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Fiches/HLP — Humanités, littérature et philosophie/Histoire et violence
FR · Bac

Histoire et violence

Deuxième entrée de l’objet d’étude de terminale « L’Humanité en question » (semestre 2), sur la période contemporaine (XXe-XXIe siècles). Le programme part d’un constat — l’histoire contemporaine a connu « des destructions et des massacres sans précédent par leur nature et par leurs dimensions, en particulier mais non exclusivement lors des deux guerres mondiales » — et d’une seconde observation, souvent oubliée : cette même histoire « a vu de nombreux peuples soumis jusque-là à diverses formes de domination revendiquer leur dignité et leur indépendance ». Il en tire un travail précis. D’abord distinguer, car « toutes les violences » ne sont pas comparables sans examen : entre les types de guerre (une guerre de conquête n’est pas une guerre de libération), entre les régimes politiques (un régime oppressif n’est pas nécessairement une entreprise totalitaire), entre les formes de violence sociale (certaines sont quotidiennes, diffuses, et prennent d’autres formes que l’agression physique). Ensuite interroger les pouvoirs propres de la littérature : le témoignage et son effort d’objectivation, l’engagement et la dénonciation qui prétendent agir sur le cours de l’histoire, et ce pouvoir plus rare d’exprimer la violence jusque dans sa dimension d’inhumanité. Enfin penser : la violence est-elle irréductible, ou l’histoire universelle donne-t-elle les signes d’une marche vers des relations pacifiées dans le cadre d’États de droit et d’institutions internationales ? Et si la violence précède le droit, quel droit peut la limiter durablement ? L’entrée demande aussi de soumettre à un nouvel examen critique l’ancienne confiance humaniste en un progrès continu de la civilisation.

5 sections·~69 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0777 / 8
Profil d’examen
Capacité attendue (terminale) — Distinguer, comme le demande le programme, les types de guerre (conquête / libération), les régimes politiques (oppressif / totalitaire) et les formes de violence sociale (agression physique / violences quotidiennes et diffuses) avant toute comparaison.Capacité attendue (terminale) — Analyser les pouvoirs propres de la littérature devant la violence : le témoignage et son effort d’objectivation, les œuvres d’engagement et de dénonciation, l’écriture qui exprime la violence jusque dans sa dimension d’inhumanité.Capacité attendue (terminale) — Interroger l’idée de progrès et le sens de l’histoire, en confrontant la philosophie de l’histoire des Lumières et de Hegel au nouvel examen critique auquel le XXe siècle a soumis la confiance humaniste.Capacité attendue (terminale) — Examiner les réponses à la violence : le droit et les institutions internationales, le pacifisme, la révolte, la résistance et la revendication de dignité et d’indépendance des peuples soumis à une domination.Capacité attendue (terminale) — Conduire, sur un même texte, une interprétation (littéraire ou philosophique) et un essai (littéraire ou philosophique) problématisés, en tenant l’exigence d’attention à la lettre du texte que les éléments d’évaluation officiels rappellent.
Opérateurs :distinguerinterpréter un texteproblématiserconfronteranalysernuancerillustrer par un repèreargumenter

niveau de base

Commencez par les trois partages que le programme énonce lui-même, car ils commandent toute copie : entre les types de guerre (conquête / libération), entre les régimes (oppressif / totalitaire), entre les formes de violence sociale (agression physique / violences quotidiennes et diffuses). Ajoutez-y le couple barbarie / civilisation et le couple mémoire / histoire. Tenez ensuite trois repères sûrs, un par temps du thème : Primo Levi ou Robert Antelme pour le témoignage, Hannah Arendt pour le totalitarisme et la banalité du mal, Albert Camus pour la révolte. Un repère ne vaut, le jour de l’épreuve, que si vous pouvez en énoncer la thèse en une phrase exacte.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, ne restez pas sur les totalitarismes : le programme demande explicitement d’élargir aux peuples soumis à une domination et à leur revendication de dignité et d’indépendance, et de tenir la question du droit — « si la violence précède le droit, quel droit pourra la limiter dans la plus grande mesure et de la manière la plus durable ? ». Travaillez donc quatre couples : Hobbes et Rousseau sur le caractère irréductible ou non de la violence ; Kant (l’histoire universelle, la paix perpétuelle) et Hegel (la ruse de la raison) sur le sens de l’histoire ; Walter Benjamin (la violence fondatrice et conservatrice de droit) et Max Weber (le monopole de la violence légitime) sur le rapport du droit à la violence ; Arendt (le pouvoir n’est pas la violence) et Camus (la révolte qui se donne des limites) sur la réponse. Sachez enfin que la « banalité du mal » est une thèse philosophique sur l’absence de pensée, et non un verdict historique sur un homme.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Histoire et violence
    • 01La violence dans l’histoire : distinguer les guerres, les régimes, les violences○
    • 02Dire la violence : témoigner, dénoncer, écrire l’inhumain◐
    • 03Penser l’histoire : progrès, paix par le droit, banalité du mal●
    • 04Répondre à la violence : le droit, le pacifisme, la révolte, la résistance●
    • 05Repères d’œuvres (XXe-XXIe siècles) et méthode de l’épreuve◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

