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Fiches/Philosophie/La technique et le travail
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La technique et le travail

La technique et le travail sont deux notions du programme de philosophie de terminale (voie générale), abordées dans les perspectives de l’existence humaine et de la culture, ainsi que de la morale et de la politique. La fiche interroge la valeur du travail (malédiction et nécessité, ou condition de l’humanisation et de la reconnaissance ?) et le statut de la technique (simple moyen neutre, ou transformation de notre rapport au monde et à nous-mêmes ?). On la travaille avec des repères conceptuels (théorie / pratique, cause / fin, abstrait / concret, médiat / immédiat) et les grands auteurs (Aristote, Hegel, Marx, Bergson, Heidegger, Jonas).

5 sections·~43 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0555 / 13
Profil d’examen
Analyser les notions de technique et de travail et les distinguer de notions voisines : le jeu, la nature et l’œuvre d’art ; situer le travail entre la nécessité et la liberté.Problématiser la valeur du travail : malédiction et contrainte subie, ou condition de l’humanisation, de la formation de soi et de la reconnaissance ?Interroger la technique : simple moyen neutre au service de fins, ou transformation du rapport de l’homme au monde et à lui-même ? examiner l’aliénation du travail et la responsabilité face au pouvoir technique.Mobiliser des distinctions conceptuelles (repères) — théorie / pratique, cause / fin, abstrait / concret, médiat / immédiat, obligation / contrainte — pour construire un raisonnement argumenté sur la technique et le travail.
Opérateurs :analyserdistinguerdéfinirproblématiserinterrogerargumenterjustifierillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d’abord les définitions et les distinctions de base (travail / jeu, technique / nature, technique / art ; travail comme nécessité et comme contrainte) et un auteur-pivot par thèse : le couple Hegel (le travail forme l’homme) / Marx (le travail aliéné) constitue le socle exigible à l’épreuve écrite.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, sachez articuler les deux notions sur un même problème (la technique et le travail nous libèrent-ils ou nous asservissent-ils ?), confronter Hegel, Marx, Bergson et Jonas, et manier finement le repère cause / fin (la technique est-elle un simple moyen ou un système qui s’impose comme une fin ?) au service d’une dissertation problématisée.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. La technique et le travail
    • 01Le travail : nécessité, contrainte et malédiction ?○
    • 02Travailler pour devenir humain : médiation et reconnaissance (Hegel)◐
    • 03Le travail aliéné et la critique de Marx●
    • 04La technique : de l’outil à la machine, l’homo faber (Bergson)◐
    • 05Pouvoir et finalités de la technique : progrès, aliénation et responsabilité (Heidegger, Jonas)●

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Le travail : nécessité, contrainte et malédiction ?#

~8 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le travail

Points clés

Le travail est l’activité par laquelle l’homme transforme la nature pour satisfaire ses besoins et produire les moyens de son existence. À la différence de l’animal, qui prélève dans la nature ce qu’il trouve, l’homme produit ses moyens de subsistance : il faut donc le situer entre la nécessité naturelle (il faut bien manger) et la contrainte sociale (les conditions dans lesquelles on travaille).
Il faut distinguer le travail de notions voisines. Du jeu : le jeu est une activité libre, qui vaut pour elle-même et n’est tendue vers aucun produit extérieur, tandis que le travail vise un résultat utile et s’accompagne d’une contrainte (un effort imposé par la fin). De la nature : la nature est ce qui n’a pas été transformé par l’homme, le travail est précisément cette transformation. De l’œuvre d’art : l’objet technique produit par le travail vise une utilité extérieure, l’œuvre d’art vaut pour elle-même.
Le mot « travail » porte une trace de cette pénibilité : on le rattache souvent au latin populaire « tripalium », un instrument de contrainte. La tradition biblique en fait une malédiction : au chapitre 3 de la Genèse, l’homme chassé du jardin devra manger son pain à la sueur de son visage ; l’Antiquité grecque le méprise comme l’affaire des esclaves, indigne de l’homme libre qui se consacre à la contemplation et à la vie politique. Le travail apparaît d’abord comme une peine, le contraire du loisir et de la liberté.
Mais cette pénibilité a un envers positif. Le repère central ici est obligation / contrainte : la nécessité de travailler est d’abord vécue comme une contrainte (extérieure, subie), mais elle peut devenir une obligation que je reconnais et m’impose, source de discipline et d’autonomie. Travailler m’arrache à la satisfaction immédiate des désirs et m’oblige à différer, à anticiper, à me maîtriser : le travail médiatise mon rapport au monde (médiat / immédiat).
Le repère obligation / contrainte demande plus qu’une mention. La contrainte s’exerce du dehors et cesse avec la force qui l’impose : elle n’a pas besoin d’être comprise pour agir. L’obligation lie de l’intérieur et suppose que je reconnaisse la règle comme valant pour moi. Le travail se laisse décrire dans les deux registres à la fois. Ce qui m’est imposé : le besoin, l’horaire, la cadence, la dépendance envers celui qui me paie. Ce à quoi je m’oblige : achever ce que j’ai commencé, tenir la qualité qu’exige le métier, répondre de mon ouvrage devant ceux qui s’en serviront. L’artisan qui refait une pièce manquée n’obéit à personne ; il obéit à une exigence dont il a fait la sienne. Toute la valeur morale prêtée au travail tient à cette conversion possible, et la troisième section montrera ce qu’il advient lorsqu’elle devient impossible.
Deux nécessités se cachent sous le même mot, et le schéma de la notion (voir Fig. 1) invite à les séparer. Un corps vivant doit être entretenu, et cela ne se négocie pas : voilà la nécessité biologique. Qui travaille, à quoi, combien d’heures, sous quelle subordination et pour quelle part du produit : voilà l’organisation sociale du travail, qui a une histoire et se discute donc. Les confondre revient à faire passer pour naturel ce qui est institué, car le besoin de manger n’a jamais impliqué le salariat. Hannah Arendt tire de cette différence une architecture entière dans Condition de l’homme moderne (1958), en distinguant trois activités que l’usage courant confond. Le travail au sens strict est l’activité du corps rivée au cycle vital : ses produits se consomment à mesure et ne laissent rien derrière eux, et celui qui s’y épuise, elle le nomme animal laborans. L’œuvre fabrique au contraire des objets durables, une table, une maison, un livre, qui composent un monde stable où les générations se succèdent : c’est le domaine de l’homo faber. L’action, enfin, se joue entre les hommes sans passer par la matière, dans la parole et l’initiative. Le reproche d’Arendt à l’époque moderne tient en une ligne : elle a absorbé l’œuvre et l’action dans le travail, jusqu’à ne plus concevoir aucune activité autrement que comme un gagne-pain.

