins de l'actionGraphe, Devoir → Contrainte, Devoir → Intérêt, Devoir → InclinationDevoirContrainteIntérêtInclinationje subisje profitej'ai envie
Fig. 1Le devoir (obligation morale) se distingue de trois motifs voisins : la contrainte (force extérieure subie — « je subis »), l'intérêt (calcul utile — « je profite ») et l'inclination (penchant sensible — « j'ai envie »). Agir par devoir, c'est agir par respect de la loi, non par l'un de ces motifs.
Fig. 1 ↓
L’opposition décisive n’est donc pas entre la morale et l’intérêt, mais entre deux façons de fonder le devoir. La première le fonde sur la forme de la volonté : ce qui compte est le motif, et une maxime vaut si elle peut être universalisée sans se détruire. La seconde le fonde sur les effets de l’acte : ce qui compte est le résultat, et une règle vaut si elle produit plus de bien qu’elle n’en coûte. Un sujet sur le devoir se traite mal quand on ne dispose que de l’une des deux, parce qu’on n’a plus alors de quoi construire une objection. Le cas d’école qui les sépare est le mensonge qui sauve une vie, inadmissible pour la première, requis par la seconde ; et les reproches réciproques instruisent autant que les thèses, puisqu’on accuse l’une d’un formalisme indifférent aux conséquences et l’autre d’autoriser en droit le sacrifice d’un innocent dès que le bilan y gagne.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Obligation moraleNécessité qui s’impose à la volonté sans la forcer, et à laquelle on peut donc toujours se dérober.
  • ContrainteForce extérieure, physique ou par menace, qui supprime l’alternative et à laquelle on cède sans y consentir.
  • InclinationPenchant sensible qui porte spontanément à agir, estimable mais sans valeur morale propre selon Kant.
  • LégalitéConformité extérieure d’un acte à la règle, quel que soit le motif pour lequel il a été accompli.
  • MoralitéValeur d’un acte prise du côté de son motif, c’est-à-dire du respect de la loi et non de l’avantage attendu.
  • UtilitarismeDoctrine qui juge une action d’après sa contribution au bonheur de tous ceux qu’elle affecte.
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Exemple corrigé

Distinguer l’obligation morale de la contrainte

N’y a-t-il de devoir que contraignant ? Dégagez le problème, puis montrez que l’obligation morale se distingue de la contrainte.

  1. 01Dégager le problème

    On éprouve souvent le devoir comme une pression : il faudrait y être contraint pour s’y plier. Mais si le devoir n’était que contrainte, l’acte moral n’aurait aucune valeur, car il serait subi. Le problème : le devoir oblige-t-il comme une force, ou autrement ?

  2. 02Examiner la thèse de la contrainte

    La contrainte est extérieure et physique (ou psychologique) : elle supprime l’alternative. Sous la menace, je n’ai pas le choix. Or « devoir » suppose que je puisse aussi ne pas le faire : on ne dit pas d’une pierre qui tombe qu’elle « doit » tomber au sens moral.

  3. 03Opposer l’obligation

    L’obligation morale est intérieure : elle oblige ma volonté sans la forcer (repère obligation / contrainte). Je reste libre de désobéir : c’est pourquoi il y a du mérite à obéir et de la faute à transgresser. Le devoir s’adresse à une volonté libre.

  4. 04Conclure

    Le devoir n’est donc pas une contrainte mais une obligation : il ne supprime pas ma liberté, il la suppose. Loin de s’opposer, devoir et liberté se conditionnent — ce que la suite (Kant) pensera comme autonomie.

Résultat : Le devoir n’a de sens que pour un être libre : l’obligation morale oblige sans contraindre. Réduire le devoir à la contrainte, c’est en supprimer la dimension morale même.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser dès l’introduction la distinction devoir / contrainte / intérêt / inclination, au lieu de traiter « le devoir » comme une notion évidente.
  • Objectif Bac : illustrer la différence conformité au devoir / action par devoir par un exemple précis (le commerçant honnête par calcul contre le commerçant honnête par principe) — l’exemple bien choisi est valorisé.
  • Objectif Bac : utiliser correctement le couple légal / légitime pour montrer qu’obéir à une loi (légalité) ne se confond pas avec agir moralement (moralité).
  • Objectif Bac : opposer deux fondations du devoir, non la morale et l’égoïsme. Une copie qui dispose de Kant et de Mill peut conduire un examen des réponses possibles ; une copie qui n’a que Kant ne peut que le réciter, et l’échelle d’évaluation nomme précisément cela une récitation de cours.
  • Objectif Bac : faire travailler la définition dès l’introduction. Poser que le devoir oblige sans contraindre, puis en tirer aussitôt qu’il ne s’adresse qu’à une volonté libre, donne l’axe du devoir entier sans qu’aucune référence soit encore nécessaire.

Erreurs fréquentes

  • Confondre l’obligation morale et la contrainte : dire « je suis obligé » pour « je suis forcé ». Si le devoir était une contrainte, il n’y aurait plus de mérite ni de faute, puisque je ne pourrais pas faire autrement.
  • Croire qu’un acte conforme au devoir est nécessairement moral. Un acte peut être extérieurement irréprochable et intérieurement intéressé : la valeur morale tient au motif, pas seulement au résultat.
  • Réduire le devoir à une liste de règles sociales reçues (la politesse, la coutume), en oubliant que le devoir moral prétend valoir universellement, et non par simple convention.
  • Prêter à l’utilitarisme la maxime « chacun cherche son intérêt ». Le critère est le bonheur de tous ceux que l’acte affecte, et Mill demande à l’agent la stricte impartialité d’un spectateur désintéressé : l’égoïsme est justement ce que la doctrine exclut.
  • Appeler devoir une nécessité vitale, comme dans « je suis obligé de travailler pour vivre ». Le devoir se reconnaît à ce qu’on peut y manquer sans que rien de physique s’y oppose ; ce qui est ici en cause est une contrainte de fait, et la confusion efface la distinction même sur laquelle repose la section.

