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La religion

La religion est une notion du programme de terminale (perspectives : « l’existence humaine et la culture », « la morale et la politique »). On y interroge le fait religieux (croyance, foi, rite, sacré), son rapport à la raison (peut-on prouver Dieu ? le repère croire/savoir), ses fonctions (lien social, sens, consolation) et les grandes critiques (Feuerbach, Marx, Nietzsche, Freud). Cette notion est pleinement au programme et évaluable à l’écrit (dissertation et explication de texte).

5 sections·~45 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0999 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de religion et la distinguer de notions voisines — superstition, magie, simple opinion — et définir avec rigueur croyance, foi, rite et sacré.Problématiser le rapport de la religion et de la raison : la croyance religieuse est-elle irrationnelle, raisonnable, ou d’un autre ordre que le savoir ? (mobiliser le repère croire/savoir).Examiner les fonctions de la religion (lien social, sens de l’existence, consolation) et confronter les grandes critiques (Feuerbach, Marx, Nietzsche, Freud).Mobiliser des distinctions conceptuelles (croire/savoir, transcendant/immanent, médiat/immédiat, absolu/relatif) pour conduire une réflexion argumentée sur la religion.
Opérateurs :analyserdéfinirdistinguerproblématiserconfronterargumenterobjecterjustifierillustrer par un exempleinterpréter un texte

niveau de base

Maîtrisez d’abord les distinctions fondamentales — croyance / foi / savoir, religion / superstition, sacré / profane — et sachez résumer en une phrase chaque grande critique (Feuerbach : projection ; Marx : opium ; Freud : illusion).

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, articulez les niveaux d’analyse (anthropologique, social, psychologique), confrontez précisément les auteurs (Pascal/Kant sur la preuve, Durkheim/Freud sur la fonction), et tenez la tension entre la critique de la religion et la question de sa vérité — critiquer son origine ne réfute pas son contenu.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. La religion
    • 01Le fait religieux : croyance, foi, rite et sacré○
    • 02Religion et raison : peut-on prouver l’existence de Dieu ?◐
    • 03Croire et savoir : la foi est-elle irrationnelle ?◐
    • 04Fonctions de la religion : lien social et sens de l’existence◐
    • 05Les critiques de la religion ; tolérance et laïcité●

5 sections · 25 points clés · 1 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Le fait religieux : croyance, foi, rite et sacré#

~9 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-philosophie-terminale-§La religion

Points clés

Le mot « religion » se rattache à deux étymologies latines débattues : « religare » (relier — la religion relie les hommes entre eux et à un principe transcendant) et « relegere » (recueillir, observer scrupuleusement le culte). Au-delà du débat, ces deux sens dessinent les deux faces du phénomène : un lien (à Dieu, à une communauté) et un ensemble d’observances réglées. Définition de travail : la religion est un système organisé de croyances et de pratiques relatives au sacré, qui relie une communauté de fidèles.
Il faut distinguer la croyance, la foi et le savoir. La croyance est une adhésion de l’esprit à une proposition tenue pour vraie sans preuve suffisante (je crois que…). Le savoir s’appuie sur des preuves ou une démonstration et peut, en droit, être universellement partagé. La foi (du latin « fides », confiance) n’est pas une croyance défaillante : c’est un engagement de toute la personne, une confiance qui passe par la volonté et le cœur, et qui assume de ne pas reposer sur une démonstration.
La religion doit être distinguée de la superstition et de la magie. La superstition est une croyance non réglée et souvent isolée, qui prête un pouvoir causal à des objets ou des gestes (porter chance, conjurer le mauvais sort). La magie vise à contraindre des forces pour obtenir un effet (efficacité technique). La religion, au contraire, est instituée, communautaire et tournée vers l’adoration : elle ne cherche pas à « forcer » le divin mais à le vénérer.
Le sacré est la catégorie centrale du fait religieux. Le sacré (du latin « sacer », mis à part) désigne ce qui est séparé, interdit, redoutable, par opposition au profane (« pro-fanum », ce qui est devant le temple, hors du sanctuaire). Rudolf Otto décrit l’expérience du sacré comme « mysterium tremendum et fascinans » : un mystère qui à la fois fait trembler (crainte) et fascine (attire). Le rite est l’ensemble des actes réglés (prières, sacrifices, fêtes) par lesquels une communauté entre en relation avec le sacré et se rassemble.
Repères à mobiliser : « croire / savoir » (la religion relève-t-elle de l’adhésion ou de la connaissance ?), « transcendant / immanent » (le sacré est-il un au-delà du monde ou une dimension du monde lui-même ?), « médiat / immédiat » (la foi est-elle une certitude immédiate du cœur ou passe-t-elle par des médiations : textes, rites, institution ?).
Les quatre régimes portés sur la carte (voir Fig. 1) ne forment pas une échelle allant du plus faible au plus fort : ils se distinguent par leur rapport à la preuve, non par un degré de certitude. Le savoir tient pour vrai parce qu’il peut produire ses raisons, et ces raisons valent pour n’importe quel esprit. La croyance tient pour vrai sans pouvoir en produire de contraignantes. La foi ne les attend pas, n’étant pas de l’ordre de la démonstration. La superstition, elle, ne s’aperçoit même pas qu’il en faudrait. De là une conséquence que les copies manquent presque toujours : la force d’une conviction ne mesure rien. On peut être absolument sûr d’une croyance sans rien savoir, et douter d’un théorème qu’on sait pourtant démontrer.

Croyance, foi, savoir, superstition : la carte des distinctions

Croire / savoir : le champ du fait religieuxGraphe, Fait religieux → Savoir, Fait religieux → Croyance, Fait religieux → Foi, Fait religieux → SuperstitionFaitreligieuxSavoirCroyanceFoiSuperstitionpreuvessans preuveengagementnon réglée
Fig. 1Le fait religieux (croyances + pratiques) mobilise quatre régimes du tenir-pour-vrai : le savoir (adhésion fondée sur des preuves), la croyance (adhésion sans preuve suffisante), la foi (confiance et engagement de la personne, d'un autre ordre que le savoir — non un savoir qui aurait échoué) et la superstition (croyance non réglée, pouvoir prêté à des objets).
Fig. 1 ↓
Une religion tient par trois pièces qu’il est utile de nommer séparément : un ensemble de croyances (les dogmes, les récits, la doctrine), un ensemble de pratiques réglées (le culte, les rites, les interdits) et une communauté qui les porte et les transmet. Cette décomposition écarte deux erreurs. La première réduit la religion à ce qu’elle affirme, comme s’il s’agissait d’une théorie du monde à examiner puis à retenir ou à rejeter ; or on peut accomplir un rite sans y croire, et la pratique précède souvent l’adhésion au lieu d’en découler. La seconde identifie le sacré au divin : toutes les religions ne posent pas un dieu personnel, et ce qui est mis à part n’est pas toujours une personne. Un lieu, un jour, un livre, un geste peuvent être sacrés.

Vocabulaire

→ Cartes
  • SacréCe qui est mis à part du reste, entouré d’interdits et de respect, et par là opposé au profane.
  • ProfaneLe domaine ordinaire de la vie, celui du travail et des usages courants, auquel le sacré est soustrait.
  • RiteActe réglé, répété et collectif par lequel une communauté entre en rapport avec le sacré.
  • CulteEnsemble organisé des rites et des hommages qu’une communauté rend à ce qu’elle tient pour sacré.
  • DogmeProposition tenue pour vraie par autorité au sein d’une religion, et non par examen individuel.
  • NumineuxChez Rudolf Otto, caractère propre de l’expérience du sacré, qui fait à la fois trembler et attire.