La violence dans l’histoire : distinguer les guerres, les régimes, les violences#

~13 min de lecture●○○BaseBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question-§Histoire et violence

Points clés

L’entrée s’ouvre sur un constat et se referme aussitôt sur une exigence de méthode. Le constat : « l’histoire contemporaine a connu des destructions et des massacres sans précédent par leur nature et par leurs dimensions, en particulier mais non exclusivement lors des deux guerres mondiales ». Deux mots y sont décisifs et il faut les séparer. Les DIMENSIONS, c’est le nombre — des morts par millions, des continents entiers mobilisés. La NATURE, c’est autre chose : une violence qui cesse d’être un débordement pour devenir une organisation, avec ses bureaux, ses horaires, ses statistiques et ses ingénieurs. L’exigence, elle, tient en deux questions que le programme pose textuellement : « qu’appelle-t-on “violence” ? Toutes les violences sont-elles comparables ? » Il y répond non par une définition mais par trois partages, et ces trois partages sont le squelette de toute copie sur ce thème (voir Fig. 1).

Distinguer avant de comparer : les trois partages du programme

Les trois distinctions du programmeArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Les guerres → de conquête; Les guerres → de libération; Les régimes → oppressif; Les régimes → totalitaire; Les violences sociales → agression physique; Les violences sociales → diffuse, quotidienneLes guerresLes régimesLes violences socialesQu’appelle-t-on « violence » ?de conquêtede libérationoppressiftotalitaireagression physiquediffuse, quotidienne
Fig. 1Le programme ne définit pas « la violence » : il demande trois distinctions préalables. La feuille mise en valeur — la violence diffuse — est celle que les copies oublient le plus souvent.
Fig. 1 ↓
Commençons par le mot. La violence n’est pas la force : la force est une puissance disponible, la violence est l’usage de cette puissance qui atteint quelqu’un dans son intégrité — physique, psychique, sociale — sans son consentement, et souvent contre son statut même d’être humain. Max Weber, dans une conférence que le programme inscrit à sa bibliographie (Le Savant et le Politique, 1919), définit l’État moderne comme la communauté humaine qui revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné. La formule est descriptive, non morale : Weber ne dit pas que cette violence est juste, il dit qu’elle est la seule que l’ordre en place tient pour autorisée. Deux questions naissent aussitôt de là et parcourent toute l’entrée : quelle violence est tenue pour légitime, et qui en décide ?
Premier partage : entre les types de guerre. Le programme donne lui-même l’exemple — « une guerre de conquête n’est pas une guerre de libération ». Refuser cette distinction, c’est mettre sur le même plan celui qui envahit et celui qui se défend. La bibliographie du programme la travaille de bout en bout : Erich Maria Remarque (À l’Ouest, rien de nouveau, 1929), Jean Giono (Le Grand Troupeau, 1931) et Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit, 1932) disent la guerre subie par le combattant ordinaire ; André Malraux (L’Espoir, 1937) écrit l’engagement dans une guerre tenue pour juste. Mais la distinction ne suffit jamais à elle seule : une cause juste ne rend pas justes tous les moyens, et le XXe siècle a inventé la guerre totale, où les sociétés entières sont mobilisées et où les civils deviennent des cibles — Guernica bombardée le 26 avril 1937, Hiroshima le 6 août 1945 et Nagasaki le 9 août.
Deuxième partage : entre les régimes politiques. « Un régime oppressif n’est pas nécessairement une entreprise totalitaire. » Un régime oppressif réprime ses opposants, censure, emprisonne ; il laisse pourtant subsister une vie privée, une famille, des croyances qu’il ne prétend pas refaire. Le totalitarisme veut davantage. Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme (1951), en dresse le portrait de référence : une idéologie qui prétend expliquer la totalité de l’histoire ; une terreur qui ne frappe pas des coupables mais des innocents désignés comme ennemis « objectifs » ; un mouvement de masse ; la destruction de l’espace privé et de la pluralité humaine ; et pour finir le camp, laboratoire où l’on entreprend de rendre les hommes superflus. La différence avec la dictature ordinaire n’est pas de degré mais de projet : le totalitarisme ne veut pas seulement obéissance, il veut transformer l’homme.
Troisième partage, le plus souvent oublié des copies : entre les formes de violence sociale. Le programme est là encore explicite : « au sein d’une même société, certaines violences quotidiennes et parfois diffuses peuvent prendre d’autres formes que celle de l’agression physique ». Humiliation, mépris, assignation à une place, interdiction de parler sa langue, conditions de travail qui usent : ces violences n’ont ni coup ni auteur clairement identifiable, elles sont réparties dans des habitudes, des institutions et des mots. Le sujet national de 2024 en offre un cas d’école. Le poème d’Aragon y montre des prisonniers de 1917 conduits à pied devant des villageois qui les jaugent comme du bétail de foire ; les éléments d’évaluation officiels demandent aux candidats de percevoir précisément « la violence sourde, à distance du fracas » que le poème dit. Aucun cri, aucun coup — et pourtant, écrivent-ils, « la situation est violente en elle-même ».
Reste le couple qui hante l’entrée : barbarie et civilisation (voir Fig. 2). Chez les Grecs, barbaros désignait celui dont la langue est inintelligible ; le mot a glissé vers la cruauté inhumaine. Montaigne avertit dès 1580, dans le chapitre « Des cannibales » (Essais, I, 31), que « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » : le mot sert d’abord à nommer l’autre, rarement à le décrire. Le XXe siècle a retourné le schéma dans l’autre sens. Les destructions les plus méthodiques n’ont pas été conçues par des peuples restés sauvages, mais au cœur de nations lettrées, savantes et industrielles, avec leurs administrations, leurs chemins de fer et leurs fichiers. Walter Benjamin le formulait déjà en 1940, dans « Sur le concept d’histoire » : tout document de culture est en même temps, dit-il, un document de barbarie, parce que les œuvres doivent leur existence au labeur anonyme de ceux qu’on a contraints. Ce n’est pas la civilisation qui produit la barbarie ; c’est qu’elle ne l’empêche pas, et qu’elle peut lui prêter ses moyens.