§ 01

Révision active

N’y a-t-il de devoir que contraignant ? Distinguez l’obligation morale de la contrainte extérieure et de l’intérêt, puis demandez-vous si un devoir librement reconnu reste un devoir.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

L’autonomie de la volonté : le devoir kantien et l’impératif catégorique#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le devoirBOBO-2019-philosophie-terminale-§La liberté

Le test de l’impératif catégorique et l’autonomie de la volonté

Le test de l'impératif catégorique (Kant)Graphe, 1. Ma maxime (règle de l'action) → 2. Universaliser : « si tous… ? », 2. Universaliser : « si tous… ? » → Contradiction → interdit, 2. Universaliser : « si tous… ? » → Sans contradiction → permis1. Ma maxime(règle del'action)2. Universaliser: « si tous… ? »Contradiction →interditSanscontradiction →permis
Fig. 2Test de l'impératif catégorique : pose ta maxime, puis universalise-la (« et si tous agissaient ainsi ? »). Si elle se détruit (contradiction), l'action est interdite ; si elle tient, elle est permise. La volonté se donne ainsi à elle-même la loi : c'est l'autonomie.

Points clés

La « bonne volonté » est, selon Kant, la seule chose bonne sans restriction (Fondements de la métaphysique des mœurs) : ni les talents, ni le bonheur, ni même le succès de l’action ne sont bons en eux-mêmes ; seule l’est l’intention d’agir par devoir. La valeur morale tient au motif, non au résultat.
L’impératif catégorique commande inconditionnellement, à la différence de l’impératif hypothétique qui dit « si tu veux X, fais Y ». Le devoir ne dit pas « si tu veux être bien vu, sois honnête », mais « sois honnête », un point c’est tout. Sa formule : agis seulement d’après la maxime dont tu peux vouloir qu’elle devienne une loi universelle.
Le test d’universalisation : pour savoir si une maxime (la règle subjective de mon action) est morale, je me demande si je pourrais vouloir qu’elle vaille pour tous sans contradiction. La maxime « je promets sans tenir » se détruit elle-même si elle devient universelle (plus personne ne croirait aux promesses) : elle est donc interdite.
L’autonomie de la volonté est le fondement de l’obligation : la volonté raisonnable se donne à elle-même la loi qu’elle suit (auto + nomos). À l’opposé, l’hétéronomie fait dépendre la volonté d’un principe extérieur (le plaisir, l’autorité, la crainte). Obéir au devoir, ce n’est donc pas se soumettre : c’est obéir à la loi qu’on s’est prescrite — donc être libre.
Conséquence décisive pour le thème : l’autonomie réconcilie devoir et liberté. Je ne suis pas libre malgré le devoir, mais par lui : la liberté n’est pas l’absence de loi (ce serait l’arbitraire des penchants, donc l’hétéronomie), mais l’obéissance à une loi que la raison se donne. « Le respect » est le sentiment moral par lequel cette loi se fait sentir à un être sensible.
L’impératif catégorique ne se réduit pas à une formule. Kant en donne plusieurs, qui commandent la même chose sous des angles différents, et savoir en manier deux change la portée d’un devoir. La première est celle de la loi universelle, qui fournit le test. La deuxième énonce la fin en soi : traiter l’humanité, en soi comme en tout autre, toujours en même temps comme une fin et « jamais simplement comme un moyen ». Elle dit pourquoi la première mord — si la fausse promesse est interdite, c’est qu’elle réduit celui qui la reçoit à un instrument, en lui faisant consentir à ce qu’il n’aurait pas voulu s’il avait su. Le mot « simplement » porte ici tout l’interdit : Kant ne défend pas d’user d’autrui comme moyen, ce que nous faisons chaque fois que nous achetons du pain, il défend de l’y réduire. La troisième pense la communauté des volontés autonomes comme un règne des fins, où chacune est à la fois législatrice et sujette. C’est là que se fonde la dignité : ce qui a un prix admet un équivalent et peut être remplacé, ce qui est au-dessus de tout prix n’en admet aucun.
Kant a lui-même écarté le rapprochement avec la règle d’or, dans une note des Fondements de la métaphysique des mœurs. La maxime qui défend de faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas subir ne peut être une loi universelle : elle ne contient aucun devoir envers soi-même, aucun devoir de bienfaisance — il suffirait de consentir à ne rien recevoir pour n’avoir rien à donner — et elle permettrait au criminel d’argumenter contre son juge. La règle d’or consulte ce que je voudrais ; l’impératif éprouve si une maxime peut être pensée universalisée sans se contredire, ce qui est un test logique et non un sondage de préférences. Cette rigueur a un prix, et le Bac récompense qu’on le paie : dans l’opuscule Sur un prétendu droit de mentir par humanité, Kant maintient contre Benjamin Constant que la véracité est un devoir inconditionnel, jusque devant le meurtrier qui demande où se cache sa victime, tandis que Constant objecte qu’un devoir suppose un droit correspondant et que nul n’a droit à une vérité qui nuit à autrui.

Vocabulaire

→ Cartes
  • MaximeRègle subjective qui guide effectivement une action, et que le test d’universalisation soumet à l’épreuve.
  • Impératif catégoriqueCommandement qui oblige inconditionnellement, sans dépendre d’aucune fin que l’on se serait donnée.
  • Impératif hypothétiqueCommandement qui n’oblige qu’à la condition de vouloir une fin déterminée, et qui tombe avec elle.
  • AutonomiePropriété d’une volonté qui se donne à elle-même la loi qu’elle suit, et qui est libre en lui obéissant.
  • HétéronomieÉtat d’une volonté dont le principe est extérieur à elle, qu’il s’agisse du plaisir, de l’autorité ou de la crainte.
  • DignitéValeur de ce qui n’admet aucun équivalent et ne peut donc être échangé contre un prix.
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Exemple corrigé

Appliquer le test d’universalisation : la fausse promesse

Suis-je en droit de faire une promesse que je n’ai pas l’intention de tenir, si cela m’est utile ? Traitez la question avec l’impératif catégorique.

