EuraStudy
Fiches/HLP — Humanités, littérature et philosophie/Les pouvoirs de la parole
FR · Bac

Les pouvoirs de la parole

Premier semestre de la classe de première, « Les pouvoirs de la parole » interroge le rôle du langage et de la parole dans les sociétés humaines, sur une période de référence qui va de l’Antiquité à l’Âge classique et qui inclut pleinement le Moyen Âge — le programme nomme lui-même les disputes des universités médiévales et demande que l’étude s’appuie sur des textes « antiques, classiques et médiévaux ». Trois entrées organisent le semestre : l’art de la parole (la rhétorique, ses opérations, ses genres, ses preuves), l’autorité de la parole (le poète garant de la mémoire, le serment, la parole politique, religieuse, savante et didactique) et les séductions de la parole (la sophistique, la flatterie, la fiction, l’emprise). Statut à l’examen, sans exagération dans un sens ni dans l’autre : la définition consolidée de l’épreuve écrite précise que celle-ci porte sur le programme de terminale, mais que les notions rencontrées en première « doivent être connues et mobilisables » sans pouvoir constituer « un ressort essentiel du sujet ». Ce semestre est donc un socle exigé, non un hors-programme.

5 sections·~59 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0111 / 8
Profil d’examen
Approfondissement de première — Repérer, apprécier et analyser les procédés et les effets de l’art de la parole dans des textes littéraires et philosophiques de l’Antiquité à l’Âge classique.Approfondissement de première — Identifier les divisions classiques de la rhétorique (opérations, parties du discours, genres, preuves) et évaluer leur effet sur un auditoire situé.Approfondissement de première — Analyser les formes d’autorité associées à la parole, poétique, politique, religieuse, savante et didactique, et les principes qu’elles invoquent pour l’établir.Approfondissement de première — Mesurer les questions et les conflits de valeurs que l’art de la parole a suscités, en distinguant convaincre, persuader et manipuler.Approfondissement de première — Mettre en œuvre soi-même ces procédés dans des expressions écrites et orales construites, et mettre en relation des textes éloignés autour d’un même problème.
Opérateurs :analyserinterpréter un texteproblématisermettre en relationdistinguerciternuancerargumenter

niveau de base

Fixez d’abord trois outils et sachez les appliquer à un texte précis : les trois preuves (ethos, pathos, logos), les trois genres du discours (délibératif, judiciaire, épidictique) et la distinction convaincre / persuader. Retenez pour chacun un exemple daté que vous pouvez raconter en trois phrases.

niveau approfondi

Articulez les trois entrées au lieu de les juxtaposer : la même puissance — agir sur autrui par des mots — fonde l’éloquence de Quintilien et la flatterie du courtisan. Nourrissez cette articulation de textes des trois moments de la période, Moyen Âge compris, et sachez restituer avec exactitude le procès que Platon fait à la rhétorique dans le Gorgias ainsi que ce que Pascal écrit réellement de l’art de persuader.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard · Interligne : Compact

Toujours charger les médias : désactivé

Sommaire · 5 sections▾
  1. Les pouvoirs de la parole
    • 01L’art de la parole : opérations, genres, preuves — et l’écart entre parole et écriture○
    • 02L’autorité de la parole : la Muse, le serment, la parole publique et ses règles◐
    • 03Les séductions de la parole : le procès de la rhétorique, la fiction et l’emprise●
    • 04Repères : les trois moments de la période, de Gorgias à La Fontaine◐
    • 05Méthode : l’interprétation et l’essai, et ce que ce semestre prépare vraiment●

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

L’art de la parole : opérations, genres, preuves — et l’écart entre parole et écriture#

~12 min de lecture●○○BaseBOHLP-1re-S1-Les pouvoirs de la parole-§L’art de la parole

Points clés

Parler n’est pas seulement décrire le monde : c’est agir sur quelqu’un. Le programme l’énonce dans ses propres termes en nommant « la variété de ses effets : persuader, plaire et émouvoir » — trois verbes qui traduisent la triade que la tradition latine, de Cicéron à saint Augustin, résume par docere, delectare, movere. L’art de la parole, première entrée de l’objet d’étude, est la discipline qui a codifié cette action : la rhétorique, art réglé du discours, née dans les cités grecques du Ve siècle avant notre ère et enseignée sans interruption jusqu’aux collèges du XVIIe siècle. Ce n’est ni un don ni un vernis, mais une technique transmissible, avec ses opérations, ses parties, ses genres et ses preuves.
La tradition latine découpe le travail de l’orateur en cinq opérations, dans l’ordre où il les accomplit : l’invention (trouver ce qu’on va dire), la disposition (l’ordonner), l’élocution (choisir les mots, le rythme et les figures), la mémoire (retenir) et l’action (donner voix, visage et geste au moment de dire). On les doit non pas à Aristote mais à la rhétorique latine — la Rhétorique à Hérennius, traité anonyme du début du Ier siècle avant notre ère longtemps attribué à Cicéron, et le De l’invention de Cicéron lui-même. Ces cinq opérations ne se confondent pas avec les parties du discours prononcé (voir Fig. 2), qui décrivent l’ordre dans lequel l’auditeur, lui, reçoit : exorde, narration, division, confirmation, réfutation, péroraison. Confondre les deux séries est l’erreur la plus commune du chapitre, et elle se voit à la première ligne d’une copie.

Les parties du discours

Les parties du discours (disposition)Arbre de probabilité, 6 chemins, Données: Exorde — gagner la bienveillance; Narration — exposer les faits; Division — annoncer le plan; Confirmation — prouver; Réfutation — répondre à l’adversaire; Péroraison — récapituler, émouvoirLe discoursExorde — gagner la bienveillanceNarration — exposer les faitsDivision — annoncer le planConfirmation — prouverRéfutation — répondre à l’adversairePéroraison — récapituler, émouvoir
Fig. 2À ne pas confondre avec les cinq opérations : ici, l’ordre dans lequel l’auditeur reçoit.
Fig. 2 ↓
Aristote répartit l’éloquence en trois genres, selon l’auditoire, le temps visé et la fin poursuivie (voir Fig. 1). Le genre délibératif est celui de l’assemblée : il porte sur l’avenir, il conseille ou déconseille, et son critère est l’utile. Le genre judiciaire est celui du tribunal : il porte sur le passé, il accuse ou défend, et son critère est le juste. Le genre démonstratif, dit aussi épidictique, est celui des cérémonies : il porte sur le présent, il loue ou blâme, et son critère est le beau. Le programme rappelle la diversité concrète de ces scènes — l’Assemblée athénienne, le Sénat romain, les procès, les cérémonies — et l’on retrouve les trois genres intacts jusqu’à l’Âge classique, du sermon à la plaidoirie et à la harangue de théâtre.

De la situation au genre, du genre à la fin

De la situation au genre, du genre à la finGraphe, Assemblée → Délibératif, Tribunal → Judiciaire, Cérémonie → Épidictique, Délibératif → L’avenir · l’utile, Judiciaire → Le passé · le juste, Épidictique → Le présent · le beauAssembléeTribunalCérémonieDélibératifJudiciaireÉpidictiqueL’avenir ·l’utileLe passé · lejusteLe présent · lebeau
Fig. 1Aristote classe l’éloquence par la scène où l’on parle, le temps dont on parle et le critère qui décide.
Fig. 1 ↓
À l’intérieur de ces genres, Aristote distingue trois moyens de persuasion qui appartiennent en propre à l’art. L’ethos est l’image que l’orateur donne de lui-même dans le discours même : la probité, la compétence et la bienveillance qui font qu’on le croit avant de le vérifier. Le pathos est l’état où il met son auditoire : le deuxième livre de la Rhétorique est presque entièrement occupé par l’analyse de la colère, de la crainte, de la honte, de la pitié, de l’envie, puis par celle des caractères — la jeunesse, la vieillesse, la richesse, le pouvoir — parce qu’on n’émeut pas de la même manière des auditoires différents. Le logos est ce que le discours établit par lui-même : l’exemple et l’enthymème, ce raisonnement abrégé dont une prémisse reste implicite parce que l’auditoire la fournit de lui-même. Trois preuves, donc, et non trois figures de style.
La tradition romaine ajoute une exigence que la technique seule ne procure pas. Le De l’orateur de Cicéron soutient que l’éloquence suppose une culture générale — droit, histoire, philosophie — parce qu’on ne parle bien que de ce qu’on connaît réellement. Quintilien, dans l’Institution oratoire écrite vers 95 de notre ère sous Domitien, va plus loin : il ouvre son douzième livre en reprenant la définition de Caton l’Ancien, l’homme de bien expert dans l’art de parler, et refuse le nom d’orateur à qui n’est pas honnête homme. La formule engage tout le thème, car elle affirme qu’on ne peut pas séparer la maîtrise de la parole de la valeur de celui qui la prend — thèse que la troisième entrée mettra rudement à l’épreuve.
Le programme demande expressément de considérer « les différences et les relations entre parole et écriture ». La rhétorique naît dans une culture où le discours se prononce : à Athènes, le plaideur doit parler lui-même, si bien qu’un métèque comme Lysias vit d’écrire pour d’autres des plaidoyers qu’ils apprendront par cœur et diront comme s’ils les improvisaient — c’est le métier de logographe. Platon, dans le Phèdre, oppose au discours vivant l’écrit qui, une fois lâché, roule partout sans savoir à qui il parle, ne peut ni répondre ni se défendre, et donne l’apparence du savoir en dispensant de se souvenir. L’écart traverse toute la période : la dispute médiévale est un exercice oral dont la question écrite n’est que la trace, tandis que l’Âge classique imprime au contraire les sermons et les plaidoiries, faisant du discours prononcé une œuvre à lire.
Cet héritage culmine dans ce qu’on a appelé l’âge de l’éloquence, expression que le programme reprend à son compte et qui est le titre du grand livre de Marc Fumaroli. Les collèges enseignent la rhétorique latine comme matière centrale ; la chaire produit Bossuet, dont l’oraison funèbre porte le genre épidictique à son sommet ; le barreau, le théâtre — la harangue chez Corneille, l’aveu chez Racine — et jusqu’à la conversation et à la lettre, chez Madame de Sévigné, se règlent sur les mêmes modèles. Mais le siècle qui pousse l’art le plus loin est aussi celui qui s’en défie le mieux : Pascal note dans les Pensées que la vraie éloquence se moque de l’éloquence, et Boileau fait de la clarté la première loi de l’Art poétique. L’art de la parole atteint sa perfection au moment précis où il devient suspect — et c’est de ce soupçon que vivent les deux entrées suivantes.