Barbarie et civilisation : deux cercles qui se recoupent

Barbarie et civilisationDiagramme de Venn avec 2 ensembles, La barbarie, La civilisationLa barbarieLa civilisationla cruautéle droitle XXe
Fig. 2Le sens commun oppose les deux termes. L’histoire contemporaine les fait se recouvrir : la barbarie s’est servie des instruments mêmes de la civilisation.
Fig. 2 ↓
Alors, « toutes les violences sont-elles comparables ? » Distinguer n’est pas hiérarchiser, et comparer n’est pas confondre. Toute comparaison exige un point de comparaison explicite : compare-t-on les moyens employés, les intentions, le nombre des victimes, ou la structure du crime ? Selon le critère choisi, la même comparaison éclaire ou trahit. Deux dérives symétriques guettent la copie : l’équivalence (« tout se vaut », qui dissout la spécificité de chaque crime) et la concurrence (« ma mémoire vaut mieux que la tienne », qui transforme le souvenir en compétition). Le programme n’ordonne pas les violences en une échelle ; il demande qu’on ne les mélange pas. La consigne pratique, à appliquer dès la première phrase d’un essai, tient en deux gestes : nommez précisément la violence dont vous parlez, puis dites à quel titre exactement vous la rapprochez d’une autre.

Vocabulaire

→ Cartes
  • violenceusage de la force qui atteint autrui dans son intégrité sans son consentement ; elle peut être physique, mais aussi quotidienne et diffuse, sans coup ni auteur identifiable
  • barbariecruauté tenue pour inhumaine ; le mot désigne d’abord, chez les Grecs, l’étranger dont la langue est inintelligible, et sert souvent à nommer l’autre plutôt qu’à le décrire
  • totalitarismerégime qui joint une idéologie prétendant expliquer toute l’histoire, la terreur contre des ennemis désignés, un mouvement de masse et la destruction de la vie privée, et qui vise à transformer l’homme lui-même
  • guerre de libérationguerre menée pour se soustraire à une domination, que le programme distingue expressément de la guerre de conquête
  • violence diffuseviolence répartie dans les habitudes, les institutions et les mots, sans agression physique ni auteur assignable, que le programme range parmi les violences sociales
  • monopole de la violence légitimeselon Max Weber, trait de l’État moderne, seul à revendiquer avec succès le droit d’user de la contrainte physique ou d’en autoriser l’usage sur un territoire
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Exemple corrigé

Essai philosophique — « Toutes les violences sont-elles comparables ? »

Sujet d’essai philosophique adossé à un texte qui décrit la mise à mort administrative d’un groupe désigné par la loi. Le programme pose lui-même la question : « toutes les violences sont-elles comparables ? ». Rédigez le développement d’un essai qui y réponde sans se contenter d’un oui ni d’un non.

