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Deuxième entrée de l’objet d’étude de terminale « L’Humanité en question » (semestre 2), sur la période contemporaine (XXe-XXIe siècles). Le programme part d’un constat — l’histoire contemporaine a connu « des destructions et des massacres sans précédent par leur nature et par leurs dimensions, en particulier mais non exclusivement lors des deux guerres mondiales » — et d’une seconde observation, souvent oubliée : cette même histoire « a vu de nombreux peuples soumis jusque-là à diverses formes de domination revendiquer leur dignité et leur indépendance ». Il en tire un travail précis. D’abord distinguer, car « toutes les violences » ne sont pas comparables sans examen : entre les types de guerre (une guerre de conquête n’est pas une guerre de libération), entre les régimes politiques (un régime oppressif n’est pas nécessairement une entreprise totalitaire), entre les formes de violence sociale (certaines sont quotidiennes, diffuses, et prennent d’autres formes que l’agression physique). Ensuite interroger les pouvoirs propres de la littérature : le témoignage et son effort d’objectivation, l’engagement et la dénonciation qui prétendent agir sur le cours de l’histoire, et ce pouvoir plus rare d’exprimer la violence jusque dans sa dimension d’inhumanité. Enfin penser : la violence est-elle irréductible, ou l’histoire universelle donne-t-elle les signes d’une marche vers des relations pacifiées dans le cadre d’États de droit et d’institutions internationales ? Et si la violence précède le droit, quel droit peut la limiter durablement ? L’entrée demande aussi de soumettre à un nouvel examen critique l’ancienne confiance humaniste en un progrès continu de la civilisation.
5 sections~69 min de lecture5 compétencesVérifié · 06/2026
niveau de base
Commencez par les trois partages que le programme énonce lui-même, car ils commandent toute copie : entre les types de guerre (conquête / libération), entre les régimes (oppressif / totalitaire), entre les formes de violence sociale (agression physique / violences quotidiennes et diffuses). Ajoutez-y le couple barbarie / civilisation et le couple mémoire / histoire. Tenez ensuite trois repères sûrs, un par temps du thème : Primo Levi ou Robert Antelme pour le témoignage, Hannah Arendt pour le totalitarisme et la banalité du mal, Albert Camus pour la révolte. Un repère ne vaut, le jour de l’épreuve, que si vous pouvez en énoncer la thèse en une phrase exacte.
niveau approfondi
Pour viser l’excellence, ne restez pas sur les totalitarismes : le programme demande explicitement d’élargir aux peuples soumis à une domination et à leur revendication de dignité et d’indépendance, et de tenir la question du droit — « si la violence précède le droit, quel droit pourra la limiter dans la plus grande mesure et de la manière la plus durable ? ». Travaillez donc quatre couples : Hobbes et Rousseau sur le caractère irréductible ou non de la violence ; Kant (l’histoire universelle, la paix perpétuelle) et Hegel (la ruse de la raison) sur le sens de l’histoire ; Walter Benjamin (la violence fondatrice et conservatrice de droit) et Max Weber (le monopole de la violence légitime) sur le rapport du droit à la violence ; Arendt (le pouvoir n’est pas la violence) et Camus (la révolte qui se donne des limites) sur la réponse. Sachez enfin que la « banalité du mal » est une thèse philosophique sur l’absence de pensée, et non un verdict historique sur un homme.
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Distinguer avant de comparer : les trois partages du programme
Barbarie et civilisation : deux cercles qui se recoupent
Vocabulaire
→ CartesSujet d’essai philosophique adossé à un texte qui décrit la mise à mort administrative d’un groupe désigné par la loi. Le programme pose lui-même la question : « toutes les violences sont-elles comparables ? ». Rédigez le développement d’un essai qui y réponde sans se contenter d’un oui ni d’un non.
Comparer signifie d’abord rapprocher pour mesurer. En ce sens, toutes les violences sont comparables : elles ont un trait commun, atteindre autrui dans son intégrité sans son consentement, et ce trait suffit à les faire entrer dans une même famille. C’est même la condition pour qu’un mot unique, « violence », ait un sens. Refuser d’emblée toute comparaison rendrait la notion inutilisable et interdirait toute réflexion générale sur l’histoire.
