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Méthodes de l’épreuve : dissertation et explication de texte

L’épreuve écrite de philosophie en terminale propose trois sujets au choix — deux dissertations et une explication de texte — à traiter en quatre heures (coefficient 8). Cette fiche enseigne la méthode des deux exercices : passer de la question au problème et bâtir une dissertation argumentée ; dégager la thèse, suivre l’argumentation et expliciter les concepts d’un texte d’auteur. Dans les deux cas, on attend un discours continu et personnel qui mobilise notions, repères et auteurs.

6 sections·~45 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0111 / 13
Profil d’examen
Analyser un sujet de dissertation : interroger les termes, dégager le présupposé et construire un problème (passer de la question au problème).Rédiger une dissertation argumentée : introduction (analyse, problématique, annonce), développement progressif en plusieurs moments, conclusion qui répond au problème.Expliquer un texte d’auteur : dégager la thèse et le problème, suivre l’organisation raisonnée de l’argumentation et expliciter les concepts, sans plaquer de connaissances extérieures.Mobiliser à bon escient les notions, les repères (distinctions conceptuelles) et les références d’auteurs ; illustrer par des exemples pertinents ; s’exprimer avec clarté, précision et nuance.Préparer l’épreuve orale de contrôle : expliquer en dix minutes un extrait de l’œuvre suivie, puis en développer l’explication dans l’entretien.
Opérateurs :analyserproblématiserdistinguerdéfinirargumenterjustifierinterpréter un texteillustrer par un exempleconclure

niveau de base

Maîtrisez d’abord les fondations communes aux deux exercices : la différence entre une question et un problème, le rôle de l’introduction (analyse, problématique, annonce) et la consigne « expliquer, ce n’est ni paraphraser ni juger ». C’est le socle qui rend toute copie recevable.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, travaillez la qualité de la problématisation (faire surgir une vraie tension), la progression réelle du développement (chaque moment déplace le problème) et l’usage fin des repères du programme comme outils d’analyse ; sur l’explication, articulez explication interne et discussion mesurée des enjeux.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 6 sections▾
  1. Méthodes de l’épreuve : dissertation et explication de texte
    • 01L’épreuve écrite : trois sujets au choix, quatre heures○
    • 02La dissertation : de la question au problème◐
    • 03Construire et rédiger la dissertation : introduction, développement, conclusion◐
    • 04L’explication de texte : dégager le problème, suivre l’argumentation, expliciter les concepts●
    • 05Outils transversaux : notions, repères, auteurs — et les erreurs à éviter◐
    • 06L’épreuve orale de contrôle : expliquer un extrait de l’œuvre étudiée◐

6 sections · 30 points clés · 0 formule · 30 pièges signalés

§ 01
§ 01

L’épreuve écrite : trois sujets au choix, quatre heures#

~8 min de lecture●○○BaseBONdS-2020-023-philosophie-§Structure

Points clés

Le format de l’épreuve. À l’écrit de philosophie (voie générale), le candidat reçoit trois énoncés de sujet et n’en traite qu’un seul, à son choix : deux sujets de dissertation et un sujet d’explication d’un texte d’auteur. L’épreuve dure quatre heures et son coefficient est de 8. Le texte qui la définit ne prévoit aucun document ni matériel : on n’apporte que sa réflexion et la culture philosophique acquise dans l’année. Une seule exception est prévue : les élèves allophones nouvellement arrivés en France peuvent être autorisés, sur demande formulée à l’inscription, à disposer d’un dictionnaire bilingue pour l’ensemble des épreuves du baccalauréat.
Choisir le sujet, lucidement. On ne choisit pas le sujet qui « parle » le plus, mais celui que l’on peut problématiser et conduire jusqu’au bout. Avant de s’engager, on teste chaque sujet au brouillon (dix minutes) : sait-on définir les termes, voit-on une tension à explorer, dispose-t-on d’exemples et d’auteurs ? Pour l’explication, sait-on dégager la thèse et suivre le texte ?
Une exigence commune aux trois sujets. Quel que soit l’exercice, l’épreuve évalue une même compétence : analyser des notions, construire ou dégager un problème, argumenter avec rigueur dans un discours continu et personnel. La dissertation comme l’explication mobilisent les notions du programme, les repères (distinctions conceptuelles) et des références d’auteurs, illustrées par des exemples pertinents.
Un discours rédigé, pas un plan apparent. La copie est un texte suivi : on ne fait pas figurer dans la copie « I. », « II. », « a) », ni de titres. Les articulations passent par des phrases de transition. L’introduction, le développement organisé en paragraphes et la conclusion structurent le propos sans être étiquetés comme tels.
Gérer le temps (repère méthodologique). Sur quatre heures, une répartition prudente consacre environ une heure à l’analyse du sujet et au plan détaillé au brouillon, environ deux heures et demie à la rédaction, et une vingtaine de minutes à la relecture (orthographe, syntaxe, cohérence de l’argumentation). Un devoir mal réparti se reconnaît à une conclusion bâclée.
Ce que l’épreuve dit évaluer. Le texte qui définit l’épreuve énumère les aptitudes attendues : construire une réflexion qui ne se sépare pas des connaissances acquises — notions, auteurs, repères ; identifier, poser et formuler un problème lié à une ou plusieurs notions du programme ; lire un texte avec attention et l’expliquer avec précision ; conduire un raisonnement rigoureux, c’est-à-dire élaborer des concepts, apprécier la valeur d’un argument, discuter une thèse ; composer enfin avec méthode, ce qui veut dire poser le problème, organiser la réflexion en étapes différenciées, les enchaîner par des transitions et justifier une conclusion. Rien d’autre n’est demandé, mais tout cela l’est.
Ce que sont exactement les trois énoncés. Les deux sujets de dissertation sont des questions simples, autant que possible des questions directes, et les notions qu’ils engagent doivent être aisément repérables : aucun ne suppose l’érudition, ni la familiarité avec telle école, ni une habileté hors de portée d’un candidat moyen. Le troisième énoncé est un texte de longueur raisonnable emprunté à un auteur de la liste du programme, suivi du nom de cet auteur, du titre de l’ouvrage et de la date ou de l’époque de composition ; il se rapporte explicitement à une ou plusieurs notions (voir Fig. 1). On n’est tenu de connaître ni la doctrine de l’auteur ni son œuvre — seulement de rendre compte, avec précision, du texte qu’on a sous les yeux.

L’épreuve écrite : trois sujets au choix

L'épreuve écrite : trois sujets au choixArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Sujet 1 — Dissertation; Sujet 2 — Dissertation; Sujet 3 — Explication de texteÉpreuve écrite · 4 h · coef. 8Sujet 1 — DissertationSujet 2 — DissertationSujet 3 — Explication de texte
Fig. 1Le candidat reçoit trois énoncés et n’en traite qu’un seul : deux dissertations (chacune une question simple engageant une ou plusieurs notions du programme) ou l’explication d’un texte d’auteur. Le texte qui définit l’épreuve ne prévoit aucun document.
Fig. 1 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • DissertationÉtude méthodique et progressive d’un problème construit par l’analyse d’une question, développée en un discours continu dont le candidat prend la pleine responsabilité.
  • Explication de texteExercice consistant à dégager les enjeux philosophiques et la démarche propre d’un passage extrait de l’œuvre d’un auteur du programme, en s’attachant à la lettre de ce passage.
  • Discours continuTexte rédigé d’un seul tenant, sans titres ni numérotation apparente, où les articulations du raisonnement sont portées par des phrases et non par une mise en page.
  • Énoncé (sujet)Chacune des trois propositions offertes au choix — deux questions à traiter en dissertation, un texte d’auteur à expliquer — entre lesquelles le candidat tranche définitivement.
  • Évaluation globaleMode d’appréciation qui juge la copie dans son ensemble, sur toute l’échelle de 0 à 20, sans barème répartissant les points entre les parties du devoir.
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Exemple corrigé

Choisir entre trois sujets au brouillon

Vous découvrez les trois sujets : (1) « La vérité dépend-elle de nous ? » ; (2) « Le travail n’est-il qu’une contrainte ? » ; (3) un texte de Descartes sur le doute. Montrez la démarche de choix que vous appliquez avant de vous engager.