  1. 01Prendre la question au sérieux dans son premier sens

    Comparer signifie d’abord rapprocher pour mesurer. En ce sens, toutes les violences sont comparables : elles ont un trait commun, atteindre autrui dans son intégrité sans son consentement, et ce trait suffit à les faire entrer dans une même famille. C’est même la condition pour qu’un mot unique, « violence », ait un sens. Refuser d’emblée toute comparaison rendrait la notion inutilisable et interdirait toute réflexion générale sur l’histoire.

  2. 02Montrer que la comparaison sans critère se retourne

    Mais comparer sans dire selon quoi conduit à deux erreurs opposées. Si l’on compare par le seul nombre, une guerre longue et peu meurtrière pèserait moins qu’une catastrophe brève, ce qui efface l’intention. Si l’on compare par la seule intention, on cesse de voir l’ampleur. Et si l’on comparait par la souffrance des victimes, on entrerait dans une concurrence où la douleur des uns dévalue celle des autres. La question, ainsi, n’est pas « peut-on comparer ? » mais « selon quel critère, et pour dire quoi ? ».

  3. 03Faire jouer les partages du programme

    Le programme fournit précisément ces critères. Il distingue les types de guerre, parce qu’une guerre de conquête et une guerre de libération n’ont ni la même origine ni la même finalité. Il distingue les régimes, parce qu’un régime oppressif réprime tandis qu’une entreprise totalitaire veut refaire l’homme. Il distingue les violences sociales, parce qu’une humiliation quotidienne n’a ni auteur ni instant assignables. Ces trois partages ne classent pas les violences par gravité : ils indiquent sous quel rapport chacune doit être décrite avant d’être rapprochée d’une autre.

  4. 04Nommer ce qui résiste à la comparaison

    Certaines violences comportent un trait qui ne se retrouve nulle part ailleurs : la destruction méthodique d’un groupe pour ce qu’il est, organisée par une administration, avec des lois, des transports et des budgets. Le trait n’est ni le nombre ni la cruauté — c’est la structure, qui transforme le meurtre en procédure et fait de l’exécutant un employé. On peut le comparer à d’autres violences pour l’éclairer ; on ne peut pas le dissoudre en elles sans cesser de le décrire.

  5. 05Tirer la règle d’usage

    La comparaison n’est donc légitime qu’à trois conditions : que le critère soit dit, qu’il soit tenu jusqu’au bout, et qu’on énonce aussi ce qu’il laisse échapper. Elle est un instrument de connaissance, non un tribunal des souffrances. Se souvenir de l’avertissement de Montaigne aide ici : le mot de barbarie sert le plus souvent à désigner l’usage d’autrui — on croit comparer, on est seulement en train de nommer ce qui nous est étranger.

Résultat : Oui, les violences sont comparables, mais à condition que la comparaison soit un travail et non un réflexe. Elles partagent un trait — atteindre autrui dans son intégrité sans son consentement — qui autorise à les penser ensemble ; elles se différencient par les partages que le programme énonce, et qui portent sur l’origine (conquête ou libération), sur le projet politique (réprimer ou refaire l’homme) et sur la forme (agression identifiable ou violence diffuse). Comparer suppose donc un critère explicite, tenu et déclaré incomplet. À défaut, la comparaison bascule dans l’une des deux dérives symétriques : l’équivalence, qui dissout ce que chaque crime a de propre, et la concurrence, qui met les mémoires en rivalité. La question du programme ne demande pas de classer les violences ; elle demande de ne pas les confondre.

Objectif Bac

  • Distinguer, avant toute chose : le programme impose trois partages (types de guerre, régimes politiques, formes de violence sociale). Ouvrez tout essai en disant DE QUELLE violence vous parlez — une copie qui traite « la violence » en général n’a pas encore commencé.
  • Interpréter, ce n’est pas raconter : devant un texte, cherchez la conception de la violence qu’il engage (emportement passionnel ? force administrée ? domination silencieuse ?) plutôt que de restituer les faits qu’il rapporte. Les éléments d’évaluation de 2024 exigent « une attention à la lettre ainsi qu’à la langue du texte ».
  • Problématiser « Toutes les violences sont-elles comparables ? » : la question n’attend ni oui ni non, mais l’explicitation d’un critère de comparaison — les moyens, l’intention, le nombre, la structure — et la démonstration que la réponse change dès qu’on change de critère.
  • Citer avec précision : un nom propre ne prouve rien, une thèse énoncée en une phrase prouve. Weber pour le monopole de la violence légitime, Arendt pour les traits du totalitarisme, Montaigne pour le mot de barbare : sachez énoncer chacune de ces thèses sans l’œuvre sous les yeux.
  • Nuancer sans mollir : ne concluez jamais que la civilisation « produit » la barbarie. Dites qu’elle ne l’empêche pas, qu’elle peut lui prêter ses moyens, et qu’elle est en même temps ce qui permet de nommer et de juger le crime. Ici la nuance n’est pas une politesse, c’est la thèse.

