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Fiches/Philosophie/L’État et la justice
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L’État et la justice

L’État et la justice sont deux notions du programme de terminale, abordées dans la perspective dominante de « la morale et la politique ». On y interroge ce qui fonde le pouvoir politique et l’obéissance qu’on lui doit (force et droit, théories du contrat social), puis ce qu’est une loi juste (légal/légitime, droit naturel/positif) et la justice elle-même comme vertu, institution et équité (Aristote, Rawls). Tout au long, le repère « légal / légitime » sert de fil conducteur.

5 sections·~42 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·111111 / 13
Profil d’examen
Analyser les notions d’État et de justice et les distinguer du fait, de la force et de la vengeance (repère légal/légitime).Problématiser la légitimité du pouvoir politique : qu’est-ce qui fonde l’obéissance à l’État ? (théories du contrat social).Distinguer le légal et le légitime, le droit naturel et le droit positif ; interroger ce qu’est une loi juste et le rapport entre justice et égalité.Mobiliser les distinctions conceptuelles (légal/légitime, en fait/en droit, public/privé, principe/cause/fin) sur l’État et la justice.
Opérateurs :analyserdéfinirdistinguerproblématiserconfronterargumenterobjecterjustifierillustrer par un exempleinterpréter un texte

niveau de base

Maîtrisez d’abord les distinctions de base — force/droit, légal/légitime, droit naturel/droit positif — et sachez résumer en une phrase chaque théorie du contrat (Hobbes, Locke, Rousseau).

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, articulez les notions entre elles (légitimité, justice, liberté), confrontez précisément les auteurs (Hobbes/Rousseau, Aristote/Rawls) et tenez la tension entre l’obéissance due aux lois et la possibilité d’une désobéissance légitime.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. L’État et la justice
    • 01L’État : qu’est-ce qui fonde le pouvoir politique ?○
    • 02Les théories du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau)◐
    • 03Le légal et le légitime : droit naturel et droit positif◐
    • 04La justice : vertu, institution et équité (Aristote, Rawls)●
    • 05État, liberté et violence : obéir, désobéir, et les limites du pouvoir●

5 sections · 25 points clés · 2 formules · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

L’État : qu’est-ce qui fonde le pouvoir politique ?#

~8 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-philosophie-terminale-§L’État

Points clés

L’« État » désigne, au sens fort, la forme moderne d’organisation politique : une autorité publique qui détient le monopole de la contrainte légitime sur un territoire et une population. Il faut le distinguer du « gouvernement » (qui exerce le pouvoir à un moment donné) et de la « société » (l’ensemble des individus liés).
L’État se définit d’abord par opposition à la simple « force » : un rapport de force est un rapport de « fait » (le plus fort impose sa volonté), tandis que l’État prétend instaurer un rapport de « droit » (l’autorité repose sur des règles reconnues). C’est la distinction décisive « en fait / en droit ».
Max Weber a formulé la définition classique : l’État revendique avec succès le « monopole de la violence physique légitime ». La force n’est pas niée mais encadrée : l’État seul peut légitimement contraindre, ce qui sort les individus de la vengeance privée et de la justice qu’on se rend à soi-même.
D’où le problème central de la « légitimité » : ce qui rend l’obéissance « due » et non seulement « subie ». Une autorité peut être obéie par peur (contrainte) ou reconnue comme valable (légitimité). Distinguer « obligation » et « contrainte » est ici décisif, comme pour le devoir.
Le repère « légal / légitime » organise tout le thème : est « légal » ce qui est conforme à la loi positive en vigueur ; est « légitime » ce qui est conforme au droit, à la raison ou à l’équité. Les deux ne coïncident pas toujours — un pouvoir peut être légal sans être légitime, et inversement.
Pascal donne à ce problème sa formule la plus serrée. La justice sans la force est impuissante, écrit-il dans les Pensées, et la force sans la justice est tyrannique ; il faut donc mettre ensemble ce qui est juste et ce qui est fort. La planche (voir Fig. 1) traduit exactement cette structure : deux ensembles, trois régions, et la légitimité qui n’est pas un troisième terme ajouté aux deux autres mais leur intersection. À gauche, la force seule : un pouvoir qui obtient l’obéissance sans jamais pouvoir dire pourquoi elle lui serait due. À droite, la justice seule : un droit que personne n’applique et qui ne change rien au sort de ceux qu’il devrait protéger. Retirer l’un des deux cercles, c’est perdre l’État lui-même. Augustin en tirait déjà la conséquence dans La Cité de Dieu : ôtez la justice, et les royaumes ne sont plus que de grandes bandes de brigands. La difficulté est que Pascal n’en reste pas là et ajoute une remarque amère : n’ayant pu faire que ce qui est juste fût fort, les hommes ont fait que ce qui est fort fût juste. La légitimité n’est donc pas acquise une fois pour toutes ; elle est ce que le pouvoir prétend toujours détenir, et c’est bien pourquoi il faut un critère pour le vérifier.

L’État entre la force et la justice : la question de la légitimité

Force, justice, légitimitéDiagramme de Venn avec 2 ensembles, La force, La justiceLa forceLa justiceTyrannieImpuissanceLégitimité
Fig. 1Un pouvoir qui n’a que la force est une tyrannie ; un droit sans force reste impuissant. Pascal résume ainsi l’enjeu de l’État : la légitimité se tient à l’intersection, là où la force est réglée par le droit et où le droit dispose de moyens. Le légal est conforme à la loi en vigueur ; le légitime, conforme au droit et à la raison.
Fig. 1 ↓
Machiavel opère ici la rupture qui fonde la pensée politique moderne, et il faut la comprendre pour ne pas la caricaturer. Au chapitre XV du Prince, il annonce qu’il suivra « la vérité effective de la chose » plutôt que l’image qu’on s’en fait, parce que beaucoup ont imaginé des républiques et des principautés qu’on n’a jamais vues ni connues. Le déplacement porte sur la question elle-même : on ne demande plus ce que le pouvoir devrait être, on demande comment il s’acquiert et se conserve. De là vient le conseil scandaleux que le prince doit apprendre à pouvoir n’être pas bon, et à user de cette faculté selon la nécessité. Il serait faux d’y lire que la force prime le droit : Machiavel ne dit pas que le tyran a raison, il dit que nul ne peut juger un pouvoir sans avoir d’abord décrit ce qui le fait durer. Le bénéfice pour une copie est considérable. Un devoir qui n’a que le contrat social récite une théorie ; un devoir qui dispose aussi de Machiavel peut lui opposer une objection sérieuse et conduire un véritable examen des réponses possibles, au lieu de conclure d’avance.