  1. 01Identifier la nature de chaque sujet

    Les sujets 1 et 2 sont des dissertations (des questions) ; le sujet 3 est une explication de texte (un passage attribué à un auteur). Le choix engage deux méthodes différentes.

  2. 02Tester la problématisation des dissertations

    Pour (1), une tension claire apparaît : ou bien la vérité est indépendante de nous (réaliste), ou bien elle se construit par et pour des sujets — c’est problématisable. Pour (2), je dois définir « travail » et « contrainte » : le présupposé est que le travail serait subi ; je peux l’opposer au travail comme accomplissement de soi. Les deux se tiennent.

  3. 03Évaluer le texte

    Sur le sujet 3, je lis le passage : si je dégage sans peine la thèse (douter méthodiquement pour atteindre le certain), la structure (étapes du doute) et les concepts (doute, certitude, méthode), l’explication est jouable, même sans rien savoir de la vie de Descartes.

  4. 04Décider selon mes ressources

    Je choisis l’exercice où j’ai à la fois une tension nette et de quoi l’alimenter (auteurs, exemples, distinctions). Si le texte me résiste (je ne vois pas son organisation), je m’abstiens : une explication mal comprise est ingérable.

Résultat : Le choix n’est pas affaire de goût mais de faisabilité : on retient le sujet que l’on peut analyser, problématiser et conduire jusqu’à une réponse argumentée — vérifié au brouillon avant de rédiger.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir, dès la lecture des trois énoncés, identifier l’exercice (une question = dissertation ; un texte suivi du nom de son auteur, du titre de l’ouvrage et de sa date = explication) et engager la bonne méthode ; l’échelle officielle range entre 6 et 9 toute copie intelligible qui ne répond pas aux critères attestés de l’épreuve, si riche soit-elle.
  • Objectif Bac : montrer que la copie est un travail personnel et continu — une pensée qui avance — et non une récitation de cours plaquée ou un catalogue de citations ; c’est le critère qui distingue les bonnes copies des copies seulement « remplies ».
  • Objectif Bac : consacrer les vingt premières minutes au brouillon des trois énoncés avant d’écrire une ligne au propre — c’est le seul moment où le choix se rattrape encore ; passé la première heure, changer de sujet coûte la copie.
  • Objectif Bac : se rappeler qu’aucun barème ne décompose la note et que la copie est appréciée globalement, sur toute l’échelle de 0 à 20 ; une introduction impeccable ne rachète pas un développement sans problème, et la réciproque vaut aussi.
  • Objectif Bac : soigner la langue — la clarté et la correction de l’expression sont explicitement requises ; une phrase dont le correcteur doit deviner le sens ne peut pas compter comme un argument.

Erreurs fréquentes

  • Choisir un sujet sur une impression (« j’ai un cours dessus ») sans vérifier au brouillon qu’on peut le problématiser : on se retrouve alors à réciter le cours hors-sujet plutôt qu’à répondre à la question posée.
  • Faire apparaître le plan dans la copie (titres, « I. A. 1. ») ou rédiger des paragraphes sans transitions : la philosophie attend un discours continu où les articulations logiques sont explicitées par des phrases, pas par une numérotation.
  • Rendre une copie excessivement brève — deux pages en quatre heures — en espérant que la concision passe pour de la rigueur : la brièveté extrême figure au contraire parmi les traits d’une copie qui ne fait pas l’exercice. La longueur n’est pas un critère, mais un problème réellement traité ne tient pas en trois paragraphes.
  • Commencer à rédiger au propre dès la vingtième minute pour « gagner du temps » : le plan détaillé au brouillon n’est pas un luxe, et une copie rédigée au fil de la pensée s’arrête presque toujours sur une conclusion expédiée en quatre lignes.
  • Commencer une dissertation, la juger trop difficile au bout d’une heure, puis basculer sur l’explication : on rend alors deux moitiés de devoir, dont aucune ne pose ni ne résout de problème. Le test au brouillon sert précisément à rendre ce revirement inutile.

§ 01

Révision active

Décrivez précisément le déroulé des quatre heures de l’épreuve, de la lecture des trois sujets à la relecture finale, en justifiant chaque étape de la répartition du temps que vous proposez.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

La dissertation : de la question au problème#

~8 min de lecture●●○StandardBONdS-2020-023-philosophie-§ObjectifsBOBO-2019-philosophie-terminale-§Exercices et apprentissage de la réflexion philosophique

Points clés

Une question n’est pas encore un problème. Le sujet se présente comme une question (« La liberté a-t-elle des limites ? »). Mais répondre n’a d’intérêt que si l’on montre pourquoi la réponse n’est pas évidente : un problème naît de la tension entre deux réponses opposées, toutes deux défendables. Tant qu’on n’a pas fait surgir cette tension, on n’a pas de quoi disserter.
Analyser les termes du sujet. On définit chaque notion-clé et on examine les petits mots (« suffit-il », « peut-on », « faut-il », « ne… que »). « Peut-on » mêle deux sens — possibilité de fait (en est-on capable ?) et droit (en a-t-on le droit ?) — qu’il faut souvent distinguer. C’est ici que les repères du programme servent d’outils : en fait / en droit, légal / légitime, objectif / subjectif, croire / savoir, persuader / convaincre.
Dégager le présupposé. Tout sujet repose sur une idée admise d’avance qu’il faut mettre au jour et parfois contester. « Pourquoi recherche-t-on le bonheur ? » présuppose qu’on le recherche toujours ; interroger ce présupposé (et si certains fuyaient le bonheur ?) ouvre souvent le problème le plus fécond.
Formuler la problématique. La problématique est le problème exprimé sous forme d’une (ou deux) question(s) qui rend(ent) explicite la tension. Une bonne problématique n’est pas la simple reprise du sujet ni une question rhétorique : elle articule les deux réponses possibles (« Être libre, est-ce n’obéir qu’à soi-même, ou bien se donner des limites qu’on reconnaît comme siennes ? »).
Distinguer problématiser et donner son opinion. Problématiser, ce n’est pas dire ce qu’on pense ; c’est rendre la question difficile en montrant que chaque réponse spontanée se heurte à une objection sérieuse. La thèse personnelle viendra plus tard, comme résultat argumenté du parcours, jamais comme point de départ asséné.
Le poids des petits mots. « Suffit-il ? » interroge une condition suffisante, non une condition nécessaire : répondre que la liberté est indispensable pour faire ce qu’on veut, c’est répondre à côté. « Faut-il ? » superpose la nécessité de fait et l’obligation morale, et l’écart entre les deux fait souvent tout le sujet. « Ne… que » enferme une réduction qu’on est invité à contester : « Le travail n’est-il qu’une contrainte ? » ne demande pas si le travail contraint — il contraint —, mais s’il ne fait que cela. Une analyse qui néglige ces opérateurs traite un autre sujet que celui posé, et le hors-sujet est déjà consommé au brouillon.
Éprouver sa problématique avant de rédiger. Deux tests suffisent, et ils prennent cinq minutes. Le premier : écrire sous chacune des deux réponses un argument qu’on tiendrait soi-même pour sérieux ; si l’une ne se défend pas, il n’y a pas de tension mais une sottise à réfuter, et le devoir n’aura rien à chercher (voir Fig. 2). Le second : vérifier que la tension porte bien sur les notions du sujet et non sur un thème voisin — une problématique sur la vérité qui glisse vers la sincérité annonce déjà quatre heures de hors-sujet. Une problématique qui passe ces deux épreuves tient tout le devoir.