Mais comparer sans dire selon quoi conduit à deux erreurs opposées. Si l’on compare par le seul nombre, une guerre longue et peu meurtrière pèserait moins qu’une catastrophe brève, ce qui efface l’intention. Si l’on compare par la seule intention, on cesse de voir l’ampleur. Et si l’on comparait par la souffrance des victimes, on entrerait dans une concurrence où la douleur des uns dévalue celle des autres. La question, ainsi, n’est pas « peut-on comparer ? » mais « selon quel critère, et pour dire quoi ? ».
Le programme fournit précisément ces critères. Il distingue les types de guerre, parce qu’une guerre de conquête et une guerre de libération n’ont ni la même origine ni la même finalité. Il distingue les régimes, parce qu’un régime oppressif réprime tandis qu’une entreprise totalitaire veut refaire l’homme. Il distingue les violences sociales, parce qu’une humiliation quotidienne n’a ni auteur ni instant assignables. Ces trois partages ne classent pas les violences par gravité : ils indiquent sous quel rapport chacune doit être décrite avant d’être rapprochée d’une autre.
Certaines violences comportent un trait qui ne se retrouve nulle part ailleurs : la destruction méthodique d’un groupe pour ce qu’il est, organisée par une administration, avec des lois, des transports et des budgets. Le trait n’est ni le nombre ni la cruauté — c’est la structure, qui transforme le meurtre en procédure et fait de l’exécutant un employé. On peut le comparer à d’autres violences pour l’éclairer ; on ne peut pas le dissoudre en elles sans cesser de le décrire.
La comparaison n’est donc légitime qu’à trois conditions : que le critère soit dit, qu’il soit tenu jusqu’au bout, et qu’on énonce aussi ce qu’il laisse échapper. Elle est un instrument de connaissance, non un tribunal des souffrances. Se souvenir de l’avertissement de Montaigne aide ici : le mot de barbarie sert le plus souvent à désigner l’usage d’autrui — on croit comparer, on est seulement en train de nommer ce qui nous est étranger.
Résultat : Oui, les violences sont comparables, mais à condition que la comparaison soit un travail et non un réflexe. Elles partagent un trait — atteindre autrui dans son intégrité sans son consentement — qui autorise à les penser ensemble ; elles se différencient par les partages que le programme énonce, et qui portent sur l’origine (conquête ou libération), sur le projet politique (réprimer ou refaire l’homme) et sur la forme (agression identifiable ou violence diffuse). Comparer suppose donc un critère explicite, tenu et déclaré incomplet. À défaut, la comparaison bascule dans l’une des deux dérives symétriques : l’équivalence, qui dissout ce que chaque crime a de propre, et la concurrence, qui met les mémoires en rivalité. La question du programme ne demande pas de classer les violences ; elle demande de ne pas les confondre.
Erreurs fréquentes
Révision active
Exercice de classement. Voici quatre situations : le bombardement d’une ville par une armée régulière ; la déportation d’un groupe désigné par une loi ; l’interdiction faite à une population de parler sa langue ; une rixe entre deux inconnus. Rangez chacune dans l’un des trois partages du programme (types de guerre, régimes politiques, formes de violence sociale) et justifiez en une phrase. Indiquez ensuite, pour chaque cas, quel critère vous a servi à trancher — et signalez celui des quatre qui résiste au classement.