Le repère croire / savoir

croire≠savoir:adheˊsion sans preuve⏟croyance    vs.    adheˊsion fondeˊe en raison⏟savoir\text{croire} \neq \text{savoir} : \quad \underbrace{\text{adhésion sans preuve}}_{\text{croyance}} \;\;\text{vs.}\;\; \underbrace{\text{adhésion fondée en raison}}_{\text{savoir}}croire=savoir:croyanceadheˊsion sans preuve​​vs.savoiradheˊsion fondeˊe en raison​​

Le savoir prétend à des preuves universellement communicables ; la croyance est une adhésion subjective sans démonstration suffisante. La foi religieuse ne se range pas simplement sous « croyance » au sens péjoratif : elle peut être pensée comme un engagement (« fides », confiance) qui assume de n’être pas un savoir, sans pour autant être une erreur de raisonnement.

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Exemple corrigé

Distinguer croire et savoir

Croire et savoir s’excluent-ils ? Dégagez le problème, examinez l’opposition apparente, puis montrez en quoi la foi peut relever d’un autre ordre que le savoir.

  1. 01Dégager le problème

    On oppose spontanément croire et savoir : je dis « je crois » quand justement je ne sais pas. La croyance semble alors une connaissance défaillante, vouée à s’effacer dès qu’un savoir la remplace. Mais cette opposition vaut-elle pour la foi religieuse ? Le problème est : la foi est-elle un croire inférieur au savoir, ou un rapport d’une autre nature ?

  2. 02Poser l’opposition de droit

    Le savoir se définit par des preuves communicables et, en principe, contraignantes pour tout esprit ; il vise l’universalité. La croyance, elle, est une adhésion subjective sans preuve suffisante : on peut y renoncer sans contradiction. À ce niveau, croire et savoir s’excluent : je ne « crois » pas que 2 et 2 font 4, je le sais.

  3. 03Distinguer la foi de la simple croyance

    Mais la foi n’est pas une opinion mal assurée que la science viendrait corriger. Avec Pascal, le « cœur » a ses raisons que la raison ne connaît pas : la foi est une confiance qui engage la volonté, non une hypothèse en attente de preuve. Kant, de son côté, montre que l’existence de Dieu ne peut être ni prouvée ni réfutée par la raison théorique : elle relève d’une « foi rationnelle », non d’un savoir.

  4. 04Conclure par la distinction des ordres

    Croire et savoir s’excluent si l’on parle du même objet et du même registre (je ne peux à la fois savoir et seulement croire une démonstration). Mais foi et savoir ne portent pas sur le même registre : l’une engage l’existence et le sens, l’autre établit des connaissances. Ils ne se contredisent pas — ils ne jouent pas sur le même terrain.

Résultat : Au sens strict, croire et savoir s’excluent : croire, c’est adhérer sans la preuve qui définit le savoir. Mais la foi religieuse ne se réduit pas à une croyance défaillante : elle est un engagement de la personne (Pascal) ou une « foi rationnelle » là où la raison théorique atteint ses limites (Kant). Foi et savoir relèvent dès lors d’ordres distincts, et leur opposition n’est pas une contradiction mais une différence de nature.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir construire et défendre les distinctions croyance / foi / savoir et religion / superstition / magie ; un correcteur attend des définitions précises, illustrées, et non un simple lexique récité.
  • Objectif Bac : montrer que le sacré n’est pas un objet parmi d’autres mais un rapport (séparation d’avec le profane), et savoir relier sacré et rite (le rite institue et entretient le partage sacré/profane).
  • Objectif Bac : définir avant d’opposer. L’échelle d’évaluation attend un effort de définition des notions, et sur cette notion la définition fait la moitié du travail — une religion posée comme croyances plus pratiques plus communauté fournit d’emblée trois angles d’attaque au devoir.
  • Objectif Bac : employer transcendant / immanent comme un opérateur et non comme une définition récitée. Demander si le sacré est un au-delà du monde ou une dimension du monde départage aussitôt deux façons de traiter n’importe quel sujet sur le religieux.
  • Objectif Bac : étudier un rite précisément plutôt que d’en énumérer plusieurs. Une fête, un repas, un interdit alimentaire analysés jusqu’au bout valent mieux qu’une série d’exemples dont l’échelle d’évaluation dit qu’elle reste sommaire et anecdotique.

Erreurs fréquentes

  • Confondre religion et superstition (ou magie) : on réduit alors la religion à une croyance naïve aux « forces occultes », en oubliant qu’elle est instituée, communautaire et tournée vers l’adoration, non vers l’efficacité.
  • Traiter la foi comme un simple manque de savoir (« il croit parce qu’il ne sait pas ») : c’est ignorer que la foi peut se définir, avec Pascal ou Kierkegaard, comme un autre ordre que le savoir — un engagement, non une opinion mal fondée.
  • Tirer la définition de l’étymologie : « religion vient de religare, donc la religion relie les hommes ». L’étymologie est disputée entre religare et relegere et ne prouve rien ; la forme correcte est de la donner comme une piste, puis de construire une définition de travail que le devoir emploiera vraiment.
  • Écrire « la religion » comme s’il n’y en avait qu’une, en prêtant à toutes les traits de celle qu’on connaît. La forme correcte est soit de nommer la religion dont on parle, soit d’assumer le concept général et de dire quels traits on retient pour le construire.
  • Prendre « sacré » pour un synonyme de « divin » ou de « religieux ». Le sacré est un rapport, celui de la mise à part : le mot désigne ce qui est séparé du profane et entouré d’interdits, ce qui peut valoir d’un objet, d’un lieu ou d’un temps sans qu’aucun dieu soit en cause.

§ 01

Révision active

Croire et savoir s’excluent-ils ? En vous appuyant sur les distinctions croyance / foi / savoir, demandez-vous si la foi religieuse doit être tenue pour le contraire du savoir, ou si elle relève d’un ordre différent.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Religion et raison : peut-on prouver l’existence de Dieu ?#

~9 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§La religionBOBO-2019-philosophie-terminale-§La raison