De la question au problème

De la question au problèmeGraphe, La question (le sujet) → Analyse des termes + présupposé, Analyse des termes + présupposé → Le problème (tension A / B), Le problème (tension A / B) → La problématique (question)La question (lesujet)Analyse destermes +présupposéLe problème(tension A /B)La problématique(question)
Fig. 2Une question devient un problème lorsqu'on fait surgir une tension entre deux réponses également défendables ; la problématique reformule cette tension en une question.
Fig. 2 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • ProblématiqueLe problème du sujet formulé en une question qui rend explicite la tension entre deux réponses également défendables, et à laquelle la conclusion devra répondre.
  • PrésupposéIdée admise d’avance par l’énoncé sans y être formulée ; la mettre au jour, puis l’accepter ou la contester, ouvre souvent le problème le plus riche du sujet.
  • Condition nécessaire / condition suffisanteUne condition est nécessaire quand son absence empêche la chose, suffisante quand sa seule présence l’assure ; « suffit-il ? » interroge la seconde et jamais la première.
  • Opérateur du sujetLe petit mot qui commande la question — « suffit-il », « peut-on », « faut-il », « ne… que » — et qui fixe exactement ce à quoi la copie doit répondre.
  • Analyse conceptuelleTravail consistant à distinguer les sens d’un terme, à retenir celui que l’on emploie et à le séparer des notions voisines, au lieu de le tenir pour évident.
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Exemple corrigé

Problématiser « Suffit-il d’être libre pour faire ce que l’on veut ? »

Analysez les termes du sujet « Suffit-il d’être libre pour faire ce que l’on veut ? », dégagez son présupposé, puis formulez une problématique opposant deux réponses également défendables.

  1. 01Analyser les termes

    « Suffit-il » demande si la liberté est une condition suffisante (une fois libre, plus rien ne manque) — c’est plus exigeant que « faut-il ». « Être libre » : ne pas être empêché de l’extérieur. « Faire ce que l’on veut » : satisfaire ses désirs. Le repère possibilité de fait / droit éclaire le « vouloir ».

  2. 02Repérer le présupposé

    Le sujet présuppose que faire ce que l’on veut serait le but évident de la liberté, et que l’obstacle à ce but serait seulement extérieur (les interdits, les autres). On peut contester ce présupposé : et si l’obstacle était intérieur, dans des désirs qui nous asservissent ?

  3. 03Faire surgir la tension

    Thèse A : oui, être libre suffit, car si rien ne m’empêche, je peux suivre tous mes désirs. Thèse B : non, car obéir à des désirs subis (impulsions, dépendances) n’est pas être libre mais esclave ; la vraie liberté supposerait de se rendre maître de ses désirs (Épictète, Spinoza). Les deux thèses sont sérieuses.

  4. 04Formuler la problématique

    On condense la tension en une question : « Être libre, est-ce pouvoir satisfaire tous ses désirs, ou bien être capable de se rendre maître de ce que l’on veut ? » On annonce alors un parcours qui examinera successivement les deux réponses.

Résultat : Le sujet est problématisé : la simple question « suffit-il d’être libre ? » est devenue une tension entre deux conceptions opposées de la liberté (faire ce qu’on veut / vouloir vraiment), ce qui ouvre un développement argumenté.

Explication pas à pas4 étapes
  1. 1

    Une question n’est pas un problème. Devant « Le travail rend-il libre ? », l’erreur est de répondre tout de suite. Le travail philosophique consiste d’abord à montrer pourquoi la réponse n’est pas évidente.

  2. 2

    On analyse les termes : « travail » — activité de transformation, mais aussi peine ; « libre » — non contraint, ou bien accompli. On dégage le présupposé : le sujet suppose que le travail aurait un rapport à la liberté.

  3. 3

    Puis on fait surgir la tension. Thèse A : le travail libère, car il arrache à la nature et donne une place. Thèse B : le travail aliène, car il peut épuiser et dépersonnaliser. Les deux se défendent : voilà le problème.

  4. 4

    Enfin on formule la problématique : « Le travail nous libère-t-il en nous rendant autonomes, ou nous asservit-il en nous soumettant à la nécessité ? » De cette question naîtra le plan. Problématiser, c’est cela.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : l’introduction doit contenir une problématique véritable (une tension formulée), et non une reformulation déguisée du sujet ; c’est le premier critère que repère un correcteur et il conditionne toute la note.
  • Objectif Bac : savoir mobiliser au moins un repère du programme (par ex. en fait / en droit, légal / légitime) pour analyser finement le sujet, ce qui distingue une analyse philosophique d’une discussion de sens commun.
  • Objectif Bac : formuler la problématique en une phrase interrogative qui contient les deux branches de l’alternative ; si la question appelle une réponse évidente, ce n’est pas encore une problématique.
  • Objectif Bac : définir les notions du sujet avant de les employer, et retenir explicitement un sens lorsque le mot en a plusieurs — l’analyse des concepts est ce qui sépare une copie moyenne d’une bonne copie.
  • Objectif Bac : mettre au jour le présupposé du sujet et dire si on l’accepte ou si on le conteste ; le problème le plus fécond s’y loge bien plus souvent que dans la réponse spontanée.

Erreurs fréquentes

  • Confondre la question (le sujet) et la problématique : recopier le sujet en le faisant suivre de « Telle est la question que nous allons étudier » ne problématise rien ; il faut faire apparaître pourquoi deux réponses contraires se valent.
  • Donner d’emblée sa réponse personnelle (« Selon moi, oui, car… ») au lieu de construire le problème : la dissertation devient alors un plaidoyer à thèse unique, sans la tension qui fait la richesse du devoir.
  • Traiter « peut-on ? » au seul sens de la capacité (« oui, c’est matériellement possible ») en laissant tomber le sens du droit : « Peut-on tout dire ? » devient alors une remarque sur la parole, alors que le sujet demandait aussi si l’on en a le droit.
  • Répondre à la question voisine plutôt qu’à celle qui est posée : « Le bonheur est-il le but de l’existence ? » n’est pas « Qu’est-ce que le bonheur ? ». On recopie l’intitulé exact en tête du brouillon et on y revient à la fin de chaque paragraphe.
  • Empiler des définitions de dictionnaire en introduction sans jamais s’en servir : une définition ne vaut que si elle engage la suite. Test simple — si on peut la supprimer sans rien changer au développement, c’est qu’elle ne servait à rien.

§ 02

Révision active

Prenez le sujet « Suffit-il d’être libre pour faire ce que l’on veut ? » : analysez les termes, dégagez le présupposé, puis formulez en deux lignes une problématique qui oppose clairement deux réponses défendables.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Construire et rédiger la dissertation : introduction, développement, conclusion#

~7 min de lecture●●○StandardBONdS-2020-023-philosophie-§ObjectifsBOBO-2019-philosophie-terminale-§Exercices et apprentissage de la réflexion philosophique