Vocabulaire

→ Cartes
  • ÉtatAutorité publique qui détient sur un territoire le monopole de la contrainte réglée et qui demeure lorsque les gouvernements changent.
  • GouvernementEnsemble de ceux qui exercent le pouvoir à un moment donné, distinct de l’État auquel ils survivent rarement.
  • SouverainetéPouvoir de décider en dernier ressort sur un territoire, sans être subordonné à une autre autorité.
  • LégitimitéQualité d’un pouvoir dont l’obéissance qu’il reçoit est reconnue comme due, et non seulement subie.
  • AutoritéCapacité d’être obéi sans recourir à la force, parce que le commandement est tenu pour fondé.
  • Vérité effectiveChez Machiavel, la description de ce que les hommes font réellement, opposée à l’image de ce qu’ils devraient être.
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Exemple corrigé

Distinguer la force et le droit

Le plus fort a-t-il toujours raison ? Dégagez le problème, puis montrez ce qui sépare un rapport de force d’un rapport de droit.

  1. 01Dégager le problème

    « Avoir raison » semble ici signifier deux choses : avoir la puissance d’imposer sa volonté (la force) et avoir le droit d’être obéi (la légitimité). Le sujet joue sur cette équivoque : si « la raison du plus fort est toujours la meilleure », alors le droit n’est qu’un nom déguisé de la force.

  2. 02Le moment de l’adversaire (Calliclès, le droit du plus fort)

    On peut soutenir que, dans les faits, c’est toujours la force qui l’emporte et que les lois ne sont que la ruse des faibles pour brider les puissants. La politique se ramènerait alors à un rapport de forces sans norme.

  3. 03La critique (Rousseau, « la force ne fait pas droit »)

    Mais céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté : j’obéis tant que je ne peux faire autrement, non parce que je le « dois ». La force ne crée aucune obligation ; dès qu’elle cesse, l’obéissance cesse. Le droit suppose au contraire une raison d’obéir qui vaut même quand la contrainte se relâche.

  4. 04Conclure par la distinction décisive

    Il faut donc distinguer le « fait » d’obéir et le « droit » de commander. La force peut produire la soumission, jamais l’obligation. Un pouvoir n’a « raison » au sens plein que s’il est légitime, c’est-à-dire reconnu comme conforme au droit et à la raison.

Résultat : Le plus fort n’a pas « raison » : la force explique qu’on obéisse, elle ne justifie pas qu’on le doive. Tout le problème de l’État est de transformer un rapport de force en rapport de droit — c’est l’objet des théories du contrat.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser, dès l’introduction, la distinction « force / droit » et « légal / légitime », puis en faire le ressort du problème (« suffit-il qu’un pouvoir soit légal pour qu’on lui doive obéissance ? »).
  • Objectif Bac : maîtriser la définition wébérienne (monopole de la violence légitime) et savoir l’opposer à l’idée que « la force prime le droit », pour montrer que l’État n’est pas la simple institutionnalisation de la force.
  • Objectif Bac : lire la définition wébérienne mot à mot au lieu de la citer. Monopole exclut la vengeance privée, physique désigne le moyen et non la fin, légitime signale que l’État revendique ce monopole et qu’on le lui reconnaît. Trois mots, trois arguments : c’est de l’analyse de concept, et l’échelle la valorise expressément.
  • Objectif Bac : introduire Machiavel comme l’objection, non comme une illustration. Le contrat demande à quelles conditions l’obéissance serait due ; Machiavel demande d’abord ce qui fait tenir un pouvoir. Poser les deux questions l’une contre l’autre donne à la copie sa progression.
  • Objectif Bac : traiter la légitimité comme une question ouverte et non comme un label. Un pouvoir qui se déclare légitime n’a rien prouvé — Pascal note que les hommes ont fini par appeler juste ce qui était fort. Le sujet consiste précisément à chercher le critère qui manque.

Erreurs fréquentes

  • Confondre l’« État » avec le « gouvernement » ou avec un parti : l’État est la structure d’autorité durable, qui demeure quand les gouvernements changent.
  • Croire que « légal » et « légitime » sont synonymes : on perd alors tout moyen de critiquer une loi injuste et l’on ne comprend plus la possibilité même de la désobéissance.
  • Réduire l’État à la force pure (« c’est le plus fort qui commande ») : on confond alors le « fait » d’obéir et le « droit » de commander, ce que dénonçait déjà Rousseau (« la force ne fait pas droit »).
  • Prêter à Machiavel la maxime « la fin justifie les moyens ». Elle ne figure pas dans Le Prince ; le texte dit seulement qu’on regarde au résultat. La formule reçue transforme une analyse des conditions du pouvoir en autorisation morale, ce qui est exactement le contresens à éviter.
  • Lire la définition de Weber comme une justification de la violence d’État. Elle est descriptive : elle constate que l’État revendique ce monopole et parvient à le faire reconnaître. Dire qu’un pouvoir revendique la légitimité n’est pas dire qu’il l’a — la question de savoir ce qui la fonde reste entièrement ouverte après Weber.

§ 01

Révision active

Le plus fort a-t-il toujours raison ? Distinguez la force et le droit, puis demandez-vous ce qui peut fonder l’obéissance à l’État au-delà de la contrainte.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Les théories du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau)#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§L’ÉtatBOBO-2019-philosophie-terminale-§La justice

Points clés

Les théories du contrat répondent à la question : « qu’est-ce qui fonde l’obéissance à l’État ? ». Réponse commune : non la force ni la nature, mais un « accord » entre les hommes. L’autorité politique est artificielle, instituée, donc justifiable par la raison — et non donnée comme un fait naturel.
Le procédé est celui d’une fiction : on imagine un « état de nature » (les hommes sans État) pour comprendre pourquoi ils acceptent de se soumettre à une autorité. L’état de nature n’est pas un fait historique mais une « hypothèse de droit » qui éclaire le fondement de l’État.
Hobbes : l’état de nature est une « guerre de tous contre tous » où règne la peur de la mort violente. Pour en sortir, chacun renonce à son droit illimité et le transfère à un souverain — le « Léviathan » — dont le pouvoir absolu garantit la sécurité. L’obéissance se fonde sur la conservation de soi.
Locke : l’état de nature connaît déjà des droits naturels (vie, liberté, propriété) mais sans juge impartial. Le contrat institue un pouvoir « limité », chargé de protéger ces droits ; s’il les viole, le peuple garde un « droit de résistance ». Locke fonde le libéralisme politique.
Rousseau : l’enjeu est de « trouver une forme d’association » où chacun, « s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même ». Par le pacte, le peuple devient souverain : la loi exprime la « volonté générale » (le bien commun), distincte de la « volonté de tous » (somme des intérêts particuliers). Obéir à la loi qu’on s’est prescrite, c’est rester libre.
La comparaison des trois auteurs ne devient rigoureuse que si on leur pose les trois mêmes questions ; le tableau de la section les met côte à côte (voir Fig. 2). Première question, l’état de nature : guerre de chacun contre chacun chez Hobbes, état déjà réglé par une loi naturelle mais dépourvu de juge impartial chez Locke, condition paisible et pré-sociale que Rousseau tient pour une hypothèse et non pour un souvenir. Deuxième question, ce que l’on aliène : chez Hobbes, le droit illimité sur toutes choses, transféré à un souverain qui n’est pas partie au pacte ; chez Locke, le seul pouvoir de se faire justice soi-même, les droits naturels demeurant intacts ; chez Rousseau, l’aliénation est totale, chacun se donnant tout entier à la communauté. Troisième question, le droit de résistance, qui suit des deux premières : Hobbes le refuse, puisque le souverain n’a rien promis et ne peut donc rien rompre, et ne laisse que le droit de défendre sa propre vie ; Locke le fonde, parce que le pouvoir n’a reçu qu’une charge et trahit celui qui la lui a confiée ; Rousseau n’en a pas besoin, la souveraineté restant inaliénable au peuple, tandis que le gouvernement n’est qu’un commis révocable.