Erreurs fréquentes

  • Traiter « la violence » comme une notion unique et homogène, du coup de poing au génocide. Le programme demande l’inverse : trois partages explicites. La forme correcte consiste à nommer d’emblée le type de violence examiné (guerre de conquête, entreprise totalitaire, violence sociale diffuse), puis à ne changer de type qu’en le signalant.
  • Appeler « totalitaire » tout régime autoritaire. Un régime oppressif réprime ses opposants ; le totalitarisme y ajoute une idéologie totale, la terreur frappant des innocents désignés, un mouvement de masse, la destruction de la vie privée et le camp. La forme correcte : vérifier ces traits un à un avant d’employer le mot, comme le fait Arendt.
  • Comprendre la barbarie comme une régression, un « retour à la sauvagerie ». C’est précisément ce que l’histoire contemporaine dément : la violence de masse a été planifiée et administrée au cœur de sociétés très civilisées. La forme correcte : montrer que la civilisation n’immunise pas contre la barbarie et qu’elle peut lui fournir ses instruments.
  • Prêter à Max Weber une approbation de la violence d’État parce qu’il la dit « légitime ». Sa définition est descriptive : « légitime » signifie tenue pour autorisée par l’ordre en place, non moralement justifiée. La forme correcte : utiliser la formule pour poser la question de la légitimité, jamais pour la clore.
  • Faire de la comparaison une hiérarchie des souffrances, ou au contraire une équivalence générale. Les deux dérives se valent en gravité. La forme correcte : énoncer le critère selon lequel on compare (moyens, intention, structure) et reconnaître ce que ce critère laisse échapper.

§ 01

Révision active

Exercice de classement. Voici quatre situations : le bombardement d’une ville par une armée régulière ; la déportation d’un groupe désigné par une loi ; l’interdiction faite à une population de parler sa langue ; une rixe entre deux inconnus. Rangez chacune dans l’un des trois partages du programme (types de guerre, régimes politiques, formes de violence sociale) et justifiez en une phrase. Indiquez ensuite, pour chaque cas, quel critère vous a servi à trancher — et signalez celui des quatre qui résiste au classement.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’humanités, littérature et philosophie — classe terminale générale (semestre 2, « L’Humanité en question », entrée « Histoire et violence ») et bibliographie indicative (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Michel de Montaigne, Essais, livre I, chapitre 31, « Des cannibales » (« chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ») (Wikisource — texte intégral, domaine public) · Éléments d’évaluation officiels du sujet national de HLP, session 2024, jour 1 (interprétation littéraire sur « Classe 17 » d’Aragon : « la violence sourde, à distance du fracas ») (Ministère de l’Éducation nationale — académie de Normandie)

§ 02
§ 02

Dire la violence : témoigner, dénoncer, écrire l’inhumain#

~12 min de lecture●●○StandardBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question-§Histoire et violence

Points clés

Le programme accorde à la littérature « ses pouvoirs propres » devant la violence, et il en nomme trois, qu’il ne faut surtout pas confondre. Le premier est le témoignage, « avec l’effort d’objectivation qu’il implique ». Le deuxième tient dans « des œuvres d’engagement et de dénonciation qui prétendent agir sur le cours de l’histoire ». Le troisième est le plus rare, et le texte prend soin de le détacher : « la littérature dispose d’un autre pouvoir encore, celui d’exprimer dans l’écriture la réalité de la violence jusque dans sa dimension d’inhumanité ». Trois pouvoirs, trois exigences différentes, trois réussites et trois échecs possibles (voir Fig. 3). Témoigner n’est pas dénoncer, et dénoncer n’est pas encore dire l’inhumain.