Le champ de la notion de travail et ses notions voisines

Le champ de la notion de travailGraphe, Travail → Œuvre d'art, Travail → Jeu, Travail → NatureTravailŒuvre d'artJeuNaturevaut pour soilibre, gratuittransforme
Fig. 1Le travail — transformer la nature pour subvenir aux besoins — se distingue du jeu (libre, sans fin utile), de la nature (non transformée) et de l'œuvre d'art (qui vaut pour elle-même) ; il se tient entre la nécessité naturelle et la contrainte sociale.
Fig. 1 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • TravailActivité par laquelle l’homme transforme la nature pour produire les moyens de son existence, au prix d’un effort réglé par une fin extérieure.
  • ContrainteForce qui s’exerce du dehors et détermine une conduite sans requérir l’assentiment de celui qui la subit.
  • ObligationLien que le sujet reconnaît comme valant pour lui et qui l’engage de l’intérieur, à la différence de la contrainte subie.
  • ŒuvreChez Arendt, fabrication d’objets durables qui composent un monde stable, distincte du travail voué à la consommation immédiate.
  • Animal laboransChez Arendt, l’homme considéré comme vivant rivé au cycle de la production et de la consommation, dont les produits ne subsistent pas.
  • LoisirTemps libéré de la nécessité, que l’Antiquité grecque tient pour la condition de la vie contemplative et politique.
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Exemple corrigé

Le travail n’est-il qu’une contrainte ?

« Le travail n’est-il qu’une contrainte ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    Spontanément, le travail apparaît comme une peine imposée par la nécessité (« tripalium », la malédiction biblique, le mépris grec). Mais s’il n’était que contrainte, comment expliquer qu’on puisse s’y reconnaître, s’y accomplir, et y gagner une dignité ? Le problème : la contrainte de travailler condamne-t-elle l’homme, ou est-elle la condition de son humanisation ?

  2. 02Premier moment : oui, le travail est une contrainte

    Le travail répond à un besoin : il faut produire pour vivre. Il est pénible, il occupe le temps qu’on pourrait consacrer au loisir et à la liberté ; il peut être subi, mal payé, dégradant. La tradition (Bible, Antiquité) y voit le contraire de la vie libre.

  3. 03Deuxième moment : mais une contrainte qui forme et libère

    Le repère obligation / contrainte permet le dépassement : la contrainte du travail oblige à différer le désir, à anticiper, à se discipliner. Travailler, c’est s’arracher à l’immédiateté animale : la contrainte extérieure devient une discipline intérieure, source d’autonomie (ce que Hegel pensera comme formation de soi).

  4. 04Nuancer

    Tout dépend des conditions du travail : un travail libre et reconnu n’est pas un travail aliéné (Marx). La contrainte n’est pas la même selon que je me reconnais ou non dans mon activité et son produit.

Résultat : Le travail est bien d’abord une contrainte née de la nécessité ; mais cette contrainte n’est pas qu’une peine : en m’obligeant à différer mes désirs et à me discipliner, elle peut devenir le moyen d’une formation de soi et d’une liberté — à condition que ses conditions concrètes ne le réduisent pas à une simple aliénation.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser et justifier les distinctions travail / jeu, travail / nature, travail / œuvre d’art dès l’introduction, au lieu de traiter « le travail » comme une notion évidente — et situer d’emblée le travail entre nécessité naturelle et contrainte sociale.
  • Objectif Bac : manier le repère obligation / contrainte pour montrer que la pénibilité du travail n’épuise pas sa signification (la contrainte subie peut devenir une discipline qui forme et libère).
  • Objectif Bac : faire travailler le repère obligation / contrainte plutôt que le citer. Montrer sur un exemple précis qu’un même travail est contrainte par ce qui l’impose et obligation par ce que le travailleur y reconnaît comme sien vaut mieux qu’une définition des deux termes posée en introduction et jamais réemployée.
  • Objectif Bac : séparer d’emblée la nécessité biologique de travailler et l’organisation sociale du travail. Sans cette coupure, toute critique d’un état donné du travail se trouve renvoyée à la nature humaine, et le sujet se referme avant d’avoir été traité.
  • Objectif Bac : disposer de la tripartition d’Arendt — travail, œuvre, action — pour empêcher qu’un seul mot ne recouvre le geste du manœuvre, l’ouvrage de l’artisan et l’engagement du citoyen. Elle fournit à elle seule l’ossature d’une dissertation sur la valeur du travail.

Erreurs fréquentes

  • Confondre travail et emploi (le travail salarié) : la question philosophique du travail (transformation de la nature, rapport à soi et à autrui) déborde la seule question économique du métier et du salaire.
  • Réduire le travail à sa seule pénibilité (« le travail, c’est une corvée ») et passer à côté de sa dimension formatrice et humanisante, ou inversement faire l’éloge naïf du travail sans voir la contrainte et la souffrance réelles qu’il peut impliquer.
  • Écrire que « l’homme travaille pour survivre, comme l’animal ». La forme correcte porte sur une différence de structure : l’animal prélève et consomme, l’homme produit ses moyens de subsistance au moyen d’instruments et d’une répartition des tâches, et transmet ce dispositif. C’est cette production, non la survie, qui définit le travail.
  • Prendre l’étymologie pour une preuve. Rattacher « travail » au tripalium établit que la langue a associé le mot à une peine, non que le travail soit par nature une torture. Une étymologie ouvre un paragraphe, elle ne le conclut jamais.
  • Invoquer Arendt puis employer « travail » et « œuvre » comme deux mots pour la même chose. La forme correcte respecte la coupure qu’on vient de citer : le travail se consomme et recommence, l’œuvre demeure et fait monde. Parler de « l’œuvre de l’ouvrier à la chaîne » après avoir posé la distinction la détruit.

§ 01

Révision active

« Le travail n’est-il qu’une contrainte ? » Construisez le plan détaillé d’une dissertation : dégagez le problème (la nécessité de travailler condamne-t-elle l’homme, ou le forme-t-elle ?), dressez la liste des distinctions pertinentes (travail / jeu, nécessité / liberté, contrainte / obligation) et adossez chaque thèse à un exemple précis.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Travailler pour devenir humain : médiation et reconnaissance (Hegel)#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le travail