Vocabulaire

→ Cartes
  • rhétoriqueArt réglé du discours : l’ensemble des savoirs qui apprennent à trouver, à ordonner et à énoncer ce qui peut persuader un auditoire donné dans une situation donnée.
  • élocutionTroisième opération de l’orateur : le choix des mots, du rythme et des figures qui donne au discours son style. Elle ne se confond pas avec la péroraison, qui est la dernière partie du discours prononcé.
  • exordePremière partie du discours prononcé, où l’orateur gagne l’attention et la bienveillance de l’auditoire avant d’exposer les faits.
  • genre délibératifÉloquence de l’assemblée : elle porte sur l’avenir, conseille ou déconseille une décision à prendre, et se juge à l’utile.
  • enthymèmeRaisonnement oratoire abrégé : un syllogisme dont on laisse une prémisse implicite parce que l’auditoire la fournit de lui-même.
  • logographeÀ Athènes, l’auteur professionnel qui écrit pour un plaideur le discours que celui-ci prononcera lui-même, comme s’il l’improvisait.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Interprétation littéraire : un exorde de Bossuet

Le texte est un passage de l’Oraison funèbre d’Henriette-Anne d’Angleterre, duchesse d’Orléans, prononcée par Bossuet à Saint-Denis le 21 août 1670. Le prédicateur a placé son discours sous le verset de l’Ecclésiaste « Vanité des vanités, et tout est vanité » ; il vient d’expliquer que Dieu frappe les grands pour instruire le reste des hommes, puis il rompt son raisonnement : « Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte ! » Exposez l’enjeu majeur de ce passage quant à l’art de la parole.

  1. 01Situer la prise de parole

    Le genre est épidictique : une cérémonie, un éloge, le présent. Mais la scène est double. Bossuet parle à Saint-Denis devant une cour qui vient d’enterrer une princesse de vingt-six ans, et il parle du haut d’une chaire : sa fin n’est pas seulement de louer, elle est de convertir. Cette double fin commande tout le passage.

  2. 02Repérer le mouvement du discours

    Le raisonnement était en train de s’élever vers le général : Dieu n’épargne pas les grands, il les sacrifie à l’instruction des autres. C’est exactement à l’endroit où une démonstration réclamerait un exemple que la phrase se brise. L’interruption n’est donc pas un accident du style : elle est placée.

  3. 03Nommer les procédés

    Une double apostrophe à la nuit, redoublée par l’exclamation ; une comparaison qui donne à la nouvelle la brutalité d’un phénomène physique, l’éclat de tonnerre ; enfin la reprise en deux propositions parallèles où le verbe passe du présent à l’accompli, « se meurt », puis « est morte ».

  4. 04Passer du procédé à l’effet

    L’auditeur cesse d’écouter un prédicateur raisonner et se retrouve dans la nuit du 30 juin. Les deux propositions font tenir l’agonie et la mort dans le temps d’une seule phrase : on n’apprend pas la mort, on y assiste une seconde fois. L’ethos travaille au même endroit, puisque celui qui parle est l’homme dont la voix avait déjà enterré la mère quelques mois plus tôt.

  5. 05Passer de l’effet au sens

    La rupture de la syntaxe imite la rupture dont le sermon traite. L’éloquence n’ajoute donc pas un ornement à une thèse sur la vanité des grandeurs : elle la fait éprouver. Un auditeur peut discuter la thèse ; il ne peut pas discuter le sursaut que la phrase vient de produire en lui.

  6. 06Formuler l’enjeu

    L’enjeu n’est pas que Bossuet soit un grand styliste. Il est que l’art de la parole se donne ici pour ce qu’il prétend être depuis Aristote : le moyen sans lequel une vérité resterait extérieure à celui qui l’entend. Le passage est une démonstration de la rhétorique par la rhétorique.

Résultat : L’enjeu majeur du passage est le rapport entre une vérité et sa force. Bossuet interrompt sa démonstration au moment où elle allait devenir abstraite, et remplace l’exemple attendu par une apostrophe, une comparaison et une reprise à deux temps qui font revivre l’instant de la mort. Les procédés ne décorent pas la thèse de la vanité des grandeurs : ils la rendent inévitable pour l’auditoire. L’oraison funèbre prouve ainsi, en acte, ce que la rhétorique antique soutenait en théorie — que persuader, plaire et émouvoir ne sont pas trois luxes ajoutés à l’instruction, mais les conditions par lesquelles elle atteint quelqu’un.

Objectif Bac

  • Situer avant d’analyser : avant la moindre figure, dites qui parle, à qui, dans quelle scène et pour obtenir quoi. L’opérateur « analyser » commence là — un procédé n’a d’effet que dans une situation, et un relevé hors situation ne prouve rien.
  • Interpréter, c’est enchaîner procédé, effet, sens dans la même phrase : nommez la figure, dites ce qu’elle produit sur l’auditoire, puis ce que cela révèle du pouvoir que le texte prête à la parole. Une phrase qui s’arrête au premier maillon n’a rien interprété.
  • Citer court et exactement : trois à six mots entre guillemets, insérés dans votre propre syntaxe, valent mieux qu’un bloc recopié. L’opérateur « citer » réclame une preuve, pas un volume.
  • Problématiser l’art lui-même : dès qu’un sujet porte sur la rhétorique, la tension utile est déjà là — un art réglé de la parole est-il un savoir qui élève celui qui l’apprend, ou une méthode qui le rend efficace sans le rendre meilleur ?
  • Nuancer par l’à-propos : rappelez que les cinq opérations et les trois genres sont des cadres et non des recettes, et que l’orateur qui les applique sans mesurer l’instant — ce que les Grecs nomment le kairos — manque son auditoire. C’est cette nuance qui sépare une copie savante d’une copie mécanique.

Erreurs fréquentes

  • Confondre les cinq opérations et les parties du discours. On lit souvent que « l’élocution conclut le discours » : c’est faux. L’élocution est la troisième opération, celle du style ; la partie qui conclut s’appelle la péroraison. Les opérations décrivent le travail de l’orateur, les parties l’ordre dans lequel l’auditeur reçoit.
  • Attribuer les cinq opérations à Aristote. Elles viennent de la rhétorique latine — la Rhétorique à Hérennius et le De l’invention de Cicéron. La Rhétorique d’Aristote suit un tout autre plan : les preuves et les genres au premier livre, les passions et les caractères au deuxième, l’élocution et la disposition au troisième.
  • Traiter ethos, pathos et logos comme trois figures de style. Ce sont trois preuves, c’est-à-dire trois manières de faire croire : par l’image de celui qui parle, par l’état où il met l’auditoire, par ce que le discours établit. Une métaphore n’est pas un pathos ; elle peut en être le moyen.
  • Coller une étiquette de genre sans la justifier. Écrire « c’est du genre épidictique » puis passer à la suite ne démontre rien. Justifiez par le temps, l’auditoire et la fin — et voyez que l’oraison funèbre de Périclès, chez Thucydide, loue les morts pour décider les vivants à poursuivre la guerre : épidictique par la forme, délibérative par l’effet.
  • Écrire que Lysias « prononçait » ses plaidoyers. Métèque, il ne plaidait pas pour autrui : il écrivait pour ses clients des discours qu’ils disaient eux-mêmes, et l’on ne connaît de lui qu’un seul discours qu’il ait prononcé en personne, dans sa propre cause contre Ératosthène. Négliger cet écart entre celui qui écrit et celui qui parle, c’est manquer un point que le programme demande d’examiner.

§ 01

Révision active

Essai. « Peut-on apprendre à bien parler ? » Rédigez seulement la première partie du développement, celle qui accorde à la rhétorique le statut d’un savoir enseignable. Appuyez-vous sur deux éléments techniques précis pris dans des séries différentes (une opération et un genre, par exemple), sur un exemple antique daté, et terminez par la phrase qui prépare l’objection. Vous n’illustrerez pas votre propos par un sermon.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Aristote, Rhétorique (traduction Charles-Émile Ruelle) — texte intégral (Wikisource) · Programme d’humanités, littérature et philosophie de première générale (PDF officiel) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02
§ 02

L’autorité de la parole : la Muse, le serment, la parole publique et ses règles#

~11 min de lecture●●○StandardBOHLP-1re-S1-Les pouvoirs de la parole-§L’autorité de la parole

Points clés

Toutes les paroles ne pèsent pas le même poids. Certaines obligent, instituent, valent loi ; d’autres n’engagent personne. La deuxième entrée du thème porte sur ces « formes de pouvoir et d’autorité associées à la parole », et le programme y pose une question précise, qu’il faut garder sous les yeux : il ne s’agit pas de dresser une liste de paroles autorisées, mais d’examiner « la façon dont chacune établit et manifeste la forme d’autorité qu’elle revendique », les principes qu’elle invoque pour ce faire et les stratégies qu’elle privilégie. Autrement dit : sur quoi une parole s’appuie-t-elle pour qu’on la croie ?
La réponse la plus ancienne est aussi la plus troublante. Le programme désigne le poète invoquant la Muse comme « premier maître de vérité et garant de la mémoire ». Or, au seuil de la Théogonie, les Muses de l’Hélicon apostrophent durement le berger Hésiode et lui déclarent qu’elles savent inventer beaucoup de mensonges semblables à la vérité — mais qu’elles savent aussi dire ce qui est vrai, quand tel est leur désir. La garantie de la parole vraie est donc une bouche qui revendique d’abord le pouvoir de faire ressembler le faux au vrai. Avant l’écriture, le chant est pourtant l’unique archive de la communauté : c’est par lui qu’une cité sait d’où elle vient. L’autorité poétique se reçoit — le laurier, l’inspiration — et ne se vérifie pas.
Une seconde forme d’autorité tient à ce que certaines paroles ne décrivent rien : elles accomplissent (voir Fig. 3). Dire « je le jure », « je promets », « je vous déclare unis », c’est faire ce qu’on dit en le disant. Une telle parole ne se juge pas vraie ou fausse mais valide ou nulle, et sa validité tient à des conditions : un cadre reconnu, une personne habilitée, des formules consacrées. « Je vous déclare unis » prononcé par un comédien sur une scène ne marie personne. La Grèce archaïque avait déjà nommé la sanction de ce dispositif : Hésiode fait naître d’Éris, la Discorde, le dieu Serment, redoutable à qui se parjure volontairement. Le serment engage la parole future de celui qui parle et le livre par avance au châtiment s’il la trahit.