Tableau comparatif des trois théories du contrat

Les théories du contrat socialTableau de 4 colonnes et 4 lignes, Données: Critère · Hobbes · Locke · Rousseau; État de nature · guerre de tous · paix fragile · puis inégalités; Objet du pacte · la sécurité · la propriété · liberté par la loi; Souverain · Léviathan (absolu) · pouvoir limité · le peuple; Résister ? · non (sauf survie) · oui (tyrannie) · souveraineté inaliénableCritèreHobbesLockeRousseauÉtat de natureguerre de touspaix fragilepuis inégalitésObjet du pactela sécuritéla propriétéliberté par la loiSouverainLéviathan (absolu)pouvoir limitéle peupleRésister ?non (sauf survie)oui (tyrannie)souveraineté inaliénable
Fig. 2Trois fictions du contrat, un même problème (fonder le pouvoir), trois réponses : Hobbes (état de nature = guerre de tous → pacte de sécurité → Léviathan absolu, pas de droit de résister sauf survie), Locke (paix fragile et droits naturels → protéger vie, liberté, propriété → pouvoir limité et séparé, résistance à la tyrannie), Rousseau (innocence puis inégalités → liberté par la loi → souveraineté du peuple, volonté générale inaliénable).
Fig. 2 ↓
La totalité de l’aliénation rousseauiste passe pour un paradoxe, et c’est là que se joue la différence avec Hobbes. Dans Du contrat social, au livre I, chapitre 6, Rousseau ramène toutes les clauses du pacte à une seule : chacun se donne entièrement, avec tous ses droits, à toute la communauté. Il ajoute aussitôt ce qui change tout : la condition étant égale pour tous, nul n’a intérêt à la rendre onéreuse aux autres, et comme on ne se donne à personne en particulier, on ne fait qu’acquérir sur chacun l’équivalent de ce qu’on lui cède. Le tout se donne au tout, non une partie à une autre. Chez Hobbes au contraire l’aliénation va vers un tiers, et c’est cette dissymétrie qui rend le pouvoir absolu. Une objection empiriste attend ici la copie : personne n’a jamais signé, on ne trouve nulle part ce contrat, et l’on ne saurait être lié par la promesse d’un ancêtre. La réponse est que le contrat n’est pas un événement mais un critère : il demande de chaque institution si elle est telle qu’un être raisonnable aurait pu y consentir. Compris ainsi, il ne se réfute pas par l’histoire, et c’est sous cette forme que Rawls le reprendra.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Contrat socialConvention hypothétique par laquelle des individus instituent une autorité commune et fondent en raison l’obéissance qui lui est due.
  • État de natureSituation fictive des hommes sans État, servant à éprouver ce que l’institution politique apporte et ce qu’elle coûte.
  • AliénationAbandon d’un droit que l’on possédait, au profit d’un souverain ou de la communauté tout entière.
  • Volonté généraleVolonté du peuple en tant qu’elle vise l’intérêt commun, et non l’addition des volontés particulières.
  • Droit de résistanceFaculté reconnue au peuple de s’opposer à un pouvoir qui trahit la charge pour laquelle il avait été institué.
  • Fiction théoriqueHypothèse que l’on sait non historique et dont la fonction est d’éclairer un fondement, non de raconter une origine.
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Exemple corrigé

Comparer Hobbes et Rousseau sur le fondement de l’obéissance

Obéir à l’État, est-ce renoncer à sa liberté ? Confrontez la réponse de Hobbes et celle de Rousseau.

  1. 01Dégager le problème

    Obéir semble s’opposer à être libre : se soumettre à une autorité, c’est se laisser commander. Mais sans État, la liberté de chacun se heurte à celle des autres. La question est donc : l’obéissance détruit-elle la liberté, ou peut-elle la garantir, voire la réaliser ?

  2. 02La réponse de Hobbes

    Dans l’état de nature, la liberté illimitée se retourne contre elle-même : c’est la guerre de tous contre tous, où nul n’est en sûreté. Renoncer à ce droit illimité au profit du Léviathan, c’est échanger une liberté mortelle contre la sécurité. On gagne la paix, mais au prix d’une soumission quasi totale au souverain.

  3. 03La réponse de Rousseau

    Rousseau refuse cet abandon : aliéner sa liberté, ce serait se renier comme homme. Par le pacte, chacun se donne « à tous » et donc à personne en particulier ; il obéit à la loi qu’il a, comme citoyen, contribué à vouloir. Obéir à la volonté générale, c’est obéir à soi-même : c’est la « liberté civile ».

  4. 04Trancher

    Tout dépend de la nature de l’obéissance. L’obéissance à un maître (Hobbes) limite la liberté pour sauver la vie ; l’obéissance à une loi qu’on s’est donnée (Rousseau) est l’exercice même de la liberté. La légitimité de l’État se mesure à cette différence.

Résultat : Obéir à l’État n’est pas nécessairement renoncer à sa liberté : tout dépend de l’origine de la loi. Soumis au pouvoir d’un autre, je perds ma liberté ; soumis à la loi dont je suis l’auteur, je la réalise. Le contrat social vise précisément à rendre l’obéissance compatible avec la liberté.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir comparer précisément les trois auteurs sur trois axes — l’état de nature, l’objet du contrat, la forme du pouvoir — sans les confondre (Hobbes ≠ Locke ≠ Rousseau).
  • Objectif Bac : expliquer l’idée rousseauiste que l’obéissance à la loi générale peut être une forme de liberté (volonté générale), et la distinguer de la simple soumission.
  • Objectif Bac : comparer sur trois questions, jamais sur trois vocabulaires. État de nature, objet de l’aliénation, fondement du droit de résistance : une copie qui pose ces trois-là obtient une comparaison qui progresse, là où l’exposé successif des trois auteurs reste une récitation de cours.
  • Objectif Bac : dire explicitement que l’état de nature est une hypothèse de droit et non un fait historique, et s’en servir. Le repère en fait / en droit fournit ici l’effort de définition que l’échelle exige avant toute autre qualité.
  • Objectif Bac : traiter le contrat comme un critère et non comme un récit. Demander d’une loi si l’on aurait pu raisonnablement y consentir est une opération que l’on peut conduire sur un exemple ; raconter la sortie de l’état de nature n’en est pas une.