Points clés

Pour Hegel, le travail n’est pas seulement une contrainte subie : il est l’opération par laquelle l’homme se forme lui-même en transformant le monde. Travailler, c’est imposer une forme à une matière, et donc imprimer sa marque dans une chose extérieure : l’homme se reconnaît dans l’objet qu’il produit. Le repère décisif est médiat / immédiat : le travail introduit une médiation entre le désir et son objet.
Le travail discipline le désir. L’animal (et l’homme livré au désir immédiat) consomme et détruit aussitôt l’objet de son besoin. Le travailleur, lui, doit différer la satisfaction : il refrène son désir, façonne patiemment la matière, et produit un objet durable. Le travail est donc « désir réfréné, disparition retardée » : il arrache l’homme à l’immédiateté et l’élève à la conscience de soi.
La célèbre dialectique du maître et de l’esclave (Phénoménologie de l’esprit, 1807) illustre ce rôle formateur. Au départ, le maître domine et jouit sans travailler ; l’esclave travaille pour lui. Mais le rapport se renverse : le maître, qui ne fait que consommer, devient dépendant de l’esclave et stérile ; l’esclave, en travaillant et en formant les choses, se forme lui-même, acquiert une maîtrise réelle et accède à la conscience de sa liberté. C’est par le travail, et non par la jouissance, que l’on devient véritablement maître.
Le travail est ainsi une voie d’humanisation et de reconnaissance. En transformant la nature, l’homme se cultive (nature / culture) ; et son produit, offert aux autres et utile à autrui, le fait exister aux yeux d’autrui : le travail médiatise le rapport à soi (formation) et le rapport à autrui (reconnaissance). L’homme ne se connaît pas par pure introspection, mais à travers les œuvres où il s’objective.
Rappel de première — la culture : ces analyses prolongent l’idée, déjà rencontrée, que l’homme n’a pas d’essence naturelle figée mais se fait lui-même par son activité ; en terminale, l’accent porte sur le travail comme médiation et reconnaissance, capacité attendue propre à la notion.
La figure porte un nom qu’il vaut mieux connaître : Hegel intitule ce moment de la Phénoménologie de l’esprit domination et servitude, et l’usage français de « maître et esclave » en durcit les termes. Il ne s’agit pas d’une description de l’esclavage antique mais d’un moment de la conscience de soi, que le schéma (voir Fig. 2) donne à lire comme un mouvement et non comme un état. Deux consciences se font face et chacune veut être reconnue ; l’affrontement s’arrête lorsque l’une préfère la vie à la reconnaissance et se soumet. Le serviteur n’entre donc pas au travail par docilité : il y entre parce qu’il a éprouvé la peur devant la mort, ce maître absolu, et cette épreuve a déjà ébranlé en lui tout ce qui paraissait fixe. Le travail vient ensuite donner à cet ébranlement une forme durable, en déposant dans l’objet façonné une négativité qui n’était d’abord qu’angoisse.

Le travail comme médiation et la dialectique du maître et de l’esclave (Hegel)

Le travail comme médiation (Hegel)Graphe, Désir immédiat (détruit l'objet) → Travail : médiation (objet durable), Travail : médiation (objet durable) → Maître (jouit, stérile), Travail : médiation (objet durable) → Esclave (travaille, forme), Esclave (travaille, forme) → Accès à la libertéDésir immédiat(détruitl'objet)Travail :médiation (objetdurable)Maître (jouit,stérile)Esclave(travaille,forme)Accès à lalibertéréfrènese forme
Fig. 2Le travail est médiation : il réfrène le désir immédiat (qui détruit l'objet) et forme un objet durable. Renversement de la dialectique maître/esclave : le maître jouit sans travailler (stérile), mais l'esclave, en travaillant, se forme et accède à la liberté.
Fig. 2 ↓
Reste à préciser ce que « reconnaissance » veut dire, sous peine de la confondre avec l’estime ou la rétribution. Pour Hegel, une conscience de soi n’est ce qu’elle est qu’en étant reconnue par une autre : elle ne se possède pas d’abord en elle-même pour se manifester ensuite, elle n’accède à soi que par le détour d’autrui. Le travail fournit ce détour sous une forme visible, puisque l’objet façonné subsiste, se sépare de son auteur et vaut pour d’autres. La difficulté commence là. Rien ne garantit que le détour aboutisse : une marchandise anonyme ne porte la signature de personne, une tâche parcellisée ne laisse voir aucun ouvrage achevé, et le produit peut revenir à celui qui l’a fait comme une puissance qui le domine. Hegel énonce les conditions auxquelles le travail forme et fait reconnaître ; Marx montrera qu’un ordre social déterminé les détruit une à une. Les deux analyses s’enchaînent au lieu de se contredire.

Vocabulaire

→ Cartes
  • MédiationDétour par un terme tiers qui relie deux termes séparés ; le travail médiatise le rapport du désir à son objet en imposant un délai et une forme.
  • ObjectivationOpération par laquelle une intention intérieure prend corps dans une chose extérieure où son auteur peut se reconnaître.
  • ReconnaissanceRapport par lequel une conscience de soi n’accède à elle-même qu’en étant tenue pour telle par une autre conscience.
  • DialectiqueMouvement par lequel une position engendre son contraire et se renverse en lui, au lieu de demeurer fixée dans le rapport initial.
  • Désir réfrénéFormule hégélienne désignant le désir qui, au lieu de consommer aussitôt son objet, en diffère la disparition et le laisse subsister comme chose formée.
  • ServitudePosition de la conscience qui a préféré la vie à la reconnaissance, et qui devient par le travail la voie effective de la formation de soi.
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Exemple corrigé

Le travail est-il une voie d’humanisation ?

« Le travail est-il une voie d’humanisation ? » Discutez en mobilisant l’analyse hégélienne du travail.

  1. 01Poser le problème

    Si le travail n’était qu’une nécessité pénible (section 1), il rabaisserait l’homme au rang de simple producteur asservi à ses besoins. Mais on peut soutenir l’inverse : c’est en travaillant que l’homme se distingue de l’animal et se fait homme. Le travail humanise-t-il, et comment ?

  2. 02Le travail réfrène le désir

    Hegel : l’animal consomme et détruit immédiatement l’objet de son besoin ; le travailleur diffère sa satisfaction, façonne la matière, produit un objet durable. Le travail est « désir réfréné » : il introduit une médiation (médiat / immédiat) entre le désir et son objet, et arrache l’homme à l’immédiateté.

  3. 03La dialectique du maître et de l’esclave

    Le maître jouit sans travailler et devient dépendant et stérile ; l’esclave, en formant les choses par son travail, se forme lui-même et accède à la conscience de sa liberté. C’est donc par le travail, et non par la jouissance oisive, que l’on devient véritablement maître.

  4. 04Conclure

    Le travail humanise à un double titre : il forme celui qui travaille (il se reconnaît dans son œuvre) et il l’inscrit dans un rapport de reconnaissance à autrui. Reste que cette humanisation suppose un travail dans lequel l’homme puisse se reconnaître — ce que la section suivante (Marx) viendra interroger.

Résultat : Le travail est bien une voie d’humanisation : en réfrénant le désir et en formant la matière, l’homme se forme lui-même et se fait reconnaître (Hegel). Mais cette humanisation n’est effective que dans un travail où l’homme se reconnaît — ce qui ouvre la question du travail aliéné.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : restituer avec précision la thèse hégélienne du travail comme « désir réfréné » et comme médiation formatrice (médiat / immédiat), et savoir exposer la dialectique du maître et de l’esclave comme argument du rôle humanisant du travail.
  • Objectif Bac : articuler travail, formation de soi et reconnaissance d’autrui pour dépasser la vision purement négative du travail (section 1) — moment de dépassement très attendu dans une dissertation sur la valeur du travail.
  • Objectif Bac : traiter la dialectique comme un raisonnement, non comme un récit. Le devoir doit faire apparaître le moteur du renversement — le maître ne travaille pas, donc ne se forme pas ; le serviteur travaille, donc se forme — sans quoi l’exemple ne prouve rien.
  • Objectif Bac : adosser la thèse hégélienne au repère médiat / immédiat plutôt qu’au vocabulaire de l’effort. Ce qui forme le travailleur, c’est le délai imposé entre le désir et sa satisfaction, puis l’inscription de ce délai dans un objet qui demeure.
  • Objectif Bac : réserver « reconnaissance » à son sens hégélien, accéder à soi par le détour d’autrui, et écarter explicitement l’estime sociale et le salaire. Le correcteur attend de voir cette élimination faite, pas supposée.