  1. 01Formuler la maxime

    La maxime de mon action serait : « quand j’ai besoin d’argent, je promets de rembourser tout en sachant que je ne le ferai jamais ». C’est la règle subjective qui guide mon acte.

  2. 02Tenter de l’universaliser

    J’applique le test : puis-je vouloir que cette maxime devienne une loi universelle, valable pour tous ? J’imagine un monde où chacun promet sans intention de tenir.

  3. 03Faire apparaître la contradiction

    Dans un tel monde, plus personne ne croirait aux promesses : l’institution même de la promesse s’effondrerait. Or ma maxime suppose que les autres y croient encore (sinon je n’obtiendrais rien). La maxime universalisée se détruit elle-même : elle est contradictoire.

  4. 04Conclure sur le devoir

    Puisque je ne peux pas vouloir cette maxime comme loi universelle sans contradiction, l’acte est moralement interdit. Le devoir de tenir ses promesses ne dépend ni de mon intérêt, ni des conséquences : il est catégorique.

Résultat : La fausse promesse est immorale : sa maxime ne passe pas le test d’universalisation. La raison, en se prescrivant cette loi, agit de façon autonome — et c’est en lui obéissant que la volonté est libre.

Explication pas à pas4 étapes
  1. 1

    Pour Kant, une seule chose est bonne sans condition : la bonne volonté. Ni les talents, ni la réussite, ni même le bonheur ne valent moralement par eux-mêmes — seule compte l’intention d’agir par devoir.

  2. 2

    Le devoir s’exprime par un impératif catégorique : il ne dit pas « si tu veux être bien vu, sois honnête », il dit « sois honnête », sans condition. Sa formule : agis seulement d’après une maxime dont tu peux vouloir qu’elle devienne une loi universelle.

  3. 3

    Je teste alors ma maxime : et si tous agissaient ainsi ? Si la règle universalisée se contredit — comme la fausse promesse, qui détruit la confiance qu’elle suppose — l’acte est interdit.

  4. 4

    La leçon décisive : en suivant cette loi, la volonté n’obéit qu’à elle-même. C’est l’autonomie. Loin de m’asservir, le devoir m’affranchit des penchants : je suis libre non pas malgré la loi, mais par elle.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir formuler l’impératif catégorique et l’opposer à l’impératif hypothétique, en appliquant le test d’universalisation à une maxime précise (le mensonge, la promesse non tenue).
  • Objectif Bac : expliquer pourquoi, chez Kant, l’autonomie articule devoir et liberté — c’est le cœur argumentatif du thème « le devoir et la liberté » et un attendu central.
  • Objectif Bac : ne pas se contenter de réciter Kant, mais savoir le discuter (le formalisme, le conflit des devoirs, la question du mensonge) pour montrer une pensée personnelle.
  • Objectif Bac : mobiliser deux formules de l’impératif et non une seule. La loi universelle donne le test, la fin en soi donne la raison — et c’est cette dernière qui rend traitables les sujets sur la dignité, sur le respect ou sur l’usage d’autrui.
  • Objectif Bac : discuter Kant sur un cas plutôt qu’en général. Le mensonge au meurtrier et l’objection de Constant fournissent la discussion la plus rentable, parce qu’elle porte sur le point fort de la doctrine, son inconditionnalité, et non sur une faiblesse de détail.

Erreurs fréquentes

  • Confondre l’impératif catégorique avec la règle d’or « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît ». Kant teste la cohérence logique d’une maxime universalisée, pas mes préférences ni mes désirs.
  • Croire que l’autonomie signifie « faire ce que je veux ». C’est l’inverse : l’autonomie est l’obéissance à la loi que la raison se donne ; « faire ce que je veux » au gré des penchants est précisément l’hétéronomie.
  • Juger la moralité d’un acte kantien à ses conséquences. Pour Kant, c’est le motif (agir par devoir) qui fait la valeur morale, même si l’action échoue dans ses effets.
  • Écrire que Kant interdit de se servir d’autrui. La formule dit « jamais simplement comme un moyen » : user d’autrui est permis, le réduire à un moyen ne l’est pas. Retirer l’adverbe transforme une exigence de respect en interdiction de toute vie sociale.
  • Universaliser l’acte au lieu de la maxime. Le test ne demande pas « et si tout le monde faisait cela ? » mais si la règle subjective de mon action pourrait être voulue comme loi sans se détruire elle-même. « Et si tout le monde était boulanger ? » ne prouve rien contre le boulanger.

§ 02

Révision active

Suis-je vraiment libre lorsque j’obéis au devoir ? Appuyez-vous sur la distinction kantienne autonomie / hétéronomie pour soutenir que l’obéissance à la loi morale peut être l’exercice même de la liberté.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

La liberté en question : libre arbitre et déterminisme#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§La liberté

