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Le langage

Le langage est l’une des notions du programme de philosophie de terminale (voie générale), rattachée principalement à la perspective « l’existence humaine et la culture ». Il s’agit d’analyser ce qu’est parler — en distinguant le langage, la langue et la parole —, d’interroger le rapport de la parole à la pensée et à autrui, et d’examiner les pouvoirs du langage : nommer, communiquer, convaincre, persuader, mentir, créer. Notion pleinement au programme et évaluable à l’écrit comme au Grand oral.

5 sections·~37 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0333 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de langage et la distinguer de la langue, de la parole et des autres systèmes de signes (la question du « propre de l’homme »).Problématiser le rapport du langage et de la pensée : peut-on penser sans langage ? Le langage exprime-t-il fidèlement la pensée ou la trahit-il ?Examiner les pouvoirs et les limites du langage : communiquer, dire le vrai et le faux, convaincre, persuader, créer.Mobiliser des distinctions conceptuelles (repères) sur le langage : persuader/convaincre, concept/image/métaphore, médiat/immédiat, objectif/subjectif/intersubjectif.
Opérateurs :analyserdistinguerdéfinirproblématiserconfronterargumenterjustifierinterpréter un texteillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d’abord les trois distinctions fondatrices — langage/langue/parole, signifiant/signifié (l’arbitraire du signe), persuader/convaincre — et sachez les illustrer par un exemple précis.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, confrontez les thèses (Aristote, Saussure, Hegel/Bergson, Platon) sur un même problème, maniez les repères médiat/immédiat et objectif/subjectif/intersubjectif, et nuancez : le langage est à la fois condition et limite de la pensée et du lien à autrui.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Le langage
    • 01Langage, langue, parole : qu’est-ce que parler ?○
    • 02Le langage est-il le propre de l’homme ?◐
    • 03Langage et pensée : peut-on penser sans mots ?●
    • 04Le signe et la signification : l’arbitraire du signe (Saussure)◐
    • 05Les pouvoirs du langage : convaincre, persuader, dire le vrai et le faux●

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Langage, langue, parole : qu’est-ce que parler ?#

~7 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le langage

Points clés

Trois termes à ne jamais confondre. Le langage est la faculté générale d’user de signes pour exprimer et communiquer (capacité humaine universelle). Une langue est un système particulier et conventionnel de signes propre à une communauté (le français, l’arabe, la langue des signes). La parole est l’acte individuel par lequel un locuteur utilise la langue ici et maintenant. Formule de repère : le langage est une faculté, la langue un code social, la parole un acte singulier.
Cette tripartition vient de Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique générale, 1916), qui oppose la langue (langue, part sociale et systématique, indépendante de l’individu) à la parole (parole, part individuelle et libre), le « langage » désignant l’ensemble du phénomène. La langue préexiste au sujet : on la reçoit, on ne l’invente pas ; la parole, elle, est l’usage créatif et contingent que chacun en fait.
Parler n’est pas un simple bruit ni un pur réflexe : c’est un acte porteur de sens, intentionnel, qui suppose un code commun et un destinataire. Émettre des sons n’est pas parler ; parler, c’est signifier. D’où la définition : le langage articule un signifiant (forme sonore ou graphique) à un signifié (concept), selon les règles d’une langue.
Le langage articulé se distingue des codes par sa double articulation (André Martinet) : un nombre fini d’unités sonores sans sens (les phonèmes) se combine pour former des unités de sens (les mots, les morphèmes), elles-mêmes recombinables en une infinité de phrases. C’est cette économie qui rend le langage humain illimité dans ses productions à partir de moyens finis.
Repère central à ce stade : médiat / immédiat. Le langage est un rapport médiat au réel et à autrui : il s’interpose comme intermédiaire (le mot « arbre » n’est pas l’arbre). Cette médiation rend possibles l’abstraction, la mémoire, le partage — mais elle introduit aussi une distance que les sections suivantes interrogeront.
Les trois termes ne se juxtaposent pas, ils s’emboîtent (voir Fig. 1) : toute parole suppose une langue qui la rende intelligible, et toute langue suppose la faculté de langage sans laquelle aucun système de signes ne pourrait être appris. L’ordre logique descend donc de la faculté au code puis à l’acte, tandis que l’ordre d’acquisition remonte en sens inverse, l’enfant entendant d’abord des paroles singulières avant d’en dégager peu à peu le système.

Langage, langue et parole : trois niveaux à distinguer

Langage, langue, parole : trois niveaux emboîtéscercles concentriques, 3 anneaux, Données: parole, Parole · acte individuel, Langue · code social, Langage · faculté humaineLangage · faculté humaineLangue · code socialParole · acte individuelparole
Fig. 1Trois niveaux emboîtés (Saussure, 1916) : le langage — faculté universelle de signifier — rend possible la langue (code social, ex. le français), qui rend possible la parole, acte individuel du locuteur.
Fig. 1 ↓
Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception) creuse la distinction en séparant deux régimes de parole. La parole parlée recompose des significations déjà disponibles ; la parole parlante fait exister un sens neuf et contraint la langue à se déformer pour l’accueillir. Le poète, l’enfant qui apprend, le philosophe qui forge un terme travaillent dans ce second régime. La langue n’est donc pas un stock figé où l’on viendrait puiser : elle est ce que l’usage transforme, et la parole individuelle est le lieu de cette transformation.

Vocabulaire

→ Cartes
  • LangageFaculté générale et universelle d’user de signes pour exprimer une pensée et la communiquer à autrui.
  • LangueSystème conventionnel de signes propre à une communauté, reçu par le locuteur et non inventé par lui.
  • ParoleActe individuel par lequel un locuteur met une langue en œuvre ici et maintenant, dans une situation déterminée.
  • SigneRéalité perceptible qui en tient une autre pour un sujet, et qui unit un signifiant à un signifié.
  • Double articulationPropriété du langage humain de combiner des unités sonores dépourvues de sens en unités de sens, elles-mêmes recombinables en phrases nouvelles.
  • Parole parlanteChez Merleau-Ponty, parole qui institue un sens neuf au lieu de recomposer des significations déjà disponibles.
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Exemple corrigé

Distinguer langage, langue et parole sur un cas concret

« Quand un enfant français et un enfant japonais nomment tous deux un chien, parlent-ils la même chose ? » Analysez la situation à l’aide des distinctions langage / langue / parole.