Erreurs fréquentes

  • Raconter la dialectique du maître et de l’esclave comme une simple anecdote ou un rapport social figé : c’est un processus dialectique où le rapport se renverse (l’esclave qui travaille accède à la maîtrise, le maître oisif se vide), et ce renversement EST l’argument.
  • Réduire la « reconnaissance » à la reconnaissance sociale ou au salaire : chez Hegel, il s’agit d’abord de se reconnaître soi-même dans l’objet formé et d’être reconnu par autrui à travers une œuvre — une médiation, non une simple récompense.
  • Écrire que « l’esclave devient le maître ». La forme correcte est plus étroite : le serviteur acquiert par le travail une maîtrise réelle sur les choses et la conscience de sa liberté, tandis que la maîtrise du maître se révèle stérile. Le rapport de domination, lui, n’est pas renversé dans le texte.
  • Situer la Phénoménologie de l’esprit au hasard. Elle paraît en 1807 et l’analyse de la domination et de la servitude appartient au chapitre sur la conscience de soi ; une référence approximative affaiblit toute la partie qu’elle est censée fonder.
  • Faire de la peur du serviteur un simple trait de caractère. Chez Hegel, cette peur dissout ce que la conscience tenait pour stable, et c’est à cette condition seulement que le travail peut ensuite la former ; sans elle, le travail resterait une habitude sans portée.

§ 02

Révision active

« Travailler, est-ce seulement produire des objets ? » Dressez deux colonnes (ce que le travail produit dans le monde / ce que le travail produit en l’homme qui travaille), puis rédigez un paragraphe qui défend la fonction formatrice du travail en mobilisant Hegel (désir réfréné, dialectique du maître et de l’esclave).

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Le travail aliéné et la critique de Marx#

~8 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le travail

Les figures de l’aliénation du travail (Marx)

Les figures de l'aliénation du travail (Marx)roue segmentée, 4 segments, Données: Travailleur aliéné, Son produit, Son activité, Son espèce, AutruiSon produitconfisqué, le domineSon activitétravail forcé, subiSon espècecoupé de l'humainAutruiexploitationTravailleur aliéné
Fig. 3Marx distingue quatre figures de l'aliénation : le travailleur devient étranger à son produit (confisqué), à son activité (travail forcé), à son espèce (coupé de l'humain) et à autrui (exploitation). La cause est sociale (propriété, salariat, division du travail), non le travail en soi.

Points clés

Marx reprend l’idée que le travail est l’essence de l’homme — l’activité par laquelle l’homme produit sa vie et s’objective dans des œuvres — mais il en montre la perversion historique : dans le capitalisme, le travail, qui devrait humaniser, déshumanise. C’est l’aliénation : le travailleur devient étranger (alienus, autre) à sa propre activité et à lui-même.
Première figure (Manuscrits de 1844) : l’aliénation par rapport au produit. L’ouvrier produit une marchandise qui ne lui appartient pas et qui se dresse face à lui comme une puissance étrangère ; plus il produit de richesses, plus il s’appauvrit. Le produit de son travail lui est confisqué : il s’objective dans une chose qui le domine au lieu de le reconnaître.
Deuxième figure : l’aliénation par rapport à l’activité elle-même. Le travail aliéné n’est plus l’expression de soi mais un travail forcé, subi, extérieur : l’ouvrier « ne se sent chez lui que hors du travail » et, dans le travail, « hors de chez lui ». L’activité qui devrait être proprement humaine est vécue comme une simple contrainte au service d’autrui.
Troisième et quatrième figures : l’aliénation par rapport à l’« être générique » (l’homme est coupé de ce qui fait son humanité — produire librement et universellement) et l’aliénation par rapport à autrui (le rapport social devient un rapport d’exploitation entre celui qui possède et celui qui travaille). À cela s’ajoute, dans Le Capital, la division du travail et la machine qui parcellisent la tâche, vidant le geste de sens.
La cause de l’aliénation n’est donc pas le travail en lui-même, mais des conditions sociales et économiques déterminées (la propriété privée des moyens de production, le salariat, la division du travail). D’où le repère principe / cause / fin : l’aliénation tient à la place que le travail occupe dans un système, non à sa nature. Un travail désaliéné — où l’homme se reconnaît dans son activité et son produit — reste pour Marx l’horizon de l’émancipation.
Marx n’a pas découvert le revers de la division du travail : il l’a trouvé chez celui qui en avait fait l’éloge. Adam Smith ouvre les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) sur la manufacture d’épingles, décomposée en dix-huit opérations distinctes environ, confiées chacune à un ouvrier ; le rendement obtenu n’a plus de commune mesure avec celui d’un artisan qui exécuterait seul la suite entière, et Smith en donne trois raisons, l’habileté acquise par la répétition, le temps épargné dans les changements de tâche, le recours aux machines. Mais le livre cinquième du même ouvrage revient sur le prix de ce partage : l’homme dont la vie se passe à répéter quelques gestes simples n’a plus d’occasion d’exercer son entendement et s’engourdit, et Smith en fait un motif d’instruction publique. La division du travail rend donc l’ouvrier plus productif et moins capable. Cette contradiction, reconnue par l’économie politique elle-même, Marx la reprendra comme une structure et non comme un dommage réparable par l’école.
Deux précautions rendent la référence solide. La première est chronologique : « aliénation » appartient au vocabulaire du jeune Marx, les Manuscrits de 1844 sont restés inédits jusqu’en 1932, et Le Capital parle plutôt d’exploitation, de temps de travail et de fétichisme de la marchandise. Confondre les deux moments fait attribuer à l’économiste des thèses du philosophe. La seconde porte sur l’horizon : l’émancipation n’est pas chez Marx la disparition du travail. Le livre III du Capital distingue un règne de la nécessité, où il faudra toujours produire pour vivre, et un règne de la liberté qui commence au-delà et dont la condition première est la réduction de la journée de travail. Se désaliéner, c’est donc réduire et maîtriser en commun le domaine de la nécessité, non s’en évader.

Vocabulaire

→ Cartes
  • AliénationProcessus par lequel l’homme devient étranger à son activité, à son produit, à son espèce et aux autres, au point de ne plus se reconnaître dans ce qu’il fait.
  • Être génériqueExpression par laquelle Marx désigne ce qui fait de l’homme un être capable de produire librement et universellement, au-delà de son besoin immédiat.
  • Division du travailRépartition d’une production entre des tâches spécialisées, qui accroît le rendement et réduit ce que chaque ouvrier maîtrise de l’ensemble.
  • Force de travailCapacité de travailler que l’ouvrier vend contre un salaire, et que Marx distingue du travail effectivement fourni.
  • ExploitationRapport dans lequel une partie du travail fourni n’est pas payée au travailleur et revient au propriétaire des moyens de production.
  • Fétichisme de la marchandiseIllusion par laquelle un rapport entre des hommes prend l’apparence d’une propriété des choses échangées.
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Exemple corrigé

Le travail rend-il l’homme étranger à lui-même ?