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Sources : Programme d’humanités, littérature et philosophie — classe terminale générale (semestre 2, « L’Humanité en question », entrée « Histoire et violence ») et bibliographie indicative (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Michel de Montaigne, Essais, livre I, chapitre 31, « Des cannibales » (« chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ») (Wikisource — texte intégral, domaine public) · Éléments d’évaluation officiels du sujet national de HLP, session 2024, jour 1 (interprétation littéraire sur « Classe 17 » d’Aragon : « la violence sourde, à distance du fracas ») (Ministère de l’Éducation nationale — académie de Normandie)
Les trois pouvoirs propres de la littérature
Les cercles du témoignage
Vocabulaire
→ CartesLe texte est l’ouverture de « L’Iliade ou le poème de la force » (1940), où Simone Weil distingue deux pouvoirs de la force : celui de tuer, et cet autre pouvoir « de faire une chose d’un homme qui reste vivant. Il est vivant, il a une âme ; il est pourtant une chose. » Interprétation philosophique : en quoi cette définition dit-elle l’inhumain mieux qu’un récit d’atrocités ?
Le texte ne commence pas par un fait mais par une hiérarchie inattendue : la force qui tue est dite « sommaire, grossière ». L’attente du lecteur est ainsi contrariée, puisqu’il tient spontanément le meurtre pour le comble de la violence. Ce déplacement est l’acte philosophique du passage : il déclasse l’événement spectaculaire pour rendre visible ce qui se produit avant lui et sans lui.
Tout tient dans ce mot. Une chose n’est pas un être diminué : c’est un être d’une autre catégorie, qui n’a ni intérieur ni point de vue, dont on dispose sans lui faire tort. Dire d’un vivant qu’il est une chose, ce n’est donc pas exagérer, c’est décrire une opération : la force retire à un homme la qualité qui le rendait irremplaçable, tout en le laissant respirer. L’inhumain est nommé sans qu’aucune cruauté ait été racontée.
La formule « il est vivant, il a une âme ; il est pourtant une chose » est logiquement contradictoire, et c’est délibéré. Weil n’écrit pas une comparaison — l’homme est traité comme une chose — mais une identité. La contradiction est déposée dans la phrase parce qu’elle est déjà dans la situation : c’est le réel qui est intenable, non le style. La langue épouse ici l’objet, ce qui est exactement le troisième pouvoir que le programme reconnaît à la littérature.
La définition vaut bien au-delà de l’Iliade. Elle donne un critère applicable à toute situation : y a-t-il des êtres dont on dispose sans avoir à tenir compte de leur point de vue ? Ce critère permet de reconnaître l’inhumain dans des situations où nul n’a été tué — la servitude, la déportation, l’humiliation ordinaire. Il rejoint ainsi le troisième partage du programme, celui des violences quotidiennes et diffuses.
Un récit d’atrocités aurait produit un autre effet : il aurait apporté la preuve et suscité l’indignation, mais laissé le lecteur devant des faits particuliers, datés, dont il peut se croire éloigné. La définition, elle, ne prouve rien et n’émeut pas ; elle donne un outil de reconnaissance, transportable. Elle atteint ainsi ce que le témoignage ne peut pas viser et que la dénonciation ne cherche pas : la structure même de l’inhumain.
Résultat : La force, chez Simone Weil, se définit par son pouvoir de transformer un homme en chose sans le tuer — un vivant qui a une âme et qui est pourtant une chose. Cette définition dit l’inhumain mieux qu’un récit d’atrocités pour trois raisons. Elle déclasse d’abord le meurtre, qu’elle nomme la forme grossière de la force, et rend visible l’opération plus discrète qui le précède. Elle inscrit ensuite la contradiction dans la phrase même, si bien que la langue reproduit ce que la situation a d’intenable : c’est exactement le pouvoir que le programme reconnaît en propre à l’écriture. Elle fournit enfin un critère utilisable ailleurs — dispose-t-on d’un être sans tenir compte de son point de vue ? — qui vaut pour la guerre comme pour les violences sociales les plus diffuses. Là où un récit apporte des faits et une dénonciation cherche un effet, cette écriture donne à penser une structure.
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Révision active
Exercice de confrontation. Choisissez un même événement violent du XXe siècle, puis écrivez deux paragraphes brefs : dans le premier, décrivez ce qu’un témoignage en ferait ; dans le second, ce qu’un texte de dénonciation en ferait. Comparez ensuite les deux sur trois points précis — qui parle, à qui, et pour obtenir quoi. Terminez en indiquant lequel des deux textes court le plus grand risque de manquer son but, et pourquoi.