Points clés

La tradition a élaboré des « preuves » de l’existence de Dieu. La preuve ontologique (Anselme, reprise par Descartes) part du concept de Dieu : Dieu est l’être parfait ; or un être parfait qui n’existerait pas serait moins parfait qu’un être existant ; donc l’existence appartient à son essence. Elle prétend tirer l’existence du seul concept.
La preuve cosmologique part du monde : tout ce qui existe a une cause ; pour éviter une régression à l’infini, il faut poser une cause première non causée — Dieu. La preuve physico-théologique (ou téléologique) part de l’ordre et de la finalité observés dans la nature (l’« horloger » dont l’ouvrage suppose un horloger) pour conclure à un auteur intelligent du monde.
Kant ruine la prétention de ces preuves dans la « Critique de la raison pure ». Contre la preuve ontologique, il objecte que « l’être n’est manifestement pas un prédicat réel » : ajouter « existe » à un concept n’en augmente pas le contenu (cent thalers possibles et cent thalers réels ont le même concept). On ne peut donc faire sortir l’existence d’une simple définition. Les preuves cosmologique et téléologique, montre-t-il, reposent en dernière instance sur la preuve ontologique et dépassent illégitimement les limites de l’expérience.
La conclusion de Kant n’est pas l’athéisme. La raison théorique ne peut ni prouver ni réfuter l’existence de Dieu : Dieu est une « Idée » de la raison, indispensable mais indémontrable. Kant supprime les prétentions du savoir pour faire place à la croyance (préface à la seconde édition) : Dieu devient un postulat de la raison pratique (morale), non un objet de connaissance. La religion se tiendra « dans les limites de la simple raison ».
Pascal déplace le problème avec le pari : la raison ne peut trancher l’existence de Dieu (« Dieu est ou il n’est pas »), mais nous devons miser. Si je parie pour Dieu et qu’il existe, je gagne un bien infini ; si je perds, je perds peu. Le pari n’est pas une preuve de l’existence de Dieu : c’est un argument prudentiel qui pousse à parier pour la foi — laquelle relève finalement du cœur, non du calcul.
Avant de discuter une preuve, il faut la classer, car l’objection qui la vise dépend de son point de départ (voir Fig. 2). Une preuve a priori ne part que du concept et n’emprunte rien à l’expérience : c’est le cas de la seule preuve ontologique. Les preuves a posteriori partent d’un fait donné dans l’expérience — qu’il y ait un monde plutôt que rien pour la preuve cosmologique, que ce monde soit ordonné pour la preuve physico-théologique — et remontent de là vers une cause. La distinction n’oppose pas des preuves fortes à des preuves faibles ; elle commande les critiques. On reproche à la première de faire sortir une existence d’une définition, aux secondes de quitter en cours de route le terrain d’expérience dont elles étaient parties.

Les preuves de l’existence de Dieu et leur critique

Prouver Dieu ? Les preuves et leur critiqueTableau de 3 colonnes et 3 lignes, Données: La preuve · Son principe · Critique (Kant); Ontologique · du concept à l'existence · l'être n'est pas un prédicat; Cosmologique · de l'effet à une cause · saut hors de l'expérience; Téléologique · de l'ordre à un auteur · reconduit à l'ontologiqueLa preuveSon principeCritique (Kant)Ontologiquedu concept à l'existencel'être n'est pas un prédicatCosmologiquede l'effet à une causesaut hors de l'expérienceTéléologiquede l'ordre à un auteurreconduit à l'ontologique
Fig. 2Trois preuves de l'existence de Dieu et leur critique kantienne : ontologique (du concept à l'existence — mais « l’être n’est manifestement pas un prédicat réel »), cosmologique (de l'effet à une cause première — saut hors de l'expérience), téléologique (de l'ordre à un auteur — reconduit à l'ontologique). Bilan : la raison théorique ne peut ni prouver ni réfuter Dieu ; Kant devait, écrit-il dans la préface de la seconde édition, supprimer le savoir pour faire place à la croyance.
Fig. 2 ↓
Thomas d’Aquin offre le meilleur exemple de cette discipline, et il est utile de savoir qu’il refuse lui-même l’argument d’Anselme : l’existence de Dieu peut être évidente en elle-même, elle ne l’est pas pour nous, à qui l’essence divine n’est pas donnée. Il n’argumente donc jamais à partir du concept, mais toujours à partir du monde. Ce sont les cinq voies de la Somme théologique (I, question 2, article 3) : le mouvement conduit à un premier moteur, la série des causes efficientes à une cause première, l’existence de choses qui peuvent ne pas être à un être nécessaire, les degrés de perfection à un terme suprême, l’ordre des choses naturelles à une intelligence qui les dirige. Les trois premières sont des variantes de la voie cosmologique, la cinquième relève de la finalité — aucune n’est a priori.
Hume mesure ce qu’un tel raisonnement est en droit de conclure. Dans les Dialogues sur la religion naturelle, publiés après sa mort, il attaque l’argument du dessein par son point faible, l’analogie : conclure d’une horloge à un horloger suppose qu’on ait vu fabriquer des horloges, or personne n’a assisté à la fabrication d’un monde, et l’univers est unique, ce qui prive la comparaison de son second terme. Accordée même, elle ne prouverait qu’une cause proportionnée à l’effet, donc peut-être un artisan limité, tâtonnant ou multiple, et non le Dieu unique, infini et bon des religions. L’Enquête sur l’entendement humain retourne de même le miracle contre la preuve, à la section X : puisqu’un miracle contredit ce que toute notre expérience atteste, un témoignage ne l’établit que si sa fausseté serait plus étonnante encore que le fait rapporté.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Preuve ontologiqueArgument qui tire l’existence de Dieu de son seul concept, sans recourir à aucune donnée de l’expérience.
  • Preuve cosmologiqueArgument qui part de l’existence du monde et remonte à une cause première ou à un être nécessaire.
  • Argument du desseinPreuve physico-théologique, qui conclut de l’ordre observé dans la nature à un auteur intelligent.
  • A priori / a posterioriSe dit d’une connaissance indépendante de l’expérience, par opposition à une connaissance qui en part et s’y appuie.
  • Postulat de la raison pratiqueChez Kant, proposition indémontrable que la vie morale oblige à admettre, sans qu’elle soit jamais un objet de connaissance.
  • Théologie naturelleDiscours qui prétend établir l’existence et les attributs de Dieu par la seule raison, sans invoquer de révélation.
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Exemple corrigé

La raison peut-elle prouver l’existence de Dieu ?

Peut-on prouver l’existence de Dieu ? Exposez la preuve ontologique, opposez-lui la critique de Kant, puis tirez-en les conséquences pour le statut de la foi.

  1. 01Exposer la preuve ontologique

    Selon Anselme, puis Descartes, Dieu est l’être souverainement parfait. Or l’existence est une perfection. Donc un Dieu qui n’existerait pas serait imparfait, ce qui contredit son concept. L’existence appartiendrait ainsi à l’essence de Dieu, comme l’égalité des angles appartient à l’essence du triangle : penser Dieu, ce serait déjà le poser comme existant.

  2. 02Opposer l’objection de Kant

    Kant répond que « l’être n’est manifestement pas un prédicat réel ». Dire qu’une chose existe n’ajoute rien à son concept : cent thalers réels n’ont pas un thaler de plus dans leur concept que cent thalers seulement pensés. L’existence n’est pas une propriété qu’on pourrait inclure dans une définition ; on ne peut donc pas tirer l’existence de Dieu de son seul concept.

  3. 03Étendre la critique aux autres preuves

    Kant montre que la preuve cosmologique (cause première) et la preuve téléologique (ordre du monde) s’appuient en dernière instance sur la preuve ontologique pour conclure à un être nécessaire, et qu’elles dépassent les bornes de l’expérience. Aucune preuve théorique ne peut donc établir l’existence de Dieu.

  4. 04Conclure sur le statut de la foi

    L’échec des preuves n’est pas un échec de la religion. La raison ne peut ni prouver ni réfuter Dieu : elle laisse la question ouverte. Dieu devient une Idée de la raison et un postulat de la morale (Kant), ou l’affaire d’un engagement du cœur (Pascal). La foi n’a pas besoin de preuve : elle commence là où la preuve s’arrête.

Résultat : On ne peut pas prouver l’existence de Dieu par la raison théorique : la preuve ontologique échoue (l’être n’est manifestement pas un prédicat réel), et les autres preuves la présupposent ou outrepassent l’expérience. Mais cet échec ne réfute pas Dieu ; il déplace la question, de la connaissance vers la croyance et l’engagement. La foi relève d’un autre ordre que la démonstration.

