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« Les représentations du monde » est le second semestre de première de la spécialité HLP, arrimé à la période qui va de la Renaissance aux Lumières (XVe-XVIIIe siècle). Le programme l'aborde par TROIS entrées, qui peuvent se recouper : « Découverte du monde et pluralité des cultures », « Décrire, figurer, imaginer », « L'homme et l'animal ». On y apprend à lire les formes que prend la représentation du monde — récits de voyage, cartes et atlas, planches d'histoire naturelle, perspective peinte, utopies, fables, articles de dictionnaire — et à en dégager ce qu'elles engagent : la place de l'homme dans l'univers, le statut des autres cultures, la frontière entre l'homme et l'animal. L'épreuve écrite de terminale porte sur le programme de terminale ; les notions rencontrées ici doivent être connues et mobilisables, sans pouvoir constituer le ressort essentiel d'un sujet. Ce semestre est donc un socle : il fournit des notions, des textes et surtout deux méthodes — interpréter un texte, conduire un essai — qui sont exactement celles de l'épreuve.
6 sections~65 min de lecture5 compétencesVérifié · 06/2026
niveau de base
Tenez d'abord les deux couples de notions du thème — ethnocentrisme et relativisme, nature et culture — et sachez les adosser à un texte précis que vous avez vraiment lu (Montaigne, « Des cannibales » ; Descartes, Discours de la méthode, cinquième partie ; une utopie). Sachez aussi nommer les trois entrées du programme dans leurs termes exacts : un correcteur voit tout de suite si l'entrée « Décrire, figurer, imaginer » a été travaillée ou contournée.
niveau approfondi
Pour viser l'excellence, faites travailler les trois entrées les unes sur les autres : la découverte de terres et d'un ciel nouveaux impose de nouvelles formes de représentation (cartes, atlas, perspective, utopies), et ces formes décident à leur tour de la place que l'homme s'attribue parmi les vivants. Confrontez les positions plutôt que de les aligner (Descartes contre Montaigne sur la bête, Léry contre Montesquieu sur le regard étranger) et gardez la nuance décisive : critiquer l'ethnocentrisme ne conduit pas à un relativisme qui renoncerait à juger.
Profondeur de lecture : Approfondi
Taille du texte : Standard · Interligne : Compact
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6 sections30 points clés0 formule30 pièges signalés
Le monde s'agrandit deux fois (1480-1700)
Rapporter l'autre : les trois gestes du récit de voyage
Vocabulaire
→ CartesLe chapitre I, 31 des Essais s'ouvre sur une anecdote antique : le roi Pyrrhus, ayant reconnu l'ordonnance de l'armée romaine qui marche sur lui, déclare ne pas savoir « quels barbares sont ceux-ci », mais que « la disposition de cette armée que je voy, n'est aucunement barbare » ; Montaigne ajoute entre parenthèses que les Grecs appelaient ainsi « toutes les nations estrangieres ». Expliquez pourquoi un chapitre consacré au Brésil s'ouvre sur la Grèce et sur Rome, et ce que ce détour produit sur le lecteur.
Montaigne ne commence pas par son sujet. Il place en tête une scène antique, connue et sans rapport apparent avec le Nouveau Monde. Ce décalage n'est pas un ornement d'érudition : il installe le lecteur dans une position de spectateur, à distance, avant que sa propre culture ne soit mise en cause.
La parenthèse est l'outil décisif. En rappelant que « barbare » désignait chez les Grecs toute nation étrangère, Montaigne fait passer le mot du registre du jugement à celui de l'usage : il n'énonce pas une qualité de l'autre, il enregistre une frontière de langue. Le vocabulaire est démonté avant que l'objet soit décrit.
Pyrrhus est un Grec qui regarde des Romains, et son jugement de départ est démenti par ce qu'il voit. Le lecteur français du XVIe siècle occupe successivement les deux places : celle de qui juge et celle de qui est jugé barbare. L'anecdote fonctionne donc comme une expérience, non comme un exemple.