Erreurs fréquentes

  • Prendre l’« état de nature » pour un fait historique daté : c’est une fiction théorique, un instrument d’analyse du fondement de l’État, non un récit des origines.
  • Confondre Hobbes et Rousseau : chez Hobbes le pouvoir est absolu et l’homme dangereux ; chez Rousseau la souveraineté reste au peuple et l’homme est d’abord bon. Les attribuer l’un à l’autre est l’erreur la plus fréquente.
  • Confondre la « volonté générale » (orientée vers le bien commun) avec la « volonté de tous » (simple addition des intérêts particuliers) : Rousseau distingue soigneusement les deux.
  • Faire du souverain de Hobbes une partie au contrat. Le pacte est conclu entre les sujets, en faveur d’un tiers qui ne s’engage à rien. C’est de là, et non d’un goût de Hobbes pour la tyrannie, que suit l’absence de droit de résistance : on ne peut reprocher une rupture à qui n’a rien promis.
  • Écrire que Rousseau, comme Locke, réserve des droits naturels au citoyen. L’aliénation y est au contraire totale ; la garantie n’est pas un droit gardé par-devers soi, mais l’égalité de la condition et le fait que le peuple demeure lui-même le souverain. Prêter à Rousseau la solution de Locke supprime la thèse la plus originale du Contrat social.

§ 02

Révision active

Le contrat social rend-il l’obéissance à l’État légitime ? Comparez les réponses de Hobbes, Locke et Rousseau pour évaluer ce que chacun gagne et ce que chacun risque.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Le légal et le légitime : droit naturel et droit positif#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§La justice

Droit naturel / droit positif et légal / légitime

Droit naturel / droit positifTableau de 2 colonnes et 4 lignes, Données: Droit naturel · Droit positif; universel, immuable · posé, écrit, daté; antérieur aux lois · variable, sanctionné; « juste par nature » · « ce que les lois établissent »; idéal, norme critique · effectif, en vigueurDroit naturelDroit positifuniversel, immuableposé, écrit, datéantérieur aux loisvariable, sanctionné« juste par nature »« ce que les loisétablissent »idéal, norme critiqueeffectif, en vigueur
Fig. 3Le droit naturel (universel, immuable, « juste par nature ») sert de norme critique ; le droit positif (posé, écrit, daté, sanctionné) est le droit en vigueur. D'où : une loi est légale si elle est conforme au droit positif, légitime si elle est conforme au droit, à la raison, à l'équité — une loi peut être légale sans être légitime, d'où la possibilité de la critiquer et de désobéir.

Points clés

Le « droit positif » est l’ensemble des règles effectivement posées (écrites, datées, sanctionnées) dans une société : lois, codes, constitutions. Il est « en vigueur » mais variable selon les lieux et les époques. Le « droit naturel » désigne au contraire un ensemble de normes tenues pour universelles et immuables, antérieures aux lois positives.
Le droit naturel sert de « norme critique » : il permet de juger les lois positives et de dire qu’une loi est injuste. Sans une idée du juste indépendante des lois en vigueur, on ne pourrait jamais qualifier une loi d’injuste — toute loi serait juste par cela seul qu’elle est la loi (positivisme juridique).
Le repère « légal / légitime » prolonge cette distinction : est « légal » ce qui est conforme à la loi positive ; est « légitime » ce qui est conforme au droit (à la raison, à l’équité, aux droits fondamentaux). Une mesure peut être parfaitement légale et pourtant illégitime (lois discriminatoires) — et un acte illégal peut être tenu pour légitime.
Interroger « une loi juste » revient à se demander si la justice se réduit à la conformité à la loi (justice = légalité) ou si elle suppose un idéal qui dépasse la loi. La justice comme « égalité » est un fil conducteur : la loi est générale et égale pour tous, mais l’égalité formelle peut masquer des inégalités réelles.
Articulation décisive : le droit positif rend la justice « effective » (il l’institue, la rend contraignante), mais le droit naturel rend la justice « critique » (il permet de la réformer). Une bonne réflexion ne choisit pas l’un contre l’autre : elle pense leur tension.
L’objection la plus fréquente contre cette distinction consiste à dire qu’en démocratie la loi est légitime par définition, puisqu’elle vient du peuple. Tocqueville l’a ruinée par avance. Dans De la démocratie en Amérique, il montre que la majorité exerce un pouvoir qui n’est pas seulement matériel mais moral : elle agit sur la volonté autant que sur les actes, et le plus sûr de ses effets est le silence qui se fait autour d’elle, chacun se taisant non par peur du châtiment mais parce qu’il se croit seul à penser autrement. Son argument est d’une simplicité redoutable : un pouvoir illimité est mauvais en lui-même, et il n’y a aucune raison de l’accorder à la majorité si on le refuse à un homme seul. Le nombre change qui décide, il ne change pas ce qu’une décision peut légitimement faire. Une mesure peut donc être votée dans les formes, par une assemblée régulièrement élue, à une majorité incontestable, et rester illégitime : les lois de Nuremberg, l’apartheid, la ségrégation légale n’ont jamais manqué de fondement légal. C’est exactement pour ces cas que le repère existe. Sans lui, il ne resterait qu’à compter les voix.
La désobéissance civile n’est pas une conséquence lointaine de cette distinction : elle la présuppose tout entière. Si le juste se confondait avec le légal, l’expression « loi injuste » serait contradictoire et toute transgression relèverait du simple délit. Le désobéissant doit donc pouvoir tenir ensemble deux propositions que le positivisme sépare : cette norme est valide, et cette norme est injuste. Trois traits en découlent logiquement, et non par tempérament. Il agit publiquement, puisqu’il en appelle au sens de la justice de ses concitoyens et qu’un appel clandestin n’en est pas un. Il agit sans violence, puisqu’il conteste une norme et non l’ordre juridique lui-même. Il accepte la sanction, et c’est ce qui prouve qu’il ne se contente pas de s’exempter. Mais la distinction impose aussi sa limite : opposer sa propre idée du légitime à la légalité ne suffit jamais, sinon chacun redevient juge en sa propre cause, ce qui est précisément le défaut de l’état de nature que Locke décrivait. Le repère ouvre la possibilité de désobéir et en fixe du même geste les conditions.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Droit positifEnsemble des règles effectivement posées et sanctionnées dans une société donnée, variables selon les lieux et les époques.
  • Droit naturelEnsemble de normes tenues pour universelles et antérieures aux lois posées, et qui servent à les juger.
  • LégalitéConformité d’un acte ou d’une norme à la loi en vigueur, indépendamment de la valeur de celle-ci.
  • LégitimitéQualité de ce qui peut être reconnu comme fondé en raison, y compris lorsque la loi en vigueur dit le contraire.
  • Positivisme juridiqueThèse selon laquelle la validité d’une norme tient à son mode de production et non à son contenu.
  • Tyrannie de la majoritéSituation où un pouvoir régulièrement majoritaire opprime, sa légalité même le mettant à l’abri de la contestation.
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Exemple corrigé

Examiner « est juste ce qui est conforme à la loi »

Est juste ce qui est conforme à la loi ? Dégagez le problème, éprouvez la thèse, puis proposez une articulation.

  1. 01Dégager le problème

    Spontanément, le juste semble se confondre avec le légal : être juste, c’est respecter la loi ; être injuste, c’est l’enfreindre. Mais alors aucune loi ne pourrait être dite injuste, ce qui heurte notre conscience. Le problème est donc de savoir si la justice se réduit à la légalité.