« Le travail rend-il l’homme étranger à lui-même ? » Confrontez la fonction humanisante du travail (Hegel) à la critique marxienne, puis proposez un dépassement.

  1. 01Thèse : le travail humanise (Hegel)

    On l’a vu : en formant la matière, l’homme se forme et se reconnaît dans son œuvre. Le travail devrait donc rapprocher l’homme de lui-même, non l’en éloigner.

  2. 02Objection : le travail aliéné (Marx)

    Mais, dans des conditions sociales déterminées, le travail aliène : l’ouvrier est étranger à son produit (qui lui est confisqué et le domine), à son activité (un travail forcé où il ne se sent « chez lui que hors du travail »), à son espèce et aux autres. Au lieu de s’y reconnaître, il s’y perd.

  3. 03Localiser la cause

    Le repère cause / fin est décisif : ce n’est pas le travail comme tel qui aliène (il est l’essence de l’homme), mais la place qu’il occupe dans un système (propriété privée, salariat, division parcellaire des tâches). L’aliénation est historique, donc surmontable.

  4. 04Conclure

    Le travail ne rend pas l’homme étranger à lui-même par nature : il le peut sous certaines conditions sociales. La question n’est donc pas « faut-il travailler ou non ? », mais « dans quelles conditions le travail réconcilie-t-il l’homme avec lui-même plutôt qu’il ne l’aliène ? ».

Résultat : Le travail n’aliène pas par essence — il est même ce par quoi l’homme s’humanise (Hegel) ; mais des conditions sociales déterminées (Marx) peuvent le rendre aliénant. L’enjeu est alors de transformer ces conditions pour que le travail redevienne expression et reconnaissance de soi.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer avec rigueur les figures de l’aliénation du travail chez Marx (le produit, l’activité, l’être générique, autrui) et bien situer leur cause (les conditions sociales, non le travail comme tel) — la confusion sur ce point fait manquer toute la critique.
  • Objectif Bac : articuler Hegel et Marx sur le travail (le travail forme l’homme / le travail aliéné le déforme) pour construire un développement dialectique nuancé sur la valeur du travail.
  • Objectif Bac : confronter Smith et Marx sur le même fait au lieu d’aligner deux auteurs. Tous deux décrivent l’appauvrissement de l’ouvrier par la spécialisation des tâches ; ils divergent sur son statut, accident corrigible par l’instruction pour l’un, effet de structure pour l’autre.
  • Objectif Bac : nommer précisément la figure d’aliénation que l’on mobilise, au produit, à l’activité, à l’être générique ou à autrui. Une copie qui écrit « l’ouvrier est aliéné » sans dire à quoi n’a encore rien démontré.
  • Objectif Bac : citer Le Capital pour la journée de travail et les Manuscrits de 1844 pour l’aliénation, en signalant que le second texte est un inédit publié en 1932. Cette exactitude de datation est exactement ce que valorise l’exigence de précision de la culture mobilisée.

Erreurs fréquentes

  • Croire que pour Marx « le travail est mauvais » ou « aliénant par nature » : c’est le contraire. Le travail est l’essence de l’homme ; ce sont des CONDITIONS sociales déterminées (propriété privée, salariat, division du travail) qui le rendent aliéné. L’aliénation est historique, donc transformable.
  • Employer « aliénation » comme un vague synonyme de « fatigue » ou de « malheur au travail » : c’est un concept précis (devenir étranger à son activité, à son produit, à soi-même et aux autres), à distinguer de la simple pénibilité de la section 1.
  • Écrire que Marx veut « abolir le travail ». La forme correcte : il veut abolir le travail salarié et réduire la part de l’existence occupée par la nécessité. Le livre III du Capital maintient un règne de la nécessité au-delà duquel seulement commence celui de la liberté.
  • Tenir la division du travail pour une invention du capitalisme. Elle est décrite et louée par Smith dès 1776 comme la source de la richesse des nations ; ce que Marx impute au capitalisme, c’est le rapport de propriété à l’intérieur duquel cette division s’exerce.
  • Confondre aliénation et exploitation. L’exploitation est un rapport mesurable, une part du travail fourni n’étant pas payée ; l’aliénation est une perte du rapport à soi. Une copie peut établir la première sans avoir approché la seconde.

§ 03

Révision active

« Le travail rend-il l’homme étranger à lui-même ? » Élaborez un plan qui distingue le travail comme essence humaine, les quatre figures de l’aliénation chez Marx, et la thèse selon laquelle l’aliénation tient aux conditions sociales du travail et non à sa nature ; illustrez par un exemple concret (travail à la chaîne, parcellisation des tâches).

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

La technique : de l’outil à la machine, l’homo faber (Bergson)#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§La technique

Points clés

La technique est l’ensemble des procédés et des moyens (outils, machines, savoir-faire) par lesquels l’homme transforme la nature pour atteindre une fin. Elle suppose un savoir appliqué : la technè grecque est un savoir-faire réglé. Il faut la distinguer de la nature (la technique est artifice, transformation de ce qui n’a pas été produit par l’homme) et de l’art au sens des beaux-arts (la technique vise une utilité extérieure ; l’œuvre d’art vaut pour elle-même).
Aristote / Platon — la technè comme savoir-faire et la division des tâches : déjà l’Antiquité pense la technique comme un savoir réglé et efficace, et lie l’efficacité de la production à la spécialisation des tâches dans la cité. La technique n’est donc pas un pur bricolage : c’est une rationalité pratique, un repère théorie / pratique (un savoir qui s’applique à produire).
Bergson — l’homo faber : dans L’Évolution créatrice (1907), Bergson définit l’intelligence humaine non d’abord comme « homo sapiens » (l’homme qui sait) mais comme « homo faber », l’homme qui fabrique. L’intelligence est essentiellement « la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils ». L’outil prolonge l’organe (la main) et démultiplie l’action ; fabriquer des outils à faire des outils ouvre un progrès technique indéfini, propre à l’homme.
De l’outil à la machine, le rapport au travail change. L’outil est tenu et guidé par l’ouvrier, qui en reste maître ; la machine, automatisée, tend à inverser le rapport : l’ouvrier sert la machine, règle son geste sur elle. L’automatisation libère du temps et de la peine, mais peut parcelliser le travail et déposséder l’ouvrier de son savoir-faire (lien avec l’aliénation, section 3).
La technique transforme aussi notre rapport au monde : elle objective l’intelligence dans des dispositifs (abstrait / concret — une connaissance abstraite se concrétise dans une machine), accumule un savoir transmissible, et modifie en retour l’homme qui s’en sert. La technique n’est pas un simple ajout extérieur à l’humanité : elle la constitue en partie (l’homme se fait en fabriquant).
Le passage de l’outil à la machine se décrit mieux par ce qui est délégué que par la taille du dispositif (voir Fig. 4). Avec l’outil, l’homme fournit l’énergie et guide le geste, et le savoir-faire reste tout entier dans la main. Avec la machine mue par une force extérieure, l’énergie passe au dispositif mais le réglage demeure humain. Avec la machine-outil, c’est le tracé même du geste qui est incorporé au mécanisme, et l’ouvrier surveille. Avec l’automate, la conduite du processus passe à son tour dans un programme, et l’homme n’intervient plus qu’aux limites. Chaque degré transfère une compétence, et la question philosophique s’y pose toujours dans les mêmes termes : ce qui est cédé est-il perdu pour celui qui le cède, ou libéré pour autre chose ?

