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Le bonheur

Le bonheur est l’une des notions au programme de philosophie de terminale (voie générale), abordée dans la perspective de « l’existence humaine et la culture ». Il s’agit d’analyser le bonheur comme fin de l’existence, de le distinguer du plaisir et de la simple satisfaction des désirs, et de confronter les grandes conceptions antiques et modernes (eudémonisme aristotélicien, hédonisme épicurien, ataraxie, sagesse stoïcienne, critique kantienne). Cette notion est pleinement évaluable à l’épreuve écrite de terminale, en dissertation comme en explication de texte.

5 sections·~42 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0666 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de bonheur et la distinguer de notions voisines : le plaisir, la joie, le contentement et la simple satisfaction des désirs.Problématiser le bonheur comme fin de l’existence : est-il un but réellement accessible, un idéal régulateur ou une illusion de l’imagination ?Confronter les grandes conceptions du bonheur (eudémonisme aristotélicien, hédonisme épicurien et ataraxie, sagesse stoïcienne, critique kantienne) et examiner le rapport entre bonheur et morale.Mobiliser des distinctions conceptuelles — repères (idéal / réel, en acte / en puissance, contingent / nécessaire, absolu / relatif) — pour construire un raisonnement argumenté sur un sujet relatif au bonheur.
Opérateurs :analyserdistinguerdéfinirproblématiserconfronterargumenterjustifierinterpréter un texteillustrer par un exemple

niveau de base

Commencez par maîtriser les distinctions de base (bonheur / plaisir / joie / désir) et une thèse claire par auteur (Aristote, Épicure, les stoïciens, Kant), avec un exemple précis pour chacune.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, sachez articuler les conceptions entre elles (où s’opposent hédonisme et eudémonisme ? où Kant rompt-il avec toute l’Antiquité ?) et discuter la thèse du bonheur comme illusion sans la transformer en pessimisme facile.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Le bonheur
    • 01Définir le bonheur : plaisir, désir et fin de l’existence○
    • 02L’eudémonisme antique : Aristote et le bonheur comme activité vertueuse◐
    • 03Hédonisme épicurien et ataraxie : maîtriser le désir◐
    • 04La sagesse stoïcienne : le bonheur et ce qui dépend de nous◐
    • 05Bonheur et morale : le bonheur peut-il être un devoir ? (Kant) ; le bonheur est-il une illusion ?●

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Définir le bonheur : plaisir, désir et fin de l’existence#

~8 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le bonheur

Points clés

Le bonheur (de l’ancien français « bon eür », l’heureuse fortune, où « eür » vient du latin augurium, le présage) désigne un état de satisfaction durable, complet et stable, et non un simple instant agréable. On le distingue donc soigneusement du plaisir, qui est ponctuel, lié à un besoin et fugace, et de la joie, qui est une émotion vive mais passagère. Le bonheur est l’horizon de toute une vie, non un épisode.
Le bonheur a un statut de fin dernière (telos) : on désire la richesse, la santé ou les honneurs en vue d’autre chose, mais on désire le bonheur pour lui-même et jamais en vue d’autre chose. Aristote l’établit au livre I de l’Éthique à Nicomaque : le bonheur est ce que l’on veut toujours pour lui-même et jamais en vue d’autre chose : c’est le « souverain bien » qui clôt la série des fins.
Le rapport au désir est décisif. Le bonheur est-il la satisfaction de tous nos désirs ? L’image des tonneaux percés, que Socrate oppose à Calliclès dans le « Gorgias » de Platon, montre l’aporie : une vie consacrée à toujours remplir des désirs sans fin est une vie de manque perpétuel, jamais comblée. D’où une question directrice : faut-il satisfaire ses désirs ou les réduire pour être heureux ?
Le bonheur pose un problème de critère. Est-il subjectif (chacun a son idée du bonheur, donc « à chacun son bonheur ») ou bien existe-t-il une vie objectivement bonne ? Kant tranchera : le bonheur est un « idéal de l’imagination » indéterminé, parce que nul ne peut dire avec précision et constance ce qui le rendrait durablement heureux.
Repères à mobiliser : « idéal / réel » (le bonheur est-il un état réel ou un idéal jamais pleinement atteint ?), « contingent / nécessaire » (le bonheur dépend-il de la chance — la « fortune » — ou peut-il être assuré par notre seule conduite ?), « absolu / relatif » (un bonheur valable pour tous ou relatif à chacun ?).
La carte des distinctions (voir Fig. 1) se lit comme une série de refus, et c’est ce qui la rend utilisable. Distinguer le bonheur du plaisir, c’est refuser qu’il se compose par addition d’instants agréables. Le distinguer de la joie, c’est refuser que l’intensité en soit le critère. Le distinguer du désir, c’est remarquer que le désir est tension vers ce qui manque, de sorte qu’un bonheur défini par la satisfaction du désir se définirait par sa propre disparition. Le distinguer enfin de la satisfaction, c’est rappeler qu’on comble un désir, jamais le désir. Une introduction qui pose ces quatre écarts tient déjà son problème ; une introduction qui les récite ne tient qu’un lexique.

Bonheur, plaisir, joie, désir : la carte des distinctions

Le champ de la notion de bonheurGraphe, Bonheur → Plaisir, Bonheur → Joie, Bonheur → Satisfaction, Bonheur → DésirBonheurPlaisirJoieSatisfactionDésirponctuelpassagèrecomblementmanque
Fig. 1Le bonheur — état durable, complet, stable, fin que l'on veut pour elle-même — se distingue du plaisir (ponctuel, lié au besoin), de la joie (émotion vive et passagère), du désir (manque tendu vers un objet) et de la satisfaction (comblement d'un désir).
Fig. 1 ↓
L’image des tonneaux mérite d’être restituée avec exactitude, car les copies l’attribuent régulièrement à celui qu’elle vise. C’est Socrate qui la propose dans le Gorgias, en comparant deux hommes : l’un dont les tonneaux sont pleins et intacts et qui peut désormais se reposer, l’autre dont les tonneaux fuient et qui doit les remplir jour et nuit sous peine des pires souffrances. La vie tempérante contre la vie déréglée, donc. Or Calliclès ne cède pas. Il répond que l’homme aux tonneaux pleins n’a plus rien à éprouver et vit comme une pierre, et il maintient qu’il faut laisser croître ses désirs autant qu’on le peut et savoir les satisfaire. Le passage ne s’achève donc pas sur une réfutation : il met deux vies en balance et fait apparaître le prix de chacune, ce qui en fait un point de départ bien plus fécond qu’une aporie déjà tranchée.
Le soupçon que le bonheur n’ait rien de positif reçoit sa formulation la plus dure chez Schopenhauer. Dans Le Monde comme volonté et comme représentation, tout vouloir naît d’un besoin, donc d’un manque, donc d’une souffrance ; la satisfaction ne fait que supprimer une douleur et ne se donne jamais pour elle-même. Le bonheur ne serait alors qu’un nom pour l’intervalle où rien ne fait mal. Encore cet intervalle ne dure-t-il pas, car sitôt le désir éteint c’est le vide qui pèse, et l’existence oscille entre la souffrance et l’ennui comme un balancier. La thèse se discute, et il faut la discuter : une joie ne se réduit pas à la cessation d’une gêne. Mais elle interdit de traiter la question comme si le bonheur était acquis d’avance et qu’il suffisait d’en chercher le moyen.