  2. 02La thèse : justice = légalité (le droit positif)

    Il y a une force dans cette thèse : la loi est générale, publique, égale pour tous ; elle arrache la justice à l’arbitraire des opinions individuelles. Sans loi commune, chacun jugerait selon son intérêt. La conformité à la loi positive garantit l’ordre et l’égalité formelle devant la règle.

  3. 03La limite : des lois légales et injustes (le droit naturel)

    Mais l’histoire offre des lois parfaitement légales et pourtant iniques (lois esclavagistes, ségrégationnistes). Pour les juger injustes, il faut un critère supérieur à la loi : une idée du droit (droit naturel, droits fondamentaux). Le légal ne suffit donc pas au légitime.

  4. 04Articuler les deux

    La solution n’est pas de rejeter la loi positive au nom d’un droit naturel rêvé, ni d’absolutiser la loi en vigueur. Le droit positif rend la justice effective ; le droit naturel, en lui servant d’idéal, permet de la réformer. Une loi juste est une loi positive qui tend vers la légitimité.

Résultat : La conformité à la loi est nécessaire mais non suffisante : elle assure l’égalité formelle, non la justice véritable. Une loi est juste lorsque, étant légale, elle est aussi légitime — conforme à l’idée du droit que le droit naturel exprime.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir mobiliser le couple « légal / légitime » et le couple « droit naturel / droit positif » comme deux distinctions distinctes mais articulées, et en faire le ressort d’un sujet sur la loi juste.
  • Objectif Bac : être capable d’examiner la thèse « est juste ce qui est conforme à la loi » et de la mettre à l’épreuve par des contre-exemples (lois iniques pourtant légales).
  • Objectif Bac : faire porter la deuxième partie sur un cas précis de loi légale et illégitime, jamais sur l’affirmation générale que les deux notions diffèrent. L’échelle valorise l’exemple précisément étudié et sanctionne l’exemple sommaire ou anecdotique.
  • Objectif Bac : refuser explicitement le raccourci « démocratie, donc légitimité ». Dire ce qui rend une décision majoritaire légitime, et ce qui ne suffit pas à l’être, vaut mieux que toute déclaration de principe sur la valeur du suffrage.
  • Objectif Bac : exposer le positivisme juridique dans sa version forte avant de le discuter. Une thèse réduite à une caricature ne se réfute pas, elle s’évite — et le correcteur voit la différence entre un examen des réponses possibles et un adversaire fabriqué pour perdre.

Erreurs fréquentes

  • Identifier « le droit » au seul « droit positif » : on perd alors la possibilité de critiquer une loi et l’on confond « ce qui est légal » et « ce qui est juste ».
  • Présenter le droit naturel comme un code écrit quelque part : c’est un principe d’évaluation (une exigence de la raison), non un texte de loi concurrent.
  • Croire que toute loi légale est automatiquement légitime : l’histoire montre des lois légales et profondément injustes — c’est précisément ce que le repère « légal / légitime » permet de penser.
  • Comprendre le droit naturel comme le droit tiré de la nature, c’est-à-dire de ce qui se passe dans la nature. Il désigne au contraire une norme que la raison prétend valoir universellement. Chercher le droit dans la nature conduit à sanctifier ce qu’elle produit, et la loi du plus fort y deviendrait un droit.
  • Faire du positivisme juridique une approbation des lois iniques. Il soutient seulement que la validité d’une norme tient à son mode de production et non à son contenu ; le positiviste peut parfaitement juger la loi injuste, mais comme citoyen et non comme juriste. C’est la portée de la thèse qu’il faut discuter, pas une méchanceté qu’on lui prête.

§ 03

Révision active

Est juste ce qui est conforme à la loi ? Distinguez la légalité de la légitimité et le droit positif du droit naturel pour examiner ce qu’est une loi juste.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

La justice : vertu, institution et équité (Aristote, Rawls)#

~9 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§La justice

Le voile d’ignorance de Rawls et la dérivation des principes de justice

Le voile d'ignorance (Rawls)Graphe, Position sous voile d'ignorance → Choix rationnel et impartial, Choix rationnel et impartial → 1. Égale liberté (priorité), Choix rationnel et impartial → 2. Principe de différencePosition sousvoiled'ignoranceChoix rationnelet impartial1. Égale liberté(priorité)2. Principe dedifférence
Fig. 5Le voile d'ignorance de Rawls : dans la position originelle, j'ignore qui je serai (rang, talents, fortune, convictions, génération) ; un choix rationnel et impartial conduit alors à deux principes — l'égale liberté (libertés de base égales pour tous, priorité absolue) et le principe de différence (inégalités admises seulement si elles profitent aux plus défavorisés, avec égalité des chances).

Points clés

La justice se dit en deux sens, qu’il faut articuler : comme « vertu » (une disposition de l’individu à rendre à chacun ce qui lui revient) et comme « institution » (l’ensemble des lois et des tribunaux qui organisent la cité). La première relève de la morale, la seconde de la politique — d’où la perspective du thème : « la morale et la politique ».
Aristote distingue, au sein de la justice particulière, la justice « distributive » et la justice « commutative ». La distributive répartit les biens, honneurs et charges selon le « mérite » de chacun (égalité proportionnelle, dite géométrique). La commutative règle les échanges et répare les torts à parts égales, sans considération des personnes (égalité arithmétique).
L’« équité » (epieikeia) corrige la justice légale dans le cas singulier : la loi étant générale, elle ne peut prévoir tous les cas ; l’homme équitable rectifie la lettre de la loi pour en respecter l’esprit. L’équité n’est pas une exception arbitraire, mais l’accomplissement de la justice là où la loi générale serait, appliquée à la lettre, injuste.
Rawls renouvelle la question avec la « justice comme équité ». Pour définir des principes justes, il imagine une « position originelle » où les contractants choisissent les règles de la société sous un « voile d’ignorance » : ils ignorent leur place future (rang, talents, fortune, convictions). Privés de tout intérêt particulier, ils choisissent des principes impartiaux.
De ce dispositif, Rawls dérive deux principes : (1) un « principe d’égale liberté » (mêmes libertés de base pour tous, prioritaire) ; (2) un « principe de différence » (les inégalités ne sont justes que si elles profitent aux plus défavorisés et s’accompagnent de l’égalité des chances). La justice n’est donc pas l’égalité stricte, mais une inégalité acceptable par tous.
Avant de partager la justice particulière en distributive et commutative, Aristote pose une distinction plus large que les copies omettent presque toujours, et que la planche rend visible (voir Fig. 4). Il y a une justice générale, qui est la vertu complète en tant qu’elle se rapporte à autrui et qui se confond avec l’obéissance aux lois de la cité ; et une justice particulière, qui règle le partage des biens et la réparation des torts. Le mot « juste » dit donc à la fois une qualité de l’homme et une propriété des institutions, et ce n’est pas un hasard de vocabulaire : c’est la tension même que le thème porte, entre la morale et la politique. La justice distributive soulève ensuite la difficulté décisive. Elle répartit selon le mérite, mais Aristote observe aussitôt que tout le monde s’accorde sur ce principe et que personne ne s’accorde sur le mérite : les partisans du régime populaire invoquent la liberté, les riches la fortune, les aristocrates la vertu. La formule « à chacun selon son mérite » ne tranche donc aucun désaccord politique. Elle les nomme tous. Une copie qui s’en contente croit avoir répondu quand elle vient seulement de poser la question.