De l’outil à la machine : l’homo faber (Bergson)

De l'outil à la machine : l'homo faber (Bergson)Graphe, L'organe (la main) → L'outil (prolonge l'organe), L'outil (prolonge l'organe) → La machine (l'ouvrier la sert)L'organe (lamain)L'outil(prolongel'organe)La machine(l'ouvrier lasert)prolongeautomatise
Fig. 4De l'organe (la main) à l'outil (qui prolonge l'organe, tenu par l'ouvrier) puis à la machine automatisée (que l'ouvrier sert) : Bergson définit l'homme comme homo faber, l'intelligence étant la faculté de fabriquer des « outils à faire des outils ». La machine libère de la peine mais peut déposséder du savoir-faire.
Fig. 4 ↓
Gilbert Simondon conteste la manière même dont cette question se pose. Du mode d’existence des objets techniques (1958) part d’un constat : la culture s’est constituée en système de défense contre les techniques et ne dispose plus, pour parler des machines, que de deux images également fausses, l’ustensile sans consistance et le robot menaçant. Or l’objet technique a un mode d’existence propre et une genèse. Il évolue d’une forme abstraite, où chaque pièce remplit une fonction et une seule, vers une forme concrète où une même pièce en assure plusieurs à la fois, comme les ailettes qui refroidissent un moteur tout en rigidifiant son cylindre. Le diagnostic s’en trouve renversé : ce qui aliène n’est pas la puissance de la machine mais notre ignorance d’elle, et la place de l’homme n’est ni celle du serviteur ni celle du maître, mais celle de l’organisateur qui tient ensemble un ensemble technique et interprète les machines les unes par rapport aux autres. Une machine entièrement automatique est d’ailleurs, pour Simondon, une machine appauvrie : l’objet technique achevé garde une marge d’indétermination par laquelle il reste sensible à une information venue du dehors.

Vocabulaire

→ Cartes
  • TechniqueEnsemble réglé de procédés et d’instruments par lesquels l’homme transforme la nature en vue d’une fin utile.
  • TechnèTerme grec désignant le savoir-faire méthodique du producteur, distinct du simple tour de main comme du savoir purement théorique.
  • Homo faberDéfinition bergsonienne de l’homme par la fabrication, l’intelligence étant la faculté de produire des outils et des outils à faire des outils.
  • Machine-outilDispositif dans lequel est incorporé le tracé du geste lui-même, l’ouvrier ne fournissant plus ni l’énergie ni la conduite de l’opération.
  • ConcrétisationChez Simondon, évolution de l’objet technique vers une forme où une même pièce assume plusieurs fonctions à la fois.
  • Marge d’indéterminationPart de fonctionnement laissée ouverte dans un objet technique, par laquelle il demeure sensible à une information venue du dehors.
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Exemple corrigé

La technique n’est-elle qu’un prolongement de notre corps ?

« La technique n’est-elle qu’un prolongement de notre corps ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    On peut voir dans l’outil un simple prolongement de l’organe : le marteau prolonge le poing, la lunette l’œil. Mais réduire la technique à cela suffit-il, alors qu’une machine semble agir d’elle-même, et que la technique transforme jusqu’à notre manière de vivre et de penser ?

  2. 02Premier moment : l’outil prolonge l’organe (Bergson)

    Bergson : l’homo faber fabrique des outils, et l’outil prolonge le corps en démultipliant son action. L’intelligence est « la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils ». À ce niveau, la technique est bien un prolongement du corps.

  3. 03Deuxième moment : la machine renverse le rapport

    Mais le passage à la machine automatisée modifie ce rapport : ce n’est plus l’ouvrier qui guide l’outil, c’est lui qui sert la machine et règle son geste sur elle. La technique n’est plus un simple prolongement docile du corps : elle s’autonomise et reconfigure le travail (jusqu’à la parcellisation et la dépossession du savoir-faire).

  4. 04Troisième moment : la technique transforme l’homme

    Enfin, la technique objective l’intelligence dans des dispositifs (abstrait / concret), accumule un savoir transmissible et modifie en retour celui qui s’en sert : nos manières de percevoir, de communiquer, de penser. Elle ne prolonge pas seulement le corps, elle transforme le rapport de l’homme au monde et à lui-même.

Résultat : La technique est d’abord un prolongement du corps (l’outil prolonge l’organe, homo faber) ; mais avec la machine, elle s’autonomise et reconfigure le travail, et plus largement elle transforme l’homme lui-même. Elle n’est donc pas un simple prolongement docile du corps, mais une médiation qui façonne notre rapport au monde.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : définir précisément la technique (savoir-faire réglé visant une fin utile) et la distinguer de la nature et de l’art, puis restituer la thèse bergsonienne de l’homo faber (l’intelligence comme faculté de fabriquer des outils, voire des outils à faire des outils).
  • Objectif Bac : analyser le passage de l’outil à la machine et ses effets sur le travail (libération de la peine / risque de dépossession du savoir-faire) — articulation très valorisée avec la question de l’aliénation.
  • Objectif Bac : décrire le passage de l’outil à la machine par ce qui est délégué, l’énergie puis le tracé du geste puis la conduite du processus, au lieu d’opposer en bloc l’artisan et l’usine. Le critère rend la description applicable aux dispositifs contemporains.
  • Objectif Bac : tenir la thèse de Simondon comme troisième position entre l’éloge du progrès et la peur de la machine. Ce n’est pas la machine qui asservit mais la méconnaissance de son fonctionnement, et le remède demandé est une culture technique, non un renoncement.
  • Objectif Bac : montrer que l’homo faber n’est pas une étiquette. Chez Bergson, fabriquer caractérise la structure de l’intelligence, ce qui l’oppose à l’instinct et explique pourquoi le progrès technique est indéfini là où l’outil de l’insecte est fixe.

Erreurs fréquentes

  • Confondre technique et science : la science vise le savoir (la vérité, le « pourquoi »), la technique vise l’efficacité (le « comment » produire un effet). Elles s’articulent (la technique applique des savoirs, la science use d’instruments), mais n’ont pas la même fin (repère théorie / pratique).
  • Réduire la technique à l’outil matériel : c’est aussi un savoir-faire, une méthode, une organisation (la division des tâches) ; et prendre l’homo faber pour un simple « homme bricoleur », en oubliant que, chez Bergson, fabriquer caractérise la structure même de l’intelligence humaine.
  • Écrire que « la technique est de la science appliquée ». La forme correcte reconnaît que l’ordre s’inverse souvent : la machine à vapeur a précédé la thermodynamique qui l’explique. Science et technique s’alimentent l’une l’autre sans que l’une soit la simple application de l’autre.
  • Faire de Simondon un défenseur des machines. Il refuse les deux images disponibles, l’ustensile sans consistance et le robot menaçant, et demande que l’objet technique soit connu ; sa cible est une culture, non une critique de la technique.
  • Prendre l’automatisation complète pour l’aboutissement de la technique. Pour Simondon, l’objet le plus achevé conserve une marge d’indétermination qui le rend sensible à l’information extérieure ; l’automate entièrement fermé est un objet appauvri, non un objet parfait.