Points clés

L’introduction en quatre temps. Elle part d’une amorce concrète (un fait, un paradoxe, un exemple) qui amène le sujet ; elle analyse les termes essentiels ; elle pose la problématique (la tension) ; elle annonce le plan, c’est-à-dire le chemin par lequel on va traiter le problème — pas la conclusion. L’introduction se rédige souvent en dernier au brouillon, une fois le plan stabilisé.
Le développement progressif. Le développement avance par moments argumentés (deux, trois, parfois quatre). Chaque moment soutient une réponse, l’appuie d’arguments et d’exemples, puis rencontre une limite qui appelle le moment suivant. Le plan dialectique classique — thèse (I), antithèse (II), synthèse ou dépassement (III) — est un modèle utile, mais un plan progressif (qui approfondit la même question par étapes) est tout aussi recevable.
Argumenter, illustrer, citer à bon escient. Un paragraphe-type énonce une idée, la justifie par un raisonnement, l’illustre par un exemple précis (tiré de la culture, de l’histoire, de la science, de la vie) et, le cas échéant, l’étaye par un auteur. L’exemple ne remplace pas l’argument : il l’incarne. Les références d’auteurs servent la démonstration ; on ne les empile pas pour « faire savant ».
Les transitions, colonne vertébrale du devoir. Entre deux moments, une transition fait le bilan de ce qui précède et montre pourquoi il faut aller plus loin (« Si la liberté se réduisait à faire ce qu’on veut, comment expliquer qu’on puisse regretter d’avoir cédé à un désir ? »). Ce sont les transitions qui donnent au devoir sa progression et son unité.
La conclusion qui répond. La conclusion récapitule brièvement le chemin parcouru, puis répond nettement au problème posé en introduction — sans timidité ni « peut-être ». Une ouverture (vers une notion ou une question voisine) est possible mais facultative ; elle ne doit jamais remplacer la réponse.
Le paragraphe, unité réelle du devoir. Un moment du développement se compose de deux ou trois paragraphes, et chaque paragraphe fait une seule chose : il énonce une idée dès sa première phrase, la justifie par une raison explicite, l’incarne dans un exemple qu’on analyse au lieu de le nommer, puis marque ce qui lui manque encore. Le contrôle est mécanique — si l’on ne peut pas résumer un paragraphe par une phrase affirmative, c’est qu’il n’en portait aucune. Un paragraphe qui s’ouvre sur « De plus » et ajoute une idée sans lien avec la précédente signale une liste, non un raisonnement.
Le plan se déduit du problème. Trois architectures rendent service, et c’est le sujet qui décide laquelle (voir Fig. 3). Le plan dialectique convient quand deux réponses s’opposent frontalement et qu’un troisième moment doit déplacer la question plutôt que trancher entre elles. Le plan progressif convient quand une même réponse s’approfondit par paliers, du sens le plus faible au plus fort. Le plan par distinction des sens s’impose quand le terme central est équivoque : on répond non dans un sens, oui dans l’autre, et la conclusion dit lequel commande. Ce qui se juge n’est jamais l’étiquette du plan, mais le fait que la pensée avance.

Plan-type d’une dissertation

Plan-type d'une dissertationGraphe, Introduction · problématique → I · thèse (réponse spontanée), I · thèse (réponse spontanée) → II · antithèse (objection), II · antithèse (objection) → III · dépassement (distinction), III · dépassement (distinction) → Conclusion · réponseIntroduction ·problématiqueI · thèse(réponsespontanée)II · antithèse(objection)III ·dépassement(distinction)Conclusion ·réponse
Fig. 3Le plan dialectique I–II–III est un modèle, non une obligation : un plan progressif convient aussi. L'introduction annonce le chemin, jamais le résultat.
Fig. 3 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • AmorceEntrée en matière brève — un fait, un paradoxe, un exemple — qui conduit au sujet et fait sentir pourquoi la question mérite d’être posée, sans généralité décorative.
  • TransitionPhrase ou courte suite de phrases qui, entre deux moments, tire le bilan du précédent et énonce le manque ou l’objection qui oblige à passer au suivant.
  • Plan dialectiqueOrganisation en trois moments où une thèse rencontre une antithèse, le troisième moment déplaçant la question plutôt que de concilier mollement les deux premières.
  • Plan progressifOrganisation où une même réponse s’approfondit par paliers successifs, chaque étape conservant l’acquis de la précédente et en corrigeant l’insuffisance.
  • Exemple analyséCas précis dont on énonce ce qu’il prouve, infirme ou nuance, par opposition à l’exemple simplement cité, qui n’établit rien par lui-même.
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Exemple corrigé

Bâtir le plan détaillé de « La liberté a-t-elle des limites ? »

Pour le sujet « La liberté a-t-elle des limites ? », proposez l’introduction (problématique et annonce) puis le squelette argumenté des trois moments du développement.

  1. 01Poser la problématique

    Après analyse (« liberté » = pouvoir de faire ce qu’on veut ? autonomie ? ; « limites » = obstacles subis ou règles reconnues ?), on formule la tension : « Les limites sont-elles une atteinte à la liberté, ou bien sa condition même ? » On annonce un parcours en trois moments.

  2. 02Moment I — la liberté semble exclure toute limite

    Argument : être libre, c’est ne dépendre de rien ; toute limite (loi, autrui, devoir) apparaît d’abord comme une entrave. Exemple : l’enfant qui veut « tout faire ». Limite de ce moment : une liberté sans aucune borne se retourne contre elle-même (la liberté de chacun heurte celle des autres).

  3. 03Moment II — certaines limites rendent la liberté possible

    Argument : la loi qui me limite me protège aussi de l’arbitraire d’autrui (Rousseau, Kant). Le repère légal / légitime distingue la contrainte subie de la règle reconnue. Exemple : le code de la route limite et garantit à la fois la circulation. Mais une limite seulement extérieure ne suffit pas à fonder la liberté intérieure.

  4. 04Moment III — la vraie limite est intérieure et choisie

    Dépassement : être libre, ce n’est pas l’absence de limites, mais se donner à soi-même sa loi (autonomie kantienne) ; la limite que je reconnais comme mienne n’aliène pas, elle libère. La distinction décisive : limite subie / limite voulue.

  5. 05Conclure

    Réponse au problème : oui, la liberté a des limites, mais les limites qui la nient sont celles qu’on subit, tandis que celles qu’on se donne la constituent. Ouverture possible vers le devoir.

Résultat : On obtient un plan où chaque moment déplace le problème (limite-entrave → limite-condition → limite-choisie), porté par des transitions, et où la conclusion répond exactement à la question posée.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : la cohérence entre l’introduction et la conclusion est notée — la conclusion doit répondre exactement au problème annoncé ; un devoir qui « oublie » sa problématique en route est pénalisé.
  • Objectif Bac : chaque grande partie doit faire progresser le traitement du problème (et non juxtaposer des idées) ; les correcteurs valorisent un développement où l’on sent une pensée qui avance, portée par des transitions.
  • Objectif Bac : écrire une transition rédigée entre chaque grande partie — un bilan d’une phrase, puis l’objection qui oblige à poursuivre ; sans transitions, un devoir juste passe pour une juxtaposition d’idées.
  • Objectif Bac : justifier chaque affirmation par une raison énoncée dans la copie, et non par le seul nom d’un auteur ; une thèse appuyée sur « comme le montre Kant », sans l’argument de Kant, reste une affirmation nue.
  • Objectif Bac : garder vingt minutes pour la conclusion et la relecture — une conclusion qui répond nettement au problème posé en introduction pèse plus lourd qu’un quatrième argument bâclé.

Erreurs fréquentes

  • Annoncer la réponse dès l’introduction (« nous verrons que la liberté n’est pas l’absence de limites ») : on tue le suspense argumentatif et on transforme le développement en illustration d’une thèse posée d’avance, au lieu d’une recherche.
  • Enchaîner les parties sans transition, ou faire un « III » de synthèse qui ne fait que répéter I et II : la troisième partie doit apporter une distinction ou un déplacement décisif, pas un résumé.
  • Faire du troisième moment une synthèse molle (« les deux thèses ont chacune leur part de vérité ») : il doit apporter une distinction nouvelle ou déplacer la question, faute de quoi il répète I et II en les affaiblissant.
  • Illustrer par un exemple qu’on se contente de nommer (« comme dans 1984 ») : un exemple ne prouve que si l’on dit ce qu’il montre et pourquoi. Un titre d’œuvre lâché en fin de paragraphe ne tient pas lieu d’argument.
  • Ouvrir sur une amorce hors sujet — une généralité sur « l’homme depuis toujours », une actualité sans rapport : l’amorce doit conduire au sujet en deux ou trois phrases ; si elle n’y conduit pas, on la supprime et l’on commence par l’analyse des termes.