Points clés

Le libre arbitre est le pouvoir de la volonté de se déterminer sans y être contrainte, de choisir entre des possibles. La question du thème : ce pouvoir est-il une réalité, une illusion ou une conquête ? Trois grandes réponses : Descartes (réalité), Spinoza (illusion), Sartre (liberté absolue).
Descartes : le libre arbitre est la principale perfection de l’homme (Principes de la philosophie, I, 37), ce par quoi il porte l’image de Dieu. La volonté est infinie. Mais il y a des « degrés » de liberté : la liberté la plus haute n’est pas l’indifférence (choisir au hasard, faute de raisons), c’est se déterminer clairement vers le vrai et le bien — l’indifférence est « le plus bas degré » de la liberté.
Spinoza : le libre arbitre est une illusion. « Les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent » (Lettre 58 à Schuller ; la même thèse parcourt l’Éthique, livre I, appendice). L’exemple de la pierre lancée, dans cette même lettre : consciente de son mouvement, elle se croirait libre, ignorant la main qui l’a jetée. Le déterminisme est universel : tout suit nécessairement de la nature.
Mais chez Spinoza la liberté n’est pas niée, elle est redéfinie : est libre « ce qui existe par la seule nécessité de sa nature ». La vraie liberté est la connaissance adéquate de la nécessité : comprendre les causes qui nous meuvent, c’est cesser d’en être l’esclave passif. Liberté et nécessité ne s’opposent donc pas (compatibilisme) ; liberté et contrainte, oui.
Repères à mobiliser : contingent / nécessaire (le libre arbitre suppose la contingence du choix ; le déterminisme, la nécessité de tout événement) et principe / cause / fin (le déterminisme explique par les causes antécédentes, la liberté semble agir en vue de fins).
Trois thèses sont régulièrement prises l’une pour l’autre, et la confusion coûte cher sur ce sujet. Le déterminisme est une thèse sur les causes : tout événement suit nécessairement de conditions antérieures selon des lois. Il ne prédit rien du sort de tel homme et laisse mes actes efficaces, puisqu’ils comptent eux-mêmes au nombre des causes. Le fatalisme est une thèse sur l’issue : un événement arrivera quoi qu’on fasse, par quelque chemin qu’on prenne, ce qui rend l’action indifférente — l’argument dit paresseux l’illustre, qui conclut que si je dois guérir il est inutile d’appeler le médecin, raisonnement qu’un déterministe refuse, l’appel du médecin faisant partie des causes de la guérison. La prédestination, enfin, est une thèse théologique portant sur une décision : un décret divin a fixé par avance le salut ou la perte des hommes. Ce n’est plus une chaîne de causes naturelles mais une volonté, et le problème qu’elle soulève est celui de la justice de Dieu.
Le compatibilisme soutient que la liberté et le déterminisme peuvent être vrais ensemble, parce qu’ils ne portent pas sur la même chose. Être libre n’y signifie pas échapper aux causes, mais agir selon sa propre volonté sans être empêché ni forcé du dehors : Hume le formule ainsi dans l’Enquête sur l’entendement humain, à la section VIII, comme le pouvoir d’agir ou de ne pas agir selon les déterminations de la volonté. Le prisonnier n’est pas libre ; celui qui reste chez lui parce qu’il en a envie l’est, même si son envie a des causes. La position sauve tout ce dont la morale et le droit ont besoin — l’imputation, l’excuse, la contrainte comme circonstance atténuante — sans rien contester à la science. Sa faiblesse doit être nommée avec la même netteté : elle sauve la liberté d’agir et non la liberté de vouloir, car si mes volitions sont elles-mêmes entièrement déterminées, je fais bien ce que je veux mais je ne peux pas vouloir autrement. Sur la carte des positions (voir Fig. 3), le compatibilisme ne vient donc pas se ranger auprès de Descartes ni de Sartre : il déplace la question en redéfinissant le mot libre. Spinoza fait de même dans un tout autre sens, sa liberté n’étant pas l’absence d’obstacle extérieur mais l’agir par la seule nécessité de sa propre nature, qu’aucun homme n’atteint pleinement.

Trois positions sur le libre arbitre et le déterminisme

Trois positions sur le libre arbitreTableau de 4 colonnes et 3 lignes, Données: Critère · Descartes · Spinoza · Sartre; Thèse · libre arbitre réel · = une illusion · liberté absolue; Argument · volonté infinie · on ignore les causes · existence avant essence; Déterminisme · limité au physique · tout est déterminé · refusé (mauvaise foi), cellule mise en évidence : = une illusionCritèreDescartesSpinozaSartreThèselibre arbitre réel = une illusionliberté absolueArgumentvolonté infinieon ignore les causesexistence avant essenceDéterminismelimité au physiquetout est déterminérefusé (mauvaise foi)
Fig. 3Trois positions sur le libre arbitre : Descartes (réel — la volonté est infinie ; le déterminisme se limite au physique), Spinoza (illusion — nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes qui nous déterminent ; tout est déterminé), Sartre (liberté absolue — l'existence précède l'essence ; le déterminisme est refusé comme mauvaise foi).
Fig. 3 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • Libre arbitrePouvoir de la volonté de se déterminer elle-même entre des possibles, sans y être contrainte.
  • DéterminismeThèse selon laquelle tout événement suit nécessairement de conditions antérieures, conformément à des lois.
  • FatalismeThèse selon laquelle l’issue est fixée quoi qu’on fasse, ce qui rend l’action indifférente au résultat.
  • PrédestinationDoctrine théologique d’un décret divin fixant par avance le salut ou la perte des hommes.
  • CompatibilismePosition selon laquelle être libre, c’est agir selon sa volonté sans contrainte extérieure, ce qui n’exclut pas le déterminisme.
  • Liberté d’indifférencePouvoir de choisir sans motif, tenu par Descartes pour le plus bas degré de la liberté.
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Exemple corrigé

Le libre arbitre est-il une illusion ?

Le libre arbitre est-il une illusion ? Confrontez Descartes et Spinoza, puis dégagez une position nuancée.

  1. 01Poser le problème

    Nous éprouvons un sentiment vif de liberté : il me semble que je pouvais agir autrement. Mais ce sentiment prouve-t-il un pouvoir réel, ou n’est-il qu’une apparence ? Le problème oppose l’expérience intérieure du choix et l’exigence d’une explication par les causes.

  2. 02Affirmer le libre arbitre (Descartes)

    Descartes y voit la plus grande des perfections : la volonté est infinie, et son indépendance se sent immédiatement (je peux suspendre mon jugement). Le doute lui-même atteste un pouvoir libre de l’esprit. La liberté n’est pas l’indifférence, mais l’adhésion claire au vrai et au bien.