Vocabulaire

→ Cartes
  • BonheurÉtat de satisfaction durable et complet, envisagé à l’échelle d’une vie entière et non d’un moment.
  • PlaisirAffection agréable, ponctuelle et liée à la satisfaction d’un besoin, dont l’addition ne compose pas un bonheur.
  • JoieÉmotion vive et passagère, qui se distingue du bonheur par sa brièveté et par son caractère non délibéré.
  • DésirTension vers un objet absent, dont la structure de manque rend problématique tout bonheur défini par sa satisfaction.
  • Fin dernièreCe que l’on veut pour soi-même et jamais en vue d’autre chose, statut qu’Aristote reconnaît au seul bonheur.
  • EudaimoniaTerme grec traduit par bonheur, qui désigne moins un sentiment éprouvé qu’une vie réussie prise dans son ensemble.
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Exemple corrigé

Le bonheur est-il la satisfaction de tous nos désirs ?

Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous ses désirs ? Dégagez le problème, examinez la thèse de la satisfaction maximale, puis sa limite.

  1. 01Dégager le problème

    Spontanément, on croit que plus on satisfait de désirs, plus on est heureux. Mais le désir est défini comme un manque qui renaît : satisfaire un désir en éveille un autre. Le problème est donc : la satisfaction des désirs conduit-elle au bonheur, ou bien le suppose-t-elle déjà ?

  2. 02Examiner la thèse de la satisfaction maximale

    C’est la position d’un Calliclès dans le « Gorgias » de Platon : être heureux, c’est avoir des désirs aussi grands que possible et le pouvoir de les assouvir. Le bonheur serait l’intensité et l’abondance des satisfactions.

  3. 03Opposer l’image du tonneau percé

    Socrate répond par une image : l’homme aux désirs insatiables est comme un homme qui veut remplir des tonneaux percés ; il doit sans cesse y verser, sous peine des pires tourments. Une vie de désirs sans limite est une vie de manque perpétuel, donc une vie malheureuse, et non heureuse.

  4. 04Conclure par une distinction

    Il faut distinguer satisfaction et bonheur. Le bonheur n’est pas la quantité de désirs assouvis, mais un certain rapport au désir : un désir réglé, sélectionné (Épicure), ou maîtrisé (les stoïciens). Satisfaire tous ses désirs n’est ni possible ni souhaitable.

Résultat : On peut soutenir que le bonheur ne consiste pas à satisfaire tous ses désirs, car le désir illimité se renouvelle indéfiniment (le tonneau percé) et condamne à un manque sans fin. Le bonheur suppose au contraire un rapport réglé au désir : non pas tout assouvir, mais désirer ce qu’il faut, comme y inviteront Épicure puis les stoïciens.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser et défendre la distinction bonheur / plaisir / joie / satisfaction des désirs, et justifier que le bonheur a le statut particulier de fin dernière (on le veut pour lui-même).
  • Objectif Bac : transformer le sujet en problème. Un bon devoir ne décrit pas « ce qu’est le bonheur » mais interroge une tension (par ex. : « le bonheur est-il affaire de chance ou de sagesse ? », « faut-il satisfaire tous ses désirs ? »).
  • Objectif Bac : ouvrir sur un écart plutôt que sur une définition. Poser d’emblée que le bonheur n’est ni le plaisir, ni la joie, ni la satisfaction d’un désir donne son problème au devoir, là où une définition de dictionnaire ne donne rien.
  • Objectif Bac : restituer correctement le passage du Gorgias. L’image des tonneaux est de Socrate et vise Calliclès, qui l’assume et répond que la vie sans manque est une vie de pierre. Un contresens sur qui parle ruine l’usage de la référence.
  • Objectif Bac : garder en réserve l’objection de Schopenhauer, selon laquelle le bonheur ne serait qu’un intervalle sans douleur, pour le moment du devoir où il faut éprouver la thèse au lieu de l’illustrer.

Erreurs fréquentes

  • Confondre bonheur et plaisir : on réduit alors le bonheur à une accumulation de moments agréables, ce qui ignore son caractère durable, global et réfléchi (le plaisir peut même nuire au bonheur).
  • Réciter une définition de dictionnaire sans problématiser : énoncer « le bonheur est un état de satisfaction complète » et s’arrêter là, sans dégager la tension (la satisfaction de quels désirs ? à quel prix ? pour combien de temps ?).
  • Attribuer l’image des tonneaux percés à Calliclès. C’est Socrate qui la propose contre lui dans le Gorgias ; Calliclès la rejette et défend au contraire la croissance illimitée des désirs. La forme correcte nomme celui qui parle avant d’exploiter l’exemple.
  • Écrire que « le bonheur est subjectif, donc chacun a le sien » et s’arrêter là. La forme correcte convertit le constat en question : si aucun critère commun n’existe, comment un conseil de sagesse serait-il possible, et pourquoi toutes les doctrines s’accordent-elles à écarter la seule quête des plaisirs ?
  • Traiter « bonheur » comme un synonyme de « bien-être » ou de « qualité de vie ». Ces notions se mesurent par des indicateurs extérieurs ; le bonheur, au sens philosophique, désigne l’accomplissement d’une vie entière et engage un jugement sur ce qui vaut la peine d’être vécu.

§ 01

Révision active

Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous ses désirs ? Dégagez le problème (l’image platonicienne du tonneau percé est un point d’appui utile), puis construisez une réponse nuancée distinguant satisfaction des désirs et bonheur.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

L’eudémonisme antique : Aristote et le bonheur comme activité vertueuse#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le bonheur