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Sources : Simone Weil, « L’Iliade, ou le poème de la force » (1940), dans La Source grecque (Wikisource — texte intégral, domaine public) · Sujet national de HLP, session 2024, jour 1 : Aragon, « Classe 17 » (Le Roman inachevé, 1956) — interprétation littéraire « Quelles violences ce poème dit-il ? » (Ministère de l’Éducation nationale — académie de Normandie)
Le débat sur le sens de l’histoire, avant et après la catastrophe
Vocabulaire
→ CartesSujet d’essai philosophique adossé à un texte du XXe siècle qui met en cause la confiance des Lumières dans le perfectionnement continu de la civilisation. Rédigez le développement d’un essai qui réponde à la question sans se contenter de constater que le XXe siècle a été violent.
Il faut d’abord rendre la thèse forte, sans quoi la réfuter ne coûte rien. Chez Kant, l’antagonisme même des hommes les contraint à instituer le droit, puis pousse les États à sortir entre eux de l’état de nature : le progrès n’est pas une promesse de bonheur, c’est une contrainte logique vers des relations réglées. Chez Hegel, l’histoire est le progrès dans la conscience de la liberté, et les passions particulières y servent une fin qui les dépasse. Dans les deux cas, la violence n’est pas niée : elle est intégrée comme moyen.
Ce que le siècle a démenti n’est pas l’existence de tout progrès. Les techniques, les savoirs, le droit international lui-même ont progressé, et parfois considérablement. Ce qui s’est brisé est le lien supposé entre ces progrès et le progrès moral : la même chimie éclaire et asphyxie, la même administration recense et déporte. La thèse à soutenir est donc étroite et solide — le progrès des moyens ne dit rien du progrès des fins.
Le second grief est plus grave encore. Le schéma hégélien accepte le prix payé au nom de ce qu’il permet ; il fait des victimes le coût d’une liberté à venir. Or c’est exactement ce que l’examen critique demandé par le programme rejette : aucune fin ne rachète ceux qu’on a supprimés, et une philosophie qui l’admettrait fournirait au bourreau son meilleur argument. Ici, refuser le schéma n’est pas une pudeur morale : c’est une exigence logique, puisque le raisonnement suppose de connaître une fin dont personne ne dispose.
La tentation inverse consiste à déclarer l’histoire dépourvue de sens et la violence irréductible. Mais ce pessimisme se paie très cher : s’il n’y a rien à espérer, il n’y a rien à faire, et la résignation devient raisonnable. Or les faits résistent aussi de ce côté : le crime contre l’humanité a reçu un nom, un tribunal et des juges. Le progrès n’est pas garanti, mais il n’est pas non plus imaginaire — il est simplement réversible.
Reste une position tenable entre les deux. Le progrès n’est ni une loi de l’histoire ni une illusion : c’est une œuvre, dépendante d’institutions qui peuvent être détruites et de personnes qui peuvent renoncer à penser. Il faut alors le formuler au conditionnel — il y a progrès pour autant que des règles tiennent et que quelqu’un les fasse tenir. C’est précisément là que la thèse d’Arendt sur l’absence de pensée devient une thèse politique : la faculté de juger est une condition du progrès, non son ornement.
Résultat : On peut encore parler d’un progrès de l’humanité, mais seulement à condition d’en changer le statut. Il faut d’abord distinguer ce qui a progressé — les savoirs, les techniques, et jusqu’aux instruments juridiques nés de la catastrophe elle-même — de ce qui n’a pas suivi : la moralité des fins. Il faut ensuite refuser la forme forte de l’idée, celle qui justifie les victimes par ce que leur sacrifice aurait permis, car aucune fin ne rachète un homme supprimé et personne ne dispose du terme de l’histoire. Il faut enfin résister au renversement symétrique, qui déclare l’histoire absurde et rend toute action vaine. La position tenable est celle d’un progrès conditionnel et réversible : il n’est pas une loi de l’histoire mais une œuvre, suspendue à des institutions fragiles et à des hommes qui continuent de juger. C’est ce qui donne à la thèse d’Arendt sur l’absence de pensée sa portée politique.