Les trois pouvoirs propres de la littérature

Les trois pouvoirs propres de la littératureArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Témoigner → objectiver; Témoigner → Levi, Antelme; Dénoncer → agir sur l’histoire; Dénoncer → Éluard, Césaire; Dire l’inhumain → inventer une langue; Dire l’inhumain → S. Weil, CelanTémoignerDénoncerDire l’inhumainDire la violenceobjectiverLevi, Antelmeagir sur l’histoireÉluard, Césaireinventer une langueS. Weil, Celan
Fig. 3Le programme les énumère et les sépare : ils n’ont ni la même exigence, ni les mêmes risques. Le troisième — inventer une langue à la mesure de l’extrême — est celui que les fiches oublient le plus souvent.
Fig. 3 ↓
Témoigner, c’est rapporter ce qu’on a vu pour que cela soit su. Le programme insiste sur l’objectivation : le témoin doit se retirer assez de son propre récit pour que le fait tienne debout sans lui. C’est une discipline, non une froideur. Primo Levi, chimiste de métier, écrit dans une langue exacte, presque analytique, et l’on retiendra que sa précision est une éthique : elle rend le récit vérifiable. Robert Antelme, dans L’Espèce humaine (1947, au programme), tire du camp une thèse et non une plainte — l’entreprise d’exclure certains hommes de l’espèce humaine a échoué, parce qu’il n’existe pas plusieurs espèces humaines. Victor Klemperer objective autrement encore : dans LTI, la langue du Troisième Reich (1947, au programme), il tient le journal des mots que le régime déforme, et fait de la philologie un instrument de résistance.
Ce pouvoir a ses limites, et Levi les a nommées mieux que personne. Dans Les Naufragés et les Rescapés (1986), il pose un paradoxe qui reste au cœur du thème : les témoins complets sont ceux qui ne sont pas revenus ; ceux qui parlent, les rescapés, témoignent par délégation, pour les autres (voir Fig. 4). À cette limite s’en ajoutent trois autres, qui pèsent sur toute représentation. L’indicible : l’expérience excède les mots disponibles. L’esthétisation : rendre l’horreur belle, c’est risquer de la rendre supportable. Le voyeurisme : l’exposer en spectacle, c’est la répéter. De là le style de la littérature de témoignage — sobre, exact, sans surenchère. Ce n’est pas une pudeur : c’est la seule manière de faire que le lecteur croie ce qu’il lit.

Les cercles du témoignage

Qui témoigne, et de quoi ?cercles concentriques, 3 anneaux, Données: le fait, Les engloutis : le témoin intégral, qui n’est pas revenu, Les rescapés : témoins par délégation (Levi), Les héritiers : nous, qui lisons et transmettonsLes héritiers : nous, qui lisons et transmettonsLes rescapés : témoins par délégation (Levi)Les engloutis : le témoin intégral, qui n’est pas revenule fait
Fig. 4Le paradoxe de Primo Levi : plus on est proche du fait, moins on peut en parler. Les rescapés témoignent pour ceux qui ne sont pas revenus, et nous héritons de leur parole.
Fig. 4 ↓
Le deuxième pouvoir vise autre chose que la connaissance : il veut produire un effet. Paul Éluard écrit « La Victoire de Guernica » (1938, dans Cours naturel, au programme) après le bombardement d’une ville basque, et publie clandestinement pendant l’Occupation (Poésie et Vérité, 1942, au programme) ; ses poèmes circulent parce qu’ils sont dicibles et transmissibles. Aimé Césaire, dans le Discours sur le colonialisme (1950), n’écrit pas un témoignage mais un pamphlet : il retourne l’accusation de barbarie contre l’Europe elle-même et soutient que la colonisation ensauvage d’abord le colonisateur. Jean-Paul Sartre théorise ce pouvoir dans Qu’est-ce que la littérature ? (1948). Son risque propre est symétrique de celui du témoignage : là où le témoin peut se perdre dans le détail, l’écrivain engagé peut laisser la thèse dévorer l’œuvre.
Le troisième pouvoir n’est ni le fait ni la cause : c’est la langue elle-même. Simone Weil, dans « L’Iliade ou le poème de la force » (1940, au programme), ne raconte aucune atrocité et n’accuse personne : elle définit. La force, écrit-elle, a d’abord le pouvoir de tuer ; mais elle en a un autre, « celui de faire une chose d’un homme qui reste vivant. Il est vivant, il a une âme ; il est pourtant une chose ». Trois phrases suffisent à nommer l’inhumain, ce qu’aucun récit de faits n’aurait obtenu. C’est ce pouvoir-là que le programme met à part. Georges Perec l’exerce autrement dans W ou le souvenir d’enfance, en faisant alterner deux récits que rien ne raccorde ; Aragon, dans « Classe 17 » (Le Roman inachevé, 1956), écrit la marche des prisonniers en longs vers sans ponctuation, et les éléments d’évaluation officiels du sujet de 2024 invitent à y étudier le « parti de la dissonance » — un récit léger et fluide où s’enfoncent des monostiches secs.
Reste à distinguer deux rapports au passé que les copies confondent régulièrement. La mémoire est vivante, affective, portée par ceux qui ont vécu et par les groupes qui se reconnaissent en eux ; elle est légitimement partiale. L’histoire est la connaissance critique que des historiens établissent, datent, sourcent et soumettent à la contestation ; elle est légitimement distante. Elles ne s’opposent pas, elles se répondent : la mémoire fournit l’exigence de ne pas oublier, l’histoire fournit les faits que l’on n’a pas le droit de déformer. Le « devoir de mémoire » nomme l’obligation collective de transmettre ; en France, il a même une traduction juridique, la loi du 13 juillet 1990 réprimant la contestation des crimes contre l’humanité définis par le statut du tribunal de Nuremberg.
La question contemporaine est celle du relais. Les derniers survivants des grands crimes du XXe siècle disparaissent, et la transmission passe de la parole vivante à l’archive, du témoin à l’historien, puis au lecteur. Ce déplacement change les formes : on écrit désormais des récits d’après, où celui qui parle n’a pas vu — Perec, né en 1936, écrit sur une disparition dont il n’a pas de souvenir. Il change aussi le rôle du lecteur, qui hérite d’une mémoire qu’il n’a pas vécue et qui l’oblige néanmoins. C’est exactement le point où le thème rejoint son objet d’étude : ce que nous décidons de transmettre dessine l’idée que nous nous faisons de l’humanité.