Points clés

L’eudémonisme (du grec « eudaimonia », le bonheur, littéralement « avoir un bon démon », un bon sort) est la doctrine selon laquelle le bonheur est le souverain bien, fin ultime de toutes nos actions. Aristote l’expose au livre I de l’« Éthique à Nicomaque » : toutes nos fins sont subordonnées à une fin dernière que nous voulons pour elle-même, et cette fin, tous s’accordent à la nommer « bonheur ».
Pour déterminer en quoi consiste ce bonheur, Aristote recourt à l’argument de la « fonction propre » (ergon) : le bonheur de l’homme réside dans l’activité qui lui est propre et qu’aucun autre être n’accomplit. Or le propre de l’homme est la raison (le logos). Le bonheur est donc défini comme « une activité de l’âme conforme à la vertu », et, si les vertus sont plusieurs, conforme à la plus haute d’entre elles.
Le bonheur est une activité (energeia), non un état passif ni une simple disposition. On n’est pas heureux en dormant ou en possédant des qualités qu’on n’exerce pas : il faut les mettre en acte. D’où la formule célèbre : « une seule hirondelle ne fait pas le printemps », ni un seul jour ; le bonheur engage une vie entière, accomplie dans la durée.
Aristote ne méprise pas les biens extérieurs : le bonheur a aussi besoin d’un minimum de biens (santé, amis, ressources), car « il est impossible ou difficile d’accomplir de belles actions quand on est dépourvu de ressources ». Le bonheur n’est donc pas entièrement à l’abri de la fortune, même s’il repose principalement sur la vertu et l’exercice de la raison.
Repère « en acte / en puissance » : la vertu en puissance (une disposition que l’on possède sans l’exercer) ne suffit pas ; c’est la vertu en acte (l’activité effective) qui fait le bonheur. Repère « contingent / nécessaire » : la part des biens extérieurs introduit une contingence (la fortune) que la vertu cherche à réduire sans pouvoir l’annuler totalement.
L’argument de la fonction propre (voir Fig. 2) tient en trois pas qu’il faut savoir énoncer séparément. Premier pas : pour tout être qui a une fonction, son bien consiste à bien remplir cette fonction, comme l’œil qui voit bien ou le joueur de cithare qui joue bien. Deuxième pas : l’homme comme tel a une fonction propre, celle qu’aucun autre vivant n’accomplit, et ce n’est ni la nutrition, que partagent les plantes, ni la sensation, que partagent les animaux, mais l’activité de la partie de l’âme qui possède la raison. Troisième pas : le bien de l’homme est donc l’activité de l’âme selon la vertu. L’objection classique porte sur le deuxième pas, et mieux vaut la formuler soi-même : l’analogie est prise aux métiers et aux organes, où la fonction se définit par un usage extérieur, et rien n’assure qu’un être ait une fonction en tant qu’homme et non seulement en tant que médecin ou en tant qu’œil.

L’argument aristotélicien : de la fonction propre au bonheur

L'argument de la fonction propre (Aristote)Graphe, Toute chose a une fonction (ergon) → Le propre de l'homme = la raison, Le propre de l'homme = la raison → Bonheur = activité de l'âme vertueuseToute chose aune fonction(ergon)Le propre del'homme = laraisonBonheur = activité del'âme vertueuseordonc
Fig. 2Argument de la fonction propre (Aristote) : toute chose a une fonction (ergon) et son bien est de bien la remplir ; le propre de l'homme est la raison (logos) ; donc le bonheur (eudaimonia) est l'activité de l'âme conforme à la vertu, sur une vie complète.
Fig. 2 ↓
Deux compléments manquent rarement au correcteur. Le premier est la détermination de la vertu. La vertu du caractère est un juste milieu entre un excès et un défaut, milieu non pas arithmétique mais relatif à celui qui agit et à la situation, et que fixe la règle qu’énoncerait l’homme prudent. Le courage se tient entre la témérité et la lâcheté, mais l’endroit où il se tient dépend de qui, quand et devant quoi ; c’est pourquoi la prudence, phronêsis, est indispensable à l’exercice de toute vertu du caractère. Le second est la part de la fortune. Aristote rappelle le conseil de Solon d’attendre la fin pour dire un homme heureux, et il examine le cas de Priam, comblé puis ruiné dans sa vieillesse. Sa réponse est mesurée : les revers ne rendent pas misérable celui qui possède la vertu, mais ils lui interdisent la pleine félicité. Le bonheur exige donc une vie complète, et la vertu réduit la contingence sans l’abolir.

Vocabulaire

→ Cartes
  • EudémonismeDoctrine qui pose le bonheur comme souverain bien et fin dernière de toutes les actions.
  • ErgonFonction ou œuvre propre d’un être, dont l’accomplissement réussi définit son bien selon Aristote.
  • EnergeiaActivité effectivement exercée, par opposition à la simple disposition que l’on possède sans la mettre en œuvre.
  • VertuDisposition acquise à choisir le juste milieu relatif à nous, tel que le déterminerait l’homme prudent.
  • PhronêsisPrudence, vertu intellectuelle qui discerne dans chaque situation la conduite juste et sans laquelle aucune vertu du caractère ne s’exerce.
  • Biens extérieursRessources, santé, amis et considération, dont Aristote reconnaît la nécessité pour l’exercice du bonheur sans en faire son principe.
Exemple corrigé

Expliquer la définition aristotélicienne du bonheur

« Le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu » (Aristote, Éthique à Nicomaque, I). Expliquez : pourquoi une activité, pourquoi la vertu, et quel rôle pour les biens extérieurs ?

  1. 01Situer la thèse

    Aristote cherche le souverain bien, la fin que l’on veut pour elle-même : c’est le bonheur. Reste à le déterminer, car « bonheur » est un mot que tous emploient sans s’accorder sur son contenu.

  2. 02Pourquoi une activité ?

    Le bonheur ne peut être une simple possession ni un état passif : un homme endormi ou inactif n’est pas dit heureux. Le bonheur est une « energeia », la mise en acte de nos meilleures dispositions, et non leur seule possession en puissance.

  3. 03Pourquoi la vertu (et non le plaisir) ?

    Par l’argument de la fonction propre : le bien de chaque être est de bien accomplir sa fonction. Le propre de l’homme étant la raison, son bien est l’activité rationnelle excellente, c’est-à-dire conforme à la vertu. Le plaisir n’est pas le but : il accompagne et couronne l’activité réussie.

  4. 04Le rôle des biens extérieurs

    Aristote n’est pas un idéaliste pur : accomplir de belles actions demande un minimum de ressources (santé, amis, moyens). Le bonheur reste donc partiellement exposé à la fortune, sans que celle-ci en soit le principe : c’est la vertu qui demeure le cœur du bonheur.

Résultat : La définition signifie que le bonheur est l’exercice effectif et durable de l’excellence proprement humaine — l’activité rationnelle conforme à la vertu — et non une jouissance passive. Le plaisir l’accompagne, les biens extérieurs le facilitent, mais c’est la vertu en acte, sur une vie entière, qui en constitue l’essence.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir restituer et utiliser la définition aristotélicienne (« le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu, sur une vie complète ») et l’argument de la fonction propre qui la fonde.
  • Objectif Bac : montrer en quoi l’eudémonisme lie indissociablement bonheur et vertu — être heureux, ce n’est pas jouir passivement mais exceller dans l’activité humaine la plus haute (la raison).
  • Objectif Bac : énoncer l’argument de la fonction propre en trois pas et désigner celui qui est contestable. Exposer un raisonnement puis en éprouver la deuxième prémisse est exactement ce qui est valorisé sous le nom d’examen des réponses possibles.
  • Objectif Bac : ne jamais présenter la vertu aristotélicienne comme une règle fixe. Le juste milieu est relatif à la personne et à la situation et se détermine par la prudence ; sans ce point, la doctrine passe pour une morale de la modération.
  • Objectif Bac : traiter la question de la fortune par Solon et Priam plutôt que par une remarque générale sur les aléas de la vie. La nuance d’Aristote — les revers empêchent la pleine félicité sans rendre misérable l’homme vertueux — vaut mieux qu’une thèse tranchée.