Les formes de la justice : vertu, institution, équité (Aristote)

Les formes de la justice (Aristote)Arbre de probabilité, 4 chemins, Données: Vertu (disposition juste); Institution (lois, tribunaux) → Distributive (le mérite); Institution (lois, tribunaux) → Commutative (les échanges); Équité (corrige la loi)Institution (lois, tribunaux)La justiceVertu (disposition juste)Distributive (le mérite)Commutative (les échanges)Équité (corrige la loi)
Fig. 4Les formes de la justice (Aristote) : comme vertu (la disposition à rendre à chacun le sien) et comme institution (lois, tribunaux). La justice institutionnelle se subdivise en distributive (répartit honneurs et biens selon le mérite — proportion géométrique) et commutative (règle les échanges et réparations à parts égales — proportion arithmétique). L'équité corrige la loi générale dans le cas singulier.
Fig. 4 ↓
Le repère identité / égalité / différence se travaille sur un cas, et le baccalauréat en fournit un que tout candidat connaît. L’épreuve mesure la maîtrise d’un programme. Donner à un candidat dont l’écriture est empêchée exactement la même durée qu’aux autres serait un traitement identique et pourtant inégal : la durée cesserait de mesurer ce qu’elle prétend mesurer, et l’on noterait la vitesse de la main. Le tiers-temps est un traitement différent qui rétablit l’égalité, parce que la différence invoquée est pertinente au regard de la fin poursuivie. Accorder au contraire un avantage selon le nom, l’origine ou la fortune serait un traitement différent fondé sur une différence sans rapport avec cette fin : c’est la définition même d’une discrimination. Le repère joue donc dans les deux sens, et c’est ce qui le rend opératoire : un traitement identique peut être inégal, un traitement différent peut être exigé par l’égalité. Rawls situe pour cette raison la justice au niveau de la structure de base — la constitution et les grandes institutions sociales et économiques —, et non des actes individuels : le principe de différence ne juge pas une inégalité prise isolément, il juge l’agencement qui la produit.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Justice distributiveRépartition des biens, des charges et des honneurs selon un rapport de mérite, et non en parts identiques.
  • Justice commutativeRèglement des échanges et réparation des torts à parts égales, sans considération de la qualité des personnes.
  • Égalité proportionnelleÉgalité de rapport, qui traite également les cas égaux et différemment les cas que distingue une différence pertinente.
  • ÉquitéRectification de la loi générale dans le cas singulier qu’elle n’a pu prévoir, au nom de son esprit même.
  • Position originelleSituation fictive de choix où l’on arrête les règles communes sans savoir quelle place on occupera ensuite.
  • Principe de différenceRègle qui n’admet une inégalité que si elle améliore la situation des plus défavorisés, et seulement après les libertés de base.

Justice distributive (Aristote) — égalité proportionnelle (géométrique)

distributive:part de Ameˊrite de A=part de Bmeˊrite de B\text{distributive} : \dfrac{\text{part de } A}{\text{mérite de } A} = \dfrac{\text{part de } B}{\text{mérite de } B}distributive:meˊrite de Apart de A​=meˊrite de Bpart de B​

Les biens sont répartis en proportion du mérite : à mérite double, part double. L’égalité est ici un rapport, non une part identique.

Justice commutative (Aristote) — égalité arithmétique

commutative:ce que perd A=ce que rec¸oit B\text{commutative} : \text{ce que perd } A = \text{ce que reçoit } Bcommutative:ce que perd A=ce que rec¸​oit B

Dans l’échange ou la réparation, on rétablit l’égalité des parts sans tenir compte des personnes : le tort fait à l’un doit être exactement compensé.

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Exemple corrigé

Articuler justice et égalité (Aristote et Rawls)

Être juste, est-ce traiter tout le monde de la même manière ? Dégagez le problème, puis montrez à l’aide d’Aristote et de Rawls qu’une inégalité peut être juste.

  1. 01Dégager le problème

    L’égalité paraît l’âme de la justice : être juste, ce serait ne faire aucune différence, traiter chacun de manière identique. Mais traiter de la même façon des situations différentes peut produire l’injustice (donner la même chose à qui a beaucoup et à qui n’a rien). Le problème est donc de savoir si la justice exige l’égalité stricte ou une égalité bien comprise.

  2. 02Le moment de l’égalité arithmétique (justice commutative)

    Dans les échanges et les réparations, la justice exige bien une égalité stricte, sans considération des personnes : le contrat doit être équilibré, le tort exactement réparé. Ici, traiter pareillement est juste — c’est la justice commutative d’Aristote (égalité arithmétique).

  3. 03Le moment de l’égalité proportionnelle (justice distributive)

    Mais la répartition des biens et des charges suit une autre règle : la justice distributive donne à chacun selon son mérite, en proportion. Traiter identiquement le méritant et l’oisif serait injuste. L’égalité juste est alors un rapport (égalité géométrique), non une part identique.

  4. 04Le dépassement rawlsien (le principe de différence)

    Rawls reformule le problème : sous le voile d’ignorance, des contractants impartiaux acceptent des inégalités, mais à une condition stricte — qu’elles profitent aux plus défavorisés et s’accompagnent de l’égalité des chances. L’inégalité n’est juste que si elle améliore le sort des plus mal lotis. La justice n’est donc pas l’égalité stricte, mais une inégalité que tous pourraient accepter.

Résultat : Être juste n’est pas toujours traiter tout le monde de la même manière : c’est traiter de manière égale ce qui est égal, et de manière proportionnée ce qui diffère. Une inégalité peut être juste — quand elle répond au mérite (Aristote) ou quand elle profite aux plus défavorisés (Rawls). La vraie justice articule égalité et équité.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    Partons d’une évidence trompeuse : être juste, ce serait traiter tout le monde exactement de la même façon. L’égalité semble le cœur même de la justice.

  2. 2

    Mais Aristote distingue deux justices. Dans les échanges, la justice commutative exige une égalité stricte : un tort doit être exactement réparé, sans regarder qui l’a subi.

  3. 3

    Mais répartir des biens ou des honneurs suit une autre règle. La justice distributive donne à chacun selon son mérite : à mérite double, part double. L’égalité devient une proportion.

  4. 4

    Rawls va plus loin. Imaginons que nous choisissions les règles de la société sans savoir qui nous serons : riche ou pauvre, doué ou non. Ce voile d’ignorance nous rend impartiaux.

  5. 5

    De là, deux principes : à tous les mêmes libertés de base ; et des inégalités admises seulement si elles profitent aux plus défavorisés. Une inégalité peut donc être juste.