  1. 01Identifier la faculté commune

    Les deux enfants exercent la même faculté : le langage. Tout être humain dispose de cette capacité de produire et de comprendre des signes — c’est un trait d’espèce, indépendant de toute langue particulière.

  2. 02Repérer les langues distinctes

    Ils mobilisent deux langues différentes : « chien » et « inu » sont deux signifiants pour le même signifié (le concept de chien). La langue est un code social que chacun a reçu de sa communauté, non choisi.

  3. 03Saisir l’acte de parole

    Chaque énoncé est un acte de parole singulier : un locuteur, dans une situation précise, applique le code à une intention (montrer, nommer, appeler). Le même mot peut servir à constater, à avertir ou à appeler — c’est la parole qui actualise la langue.

  4. 04Conclure sur la médiation

    Au niveau de la faculté (langage) et du concept visé, ils font « la même chose » ; au niveau de la langue et de l’acte, ils diffèrent. Le langage est donc une médiation : un même réel est rejoint par des codes distincts.

Résultat : Les deux enfants exercent une seule et même faculté (le langage) et visent un même concept, mais à travers deux langues différentes et deux actes de parole singuliers. La distinction langage / langue / parole permet de dire à la fois ce qui les unit (la faculté de signifier) et ce qui les sépare (le code et l’acte).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : poser dès l’introduction la distinction langage / langue / parole, car beaucoup de sujets (« Parler, est-ce trahir sa pensée ? », « Une langue dit-elle une vision du monde ? ») exigent de savoir de quoi l’on parle exactement.
  • Objectif Bac : être capable de définir le signe linguistique (signifiant/signifié) et de relier la parole à l’acte d’un sujet, pour éviter une dissertation qui traiterait « le langage » comme une notion vague et indifférenciée.
  • Objectif Bac : dans une explication de texte, identifier d’emblée lequel des trois niveaux l’auteur vise — la faculté, le système ou l’acte —, car le même mot les recouvre et une méprise sur ce point fausse toute la lecture de la démarche.
  • Objectif Bac : réserver la distinction parole parlée / parole parlante (Merleau-Ponty) aux sujets qui touchent à l’invention verbale (poésie, création d’un concept, apprentissage) ; elle montre que la langue se transforme sous l’usage au lieu d’être un simple réservoir.
  • Objectif Bac : justifier la tripartition plutôt que l’exposer. Montrer qu’elle sépare ce qui relève du social et ce qui relève du sujet vaut mieux qu’une définition récitée en tête d’introduction et jamais réemployée.

Erreurs fréquentes

  • Employer « langue » et « langage » comme synonymes : le français est une langue ; la faculté de parler est le langage. Confondre les deux rend impossible toute analyse précise du sujet.
  • Réduire la parole à l’émission de sons. Un perroquet « parle » au sens où il produit des sons articulés, mais il ne parle pas au sens plein : il ne signifie rien, ne comprend pas, ne répond pas à une intention. Parler suppose le sens, pas seulement le son.
  • Écrire « le langage français » ou « la langue des abeilles ». Les formes correctes sont « la langue française » et, pour les animaux, « un code » ou « un système de signaux », tant que l’on n’a pas établi qu’il s’agit d’un langage.
  • Traiter la langue comme un outil que le sujet choisirait : personne ne décide du sens de « chien » ni de la syntaxe du français. La langue est reçue et contraignante ; ce qui est libre, c’est l’usage qu’en fait la parole.
  • Tenir l’écriture pour une simple transcription de la parole. L’écrit obéit à ses propres contraintes : il perd l’intonation et la situation partagée, il gagne la durée et la relecture. Les confondre interdit de traiter un sujet sur l’écriture ou sur la lecture.

§ 01

Révision active

Distinguez avec précision langage, langue et parole, puis expliquez pourquoi cette distinction est indispensable pour traiter un sujet comme « Parler, est-ce le propre de l’homme ? ». Rédigez un paragraphe d’introduction qui mobilise les trois termes.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Le langage est-il le propre de l’homme ?#

~7 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le langageBOBO-2019-philosophie-terminale-§La nature

Points clés

La thèse classique fait du langage le propre de l’homme. Aristote (Politique, I) définit l’homme comme l’animal doué de logos — terme qui signifie à la fois parole et raison. Là où l’animal n’a que la voix (phônè) pour exprimer le plaisir et la douleur, l’homme a la parole (logos) pour énoncer le juste et l’injuste, l’utile et le nuisible : c’est ce qui fonde la cité. Parler et penser sont, dans cette tradition, indissociables.
Descartes (Discours de la méthode, V ; Lettre au marquis de Newcastle) radicalise la thèse : ce qui distingue l’homme n’est pas l’organe vocal (les perroquets peuvent articuler), mais la capacité de composer librement des signes pour répondre au sens de ce qu’on lui dit, à propos de tout sujet. L’animal-machine émet des signaux fixes liés à ses états ; seul l’homme tient un discours réglé, inventif et universel.
L’objection contemporaine vient de l’éthologie et de la linguistique : les animaux communiquent (la « danse » des abeilles signalant la source de nectar, les cris d’alerte des vervets, les apprentissages de langues-signes chez certains grands singes). Mais on distingue le code (système de signaux fixes, liés à la situation, sans grammaire) du langage (signes arbitraires, articulés, productifs, détachables de l’ici-et-maintenant).
Émile Benveniste (Problèmes de linguistique générale) précise la différence : le « langage » des abeilles est un code de signaux, non un langage. Il n’y a pas de dialogue (le signal n’appelle pas de réponse signifiante), pas de décomposition en unités recombinables, pas de capacité à parler du passé, du possible ou de la négation. Le propre du langage humain est cette productivité illimitée et cette liberté à l’égard de la situation présente.
Repère mobilisable : objectif / subjectif / intersubjectif. Le langage n’est pas seulement un outil objectif d’information : il instaure de l’intersubjectivité — la possibilité de se reconnaître mutuellement comme sujets, de dire « je » et « tu », de tenir un dialogue. C’est moins l’émission d’un signal que cette relation de sujet à sujet qui caractérise le langage humain.
La formule « le propre de l’homme » recouvre deux questions qu’il faut séparer. Elle peut demander ce que seuls les hommes font, question empirique que l’éthologie peut déplacer ; elle peut demander ce qui définit l’humanité, question à laquelle aucun relevé de comportements ne suffira jamais. Rousseau touche à la seconde dans le Discours sur l’origine de l’inégalité : la parole semble supposer une société déjà formée, et la société une parole déjà instituée. Ce cercle indique que le langage n’est pas une invention parmi d’autres.
Le tableau des critères (voir Fig. 2) n’est pas réservé à l’abeille : c’est un instrument à réemployer. Un langage de programmation possède une syntaxe stricte et une productivité illimitée, mais il n’adresse rien à personne et ne connaît ni la question ni le mensonge ; un gémissement signifie sans être articulé. Éprouver chaque candidat — code animal, machine, geste expressif — sur les mêmes critères vaut mieux que de décréter d’emblée que le langage est humain.