Erreurs fréquentes

  • Traduire « eudaimonia » par « plaisir » : Aristote ne fait pas du bonheur une accumulation de plaisirs, mais l’exercice accompli de la vertu ; le plaisir accompagne l’activité réussie sans en être le but.
  • Oublier la dimension d’activité et de durée : présenter le bonheur aristotélicien comme un état acquis une fois pour toutes, alors qu’il est une activité à exercer tout au long d’une vie (« une seule hirondelle ne fait pas le printemps »).
  • Écrire que pour Aristote « le bonheur, c’est la vertu ». La forme correcte : le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu, sur une vie complète. La vertu est une disposition ; ce qui rend heureux, c’est son exercice effectif, distinction que porte le repère en acte / en puissance.
  • Prendre le juste milieu pour une moyenne. Aristote écarte explicitement le milieu arithmétique : la juste quantité varie selon celui qui agit, et c’est la prudence, non le calcul, qui la détermine.
  • Traiter la question des biens extérieurs comme une concession embarrassée. C’est une thèse : privé de ressources, d’amis et de santé, on accomplit difficilement de belles actions, et le bonheur reste donc exposé. C’est précisément ce point que l’objection stoïcienne viendra contester.

§ 02

Révision active

« Le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu » (Aristote). Expliquez cette définition : pourquoi le bonheur est-il une activité, et pourquoi la vertu plutôt que le plaisir ?

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Hédonisme épicurien et ataraxie : maîtriser le désir#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le bonheur

Points clés

L’hédonisme épicurien (du grec « hêdonê », plaisir) pose le plaisir comme « principe et fin de la vie heureuse » : il est le « premier bien », ce vers quoi tout être tend naturellement. Mais ce plaisir n’est pas la débauche : Épicure, dans la « Lettre à Ménécée », précise que par plaisir il entend d’abord « l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme ». C’est un hédonisme raisonné, et non la recherche effrénée des jouissances.
Épicure distingue le plaisir en mouvement (la satisfaction d’un manque, par ex. manger quand on a faim) et le plaisir stable, dit catastématique (l’état d’équilibre une fois le manque comblé). Le souverain bien est ce plaisir stable : l’aponie (absence de douleur du corps) et surtout l’ataraxie (absence de trouble de l’âme), tranquillité durable bien supérieure aux plaisirs agités.
Le moyen d’y parvenir est une classification des désirs (voir Fig. 3), véritable outil de tri. Les désirs sont : (1) naturels et nécessaires (manger, boire, s’abriter, être en sécurité) — à satisfaire car faciles à combler et indispensables ; (2) naturels mais non nécessaires (mets raffinés, plaisirs variés) — à modérer ; (3) vains (ni naturels ni nécessaires : richesse illimitée, gloire, pouvoir, immortalité) — à écarter, car ils sont sans limite et sources de trouble.

La classification épicurienne des désirs

La classification épicurienne des désirsArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Naturels → Nécessaires (à satisfaire); Naturels → Non nécessaires (à modérer); Vains (à écarter)NaturelsLes désirsNécessaires (à satisfaire)Non nécessaires (à modérer)Vains (à écarter)
Fig. 3Classification épicurienne des désirs : naturels nécessaires (à satisfaire, faciles à combler) ; naturels non nécessaires (à modérer) ; vains (illimités, source de trouble, à écarter). Fin visée : l'ataraxie, tranquillité de l'âme.
Fig. 3 ↓
Le « tétrapharmakos » (le quadruple remède) résume la thérapeutique épicurienne contre les peurs qui détruisent la tranquillité : les dieux ne sont pas à craindre (ils ne se mêlent pas de nos affaires) ; la mort n’est rien pour nous (« quand nous sommes, la mort n’est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus ») ; le plaisir (le bien) est facile à atteindre ; la douleur (le mal) est facile à supporter, car brève si elle est intense, et supportable si elle dure.
La distinction du naturel et de l’artificiel, croisée avec le repère « contingent / nécessaire » : le bonheur épicurien consiste à se limiter aux désirs naturels et nécessaires, faciles à satisfaire et indépendants de la fortune ; les désirs vains, illimités, nous rendent esclaves de ce qui ne dépend pas de nous. La sagesse (« phronêsis ») est ici l’art de bien calculer plaisirs et peines.
La classification suppose un calcul, et le calcul suppose une règle. Épicure la donne dans la Lettre à Ménécée : nous ne choisissons pas tout plaisir, il arrive que nous en écartions dont suivrait une gêne plus grande, et il arrive que nous tenions certaines douleurs pour préférables lorsqu’un plaisir supérieur les suit. Le critère n’est donc jamais l’agrément immédiat mais la mesure de l’ensemble, et c’est le travail de la phronêsis, que la Lettre déclare plus précieuse que la philosophie elle-même. Un principe achève le dispositif : la grandeur du plaisir a une limite, celle où toute douleur est supprimée, et au-delà le plaisir peut varier mais non croître. Cette proposition est l’arme décisive contre l’idée que satisfaire davantage de désirs rendrait plus heureux, puisqu’elle établit que le désir illimité poursuit une augmentation impossible.
Cette sagesse a un versant social qu’on oublie volontiers. Épicure tient l’amitié pour le plus grand des biens que la sagesse procure en vue d’une vie heureuse, et le Jardin fut d’abord une communauté d’amis. Il conseille en revanche de se tenir à l’écart des charges publiques, ce dont la formule « vis caché » a gardé la trace, parce que l’ambition livre le sage à ce qui ne dépend pas de lui. L’objection vient d’elle-même : un bonheur obtenu en rétrécissant ses désirs n’est-il pas une défaite habillée en sagesse ? La réponse épicurienne est que les désirs écartés n’étaient pas les nôtres. Ils naissent d’une opinion vide, reçue d’autrui, qui fait poursuivre une richesse ou une gloire sans terme ; s’en défaire ne retranche rien à la vie, cela lui restitue ce qu’elle allait chercher au-dehors.

Vocabulaire

→ Cartes
  • HédonismeDoctrine qui fait du plaisir le principe et la fin de la vie heureuse.
  • AtaraxieAbsence de trouble de l’âme, état stable que l’épicurisme tient pour le souverain bien.
  • AponieAbsence de douleur du corps, versant corporel du plaisir stable, distincte de l’ataraxie qui concerne l’âme.
  • Plaisir catastématiquePlaisir d’équilibre éprouvé une fois le manque comblé, opposé au plaisir en mouvement qui accompagne la satisfaction d’un besoin.
  • Désir vainDésir qui n’est ni naturel ni nécessaire, né d’une opinion vide et sans limite assignable, donc source de trouble.
  • TétrapharmakosQuadruple remède épicurien contre les craintes qui détruisent la tranquillité : les dieux, la mort, l’accès au bien, la durée du mal.
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Exemple corrigé

Faut-il limiter ses désirs pour être heureux ? (lecture épicurienne)

Pour être heureux, faut-il limiter ses désirs ? Présentez la solution épicurienne, puis discutez-la.