Quand le chapitre arrive enfin au Brésil, la formule est prête : « il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». Le critère du jugement s'est déplacé de la chose vers celui qui juge, et Montaigne le généralise aussitôt : « nous n'avons autre mire de la verité et de la raison que l'exemple et idée des opinions et usances du païs où nous sommes ».
Le chapitre ne décrit l'autre qu'après avoir disqualifié le mot qui l'aurait décrit d'avance. C'est une thèse sur la représentation elle-même : un récit de voyage ne rapporte pas d'abord un peuple, il expose le vocabulaire de celui qui le rapporte. Décrire suppose donc, en préalable, de critiquer ses propres catégories.
Montaigne ne renverse pas la hiérarchie en donnant la palme aux Tupinamba ; il conteste le critère qui la fondait. Et il tient à sa propre limite : « à ce qu'on m'en a rapporté » avoue une information de seconde main. Une copie qui lui prête l'éloge d'un peuple parfait lui prête l'inverse de sa méthode.
Résultat : Le détour par Pyrrhus n'est pas une entrée en matière décorative : c'est le dispositif de tout le chapitre. En rappelant que « barbare » nommait chez les Grecs l'étranger, Montaigne vide le mot de son contenu descriptif et le rend à l'usage de celui qui le prononce ; la formule sur « ce qui n'est pas de son usage » ne fait ensuite qu'expliciter le geste. L'interprétation gagne à dire que le texte critique le vocabulaire AVANT de décrire l'objet — c'est en cela qu'il est un texte sur la représentation du monde, et pas seulement sur le Brésil.
Erreurs fréquentes
Révision active
Sujet d'essai : « Agrandir le monde, est-ce y perdre sa place ? » Rédigez le plan détaillé — trois parties, une phrase de thèse par partie, et pour chacune un exemple précis emprunté à la période. Vous ferez travailler la révolution astronomique autant que les voyages, et vous conclurez sur ce que la période gagne à ce déplacement.
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Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Montaigne, Essais, I, 31, « Des cannibales » (exemplaire de Bordeaux, 1595) (Wikisource) · Programme d'enseignement de spécialité humanités, littérature et philosophie, classe de première (texte officiel) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
De la diversité constatée à ses deux réponses
Nature et culture : le socle et le variable
Vocabulaire
→ CartesDans « Des coches », Montaigne dresse le bilan de la conquête du Nouveau Monde en une phrase : « tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples passez au fil de l'espée, et la plus riche et belle partie du monde bouleversée pour la negotiation des perles et du poivre : mechaniques victoires ». Analysez la construction de cette phrase et dites quelle position elle occupe entre ethnocentrisme et relativisme.
Trois membres construits sur la même anaphore — « tant de… tant de… tant de » — font monter l'échelle du dégât : les villes, puis les nations, puis les millions d'hommes. L'accumulation n'informe pas, elle sature ; elle produit une masse que le lecteur ne peut plus se représenter, ce qui est déjà un jugement.
La phrase bascule sur son dernier membre : tout cela, dit Montaigne, « pour la negotiation des perles et du poivre ». Une entreprise que ses acteurs racontaient comme une épopée chrétienne et royale est ramenée d'un mot à un commerce d'épices. La disproportion entre le coût et le motif fait tout le travail.
« Mechaniques victoires » est un oxymore calculé. Au XVIe siècle, l'adjectif « mécanique » qualifie ce qui relève des métiers manuels et, par extension, ce qui est bas, servile, indigne d'un homme libre. Accolé à « victoires », mot de gloire militaire, il retire à la conquête la seule chose qu'elle revendiquait : la noblesse.
Montaigne ne juge pas les conquérants au nom des valeurs des vaincus ; il les juge au nom des valeurs dont l'Europe se réclame — courage, honneur, foi. C'est un retournement interne : le critère est celui de l'accusé. Voilà pourquoi le passage n'est ni ethnocentrique, puisqu'il refuse de faire du vainqueur la mesure, ni relativiste au sens faible, puisqu'il condamne.