Explication pas à pas4 étapes
  1. 1

    Partons d’une question vertigineuse : peut-on prouver que Dieu existe ? Pendant des siècles, des philosophes l’ont cru. Anselme propose une preuve qui ne regarde même pas le monde : elle part du seul concept de Dieu.

  2. 2

    L’argument : Dieu est l’être parfait ; l’existence est une perfection ; donc Dieu existe nécessairement. Penser Dieu sans existence serait une contradiction, comme penser un triangle sans ses trois angles.

  3. 3

    Mais Kant fait tout basculer avec une phrase. « L’être n’est pas un prédicat réel. » Dire qu’une chose existe n’ajoute rien à son concept : cent pièces réelles ne contiennent pas une pièce de plus, dans leur idée, que cent pièces seulement imaginées.

  4. 4

    La leçon n’est pas l’athéisme. La raison théorique ne peut ni prouver ni réfuter Dieu. Kant devait, dit la préface de la seconde édition, supprimer le savoir pour faire place à la croyance : Dieu n’est plus un objet de connaissance, mais une Idée de la raison et un postulat de la morale. La foi commence où la preuve s’arrête.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer clairement au moins deux « preuves » (ontologique, cosmologique ou téléologique) et la critique kantienne (« l’être n’est manifestement pas un prédicat réel »), sans confondre les arguments.
  • Objectif Bac : ne pas conclure trop vite. Montrer que l’échec des preuves ne réfute pas la foi : il déplace la question de la connaissance vers l’engagement (Kant, Pascal).
  • Objectif Bac : classer avant de discuter. Dire d’abord si la preuve examinée part d’un concept ou d’un fait du monde, puisque l’objection n’est pas la même dans les deux cas — c’est ce qui distingue un examen des réponses possibles d’une récitation.
  • Objectif Bac : retenir de Thomas d’Aquin que ses cinq voies sont toutes a posteriori et qu’il écarte lui-même l’argument d’Anselme. Une copie qui oppose « les croyants » aux « philosophes » manque que la critique de la preuve ontologique est d’abord interne à la théologie.
  • Objectif Bac : réemployer la démarche de Hume au-delà de la religion. Son objection ne porte pas sur l’existence de Dieu mais sur ce qu’une analogie autorise à conclure, et ce modèle d’argumentation sert partout où l’on raisonne d’un cas connu à un cas unique.

Erreurs fréquentes

  • Présenter le pari de Pascal comme une « preuve de l’existence de Dieu » : c’est un contresens classique. Le pari ne démontre rien sur Dieu ; il calcule l’intérêt à parier pour la foi face à une incertitude rationnelle.
  • Croire que Kant prouve que Dieu n’existe pas : Kant montre l’inverse — la raison théorique ne peut ni prouver ni réfuter, ce qui ouvre la place à une foi rationnelle, non à l’athéisme.
  • Confondre preuve ontologique et preuve cosmologique. Le test est simple : si l’argument commence par « or le monde existe » ou « or les choses sont ordonnées », il est a posteriori. La preuve ontologique, elle, ne sort jamais du concept et n’a besoin d’aucun fait.
  • Prêter la preuve ontologique à Thomas d’Aquin, ou en faire l’argument type des théologiens. Elle est d’Anselme, reprise par Descartes ; Thomas la rejette expressément et construit cinq preuves qui partent toutes d’un fait d’expérience.
  • Faire dire à Hume que les miracles sont impossibles. Il ne démontre aucune impossibilité : il fixe une règle de créance, selon laquelle un témoignage ne l’emporte que si sa fausseté serait plus improbable que le miracle lui-même. La conclusion porte sur ce qu’il est raisonnable de croire, non sur ce qui peut arriver.

§ 02

Révision active

Peut-on prouver l’existence de Dieu ? Exposez une preuve classique, conduisez son examen critique (Kant), puis demandez-vous ce que devient la foi une fois admise l’impossibilité d’une démonstration.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Croire et savoir : la foi est-elle irrationnelle ?#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§La religionBOBO-2019-philosophie-terminale-§La vérité

Foi et raison : trois positions

La foi est-elle irrationnelle ? Trois positionsArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Irrationnelle : croire sans preuve; Autre ordre : engagement (Kierkegaard); Raisonnable : s'accorde à la raisonLa foi est-elle irrationnelle ?Irrationnelle : croire sans preuveAutre ordre : engagement (Kierkegaard)Raisonnable : s'accorde à la raison
Fig. 3Trois positions sur la foi : irrationnelle (croire sans preuve trahit la raison), d'un autre ordre que le savoir (engagement, confiance — Pascal, Kierkegaard), raisonnable (elle s'accorde avec la raison). Deux dérives à éviter : le fanatisme (prendre la foi pour un savoir certain) et le fidéisme aveugle (refuser tout examen critique).

Points clés

Trois positions structurent le débat. (1) La foi est irrationnelle : croire sans preuve, c’est trahir la raison (position rationaliste critique). (2) La foi est raisonnable : elle peut s’accorder avec la raison, voire être éclairée par elle (la théologie « rationnelle »). (3) La foi est d’un autre ordre que le savoir : elle n’a pas à être prouvée, parce qu’elle n’est pas une connaissance mais un engagement (Pascal, Kierkegaard).
Pascal distingue les « trois ordres » (les corps, les esprits, la charité) et oppose l’« esprit de géométrie » à l’« esprit de finesse ». « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » : il ne s’agit pas de sentiment vague mais d’un mode de connaissance immédiat, distinct du raisonnement démonstratif. La foi est « Dieu sensible au cœur, non à la raison » : elle n’est pas contre la raison, elle est au-delà de son ordre.
Kierkegaard radicalise : la foi est un « saut », un risque assumé. La vérité religieuse est « subjective » au sens où elle engage l’existence singulière du croyant ; elle ne peut être garantie par aucune preuve objective. Croire, c’est tenir pour certain ce qui reste objectivement incertain — non par bêtise, mais par décision existentielle.
Une distinction utile : croire « que » (assentir à un énoncé : croire que Dieu existe) et croire « en » (faire confiance, s’en remettre à : croire en Dieu). La foi religieuse est d’abord un « croire en » — une relation de confiance —, et non la simple acceptation d’une proposition. Cela explique qu’elle ne s’effondre pas faute de preuve : elle n’a jamais reposé sur une preuve.
Le danger symétrique est double. Si l’on confond foi et savoir, on tombe soit dans le fanatisme (imposer sa croyance comme une science certaine, persécuter ceux qui en doutent), soit dans le fidéisme aveugle (refuser tout examen). La voie philosophique consiste à reconnaître que la foi n’est ni un savoir ni une absurdité, et qu’elle peut s’accompagner d’un usage critique de la raison (distinguer croyance et superstition, examiner les textes, refuser l’intolérance).
Le repère croire / savoir demande à être tenu avec rigueur, faute de quoi il ne sert à rien. Il ne classe pas deux degrés sur une même échelle : croire n’est pas savoir moins bien. Il oppose deux rapports à la preuve. Le savoir tient pour vrai parce qu’il peut exhiber des raisons qui valent pour tout esprit, et il est en droit communicable et contraignant. Croire, c’est tenir pour vrai sans disposer de telles raisons, ce qui ne veut pas dire sans aucune raison. Deux conséquences suivent. L’ordre n’est pas chronologique : la croyance n’est pas un savoir en attente, un brouillon que la science relèverait un jour, même s’il arrive qu’une preuve survienne et que le cru devienne su. Et la volonté n’y a pas la même part : nul ne décide de savoir, alors qu’on peut décider de croire.
Le pari de Pascal, s’il est mobilisé, doit être annoncé pour ce qu’il est : un argument pragmatique, non une preuve de l’existence de Dieu. Le fragment s’ouvre sur l’aveu que la raison ne peut trancher — « Dieu est ou il n’est pas » —, c’est-à-dire sur l’échec reconnu de la démonstration ; ce que Pascal calcule ensuite n’est pas la vérité d’une proposition mais l’intérêt d’une décision. Puisqu’on ne peut pas ne pas miser, il faut peser les enjeux : un gain infini contre une perte finie. L’argument porte donc sur ce qu’il est rationnel de faire, jamais sur ce qu’il est vrai de penser, et l’existence de Dieu y reste indécidée du début à la fin. Le pari ne produit d’ailleurs pas la foi : il mène au seuil, puis Pascal renvoie à la pratique, aux gestes répétés qui plieront la machine, et tient la foi elle-même pour un don.