  3. 03Objecter avec Spinoza

    Spinoza renverse : le sentiment de liberté vient de ce que nous avons conscience de nos désirs, mais ignorons leurs causes. Telle la pierre lancée qui, consciente, se croirait libre. Le libre arbitre serait l’illusion d’une conscience incomplète.

  4. 04Dépasser l’alternative

    On peut refuser le dilemme : même si nos actes ont des causes, comprendre ces causes transforme notre rapport à elles. La liberté ne serait pas l’absence de détermination, mais la nécessité comprise (Spinoza) ou l’autonomie de la raison (Kant).

Résultat : Le libre arbitre, entendu comme pouvoir indéterminé de choisir, est sans doute en partie illusoire ; mais la liberté, comprise comme connaissance de la nécessité ou autonomie, demeure une conquête réelle. La question n’est pas « suis-je déterminé ? » mais « comment puis-je devenir libre ? ».

Objectif Bac

  • Objectif Bac : distinguer trois questions souvent confondues — la liberté d’indifférence, la liberté comme connaissance de la nécessité, et la liberté politique — pour problématiser au lieu d’opposer naïvement « libre » et « déterminé ».
  • Objectif Bac : citer et expliquer précisément l’argument spinoziste (la pierre, l’ignorance des causes) et le distinguer d’un simple fatalisme du « tout est écrit ».
  • Objectif Bac : montrer que déterminisme et liberté peuvent être compatibles (Spinoza), pour éviter le faux dilemme « ou bien tout est libre, ou bien rien ne l’est ».
  • Objectif Bac : ouvrir par les distinctions déterminisme, fatalisme, prédestination. C’est le point où un correcteur voit immédiatement si la notion a été travaillée, et l’erreur y est presque universelle — un sujet sur la liberté se gagne souvent dans ce premier paragraphe.
  • Objectif Bac : présenter le compatibilisme comme un déplacement de définition, en disant ce qu’il sauve (l’imputation, l’excuse) et ce qu’il laisse échapper (la liberté de vouloir). Une position exposée avec son coût est mieux notée qu’une position adoptée.

Erreurs fréquentes

  • Confondre déterminisme et fatalisme. Le déterminisme dit que tout a une cause ; le fatalisme dit que le résultat arrivera quoi que je fasse. Le déterminisme n’abolit pas l’efficacité de mes actes : il les inscrit dans la chaîne des causes.
  • Croire que la liberté d’indifférence (choisir sans raison) est la liberté la plus haute. Pour Descartes, c’est le plus bas degré : la vraie liberté se détermine d’autant mieux qu’elle voit clairement le vrai et le bien.
  • Prêter à Spinoza la négation pure de la liberté. Il nie le libre arbitre, mais il en propose une autre définition : la liberté comme nécessité comprise.
  • Confondre déterminisme et prédestination. Le premier invoque des lois et des causes naturelles, la seconde un décret divin. Prêter une intention à la chaîne causale la transforme en destin, ce qu’elle n’est pas, et fait glisser un problème de physique vers un problème de théologie.
  • Conclure que « si tout est déterminé, plus rien n’est de ma faute ». C’est exactement ce que conteste le compatibilisme : la responsabilité y suppose non l’absence de causes, mais l’absence de contrainte. On excuse celui qu’on a forcé, jamais celui qui a voulu.

§ 03

Révision active

Le libre arbitre est-il une illusion ? Confrontez l’affirmation cartésienne du libre arbitre et sa critique spinoziste (la pierre, l’ignorance des causes), puis examinez si liberté et déterminisme s’excluent.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

Liberté, existence et responsabilité : Sartre#

~7 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§La liberté

De l’existence à la responsabilité (Sartre)

De l'existence à la responsabilité (Sartre)Graphe, L'objet : essence → existence → L'homme : existence → essence, L'homme : existence → essence → « Condamné à être libre », « Condamné à être libre » → Responsabilité totaleL'objet :essence →existenceL'homme :existence →essence« Condamné àêtre libre »Responsabilitétotalerenversementpas d'excuse
Fig. 4Sartre renverse le rapport essence/existence : pour un objet fabriqué (un coupe-papier), l'essence précède l'existence ; pour l'homme, « l'existence précède l'essence » — d'abord il existe, puis se définit par ses actes. Sans nature donnée, il est « condamné à être libre » (pas d'essence-excuse) : d'où sa responsabilité totale.