Communiquer n’est pas parler : code animal contre langage humain

Communiquer n'est pas parler : code / langageTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Critère · Code (animal) · Langage (humain); Signe · fixe, motivé · arbitraire, conventionnel; Structure · pas de grammaire · double articulation; Production · répertoire fini · énoncés illimités; Temps · ici et maintenant · passé, possible, négation; Relation · signal sans réponse · dialogue (je / tu)CritèreCode (animal)Langage (humain)Signefixe, motivéarbitraire, conventionnelStructurepas de grammairedouble articulationProductionrépertoire finiénoncés illimitésTempsici et maintenantpassé, possible, négationRelationsignal sans réponsedialogue (je / tu)
Fig. 2Le langage humain se distingue du code animal par l'arbitraire du signe, la double articulation, la productivité illimitée, l'ouverture au temps (passé, possible, négation) et le dialogue.
Fig. 2 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • LogosTerme grec désignant à la fois la parole articulée et la raison ; chez Aristote, le trait qui définit l’homme et fonde la cité.
  • CodeSystème fermé de signaux liés à une situation, sans grammaire ni recombinaison, dont relève la communication animale.
  • SignalÉlément qui déclenche une réaction sans être interprété, à la différence du signe, qui appelle une compréhension.
  • ProductivitéCapacité du langage humain à former une infinité d’énoncés inédits à partir d’un nombre fini d’unités.
  • Arbitraire du signeAbsence de lien naturel entre le signifiant et le signifié, le rapport étant institué par la convention d’une langue.
  • AnthropomorphismeAttribution de traits proprement humains à un être qui ne l’est pas, ici prêter une intention de signifier à un simple signal.
Exemple corrigé

La « danse des abeilles » est-elle un langage ?

L’abeille butineuse exécute, en rentrant à la ruche, une danse qui indique la direction et la distance de la source de nectar. Cette communication est-elle un langage ? Justifiez à l’aide des critères du langage humain.

  1. 01Reconnaître la communication

    Il y a bien transmission d’information : la danse renseigne efficacement les autres abeilles. Nier ce fait serait malhonnête. La question n’est donc pas « communiquent-elles ? » mais « est-ce un langage ? ».

  2. 02Tester l’arbitraire et l’articulation

    Le signal de l’abeille est motivé et fixe : la figure de la danse est mécaniquement liée à la position du soleil, non conventionnelle. Il n’y a pas de signes arbitraires recombinables, pas de grammaire : on ne peut pas former une infinité de « phrases » nouvelles.

  3. 03Tester la productivité et le dialogue

    Comme l’a noté Benveniste, l’abeille ne répond pas à la danse d’une autre par une danse : il n’y a pas de dialogue, pas de réponse signifiante. Le signal reste rivé à la situation présente : on ne peut « parler » d’une source d’hier, d’une source imaginaire ou d’une absence de source.

  4. 04Conclure

    La danse est un code de signaux remarquablement efficace, mais il lui manque l’arbitraire, l’articulation, la productivité illimitée et la dimension dialogique. Ce sont précisément les traits du langage humain.

Résultat : La danse des abeilles est une communication, non un langage : c’est un code de signaux motivés, fixes et rivés à la situation, dépourvu de grammaire, de productivité et de dialogue. La comparaison confirme, sans mépriser l’animal, en quoi le langage humain est singulier.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir construire la dialectique communication animale / langage humain — reconnaître que les animaux communiquent, puis montrer en quoi cela diffère d’un langage (arbitraire, articulation, productivité, dialogue, distance à la situation).
  • Objectif Bac : citer avec précision Aristote (l’homme « animal doué de logos »), Descartes (la réponse au sens, contre le perroquet) et Benveniste (code des abeilles ≠ langage) plutôt que d’affirmer sans preuve que « seul l’homme parle ».
  • Objectif Bac : séparer dès l’introduction les deux sens de « propre de l’homme » (ce que seul l’homme fait, ce qui définit l’homme), faute de quoi un contre-exemple animal semblera réfuter une thèse qu’il n’atteint pas.
  • Objectif Bac : convertir la comparaison en critères. Un examen à quatre entrées (arbitraire, articulation, productivité, dialogue) permet de traiter n’importe quel candidat, là où l’accumulation d’exemples animaliers reste anecdotique.
  • Objectif Bac : mentionner le cercle relevé par Rousseau (la parole suppose la société, la société suppose la parole) pour montrer que l’origine du langage n’est pas une question de fait en attente de documents, mais un problème philosophique.