Vocabulaire

→ Cartes
  • FidéismePosition qui fonde la foi sur elle seule et refuse par principe tout examen rationnel de son contenu.
  • FanatismeAttitude qui tient une croyance pour un savoir certain et prétend l’imposer, jusqu’à persécuter le doute.
  • Les trois ordresChez Pascal, la hiérarchie des corps, des esprits et de la charité, dont chacun est sans commune mesure avec le précédent.
  • Le cœurChez Pascal, faculté de connaissance immédiate des premiers principes, distincte du raisonnement et non réductible au sentiment.
  • Pari pascalienArgument qui, la raison ne pouvant trancher, compare les enjeux de la décision de croire et de celle de ne pas croire.
  • Vérité subjectiveChez Kierkegaard, vérité qui n’est atteinte que dans l’appropriation passionnée d’une existence singulière, et non par une garantie objective.
Exemple corrigé

La foi est-elle l’ennemie de la raison ?

La foi est-elle l’ennemie de la raison ? Examinez l’objection rationaliste, opposez-lui l’idée d’un autre ordre (Pascal), puis montrez à quelles conditions foi et raison peuvent coexister.

  1. 01Poser l’objection rationaliste

    On peut soutenir que croire sans preuve est une faute contre la raison : la foi accepterait pour vrai ce qui n’est pas démontré, et l’histoire montre que la confusion de la foi et du savoir nourrit le fanatisme et l’intolérance. La foi serait alors l’ennemie de la raison.

  2. 02Distinguer foi, superstition et fanatisme

    Mais l’objection vise surtout la superstition (croyance non réglée) et le fanatisme (foi qui se prend pour un savoir certain et persécute le doute). La foi authentique peut, au contraire, faire usage de la raison : critiquer les superstitions, examiner les textes, respecter la liberté de conscience. Elle n’exige pas l’abdication de l’esprit.

  3. 03Penser la foi comme un autre ordre

    Avec Pascal, la foi relève d’un ordre distinct de la démonstration : « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » La foi est « Dieu sensible au cœur », un engagement de la personne, non une hypothèse en quête de preuve. Elle n’est donc ni contre la raison ni réductible à elle : elle est ailleurs. Kierkegaard parle d’un « saut », d’une décision existentielle assumée comme risque.

  4. 04Conclure sur la coexistence

    Foi et raison ne sont ennemies que lorsqu’on les place sur le même terrain — quand la foi prétend être un savoir, ou quand la raison prétend trancher seule des questions ultimes. Bien distinguées, elles peuvent coexister : la raison garde sa liberté critique, la foi garde son ordre propre, l’engagement.

Résultat : La foi n’est pas, par essence, l’ennemie de la raison : c’est sa perversion (fanatisme, superstition) qui l’est. Distinguée du savoir comme un « autre ordre » — celui du cœur et de l’engagement (Pascal), du saut existentiel (Kierkegaard) —, la foi n’abolit pas la raison. Elles entrent en conflit seulement lorsqu’on confond leurs domaines ; bien réparties, elles peuvent coexister.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir tenir ensemble les trois positions (irrationnelle / raisonnable / d’un autre ordre) et trancher de façon argumentée, en mobilisant Pascal (« le cœur a ses raisons »).
  • Objectif Bac : manier la distinction croire « que » / croire « en » pour montrer que la foi est d’abord une confiance, ce qui désamorce l’objection « croire, c’est ne pas savoir ».
  • Objectif Bac : tenir croire / savoir sur le rapport à la preuve et jamais sur le degré de certitude. Une croyance peut être plus assurée qu’un savoir sans cesser d’être une croyance, et le remarquer suffit à ruiner l’objection « croire, c’est ne pas savoir ».
  • Objectif Bac : si le pari est convoqué, dire en une phrase qu’il porte sur une décision et non sur une existence. Le présenter comme une preuve fait perdre tout le bénéfice de la référence et signale une copie qui cite sans avoir lu.
  • Objectif Bac : ne pas assigner une position à un auteur comme on distribue des rôles. « La foi est d’un autre ordre » est une thèse que Pascal et Kierkegaard soutiennent différemment, l’un par la distinction des ordres, l’autre par le saut de l’existence ; montrer cet écart vaut mieux que de les aligner.

Erreurs fréquentes

  • Assimiler toute croyance religieuse au fanatisme : c’est confondre la foi (qui peut être lucide et tolérante) avec sa perversion (qui confond croyance et savoir certain, et persécute le doute).
  • Réduire « le cœur a ses raisons » à une simple affaire de sentiment ou d’émotion : pour Pascal, le cœur est un mode de connaissance (il connaît immédiatement les premiers principes), non l’inverse de la raison.
  • Écrire que la foi consiste à croire sans raison. La forme correcte est : sans preuve contraignante. Pascal argumente, Kierkegaard argumente ; ce qui manque à la foi n’est pas la rationalité du discours mais la démonstration de son objet.
  • Tirer du pari que « puisqu’il vaut mieux croire, Dieu existe ». Le calcul porte sur l’espérance de gain d’une décision prise dans l’incertitude ; il ne touche pas à la vérité de ce qui est parié, et Pascal le dit lui-même en posant d’abord que la raison ne peut trancher.
  • Faire de Kierkegaard un irrationaliste qui recommanderait de croire n’importe quoi. Le saut porte sur un objet déterminé et engage l’existence entière du croyant ; sa « subjectivité » désigne le mode d’appropriation de la vérité par un individu singulier, non l’arbitraire du contenu cru.

§ 03

Révision active

La foi est-elle l’ennemie de la raison ? Distinguez la foi de la superstition et du fanatisme, examinez l’idée que la foi serait d’un autre ordre que le savoir, et demandez-vous si raison et foi peuvent coexister.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

Fonctions de la religion : lien social et sens de l’existence#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§La religion

Le sacré et le profane : la fonction sociale du religieux (Durkheim)

Le sacré et le profane (Durkheim)Tableau de 2 colonnes et 3 lignes, Données: Profane · Sacré; le quotidien · mis à part; le travail, l'ordinaire · interdit, vénéré; d'usage libre · objet du rite, du culteProfaneSacréle quotidienmis à partle travail, l'ordinaireinterdit, vénéréd'usage libreobjet du rite, du culte
Fig. 4Durkheim distingue le profane (le quotidien, le travail, l'ordinaire) et le sacré (mis à part, interdit, vénéré). Le rite fait passer de l'un à l'autre et rassemble la communauté : dans le culte, la société se vénère elle-même. Fonction de la religion : l'intégration sociale, la cohésion du groupe.