Points clés

Sartre inverse l’ordre classique : pour un objet fabriqué (un coupe-papier), l’essence (le concept, l’usage) précède l’existence — il est conçu avant d’être produit. Pour l’homme, c’est l’inverse : « l’existence précède l’essence ». L’homme existe d’abord, surgit dans le monde, et se définit ensuite par ses actes. Il n’y a pas de « nature humaine » donnée d’avance.
Conséquence : l’homme est « condamné à être libre ». « Condamné » parce qu’il ne s’est pas créé lui-même ; « libre » parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait. La liberté n’est pas une propriété qu’on aurait : c’est ce que l’homme est. Ne pas choisir, c’est encore choisir.
La « mauvaise foi » est la fuite devant cette liberté : me prétendre déterminé par mon caractère, mon milieu, mes passions, pour me décharger de ma responsabilité (« je suis comme ça »). C’est se mentir à soi-même en se traitant comme une chose, alors qu’on est une conscience libre.
Liberté et responsabilité sont indissociables : comme je suis l’auteur sans excuse de mes choix, j’en porte l’entière responsabilité — et, en me choisissant, je dessine une image de l’homme tel que je crois qu’il doit être (« en me choisissant, je choisis l’homme »). La liberté sartrienne n’est donc pas caprice : elle est gravité.
Articulation avec le devoir : là où Kant fonde le devoir sur l’autonomie d’une raison universelle, Sartre fait porter sur la seule liberté individuelle le poids des valeurs : sans loi morale donnée d’avance, c’est mon choix qui institue ce qui vaut. Deux manières de lier liberté et responsabilité morale.
La liberté sartrienne n’est pas un pouvoir sans matière : « il n’y a de liberté qu’en situation, et il n’y a de situation que par la liberté » (L’Être et le Néant). Le rocher n’est un obstacle que pour qui a projeté de l’escalader ; sans projet, il n’est ni haut ni infranchissable. La résistance des choses ne vient donc pas des choses seules, elle vient de ce qu’on veut en faire. C’est ce qui permet à Sartre de tenir ensemble deux propositions qu’on croit contradictoires : je suis toujours situé, par un corps, une classe, une époque, un passé, et cette situation ne décide jamais du sens que je lui donne. De cette liberté sans appui naît l’angoisse, qui n’est pas la peur : la peur a un objet dans le monde et me menace du dehors, l’angoisse me vient de moi, du vertige d’une conscience qui découvre que rien ne la retient et qu’aucune valeur ne tient d’elle-même.
L’exemple le plus utile est celui de l’étudiant rapporté dans L’existentialisme est un humanisme : sous l’Occupation, un jeune homme hésite entre partir combattre et rester auprès de sa mère, pour qui il est tout. Aucune morale ne tranche. Celle qui commande la charité ne dit pas envers qui l’exercer ; celle qui défend de traiter autrui comme un moyen ne départage pas deux partis qui traitent chacun quelqu’un comme un moyen. Sartre en tire que le choix ne se déduit d’aucune règle, et que le sentiment invoqué pour le justifier ne se mesure qu’à l’acte qui le manifeste : je ne sais que j’aime assez ma mère pour rester qu’en restant. D’où le conseil qui n’en est pas un — « vous êtes libre, choisissez, c’est-à-dire inventez ». Reste l’objection que l’on attend au Bac : Merleau-Ponty soutient, dans la Phénoménologie de la perception, qu’une liberté totale ne se distinguerait plus d’une absence de liberté, car sans poids du monde ni inertie du caractère aucun choix ne coûterait rien et ne signifierait rien.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Mauvaise foiMensonge à soi-même par lequel une conscience se traite comme une chose pour se décharger de sa liberté.
  • AngoisseÉpreuve d’une conscience devant sa propre liberté, distincte de la peur, qui vise un danger extérieur.
  • SituationEnsemble des conditions dans lesquelles une liberté s’exerce et qui ne prennent sens que par le projet qui les traverse.
  • FacticitéPart donnée de mon existence — corps, passé, milieu, époque — que je n’ai pas choisie et que j’ai pourtant à assumer.
  • ProjetVisée par laquelle une existence se jette vers ses possibles et donne aux choses leur sens d’obstacle ou de moyen.
  • DélaissementChez Sartre, condition d’un homme sans valeurs données d’avance, qui doit décider seul et sans garantie.
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Exemple corrigé

Sommes-nous responsables de ce que nous sommes ?

Sommes-nous responsables de ce que nous sommes ? Appuyez-vous sur Sartre, puis examinez l’objection déterministe.

  1. 01Dégager le problème

    On invoque souvent son caractère ou son passé pour s’excuser (« je suis né ainsi »). Mais si je ne suis pas responsable de ce que je suis, toute morale s’effondre. Le problème : mon être est-il un destin subi ou le produit de mes choix ?

  2. 02Soutenir la responsabilité (Sartre)

    Pour Sartre, l’existence précède l’essence : je ne suis rien d’autre que ce que je me fais. Il n’y a pas de nature humaine donnée qui m’excuserait. Condamné à être libre, je suis l’auteur sans excuse de mes actes : donc pleinement responsable de ce que je deviens.

  3. 03Démasquer la mauvaise foi

    Se dire déterminé par son tempérament, c’est de la mauvaise foi : se traiter comme une chose pour fuir sa liberté. « Je suis comme ça » est un alibi : même mes émotions, je les assume et les laisse être ce qu’elles sont.

  4. 04Peser l’objection déterministe

    On objectera (Spinoza, sciences humaines) que nos choix ont des causes que nous ignorons. Mais reconnaître des conditionnements ne supprime pas toute responsabilité : il reste une marge où je peux comprendre, assumer et orienter ce que je fais de ce qui m’a fait.

Résultat : Sans aller jusqu’à la liberté absolue, on peut soutenir que l’homme est responsable au moins de l’usage qu’il fait de sa situation. La mauvaise foi consiste à confondre des conditions avec un destin : être libre, c’est répondre de soi.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : expliquer la formule « l’existence précède l’essence » à l’aide de l’exemple du coupe-papier, et en tirer l’absence d’une « nature humaine » qui servirait d’excuse.
  • Objectif Bac : analyser le paradoxe « condamné à être libre » et le concept de mauvaise foi pour discuter le rapport entre liberté et responsabilité.
  • Objectif Bac : confronter Sartre à Spinoza (liberté / déterminisme) et à Kant (liberté / loi morale) pour montrer une culture philosophique articulée.
  • Objectif Bac : opposer la liberté en situation à l’objection la plus attendue, celle qui invoque la faim, la misère ou la maladie. Sartre ne nie pas les obstacles ; il soutient qu’un obstacle n’apparaît comme tel que sur fond de projet, et c’est cette réponse qu’il faut savoir formuler.
  • Objectif Bac : traiter l’exemple du jeune homme comme un raisonnement et non comme une anecdote. Ce qu’il établit — qu’aucune règle ne fournit sa propre application — est un argument réemployable sur tout sujet de morale, et l’échelle d’évaluation valorise l’exemple précisément étudié.