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Exercice de réfutation. Un camarade écrit : « Puisque des hommes ordinaires ont commis le pire, personne n’est vraiment responsable de ce qu’il fait sous un régime totalitaire. » Rédigez la réfutation de cette phrase en trois mouvements : montrez d’abord d’où elle tire son apparence de vérité, puis identifiez exactement le pas illégitime qu’elle franchit, enfin proposez la formulation juste de ce qu’Arendt soutient. Concluez en une phrase sur ce que devient la notion de responsabilité si l’on accepte l’argument tel qu’il est écrit.
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Sources : Emmanuel Kant, « De la paix perpétuelle. Essai philosophique » (1795), traduction de Jules Barni (Wikisource — texte intégral, domaine public) · Notice « Hannah Arendt » (totalitarisme, banalité du mal, distinction du pouvoir et de la violence) — en anglais (Stanford Encyclopedia of Philosophy) · Notice « Walter Benjamin » (Critique de la violence, thèses « Sur le concept d’histoire ») — en anglais (Stanford Encyclopedia of Philosophy)
La légalité n’est pas la justice
Encadrer la violence par le droit : les institutions internationales
Vocabulaire
→ CartesSujet d’essai philosophique adossé à un texte qui décrit un crime commis dans les formes légales. Le programme demande : « si la violence précède le droit, quel droit pourra la limiter dans la plus grande mesure et de la manière la plus durable ? ». Rédigez le développement d’un essai qui traite le verbe « éliminer » avec précision.
Le sujet ne demande pas si le droit réduit la violence, mais s’il peut l’éliminer, c’est-à-dire la faire disparaître. La différence n’est pas verbale. Réduire admet des degrés et se mesure ; éliminer suppose un terme atteint. Poser cette distinction dès l’ouverture évite la copie molle qui répondrait « en partie » sans jamais dire de quoi.
Le droit accomplit trois opérations que rien d’autre n’accomplit. Il retire à la victime le pouvoir de se faire justice, et brise ainsi la chaîne des vengeances. Il qualifie : nommer un acte crime contre l’humanité, c’est le rendre pensable, jugeable et imprescriptible. Il institue enfin des lieux — tribunaux, procédures, archives — où les faits sont établis contradictoirement. Le procès de Nuremberg, puis la convention de 1948 sur le génocide, ont fait exister des catégories qui n’existaient pas avant le crime qu’elles nomment.
Mais le droit ne se substitue pas à la force : il la confisque. Weber définit l’État par le monopole de la violence physique légitime, ce qui revient à dire que le droit organise l’usage de la contrainte au lieu de le supprimer. Benjamin va plus loin en soutenant que toute violence est fondatrice ou conservatrice de droit : l’ordre juridique naît d’un acte de force et se maintient par la menace. Éliminer la violence par le droit serait alors demander à un dispositif de contrainte de supprimer la contrainte.
Reste le cas qui ruine toute confiance naïve : la légalité peut être criminelle. Le statut des Juifs du 3 octobre 1940 était une loi régulièrement promulguée. Ce cas ne prouve pas que le droit est impuissant — il prouve que le droit ne se juge pas lui-même, et qu’il faut un critère extérieur à la norme en vigueur. C’est pourquoi Nuremberg a dû assumer de juger d’après une règle postérieure aux faits : sans quoi la légalité du crime l’aurait couvert.
Entre les États, la difficulté change de nature. Aron l’énonce sans détour : il n’existe au-dessus d’eux aucune instance disposant de la force, si bien que le droit international ne vaut que par la volonté des États de s’y soumettre. Le projet kantien d’une fédération d’États libres reconnaissait déjà le problème et refusait la solution simple d’un État mondial, qu’il tenait pour un despotisme. Le droit international est donc structurellement un droit sans glaive.