Constater ou instituer

Décrire le monde ou l’engagerDiagramme de Venn avec 2 ensembles, Constater, InstituerConstaterInstituervrai ou fauxvalide ou nulje jure
Fig. 3Une parole qui institue ne se juge pas vraie ou fausse, mais valide ou nulle — et sa validité tient à des conditions.
Fig. 3 ↓
La parole politique établit son autorité autrement : par la place d’où elle est prononcée et par ce qu’elle prétend représenter. Thucydide décrit la loi athénienne qui confie l’éloge des morts à un citoyen distingué par ses talents et ses dignités, puis rapporte l’oraison funèbre de Périclès, montée sur une tribune haute pour être entendue du plus grand nombre. Périclès n’y invoque ni les dieux ni son rang : il fait l’éloge du régime, et c’est la cité elle-même qui autorise sa parole. Le Sénat romain, la harangue de Cicéron contre Catilina, l’édit du souverain reposent chacun sur un montage différent de lieu, de qualité et de public.
Les autres formes que le programme énumère — religieuse, savante, didactique — invoquent des garanties de nature distincte (voir Fig. 4). La parole révélée tire son autorité d’une source qui la dépasse et que le prédicateur commente sans la fonder ; le sermon classique de Bossuet s’ouvre d’ailleurs sur un verset, non sur une thèse personnelle. La parole savante prétend l’inverse : elle demande à n’être crue que dans la mesure où elle démontre, et Pascal en fera la règle de l’esprit géométrique. La parole didactique, celle du maître, s’autorise d’un savoir qu’elle transmet à qui ne l’a pas encore. Chacune manifeste son autorité par des marques visibles : la chaire, la formule, la preuve, la leçon.

Cinq formes de la parole autorisée

Cinq formes de la parole autoriséeArbre de probabilité, 5 chemins, Données: Poétique — la Muse garantit le chant; Religieuse — la parole révélée; Politique — la harangue, la loi; Savante — la preuve, la démonstration; Didactique — le maître qui transmetLa parole autoriséePoétique — la Muse garantit le chantReligieuse — la parole révéléePolitique — la harangue, la loiSavante — la preuve, la démonstrationDidactique — le maître qui transmet
Fig. 4Chacune invoque une garantie différente : l’inspiration, la révélation, la charge, la preuve, la transmission.
Fig. 4 ↓
Le programme invite ensuite à prolonger la réflexion vers « les règles auxquelles est soumise la parole publique », « les codes sociaux qui régissent les différentes sortes de communication » et « les rapports entre la parole et l’action ». La Chanson de Roland en offre l’exemple le plus net : au conseil, la désignation de Ganelon par Roland est reçue comme une insulte et déclenche la trahison, puis le refus de Roland de sonner l’olifant, où le renom de sa lignée pèse plus lourd que l’appel au secours, coûte la vie à l’arrière-garde. Ici la parole n’accompagne pas l’action : elle la produit. Aux XVIe et XVIIe siècles, Castiglione dans Le Livre du courtisan et Gracián dans L’Homme de cour codifient à leur tour ce que l’on peut dire, à qui et sur quel ton — preuve qu’une société règle sa parole comme elle règle ses gestes.
Reste la question critique, et elle est ancienne. Une autorité garantit-elle la vérité ? Le Moyen Âge, qu’on croit à tort soumis aux autorités, a précisément inventé une procédure pour les mettre à l’épreuve : la dispute des écoles, que le programme nomme expressément. Dans un article de Thomas d’Aquin, on énonce d’abord les raisons contraires, puis une autorité opposée, puis la solution argumentée, puis la réponse à chaque objection. L’auctoritas y est citée pour être discutée. Il faut donc distinguer avec soin l’argument d’autorité — croire parce qu’un nom l’a dit — de l’autorité comme institution d’une parole, et se rappeler que la seconde a très tôt organisé sa propre contestation.

Vocabulaire

→ Cartes
  • parole instituanteParole qui n’énonce pas un fait mais l’accomplit en le disant : jurer, promettre, déclarer, baptiser. Elle ne se juge pas vraie ou fausse, mais valide ou nulle.
  • sermentEngagement solennel par lequel on prend une instance supérieure à témoin de sa parole et l’on accepte par avance la sanction du parjure.
  • parole donnéePromesse par laquelle on lie sa conduite future à son énoncé présent, et dont la valeur repose sur la seule fidélité de celui qui l’a donnée.
  • argument d’autoritéManière de faire admettre une thèse en invoquant le nom ou le rang de celui qui la soutient, au lieu des raisons qui la soutiendraient.
  • disputatioExercice oral réglé des écoles médiévales : une question est posée, les objections sont exposées, une autorité contraire est citée, puis la solution est argumentée et chaque objection reçoit sa réponse.
  • oraison funèbreDiscours d’éloge prononcé lors des funérailles d’un mort illustre ; genre épidictique par excellence, il loue le défunt tout en s’adressant aux vivants.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Interprétation philosophique : l’investiture du poète

Au seuil de la Théogonie, Hésiode raconte que les Muses de l’Hélicon lui sont apparues alors qu’il faisait paître ses agneaux. Elles l’apostrophent avec mépris, lui déclarent qu’elles savent inventer beaucoup de mensonges semblables à la vérité mais qu’elles savent aussi dire ce qui est vrai quand tel est leur désir, puis lui remettent un rameau de laurier et lui inspirent le chant du passé et de l’avenir. Expliquez ce que cette scène établit quant à l’autorité de la parole poétique.

  1. 01Reconnaître une scène d’investiture

    La séquence est réglée comme une cérémonie : apostrophe, déclaration, remise d’un objet, inspiration. Le poète ne prend pas la parole, il la reçoit, et il la reçoit d’ailleurs. Tout ce qu’il dira ensuite tirera son autorité de cette scène, non de ce qu’il aurait lui-même observé.

  2. 02Peser la déclaration des déesses

    Les Muses ne promettent pas la vérité : elles revendiquent deux pouvoirs, et elles nomment le premier le mensonge — un mensonge d’un genre particulier, celui qui ressemble au vrai. Le second pouvoir, dire le vrai, est explicitement soumis à leur bon vouloir. La garantie offerte au poète est donc conditionnelle.

  3. 03En déduire la nature de cette autorité

    Une telle autorité ne peut pas être contrôlée par l’auditeur. Elle ne repose ni sur une preuve, ni sur une expérience partagée, mais sur une transmission et sur des signes — le laurier, le chant lui-même. Celui qui écoute n’a d’autre choix que de croire ou de refuser en bloc : il n’a aucun moyen de trancher.

  4. 04Mesurer la conséquence pour la communauté

    Avant l’écriture, le chant est l’archive : c’est par lui qu’une cité conserve les généalogies, les origines, les hauts faits. Si l’instance qui garantit l’archive avoue pouvoir fabriquer du vraisemblable, la mémoire commune dépend d’une parole que personne ne peut vérifier. L’enjeu déborde la poésie.

  5. 05Ouvrir sur le procès de la parole

    On comprend alors pourquoi les philosophes feront au poète un procès en mensonge, et pourquoi ils réclameront une parole dont l’autorité vienne de ce qu’elle prouve et non de ce qu’elle a reçu. La scène d’Hésiode contient déjà, retournée, l’exigence de la démonstration.

Résultat : La scène établit que l’autorité de la parole poétique est une autorité reçue et non fondée. Les Muses investissent le berger par des gestes et des signes, mais la déclaration qu’elles font au même moment détruit toute garantie : elles savent produire un faux qui ressemble au vrai, et ne disent le vrai que si elles le veulent. Le poète est donc bien le premier maître de vérité et le premier garant de la mémoire, mais il l’est d’une manière que rien ne permet de contrôler. Cette scène fondatrice pose ainsi, dès le début du thème, la question qui commandera tout le reste : à quelles conditions accepte-t-on de croire une parole sans pouvoir la vérifier ?