Erreurs fréquentes

  • Nier en bloc toute communication animale pour « sauver » le propre de l’homme : c’est factuellement faux et fragilise la copie. La bonne stratégie est de distinguer communiquer (que les animaux font) et parler un langage (productif, articulé, dialogique).
  • Confondre la voix et la parole : un perroquet articule des sons humains sans tenir de discours. Disposer de l’organe ne suffit pas ; ce qui compte, c’est la capacité à composer librement des signes en fonction du sens (argument cartésien).
  • Traiter une expérience d’apprentissage de signes chez un grand singe comme une réfutation acquise. La forme correcte est de dire ce qu’elle établit et ce qu’elle laisse ouvert : l’acquisition d’un lexique n’établit ni la syntaxe productive ni le dialogue, qui sont précisément les critères en jeu.
  • Réduire le logos d’Aristote à un moyen de communication perfectionné. Ce que l’homme peut énoncer, selon la Politique, c’est le juste et l’injuste, l’utile et le nuisible — et c’est de là que naît la cité. Omettre cette conséquence politique ampute la référence de moitié.
  • Prendre les performances d’une machine conversationnelle pour une objection décisive. La forme correcte est de nommer le critère visé : produire des énoncés bien formés n’établit ni l’intention de signifier ni la position d’un sujet qui dit « je » et répond à un autre.

§ 02

Révision active

« La communication animale est-elle un langage ? » Dressez un tableau opposant le code (signaux animaux) et le langage humain selon quatre critères (arbitraire du signe, articulation/grammaire, productivité, rapport au présent), puis tirez-en une réponse nuancée.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Langage et pensée : peut-on penser sans mots ?#

~8 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le langageBOBO-2019-philosophie-terminale-§La raison

Le langage face à la pensée : exprimer, former, limiter

Le langage face à la pensée : trois thèsesArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Exprimer : la pensée préexiste; Former : penser dans les mots (Hegel); Limiter : le mot fige le vécu (Bergson)Pensée / langage ?Exprimer : la pensée préexisteFormer : penser dans les mots (Hegel)Limiter : le mot fige le vécu (Bergson)
Fig. 3Trois thèses sur le rapport pensée/langage : instrumentale (exprimer), constitutive de Hegel (former), critique de Bergson (limiter). Synthèse : le langage est à la fois condition (clarté, partage) et limite (généralité) de la pensée.

Points clés

Le problème central : le langage exprime-t-il une pensée déjà constituée, ou bien la forme-t-il ? Deux thèses s’opposent. Pour la thèse « instrumentale », la pensée préexiste et le langage n’est qu’un vêtement, un outil de transmission. Pour la thèse « constitutive », il n’y a pas de pensée claire sans langage : penser, c’est déjà parler intérieurement.
Hegel défend la thèse constitutive : « C’est dans les mots que nous pensons » (Philosophie de l’esprit, Encyclopédie). La pensée n’atteint sa détermination, sa clarté, sa fixité que lorsqu’elle s’incarne dans le mot. Une « pensée » purement intérieure et sans mots resterait un sentiment confus, une virtualité indéterminée : nommer, c’est rendre la pensée objective et communicable, donc pleinement pensée.
Bergson nuance et inverse partiellement : le langage, fait de mots généraux et figés, est utile pour l’action sociale, mais il trahit la singularité et la mobilité de la vie intérieure. Les mots, communs à tous, recouvrent et nivellent les nuances de mon expérience vécue ; ils « écrasent » le sentiment individuel sous l’étiquette générale. Le langage exprime mal le singulier et le mouvant (Essai sur les données immédiates de la conscience).
Une synthèse possible : le langage est à la fois condition et limite de la pensée. Condition, car sans mots la pensée resterait confuse et incommunicable (Hegel) ; limite, car le mot général ne dit jamais entièrement le vécu singulier (Bergson). On peut soutenir que le langage rend la pensée possible tout en lui imposant ses cadres — ce que prolonge l’hypothèse (discutée) selon laquelle la langue maternelle oriente notre découpage du monde.
Repères mobilisables : concept / image / métaphore et médiat / immédiat. Le mot fonctionne comme concept (général, abstrait) ; pour dire le singulier ou l’ineffable, on recourt à l’image et à la métaphore. Le langage est un rapport médiat (par signes) à un vécu d’abord immédiat : cette médiation éclaire la pensée mais l’éloigne de l’immédiateté de l’expérience.
Repère décisif ici : genre / espèce / individu. Tout nom commun désigne un genre ou une espèce, jamais l’individu comme tel : dire « un arbre », c’est déjà ranger cette chose-ci sous une classe et ne retenir d’elle que ce qu’elle partage. Hegel en tire un paradoxe dans l’analyse de la certitude sensible (Phénoménologie de l’esprit) : voulant dire ce « ceci » unique, je ne prononce que des universels, car « ceci », « ici » et « maintenant » conviennent à n’importe quoi. La langue possède bien des moyens de viser le singulier — nom propre, démonstratif, description — mais elle le désigne en s’appuyant sur la situation au lieu de le dire.
Wittgenstein permet de trancher l’objection de l’ineffable autrement que par l’autorité. Le Tractatus logico-philosophicus soutient que les limites de mon langage signifient les limites de mon monde, et s’achève sur l’exigence de taire ce dont on ne peut parler : il y a de l’inexprimable, mais rien n’autorise à en faire une pensée. Les Recherches philosophiques vont plus loin : une signification que je serais seul à pouvoir contrôler n’en serait pas une, faute de tout critère distinguant avoir raison de croire avoir raison. Une pensée strictement privée n’est pas une pensée obscure, c’est une hypothèse sans emploi.

Vocabulaire

→ Cartes
  • ConceptReprésentation générale et abstraite qui range une pluralité d’objets sous un même terme.
  • IndividuL’être singulier lui-même, que le nom commun ne peut atteindre qu’en le rangeant sous une classe qui le dépasse.
  • IneffableCe qui ne peut être dit, soit qu’aucun mot ne lui corresponde, soit que sa singularité excède toute formule générale.
  • Discours intérieurParole silencieuse que le sujet s’adresse à lui-même, invoquée pour soutenir que penser, c’est déjà parler.
  • IntuitionSaisie immédiate d’un objet par l’esprit, sans le parcours par étapes qu’impose le discours.
  • Langage privéLangue dont les mots renverraient à des expériences que seul le locuteur pourrait connaître ; Wittgenstein en montre l’impossibilité.
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Exemple corrigé

Le langage trahit-il la pensée ?