Le texte illustre exactement ce qu'on appelle un relativisme critique : le décentrement sert à démasquer un critère arbitraire, non à suspendre tout jugement. Un relativisme qui interdirait de juger rendrait ce chapitre impossible — et c'est l'argument le plus économique dont vous disposiez contre le « tout se vaut ».
Résultat : La phrase fonctionne en deux temps : une accumulation qui installe la démesure du dégât, puis une chute qui en révèle le motif dérisoire, scellée par l'oxymore « mechaniques victoires ». Montaigne juge la conquête d'après les valeurs mêmes que l'Europe invoquait, et cette manière de retourner le critère contre celui qui l'énonce est la forme achevée du décentrement. Le passage donne donc, en dix lignes, la position que le thème demande de tenir : comprendre l'autre sans abdiquer le jugement, et faire porter d'abord ce jugement sur soi.
Erreurs fréquentes
Révision active
Réfutez en un paragraphe argumenté l'affirmation suivante : « puisque les cultures sont diverses, aucune pratique ne peut être critiquée de l'extérieur ». Vous accorderez d'abord ce qu'elle a de juste, vous montrerez ensuite en quoi elle se détruit elle-même, puis vous vous servirez du partage entre nature et culture pour préciser ce qui, dans une pratique, reste discutable.
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Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Montaigne, Essais, III, 6, « Des coches » (exemplaire de Bordeaux, 1595) (Wikisource) · Michel de Montaigne (notice de référence, en anglais) (Stanford Encyclopedia of Philosophy)
Les cinq chantiers de l'entrée « Décrire, figurer, imaginer »
Les trois verbes se recoupent : trois œuvres, trois opérations
Vocabulaire
→ CartesDiderot ouvre son article « ENCYCLOPÉDIE » (Encyclopédie, tome V, 1755) par l'étymologie — le mot « signifie enchaînement de connoissances », de en, kyklos, paideia — puis énonce le but de l'ouvrage : « rassembler les connoissances éparses sur la surface de la terre ; d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, & de le transmettre aux hommes qui viendront après nous ; afin que les travaux des siecles passés n'aient pas été des travaux inutiles pour les siecles qui succéderont ». Dégagez la conception de la représentation du monde qui s'y engage.
Diderot ne commence pas par une définition mais par un mot décomposé : « enchaînement de connoissances ». Le cercle qu'annonce le grec n'est pas un contenant mais une liaison. Avant tout contenu, l'ouvrage se donne donc pour ce qu'il est — une FORME, un ordre imposé à des savoirs qui n'en avaient pas.
La phrase énonce trois opérations distinctes : rassembler, exposer, transmettre. La première est spatiale — aller chercher ce qui est dispersé ; la deuxième est logique — en montrer le « système général » ; la troisième est temporelle — la remettre à ceux qui viendront. Une encyclopédie n'est complète qu'aux trois titres, et manquer l'un des trois la ramène à un simple recueil.
« Éparses sur la surface de la terre » traite le savoir comme un espace à parcourir et à lever. La métaphore n'est pas ornementale : elle place l'Encyclopédie du côté des inventaires du monde que le programme range dans cette entrée, à côté des atlas et de l'histoire naturelle. Elle décrit le savoir comme on décrivait alors la terre habitée.
La proposition « afin que les travaux des siecles passés n'aient pas été des travaux inutiles » donne à l'inventaire une fin qui n'est pas savante. Ordonner les connaissances devient un acte moral et politique : Diderot écrit plus loin que nos descendants, « devenant plus instruits », deviendront « plus vertueux & plus heureux ». Décrire le monde engage ici une idée du progrès.
Reste la contradiction féconde de l'ouvrage : il est classé par ordre ALPHABÉTIQUE, c'est-à-dire par un ordre arbitraire, alors qu'il promet un « système général ». C'est le renvoi d'article à article qui rétablit les liaisons que l'alphabet a rompues. La forme matérielle du livre est donc elle-même une thèse sur la manière dont les connaissances tiennent ensemble.