La conclusion se déplace alors du verbe « éliminer » vers l’expression que le programme emploie : « dans la plus grande mesure et de la manière la plus durable ». Le droit ne supprime pas la violence, il la déplace, la ritualise, la soumet à des règles et l’expose au jugement. Sa durabilité ne tient ni à sa perfection formelle ni à ses sanctions, mais à l’existence d’une communauté politique qui le tient pour sien — ce que les personnes seules, par la révolte ou la résistance, sont capables de rappeler quand les institutions défaillent.
Résultat : Non, le droit ne peut pas éliminer la violence, et le sujet se traite en montrant pourquoi cette impossibilité n’est pas un échec. Le droit accomplit ce que rien d’autre n’accomplit : il interrompt la vengeance, il qualifie les actes, il crée des lieux où les faits sont établis — le crime contre l’humanité n’existait pas avant qu’un tribunal ne le nomme. Mais il ne quitte pas le terrain de la force : il en confisque le monopole, selon Weber, et selon Benjamin il naît d’une violence fondatrice qu’une violence conservatrice prolonge. Il ne se juge pas non plus lui-même, comme le montre une loi d’exclusion régulièrement promulguée. Entre les États, enfin, il lui manque la force, et Kant refusait déjà l’État mondial qui la lui donnerait. La réponse juste n’est donc pas « éliminer » mais ce que demande le programme : limiter dans la plus grande mesure et le plus durablement. Cette durabilité ne vient pas du texte, elle vient d’une communauté qui le tient pour sien — et que la révolte ou la résistance rappellent à elle-même quand elle faiblit.
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Exercice d’interprétation. Camus écrit : « Je me révolte, donc nous sommes. » Analysez cette formule en vous appuyant sur sa construction même : expliquez ce que le premier verbe pose, ce que le « donc » prétend établir, et pourquoi le sujet change de personne entre les deux propositions. Dites ensuite si la conclusion suit vraiment de la prémisse, et ce que la formule doit à celle de Descartes qu’elle imite. Terminez en indiquant quelle obligation ce passage du je au nous impose au révolté.
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Sources : La Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 à Paris (résolution 217 A (III)) (Organisation des Nations unies) · Notice « Albert Camus » (l’absurde, la révolte, la question du meurtre dans L’Homme révolté) — en anglais (Stanford Encyclopedia of Philosophy) · Notice « Kant’s Social and Political Philosophy » (paix perpétuelle, fédération d’États, droit cosmopolitique) — en anglais (Stanford Encyclopedia of Philosophy)
Deux questions, un seul texte
Répartir les quatre heures
Vocabulaire
→ CartesLe sujet national du jour 1 de la session 2024 associait, sur le poème « Classe 17 » d’Aragon, une interprétation littéraire — « Quelles violences ce poème dit-il ? » — et un essai philosophique — « Peut-on perdre son humanité ? ». Montrez comment lire cet appariement au brouillon et comment en tirer un plan de travail pour les quatre heures.
L’interprétation est annoncée littéraire : elle porte sur ce que le poème fait, donc sur son écriture, son rythme, ses images, ses ruptures de ton. L’essai est annoncé philosophique : il porte sur une notion, ici l’humanité, et il attend une réponse argumentée, non un commentaire. La première décision du brouillon consiste à écrire ces deux mots — littéraire, philosophique — en haut de chaque page, pour ne pas glisser de l’un à l’autre en cours de rédaction.
Les deux questions ne sont pas indépendantes : l’essai est toujours « une question soulevée par le texte ». Ici, le poème montre des hommes traités en bétail, et l’essai demande si l’on peut perdre son humanité. Le lien est donc une notion que le texte met en scène sans la nommer. Repérer ce lien au brouillon vous donne deux avantages : il oriente la lecture du texte, et il fournit à l’essai un ancrage concret que les éléments d’évaluation valorisent expressément.