« Le langage trahit-il la pensée ? » Dégagez le problème, confrontez les thèses de Hegel et de Bergson, et proposez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    « Trahir » suppose qu’une pensée intérieure, riche et fidèle à elle-même, serait déformée par le mot. Mais cela présuppose une pensée déjà constituée avant le langage — présupposé qu’il faut justement examiner. Le sujet oppose deux conceptions du rapport pensée/langage.

  2. 02Thèse : le langage exprime fidèlement (et même constitue)

    Avec Hegel, on objecte qu’une pensée « avant les mots » n’est qu’un sentiment vague, indéterminé. Le mot ne trahit pas la pensée : il la détermine, la fixe, la rend claire et partageable. Ne pas trouver ses mots, c’est souvent ne pas encore penser clairement. Le langage est l’acte même de la pensée.

  3. 03Antithèse : le langage trahit le singulier

    Avec Bergson, on reconnaît que le mot est général et commun : il range mon expérience unique sous une étiquette partagée (« joie », « tristesse ») et en écrase les nuances mouvantes. Pour le vécu singulier, l’ineffable, l’émotion fine, le langage ordinaire reste en deçà — d’où le recours de l’art à l’image et à la métaphore.

  4. 04Synthèse

    Le langage ne trahit pas la pensée conceptuelle (il la constitue), mais il peine à dire le singulier immédiat. La « trahison » n’est donc pas une déformation mais une rançon de la généralité : ce qui rend la pensée communicable lui interdit d’épouser parfaitement le vécu individuel.

Résultat : Le langage ne trahit pas la pensée au sens où il la déformerait : il la rend au contraire déterminée et partageable, et la constitue souvent (Hegel). Mais sa généralité même le rend impuissant à dire intégralement le singulier et le mouvant (Bergson). Le langage est ainsi condition de la pensée claire et limite face au vécu immédiat.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : ne pas trancher trop vite. Le meilleur traitement articule la thèse constitutive (Hegel : penser, c’est parler) et l’objection (Bergson : le mot trahit le singulier), pour aboutir à un langage « condition et limite » de la pensée.
  • Objectif Bac : distinguer rigoureusement « exprimer » (rendre manifeste une pensée préexistante) et « former / constituer » (faire exister la pensée elle-même) — c’est la charnière conceptuelle du sujet « Le langage trahit-il la pensée ? ».
  • Objectif Bac : distinguer trois thèses plutôt que deux — la pensée précède le langage, le langage forme la pensée, le langage limite ce qui peut être pensé —, car c’est la troisième qui donne à la dissertation sa dernière partie.
  • Objectif Bac : mobiliser le repère genre / espèce / individu pour rendre l’objection de Bergson démonstrative : le mot dit toujours une classe, jamais cette expérience-ci, ce qui explique pourquoi le vécu singulier résiste au vocabulaire disponible.
  • Objectif Bac : opposer à l’argument de l’ineffable la réponse de Wittgenstein (une signification que nul ne pourrait contrôler n’en serait pas une) au lieu de conclure au mystère de la vie intérieure, qui clôt le devoir au lieu de l’ouvrir.

Erreurs fréquentes

  • Affirmer « j’ai des pensées que les mots ne peuvent pas dire » comme une évidence qui clôt le débat : c’est précisément l’objet de la discussion. Hegel répondrait qu’une pensée totalement indicible n’est encore qu’un sentiment confus, pas une pensée déterminée.
  • Réduire le langage à un simple « outil » neutre de communication, en ignorant qu’il structure aussi ce que nous pouvons penser et percevoir. Inversement, soutenir un déterminisme linguistique absolu (« on ne peut penser que ce que sa langue permet ») est tout aussi excessif.
  • Écrire que « les mots ne rendent pas compte de mes sentiments » et s’en tenir là. La forme correcte nomme ce qui résiste — le mot est général, l’expérience singulière — puis examine les moyens par lesquels la langue vise malgré tout le singulier : nom propre, démonstratif, métaphore.
  • Prêter à Hegel l’idée que penser reviendrait à parler à voix haute. Sa thèse est que la pensée n’atteint sa détermination qu’en s’objectivant dans le mot ; la parole intérieure suffit à cela. Ce qui est exclu, c’est une pensée déterminée sans aucune forme verbale.
  • Citer Bergson contre le langage sans voir qu’il écrit, et remarquablement. La forme correcte précise la portée de sa critique : elle vise le mot général comme instrument d’action sociale, non l’écriture ni la métaphore, qui sont ses propres moyens pour dire le mouvant.

§ 03

Révision active

« Peut-on penser sans langage ? » Construisez un plan dialectique en trois temps : (I) une pensée sans mots semble possible (intuition, image), (II) mais une pensée déterminée et communicable exige le langage (Hegel), (III) le langage est donc condition de la pensée, tout en la limitant (Bergson). Rédigez les phrases de transition.

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Rappel actif

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Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