Résultat : L'ouverture de l'article ne présente pas un catalogue mais un programme de représentation. Le savoir y est traité comme un territoire dispersé qu'il faut lever, ordonner et transmettre, et cette triple opération donne à l'inventaire une finalité morale explicite. On peut conclure que l'Encyclopédie représente le monde deux fois : par ce qu'elle dit des choses, et par la forme qu'elle leur impose — l'alphabet corrigé par le renvoi. C'est l'exemple le plus net de la thèse de l'entrée : décrire, c'est déjà construire.
Erreurs fréquentes
Révision active
Sujet d'essai : « L'imagination éloigne-t-elle du réel ? » Rédigez seulement la première partie — la thèse la plus immédiate et l'objection qu'elle appelle. Vous prendrez appui sur deux objets de la période empruntés à deux chantiers différents : d'un côté une fiction de monde possible (une île, un voyage dans la Lune, un conte), de l'autre un instrument de description (une carte, une planche d'histoire naturelle, un article de dictionnaire).
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Rappel actif
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Sources : Diderot, article « ENCYCLOPÉDIE », Encyclopédie, 1re édition, tome V (1755) (Wikisource) · Programme d'enseignement de spécialité humanités, littérature et philosophie, classe de première (texte officiel) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
La querelle de l'animal-machine : deux chaînes d'arguments
Ce que la période met en commun, ce qu’elle réserve
Vocabulaire
→ CartesDescartes suppose des machines parfaitement imitatives. Si l'une avait « les organes et la figure extérieure d'un singe », nous n'aurions « aucun moyen » de la distinguer de l'animal ; si une autre avait « la ressemblance de nos corps », nous aurions « deux moyens très certains » de reconnaître qu'elle n'est pas un homme. Puis il ajoute : « par ces deux mêmes moyens, on peut aussi connoître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. » Analysez la structure de cet argument et dites ce qu'il établit exactement.
Descartes ne parle pas d'abord des bêtes mais d'automates fabriqués. Le détour n'est pas rhétorique : il permet de poser la question à l'état pur — quel comportement une pure mécanique ne peut-elle pas produire ? La réponse obtenue sur les machines sera ensuite appliquée aux animaux, ce qui est le moment décisif du texte.
Le critère n'est pas l'émission de paroles. Descartes concède qu'une machine peut « profére[r] quelques unes à propos des actions corporelles » — qu'on la touche, elle crie. Ce qu'elle ne peut pas, c'est « les arrange[r] diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence ». Le critère est donc la combinaison réglée et adaptée des signes, ce que Descartes accorde même « aux hommes les plus hébétés ».
Les machines pourraient faire certaines choses « aussi bien ou peut-être mieux » que nous, mais « manqueroient infailliblement en quelques autres ». La raison en est structurelle : leurs organes ont besoin d'« une particulière disposition pour chaque action particulière », tandis que « la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres ». Le critère est l'imprévu, non la performance.
L'argument bascule en une phrase : ces deux mêmes moyens font aussi connaître « la différence qui est entre les hommes et les bêtes ». Ce transfert est le point que l'analyse doit rendre visible, car c'est lui qui transforme un raisonnement sur des automates en une thèse sur le vivant. Il suppose que la bête soit du même côté que la machine, ce que rien dans les deux épreuves n'a prouvé.
Le texte nie à la bête la pensée et le langage au sens fort, et cette négation est métaphysique : elle découle de la conception du corps comme mécanisme. Elle n'est pas une invitation à la cruauté et ne se discute pas sur ce terrain-là. Mais elle a une conséquence pratique immédiate, que les adversaires de Descartes lui opposeront : un mécanisme n'a pas d'intérêts.
La bonne objection porte sur les épreuves elles-mêmes. La Fontaine, dans le « Discours à Madame de la Sablière » (Fables, IX, 1679), oppose des conduites animales qui s'adaptent à des situations neuves — le cerf qui brouille sa piste, la perdrix qui feint d'être blessée : exactement le second critère cartésien. Et Montaigne avait déjà contesté le préalable, en demandant par quelle comparaison nous prétendons connaître les « branles internes » des bêtes.