  1. 01Poser le paradoxe

    On croit le bonheur dans la satisfaction du plus grand nombre de désirs. Or, plus on désire, plus on s’expose au manque et à la frustration. Limiter ses désirs : est-ce s’appauvrir, ou se libérer ?

  2. 02Exposer le tri épicurien

    Épicure répond par sa classification : il faut satisfaire les désirs naturels et nécessaires (faciles à combler, indispensables), modérer les naturels non nécessaires, et surtout écarter les désirs vains (richesse, gloire, pouvoir) qui sont sans limite et donc sources de trouble.

  3. 03Montrer le gain : l’ataraxie

    En se contentant du nécessaire — qui est à la portée de tous et indépendant de la fortune —, le sage atteint l’absence de douleur et le calme de l’âme (ataraxie). Limiter le désir n’est pas se priver : c’est cesser d’être l’esclave de l’illimité.

  4. 04Discuter

    On peut objecter qu’une vie de désirs réduits risque la tiédeur et que certains grands désirs (créer, connaître, aimer) élèvent l’existence. La réponse épicurienne distingue : il s’agit d’écarter les désirs vains, non tout désir ; le calcul des plaisirs vise une vie riche, mais affranchie de l’inquiétude.

Résultat : Pour Épicure, le bonheur exige non d’assouvir tous ses désirs, mais de les trier : satisfaire le naturel nécessaire, écarter le vain et l’illimité. Limiter ses désirs n’appauvrit pas la vie : cela libère l’âme du trouble et la rend maîtresse de son bonheur (ataraxie). La discussion peut nuancer en distinguant désirs vains et désirs élevés.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : restituer avec exactitude la classification des désirs et la définition épicurienne du plaisir (absence de douleur du corps et de trouble de l’âme), pour éviter le contresens « hédonisme = débauche ».
  • Objectif Bac : montrer que, chez Épicure, c’est en réglant et en limitant le désir — non en l’assouvissant sans frein — que l’on atteint le bonheur (l’ataraxie).
  • Objectif Bac : appuyer la thèse sur le principe de la limite du plaisir. Au-delà de la suppression de la douleur, le plaisir varie mais n’augmente plus, et c’est cette proposition, non un appel à la modération, qui réfute l’idée qu’il faudrait multiplier les satisfactions.
  • Objectif Bac : présenter la classification des désirs comme une procédure et non comme une liste. On l’applique à un désir donné en demandant s’il vient de la nature ou de l’opinion, et s’il connaît une limite assignable.
  • Objectif Bac : mobiliser l’amitié et le « vis caché » pour montrer que l’épicurisme organise une vie et pas seulement une hygiène intérieure. Un sujet du type « faut-il se retirer du monde pour être heureux ? » se traite avec ce matériau.

Erreurs fréquentes

  • Réduire l’épicurisme à la jouissance et à la « bonne chère » (sens courant et déformé du mot « épicurien ») : c’est l’exact contraire de la doctrine, qui prône la mesure, la frugalité et la maîtrise du désir.
  • Confondre absence de douleur et simple anesthésie : l’ataraxie n’est pas l’indifférence ou le néant, mais un état positif de tranquillité et de plénitude stable de l’âme délivrée de ses troubles.
  • Écrire que le sage épicurien « supprime ses désirs ». La forme correcte : il satisfait les désirs naturels et nécessaires, modère les naturels non nécessaires et n’écarte que les désirs vains. Une ascèse générale serait aussi contraire à la doctrine que la débauche.
  • Confondre ataraxie et aponie. L’aponie est l’absence de douleur du corps, l’ataraxie l’absence de trouble de l’âme ; la Lettre à Ménécée les nomme séparément, et c’est l’ataraxie qui appelle la thérapeutique des peurs.
  • Traiter le tétrapharmakos comme quatre conseils de bien-être. Ce sont quatre propositions argumentées : la mort n’est rien pour nous parce que la sensation cesse, la douleur est supportable parce qu’elle est brève quand elle est intense. Il faut restituer la raison, pas seulement la formule.

§ 03

Révision active

Pour être heureux, faut-il limiter ses désirs ? Appuyez-vous sur la classification épicurienne des désirs pour examiner cette thèse, et discutez-la (limiter ses désirs, est-ce s’appauvrir ou se libérer ?).

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

La sagesse stoïcienne : le bonheur et ce qui dépend de nous#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le bonheurBOBO-2019-philosophie-terminale-§La liberté

Points clés

Le stoïcisme (Épictète, Sénèque, Marc Aurèle) fonde le bonheur sur une distinction décisive, ouverture du « Manuel » d’Épictète : « Parmi les choses qui existent, les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous. » Dépendent de nous nos jugements, nos désirs, nos aversions, bref tout ce qui relève de notre activité propre ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, la réputation, les charges — tout ce que la fortune peut nous ôter.
La règle de vie en découle : ne placer son désir et son aversion que dans ce qui dépend de nous, et accueillir le reste comme il advient. Vouloir maîtriser ce qui ne dépend pas de nous (être riche, être aimé de tous, ne jamais tomber malade) condamne au trouble et à la servitude ; concentrer son effort sur ses jugements rend libre et heureux, quoi qu’il arrive.
Le bonheur stoïcien repose donc sur une transformation intérieure : ce n’est pas le monde qu’il faut changer, mais le rapport que nous entretenons avec lui par nos représentations. « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses » (Épictète). La sagesse consiste à corriger ses jugements pour vivre conformément à la nature et à la raison.
Cette maîtrise vise l’apatheia (l’absence de passions destructrices, et non l’insensibilité) et une forme de liberté intérieure inconditionnelle : même privé de tout, le sage reste maître de son assentiment. Le stoïcisme partage ainsi avec l’épicurisme l’idée que le bonheur doit dépendre de nous seuls — mais il l’obtient par la fermeté du jugement plutôt que par le tri des plaisirs.
L’axe propre du stoïcisme, ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas, croise le repère « contingent / nécessaire » : le sage soustrait son bonheur à la contingence de la fortune en le faisant reposer sur ce qui est en son pouvoir. Limite à discuter : peut-on vraiment se rendre totalement indépendant des événements (deuil, douleur, injustice) ?
Ce qui dépend de nous est plus étroit qu’il n’y paraît, et cette étroitesse fait la force de la doctrine (voir Fig. 4). Ce ne sont pas nos actions au sens de leurs résultats, ni même nos émotions telles qu’elles surgissent : c’est l’usage que nous faisons de nos représentations, l’assentiment que nous leur accordons ou leur refusons. Une représentation se présente, cet homme m’a offensé, cette perte est un malheur, et je puis y souscrire ou l’examiner. La passion étant un jugement, elle se défait comme un jugement, et c’est pourquoi Épictète peut soutenir que ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes. De là des exercices : se figurer d’avance les maux possibles pour leur ôter la surprise, agir en réservant que rien ne s’y oppose, et l’image que Cicéron rapporte des stoïciens, celle de l’archer qui doit tout faire pour atteindre la cible sans que l’atteindre dépende de lui.