Le signe et la signification : l’arbitraire du signe (Saussure)#

~7 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le langage

Points clés

Le signe linguistique, selon Saussure, unit non une chose et un nom, mais un concept (le signifié) et une image acoustique (le signifiant). Le signifiant est la face sensible du signe (la suite de sons /a-r-b-r/), le signifié son contenu intelligible (le concept d’arbre). Les deux faces sont aussi indissociables que le recto et le verso d’une feuille : on ne peut couper l’une sans l’autre.
Premier principe : l’arbitraire du signe. Le lien entre signifiant et signifié n’est pas naturel mais conventionnel. Rien dans le concept « sœur » n’appelle la suite de sons « sœur » : preuve en est que d’autres langues nomment la même chose autrement (sister, Schwester, hermana). L’onomatopée (« cocorico », « miaou ») ne contredit pas le principe, car elle aussi varie d’une langue à l’autre et reste partiellement conventionnelle.
Conséquence majeure : la valeur d’un signe est différentielle. Un signe n’a pas de sens isolément, mais par opposition aux autres signes du système : « mouton » se définit en français parce qu’il s’oppose à d’autres mots, là où l’anglais distingue sheep (l’animal) et mutton (la viande). La langue est un système de différences : « dans la langue, il n’y a que des différences », sans termes positifs.
Second principe : le caractère linéaire du signifiant. Étant de nature auditive, le signifiant se déroule dans le temps, sur une seule dimension : on ne peut prononcer deux sons en même temps. De là découle l’ordre, la syntaxe, la combinaison successive des unités — propriété qui distingue le signe linguistique des signes visuels simultanés.
L’arbitraire du signe a une portée philosophique : il sépare le langage du monde. Puisque les mots ne sont pas attachés naturellement aux choses, le langage n’est pas un décalque du réel mais un découpage conventionnel. Cela ouvre la question : chaque langue impose-t-elle une « vision du monde » particulière (hypothèse débattue) ? Et cela rend possibles le mensonge et la fiction (section suivante), puisque le signe ne tient pas du réel.
Le schéma du signe (voir Fig. 4) ne comporte que deux faces, et c’est ce qu’on lui a reproché : il laisse croire que comprendre un mot, ce serait lui associer un contenu mental. Wittgenstein ouvre les Recherches philosophiques sur cette image du langage — apprendre à parler consisterait à apprendre le nom des choses — pour montrer qu’elle ne convient qu’à une petite part du vocabulaire : « encore », « bonjour », « pourquoi » ne nomment rien du tout. La signification d’un mot tient à son usage dans la langue, c’est-à-dire à sa place dans une activité réglée, un jeu de langage ; le sens de « dalle » sur un chantier est ce que les ouvriers en font.

Le signe linguistique selon Saussure (signifiant / signifié)

Le signe linguistique (Saussure)Graphe, Signifié → Signifiant, Signifiant → RéférentSignifiéSignifiantRéférentarbitrairehors du signe
Fig. 4Le signe unit deux faces indissociables — un signifié (le concept « arbre ») et un signifiant (l'image acoustique /arbr/) — par un lien arbitraire (d'où tree, Baum, árbol). Le référent, l'arbre réel, reste hors du signe.
Fig. 4 ↓
L’arbitraire éclaire aussi la traduction. Si les langues étaient des nomenclatures, traduire reviendrait à changer d’étiquettes ; comme elles découpent différemment, il faut reconstruire une valeur dans un autre système de différences, et certains termes n’ont pas d’équivalent immédiat. On en tire parfois l’hypothèse d’une relativité linguistique, chaque langue imposant à ses locuteurs une vision du monde. L’objection tient en une remarque : pouvoir expliquer en français ce que sheep ne recouvre pas prouve que la frontière est franchissable. La langue oriente le découpage, elle ne l’enferme pas.

Vocabulaire

→ Cartes
  • SignifiantFace sensible du signe, suite de sons ou de traces qui porte le signifié.
  • SignifiéContenu conceptuel associé au signifiant dans une langue donnée, à ne pas confondre avec la chose désignée.
  • RéférentChose ou état de choses auquel un énoncé renvoie, extérieur au signe et absent du couple signifiant-signifié.
  • ValeurChez Saussure, ce qu’un terme vaut par opposition aux autres termes du système, et non par ce qu’il désignerait isolément.
  • ConventionInstitution collective non délibérée qui fixe l’usage d’un signe au sein d’une communauté de locuteurs.
  • Jeu de langageChez Wittgenstein, activité réglée dans laquelle des mots sont employés et hors de laquelle ils n’auraient pas de signification.
Exemple corrigé

Tirer les conséquences de l’arbitraire du signe

« Le langage est-il un miroir du réel ? » En vous appuyant sur l’arbitraire du signe, montrez que le langage ne reflète pas le monde mais le découpe.

  1. 01Poser l’apparence

    Spontanément, on croit que les mots sont l’étiquette des choses : à chaque chose son nom, comme si le langage doublait fidèlement le réel. Cette « théorie du miroir » suppose un lien naturel entre les mots et les choses.

  2. 02Opposer l’arbitraire

    Or le signe est arbitraire : le même concept reçoit des signifiants différents selon les langues (arbre / tree / Baum). Si le lien était naturel, toutes les langues nommeraient pareillement. Le mot n’est donc pas attaché à la chose ; le langage n’est pas un décalque du réel.

  3. 03Montrer le découpage

    Les langues ne découpent pas le réel de la même façon : là où le français a « mouton », l’anglais distingue sheep et mutton. La valeur d’un mot dépend du système (différences) et non d’une réalité préexistante. Le langage organise et structure notre rapport au monde plutôt qu’il ne le reflète.

  4. 04Nuancer

    Cela ne signifie pas que le langage soit coupé du réel : il permet de parler du monde et d’agir sur lui efficacement. Mais il l’aborde toujours par un découpage conventionnel — d’où l’hypothèse, à manier avec prudence, que chaque langue porte une certaine « vision du monde ».

Résultat : L’arbitraire du signe interdit de voir dans le langage un miroir du réel : les mots ne sont pas attachés naturellement aux choses, et les langues découpent diversement le monde. Le langage est moins un reflet du réel qu’un système conventionnel qui structure notre accès aux choses.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir exposer correctement le couple signifiant / signifié (et ne pas le confondre avec « mot / chose ») et énoncer l’arbitraire du signe avec un exemple translinguistique probant.
  • Objectif Bac : tirer les conséquences philosophiques de l’arbitraire — autonomie du langage par rapport au réel, langue comme système de différences, possibilité du mensonge et de la fiction — plutôt que de réciter Saussure sans l’exploiter.
  • Objectif Bac : tenir trois termes là où les copies n’en gardent que deux — signifiant, signifié, référent. La chose désignée n’entre pas dans le signe, et c’est précisément ce qui rend possible de parler de ce qui n’existe pas.
  • Objectif Bac : opposer au modèle du nom la thèse de l’usage (Wittgenstein) dès qu’un sujet porte sur la signification : beaucoup de mots ne nomment rien, et leur sens tient à ce qu’on en fait dans une pratique réglée.
  • Objectif Bac : exploiter l’arbitraire pour traiter la traduction — passer d’une langue à l’autre n’est pas substituer des étiquettes, mais reconstruire une valeur dans un système de différences qui n’a pas les mêmes découpes.