Résultat : L'argument ne repose pas sur une observation des animaux mais sur une expérience de pensée portant sur des machines, dont les conclusions sont ensuite transférées aux bêtes. Il établit deux critères précis — la combinaison des signes à propos, l'universalité de la conduite face à l'imprévu — et c'est sur eux, et sur le transfert qui les applique au vivant, que porte toute discussion sérieuse. L'interprétation doit donc restituer l'argument avant de le juger : c'est en montrant où il passe de la machine à la bête qu'on rend intelligible la querelle qu'il a ouverte pour un siècle.
Erreurs fréquentes
Révision active
Sujet d'essai : « Connaître les autres espèces, est-ce mieux connaître l'homme ? » Rédigez l'introduction complète et le plan en trois temps. Vous vous appuierez sur au moins un texte de la période et vous prendrez soin de distinguer, dans votre problématique, ce qui relève de la connaissance et ce qui relève du devoir.
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Sources : Descartes, Discours de la méthode, cinquième partie (édition Victor Cousin, 1824) (Wikisource) · Montaigne, Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond » (exemplaire de Bordeaux, 1595) (Wikisource)
Six jalons du répertoire, dans les trois temps de la période
Vocabulaire
→ CartesJean de Léry publie en 1578 l'Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil : un protestant français raconte ce qu'il a vu chez les Tupinamba. Montesquieu publie en 1721 les Lettres persanes : deux Persans imaginaires écrivent d'Europe ce qu'ils y observent. Ces deux livres n'ont ni le même siècle, ni le même genre, ni le même objet apparent. Montrez qu'ils accomplissent pourtant la même opération, et dites ce que le passage de l'un à l'autre a modifié.
Les deux livres font voir une société par un regard qui ne lui appartient pas. C'est l'opération de décentrement : ce qui allait de soi devient visible parce qu'il est décrit par quelqu'un pour qui cela ne va pas de soi. Repérer cette identité de fonction avant toute différence est ce qui distingue une mise en perspective d'un rapprochement thématique.
Léry rapporte ce qu'il a vu et tire son autorité du témoignage : il a vécu dix mois au Brésil et le rappelle. Montesquieu invente ses observateurs de toutes pièces et tire son autorité de la fiction, c'est-à-dire de la liberté qu'elle lui donne. Le premier est exposé au démenti des faits ; le second ne l'est pas, et il peut donc aller plus loin.
Chez Léry, l'objet reste le Brésil, même si l'Europe est jugée en chemin — la comparaison avec la famine du siège de Sancerre est une flèche décochée en passant. Chez Montesquieu, l'objet EST la France : le Persan n'est plus un peuple à décrire mais un instrument d'optique braqué sur nous. Le décentrement, d'effet secondaire, est devenu la fin du livre.
Le gain est une liberté critique : le programme range en effet dans le répertoire de la période des « essais de critique sociale et politique », et la fiction du regard étranger en est le véhicule le plus efficace. Le prix est que l'autre cesse d'être étudié pour lui-même : les Persans de Montesquieu nous apprennent peu sur la Perse. On passe d'un savoir sur autrui à un usage d'autrui.
Entre 1578 et 1721, l'Europe a intériorisé le geste qu'elle avait d'abord subi : elle n'a plus besoin d'un voyage réel pour se voir de l'extérieur, elle s'en fabrique un. La rencontre est devenue une méthode. C'est cette phrase, et non l'énumération des ressemblances, qui constitue la mise en perspective attendue.
Résultat : Les deux œuvres exécutent la même opération — rendre visible une société par un regard qui lui est étranger — mais elles la placent différemment. Chez Léry le décentrement est un effet du voyage ; chez Montesquieu il en est le procédé, et la fiction lui donne une liberté que le témoignage n'avait pas. Le passage de l'un à l'autre marque donc le moment où l'altérité, d'abord rencontrée, devient un instrument de critique interne — et c'est cela qu'une mise en perspective doit dire, en une phrase qui vaut mieux que dix ressemblances relevées.