  6. 6

    Conclusion : être juste, ce n’est pas toujours traiter tout le monde pareil. C’est traiter également ce qui est égal, et proportionnellement ce qui diffère. La justice articule égalité et équité.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir distinguer justice distributive et commutative (et leurs deux types d’égalité) et expliquer le rôle de l’équité comme correction de la loi générale.
  • Objectif Bac : exposer clairement le « voile d’ignorance » de Rawls et montrer pourquoi il garantit l’impartialité — puis articuler justice et égalité (l’égalité n’est pas toujours la justice).
  • Objectif Bac : faire fonctionner le repère identité / égalité / différence sur un exemple avant de le définir. Traiter également les cas égaux et différemment les cas différents ne se comprend que sur un cas où l’on voit lequel des deux traitements est le juste.
  • Objectif Bac : ne jamais écrire « à chacun selon son mérite » sans dire aussitôt quel mérite. Aristote note que le principe fait l’unanimité et que le critère fait la guerre civile : nommer le critère, c’est entrer dans le sujet plutôt que le contourner.
  • Objectif Bac : restituer l’ordre des principes de Rawls, et pas seulement leur contenu. Les libertés de base viennent d’abord, l’égalité équitable des chances ensuite, le principe de différence en dernier — aucune amélioration du sort des plus défavorisés n’achète la restriction d’une liberté fondamentale.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la justice à l’égalité stricte : « être juste, c’est traiter tout le monde pareil ». La justice distributive comme le principe de différence montrent qu’une inégalité peut être juste (selon le mérite, ou au profit des plus défavorisés).
  • Confondre l’équité avec le laxisme ou l’arbitraire : l’équité n’ignore pas la loi, elle la corrige dans son esprit pour le cas que le législateur n’avait pu prévoir.
  • Présenter le voile d’ignorance comme une situation réelle : c’est une « expérience de pensée » servant à isoler le point de vue impartial, non une assemblée historique.
  • Confondre l’égalité et l’identité de traitement. L’égalité est un rapport, non une mesure unique appliquée à tous : elle exige des traitements différents lorsque la différence invoquée est pertinente au regard de la fin poursuivie, et les refuse lorsqu’elle ne l’est pas.
  • Résumer Rawls par la seule formule des inégalités profitables aux plus défavorisés, en laissant tomber ce à quoi elle est subordonnée. Sans l’ordre des principes, le principe de différence autoriserait à échanger une liberté fondamentale contre un gain matériel — c’est-à-dire précisément l’utilitarisme contre lequel la Théorie de la justice est écrite.

§ 04

Révision active

Être juste, est-ce traiter tout le monde de la même manière ? Mobilisez la justice distributive d’Aristote et le principe de différence de Rawls pour articuler justice et égalité.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

État, liberté et violence : obéir, désobéir, et les limites du pouvoir#

~8 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§L’ÉtatBOBO-2019-philosophie-terminale-§La liberté

Obéir, désobéir : le conflit du légal et du légitime

Obéir, désobéir : le conflit du légal et du légitimeGraphe, Une loi m'oblige → Est-elle légitime ?, Est-elle légitime ? → Oui → obéissance (devoir civique), Est-elle légitime ? → Non, injuste → désobéissance civileUne loi m'obligeEst-ellelégitime ?Oui → obéissance(devoir civique)Non, injuste →désobéissancecivileouiinjusticemanifeste
Fig. 6Face à une loi qui m'oblige, j'examine sa légitimité : si elle est légitime, l'obéissance est un devoir civique (obéir à la loi qu'on a pu vouloir, c'est être libre) ; si elle est manifestement injuste et après échec des voies légales, une désobéissance civile peut se justifier — publique, non violente, acceptant la sanction : elle oppose un légitime supérieur à une légalité injuste.

Points clés

L’État protège la liberté (il met fin à la guerre de chacun contre chacun et garantit des droits) mais il peut aussi la menacer (abus de pouvoir, lois iniques, surveillance). Le thème articule donc « État, liberté et violence » : la violence légitime de l’État est la condition de la liberté civile, mais sa démesure en devient la négation.
L’obéissance aux lois est en principe un devoir civique : sans elle, l’ordre juridique s’effondre et la liberté de tous devient incertaine. Obéir à une loi à laquelle on a, comme citoyen, pu consentir, c’est rester libre (Rousseau). L’État de droit suppose que le pouvoir lui-même soit soumis à la loi.
Mais l’obéissance n’est pas inconditionnelle. Lorsqu’une loi est manifestement injuste, la conscience peut entrer en conflit avec la légalité. La « désobéissance civile » (Thoreau, et après lui de nombreux mouvements) consiste à transgresser publiquement et pacifiquement une loi tenue pour injuste, en acceptant la sanction, afin d’en appeler au sens de la justice de la communauté.
La désobéissance civile se distingue de la révolte ou du crime : elle est publique (non clandestine), non violente, et reconnaît globalement la légitimité de l’ordre juridique qu’elle veut réformer. Elle n’abolit pas le repère « légal / légitime » : elle l’exploite, opposant un légitime supérieur à une légalité contestée.
Le problème de fond est celui des « limites du pouvoir » : un pouvoir illimité (même légal) menace la liberté. D’où l’importance de la séparation des pouvoirs, des droits fondamentaux et du droit de résistance (Locke). Penser l’État, c’est penser à la fois la nécessité de l’autorité et la nécessité de la limiter.
Hannah Arendt refuse l’équation que presque toute la tradition avait admise entre le pouvoir et la domination. Dans l’essai Sur la violence, repris dans Du mensonge à la violence, elle soutient que le pouvoir répond à la capacité humaine d’agir de concert : il appartient à un groupe, il n’est jamais la propriété d’un individu, et il ne dure qu’aussi longtemps que le groupe tient ensemble. La violence, elle, est instrumentale : elle exige des instruments, elle se mesure à eux, et elle peut toujours détruire le pouvoir sans jamais être capable de le produire. De là une asymétrie qui éclaire toute la section : la violence apparaît là où le pouvoir défaille. Un gouvernement contraint de tirer sur son peuple n’a pas plus de pouvoir, il n’en a plus ; la terreur n’est pas le règne d’un pouvoir maximal, c’est ce qui reste quand il a disparu. La distinction corrige aussi la lecture qu’on fait souvent de Weber : celui-ci définit l’État par le monopole de la violence légitime, il ne définit pas le pouvoir par la violence. Obéir à une institution qu’on reconnaît et céder à qui tient une arme sont deux relations que rien n’autorise à confondre.
La menace que l’État fait peser sur la liberté n’a pas toujours le visage du tyran, et c’est là que Tocqueville devient indispensable. Dans le second tome de De la démocratie en Amérique, il décrit un danger pour lequel il déclare chercher en vain un mot, parce que la tyrannie et le despotisme des anciens ne conviennent pas. Ce pouvoir-là n’est ni cruel ni sanglant : il est tutélaire, prévoyant, doux, il travaille au bonheur des citoyens et se charge seulement d’en décider à leur place, il pourvoit à leurs besoins, facilite leurs plaisirs et ôte peu à peu l’usage d’eux-mêmes. Il ne brise pas les volontés, il les amollit ; il ne tyrannise pas, il gêne, il éteint, il réduit un peuple à un troupeau d’animaux paisibles dont le gouvernement est le berger. Ce qu’il détruit n’est ni la vie ni la propriété mais l’exercice de la liberté. Limiter le pouvoir ne consiste donc pas seulement à l’empêcher de frapper : il faut aussi l’empêcher de tout faire à notre place. Séparation des pouvoirs, droits fondamentaux, juge indépendant ne sont pas des obstacles à la démocratie, ils en sont les conditions — et la remarque d’Arendt revient ici, puisqu’un pouvoir qui agit à notre place tarit l’agir en commun d’où le pouvoir procède.