Erreurs fréquentes

  • Croire que « signifiant = le mot » et « signifié = la chose ». Le signifié est le concept, pas l’objet réel ; le référent (la chose désignée) est encore autre chose. Confondre signifié et référent ruine l’analyse.
  • Penser que l’arbitraire signifie « chacun choisit librement ses mots ». L’arbitraire porte sur l’origine du lien signifiant/signifié, pas sur l’usage : une fois la langue établie, le locuteur ne peut pas changer les mots à sa guise — la langue s’impose à lui.
  • Illustrer l’arbitraire par « chaque peuple a choisi ses mots » : nul n’a rien choisi. La forme correcte est que le lien n’est pas motivé par la nature de la chose et qu’il s’est institué par l’usage collectif, sans décision ni délibération.
  • Écrire que la langue est « un système de différences » sans en tirer de conséquence. La forme correcte applique la formule : un terme change de valeur dès qu’on ajoute ou retire un autre terme dans le même champ, ce qui explique l’absence d’équivalents exacts entre deux langues.
  • Attribuer à Wittgenstein l’idée que les mots n’auraient pas de sens fixe et que chacun parlerait comme il l’entend. Sa thèse est l’inverse : l’usage est réglé par une pratique publique, et c’est justement ce qui interdit un langage strictement privé.

§ 04

Révision active

Expliquez et illustrez la formule de Saussure : « le signe linguistique est arbitraire ». Montrez ensuite en quoi ce principe a des conséquences philosophiques sur le rapport du langage au réel (le langage est-il un miroir des choses ?).

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Les pouvoirs du langage : convaincre, persuader, dire le vrai et le faux#

~7 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-philosophie-terminale-§Le langageBOBO-2019-philosophie-terminale-§La vérité

Points clés

Le langage n’est pas seulement un instrument neutre de description : c’est une puissance d’action. Parler, c’est souvent faire — promettre, ordonner, baptiser, déclarer la guerre. Au-delà de l’information, le langage permet d’agir sur autrui : informer, mais aussi convaincre, persuader, séduire, blesser, mentir, créer des mondes imaginaires.
Distinction-clé (repère persuader / convaincre). Convaincre, c’est s’adresser à la raison de l’interlocuteur par des arguments et des preuves : on emporte l’assentiment de quiconque raisonne, au nom du vrai, et la conviction est en droit universelle. Persuader, c’est s’adresser aux affects (émotions, désirs, imagination) pour emporter l’adhésion, indépendamment de la vérité : la persuasion peut réussir avec un discours faux.
Cette distinction structure l’opposition platonicienne entre rhétorique et dialectique (Gorgias). La rhétorique du sophiste vise l’efficacité — persuader la foule, l’emporter — sans souci du vrai ; Socrate lui oppose la dialectique, recherche commune du vrai par le dialogue et l’examen rationnel. Le danger du langage est là : un discours peut être persuasif et faux, séduisant et trompeur (la démagogie, la propagande, la publicité).
Le langage peut dire le faux et mentir. Parce que le signe est détaché du réel (arbitraire), il peut affirmer ce qui n’est pas. Le mensonge suppose deux conditions : énoncer le faux et avoir l’intention de tromper (dire une fausseté qu’on croit vraie n’est pas mentir, c’est se tromper). Cette possibilité du mensonge est l’envers d’un pouvoir : celui de ne pas être collé au présent et au réel.
Le langage a enfin un pouvoir créateur et poétique. Il peut produire des êtres de fiction (romans, mythes), donner forme à l’imaginaire, et — par la métaphore — dire l’indicible autrement que le concept (repère concept / image / métaphore). Bilan nuancé : le langage est ambivalent — pouvoir de vérité et de partage, mais aussi de manipulation et d’illusion. D’où l’exigence éthique d’un usage responsable de la parole.
Le tableau des deux voies (voir Fig. 5) se lit sur trois plans qu’il faut tenir ensemble : les moyens (des raisons ou des affects), la visée (le vrai ou l’adhésion), la portée (valable pour quiconque raisonne ou pour tel auditoire seulement). Un discours peut convaincre sans persuader — une démonstration exacte qui n’entraîne personne — ou persuader sans convaincre, régime ordinaire de la publicité. La copie de philosophie relève entièrement du premier registre : le correcteur n’a pas à être séduit, il attend que chaque affirmation soit explicitement justifiée, et c’est à cette exigence que se reconnaît un raisonnement rigoureux.

Convaincre / persuader : deux manières d’agir par la parole

Convaincre / persuader : deux pouvoirs de la paroleTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Critère · Convaincre · Persuader; Vise… · la raison · les affects; Moyens · arguments, preuves · images, style, émotion; Rapport au vrai · au nom du vrai · indifférent au vrai; Portée · universelle · particulière; Art (Platon) · dialectique · rhétoriqueCritèreConvaincrePersuaderVise…la raisonles affectsMoyensarguments, preuvesimages, style, émotionRapport au vraiau nom du vraiindifférent au vraiPortéeuniverselleparticulièreArt (Platon)dialectiquerhétorique
Fig. 5Convaincre s'adresse à la raison par des arguments (visée de vérité, dialectique) ; persuader s'adresse aux affects par le style (visée d'adhésion, rhétorique). Un discours persuasif peut être faux : d'où son danger.
Fig. 5 ↓
Rousseau renverse l’idée que le langage aurait commencé par nommer. Dans l’Essai sur l’origine des langues, il soutient que les premiers mobiles de la parole furent des passions et non des besoins, si bien que les premières expressions furent des figures : l’homme effrayé par un inconnu l’appelle d’abord géant, et ne le nommera homme qu’après avoir comparé. Le sens propre arrive en dernier. Cette thèse retourne la hiérarchie habituelle, puisque la métaphore n’y est plus un ornement ajouté au concept, mais ce dont le concept est issu.