Objectif Bac

  • Distinguer sans relâche l’autorité de vérité et l’autorité de statut : une parole peut être crue parce qu’elle se démontre ou parce que celui qui la dit occupe une place. L’opérateur « distinguer » suppose que vous nommiez le fondement à chaque fois, texte en main.
  • Analyser un acte de parole solennel comme un dispositif, non comme une phrase : nommez le cadre, la personne habilitée, la formule requise, puis ce que la parole institue et ce qu’elle expose. C’est ce que l’examinateur attend quand un texte fait jurer, promettre ou proclamer.
  • Citer le programme quand il vous donne l’angle : l’étude porte sur « la façon dont chacune établit et manifeste la forme d’autorité qu’elle revendique ». Une copie qui décrit la parole sans dire comment elle se fait croire n’a pas traité le sujet.
  • Problématiser la garantie : la question féconde de cette entrée n’est pas « qui a le droit de parler ? » mais « qu’est-ce qui, dans une parole, nous fait renoncer à la vérifier ? ». Formulez-la ainsi et le plan se dessine de lui-même.
  • Nuancer le partage entre soumission et examen : montrez, plutôt que d’opposer un Moyen Âge crédule à une modernité critique, que la dispute médiévale organisait déjà la mise à l’épreuve des autorités. Une nuance historiquement exacte vaut mieux qu’une opposition commode.

Erreurs fréquentes

  • Confondre autorité de vérité et autorité de statut. Une démonstration de géométrie et un édit royal ne s’imposent pas pour la même raison : la première parce qu’on peut la refaire, le second parce qu’on reconnaît celui qui l’a signé. Les confondre interdit toute analyse critique, puisqu’on ne sait plus ce qu’il faudrait contester.
  • Croire que toute parole décrit un état de choses. « Il pleut » se juge vrai ou faux ; « je le jure » ne décrit rien, il accomplit. Manquer ce caractère instituant, c’est ne rien pouvoir dire du serment, de la promesse ni du sacre — et c’est chercher en vain si un serment est « vrai ».
  • Oublier les conditions de validité. Une phrase instituante ne fonctionne pas parce qu’elle est prononcée mais parce qu’elle l’est dans les formes : par une personne habilitée, dans un cadre reconnu. « Je vous déclare unis » dit par un comédien en scène ne marie personne, et un serment obtenu sous la contrainte n’oblige pas.
  • Faire d’Hésiode un simple garant de la vérité. Les Muses revendiquent deux pouvoirs et nomment le mensonge en premier. Le poète archaïque est un maître de vérité dont l’autorité est inséparable de la possibilité de la fiction : c’est précisément ce qui rendra possible, plus tard, le procès du poète.
  • Décrire le Moyen Âge comme l’âge de la soumission aux autorités. La dispute des écoles, que le programme cite lui-même, est une procédure réglée où l’objection précède la solution et où toute autorité invoquée reçoit une réponse. Écrire que le Moyen Âge « croyait sans discuter » est un contresens historique repris de manuel en manuel.

§ 02

Révision active

Confrontez deux paroles qui engagent : le serment du témoin devant un tribunal et la promesse faite à un proche. Montrez pour chacune ce qu’elle exige pour valoir — qui parle, devant qui, dans quelles formes —, ce qu’elle risque si elle est trahie, puis concluez sur ce que le serment ajoute exactement à la promesse. Vingt lignes, sans référence à la poésie ni à l’inspiration.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Hésiode, La Théogonie (traduction Anne Bignan, 1838) — l’invocation des Muses de l’Hélicon (Wikisource) · Thucydide, Guerre du Péloponnèse, livre II (traduction Buchon) — l’oraison funèbre de Périclès (Wikisource)

§ 03
§ 03

Les séductions de la parole : le procès de la rhétorique, la fiction et l’emprise#

~12 min de lecture●●●ApprofondissementBOHLP-1re-S1-Les pouvoirs de la parole-§Les séductions de la parole

Points clés

La troisième entrée porte sur ce que le programme nomme « son pouvoir de plaire, de séduire et d’émouvoir ». Le mot séduction dit déjà le danger : le latin seducere signifie conduire à l’écart. Une parole peut détourner celui qui l’écoute de son intérêt et du vrai, en le charmant. La polémique est aussi ancienne que l’art lui-même, et le programme la résume en une phrase qu’il vaut la peine de retenir : le poète et le dramaturge ont mis en scène, parfois sur le mode de la satire, l’orateur et le philosophe ; le philosophe a fait à l’orateur et au poète un procès en sophistique et en mensonge. Cette entrée est donc le lieu où la philosophie et les arts du langage se rencontrent — d’emblée dans le conflit.
Le premier à théoriser cette puissance n’est pas un adversaire de la rhétorique mais son maître. Dans l’Éloge d’Hélène, Gorgias appelle le discours un grand souverain qui, avec un corps très petit et parfaitement invisible, accomplit les œuvres les plus divines ; et il compare l’effet des discours sur l’âme à celui des remèdes sur le corps, les uns et les autres pouvant guérir, endormir ou tuer. Sa démonstration a une conséquence redoutable : si Hélène a suivi Pâris parce qu’un discours l’y a persuadée, alors elle a subi une violence et doit être acquittée. Le sophiste revendique donc explicitement, pour la parole, un pouvoir qui exonère celui qui le subit — et qui accuse par avance celui qui l’exerce.
Le procès est instruit par Platon dans le Gorgias (voir Fig. 5). Socrate y refuse à la rhétorique le nom d’art : ce n’est, dit-il, qu’une routine, dépourvue de raison sur ce dont elle s’occupe, et « elle ne vise qu’à l’agréable et néglige le bien ». Il construit alors une analogie serrée. Deux arts véritables prennent soin du corps, la gymnastique et la médecine ; deux autres prennent soin de l’âme, la puissance législative et la puissance judiciaire. À chacun s’est glissée une flatterie qui en prend le masque : la toilette imite la gymnastique, la cuisine imite la médecine, la sophistique imite la législation, la rhétorique imite la justice. D’où la formule qui résume le procès : la rhétorique est le simulacre d’une partie de la politique.

Les quatre contrefaçons de la flatterie (Platon, Gorgias)

Les quatre contrefaçons de la flatterieGraphe, Toilette → Gymnastique, Cuisine → Médecine, Sophistique → Législation, Rhétorique → JusticeGymnastiqueMédecineLégislationJusticeToiletteCuisineSophistiqueRhétorique
Fig. 5Chaque flatterie prend le masque d’un art véritable : elle vise l’agréable là où l’art visait le bien.
Fig. 5 ↓
De cette critique vient la distinction que l’on vous demandera de manier : convaincre s’adresse à la raison par des arguments et vise le vrai, avec une portée en droit universelle ; persuader s’adresse aux affects et vise l’adhésion, indépendamment du vrai. Elle est utile, mais gardez-vous de l’attribuer telle quelle à Pascal, comme on le lit partout. Pascal écrit, dans De l’art de persuader, qu’il y a deux entrées par où les opinions sont reçues dans l’âme, l’entendement et la volonté, et il en tire une conclusion différente : « l’art de persuader consiste autant en celui d’agréer qu’en celui de convaincre ». Chez lui, persuader est donc le tout, dont convaincre et agréer sont les deux méthodes — et il ajoute que la seconde est de loin la plus difficile.
La parole séduisante ne se réduit pas au mensonge : elle passe aussi par la fiction assumée (voir Fig. 6). Le programme range parmi ses objets « les procédés de fiction (fable, parabole, allégorie…) ». La Fontaine en a fait la démonstration dans « Le Pouvoir des fables ». Un orateur d’Athènes voit sa patrie en danger, parle fortement du salut commun, et personne ne l’écoute ; il recourt aux figures violentes, il fait parler les morts, il tonne — rien n’y fait, l’assemblée regarde des enfants se battre. Il commence alors le récit de Cérès voyageant avec l’Anguille et l’Hirondelle, et l’assemblée l’interrompt aussitôt pour savoir la suite. La leçon est double : ce n’est pas le pathos qui a manqué, c’est le récit ; et la fable, qui ne prétend pas être vraie, est le seul moyen de faire entendre quelque chose de vrai.

Quatre visages de la séduction

Quatre visages de la séductionArbre de probabilité, 4 chemins, Données: Flatter — plaire au lieu de dire vrai; Feindre — fable, parabole, allégorie; Charmer — le logos comme pharmakon; Déclarer — dire l’amour pour lierSéduire par la paroleFlatter — plaire au lieu de dire vraiFeindre — fable, parabole, allégorieCharmer — le logos comme pharmakonDéclarer — dire l’amour pour lier
Fig. 6Séduire, c’est conduire à l’écart — par le compliment, par le récit, par le charme ou par l’aveu.
Fig. 6 ↓
Restent les procédés d’emprise, que le programme nomme aussi, et « l’amour et ses déclarations ». La flatterie en est la forme sociale : dire à autrui ce qui lui plaît plutôt que ce qui est, pour obtenir de lui ce qu’on veut. Le Moyen Âge l’a mise en scène avec une précision remarquable — Renart, dans le Roman de Renart, loue chez Tiécelin le corbeau la voix de son père « le fameux chanteur » et le prie d’une petite ritournelle. Les moralistes classiques la traqueront à la cour : La Bruyère dans Les Caractères, La Rochefoucauld dans les Maximes. La déclaration amoureuse relève d’une autre logique encore, puisqu’elle ne cherche pas seulement à plaire mais à lier : de Tristan et Iseut au traité De l’amour d’André le Chapelain et jusqu’aux aveux de Racine, dire son amour c’est tenter de créer par des mots une obligation réciproque.
Il faut conclure sans trancher trop vite. Condamner la rhétorique en bloc serait oublier que Platon lui-même, dans le Phèdre, esquisse une rhétorique légitime, fondée sur la dialectique et sur la connaissance des différentes espèces d’âmes — le Gorgias n’est pas son dernier mot. L’innocenter en bloc serait oublier que le même pouvoir sert la flatterie du courtisan et l’éloquence du juste. La bonne position est celle que la tradition latine avait déjà formulée en exigeant que l’orateur soit d’abord un homme de bien : ce n’est pas l’outil qu’on juge, c’est l’usage — et l’usage suppose quelqu’un qui en réponde.