§ 04

Révision active

« La technique n’est-elle qu’un prolongement de notre corps ? » Construisez un plan qui examine l’outil comme prolongement de l’organe (Bergson, homo faber), puis le passage à la machine qui modifie le rapport de l’homme au travail, et enfin l’idée que la technique transforme l’homme lui-même ; appuyez chaque moment sur un exemple précis.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Pouvoir et finalités de la technique : progrès, aliénation et responsabilité (Heidegger, Jonas)#

~9 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§La techniqueBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le devoir

Points clés

La question décisive porte sur le statut de la technique : est-elle un simple moyen neutre, qu’on jugerait seulement par l’usage qu’on en fait, ou bien transforme-t-elle de fond en comble notre rapport au monde et à nous-mêmes ? Le repère principe / cause / fin est central : un moyen est subordonné à une fin posée par l’homme ; mais si la technique devient un système qui impose ses propres exigences, le moyen tend à devenir une fin.
La thèse de la neutralité : « la technique n’est ni bonne ni mauvaise, tout dépend de l’usage ». Un couteau soigne ou tue ; l’atome éclaire ou détruit. Cette thèse a un grain de vérité (la responsabilité est dans l’usage) mais reste insuffisante : elle suppose que l’homme reste maître des fins, alors que le développement technique semble parfois suivre sa propre logique (« on le fait parce qu’on peut le faire »).
Heidegger — l’essence de la technique : pour Heidegger, l’essence de la technique moderne n’est pas technique. Elle est une manière de dévoiler et d’ordonner le réel : la nature n’est plus rencontrée pour elle-même, mais « provoquée » et sommée de livrer son énergie, traitée comme un « fonds » disponible et mobilisable (le « Gestell », l’arraisonnement). Le danger n’est pas tant tel ou tel outil que ce rapport calculateur où tout, y compris l’homme, devient ressource.
Jonas — le principe responsabilité : la puissance démesurée de la technique moderne (nucléaire, industrie, biotechnologies) engage l’avenir de l’humanité et de la nature. Hans Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) formule un nouvel impératif, élargi aux générations futures : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre. » Il invite à une « heuristique de la peur » : anticiper le pire pour préserver l’avenir.
Cette responsabilité est l’envers du pouvoir technique. Plus notre puissance d’agir s’étend dans l’espace et le temps (effets planétaires et durables), plus s’impose le devoir de prévoir et de limiter. La technique pose ainsi une question proprement morale et politique : qui décide des fins ? comment maîtriser la maîtrise ? (lien avec la notion de nature et l’éthique de la responsabilité écologique).
Heidegger développe sa thèse dans une conférence de 1953, La Question de la technique, recueillie dans Essais et conférences (voir Fig. 5). Son point de départ est que la technique est un mode de dévoilement, une manière dont les choses viennent à se montrer. La technè ancienne dévoilait déjà, mais en faisant venir à la présence ce qui demandait à paraître, comme l’artisan qui accompagne la forme du bois. La technique moderne, elle, provoque : elle somme la nature de livrer une énergie qu’on puisse extraire, accumuler et redistribuer. Le vieux moulin s’abandonne au vent sans le stocker ; la centrale hydroélectrique installe le fleuve en fournisseur de pression, et l’industrie touristique le commande à son tour comme paysage à contempler. Ce n’est donc pas la puissance qui a changé de degré, c’est le dévoilement qui a changé de nature : tout se présente comme un fonds disponible, et l’homme finit par y figurer lui aussi, comme le laisse entendre la langue de la gestion lorsqu’elle parle de ressources humaines.

Moyen neutre ou transformation du monde ? Pouvoir et responsabilité de la technique

Technique : moyen neutre ou transformation du monde ?Graphe, Technique = moyen neutre → Le moyen devient fin, Le moyen devient fin → Transforme le monde (un rapport), Transforme le monde (un rapport) → Heidegger : arraisonnement, Transforme le monde (un rapport) → Jonas : principe responsabilitéTechnique = moyen neutreLe moyen devientfinTransforme lemonde (unrapport)Heidegger :arraisonnementJonas : principeresponsabilitél'usage nesuffit plus
Fig. 5La technique passe pour un moyen neutre (jugé par l'usage) ; mais le moyen devient fin et la technique transforme le monde. Heidegger y voit l'arraisonnement (la nature comme « fonds » disponible) ; Jonas oppose le principe responsabilité : agir pour préserver une vie humaine future sur Terre.
Fig. 5 ↓
Il serait commode d’ajouter Jonas à Heidegger comme un second avertissement. Ce serait manquer leur désaccord, qui porte sur la nature du problème et donc sur ce qui pourrait y répondre. Pour Heidegger, l’arraisonnement n’est pas une conduite que nous aurions choisie et pourrions corriger : c’est une destination dans laquelle nous sommes déjà pris, et une morale des conséquences lui appartient encore, puisqu’elle continue de calculer et d’administrer. Rien n’est à faire au sens où l’on exécute un plan ; il s’agit de tenir un autre rapport, d’user des objets techniques sans se laisser requérir par eux, et Heidegger reprend à Hölderlin le vers selon lequel là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. Jonas, qui fut son élève, refuse cette attente. Le problème est pour lui quantitatif avant d’être ontologique : nos actes portent si loin dans l’espace et si tard dans le temps que la morale du prochain et du prévisible ne suffit plus. Il faut donc une éthique nouvelle, avec ses règles de méthode, dont la priorité donnée au pronostic défavorable sur le pronostic favorable. Là où Heidegger tient toute éthique pour prise dans ce qu’elle prétend corriger, Jonas en construit une. Ce partage, et non un avertissement commun, fait le troisième moment d’une dissertation.

Vocabulaire

→ Cartes
  • ArraisonnementTraduction française du Gestell heideggérien : mode de dévoilement dans lequel tout ce qui est se présente comme disponible et mobilisable.
  • FondsCe qui subsiste en réserve pour être requis à tout moment ; statut que la technique moderne confère à la nature et finalement à l’homme.
  • DévoilementManière dont les choses viennent se présenter et se laisser rencontrer, que la technique modifie sans être elle-même un objet technique.
  • Principe responsabilitéImpératif formulé par Jonas, qui étend l’obligation morale aux générations futures et à la permanence d’une vie humaine sur Terre.
  • Heuristique de la peurMéthode consistant à se représenter le pire pour découvrir ce qui doit être préservé, faute d’expérience préalable des menaces nouvelles.
  • Neutralité de la techniqueThèse selon laquelle un moyen technique ne vaut par lui-même ni bien ni mal, la valeur ne tenant qu’à l’usage qu’on en fait.
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Exemple corrigé

La technique est-elle un simple moyen neutre ?