§ 03

Révision active

Rédigez l’introduction complète (amorce, analyse des termes, problématique, annonce du plan) d’une dissertation sur « La liberté a-t-elle des limites ? », puis proposez en une phrase chacune les trois moments de votre développement.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

L’explication de texte : dégager le problème, suivre l’argumentation, expliciter les concepts#

~7 min de lecture●●●ApprofondissementBONdS-2020-023-philosophie-§StructureBOBO-2019-philosophie-terminale-§Exercices et apprentissage de la réflexion philosophique

Expliquer un texte : les quatre gestes

Expliquer un texte : les quatre gestesGraphe, 1 · Dégager thèse et problème → 2 · Suivre la structure, 2 · Suivre la structure → 3 · Expliciter les concepts, 3 · Expliciter les concepts → 4 · Évaluer et discuter1 · Dégagerthèse etproblème2 · Suivre lastructure3 · Expliciterles concepts4 · Évaluer etdiscuter
Fig. 4Tout part du texte : aucune érudition préalable n'est exigée. Expliquer n'est ni paraphraser (redire le texte) ni juger (plaquer un avis), mais éclairer sa lettre.

Points clés

Tout part du texte — aucune érudition préalable n’est exigée. L’explication porte sur un passage d’un auteur du programme. On n’a pas besoin de connaître la biographie de l’auteur ni l’ensemble de son œuvre : tout ce dont on a besoin est dans le texte. La consigne officielle est claire — la connaissance de l’œuvre n’est pas requise. On éclaire le texte par lui-même, en s’appuyant éventuellement sur ses propres connaissances, mais sans jamais les plaquer.
Dégager la thèse et le problème du texte. Première tâche : repérer ce que l’auteur veut établir (sa thèse) et la question à laquelle il répond (le problème auquel le texte fait face, souvent une objection implicite). On reformule la thèse en une phrase, dans ses propres mots, avant toute explication détaillée.
Suivre l’organisation raisonnée de l’argumentation. On découpe le texte en moments (un argument, un exemple, une objection, une conclusion) en s’appuyant sur les connecteurs logiques (« or », « mais », « donc », « car », « en effet », « ainsi »). Expliquer, c’est rendre compte du mouvement de la pensée : pourquoi l’auteur passe-t-il de telle idée à telle autre ? L’explication suit la lettre du texte, dans l’ordre.
Expliciter les concepts et les exemples. Pour chaque terme important, on demande : que veut dire précisément l’auteur ? On définit, on distingue (en s’aidant des repères), on montre la fonction de chaque exemple dans l’argument. Un exemple du texte n’est pas une illustration décorative : il prouve, infirme ou nuance quelque chose — il faut dire quoi.
Discuter avec mesure, sans plaquer un cours. Après avoir expliqué fidèlement, on peut évaluer la portée et les limites de la thèse (intérêt philosophique, objection possible). Cette discussion reste au service du texte : elle prolonge la pensée de l’auteur, elle ne la noie pas sous des connaissances extérieures. Expliquer n’est ni paraphraser (redire sans éclairer), ni juger d’emblée (approuver ou condamner avant d’avoir compris).
Ce que contient l’introduction d’une explication. Quatre choses, dans cet ordre : le thème du texte, c’est-à-dire ce dont il parle, en une phrase ; la thèse, ce que l’auteur y soutient, reformulé sans son vocabulaire ; le problème auquel cette thèse répond — le plus souvent une objection que le texte ne formule pas mais suppose ; enfin le découpage qu’on va suivre, moment par moment, lignes à l’appui. L’énoncé fournit le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage et la date : on n’attend rien de plus sur ce point, et surtout pas une notice biographique en guise d’ouverture.
Le contresens et l’amplitude. Une explication qui ne commet pas de contresens majeur sur le propos et la démarche de l’auteur franchit déjà le seuil de la moyenne ; celle qui interroge le détail du propos et sa structure logique va plus loin ; celle qui embrasse le texte entier et le situe dans un problème pertinent atteint le haut de l’échelle. D’où deux consignes concrètes. On ne juge pas une thèse avant de l’avoir reformulée jusqu’à pouvoir la défendre soi-même. Et l’on n’abandonne pas les dernières lignes faute de temps : une explication qui s’arrête aux deux tiers du passage laisse le lecteur sans la conclusion de l’auteur, c’est-à-dire sans ce que le texte voulait établir.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Thèse du texteCe que l’auteur cherche à établir dans le passage, formulé en une phrase affirmative et dans les mots de l’élève, non dans ceux du texte.
  • ContresensErreur qui attribue au texte l’inverse de ce qu’il soutient ; c’est la faute qui, à elle seule, empêche une explication d’être tenue pour commençante.
  • ParaphraseReformulation du texte qui en change les mots sans éclairer le sens des termes, la fonction des exemples ni l’enchaînement des raisons.
  • Organisation raisonnéeL’enchaînement des moments de l’argumentation, repérable aux connecteurs logiques, qu’expliquer consiste précisément à rendre visible.
  • Élément signifiantTerme, exemple, distinction ou concession qui porte le raisonnement du passage et dont l’explication doit dire la fonction exacte.
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Exemple corrigé

Conduire l’explication d’un court texte d’auteur

Soit cette phrase de Rousseau, qui clôt l’énumération de ce que l’homme gagne en entrant dans l’état civil : « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » (Du contrat social, I, 8, 1762). Montrez comment vous en construisez l’explication, de la thèse au problème, puis à la discussion.

  1. 01Dégager la thèse et le problème

    Thèse : la liberté n’est pas l’absence de toute loi, mais l’obéissance à une loi qu’on se donne soi-même. Problème auquel le texte répond : la loi semble s’opposer à la liberté (objection implicite : obéir, n’est-ce pas perdre sa liberté ?). Le texte répond non, à condition de distinguer deux sortes d’obéissance.

  2. 02Suivre la structure

    On repère les moments grâce aux connecteurs : d’abord l’auteur écarte une définition (la liberté ≠ faire tout ce qu’on veut) ; puis (« car ») il avance que suivre ses seules impulsions, c’est être esclave de ses désirs ; enfin (« donc ») il conclut que la liberté est obéissance à la loi qu’on s’est prescrite.

  3. 03Expliciter les concepts

    « Se prescrire » : se donner à soi-même une règle (autonomie, par opposition à hétéronomie où la règle vient d’ailleurs). On mobilise le repère liberté subie / liberté voulue. L’exemple éventuel (céder à une impulsion qu’on regrette) montre que l’absence de loi n’est pas la liberté mais la servitude des désirs.

  4. 04Évaluer les enjeux

    Intérêt : le texte renverse l’opposition commune entre loi et liberté ; il fonde une liberté comme maîtrise de soi. Limite possible à discuter : toute loi « qu’on s’est prescrite » est-elle vraiment libératrice, ou faut-il un critère de la bonne loi ? La discussion prolonge le texte sans le quitter.

Résultat : L’explication a dégagé la thèse, suivi l’argumentation pas à pas en éclairant les concepts, puis discuté les enjeux — sans paraphraser ni plaquer un cours : tout est resté arrimé au mouvement du texte.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : montrer qu’on a compris le mouvement d’ensemble du texte (sa thèse et sa structure) avant d’entrer dans le détail ; une explication qui avance ligne à ligne sans vue d’ensemble vire à la paraphrase.
  • Objectif Bac : expliciter réellement les concepts et les transitions de l’auteur (« pourquoi écrit-il “or” ici ? ») — c’est cette élucidation du raisonnement, et non le résumé, qui est évaluée.
  • Objectif Bac : annoncer le découpage du texte en moments dès l’introduction, lignes à l’appui, puis suivre ce découpage dans l’ordre du texte, sans retour en arrière au hasard des idées.
  • Objectif Bac : expliciter chaque connecteur logique — « or », « mais », « donc », « en effet » — car c’est là que la démarche de l’auteur devient visible ; ces mots articulent la démonstration et leur fonction doit être rendue.
  • Objectif Bac : ne rien exiger de soi qu’on ne trouve dans le passage : ni la doctrine de l’auteur ni son œuvre ne sont requises, et une connaissance extérieure ne sert que si elle éclaire une phrase précise du texte.