La dichotomie stoïcienne : ce qui dépend de nous

La dichotomie stoïcienne (Épictète)cercles concentriques, 2 anneaux, Données: Moi, Ce qui dépend de nous, Ce qui n’en dépend pasCe qui n’en dépend pasCe qui dépend de nousMoi
Fig. 4Dépendent de nous nos jugements, nos désirs et aversions, nos actions ; n’en dépendent pas le corps et la santé, la richesse et les biens, la réputation et les charges. Épictète en tire la règle : ne placer désir et aversion que dans le cercle intérieur, et accueillir le reste comme il advient. Ce qui trouble les hommes n’est pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur elles.
Fig. 4 ↓
Deux thèses techniques donnent au stoïcisme sa physionomie propre. La première : la vertu suffit au bonheur, sans complément. Là où Aristote accordait aux biens extérieurs une part nécessaire, le stoïcien les range parmi les indifférents, ce qui ne veut pas dire qu’ils se valent, puisque la santé et l’aisance sont des indifférents préférables que l’on recherche ; leur possession n’ajoute simplement rien à la vie bonne. La seconde : vivre selon la nature, c’est-à-dire selon la raison qui ordonne le tout, ce qui commande de consentir à ce qui arrive, et Sénèque, traduisant Cléanthe dans les Lettres à Lucilius, ajoute que les destins conduisent celui qui consent et traînent celui qui refuse. L’objection est prête : si rien d’extérieur ne compte, pourquoi encore agir, soigner, s’indigner d’une injustice ? La réponse stoïcienne est que les préférables fournissent sa matière à l’action et que le devoir commande d’agir ; ce qui est indifférent, c’est le résultat, non l’effort.

Vocabulaire

→ Cartes
  • ReprésentationCe qui se présente à l’esprit avant tout jugement ; le stoïcisme fait commencer la liberté dans l’usage que l’on en fait.
  • AssentimentAdhésion que le sujet accorde ou refuse à une représentation, seul acte que le stoïcisme tienne pour pleinement en son pouvoir.
  • ApatheiaAbsence des passions, comprises comme des jugements erronés sur ce qui est bon ou mauvais, et non insensibilité.
  • Indifférents préférablesBiens tels que la santé ou l’aisance, que le sage recherche sans les compter parmi les conditions du bonheur.
  • Vivre selon la natureFormule stoïcienne désignant la conformité de la conduite à la raison qui ordonne l’ensemble du monde.
  • RéserveClause par laquelle le sage veut une fin en ajoutant que rien ne s’y oppose, de sorte qu’un échec ne le prend jamais au dépourvu.
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Exemple corrigé

Expliquer et discuter la formule d’Épictète sur le jugement

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses » (Épictète, Manuel). Expliquez puis discutez : suffit-il de changer ses jugements pour être heureux ?

  1. 01Expliquer la thèse

    Pour Épictète, un même événement (la mort, la pauvreté, l’exil) n’est pas en lui-même un mal : c’est le jugement que nous portons sur lui (« c’est insupportable ») qui crée le trouble. La cause de notre malheur n’est donc pas dans les choses, hors de notre pouvoir, mais dans nos opinions, qui dépendent de nous.

  2. 02Tirer la conséquence pratique

    Si le trouble vient du jugement, alors le remède est en nous : corriger nos représentations, ne désirer que ce qui dépend de nous. Le bonheur devient une affaire de discipline intérieure, indépendante de la fortune. C’est la liberté du sage.

  3. 03Objecter

    Peut-on toujours changer son jugement à volonté ? Face à un deuil ou à une douleur physique intense, la souffrance semble première, et la dire « affaire de jugement » risque de paraître inhumain. Certaines situations (oppression, injustice) appellent une action sur les choses, pas seulement un changement d’opinion.

  4. 04Nuancer

    La thèse garde une force réelle : une large part de notre détresse vient de nos interprétations (anticipations anxieuses, comparaisons, attentes démesurées) que nous pouvons travailler. Mais la sagesse du jugement a une limite : elle apaise le rapport au réel sans dispenser, parfois, d’agir sur le réel lui-même.

Résultat : La formule signifie que la source de nos troubles réside dans nos jugements, qui dépendent de nous, et non dans les choses, qui n’en dépendent pas : d’où la possibilité d’un bonheur par la maîtrise intérieure. La discussion en reconnaît la portée (beaucoup de souffrances naissent de nos représentations) tout en marquant sa limite (certaines réalités exigent d’être affrontées, pas seulement réinterprétées).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer avec rigueur la dichotomie « ce qui dépend de nous / ce qui ne dépend pas de nous » et en tirer la conception stoïcienne du bonheur comme liberté du jugement.
  • Objectif Bac : comparer stoïcisme et épicurisme — deux sagesses de l’autonomie du bonheur — en montrant ce qui les rapproche (rendre le bonheur indépendant de la fortune) et ce qui les sépare (maîtrise du jugement contre tri des désirs et plaisirs).
  • Objectif Bac : restreindre exactement ce qui dépend de nous à l’usage des représentations et à l’assentiment. Une copie qui y range « nos actions » se contredit dès qu’elle admet qu’une action peut échouer.
  • Objectif Bac : mobiliser les indifférents préférables pour répondre à l’objection d’indifférence. Le stoïcien recherche la santé et l’aisance sans en faire des conditions du bonheur, ce qui n’est ni le mépris du monde ni la résignation.
  • Objectif Bac : opposer stoïcisme et épicurisme sur le moyen et non sur la fin. Tous deux veulent soustraire le bonheur à la fortune ; l’un corrige les jugements, l’autre trie les désirs, et cette différence de méthode nourrit une partie entière.

Erreurs fréquentes

  • Comprendre l’apatheia comme de l’indifférence froide ou de la résignation passive : le sage stoïcien n’est pas insensible, il agit et s’engage ; il cesse seulement d’être troublé par ce qui échappe à son pouvoir.
  • Croire que « tout dépend de nous » : c’est l’inverse. Beaucoup de choses (le corps, les biens, l’opinion d’autrui) ne dépendent pas de nous ; la sagesse consiste précisément à reconnaître cette limite, non à la nier.
  • Écrire que le sage stoïcien « accepte tout ». La forme correcte distingue le consentement à ce qui est arrivé et l’action sur ce qui peut encore l’être : Épictète et Marc Aurèle assument des charges, et la réserve porte sur l’issue, non sur l’engagement.
  • Employer « stoïque » au sens courant de « qui supporte la douleur sans broncher ». La forme correcte renvoie à une doctrine complète, physique, logique et morale, dont l’endurance n’est qu’un effet ; le sens courant du mot ne prouve rien sur la thèse.
  • Confondre apathie stoïcienne et ataraxie épicurienne. L’apatheia désigne l’absence des passions, tenues pour des jugements faux ; l’ataraxie désigne l’absence de trouble obtenue par la thérapeutique des peurs et le tri des désirs. Les deux mots ne recouvrent pas le même travail.