Points clés

On peut interroger la religion non seulement par sa vérité, mais par ses fonctions : à quoi sert-elle dans l’existence humaine et dans la société ? Trois grandes fonctions sont classiquement distinguées : une fonction sociale (faire tenir ensemble une communauté), une fonction existentielle (donner sens à la vie, à la souffrance, à la mort) et une fonction consolatrice (apaiser l’angoisse devant le malheur et la finitude).
Durkheim aborde la religion comme un « fait social » à analyser scientifiquement (« Les Formes élémentaires de la vie religieuse », 1912). Il définit la religion par la division du monde en deux domaines : le sacré et le profane. La religion est « un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées […] qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ».
Pour Durkheim, dans le culte, c’est en réalité la société qui se vénère elle-même : le sacré est l’expression symbolique de la puissance du collectif sur l’individu. La fonction essentielle de la religion est l’intégration sociale : les rites rassemblent, ravivent la « conscience collective » et renforcent le lien entre les membres du groupe. La religion fait la cohésion du groupe.
Cette approche fonctionnelle, sociologique, est neutre sur la vérité : Durkheim n’affirme ni ne nie l’existence de Dieu ; il décrit ce que la religion fait dans la société. Sa portée est forte (elle éclaire le rôle des rites, des fêtes, des symboles partagés), mais limitée : montrer que la religion remplit une fonction sociale ne dit rien de la vérité de ses croyances.
À la fonction sociale s’ajoute une fonction de sens : la religion propose une réponse aux questions que la science ne traite pas — pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? que vaut une vie ? que devient-on après la mort ? Cette fonction explique la persistance du religieux, mais ouvre aussi sur les critiques de la section suivante : et si ce besoin de sens et de consolation suffisait à expliquer la religion, sans qu’elle soit vraie ?
Avant Durkheim, Auguste Comte avait proposé une tout autre explication du fait religieux, historique celle-là. Selon la loi des trois états exposée dans le Cours de philosophie positive, l’esprit humain traverse trois manières successives de rendre compte des phénomènes. Dans l’état théologique, il les rapporte à des volontés, d’abord logées dans les choses mêmes, puis réparties entre des dieux, puis rassemblées en un seul. Dans l’état métaphysique, les volontés cèdent la place à des entités abstraites — la Nature, les forces, les essences — qui ne sont que des dieux dépersonnalisés. Dans l’état positif, on renonce à chercher les causes premières pour établir entre les phénomènes des lois constantes. La religion n’y est ni vraie ni fausse au sens ordinaire : elle est le premier âge de l’explication.
Cette thèse a une force réelle et deux faiblesses qu’il est payant de savoir nommer. Elle rend compte de la forme des explications religieuses, qui logent des intentions derrière les événements, et du recul historique du religieux là où la science avance. Mais elle réduit la religion à une physique manquée : si le religieux n’était qu’une explication provisoire du monde, il aurait dû s’éteindre avec ses concurrentes, or il persiste, et jusque dans des sociétés où nul ne conteste la science. Elle manque en outre ce que Durkheim saisit, à savoir qu’une religion ne dit pas seulement d’où viennent les choses : elle rassemble, elle sépare, elle règle des conduites. Comte en a d’ailleurs tiré la conséquence dans le Système de politique positive, en fondant une « religion de l’Humanité » avec son calendrier et ses fêtes — signe que la fonction, le dogme une fois retiré, demandait encore à être remplie.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Fait socialChez Durkheim, manière d’agir ou de penser extérieure aux individus et douée d’un pouvoir de contrainte sur eux.
  • Conscience collectiveEnsemble des croyances et des sentiments communs aux membres d’une société, que les rites raniment périodiquement.
  • ÉgliseChez Durkheim, terme technique désignant toute communauté morale unie par des croyances et des pratiques relatives au sacré.
  • Loi des trois étatsChez Comte, thèse selon laquelle l’esprit humain explique successivement par des volontés, par des entités abstraites, puis par des lois.
  • État positifDernier des trois états, où l’on renonce à chercher les causes premières pour établir des relations constantes entre phénomènes.
  • Explication fonctionnelleExplication d’une institution par le rôle qu’elle remplit dans un ensemble, indépendamment de la vérité de ce qu’elle affirme.
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Exemple corrigé

La fonction sociale épuise-t-elle la religion ?

La religion s’explique-t-elle par sa fonction sociale ? Exposez la thèse de Durkheim, mesurez sa portée, puis examinez ce qu’elle laisse de côté.

  1. 01Exposer la thèse durkheimienne

    Durkheim définit la religion par le partage du monde entre sacré et profane et par un ensemble de croyances et de pratiques qui « unissent en une même communauté morale » ceux qui y adhèrent. Sa fonction première est l’intégration sociale : les rites rassemblent le groupe et raniment la conscience collective. Dans le culte, la société se rend en quelque sorte un culte à elle-même.

  2. 02Mesurer la portée de l’analyse

    Cette approche est puissante : elle explique pourquoi toute société a ses rites, ses fêtes, ses symboles ; pourquoi le sacré commande le respect et l’interdit ; pourquoi la religion résiste si bien. Elle a aussi le mérite de la neutralité : elle décrit ce que fait la religion sans préjuger de la vérité de ses croyances.

  3. 03Marquer ses limites

    Mais montrer que la religion remplit une fonction ne dit rien de sa vérité : une croyance peut être socialement utile et fausse, ou utile et vraie. De plus, la fonction sociale n’épuise pas le phénomène : la religion répond aussi à une exigence individuelle de sens (la mort, la souffrance, la destinée), que la seule cohésion du groupe n’explique pas.

  4. 04Conclure

    L’analyse fonctionnelle éclaire un aspect réel et important de la religion — son rôle de lien social —, sans l’épuiser ni la réfuter. Elle décrit l’utilité, non la vérité ; le collectif, non tout le rapport personnel au sens et au sacré.

Résultat : La religion s’explique en partie par sa fonction sociale : avec Durkheim, elle apparaît comme un puissant facteur d’intégration, où la société se vénère à travers le sacré. Mais cette explication, neutre sur la vérité, ne l’épuise pas : elle laisse de côté la fonction existentielle (donner sens à la vie et à la mort) et ne tranche pas la question de la vérité des croyances. Décrire à quoi sert la religion ne dit pas ce qu’elle vaut.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer rigoureusement la définition durkheimienne (sacré / profane, fonction d’intégration sociale) et savoir l’employer pour analyser un rite ou une fête.
  • Objectif Bac : distinguer nettement la question de la fonction (à quoi sert la religion ?) et la question de la vérité (Dieu existe-t-il ?) — un bon devoir ne déduit pas l’une de l’autre.
  • Objectif Bac : distinguer trois questions et dire laquelle on traite — l’origine (d’où vient la croyance ?), la fonction (à quoi sert-elle ?), la vérité (est-elle vraie ?). Les copies faibles glissent de l’une à l’autre sans s’en apercevoir, et c’est là que se perd la cohérence globale du devoir.
  • Objectif Bac : ne pas opposer Comte et Durkheim sur le même terrain. L’un explique la genèse d’un mode d’explication, l’autre la fonction d’une institution ; les traiter comme deux réponses rivales à une seule question est une faute d’analyse, non une divergence d’interprétation.
  • Objectif Bac : faire de la persistance du religieux dans des sociétés scientifiques le fait à expliquer. Cette objection concrète vaut mieux, contre toute explication de la religion par l’ignorance, qu’une réfutation menée dans l’abstrait.