« La technique est-elle un simple moyen neutre ? » Construisez une réponse argumentée en trois moments.

  1. 01Thèse : la technique est un moyen neutre

    Un outil n’est en lui-même ni bon ni mauvais : tout dépend de l’usage qu’on en fait. Le couteau du chirurgien soigne, celui de l’assassin tue ; l’énergie nucléaire éclaire des villes ou rase Hiroshima. La responsabilité serait donc tout entière du côté de l’usager, non de la technique.

  2. 02Limite : le moyen tend à devenir une fin

    Mais cette neutralité suppose l’homme maître des fins. Or le développement technique semble suivre sa propre logique : « on le fait parce qu’on peut le faire ». Le repère cause / fin éclaire ce basculement : ce qui n’était qu’un moyen (produire, calculer, rentabiliser) s’érige en fin qui s’impose à nos choix.

  3. 03Approfondir : l’essence de la technique (Heidegger)

    Heidegger radicalise : l’essence de la technique moderne n’est pas un objet mais une manière de dévoiler le réel — l’arraisonnement, qui somme la nature de livrer son énergie et la traite comme un « fonds » disponible. Le danger n’est pas tel outil, mais ce rapport calculateur où tout, jusqu’à l’homme, devient ressource.

  4. 04Conclure par la responsabilité (Jonas)

    Puisque la technique transforme le monde et engage l’avenir (effets planétaires et durables), elle appelle une éthique nouvelle. Jonas : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre. » La neutralité ne suffit pas : à la mesure de notre pouvoir, s’impose un devoir de responsabilité.

Résultat : La technique n’est pas un simple moyen neutre : si la responsabilité de l’usage est réelle, le développement technique transforme notre rapport au monde (Heidegger) et engage l’avenir de l’humanité, ce qui exige une éthique de la responsabilité (Jonas). À la croissance du pouvoir doit répondre celle de la sagesse qui en maîtrise les fins.

Explication pas à pas4 étapes
  1. 1

    Une idée toute faite : « la technique n’est ni bonne ni mauvaise, tout dépend de l’usage ». Un couteau soigne ou tue. Mais cette thèse de la neutralité suppose que nous restons maîtres des fins. En sommes-nous sûrs ?

  2. 2

    Le repère décisif est principe / cause / fin. Un moyen est subordonné à une fin que l’homme pose. Mais la technique semble parfois s’emballer : on le fait parce qu’on peut le faire. Le moyen tend alors à devenir une fin, et notre maîtrise des fins se dérobe.

  3. 3

    Heidegger radicalise : l’essence de la technique moderne n’est pas un outil, mais une manière de dévoiler le réel. La nature est sommée de livrer son énergie ; elle est traitée comme un simple « fonds » disponible. Le danger, c’est ce rapport où tout, jusqu’à l’homme, devient ressource.

  4. 4

    Conclusion : à la mesure de notre pouvoir, un devoir nouveau. Jonas formule le principe responsabilité : agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre. La neutralité ne suffit plus ; il faut maîtriser la maîtrise.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : discuter rigoureusement la thèse de la neutralité de la technique (« tout dépend de l’usage ») et montrer ses limites à l’aide du repère principe / cause / fin (le moyen peut devenir une fin ; la logique technique peut s’imposer aux fins).
  • Objectif Bac : mobiliser précisément Heidegger (l’essence de la technique comme arraisonnement / « fonds ») et Jonas (le principe responsabilité, l’impératif élargi aux générations futures) pour penser progrès, pouvoir et responsabilité — sans réciter de formules sans les expliquer.
  • Objectif Bac : exposer Heidegger comme une thèse sur le dévoilement et non sur les dangers. Ce qui change avec la technique moderne, c’est la façon dont les choses se présentent, comme fonds disponible, et non le degré de puissance atteint.
  • Objectif Bac : construire l’opposition Heidegger / Jonas au lieu de les additionner. Le premier tient toute éthique pour prise dans ce qu’elle prétend corriger, le second en fonde une sur la portée inédite de nos actes ; ce désaccord fournit la troisième partie.
  • Objectif Bac : énoncer l’impératif de Jonas avec son objet propre, la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre, puis en tirer ses règles de méthode, notamment la priorité accordée au pronostic défavorable.

Erreurs fréquentes

  • S’en tenir à « la technique n’est ni bonne ni mauvaise, tout dépend de l’usage » comme à une réponse définitive : c’est une thèse à DISCUTER (elle suppose l’homme maître des fins), non une conclusion. La question est précisément de savoir si nous restons maîtres des fins.
  • Tomber dans un éloge naïf du « progrès » technique ou, à l’inverse, dans une technophobie indéterminée : il faut distinguer la puissance (croissante) et la sagesse (le contrôle des fins), et ancrer la critique sur des concepts précis (arraisonnement chez Heidegger, responsabilité chez Jonas) plutôt que sur des slogans.
  • Traduire le Gestell par « la machine » ou « la technologie ». La forme correcte est qu’il désigne un mode de dévoilement, l’arraisonnement par lequel tout ce qui est se présente comme disponible et mobilisable ; aucun appareil particulier n’est visé.
  • Faire de Heidegger un adversaire des machines qui recommanderait d’y renoncer. Il écrit expressément que l’essence de la technique n’est rien de technique, et la fuite devant les appareils ne modifie pas le rapport en cause ; ce qu’il demande est un autre rapport, non un abandon.
  • Prêter à Jonas un principe de précaution qui interdirait toute innovation. Sa règle est de faire prévaloir le pronostic défavorable lorsque l’enjeu est la permanence d’une vie humaine, ce qui suppose d’évaluer chaque cas et non de bloquer par principe.

§ 05

Révision active

« La technique est-elle un simple moyen neutre ? » Élaborez un plan en trois moments : la thèse de la neutralité (tout dépend de l’usage) et son grain de vérité ; ses limites (le moyen devient fin, la logique technique s’impose — Heidegger) ; et l’exigence de responsabilité face au pouvoir technique (Jonas). Appuyez chaque moment sur un exemple précis (nucléaire, biotechnologies, crise écologique).

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Rappel actif

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Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

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Sommaire

Section -- / 05

    • 01Le travail : nécessité, contrainte et malédiction ?○
    • 02Travailler pour devenir humain : médiation et reconnaissance (Hegel)◐
    • 03Le travail aliéné et la critique de Marx●
    • 04La technique : de l’outil à la machine, l’homo faber (Bergson)◐
    • 05Pouvoir et finalités de la technique : progrès, aliénation et responsabilité (Heidegger, Jonas)●

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Des fiches à l'entraînement

La technique et le travail

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A)

Voir aussi

  • L’artFabriquer et créer : l’artisan et l’artiste se distinguent sur ce que la technique ne suffit pas à produire.
  • La natureLa technique comme projet de maîtrise de la nature, et la limite que ce projet rencontre.
  • La scienceLa technoscience : la science n’est plus seulement contemplation, elle transforme.

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L’art

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