§ 04

Révision active

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses » (Épictète). Expliquez cette affirmation et discutez-la : suffit-il de changer ses jugements pour être heureux ?

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Bonheur et morale : le bonheur peut-il être un devoir ? (Kant) ; le bonheur est-il une illusion ?#

~9 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le bonheurBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le devoir

Tableau comparatif : quatre conceptions du bonheur

Quatre conceptions du bonheurTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Auteur · Bonheur / moyen · Rapport à la vertu; Aristote · activité vertueuse de l'âme · bonheur et vertu liés; Épicure · plaisir stable (ataraxie) · sagesse = tri des désirs; Stoïciens · liberté du jugement · la vertu suffit; Kant · idéal indéterminé · le devoir est premierAuteurBonheur / moyenRapport à la vertuAristoteactivité vertueuse de l'âmebonheur et vertu liésÉpicureplaisir stable (ataraxie)sagesse = tri des désirsStoïciensliberté du jugementla vertu suffitKantidéal indéterminéle devoir est premier
Fig. 5Quatre conceptions du bonheur : Aristote (activité vertueuse, bonheur et vertu liés), Épicure (plaisir stable par le tri des désirs), les Stoïciens (liberté du jugement, la vertu suffit), Kant (idéal indéterminé qui ne fonde pas la morale — le devoir est premier).

Points clés

Avec Kant s’opère une rupture majeure : le bonheur n’est plus le fondement de la morale. Dans les « Fondements de la métaphysique des mœurs », Kant définit le bonheur comme « un idéal non de la raison, mais de l’imagination » : c’est un concept si indéterminé que, bien que tout homme désire l’atteindre, nul ne peut dire de façon précise et constante ce qu’il veut et désire réellement pour être heureux.
Cette indétermination a une conséquence morale : on ne peut faire du bonheur le principe du devoir. La richesse peut apporter des soucis, la connaissance révéler des maux, une longue vie n’est pas forcément une vie heureuse. Le bonheur ne fournit donc pas de loi universelle ; la moralité, elle, doit reposer sur un principe a priori (le devoir, la loi morale), et non sur la recherche, toujours variable, du bonheur.
Kant ne condamne pas le bonheur : il refuse seulement d’en faire le fondement de la morale. Mieux, « assurer son propre bonheur est un devoir (au moins indirect) », car le malheur et le besoin peuvent devenir une tentation de transgresser ses devoirs. Et la vertu rend digne d’être heureux, sans garantir qu’on le sera : le bonheur n’est pas la récompense automatique de la moralité.
Demeure enfin la question du bonheur comme illusion. Si le bonheur est cet idéal indéterminé et toujours fuyant, n’est-il pas un horizon qu’on n’atteint jamais ? Rousseau, dans Julie ou La Nouvelle Héloïse, décrit le bonheur d’ici-bas comme un état négatif, plus fait d’absence de souffrance que de jouissance pleine. On peut alors soutenir que le bonheur fonctionne moins comme un état acquis que comme un idéal régulateur qui oriente l’existence sans jamais se laisser pleinement saisir.
Repère « idéal / réel » : le bonheur est-il un état réel à atteindre ou un idéal de l’imagination jamais réalisé ? Question directrice : la fin de l’existence est-elle d’être heureux ou d’être digne de l’être ? Synthèse : les antiques font du bonheur la fin et la vertu le moyen ; Kant inverse — la vertu (le devoir) est première, le bonheur n’en est que l’objet espéré, non le fondement.
La Critique de la raison pratique achève la construction avec le souverain bien, et c’est la pièce qui manque lorsqu’on réduit Kant à un refus du bonheur. Le bien complet ne se ramène ni à la vertu seule ni au bonheur seul : il est la vertu, qui en est la condition suprême, et le bonheur exactement proportionné à elle. Kant écarte au passage les deux raccourcis antiques. L’épicurien identifie la vertu au fait de se savoir sur la voie du bonheur ; le stoïcien identifie le bonheur au fait de se savoir vertueux. Aucune analyse du concept ne tire l’un de l’autre, car ce sont deux choses hétérogènes ; leur liaison est donc synthétique, et rien dans le cours du monde ne l’assure. De cette impasse Kant fait sortir les postulats de la raison pratique, l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu, posés non comme des connaissances mais comme les conditions sans lesquelles le souverain bien serait un objet impossible. Le bonheur n’est jamais devenu le principe du devoir : il est devenu ce qu’un être moral a le droit d’espérer.
Le refus kantien appelle son contraire, et l’utilitarisme le fournit. Bentham pose dans l’Introduction aux principes de morale et de législation (1789) que la nature a placé les hommes sous la conduite de deux maîtres, la peine et le plaisir, et il en tire un principe unique : est bonne l’action qui produit la plus grande quantité de bonheur pour le plus grand nombre. Le bonheur cesse alors d’être un idéal indéterminé pour devenir une grandeur à estimer, selon l’intensité, la durée, la certitude, la proximité, la fécondité, la pureté et l’étendue des plaisirs en jeu. L’objection saute aux yeux, et Bentham l’assume : un tel calcul ne hiérarchise pas les plaisirs. Mill la reprend dans L’Utilitarisme (1861) en introduisant une différence de qualité, arbitrée par ceux qui ont éprouvé les deux genres de plaisir, d’où sa formule qu’il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait, et Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Le débat avec Kant est net : le bonheur peut-il servir de principe à la morale, ou faut-il, pour qu’une règle vaille pour tous, qu’elle ne dépende d’aucun état agréable ?

Vocabulaire

→ Cartes
  • Souverain bienUnion de la vertu, condition suprême, et d’un bonheur qui lui serait exactement proportionné ; objet que la raison pratique doit se donner selon Kant.
  • Digne d’être heureuxQualité que confère la conformité au devoir, sans qu’elle procure par elle-même le bonheur qu’elle mériterait.
  • Idéal de l’imaginationStatut que Kant reconnaît au bonheur, concept trop indéterminé pour fournir une loi universelle de la conduite.
  • UtilitarismeDoctrine morale qui juge les actions à la quantité de bonheur qu’elles produisent pour l’ensemble des êtres concernés.
  • Principe d’utilitéRègle formulée par Bentham selon laquelle est bonne l’action qui procure le plus grand bonheur au plus grand nombre.
  • Idéal régulateurReprésentation jamais donnée dans l’expérience, qui n’en oriente pas moins la conduite en lui assignant une direction.
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Exemple corrigé

Le bonheur est-il la fin de la morale ? (confrontation Aristote / Kant)

Le bonheur est-il la fin de la morale, ou la morale est-elle indépendante de la recherche du bonheur ? Confrontez l’eudémonisme antique et la position kantienne.