Erreurs fréquentes

  • Comprendre « condamné à être libre » comme « libre de tout faire » ou comme un éloge du caprice. Sartre lie au contraire la liberté à une responsabilité écrasante : être libre, c’est être sans excuse.
  • Confondre liberté de circonstance (les obstacles extérieurs) et liberté ontologique. Pour Sartre, même entravé, je reste libre dans la signification que je donne à ma situation et dans la manière dont je l’assume.
  • Faire de la mauvaise foi un simple mensonge aux autres. C’est un mensonge à soi-même : une conscience qui se fuit en se prétendant chose.
  • Confondre l’angoisse et la peur. La peur vise un danger du monde, l’angoisse me vise moi : elle est la conscience que rien, pas même ce que j’ai décidé hier, ne me garantit contre moi-même. Traiter l’angoisse sartrienne comme une émotion vague fait perdre tout le concept.
  • Écrire que Sartre rejette l’inconscient sans dire pourquoi. Son argument est précis : une instance qui déciderait à ma place serait exactement l’excuse que la mauvaise foi recherche, et la censure freudienne devrait déjà connaître ce qu’elle refoule pour pouvoir le refouler — ce qui la ramène à une conscience qui se ment.

§ 04

Révision active

Sommes-nous responsables de ce que nous sommes ? Mobilisez la thèse sartrienne (l’existence précède l’essence, la mauvaise foi) et confrontez-la à l’objection déterministe pour mesurer l’étendue de notre responsabilité.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Articuler devoir et liberté : suis-je libre parce que je dois ?#

~8 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le devoirBOBO-2019-philosophie-terminale-§La liberté

Devoir et liberté : de l’opposition apparente à la co-implication

Devoir et liberté : opposition apparente / co-implicationTableau de 2 colonnes et 2 lignes, Données: Opposition apparente · Co-implication (la vérité); le devoir bride mes envies · le devoir suppose une volonté libre; liberté = faire ce qu'on veut · liberté = obéir à la loi qu'on se donne, cellule mise en évidence : liberté = obéir à la loi qu'on se donneOpposition apparenteCo-implication (lavérité)le devoir bride mes enviesle devoir suppose unevolonté libreliberté = faire ce qu'onveutliberté = obéir à la loiqu'on se donne
Fig. 5Devoir et liberté semblent s'opposer (le devoir bride mes envies ; être libre = faire ce qu'on veut), mais ils se co-impliquent : le devoir suppose une volonté libre, et être libre c'est obéir à la loi qu'on se donne — l'autonomie (Kant). En politique, Rousseau : « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté » (repères : légal / légitime, obligation / contrainte).

Points clés

Première apparence : devoir et liberté s’opposent. Le devoir semble une entrave (il bride mes envies), et l’on confond souvent la liberté avec « faire ce qu’on veut ». Mais cette définition de la liberté est fragile : l’esclave des penchants n’est pas libre, il est ballotté par ses désirs (servitude des passions).
Renversement (Kant) : le devoir, loin d’abolir la liberté, la suppose et l’accomplit. Une contrainte n’oblige pas une pierre, mais le devoir n’oblige qu’une volonté libre. Et par l’autonomie, obéir au devoir, c’est obéir à la loi que la raison se donne : la liberté n’est pas l’absence de loi, mais l’obéissance à une loi qu’on s’est prescrite.
Transposition politique (repère légal / légitime) : Rousseau pense la liberté civile comme obéissance à la loi qu’on s’est soi-même donnée. « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ». La liberté politique n’est donc pas l’absence de toute règle (l’anarchie), mais le fait de n’obéir qu’à des lois auxquelles on a consenti — d’où l’importance du légitime, et non du seul légal.
Articulation des deux libertés : la liberté morale (se déterminer par devoir, autonomie) fonde et éclaire la liberté politique (n’obéir qu’à des lois légitimes). Dans les deux cas, la liberté n’est pas l’indépendance à l’égard de toute règle, mais le bon rapport à la règle : celle qu’on reconnaît et qu’on se donne.
Limite et nuance : on peut objecter (avec Spinoza ou les sciences humaines) que cette autonomie est elle-même conditionnée, et (avec Sartre) qu’aucune loi n’est donnée d’avance, de sorte que la liberté précède toute valeur. Le thème reste ouvert : devoir et liberté ne se déduisent pas mécaniquement l’un de l’autre, mais s’articulent dans l’idée d’une obéissance librement reconnue.
La liberté politique peut se penser tout autrement que par l’obéissance à la loi qu’on s’est donnée. Dans De la liberté, Mill énonce le seul principe qui autorise selon lui une société à contraindre l’un de ses membres contre sa volonté : empêcher qu’il ne nuise à autrui. Le bien propre de l’individu, physique ou moral, n’est jamais une raison suffisante — on peut lui remontrer, le raisonner, le supplier, non le contraindre. La liberté ne se définit donc plus par l’origine de la règle, mais par l’étendue d’un domaine soustrait à toute contrainte, celui des conduites qui ne regardent que soi. Mill y voit la condition du progrès, qu’il fait naître de la diversité des manières de vivre que les hommes essaient ; et sa crainte n’est pas d’abord le despote, c’est la tyrannie de la majorité, cette opinion commune qui contraint sans loi, par le seul poids du regard de tous.
On tient là deux conceptions qu’il faut savoir opposer sans les caricaturer. L’une définit la liberté par l’origine de la règle : je suis libre si la loi qui m’oblige émane de moi, comme volonté raisonnable chez Kant ou comme citoyen chez Rousseau. L’autre la définit par l’étendue de la sphère où nulle règle ne m’atteint. On les nomme couramment liberté positive, qui est se gouverner soi-même, et liberté négative, qui est n’être empêché par personne. Chacune a son danger propre, et c’est ce qui rend le sujet intéressant : la seconde peut abandonner l’individu à des dépendances que nulle loi n’a créées et dont nulle loi ne le protège ; la première autorise la formule que Rousseau assume, selon laquelle celui qui refuse d’obéir à la volonté générale, « on le forcera d’être libre » — où la contrainte se présente comme un service rendu à la liberté de celui qu’on contraint. Benjamin Constant en a fait, dans son discours sur la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, la différence entre participer à la souveraineté et jouir en paix de son indépendance privée, et il l’a reprochée à Rousseau.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Volonté généraleChez Rousseau, volonté du corps politique visant l’intérêt commun, distincte de la somme des volontés particulières.
  • Liberté civileChez Rousseau, liberté que l’homme acquiert dans l’état social en n’obéissant qu’aux lois qu’il a consenties.
  • Liberté moraleChez Rousseau, liberté de celui qui obéit à la loi qu’il s’est prescrite et échappe ainsi au seul appétit.
  • Liberté négativeLiberté définie par l’absence d’entrave, c’est-à-dire par l’étendue du domaine où nul ne peut me contraindre.
  • Liberté positiveLiberté définie par la maîtrise de soi et par la participation à l’élaboration des règles auxquelles on obéit.
  • Principe du tort à autruiChez Mill, règle selon laquelle empêcher un dommage causé à autrui est le seul motif légitime de contrainte.
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Exemple corrigé