Erreurs fréquentes
Révision active
Constituez votre propre jeu de repères : choisissez trois œuvres, une par siècle, et rédigez pour chacune une fiche de quatre lignes exactement — date sûre, genre, ce que l'œuvre représente du monde, notion du thème qu'elle permet d'illustrer. Terminez par une phrase unique qui OPPOSE deux de vos trois fiches sur un point précis.
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Rappel actif
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Sources : Programme d'enseignement de spécialité humanités, littérature et philosophie, classe de première (texte officiel) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Voltaire, Micromégas, histoire philosophique (1752), Œuvres complètes, Garnier, 1877 (Wikisource)
Ce que le sujet donne, et comment il est noté
L'essai : un mouvement, non un catalogue
Vocabulaire
→ CartesRédigez l'introduction complète d'un essai sur le sujet « Représenter le monde, est-ce le connaître ? », puis indiquez en trois phrases ce que contiendra chaque partie. Vous prendrez appui sur la période de la Renaissance aux Lumières.
Ouvrez sur un objet précis de la période : lorsque Ortelius réunit en 1570 des cartes de format homogène, l'Europe croit tenir le monde dans un volume. L'entrée en matière doit installer d'emblée l'idée que représenter est une opération technique et datée, et non une évidence intemporelle.
Deux exigences s'opposent. D'un côté, sans figure, sans carte, sans description, il n'y a pas de savoir communicable : représenter est la condition de connaître. De l'autre, toute représentation choisit une échelle, un point de vue, un ordre — la perspective suppose un œil unique, l'Encyclopédie un alphabet — et ce choix retranche autant qu'il montre.
La question devient : représenter donne-t-il accès au monde, ou seulement à la règle selon laquelle on l'a construit ? Formulée ainsi, elle appelle des réponses différentes et non une simple alternative, ce qui est exactement le critère d'une problématique utilisable.
Premier temps : sans représentation il n'y a pas de connaissance transmissible — la planche de Vésale, la carte, l'article de dictionnaire rendent le savoir public et vérifiable. Deuxième temps : toute représentation est réglée et située, donc partielle — le mot « artificielle » accolé à la perspective l'avoue. Troisième temps : c'est parce qu'elle est construite qu'elle est corrigible, et la connaissance progresse par la critique de ses propres formes, non par leur abandon.
Réservez à chaque temps un exemple qui lui appartienne en propre : l'atlas d'Ortelius pour le premier, la perspective artificielle pour le deuxième, Micromégas pour le troisième — le géant de Voltaire montre, en changeant d'échelle, ce que notre échelle nous cachait. Un essai se juge à la précision de ces attributions autant qu'à son plan.
Le danger est ici l'essai-catalogue : trois paragraphes de références sur la représentation, sans que la question posée avance. Vérifiez qu'entre la fin de la première partie et la fin de la troisième, la réponse a CHANGÉ. Si les deux se résument de la même façon, le plan est thématique et non dialectique.
Résultat : L'introduction obtenue transforme un intitulé en problème : elle part d'un objet daté, oppose la nécessité de représenter à la partialité de toute représentation, et formule la question sous une forme qui admet plusieurs réponses. Le plan qui en découle progresse au lieu de ranger — la représentation comme condition du savoir, puis comme construction située, puis comme construction critiquable et donc perfectible. C'est ce mouvement, plus que la richesse des exemples, qui distingue un essai d'une dissertation de connaissances.
Erreurs fréquentes
Révision active
Prenez trois lignes d'un texte de ce thème que vous avez sous la main et écrivez exactement trois phrases : la première nomme un fait de langue repérable, la deuxième dit ce qu'il produit sur celui qui lit, la troisième dit ce que le texte soutient alors sur le monde qu'il représente. Recommencez ensuite avec un autre fait de langue du même passage, puis comparez : lequel des deux enjeux méritait d'être appelé majeur ?
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Définition consolidée de l'épreuve terminale de spécialité HLP (en vigueur à compter de la session 2024) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Mémento du cadre réglementaire des évaluations au baccalauréat (septembre 2025) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
Vérifié · 06/2026Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres
Références et sources
Wikisource
Éduscol — ministère de l’Éducation nationale
Stanford Encyclopedia of Philosophy
Voir aussi