Vocabulaire

→ Cartes
  • sophistiqueArt d’enseigner, contre rétribution, à l’emporter dans n’importe quel débat ; par extension, discours qui vise l’efficacité sans se soucier de la vérité de ce qu’il soutient.
  • flatterieDiscours qui dit à autrui ce qui lui plaît plutôt que ce qui est, afin d’obtenir de lui une faveur ; chez Platon, le genre dont la rhétorique et la cuisine sont deux espèces.
  • convaincreEmporter l’assentiment par des arguments adressés à la raison, en visant le vrai ; l’accord obtenu vaut en droit pour quiconque raisonne.
  • persuaderEmporter l’adhésion en agissant sur les affects, l’imagination et le désir ; l’accord obtenu ne dit rien de la vérité de ce qu’on a fait admettre.
  • allégorieProcédé de fiction qui déploie une idée abstraite en un récit ou une image suivie, de sorte que le lecteur découvre le sens en traduisant lui-même la figure.
  • empriseAscendant durable qu’une parole prend sur quelqu’un jusqu’à orienter ses décisions à son insu, en flattant ses désirs plutôt qu’en éclairant son jugement.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Interprétation philosophique : pourquoi la rhétorique n’est pas un art

Dans le Gorgias, Socrate refuse à la rhétorique le nom d’art et la range parmi les flatteries. Il distingue quatre arts véritables — la gymnastique et la médecine pour le corps, la puissance législative et la puissance judiciaire pour l’âme — et leur oppose quatre contrefaçons : la toilette, la cuisine, la sophistique et la rhétorique, chacune s’étant glissée sous l’art qu’elle imite. Il conclut que la rhétorique est le simulacre d’une partie de la politique. Expliquez la construction de cette critique et ce qu’elle reproche exactement à l’art oratoire.

  1. 01Repérer le critère de partage

    Socrate ne sépare pas les arts et les flatteries par leur objet, puisque le cuisinier et le médecin s’occupent tous deux de la nourriture. Il les sépare par leur fin : l’art vise le meilleur état possible de ce dont il s’occupe, la flatterie vise l’agréable et néglige le bien. Le critère est donc la fin, non le domaine.

  2. 02Suivre la construction en quatre termes

    Deux arts prennent soin du corps, deux de l’âme ; à chacun correspond une contrefaçon. La proportion est explicitement mathématique : ce que la toilette est à la gymnastique, la sophistique l’est à la législation ; ce que la cuisine est à la médecine, la rhétorique l’est à la justice. L’analogie n’est pas un ornement, c’est l’argument.

  3. 03Mesurer le second reproche

    Socrate ajoute une raison technique : la flatterie n’a aucun principe certain sur la nature de ce dont elle s’occupe et ne peut rendre raison de rien. Elle procède par tact et par habitude. Ce n’est donc pas seulement une affaire de morale : la rhétorique est disqualifiée comme savoir avant de l’être comme conduite.

  4. 04Comprendre la scène du cuisinier et du médecin

    Si le cuisinier et le médecin devaient débattre devant des enfants pour savoir lequel connaît la nourriture salutaire, dit Socrate, le médecin mourrait de faim. L’exemple est décisif : la flatterie gagne devant un auditoire incompétent, et l’efficacité oratoire ne prouve donc rien quant à la valeur de ce qu’elle fait passer.

  5. 05Nommer ce qui est visé

    La formule finale, le simulacre d’une partie de la politique, désigne le danger réel : la rhétorique n’occupe pas une place à côté de la justice, elle occupe la sienne. Elle produit la conviction que produirait un juge compétent, sans la compétence — c’est-à-dire un pouvoir sans le savoir qui le justifierait.

  6. 06Marquer la limite de la critique

    Il faut cependant tenir que ce texte n’est pas le dernier mot de Platon. Le Phèdre admettra une rhétorique légitime, à condition qu’elle repose sur la dialectique et sur la connaissance des espèces d’âmes. Le Gorgias condamne un usage et un statut, non toute possibilité d’un art de parler.

Résultat : La critique est construite sur un seul critère, la fin poursuivie, et déployée par une proportion à quatre termes : arts du corps et arts de l’âme, chacun doublé de sa contrefaçon. Ce que Socrate reproche à la rhétorique n’est pas de plaire, mais de plaire à la place de ce qu’il faudrait faire, et de le faire sans pouvoir rendre raison de ce qu’elle fait. La scène du cuisinier et du médecin devant des enfants achève la démonstration en montrant que l’efficacité devant un auditoire ne mesure aucune compétence. Reste que la portée du texte est bornée : le Phèdre reconnaîtra une rhétorique adossée à la dialectique, ce qui déplace la question de la condamnation vers celle des conditions.

Objectif Bac

  • Distinguer convaincre et persuader avec les trois critères, à chaque emploi : le moyen (la raison ou les affects), la visée (le vrai ou l’adhésion), la portée (universelle ou particulière). Un devoir qui les emploie sans les avoir séparés perd le cœur de l’entrée.
  • Citer Platon exactement plutôt que de le résumer : la rhétorique n’est pas dite « mauvaise », elle est dite une routine qui « ne vise qu’à l’agréable et néglige le bien », et le simulacre d’une partie de la politique. Une citation courte et juste vaut trois paraphrases.
  • Analyser un discours de séduction par ce qu’il ne fait pas : cherchez l’argument absent. Chez le flatteur, il n’y a pas de preuve fausse, il n’y a aucune preuve — c’est ce vide-là qu’il faut montrer, et non l’abondance des compliments.
  • Problématiser la fiction plutôt que de la condamner : une fable ne prétend pas être vraie, donc elle ne ment pas. Demandez-vous si le détour par le récit est une faiblesse de l’auditoire ou une condition de l’écoute — c’est la question que « Le Pouvoir des fables » pose et ne referme pas.
  • Nuancer en mobilisant le Phèdre contre le Gorgias : montrer que Platon esquisse ailleurs une rhétorique légitime empêche la copie de se refermer sur une condamnation simple, et prouve que vous lisez un auteur au lieu de réciter une étiquette.

Erreurs fréquentes

  • Attribuer à Pascal l’opposition entre persuader et convaincre. Il écrit exactement l’inverse : « l’art de persuader consiste autant en celui d’agréer qu’en celui de convaincre ». Persuader est chez lui l’ensemble, convaincre et agréer en sont les deux voies, correspondant aux deux entrées de l’âme, l’entendement et la volonté.
  • Prendre persuader et convaincre pour des synonymes. Dans ce thème, ils s’opposent terme à terme : on convainc par la preuve, en visant le vrai ; on persuade par l’affect, en visant l’adhésion. Un discours persuasif peut être entièrement faux, et c’est précisément ce qui rend la question intéressante.
  • Faire de Platon un adversaire de toute rhétorique. Le Gorgias instruit un procès, mais le Phèdre esquisse une rhétorique légitime, fondée sur la dialectique et sur la connaissance des espèces d’âmes. Écrire que « Platon condamne la rhétorique » sans cette réserve est une réduction que la moindre lecture dément.
  • Confondre la fiction et le mensonge. Le menteur affirme comme vrai ce qu’il sait faux ; la fable, la parabole et l’allégorie n’affirment rien de tel et le signalent par leur forme même. Ranger « Le Pouvoir des fables » ou une parabole évangélique du côté de la tromperie fait manquer tout un pan de l’entrée.
  • Conclure en bloc, dans un sens ou dans l’autre. « La parole ne sert qu’à tromper » et « la rhétorique est innocente » sont deux copies également fausses. La même puissance — agir sur autrui par des mots — produit l’éloquence de Périclès et la ruse de Renart : c’est l’usage qui se juge, et l’usage a un responsable.

§ 03

Révision active

Interprétation littéraire. Dans « Le Pouvoir des fables » (La Fontaine, Fables, VIII, 4), l’orateur d’Athènes n’obtient rien de l’assemblée tant qu’il raisonne et la tonne, et l’obtient tout entière dès qu’il commence un récit d’enfants. Rédigez un développement d’une page qui expose ce que ce renversement établit sur le rapport entre la vérité d’un discours et sa force. Vous ne vous appuierez ni sur Platon ni sur Pascal.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Platon, Gorgias (traduction Victor Cousin) — le dialogue intégral, dont l’analogie des quatre flatteries (Wikisource) · Pascal, De l’esprit géométrique et de l’art de persuader (Wikisource)

§ 04
§ 04

Repères : les trois moments de la période, de Gorgias à La Fontaine#

~11 min de lecture●●○StandardBOHLP-1re-S1-Les pouvoirs de la parole

Points clés

La période de référence du semestre est indiquée par le programme en toutes lettres : « De l’Antiquité à l’Âge classique ». Elle comprend trois moments, et non deux (voir Fig. 7). Le Moyen Âge en fait pleinement partie : le texte du programme évoque « les disputes des universités médiévales » parmi les scènes fondatrices, demande que l’étude s’appuie principalement sur des textes « antiques, classiques et médiévaux », et invite à une mise en perspective de « l’héritage antique et médiéval ». Sauter du Ier au XVIIe siècle, comme le font beaucoup de fiches, revient à supprimer un tiers de l’objet d’étude.