  1. 01Poser le problème

    Spontanément, on agit bien pour être heureux : la morale semble au service du bonheur. Mais si une action est bonne seulement parce qu’elle me rend heureux, est-elle vraiment morale ? Le problème est le rapport de fondation entre bonheur et morale.

  2. 02Thèse 1 — l’eudémonisme antique

    Pour Aristote et toute l’Antiquité, le bonheur est la fin dernière, et la vertu en est le moyen ou la composante : être heureux, c’est exercer la vertu. Bonheur et morale sont alors unis — agir bien et bien vivre coïncident.

  3. 03Thèse 2 — la rupture kantienne

    Kant objecte que le bonheur est un idéal indéterminé de l’imagination : nul ne sait sûrement ce qui le rendra durablement heureux. Fonder la morale sur un tel principe variable la rendrait incertaine et intéressée. La morale doit donc reposer sur le devoir (un principe a priori), indépendamment du bonheur.

  4. 04Synthèse

    On distingue deux questions. Comme fondement de la morale, Kant a raison : on ne peut tirer la loi morale de la recherche du bonheur. Comme fin de l’existence, le bonheur garde toute sa valeur : Kant lui-même fait de la vertu ce qui rend « digne d’être heureux » et d’assurer son bonheur un devoir indirect. La morale n’est pas faite pour le bonheur, mais elle n’est pas non plus indifférente à lui.

Résultat : Le bonheur n’est pas le fondement de la morale : avec Kant, on tient que le devoir, principe a priori, ne peut dériver d’un idéal aussi indéterminé que le bonheur. Mais la morale n’est pas pour autant ennemie du bonheur : la vertu rend digne d’être heureux et y dispose. La fin de l’existence peut donc être moins « être heureux » que « se rendre digne de l’être ».

Explication pas à pas4 étapes
  1. 1

    Toute l’Antiquité s’accorde sur un point : la fin de l’existence, c’est le bonheur. Aristote en fait le souverain bien, ce qu’on veut pour soi-même et jamais en vue d’autre chose.

  2. 2

    Comment l’atteindre ? Trois sagesses antiques répondent en rendant le bonheur indépendant de la fortune : Aristote par la vertu en acte, Épicure par le tri des désirs, les stoïciens par la maîtrise du jugement.

  3. 3

    Kant opère alors un renversement. Le bonheur, dit-il, est un idéal de l’imagination : si indéterminé que nul ne sait avec certitude ce qui le rendrait durablement heureux.

  4. 4

    Conséquence : le bonheur ne peut fonder la morale. C’est le devoir qui est premier. La vertu ne rend pas forcément heureux, mais elle rend digne de l’être — voilà le déplacement décisif de la question.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer la thèse kantienne du bonheur comme « idéal de l’imagination » indéterminé et en tirer l’argument qui l’empêche de fonder la morale.
  • Objectif Bac : savoir construire la grande opposition du sujet — eudémonisme antique (bonheur = fin, vertu = moyen) contre Kant (devoir = fondement, bonheur = objet espéré mais non fondateur) — et trancher la question « bonheur : but accessible, idéal régulateur ou illusion ? ».
  • Objectif Bac : tenir la chaîne kantienne complète — le bonheur ne fonde pas la morale, la moralité rend digne d’être heureux, le souverain bien articule les deux. Une copie qui s’arrête au premier terme fait de Kant un adversaire du bonheur, ce qu’il n’est pas.
  • Objectif Bac : traiter l’utilitarisme comme la position adverse construite, non comme une opinion moderne. Un principe unique, un calcul explicite, une objection reconnue et la correction qualitative de Mill : c’est un adversaire à la hauteur, et c’est ainsi qu’on s’en sert.
  • Objectif Bac : conclure sur le statut du bonheur plutôt que sur sa définition. Fin réellement atteignable, idéal régulateur qui oriente sans se laisser saisir, ou illusion : il faut choisir et justifier, car c’est là que se juge la cohérence de l’ensemble.

Erreurs fréquentes

  • Faire dire à Kant que « le bonheur n’a aucune valeur » ou qu’il faut être malheureux : Kant tient seulement que le bonheur ne peut fonder la morale ; il reconnaît même qu’assurer son bonheur est un devoir indirect.
  • Trancher la question « le bonheur est-il une illusion ? » par un pessimisme rapide (« on n’est jamais heureux ») sans distinguer le bonheur comme état acquis et le bonheur comme idéal régulateur qui oriente l’action.
  • Réduire le souverain bien kantien au bonheur. Il désigne l’union de la vertu, condition suprême, et d’un bonheur proportionné à elle ; c’est parce que cette union n’est garantie par rien dans le monde que Kant en vient aux postulats de la raison pratique.
  • Écrire que « pour Kant, le bonheur et la morale sont contradictoires ». La forme correcte : ils sont hétérogènes, ce qui n’est pas la même chose. On ne tire pas analytiquement l’un de l’autre, et pourtant ils se composent dans le souverain bien.
  • Présenter l’utilitarisme comme la doctrine selon laquelle « il faut chercher son plaisir ». La forme correcte vise le bonheur du plus grand nombre, y compris contre son intérêt propre, et Mill y ajoute une hiérarchie qualitative des plaisirs jugée par ceux qui les ont éprouvés.

§ 05

Révision active

Le bonheur est-il la fin de la morale, ou la morale est-elle indépendante du bonheur ? Confrontez la position eudémoniste antique et la position kantienne, et défendez une thèse argumentée.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol) · Définition de l’épreuve terminale de philosophie — version consolidée en vigueur à compter de la session 2024 (note de service n° 2020-023 du 11-2-2020) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Définir le bonheur : plaisir, désir et fin de l’existence○
    • 02L’eudémonisme antique : Aristote et le bonheur comme activité vertueuse◐
    • 03Hédonisme épicurien et ataraxie : maîtriser le désir◐
    • 04La sagesse stoïcienne : le bonheur et ce qui dépend de nous◐
    • 05Bonheur et morale : le bonheur peut-il être un devoir ? (Kant) ; le bonheur est-il une illusion ?●

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Le bonheur

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A)
  • Définition de l’épreuve terminale de philosophie — version consolidée en vigueur à compter de la session 2024 (note de service n° 2020-023 du 11-2-2020)

Voir aussi

  • Le devoir et la libertéLe bonheur peut-il être un devoir ? Kant sépare ce qui rend heureux de ce qui rend digne de l’être.
  • Le tempsLa finitude change la question du bonheur : une vie heureuse est une vie qui finit.
  • La religionLa religion promet un sens et parfois une béatitude : une autre réponse à la même question.

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