Vocabulaire

→ Cartes
  • témoignagerécit de ce que l’on a vu ou vécu, adressé pour que le fait soit su ; le programme y attache un « effort d’objectivation » qui le distingue de la confidence
  • objectivationtravail par lequel celui qui témoigne se retire assez de son récit pour que le fait puisse être vérifié et transmis indépendamment de lui
  • indiciblece qui excède les mots disponibles ; désigne moins un silence obligé qu’une résistance du langage que l’écriture doit affronter
  • esthétisationtraitement qui rend l’horreur belle ou émouvante, au risque de la rendre supportable et de trahir ce qu’elle a d’insupportable
  • mémoirerapport vivant, affectif et souvent collectif au passé, porté par ceux qui ont vécu ou par ceux qui s’y reconnaissent ; légitimement partiale
  • histoireconnaissance critique du passé, établie par des historiens à partir de sources datées et soumises à la contestation ; légitimement distante
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Exemple corrigé

Interprétation philosophique — la définition de la force chez Simone Weil

Le texte est l’ouverture de « L’Iliade ou le poème de la force » (1940), où Simone Weil distingue deux pouvoirs de la force : celui de tuer, et cet autre pouvoir « de faire une chose d’un homme qui reste vivant. Il est vivant, il a une âme ; il est pourtant une chose. » Interprétation philosophique : en quoi cette définition dit-elle l’inhumain mieux qu’un récit d’atrocités ?

  1. 01Repérer le déplacement initial

    Le texte ne commence pas par un fait mais par une hiérarchie inattendue : la force qui tue est dite « sommaire, grossière ». L’attente du lecteur est ainsi contrariée, puisqu’il tient spontanément le meurtre pour le comble de la violence. Ce déplacement est l’acte philosophique du passage : il déclasse l’événement spectaculaire pour rendre visible ce qui se produit avant lui et sans lui.

  2. 02Analyser le mot « chose »

    Tout tient dans ce mot. Une chose n’est pas un être diminué : c’est un être d’une autre catégorie, qui n’a ni intérieur ni point de vue, dont on dispose sans lui faire tort. Dire d’un vivant qu’il est une chose, ce n’est donc pas exagérer, c’est décrire une opération : la force retire à un homme la qualité qui le rendait irremplaçable, tout en le laissant respirer. L’inhumain est nommé sans qu’aucune cruauté ait été racontée.

  3. 03Mesurer le paradoxe de la phrase

    La formule « il est vivant, il a une âme ; il est pourtant une chose » est logiquement contradictoire, et c’est délibéré. Weil n’écrit pas une comparaison — l’homme est traité comme une chose — mais une identité. La contradiction est déposée dans la phrase parce qu’elle est déjà dans la situation : c’est le réel qui est intenable, non le style. La langue épouse ici l’objet, ce qui est exactement le troisième pouvoir que le programme reconnaît à la littérature.

  4. 04Dégager la portée générale

    La définition vaut bien au-delà de l’Iliade. Elle donne un critère applicable à toute situation : y a-t-il des êtres dont on dispose sans avoir à tenir compte de leur point de vue ? Ce critère permet de reconnaître l’inhumain dans des situations où nul n’a été tué — la servitude, la déportation, l’humiliation ordinaire. Il rejoint ainsi le troisième partage du programme, celui des violences quotidiennes et diffuses.