La parole en Occident, de Gorgias à La Fontaine

La parole en Occident, de Gorgias à La FontaineFrise chronologique de -500 à 1700, -427: Gorgias à Athènes, -63: Cicéron, Catilinaires, 524: Boèce, Consolation, 1250: Disputes des écoles, 1668: La Fontaine, Fables, -500–476: Antiquité, 476–1500: Moyen Âge, 1500–1700: Âge classique−5001700année (négatif = av. J.-C.)AntiquitéMoyen ÂgeÂge classique−427Gorgias àAthènes−63Cicéron,Catilinaires524Boèce,Consolation1250Disputes desécoles1668La Fontaine,Fables
Fig. 7Trois moments, et non deux : la bande médiane, mise en évidence, est celle que les fiches oublient.
Fig. 7 ↓
Le moment grec est celui de l’invention. Le chant précède la prose : l’aède Démodocos, au chant VIII de l’Odyssée, fait pleurer Ulysse en racontant sa propre gloire, et les Sirènes du chant XII promettent un savoir pour tuer. Puis viennent les sophistes, Gorgias et Protagoras, qui enseignent contre salaire l’art de l’emporter ; Platon, qui leur oppose Socrate dans le Gorgias et pèse l’écrit dans le Phèdre ; Aristote, qui met la rhétorique en système. La cité fournit les scènes : l’Assemblée, où parlent Démosthène et ses adversaires, et le tribunal, où plaident les discours de Lysias.
Le moment romain est celui de la codification et du premier deuil. Cicéron laisse à la fois des discours — les Catilinaires de 63 avant notre ère, les Philippiques — et des traités, le De l’invention, le De l’orateur, l’Orateur. Quintilien, vers 95, écrit l’Institution oratoire, somme pédagogique qui va de l’enfance de l’élève au portrait moral de l’orateur accompli. Tacite, dans le Dialogue des orateurs, pose ensuite la question qui fait de la rhétorique un problème politique : pourquoi l’éloquence a-t-elle décliné sous l’Empire ? Réponse implicite et redoutable : parce qu’il n’y a plus de décisions à emporter.
Le moment médiéval, qu’on oublie à tort, est d’une richesse égale. La parole y est d’abord épique et engageante : dans la Chanson de Roland, le conseil, l’insulte et la parole d’honneur décident du massacre de Roncevaux. Elle est ensuite scolaire : la dispute des écoles fait de l’objection une étape obligée, et Jean de Salisbury consacre au milieu du XIIe siècle un éloge célèbre de l’éloquence dans son Metalogicon. Elle est courtoise avec Tristan et Iseut, le traité De l’amour d’André le Chapelain et le discours de Raison du Roman de la Rose. Elle est enfin comique et retorse : le Roman de Renart, où la ruse est faite de compliments, Rutebeuf, Villon, et La Farce de Maître Pathelin, où un avocat plume un drapier par le langage avant d’être payé de la même monnaie par un berger qui ne répond plus que « bée ».
L’Âge classique est le terme de la période (voir Fig. 8) : c’est l’âge de l’éloquence, où la rhétorique est la matière centrale des collèges. La chaire y produit les Oraisons funèbres de Bossuet ; le théâtre, la harangue de Corneille et l’aveu de Racine ; la satire, le Tartuffe de Molière, où l’hypocrite est d’abord un orateur. Les moralistes en font l’examen : La Bruyère dans Les Caractères, La Rochefoucauld dans les Maximes. Pascal en fait la théorie dans De l’art de persuader et la pratique polémique dans Les Provinciales. Boileau en fixe la loi dans l’Art poétique et La Fontaine, dans les Fables, en donne à la fois l’usage et la critique.

Trois moments, six groupes de voix

Trois moments de la période de référenceArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Antiquité → Gorgias · Platon · Aristote; Antiquité → Cicéron · Quintilien; Moyen Âge → Roland · Renart · Pathelin; Moyen Âge → Thomas d’Aquin · la disputatio; Âge classique → Pascal · Bossuet · La Bruyère; Âge classique → Corneille · Molière · La FontaineAntiquitéMoyen ÂgeÂge classiqueLa période de référenceGorgias · Platon · AristoteCicéron · QuintilienRoland · Renart · PathelinThomas d’Aquin · la disputatioPascal · Bossuet · La BruyèreCorneille · Molière · La Fontaine
Fig. 8Un répertoire minimal : deux appuis par moment, à savoir situer et raconter.
Fig. 8 ↓
Un mot sur ce que le programme autorise au-delà. Il écrit que l’étude « doit s’appuyer principalement » sur des textes antiques, classiques et médiévaux, mais qu’elle « peut s’enrichir de références comparatives à d’autres sociétés et cultures » et que, « moyennant l’usage de certains textes et documents d’époques ultérieures », elle engage à une réflexion sur la transmission de cet héritage jusqu’à notre époque. Sa bibliographie indicative comporte d’ailleurs une rubrique explicite de prolongements, où figurent Rousseau, Laclos, Hugo et l’éloquence parlementaire moderne. Un prolongement n’est donc pas une faute ; ce qui en serait une, c’est d’en faire l’appui principal.
Attention enfin au statut de cette bibliographie. Le programme précise lui-même qu’elle est « fournie à titre d’illustration, et ne prédétermine en aucun cas le choix des textes proposés dans le cadre des épreuves du baccalauréat », et que les professeurs « construisent leur propre itinéraire en s’appuyant sur les textes de leur choix ». Ce n’est donc pas une liste d’œuvres obligatoires, et vous ne serez pas interrogé sur son contenu. Ce qui compte est ailleurs : pour chaque œuvre que vous retenez, sachez donner une date approchée, la situation de parole qu’elle met en scène et la notion du thème qu’elle éclaire. Trois lignes par œuvre, bien tenues, valent mieux qu’une liste de trente noms.

Vocabulaire

→ Cartes
  • période de référenceCadre historique que le programme associe à chaque semestre ; pour les pouvoirs de la parole, il va de l’Antiquité à l’Âge classique et comprend le Moyen Âge.
  • bibliographie indicativeListe d’œuvres jointe au programme à titre d’illustration seulement : elle ne prédétermine en rien les textes proposés à l’examen et n’a aucun caractère obligatoire.
  • aèdePoète chanteur de la Grèce archaïque qui récitait de cité en cité les poèmes homériques en s’accompagnant d’un instrument, avant que l’écriture ne fixe les textes.
  • âge de l’éloquenceNom donné au XVIIe siècle français en tant que moment où l’héritage rhétorique antique irrigue la chaire, le barreau, la scène et jusqu’à la conversation.
  • moralisteÉcrivain classique qui observe les mœurs et les motifs cachés des conduites en formes brèves — maximes, portraits, caractères — plutôt qu’en système.
  • prolongementTexte postérieur à la période de référence que le programme autorise à mobiliser pour éclairer la transmission de l’héritage, sans jamais en faire l’appui principal de l’étude.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Mise en relation : le corbeau flatté, du Moyen Âge à La Fontaine

Dans la quatrième aventure du Roman de Renart, telle que la donne l’adaptation en prose de Paulin Paris (1861), Tiécelin le corbeau a dérobé un fromage à une vieille et s’est perché sur un fau. Renart le salue, loue la mémoire de son père « le fameux chanteur », rappelle que Tiécelin lui-même a appris la musique et le prie d’une petite ritournelle ; l’oiseau, qui se croit le meilleur musicien du monde, force sa voix jusqu’à lâcher le fromage. Renart tente alors une seconde ruse, feint une jambe rompue et une odeur insupportable pour faire descendre l’oiseau — mais celui-ci s’échappe en n’y laissant que quatre plumes. Cinq siècles plus tard, La Fontaine ouvre ses Fables sur la même scène. Que gagne-t-on à lire ces deux textes ensemble, et qu’est-ce qui les sépare ?

  1. 01Établir la parenté sans inventer une filiation

    Les deux textes descendent d’un même fonds : la fable ésopique du corbeau et du renard, que Phèdre avait déjà mise en vers latins. La branche médiévale et la fable de 1668 sont deux relais indépendants de ce fonds, non l’un la source de l’autre. Le dire évite l’erreur commode qui ferait de La Fontaine un lecteur du Roman de Renart.

  2. 02Comparer la situation de parole

    Chez Renart, la scène est prise dans un long récit animalier où les personnages ont un nom, une histoire et des comptes à régler ; le lecteur connaît le trompeur avant qu’il ne parle. Chez La Fontaine, la fable est brève, les personnages sont des types, et la scène vaut pour tout auditeur. L’une raconte une ruse, l’autre expose un mécanisme.

  3. 03Comparer les moyens du flatteur

    Dans les deux textes, l’arme est unique et elle est la flatterie : aucun argument n’est offert, seulement des éloges qui touchent la vanité du chanteur. Mais Renart procède par étapes — la mémoire du père, l’apprentissage de la musique, la demande d’une ritournelle, puis la critique bienveillante qui pousse l’oiseau à forcer encore — là où La Fontaine concentre tout dans un seul mouvement.

  4. 04Comparer la suite et la sanction

    C’est ici que les deux textes divergent le plus. Renart, non content du fromage, tente une seconde ruse et échoue : Tiécelin s’enfuit et l’insulte. La branche médiévale se termine sur un repas et un trompeur à demi déçu, sans énoncer de leçon. La Fontaine, lui, ajoute au vol la parole du renard sur la vanité des flatteurs, et la honte jurée du corbeau.

  5. 05Nommer ce que la mise en relation apprend

    La permanence de la scène montre que le pouvoir de la flatterie est un objet stable de la littérature européenne. Le déplacement, lui, est un déplacement de régime : le Moyen Âge donne à voir une ruse et jouit de son ingéniosité ; l’Âge classique fait de la même ruse un exemple et lui adjoint une maxime. Le même récit change de fonction en changeant d’époque.

Résultat : Lire les deux textes ensemble établit d’abord une permanence : la flatterie y opère de la même manière, sans le moindre argument, en s’adressant à l’amour-propre de sa victime. La comparaison fait ensuite apparaître ce qui les sépare, et qui n’est pas l’histoire mais son régime. Le récit médiéval déploie la ruse pour elle-même, en deux temps dont le second échoue, et se referme sans morale. La fable classique la resserre en un seul mouvement et la termine par une leçon adressée au lecteur. On passe ainsi d’une littérature qui montre la parole en acte à une littérature qui en fait un objet d’enseignement — ce qui est exactement le trajet du thème entre son moment médiéval et son moment classique.