Vocabulaire

→ Cartes
  • ConvaincreEmporter l’assentiment par des raisons et des preuves adressées à la raison, avec une prétention à valoir pour quiconque raisonne.
  • PersuaderEmporter l’adhésion en agissant sur les affects et l’imagination, indépendamment de la vérité de ce qui est avancé.
  • RhétoriqueArt de composer un discours efficace, que Platon oppose à la dialectique lorsqu’il vise le succès plutôt que le vrai.
  • SophisteMaître de discours de l’Athènes classique, enseignant contre salaire l’art de l’emporter dans une controverse.
  • PerformatifÉnoncé qui accomplit l’acte qu’il formule au lieu de le décrire, à condition que la situation et l’autorité requises soient réunies.
  • MensongeÉnoncé que le locuteur tient pour faux et profère avec l’intention de tromper son destinataire.
Exemple corrigé

Distinguer convaincre et persuader dans un discours publicitaire

Une publicité affirme : « 9 dentistes sur 10 recommandent ce dentifrice — adoptez le sourire qui change tout. » Le discours cherche-t-il à convaincre ou à persuader ? Analysez les procédés et leur rapport à la vérité.

  1. 01Repérer la visée

    La publicité veut faire adhérer le destinataire (acheter), non lui faire reconnaître une vérité démontrée. La visée est l’adhésion et l’action, pas la connaissance : indice fort d’un discours de persuasion.

  2. 02Analyser les procédés rationnels apparents

    Le « 9 sur 10 » imite un argument (chiffre, autorité des dentistes) : il y a un vernis de conviction. Mais la donnée est invérifiable, décontextualisée (recommandé pour quoi ? sur quel échantillon ?). L’apparence d’argument sert ici la persuasion, non une preuve rigoureuse.

  3. 03Analyser les procédés affectifs

    « le sourire qui change tout » s’adresse au désir de plaire, à l’imaginaire de la réussite et de la séduction : ce sont des affects, pas des raisons. Le slogan, le rythme, la promesse de transformation relèvent du style rhétorique.

  4. 04Conclure sur le rapport au vrai

    Le discours cherche d’abord à persuader : il mobilise les affects et un argument d’autorité non vérifiable pour emporter l’adhésion, indépendamment d’une vérité établie. Convaincre exigerait des preuves contrôlables et une visée de vérité, que la publicité, par nature, ne poursuit pas.

Résultat : La publicité relève de la persuasion : sous l’apparence d’un argument (le « 9 sur 10 »), elle vise l’adhésion par les affects et l’autorité, sans souci de vérité contrôlable. L’exemple illustre la distinction platonicienne entre une rhétorique de l’efficacité et une dialectique du vrai — et le danger d’un langage persuasif détaché de la vérité.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : maîtriser parfaitement la distinction convaincre / persuader (moyens : raison vs affects ; visée : vrai vs adhésion ; portée : universelle vs particulière) et l’appliquer à des exemples actuels (publicité, débat, discours politique).
  • Objectif Bac : relier les « pouvoirs » du langage à l’arbitraire du signe (section 4) pour expliquer pourquoi le langage peut mentir et créer de la fiction, et adosser l’analyse de la rhétorique à Platon (Gorgias).
  • Objectif Bac : appliquer la distinction convaincre / persuader à sa propre copie. Une dissertation ne cherche pas à plaire au correcteur mais à justifier explicitement chaque affirmation ; c’est le critère à partir duquel un devoir est tenu pour rigoureux.
  • Objectif Bac : traiter le mensonge par ses deux conditions (énoncer le faux, avoir l’intention de tromper) pour séparer nettement mentir, se tromper, exagérer et taire — un sujet sur le mensonge se joue entièrement sur cette analyse.
  • Objectif Bac : mobiliser Rousseau (Essai sur l’origine des langues) quand un sujet oppose l’expression et l’information : soutenir que le langage figuré précède le sens propre renverse l’ordre attendu et fournit une troisième partie.

Erreurs fréquentes

  • Prendre « persuader » comme un simple synonyme de « convaincre ». En philosophie, ils s’opposent : convaincre passe par la raison et la preuve (visée de vérité), persuader par les affects (visée d’adhésion, indifférente au vrai). Confondre les deux fait manquer l’essentiel du sujet.
  • Faire du langage un pur instrument de tromperie (« le langage ment toujours ») ou, à l’inverse, un pur outil de vérité. Le langage est ambivalent : c’est le même pouvoir — dire ce qui n’est pas présent — qui rend possibles la science, la fiction et le mensonge.
  • Écrire que « la rhétorique est mauvaise ». La forme correcte distingue les textes : Platon condamne dans le Gorgias une rhétorique qui flatte et vise le succès sans savoir, mais admet dans le Phèdre un art de conduire les âmes fondé sur la dialectique et sur la connaissance de ce dont on parle.
  • Prendre « performatif » pour un synonyme d’« efficace ». La forme correcte : un énoncé performatif accomplit l’acte qu’il énonce (« je promets », « la séance est ouverte ») et suppose des conditions — l’autorité du locuteur, la situation requise — faute desquelles il échoue sans pour autant être faux.
  • Traiter la fiction comme un mensonge. La forme correcte : le mensonge veut tromper, la fiction non ; le romancier ne prétend pas que ses personnages ont existé et le lecteur ne s’y trompe pas. Une fausseté partagée n’est pas une tromperie.

§ 05

Révision active

« Toute parole vise-t-elle la vérité ? » Distinguez convaincre et persuader, mobilisez l’opposition platonicienne rhétorique / dialectique, et discutez les cas où la parole vise l’efficacité (publicité, propagande) plutôt que le vrai. Proposez un plan en trois parties.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

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Sommaire

Section -- / 05

    • 01Langage, langue, parole : qu’est-ce que parler ?○
    • 02Le langage est-il le propre de l’homme ?◐
    • 03Langage et pensée : peut-on penser sans mots ?●
    • 04Le signe et la signification : l’arbitraire du signe (Saussure)◐
    • 05Les pouvoirs du langage : convaincre, persuader, dire le vrai et le faux●

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Des fiches à l'entraînement

Le langage

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de philosophie de terminale générale — annexe 1 de l’arrêté du 19-7-2019 (NOR MENE1921238A)

Voir aussi

  • La raison et la véritéLe langage sert la démonstration mais aussi la persuasion : le partage se fait ici.
  • La conscience et l’inconscientLe rapport du langage à la pensée éclaire ce que la conscience peut se dire d’elle-même.
  • La natureLe langage est-il le propre de l’homme ? La frontière nature / culture est le lieu du débat.

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