Erreurs fréquentes

  • Croire que Durkheim « prouve que Dieu n’existe pas » : son analyse est sociologique et reste neutre sur la vérité religieuse ; elle décrit une fonction, elle ne réfute pas un contenu de foi.
  • Réduire la religion à un simple ciment social, en oubliant sa fonction existentielle (le sens, la mort, la souffrance) : c’est manquer la moitié du phénomène et son rapport à l’existence individuelle.
  • Poser que « la science a remplacé la religion » comme une évidence historique. C’est une thèse, celle de Comte, et elle se discute : elle prédit une disparition que les faits n’ont pas confirmée. La forme correcte est de l’attribuer, puis de l’éprouver.
  • Prêter à Durkheim l’idée que la société aurait inventé la religion pour se maintenir. Son analyse est fonctionnelle et non intentionnelle : personne ne décide de sacraliser quoi que ce soit. Il décrit un effet, pas un projet, et confondre la fonction avec une finalité voulue lui fait dire le contraire de ce qu’il établit.
  • Tenir le « besoin de sens » pour une explication suffisante. Un besoin rend compte de ce qu’on cherche une réponse, jamais de ce qu’on adopte celle-ci plutôt qu’une autre ; il reste à expliquer la forme précise, réglée et collective, que prend la réponse religieuse.

§ 04

Révision active

La religion s’explique-t-elle par sa fonction sociale ? En vous appuyant sur Durkheim (sacré / profane, intégration), demandez-vous si décrire l’utilité sociale de la religion suffit à rendre compte de ce qu’elle est.

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Rappel actif

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Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Les critiques de la religion ; tolérance et laïcité#

~10 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§La religionBOBO-2019-philosophie-terminale-§L’État

Carte des critiques de la religion : projection, aliénation, illusion

Les critiques de la religion : projection, aliénation, illusionArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Feuerbach : projection; Marx : aliénation (opium); Freud : illusionD'où vient le besoin de croire ?Feuerbach : projectionMarx : aliénation (opium)Freud : illusion
Fig. 5Trois grandes critiques de la religion : Feuerbach (projection — l'homme projette en Dieu ses propres qualités infinies), Marx (aliénation, « opium du peuple » — la misère sociale produit une consolation qui endort la révolte), Freud (illusion — croyance commandée par le désir d'un Père protecteur). Limite : expliquer l'origine d'une croyance ne prouve pas qu'elle est fausse (sophisme génétique).

Points clés

La modernité a développé des critiques de la religion qui ne cherchent pas à réfuter Dieu directement, mais à expliquer l’origine de la croyance par autre chose qu’une révélation. Quatre figures majeures à connaître : Feuerbach (la religion comme projection), Marx (la religion comme aliénation sociale), Freud (la religion comme illusion psychique) et Nietzsche (critique morale et généalogique, « la mort de Dieu »). Paul Ricœur a réuni les trois derniers — Marx, Nietzsche, Freud — sous le nom de « maîtres du soupçon », parce qu’ils interprètent la conscience comme une fausse conscience qu’il s’agit de déchiffrer.
Feuerbach (« L’Essence du christianisme ») : la religion est une projection. L’homme attribue à un Dieu imaginaire ses propres qualités portées à l’infini (toute-puissance, bonté, savoir). Ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme, c’est l’homme qui a créé Dieu à son image. Comprendre la religion, c’est faire de la théologie une anthropologie : se réapproprier ce qu’on avait aliéné dans le ciel.
Marx reprend et déplace Feuerbach : « La religion est le soupir de la créature accablée […], elle est l’opium du peuple. » L’illusion religieuse a une racine sociale : c’est la misère réelle qui produit la consolation religieuse. La religion endort la révolte en promettant un bonheur dans l’au-delà ; il ne suffit donc pas de critiquer la religion, il faut transformer les conditions sociales qui la rendent nécessaire.
Freud (« L’Avenir d’une illusion ») : la religion est une illusion, c’est-à-dire une croyance commandée par le désir (et non, nécessairement, une erreur). Elle protège contre la détresse de l’homme face à la nature et à la mort, en projetant la figure d’un Père tout-puissant et protecteur. La religion est comparée à une « névrose obsessionnelle universelle » de l’humanité. Important : « illusion » ne signifie pas « fausseté prouvée » — Freud ne prétend pas réfuter Dieu, mais expliquer le besoin de croire.
Nietzsche déplace la critique sur le terrain moral et généalogique. Avec « la mort de Dieu » (« Le Gai Savoir », « Ainsi parlait Zarathoustra »), il ne prétend pas démontrer que Dieu n’existe pas : il constate que la croyance en Dieu a cessé d’ordonner la culture occidentale, et il en interroge les conséquences (le nihilisme, la perte des repères). Sa généalogie (« Généalogie de la morale ») dénonce la morale chrétienne comme une « morale d’esclaves », née du « ressentiment » des faibles contre les forts : la religion y est suspectée d’avoir retourné les valeurs (humilité, pitié, au-delà) contre la vie et la puissance d’affirmation. La critique nietzschéenne porte donc moins sur la vérité de Dieu que sur la valeur des valeurs religieuses pour l’existence.
Limite décisive de ces critiques (à savoir manier au Bac) : expliquer la genèse psychologique ou sociale d’une croyance ne prouve pas qu’elle est fausse — ce serait un sophisme génétique. Ces critiques visent l’origine et la fonction du croire, non directement la vérité du contenu. — Sur le plan politique, la coexistence des croyances appelle la tolérance (Locke : l’État ne peut contraindre les consciences) et, en France, la laïcité : la loi de 1905 (« Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État ») garantit la liberté de conscience et la neutralité de l’État, qui « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».
L’argument de Locke, dans la Lettre sur la tolérance, ne consiste pas à recommander la modération : c’est une démonstration par les fins. L’État a pour objet les intérêts civils — la vie, la liberté, la santé, les biens — tandis que l’Église est une société libre et volontaire dont l’objet est le salut des âmes. Deux conséquences en découlent. Le magistrat ne dispose que d’un pouvoir de contrainte, et la contrainte ne produit pas de croyance : on peut forcer un homme à paraître au culte, non à y adhérer, car l’assentiment intérieur ne s’ordonne pas. Et le pût-elle qu’elle ne sauverait personne, un culte extérieur sans conviction ne valant rien pour la fin poursuivie. Reste à dire où Locke s’arrête, ce qui est plus juste que de le moderniser : sa tolérance exclut les athées, dont il juge que serments et promesses n’ont pas de prise sur eux, et ceux qu’il tient pour obligés d’obéir à une autorité étrangère.
La laïcité française s’organise exactement sur le repère public / privé, et c’est en l’employant qu’on la comprend. La loi de 1905 ne combat pas la croyance et ne se prononce jamais sur elle : elle la renvoie au privé, domaine où chacun est maître de ses convictions, de son culte et de ses appartenances, et elle neutralise le public, celui de l’État et de ses agents, qui n’a plus de religion et n’en subventionne aucune. Le partage ne passe donc ni entre le visible et le caché, ni entre ce qui se fait seul et ce qui se fait à plusieurs : un culte se célèbre en commun, au grand jour, et demeure privé au sens du repère, parce qu’il relève de la libre initiative des personnes et non de la puissance publique. C’est pourquoi la loi peut garantir « le libre exercice des cultes » à son article 1 et imposer la neutralité de l’État à son article 2 sans se contredire : les deux articles disent la même chose de part et d’autre de la même ligne.