Objectif Bac

  • Mettre en relation, et non aligner : reliez toujours deux textes par une notion commune explicitement nommée, puis dites ce qui les sépare. L’opérateur « mettre en relation » exige les deux mouvements, la convergence et l’écart.
  • Dater à la décennie près quand vous le pouvez, et signaler l’approximation quand vous ne le pouvez pas. « Vers 95 de notre ère » est une réponse ; « à l’époque romaine » n’en est pas une, et une date fausse coûte plus cher qu’une date prudente.
  • Illustrer par la scène plutôt que par le titre : ce qui prouve votre lecture n’est pas de citer la Chanson de Roland, c’est de rappeler que le refus de sonner l’olifant est une parole qui engage et qui tue. Un exemple raconté en trois phrases vaut une liste.
  • Problématiser le découpage lui-même : demandez-vous pourquoi le programme arrête la période à l’Âge classique, et ce que gagne l’étude à ne pas aller jusqu’à nous. C’est une question que les meilleures copies posent en introduction et referment en conclusion.
  • Nuancer l’usage des prolongements : un texte du XVIIIe ou du XIXe siècle est légitime s’il éclaire la transmission de l’héritage, il ne l’est pas s’il tient lieu d’appui principal. Dites-le explicitement quand vous en mobilisez un — le correcteur y verra une maîtrise du cadre.

Erreurs fréquentes

  • Sauter le Moyen Âge. Passer de Quintilien à Pascal comme si rien n’avait été dit sur la parole entre le Ier et le XVIIe siècle contredit le programme, qui cite les disputes des universités médiévales et dont la bibliographie consacre à cette période une part de chacune de ses trois listes — la Chanson de Roland, Rutebeuf, le Roman de la Rose, Thomas d’Aquin, le Roman de Renart, La Farce de Maître Pathelin.
  • Prendre la bibliographie indicative pour un programme d’œuvres. Le texte officiel écrit qu’elle est fournie « à titre d’illustration » et « ne prédétermine en aucun cas le choix des textes proposés dans le cadre des épreuves ». Réviser en apprenant la liste est un contresens sur ce qu’on attend de vous.
  • Placer Quintilien au Ier siècle avant notre ère, à côté de Cicéron. L’Institution oratoire est écrite vers 95 de notre ère, sous Domitien : cent cinquante ans séparent les deux hommes, et ce n’est pas un détail, puisque Quintilien écrit dans un Empire où l’éloquence politique a déjà perdu son objet.
  • Croire les prolongements interdits. Le programme les prévoit explicitement et sa bibliographie en donne une rubrique. Interdire Rousseau ou Laclos à un élève qui sait les situer est une rigueur inventée ; ce qui est fautif, c’est de bâtir tout un devoir sur eux au lieu des textes antiques, médiévaux et classiques.
  • Aligner des noms sans les situer. Écrire « Aristote, Pascal, La Fontaine » sans une date, une œuvre et un enjeu par nom ne prouve aucune lecture. La capacité attendue est la mise en relation argumentée ; une énumération sans rapport explicite ne rapporte rien.

§ 04

Révision active

Construisez, pour chacun des trois moments de la période, une fiche de trois lignes : une œuvre datée, la situation de parole qu’elle met en scène, la notion du thème qu’elle éclaire. Choisissez ensuite le moment que vous maîtrisez le moins et rédigez, en dix lignes, la question que vous poseriez à son sujet dans un essai, avec la tension qui la rend discutable.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Le Roman de Renart, quatrième aventure — comment Renart prit le fromage à Tiécelin (adaptation de Paulin Paris, 1861) (Wikisource) · La Farce de Maître Pathelin (traduction Fournier, 1872) — version en français moderne (Wikisource)

§ 05
§ 05

Méthode : l’interprétation et l’essai, et ce que ce semestre prépare vraiment#

~11 min de lecture●●●ApprofondissementBOHLP-1re-S1-Les pouvoirs de la parole

Points clés

Commençons par les faits, car ils sont souvent racontés de travers. L’épreuve écrite de la spécialité dure quatre heures et compte pour un coefficient 16. Le sujet est composé de deux questions portant sur un seul texte, « relatif à l’un des thèmes du programme » (voir Fig. 9). L’une s’intitule interprétation, l’autre essai ; chacune est annoncée comme littéraire ou philosophique par l’intitulé du sujet, et l’appariement n’est pas fixé d’avance. Les deux questions donnent lieu à « des développements d’ampleur comparable », rédigés sur deux copies distinctes, corrigées séparément par un professeur de lettres et par un professeur de philosophie selon l’orientation de chaque exercice. Chaque question est notée sur 10, et la somme constitue la note globale unique.

L’épreuve écrite : un texte, deux copies, une note

L’épreuve écrite : un texte, deux copies, une noteGraphe, Un seul texte → Interprétation, Un seul texte → Essai, Interprétation → Copie 1 · /10, Essai → Copie 2 · /10, Copie 1 · /10 → Lettres, Copie 2 · /10 → Philosophie, Lettres → Note unique · /20, Philosophie → Note unique · /20Un seul texteInterprétationEssaiCopie 1 · /10Copie 2 · /10LettresPhilosophieNote unique · /20
Fig. 9L’orientation de chaque question est annoncée par l’intitulé du sujet ; elle n’est pas fixée d’avance.
Fig. 9 ↓
Le statut de ce semestre demande la même exactitude. La définition consolidée de l’épreuve indique que celle-ci porte sur le programme de terminale, mais que « les notions rencontrées en classe de première mais non approfondies en classe de terminale doivent être connues et mobilisables », et qu’« elles ne peuvent cependant pas constituer un ressort essentiel du sujet ». Traduction pratique : personne ne vous donnera un texte sur la rhétorique antique comme support de l’épreuve, mais on attend que vous sachiez vous en servir quand le texte de terminale le permet. Ajoutons que le programme de l’oral de contrôle est identique à celui de l’écrit, et que la spécialité abandonnée en fin de première compte au contrôle continu avec un coefficient 8. Ce semestre n’est donc facultatif pour personne.
L’interprétation est un exercice précis, et son intitulé officiel le dit : il s’agit d’un développement qui expose « la compréhension et l’analyse d’un enjeu majeur du texte ». Trois mots comptent. Un enjeu, c’est-à-dire ce que le texte met en jeu et qui peut être discuté, non son résumé. Majeur, donc un seul, choisi et assumé, et non le relevé de tout ce qu’on remarque. Du texte, donc établi par des analyses précises et non plaqué. La conséquence de méthode est nette : formulez votre enjeu en une phrase avant tout développement, puis démontrez-le. Un commentaire linéaire qui parcourt le texte ligne à ligne ne répond pas à la consigne.
L’essai est tout aussi précis : il « conduit le candidat à rédiger une réponse étayée à une question soulevée par le texte ». Ce n’est donc ni une dissertation libre sur un thème, ni un commentaire déguisé. La question vous est donnée ; votre travail consiste à en faire un problème, c’est-à-dire à montrer que deux réponses opposées sont l’une et l’autre défendables, puis à construire un trajet qui les départage (voir Fig. 10). Le plan en trois temps — ce que l’on accorde, ce qui résiste, la position conquise — n’est pas un rituel : c’est la forme la plus économique d’un raisonnement qui prend une objection au sérieux. Chaque partie doit répondre à une étape du problème, et se laisser résumer en une phrase.

Le trajet de l’essai

Le trajet de l’essaiArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Thèse — ce que l’on accorde d’abord; Objection — ce qui résiste; Dépassement — la nuance conquiseUn intituléThèse — ce que l’on accorde d’abordObjection — ce qui résisteDépassement — la nuance conquise
Fig. 10Trois moments, un seul problème : chaque branche doit répondre à une étape de la question posée.
Fig. 10 ↓
Les notions du semestre servent à avancer, jamais à décorer. Les trois preuves d’Aristote permettent d’analyser un discours rapporté dans un texte. La distinction convaincre et persuader permet de discuter le rapport d’un discours au vrai. Le couple rhétorique et dialectique permet de situer une parole entre l’efficacité et la recherche du vrai. L’opposition parole et écriture permet d’interroger ce que devient un discours quand on le lit au lieu de l’entendre. Les trois entrées enfin — art, autorité, séduction — donnent une architecture prête à l’emploi quand un sujet porte sur le langage. Une notion citée sans être employée est du bruit ; une notion employée sans être nommée est une occasion manquée.
Deux consignes de gestion, souvent négligées, coûtent des points chaque année. La première : puisque les deux exercices sont notés sur 10 et doivent être d’ampleur comparable, écrire six pages sur l’un et une page sur l’autre revient à sacrifier la moitié de l’épreuve — partagez les quatre heures en deux moitiés, plus un quart d’heure de relecture à la fin. La seconde : les sujets nationaux précisent que « l’usage de la calculatrice et du dictionnaire n’est pas autorisé ». Le vocabulaire du thème doit donc être en mémoire, avec son orthographe, ce qui est une raison de plus pour travailler le registre de notions plutôt que de le relire passivement.
Reste l’exigence qui décide des meilleures copies : la nuance, et elle n’est pas une prudence. Une copie qui tranche brutalement — la parole trompe, ou bien la parole libère — se prive de ce que le thème a d’intéressant, à savoir qu’il s’agit d’une seule et même puissance. Agir sur autrui par des mots fonde l’oraison funèbre et la flatterie du courtisan, le serment et le parjure, la fable qui instruit et la fable qui endort. La conclusion attendue ne dit pas que tout se vaut : elle déplace la question de l’outil vers l’usage, et de l’usage vers celui qui en répond. C’est exactement ce que la tradition latine visait en exigeant que l’orateur fût d’abord un homme de bien.