Vocabulaire

→ Cartes
  • PouvoirCapacité d’agir de concert, qui appartient à un groupe et cesse avec lui, distincte de la simple contrainte exercée sur autrui.
  • ViolenceMoyen instrumental qui exige des instruments et qui peut détruire le pouvoir sans jamais parvenir à le produire.
  • Désobéissance civileTransgression publique, non violente et assumée d’une loi tenue pour injuste, adressée au sens de la justice de la communauté.
  • État de droitÉtat dont le pouvoir est lui-même soumis à des règles et contrôlé par un juge indépendant.
  • Despotisme douxPouvoir tutélaire et bienveillant qui décide à la place des citoyens et leur retire l’usage de la liberté sans les contraindre.
  • Séparation des pouvoirsRépartition des fonctions législative, exécutive et judiciaire entre des organes distincts, de sorte que le pouvoir arrête le pouvoir.
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Exemple corrigé

Évaluer la légitimité d’une désobéissance

Est-il toujours juste d’obéir aux lois ? Dégagez le problème, montrez la valeur de l’obéissance, puis examinez à quelles conditions on peut légitimement désobéir.

  1. 01Dégager le problème

    Obéir aux lois paraît un devoir : c’est la condition de l’ordre et de la liberté de tous. Mais certaines lois ont été manifestement injustes. Faut-il alors obéir « toujours », ou la justice peut-elle commander de désobéir ? Le problème oppose la légalité (obéir) et la légitimité (la justice).

  2. 02La valeur de l’obéissance

    Sans obéissance générale, l’État de droit s’effondre : chacun se ferait juge des lois et la force reprendrait le dessus. De plus, dans un régime où l’on a pu consentir aux lois, leur obéir, c’est obéir à la volonté générale, donc rester libre (Rousseau). L’obéissance n’est pas en soi une aliénation.

  3. 03La limite : la loi injuste

    Mais l’obéissance n’est pas une fin en soi : elle vaut parce que la loi vise la justice. Quand une loi est manifestement injuste — qu’elle viole des droits fondamentaux — l’obéissance aveugle devient complicité. La conscience peut alors entrer en conflit avec la légalité.

  4. 04Les conditions d’une désobéissance légitime

    Désobéir n’est pas toujours légitime : il y faut des conditions strictes. La désobéissance civile (Thoreau, mouvements des droits civiques) est publique, non violente, et accepte la sanction ; elle n’intervient qu’après l’échec des voies légales, et reconnaît globalement l’ordre juridique qu’elle veut réformer. Elle oppose un légitime supérieur à une légalité contestée — sans verser dans la pure révolte.

Résultat : Il n’est pas toujours juste d’obéir : l’obéissance vaut parce que la loi vise la justice. Quand une loi est manifestement injuste, une désobéissance peut être légitime — à condition d’être publique, pacifique, assumée et exceptionnelle. Obéir n’est un devoir que dans la mesure où l’on peut aussi, le cas échéant, désobéir au nom du droit.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser le conflit possible entre la légalité (obéir aux lois) et la légitimité (la justice), et caractériser précisément la désobéissance civile (publique, non violente, assumée).
  • Objectif Bac : montrer que la liberté n’est pas l’absence de toute loi mais suppose des lois justes et un pouvoir limité — éviter le contresens « être libre = ne pas obéir ».
  • Objectif Bac : distinguer le pouvoir et la violence avant de demander s’il faut obéir. Une copie qui les identifie ne peut plus expliquer pourquoi un État légitime n’est pas un brigand mieux armé, et son problème s’effondre dès la première partie.
  • Objectif Bac : nommer la forme moderne du danger, et pas seulement le tyran violent. Sur un sujet comme « l’État est-il l’ennemi de la liberté ? », la description tocquevillienne du despotisme doux fournit l’argument que l’image du despote antique ne donne jamais.
  • Objectif Bac : examiner les deux réponses, obéir et désobéir, avec leurs conditions respectives, plutôt que trancher d’emblée. L’échelle récompense l’examen des réponses possibles et la cohérence de l’ensemble, non la fermeté de la conclusion.

Erreurs fréquentes

  • Assimiler désobéissance civile et anarchie ou simple délinquance : la désobéissance civile reconnaît l’ordre juridique, agit publiquement et accepte la sanction ; elle vise à le réformer, non à l’abolir.
  • Penser que toute désobéissance est légitime dès qu’on juge une loi injuste : il faut des conditions strictes (injustice manifeste, recours pacifique, échec des voies légales), sinon chacun se ferait juge et l’État s’effondrerait.
  • Opposer abstraitement liberté et obéissance : sans lois, la liberté du plus fort écrase celle des autres. La liberté politique suppose des lois justes, non leur absence.
  • Écrire que le pouvoir est de la violence organisée, et croire suivre Weber ou Arendt. Weber définit l’État par le monopole de la violence légitime, non le pouvoir par la violence ; Arendt les oppose frontalement, la violence pouvant détruire le pouvoir mais jamais l’engendrer.
  • Réduire la menace pesant sur la liberté à la figure du tyran qui frappe. Tocqueville décrit un pouvoir doux et bienveillant qui n’ôte rien par la force et retire pourtant l’usage de la liberté ; l’ignorer revient à déclarer libre toute société où personne n’est battu.

§ 05

Révision active

Est-il toujours juste d’obéir à l’État ? Distinguez l’obéissance légitime de la soumission, puis examinez à quelles conditions une désobéissance peut être justifiée.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

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Sommaire

Section -- / 05

    • 01L’État : qu’est-ce qui fonde le pouvoir politique ?○
    • 02Les théories du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau)◐
    • 03Le légal et le légitime : droit naturel et droit positif◐
    • 04La justice : vertu, institution et équité (Aristote, Rawls)●
    • 05État, liberté et violence : obéir, désobéir, et les limites du pouvoir●

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Des fiches à l'entraînement

L’État et la justice

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A)

Voir aussi

  • Le devoir et la libertéCe que je dois à l’État et ce que je me dois à moi-même : le même conflit vu du côté moral.
  • La religionLa laïcité règle la place du religieux dans l’espace public : public et privé s’y distinguent.
  • La technique et le travailLe travail aliéné pose une question de justice sociale, pas seulement d’économie.

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Le devoir et la liberté

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