Erreurs fréquentes

  • Paraphraser : redire le texte dans d’autres mots sans l’expliquer (« l’auteur dit que… puis il dit que… »). Expliquer, c’est dire pourquoi l’auteur le dit, ce que le terme signifie, à quoi sert l’exemple — pas répéter.
  • Plaquer un cours sur la notion ou juger l’auteur d’emblée (« Descartes a tort car… ») : on doit d’abord comprendre et restituer fidèlement la thèse ; la discussion vient après, et reste arrimée au texte, sans dissertation déguisée.
  • Réciter ce qu’on sait de l’auteur (« Descartes, rationaliste du XVIIᵉ siècle, pensait que… ») au lieu d’expliquer les phrases qu’on a sous les yeux : l’explication se juge sur le texte donné, jamais sur le cours consacré à son auteur.
  • Expliquer les trois premières lignes en deux pages puis expédier le reste : l’ensemble du texte doit être examiné, et la répartition des forces se décide au brouillon, avant de rédiger.
  • Transformer l’explication en dissertation sur la notion du texte : dès qu’on écrit « nous pouvons alors nous demander si… » et qu’on quitte le passage pour trois pages, on ne fait plus l’exercice demandé.

§ 04

Révision active

Reprenez, dans l’œuvre suivie cette année, un passage d’une vingtaine de lignes. Rédigez l’introduction de son explication : présentez le thème, dégagez la thèse en une phrase, formulez le problème auquel le texte répond, et annoncez les moments que vous distinguez dans son argumentation.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Outils transversaux : notions, repères, auteurs — et les erreurs à éviter#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§NotionsBOBO-2019-philosophie-terminale-§RepèresBOBO-2019-philosophie-terminale-§Auteurs

Points clés

Les notions du programme, matière de la réflexion. Les dix-sept notions (l’art, le bonheur, la conscience, l’inconscient, le devoir, l’État, la justice, le langage, la liberté, la nature, la raison, la religion, la science, la technique, le temps, le travail, la vérité) ne sont pas des chapitres à réciter : ce sont des concepts à mobiliser pour analyser un sujet ou un texte. On ne « place » pas une notion, on s’en sert pour penser.
Les repères, outils transversaux d’analyse. Les repères sont des distinctions conceptuelles (par exemple : en fait / en droit, légal / légitime, objectif / subjectif, croire / savoir, persuader / convaincre, cause / fin, contingent / nécessaire / possible). Ils permettent de trancher des ambiguïtés et de gagner en précision. Bien employé, un seul repère peut débloquer tout un sujet.
Les auteurs, au service de la démonstration. Le texte de l’explication est choisi dans la liste des auteurs du programme (Antiquité et Moyen Âge ; période moderne ; période contemporaine). Dans la dissertation, on convoque des auteurs pour appuyer ou contester une thèse — jamais pour faire nombre. Une référence comprise et utilisée vaut mieux que dix citations plaquées.
Les exemples, incarnation de l’argument. Un bon exemple est précis et fonctionnel : il rend sensible une idée, montre un cas, sert de contre-exemple. Il vient de partout (histoire, sciences, arts, expérience commune), mais il doit toujours être analysé : on dit ce qu’il prouve, on ne le laisse pas « parler tout seul ».
Les quatre grandes fautes à éviter. La paraphrase (en explication : redire sans éclairer) ; la récitation de cours (plaquer un savoir sans répondre au sujet) ; le hors-sujet (traiter une autre question que celle posée) ; l’absence de problème (juxtaposer des avis sans tension). Toutes ont la même racine : ne pas s’être assuré, au brouillon, qu’on répond précisément à ce qui est demandé.
Trois perspectives, dix-sept notions. Le programme énumère dix-sept notions et demande qu’elles soient étudiées dans le cadre de trois perspectives : l’existence humaine et la culture, la morale et la politique, la connaissance. La précision n’est pas décorative — le texte officiel indique que ces perspectives déterminent, et donc limitent, les sujets susceptibles d’être donnés au baccalauréat. La conséquence est pratique : devant un intitulé, on demande d’abord sous quel angle la notion est prise. « La technique » interrogée du côté de la connaissance appelle son rapport à la science et à la vérité ; prise du côté de l’existence humaine et de la culture, elle appelle le rapport de l’homme à ses outils, à son travail, à son monde. L’angle commande les références qu’on ira chercher.
Un repère en action. Les trente et une distinctions du programme ne s’apprennent pas pour elles-mêmes, elles se manient. Voici les plus rentables : en fait / en droit, légal / légitime, croire / savoir, objectif / subjectif / intersubjectif, obligation / contrainte, origine / fondement, persuader / convaincre, exemple / preuve. Voyez ce que la dernière fait du sujet « L’expérience suffit-elle à prouver ? ». Un exemple montre un cas ; une preuve établit une nécessité valable pour tous les cas. Le sujet se dédouble aussitôt : l’expérience fournit des exemples en quantité, mais mille cygnes blancs n’interdisent pas qu’il en existe un noir. La question cesse d’être vague, elle porte désormais sur le passage du cas à la loi. Un repère bien choisi ne décore pas l’analyse, il la produit.
Une note globale, sans barème. La copie est appréciée dans son ensemble, sur toute l’échelle de 0 à 20, et aucun barème ne décompose la note partie par partie : on ne gagne pas trois points d’introduction qu’on conserverait ensuite quoi qu’il arrive. Ce qui se lit, c’est un travail entier — un problème posé, des notions définies, des réponses possibles examinées, un propos cohérent d’un bout à l’autre. Deux conséquences. Rien ne se rattrape en soignant un morceau : une belle introduction suivie d’un développement sans problème vaut moins qu’un devoir plus modeste mais tenu jusqu’au bout. Et la clarté comme la correction de l’expression sont explicitement requises, ce qui fait de la relecture un travail et non une politesse. Les deux exercices partagent d’ailleurs les mêmes exigences et ne diffèrent que par leur point de départ (voir Fig. 5).

Dissertation et explication : tableau comparatif

Dissertation et explication : comparatifTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Critère · Dissertation · Explication de texte; Point de départ · une question · un texte d'auteur; Geste central · construire un problème · suivre l'argumentation; Matière · notions, auteurs, repères · le texte d'abord; Piège majeur · réciter, hors-sujet · paraphraser le texte; Posture · discours personnel · rester près du texteCritèreDissertationExplication de textePoint de départune questionun texte d'auteurGeste centralconstruire un problèmesuivre l'argumentationMatièrenotions, auteurs, repèresle texte d'abordPiège majeurréciter, hors-sujetparaphraser le textePosturediscours personnelrester près du texte
Fig. 5Exigence commune aux deux exercices : analyser, problématiser et argumenter dans un discours continu et personnel (4 h, coefficient 8, sujets au choix).
Fig. 5 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • NotionUn des dix-sept concepts inscrits au programme — l’art, le bonheur, la conscience, l’inconscient, le devoir, l’État, la justice, la liberté, la vérité… — qui forment la matière de la réflexion et non des chapitres à réciter.
  • RepèreDistinction lexicale et conceptuelle, prise dans une liste de trente et une, que le programme demande de mobiliser dans l’analyse sans jamais l’enseigner séparément.
  • PerspectiveUn des trois cadres d’étude des notions — l’existence humaine et la culture, la morale et la politique, la connaissance — qui déterminent et donc limitent les sujets pouvant être donnés.
  • Hors-sujetDéfaut d’une copie qui traite une autre question que celle posée, le plus souvent en déroulant un cours sur la notion au lieu de répondre à l’intitulé.
  • Œuvre suivieOuvrage d’un auteur du programme étudié en classe au long de l’année ; son étude est obligatoire en terminale générale, sans devoir nécessairement être intégrale.
  • Lieu communOpinion générale reçue et répétée sans examen, dont l’accumulation caractérise une copie intelligible mais qui ne répond pas aux critères de l’exercice.
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Exemple corrigé

Mobiliser un repère pour débloquer un sujet

Montrez comment le repère légal / légitime permet d’analyser le sujet « Faut-il toujours obéir aux lois ? » et d’en construire le problème.