Un essai philosophique commence par distinguer les sens de son terme central. « Perdre son humanité » peut signifier être avili par autrui, se conduire de manière inhumaine, ou perdre ce qui définirait l’homme en propre. Le troisième sens contient un paradoxe qu’il faut voir : peut-on perdre ce qui vous constitue ? Écrire ces trois sens au brouillon, en une ligne chacun, suffit à sortir du lieu commun ; les faire dialoguer donne le mouvement du devoir.
Puisque l’exercice n’est pas une explication exhaustive, sélectionnez deux ou trois moments du texte et renoncez au reste sans regret. Dans un poème de ce type, on retiendra typiquement une image de déchéance physique, un signe de perte d’identité et le passage où des tiers évaluent les prisonniers. Notez pour chacun non pas ce qu’il raconte, mais ce que sa formulation produit sur le lecteur : c’est la différence entre paraphraser et interpréter.
Une répartition qui tient : environ trente minutes pour lire le texte, les deux intitulés et poser les deux brouillons ; une heure un quart pour l’interprétation ; un peu moins de deux heures pour l’essai, qui demande plus de matière ; une demi-heure de relecture des deux copies. Rien n’oblige à traiter les questions dans l’ordre du sujet, mais commencer par l’interprétation présente un avantage : elle vous fait relire le texte de près, et l’essai en profite.
Trois contrôles suffisent, et ils se font en dix minutes. Les deux copies sont-elles bien séparées et la question clairement identifiée sur chacune ? L’essai revient-il au moins une fois au texte, précisément ? Les deux développements sont-ils d’ampleur comparable, comme le texte officiel le demande ? Le reste du temps de relecture va à l’orthographe et à la syntaxe, qui sont un critère d’évaluation écrit, non un supplément d’âme.
Résultat : Lire un appariement, c’est identifier trois choses en dix minutes : quelle question est littéraire et laquelle est philosophique ; quelle notion le texte met en scène sans la nommer, puisque c’est elle que l’essai reprendra ; et quels deux ou trois passages porteront l’interprétation. Sur le sujet de 2024, cela donne une interprétation centrée sur l’écriture de la déchéance et de la perte d’identité, et un essai qui distingue trois sens de « perdre son humanité » — être avili, se conduire inhumainement, perdre ce qui définit l’homme — avant de montrer que le troisième est paradoxal. Le plan des quatre heures suit : une demi-heure de lecture et de brouillon, une heure un quart pour l’interprétation, un peu moins de deux heures pour l’essai, une demi-heure de relecture des deux copies. Trois vérifications closent l’épreuve : copies séparées et questions identifiées, un retour précis au texte dans l’essai, deux développements d’ampleur comparable.
Erreurs fréquentes
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Exercice d’inventaire. Dressez la liste des repères que vous croyez posséder sur cette entrée, puis, pour chacun, écrivez deux lignes seulement : ce que vous en savez de sûr (une thèse, pas un résumé) et ce que vous ignorez. Barrez ensuite tout repère dont vous ne pourriez rien tirer le jour de l’épreuve, et complétez la liste jusqu’à obtenir au moins un repère par temps du thème : distinguer, dire, penser, répondre. Rangez enfin les survivants par ordre d’utilité pour un essai philosophique, puis pour une interprétation littéraire — l’ordre ne sera pas le même.
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Sources : Définition de l’épreuve terminale de spécialité « humanités, littérature et philosophie » — version consolidée en vigueur à compter de la session 2024 (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Sujet national de HLP, session 2025, jour 2 : Wisława Szymborska, « Je ne sais quelles gens » (Vue avec grain de sable, 1996, traduit par Piotr Kaminski) (Ministère de l’Éducation nationale — académie de Normandie) · Programme d’humanités, littérature et philosophie — classe terminale générale (semestre 2, « L’Humanité en question », entrée « Histoire et violence ») et bibliographie indicative (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
Vérifié · 06/2026Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres
Références et sources
Éduscol — ministère de l’Éducation nationale
Wikisource — texte intégral, domaine public
Ministère de l’Éducation nationale — académie de Normandie
Stanford Encyclopedia of Philosophy
Organisation des Nations unies
Voir aussi