Suis-je libre parce que je dois ?

Suis-je libre parce que je dois ? Conduisez un raisonnement dialectique complet.

  1. 01Thèse : le devoir paraît contraire à la liberté

    Spontanément, le devoir contrarie mes désirs : il m’oblige à faire ce dont je n’ai pas envie. Si être libre, c’est faire ce qu’on veut, alors le devoir est une limite à ma liberté. Le devoir ressemble à une contrainte intériorisée.

  2. 02Critique de la prémisse

    Mais « faire ce qu’on veut » est-ce être libre ? Celui qui cède à tous ses penchants est l’esclave de désirs qu’il n’a pas choisis (servitude des passions). La liberté ne peut donc se réduire à l’absence de règle.

  3. 03Antithèse : le devoir comme exercice de la liberté (Kant)

    Le devoir ne s’adresse qu’à une volonté libre : il la suppose. Et par l’autonomie, obéir au devoir, c’est obéir à la loi que la raison se prescrit. Je ne suis pas libre malgré le devoir, mais par lui. Rousseau prolonge en politique : « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ».

  4. 04Synthèse nuancée

    On accordera que cette autonomie peut être conditionnée (Spinoza) et qu’aucune loi n’est donnée d’avance (Sartre). Mais cela n’abolit pas le lien : dans tous les cas, la liberté n’est pas l’indépendance à l’égard de toute règle, mais l’obéissance à une règle qu’on reconnaît pour sienne.

Résultat : Oui, en un sens fort : je suis libre non pas malgré le devoir, mais parce que, en obéissant à la loi que je me donne, j’échappe à la servitude des penchants. La liberté véritable est une autonomie, non une absence de loi — sous réserve des limites que lui opposent le déterminisme et la situation.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : construire un plan dialectique type — devoir contre liberté (apparence), puis le devoir comme exercice de la liberté (autonomie kantienne), puis nuance (déterminisme, Sartre) — c’est le plan attendu sur ce thème.
  • Objectif Bac : mobiliser le repère légal / légitime et la liberté civile rousseauiste pour passer de la morale à la politique sans rupture.
  • Objectif Bac : conclure de façon nuancée, sans transformer Kant en dernier mot : montrer les limites (le formalisme, la part de conditionnement) tout en sauvant l’idée d’une liberté comme obéissance consentie.
  • Objectif Bac : construire le débat sur les deux conceptions de la liberté, par l’origine de la règle et par l’étendue de la sphère laissée libre. C’est le moyen le plus sûr de dépasser le plan « Kant, puis une nuance » sans sortir du programme ni des auteurs qu’il nomme.
  • Objectif Bac : nommer le coût de chaque thèse. « On le forcera d’être libre » et le principe du tort à autrui sont les deux formules à mettre face à face ; les citer exactement et les discuter est ce que l’échelle d’évaluation appelle une culture mise au service du sujet.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la liberté à « faire ce qu’on veut » et donc opposer mécaniquement liberté et devoir, sans voir que céder à tous ses penchants est précisément une forme de servitude.
  • Confondre l’autonomie morale (se donner sa loi) et l’indépendance politique : ce sont deux registres (liberté morale, liberté politique) qu’il faut articuler, non identifier.
  • Transformer la conclusion en récitation de Kant : un bon devoir discute la thèse (objection déterministe, formalisme de l’impératif) au lieu de l’adopter sans recul.
  • Attribuer à Mill l’idée que « la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres ». La formule n’est pas de lui et dit autre chose : son principe est asymétrique, puisque la seule raison d’user de contrainte est d’empêcher un tort causé à autrui, le bien propre de l’individu n’en étant jamais une.
  • Traiter « on le forcera d’être libre » comme une provocation ou un lapsus de Rousseau. C’est une conséquence assumée de la définition : si la liberté est l’obéissance à la loi qu’on s’est donnée, contraindre celui qui s’y dérobe le ramène à sa propre volonté. Discuter la phrase exige de discuter la définition.

§ 05

Révision active

Suis-je libre parce que je dois ? Montrez d’abord en quoi devoir et liberté semblent s’opposer, puis comment l’autonomie de la volonté les réconcilie, avant d’en marquer les limites.

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Rappel actif

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Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Le devoir : obligation morale, contrainte et intérêt○
    • 02L’autonomie de la volonté : le devoir kantien et l’impératif catégorique◐
    • 03La liberté en question : libre arbitre et déterminisme◐
    • 04Liberté, existence et responsabilité : Sartre●
    • 05Articuler devoir et liberté : suis-je libre parce que je dois ?●

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Le devoir et la liberté

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

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Compétences
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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A)

Voir aussi

  • L’État et la justiceObéir ou désobéir : le devoir moral se heurte à la loi dans le conflit du légal et du légitime.
  • Le bonheurAgir par devoir ou pour être heureux : les deux mobiles se disputent la même action.
  • La conscience et l’inconscientSartre fait de la liberté une structure de la conscience — et de la mauvaise foi son refus.

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La religion

Chapitre suivant

L’État et la justice

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