  1. 01Énoncer la distinction

    Est légal ce qui est conforme à la loi en vigueur ; est légitime ce qui est conforme à la justice, à ce qui devrait être le droit. Une loi peut être légale sans être légitime (une loi injuste), et une exigence légitime peut n’être pas encore légale.

  2. 02Appliquer au sujet

    « Faut-il toujours obéir aux lois ? » devient analysable : si « la loi » désigne le légal, le sujet demande si la conformité au droit positif s’impose toujours, même quand le légal n’est pas légitime.

  3. 03Construire le problème

    Tension : ou bien obéir au légal est un devoir inconditionnel (sans quoi c’est le retour à la force et au désordre), ou bien une loi gravement injuste (illégitime) peut délier de l’obéissance (désobéissance civile). Le repère fait apparaître les deux réponses.

  4. 04Formuler la problématique

    « L’obéissance aux lois est-elle un devoir absolu parce qu’elles sont légales, ou bien la légitimité peut-elle parfois autoriser à leur désobéir ? » Le repère a transformé une question vague en problème précis.

Résultat : Un seul repère, correctement défini et appliqué, a suffi à dégager la tension du sujet et à formuler une problématique nette : c’est l’usage attendu des repères du programme.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : démontrer la maîtrise d’au moins quelques repères (et savoir les appliquer à un sujet précis) ; c’est un marqueur fort de niveau philosophique aux yeux des correcteurs.
  • Objectif Bac : prouver que la copie répond au sujet et progresse — un devoir riche en connaissances mais hors-sujet ou sans problème est moins bien noté qu’un devoir plus modeste mais juste et problématisé.
  • Objectif Bac : savoir nommer les trois perspectives du programme et rattacher un sujet à la sienne — c’est le geste qui empêche de traiter une notion en général au lieu de la question posée.
  • Objectif Bac : entrer dans l’épreuve avec cinq ou six repères réellement maîtrisés plutôt qu’avec les trente et un survolés ; un seul, bien appliqué au bon endroit, débloque un sujet entier.
  • Objectif Bac : se rappeler que la note est globale et sans barème par partie ; on soigne donc l’ensemble du devoir et l’on n’échange jamais la conclusion contre un troisième argument.

Erreurs fréquentes

  • Empiler les citations et les noms d’auteurs pour « faire savant » sans les expliquer ni les relier à l’argument : le correcteur y voit un décor, pas une pensée.
  • Multiplier les exemples non analysés (« par exemple… par exemple… ») : un exemple non exploité ne prouve rien ; mieux vaut un exemple bien travaillé que cinq exemples cités au passage.
  • Citer un repère sans l’appliquer (« ici intervient la distinction légal / légitime ») puis poursuivre comme si de rien n’était : un repère se prouve en changeant quelque chose à l’analyse ; sinon on l’a nommé, pas employé.
  • Traiter la notion au lieu du sujet : sur « L’art nous éloigne-t-il de la réalité ? », dérouler le cours sur l’art. Le cours fournit les moyens, l’intitulé fixe la tâche — et une copie qui aurait pu être écrite avant même de lire le sujet ne répond à rien.
  • Confondre l’œuvre suivie en classe avec une autorité à invoquer : cette étude, obligatoire en terminale générale, sert à penser un problème ; en résumer deux pages parce qu’on la connaît bien reste un hors-sujet, fût-il érudit.

§ 05

Révision active

Choisissez deux repères du programme (par exemple légal / légitime et persuader / convaincre) ; pour chacun, énoncez la distinction en une phrase, puis donnez un sujet de dissertation que ce repère permet d’éclairer et expliquez comment.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 06
§ 06

L’épreuve orale de contrôle : expliquer un extrait de l’œuvre étudiée#

~7 min de lecture●●○StandardBONdS-2020-023-philosophie-§Épreuve orale de contrôleBOBO-2019-philosophie-terminale-§Auteurs

Points clés

Une seconde chance, et elle porte sur l’œuvre. Le candidat dont la moyenne se situe entre 8 et 10 est convoqué au second groupe d’épreuves ; s’il choisit la philosophie, il passe une épreuve orale de contrôle de 20 minutes, précédée de 20 minutes de préparation. Elle ne rejoue pas l’écrit : elle consiste en l’explication d’un texte choisi par l’examinateur dans l’œuvre philosophique qui a fait l’objet, pendant l’année, de l’étude suivie que le programme rend obligatoire en terminale générale. On y est donc évalué sur un terrain que l’on a longuement parcouru en classe.
Ce que l’on apporte, et ce que l’on présente. Le candidat se présente avec un exemplaire de l’œuvre étudiée et une note écrite ou dactylographiée, visée par le chef d’établissement : elle indique l’œuvre — titre, auteur, édition —, éventuellement les principaux chapitres ou passages travaillés avec leur pagination dans l’édition de référence, et les questions auxquelles cette étude a été associée. Cette note n’est pas une formalité : elle délimite le terrain de l’épreuve. Le candidat individuel apporte de même l’œuvre choisie et une note présentant les passages particulièrement étudiés.
Le déroulé, minute par minute. L’examinateur choisit un extrait d’une longueur raisonnable, de vingt à vingt-cinq lignes au maximum. Le candidat dispose de vingt minutes pour en préparer l’explication. Il présente ensuite un exposé d’une durée maximale de dix minutes, puis un entretien d’une durée maximale de dix minutes permet de compléter et de développer l’explication initiale (voir Fig. 6). Ces bornes sont des maxima : un exposé de quatre minutes laisse à l’examinateur un entretien à conduire sur presque rien, et c’est le candidat qui y perd.

Le déroulé de l’épreuve orale de contrôle

Épreuve orale de contrôle : 20 min de préparation, 20 min d’épreuveFrise chronologique de 0 à 40, 20: Début de l’exposé, 30: Début de l’entretien, 0–20: Préparation, 20–30: Exposé, 30–40: Entretien040minPréparationExposéEntretien20Début del’exposé30Début del’entretien
Fig. 6Vingt minutes de préparation, puis vingt minutes d’épreuve : un exposé de dix minutes au maximum, puis un entretien de dix minutes au maximum sur un extrait de vingt à vingt-cinq lignes choisi par l’examinateur dans l’œuvre étudiée (note de service n° 2020-023 du 11-2-2020).
Fig. 6 ↓
La méthode est celle de l’écrit, resserrée. On dégage la thèse et le problème du passage, on suit l’ordre du texte en marquant ses moments, on explicite les concepts et la fonction des exemples, on rend compte du mouvement de l’argumentation. La connaissance de l’œuvre entière n’est pas exigée en tant que telle, mais elle sert : savoir d’où vient le passage, à quoi il répond, ce qu’il prépare, permet de le situer au lieu de le commenter à l’aveugle. L’entretien, précise le texte, ne peut exiger de connaissances qui n’étaient pas attendues à l’écrit ; il offre au contraire l’occasion de manifester ce que l’on a compris de l’œuvre et des questions qui lui ont été associées.
Sans liste, l’épreuve a quand même lieu. Si le candidat ne présente aucune liste, ou une liste non conforme au programme, la situation est consignée par l’examinateur au procès-verbal de l’épreuve. Il est alors recommandé à l’examinateur de proposer deux ou trois œuvres d’auteurs du programme, parmi lesquelles le candidat en choisit une, et d’en faire expliquer un bref extrait. On n’échappe donc pas à l’exercice en oubliant sa note — on l’aborde seulement sans le bénéfice d’une année de lecture.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Second groupe d’épreuvesLes épreuves orales de rattrapage ouvertes au candidat dont la moyenne se situe entre 8 et 10 ; en philosophie, une explication de texte suivie d’un entretien.
  • Étude suivieL’étude d’une œuvre philosophique conduite en classe pendant l’année, obligatoire en terminale générale ; elle n’est pas nécessairement intégrale et sert de support à l’oral de contrôle.
  • Note viséeLe document, signé par le chef d’établissement, qui indique l’œuvre étudiée (titre, auteur, édition), les passages travaillés et les questions auxquelles ils ont été associés.
  • ExtraitLe passage de vingt à vingt-cinq lignes au maximum que l’examinateur choisit dans l’œuvre présentée et sur lequel porte l’explication.
  • ExposéLe premier temps de l’épreuve : l’explication du passage présentée seul par le candidat, dix minutes au maximum.
  • EntretienLe second temps, dix minutes au maximum, où l’examinateur fait compléter et développer l’explication initiale sans exiger de connaissances au-delà de ce qui était attendu à l’écrit.
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Exemple corrigé