Vocabulaire

→ Cartes
  • interprétationPremier exercice de l’épreuve : un développement écrit qui expose la compréhension et l’analyse d’un enjeu majeur du texte, et non son commentaire linéaire.
  • essaiSecond exercice de l’épreuve : une réponse étayée à une question soulevée par le texte, construite comme un raisonnement et non comme une dissertation libre.
  • enjeuCe que le texte met en jeu et qui peut être discuté : la conséquence de ce qu’il avance, jamais le résumé de ce qu’il raconte.
  • problématiqueMise en tension d’un sujet : la question à laquelle deux réponses au moins sont défendables, et que le trajet du devoir a charge de départager.
  • concessionMoment où l’on accorde à la thèse adverse ce qu’elle a de juste, afin que son dépassement paraisse conquis plutôt que décrété.
  • oral de contrôleÉpreuve de rattrapage de la spécialité : vingt minutes de préparation, une réponse de dix minutes au maximum puis un entretien, sur le même programme que l’écrit.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Essai philosophique : le vrai peut-il se passer de l’art de parler ?

Le texte support est l’ouverture de l’Apologie de Socrate. Socrate y déclare que ses accusateurs ont parlé d’une manière si persuasive qu’il a failli ne plus se reconnaître lui-même, et que pourtant ils n’ont pas dit un mot véritable ; il annonce qu’il parlera pour sa part sans apprêt, dans les mots qui lui viendront. Question : le souci du vrai oblige-t-il à renoncer à l’art de parler ?

  1. 01Dégager la question soulevée par le texte

    Socrate met face à face deux propriétés qu’on croirait solidaires : la force persuasive d’un discours et sa vérité. Chez ses accusateurs, la première est maximale et la seconde nulle. Le texte suggère donc qu’elles sont indépendantes — et la question est de savoir si, dès lors, il faut choisir.

  2. 02Formuler le problème

    La tension est double. Si le souci du vrai oblige à renoncer à l’art, une parole vraie risque de rester inaudible et donc sans effet : la vérité serait condamnée au silence. Mais si l’on conserve l’art, on emploie l’instrument même qu’on reprochait aux accusateurs, et l’on ne peut plus se distinguer d’eux. Renoncer ou conserver : les deux branches coûtent.

  3. 03Accorder d’abord ce qui est vrai dans la thèse du renoncement

    L’art de parler vise l’effet, et l’effet ne dépend pas de la vérité de ce qu’on avance : c’est ce que Gorgias revendiquait et ce que Platon reprochera à la rhétorique. Un procédé qui fonctionne aussi bien pour le vrai que pour le faux ne peut pas servir de garantie. Le dépouillement annoncé par Socrate est donc la conséquence cohérente de son exigence.

  4. 04Opposer l’objection que le texte lui-même fournit

    Ce dépouillement est pourtant lui-même une manière de parler. Annoncer qu’on parlera sans art, dire qu’on a failli ne plus se reconnaître, opposer la simplicité de ses mots à l’habileté des autres : ce sont des procédés, et de l’ordre de l’ethos. S’y ajoute que le texte qui nous les rapporte est un dialogue de Platon, c’est-à-dire une composition littéraire d’une extrême maîtrise.

  5. 05Déplacer la question de l’instrument vers sa subordination

    La bonne distinction n’est donc pas entre parler avec art et parler sans art, mais entre un art qui commande et un art qui obéit. Le Phèdre admet une rhétorique légitime à condition qu’elle repose sur la dialectique et sur la connaissance de celui à qui l’on parle ; Quintilien exigera que l’orateur soit d’abord un homme de bien. Dans les deux cas, l’art n’est pas supprimé : il est mis au service d’autre chose que de lui-même.

  6. 06Conclure sans effacer le prix de la position

    Il faut reconnaître que cette solution ne rassure pas complètement : rien, dans un discours, ne permet à l’auditeur de vérifier que l’art y est subordonné plutôt que souverain. C’est pourquoi la responsabilité se déplace vers celui qui parle, et pourquoi Socrate, en dernier ressort, engage sa vie plutôt que ses phrases.

Résultat : Non, le souci du vrai n’oblige pas à renoncer à l’art de parler, mais il oblige à le subordonner. Le texte fait apparaître que la force persuasive et la vérité sont indépendantes, ce qui interdit de prendre l’efficacité pour une preuve. Il ne s’ensuit pourtant pas qu’il faille se taire ou parler mal : le dépouillement de Socrate est lui-même un art, et une vérité que personne n’écoute ne change rien. La position tenable consiste à distinguer un art qui décide de ce qu’on dira d’un art qui se règle sur ce qu’on a établi par ailleurs — la rhétorique du Phèdre, adossée à la dialectique, ou l’orateur de Quintilien, honnête homme avant d’être habile. Elle a son prix : aucun auditeur ne peut vérifier cette subordination dans le discours seul, de sorte que la garantie repose finalement sur ce que celui qui parle est prêt à engager.

Objectif Bac

  • Formuler l’enjeu avant d’écrire une ligne d’analyse : une phrase, au début du développement, qui dise ce que le texte met en jeu. L’opérateur « interpréter » se juge d’abord là ; un développement sans enjeu formulé est un commentaire, pas une interprétation.
  • Problématiser la question donnée au lieu d’y répondre tout de suite : montrez que deux réponses opposées sont défendables, puis annoncez le trajet qui va les départager. Un essai qui commence par sa conclusion n’a plus rien à démontrer.
  • Étayer chaque affirmation par un exemple daté et une citation courte : l’essai est « une réponse étayée », et l’étai est ce que le correcteur cherche des yeux. Deux exemples précis valent mieux que six allusions.
  • Nuancer par la concession explicite : accordez à la thèse adverse ce qu’elle a de vrai avant de la dépasser. C’est cette concession, et non l’affirmation, qui rend la troisième partie crédible.
  • Répartir le temps comme on répartit les points : deux exercices notés sur 10, deux copies d’ampleur comparable, donc deux moitiés de quatre heures et un quart d’heure de relecture. Le déséquilibre est la faute la plus coûteuse et la plus facile à éviter.

Erreurs fréquentes

  • Croire que l’interprétation est toujours littéraire et l’essai toujours philosophique. Les deux orientations sont annoncées par l’intitulé du sujet et peuvent se combiner dans les deux sens ; le programme rappelle d’ailleurs qu’« aucune de ces entrées n’est spécifiquement littéraire ou philosophique ». Se préparer à un appariement figé, c’est se préparer à être surpris.
  • Traiter l’essai comme une dissertation libre. Le texte officiel parle d’une réponse étayée à une question soulevée par le texte : le support n’est pas un prétexte, et une copie qui ne revient jamais au texte a changé d’exercice sans s’en apercevoir.
  • Faire du relevé au lieu d’interpréter. Écrire « ici une métaphore, là une anaphore » sans dire ce qu’elles produisent ni ce que cela signifie ne vaut aucun point. La consigne demande un enjeu majeur, ce qui suppose de choisir, donc de laisser de côté des remarques exactes mais secondaires.
  • Déséquilibrer les deux copies. Elles sont notées sur 10 chacune et doivent être d’ampleur comparable ; consacrer trois heures à l’une revient à s’interdire la moitié des points, quelle que soit la qualité du développement long.
  • Écrire qu’un semestre de première « ne tombe pas », donc qu’il est inutile. La définition de l’épreuve exige au contraire que ses notions soient connues et mobilisables ; elle interdit seulement qu’elles constituent le ressort essentiel du sujet. Confondre « ne peut pas être le sujet » et « ne sert à rien » est une erreur de lecture aux conséquences immédiates.

§ 05

Révision active

Interprétation. Choisissez, dans une pièce classique que vous connaissez, une tirade où un personnage cherche à en faire céder un autre. Rédigez l’exposé d’un enjeu majeur du passage : formulez-le en une phrase avant tout développement, soutenez-le par trois analyses précises tirées du texte, et vérifiez pour finir qu’il ne se réduit pas au résumé de l’action. Contrainte de style : vous n’emploierez pas plus d’une fois le mot « procédé ».

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Définition de l’épreuve terminale de spécialité HLP — version consolidée en vigueur depuis la session 2024 (PDF) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme d’humanités, littérature et philosophie de première générale (PDF officiel) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01L’art de la parole : opérations, genres, preuves — et l’écart entre parole et écriture○
    • 02L’autorité de la parole : la Muse, le serment, la parole publique et ses règles◐
    • 03Les séductions de la parole : le procès de la rhétorique, la fiction et l’emprise●
    • 04Repères : les trois moments de la période, de Gorgias à La Fontaine◐
    • 05Méthode : l’interprétation et l’essai, et ce que ce semestre prépare vraiment●

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Les pouvoirs de la parole

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~59
min
5
Compétences
50
questions
S'entraîner
Planifier une révision

Références et sources

Sources

Wikisource

  • Aristote, Rhétorique (traduction Charles-Émile Ruelle) — texte intégral
  • Hésiode, La Théogonie (traduction Anne Bignan, 1838) — l’invocation des Muses de l’Hélicon
  • Thucydide, Guerre du Péloponnèse, livre II (traduction Buchon) — l’oraison funèbre de Périclès
  • Platon, Gorgias (traduction Victor Cousin) — le dialogue intégral, dont l’analogie des quatre flatteries
  • Pascal, De l’esprit géométrique et de l’art de persuader
  • Le Roman de Renart, quatrième aventure — comment Renart prit le fromage à Tiécelin (adaptation de Paulin Paris, 1861)
  • La Farce de Maître Pathelin (traduction Fournier, 1872) — version en français moderne

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme d’humanités, littérature et philosophie de première générale (PDF officiel)
  • Définition de l’épreuve terminale de spécialité HLP — version consolidée en vigueur depuis la session 2024 (PDF)

Voir aussi

  • Les représentations du mondeL'autre semestre de première : après ce que la parole fait, ce que les représentations font voir.
  • Éducation, transmission et émancipationLa parole des maîtres et l'autorité qu'elle exerce y deviennent une question d'éducation.
  • Histoire et violenceQuand la parole publique sert la violence — ou lui résiste : la contrepartie contemporaine de la sophistique.

Chapitre suivant

Les représentations du monde

EuraStudy·Fiches T·01·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.