Vocabulaire

→ Cartes
  • ProjectionChez Feuerbach, opération par laquelle l’homme place hors de lui, en Dieu, ses propres qualités portées à l’infini.
  • AliénationÉtat d’un être devenu étranger à lui-même, dépossédé au profit d’une puissance qu’il a pourtant produite.
  • IllusionChez Freud, croyance dont le ressort est un désir ; elle peut se révéler vraie ou fausse et ne se confond donc pas avec une erreur.
  • Sophisme génétiqueRaisonnement fautif qui conclut de l’origine d’une croyance à la fausseté de son contenu.
  • LaïcitéPrincipe par lequel l’État s’abstient de reconnaître un culte et garantit à chacun la liberté de conscience.
  • Public / privéRepère qui sépare ce qui relève de la puissance commune et de ses agents de ce qui relève de la libre initiative des personnes.
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Exemple corrigé

Critiquer l’origine d’une croyance, est-ce la réfuter ?

Les critiques de la religion (Feuerbach, Marx, Freud) en réfutent-elles la vérité ? Présentez leur démarche commune, puis examinez sa portée et sa limite logique.

  1. 01Dégager la démarche commune

    Feuerbach, Marx et Freud ne discutent pas d’abord l’existence de Dieu : ils expliquent le besoin de croire. Pour Feuerbach, la religion est la projection des qualités humaines infiniment grandies. Pour Marx, elle est l’« opium du peuple », une consolation née de la misère sociale, qui endort la révolte. Pour Freud, elle est une « illusion », une croyance commandée par le désir d’un Père protecteur face à la détresse.

  2. 02Mesurer la portée critique

    Ces analyses sont fortes : elles montrent que la croyance répond à des besoins humains réels (sens, consolation, sécurité), et qu’on peut en faire la généalogie sans recourir à une révélation. Elles déplacent le regard de l’objet (Dieu) vers le sujet qui croit et vers ses conditions psychiques et sociales.

  3. 03Pointer la limite logique

    Mais expliquer pourquoi les hommes croient ne montre pas que ce qu’ils croient est faux : c’est le sophisme génétique. Une croyance peut avoir une origine intéressée (le désir, la peur, l’ordre social) et être pourtant vraie ; inversement, une croyance désintéressée peut être fausse. La genèse du croire et la vérité du cru sont deux questions distinctes. Freud lui-même précise qu’une illusion n’est pas nécessairement une erreur.

  4. 04Conclure

    Les critiques de la religion réfutent une certaine naïveté — l’idée que la croyance tomberait du ciel, sans racines humaines —, mais elles ne réfutent pas la vérité de la religion. Elles éclairent l’origine et la fonction de la foi ; la question de Dieu, elle, reste indécidée par la raison théorique (Kant).

Résultat : Non : ces critiques n’établissent pas la fausseté de la religion. Elles expliquent magistralement l’origine et la fonction de la croyance (projection, aliénation, illusion), mais conclure de là que Dieu n’existe pas serait un sophisme génétique. Elles ruinent une foi naïve et invitent à la lucidité ; elles ne tranchent pas, pour autant, la question de la vérité — qui demeure d’un autre ordre que le savoir.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : restituer avec précision et sans les confondre les grandes critiques — projection (Feuerbach), aliénation / opium (Marx), illusion (Freud), « mort de Dieu » et généalogie de la morale (Nietzsche) — et citer correctement « l’opium du peuple ».
  • Objectif Bac : savoir objecter aux critiques (le sophisme génétique : expliquer l’origine d’une croyance ne réfute pas son contenu), et relier la pluralité des croyances aux principes de tolérance et de laïcité.
  • Objectif Bac : employer public / privé comme un opérateur, pas comme une définition. La laïcité se lit d’un coup dès qu’on demande de quel côté de la ligne se tient chaque acteur : l’État est tenu à la neutralité, le citoyen ne l’est pas.
  • Objectif Bac : restituer la structure de l’argument de Locke — deux sociétés, deux fins, deux moyens — et non sa seule conclusion. Un correcteur distingue immédiatement une thèse rapportée d’une thèse comprise, et c’est cette différence que l’échelle d’évaluation nomme attention au détail du propos.
  • Objectif Bac : énoncer une fois, avec précision, la limite logique commune aux quatre critiques, plutôt que de la répéter après chaque auteur. Un devoir gagne à traiter le sophisme génétique comme un argument, non comme une formule de conclusion.

Erreurs fréquentes

  • Croire que ces auteurs « prouvent que Dieu n’existe pas » : ils expliquent le besoin de croire (projection, aliénation, illusion), ils ne réfutent pas l’existence de Dieu. Confondre genèse de la croyance et vérité du contenu est un sophisme.
  • Traduire « illusion » (Freud) par « erreur » ou « mensonge » : pour Freud, une illusion est une croyance motivée par le désir, qui peut se révéler vraie ou fausse — ce n’est pas une fausseté démontrée.
  • Écrire que la laïcité impose aux citoyens la discrétion sur leur religion. La loi de 1905 oblige l’État : elle garantit au contraire le libre exercice des cultes, et la neutralité pèse sur la puissance publique et ses agents, non sur les personnes privées.
  • Confondre laïcité et athéisme d’État. La neutralité n’est pas une position sur la vérité des religions : un État laïque ne dit rien de Dieu, ce qui est exactement le contraire d’affirmer qu’il n’existe pas.
  • Ranger Locke parmi les partisans d’une tolérance sans limites. Sa Lettre en exclut les athées et ceux qu’il juge tenus d’obéir à un prince étranger. Nommer cette borne est plus exact, et se remarque davantage, que de prêter au texte une portée qu’il n’a pas.

§ 05

Révision active

Les critiques de la religion en réfutent-elles la vérité ? Présentez l’une des grandes critiques (Feuerbach, Marx ou Freud), puis demandez-vous si expliquer l’origine d’une croyance suffit à montrer qu’elle est fausse.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol) · Séparation des Églises et de l’État — dossier historique et texte de la loi du 9 décembre 1905 (Assemblée nationale)

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Sommaire

Section -- / 05

    • 01Le fait religieux : croyance, foi, rite et sacré○
    • 02Religion et raison : peut-on prouver l’existence de Dieu ?◐
    • 03Croire et savoir : la foi est-elle irrationnelle ?◐
    • 04Fonctions de la religion : lien social et sens de l’existence◐
    • 05Les critiques de la religion ; tolérance et laïcité●

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Des fiches à l'entraînement

La religion

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A)

Assemblée nationale

  • Séparation des Églises et de l’État — dossier historique et texte de la loi du 9 décembre 1905

Voir aussi

  • La raison et la véritéCroire et savoir : le repère central de ce chapitre y est travaillé pour lui-même.
  • La scienceCe qui sépare une hypothèse réfutable d’une croyance : la question de la démarcation.
  • L’État et la justiceTolérance et laïcité engagent la distinction du public et du privé, donc l’État.

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La nature

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