Les vingt minutes de préparation, minute par minute

L’examinateur vous remet un extrait de vingt-trois lignes tiré de l’œuvre que vous avez suivie toute l’année. Vous disposez de vingt minutes avant un exposé de dix minutes. Comment les employez-vous ?

  1. 01Situer, en deux minutes

    Repérer d’où vient le passage : quel chapitre, quel moment de l’argumentation de l’ouvrage, à quelle question du cours il a été rattaché. Cette localisation ne s’exposera qu’en une phrase, mais elle décide de la suite : un extrait de l’ouverture d’une œuvre ne pose pas le même problème qu’un extrait de sa conclusion.

  2. 02Lire crayon en main, six minutes

    Deux lectures. La première pour saisir le mouvement d’ensemble et écrire la thèse en une phrase, dans ses propres mots. La seconde pour marquer les connecteurs (or, mais, donc, car, en effet), qui découpent le texte en moments, et entourer les termes qui demandent une élucidation.

  3. 03Formuler le problème, trois minutes

    Écrire la question à laquelle le passage répond, en la faisant apparaître comme une difficulté réelle : quelle objection l’auteur devance-t-il, quelle évidence conteste-t-il ? Un exposé qui n’a pas de problème devient un résumé, et le résumé est précisément la paraphrase que l’échelle officielle situe entre 6 et 9.

  4. 04Bâtir le plan de l’exposé, sept minutes

    Un moment par unité argumentative du texte, dans l’ordre du texte. Sous chaque moment, noter : ce que l’auteur affirme, comment il l’établit, quel concept ou quel exemple y travaille. Prévoir explicitement la phrase d’ouverture et la phrase de conclusion — ce sont les deux qu’on rate quand le temps presse.

  5. 05Garder deux minutes pour l’entretien

    Noter en marge une objection possible à la thèse et un rapprochement avec une autre partie de l’œuvre. L’entretien complète et développe l’explication : arriver avec de quoi la prolonger vaut mieux que d’attendre la question.

Résultat : On entre dans l’exposé avec une thèse formulée, un problème posé, un plan en trois ou quatre moments suivant l’ordre du texte, et de quoi nourrir dix minutes d’entretien — ce qui est exactement ce que l’épreuve demande.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : préparer l’oral de contrôle en même temps que l’écrit, en travaillant l’œuvre suivie pour elle-même — thèse d’ensemble, plan, passages décisifs, questions du cours auxquelles elle a été rattachée ; c’est la seule épreuve du baccalauréat dont le contenu est connu à l’avance.
  • Objectif Bac : vérifier avant les épreuves que la note visée par le chef d’établissement est en règle et que l’on a l’exemplaire de l’œuvre ; sans liste conforme, l’examinateur impose deux ou trois œuvres au choix et l’avantage d’une année de lecture est perdu.
  • Objectif Bac : construire l’exposé pour occuper les dix minutes — une introduction qui pose le problème du passage, une explication suivie qui respecte l’ordre du texte, une conclusion qui dit ce que le passage établit ; un exposé trop bref se paie dans l’entretien.
  • Objectif Bac : situer l’extrait dans l’œuvre (ce qui précède, ce qu’il annonce) sans transformer l’exposé en résumé de l’ouvrage : l’épreuve reste une explication de texte, pas une présentation d’auteur.
  • Objectif Bac : traiter l’entretien comme un prolongement de l’explication et non comme un interrogatoire de cours ; l’examinateur y cherche la capacité à développer, à préciser et à reconnaître une objection, sur la base de ce que l’on vient de dire.

Erreurs fréquentes

  • Croire que l’oral de contrôle est un « oral de rattrapage » où l’on récite le cours : l’épreuve est une explication d’un extrait précis, choisi par l’examinateur dans l’œuvre étudiée, et une récitation de cours sans traitement du texte relève exactement du défaut que l’échelle d’évaluation situe entre 6 et 9.
  • Se présenter sans exemplaire de l’œuvre ou sans la note visée : la situation est consignée au procès-verbal et l’examinateur propose alors deux ou trois œuvres d’auteurs du programme dont on n’a peut-être jamais lu une ligne.
  • Consacrer les vingt minutes de préparation à retrouver ses souvenirs sur l’auteur au lieu de découper le texte : l’extrait fait au maximum vingt-cinq lignes, il se travaille phrase à phrase, connecteur par connecteur, comme à l’écrit.
  • Réciter la doctrine de l’auteur à la place du passage : la note de service dit de l’écrit que le candidat n’est tenu de connaître ni la doctrine ni l’œuvre, et l’oral n’inverse pas cette exigence — la connaissance de l’œuvre éclaire l’extrait, elle ne le remplace pas.
  • Terminer l’exposé en trois minutes en pensant que la brièveté sera compensée par l’entretien : l’entretien complète et développe l’explication initiale ; s’il n’y a presque rien à développer, il devient une reprise de l’exposé qui n’a pas été fait.

§ 06

Révision active

Prenez l’œuvre étudiée en classe cette année. Choisissez-y un passage de vingt à vingt-cinq lignes, puis, en vingt minutes chronométrées, préparez son explication : thèse, problème, découpage en moments, concepts à expliciter. Rédigez ensuite le plan de l’exposé de dix minutes que vous en tireriez.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Définition de l’épreuve terminale de philosophie — version consolidée en vigueur à compter de la session 2024 (note de service n° 2020-023 du 11-2-2020) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol) · Programme de philosophie de terminale générale (arrêté du 19 juillet 2019), annexe 1 (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 06

    • 01L’épreuve écrite : trois sujets au choix, quatre heures○
    • 02La dissertation : de la question au problème◐
    • 03Construire et rédiger la dissertation : introduction, développement, conclusion◐
    • 04L’explication de texte : dégager le problème, suivre l’argumentation, expliciter les concepts●
    • 05Outils transversaux : notions, repères, auteurs — et les erreurs à éviter◐
    • 06L’épreuve orale de contrôle : expliquer un extrait de l’œuvre étudiée◐

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Des fiches à l'entraînement

Méthodes de l’épreuve : dissertation et explication de texte

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A)
  • Définition de l’épreuve terminale de philosophie — version consolidée en vigueur à compter de la session 2024 (note de service n° 2020-023 du 11-2-2020)

Voir aussi

  • La raison et la véritéDémontrer, prouver, convaincre : les trois opérations que la copie doit distinguer pour argumenter juste.
  • Le langagePersuader n’est pas convaincre — le repère qui sépare une bonne dissertation d’un plaidoyer.
  • La scienceCe qu’est une hypothèse, une preuve, une réfutation : la matière des exemples scientifiques en dissertation.

Chapitre suivant

La conscience et l’inconscient

EuraStudy·Fiches T·01·MMXXVI

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