  5. 05Comparer à ce que ferait un récit

    Un récit d’atrocités aurait produit un autre effet : il aurait apporté la preuve et suscité l’indignation, mais laissé le lecteur devant des faits particuliers, datés, dont il peut se croire éloigné. La définition, elle, ne prouve rien et n’émeut pas ; elle donne un outil de reconnaissance, transportable. Elle atteint ainsi ce que le témoignage ne peut pas viser et que la dénonciation ne cherche pas : la structure même de l’inhumain.

Résultat : La force, chez Simone Weil, se définit par son pouvoir de transformer un homme en chose sans le tuer — un vivant qui a une âme et qui est pourtant une chose. Cette définition dit l’inhumain mieux qu’un récit d’atrocités pour trois raisons. Elle déclasse d’abord le meurtre, qu’elle nomme la forme grossière de la force, et rend visible l’opération plus discrète qui le précède. Elle inscrit ensuite la contradiction dans la phrase même, si bien que la langue reproduit ce que la situation a d’intenable : c’est exactement le pouvoir que le programme reconnaît en propre à l’écriture. Elle fournit enfin un critère utilisable ailleurs — dispose-t-on d’un être sans tenir compte de son point de vue ? — qui vaut pour la guerre comme pour les violences sociales les plus diffuses. Là où un récit apporte des faits et une dénonciation cherche un effet, cette écriture donne à penser une structure.

Objectif Bac

  • Distinguer les trois pouvoirs avant d’analyser : demandez-vous si le texte que vous avez sous les yeux témoigne, dénonce, ou cherche à dire l’inhumain par sa langue. Les critères de réussite ne sont pas les mêmes, et confondre les trois conduit à reprocher à un pamphlet de manquer d’objectivité.
  • Interpréter, c’est analyser une écriture : relevez les choix de langue (sobriété ou surenchère, ponctuation, rythme, images) et montrez ce qu’ils font. Les éléments d’évaluation de 2024 exigent expressément une attention à « son écriture (son “style”) » et « tout particulièrement au questionnement qu’il développe et instruit ».
  • Citer court et travailler la citation : trois mots analysés valent mieux que six vers recopiés. Prenez la formule de Simone Weil — faire une chose d’un homme qui reste vivant — et montrez ce que le mot « chose » y accomplit ; c’est là que se gagne une interprétation.
  • Problématiser la représentation : « faut-il tout dire ? » ne se traite pas en pesant le pour et le contre, mais en montrant que le devoir de transmettre et le risque de trahir portent sur des choses différentes — l’un sur le silence, l’autre sur la manière.
  • Nuancer la notion de devoir de mémoire : rappelez qu’elle a une histoire, des effets juridiques et des critiques (la mémoire ne remplace pas l’histoire, et l’injonction à se souvenir peut se retourner en rituel). Une copie qui la manie comme une évidence morale plafonne.

Erreurs fréquentes

  • Résumer le texte au lieu de l’interpréter, ce que les documents officiels excluent en toutes lettres : les éléments d’évaluation de 2024 écrivent que l’exercice n’est « pas une explication de texte exhaustive, mais une lecture centrée sur certains éléments parmi les plus significatifs », et le sujet zéro commenté d’Éduscol rappelait déjà que « le texte n’est pas ici un prétexte pour une réflexion d’ordre général ». La forme correcte : choisir deux ou trois passages et les travailler à fond.
  • Croire que la littérature de témoignage cherche à émouvoir. C’est le contraire : sa sobriété est une méthode, destinée à écarter l’esthétisation et le voyeurisme. La forme correcte : montrer que l’absence de pathos est un choix d’écriture, et dire ce qu’il produit sur le lecteur.
  • Confondre mémoire et histoire, ou les opposer comme le faux et le vrai. La mémoire est vivante et partiale, l’histoire critique et distante ; aucune ne remplace l’autre. La forme correcte : les tenir ensemble, la mémoire donnant l’exigence et l’histoire l’établissement des faits.
  • Attribuer à tout auteur du corpus la posture du témoin. Césaire n’a pas témoigné d’un camp, il a écrit un pamphlet ; Simone Weil ne raconte rien, elle définit. La forme correcte : nommer le genre du texte (témoignage, pamphlet, essai, poème) avant d’en évaluer les moyens.
  • Prendre le paradoxe de Levi sur les témoins pour une disqualification des rescapés. Il dit que le témoin intégral est celui qui n’est pas revenu, donc que les survivants parlent par délégation — ce qui augmente leur responsabilité au lieu de l’annuler. La forme correcte : présenter le paradoxe comme une exigence de rigueur, non comme un doute sur la parole des témoins.

§ 02

Révision active

Exercice de confrontation. Choisissez un même événement violent du XXe siècle, puis écrivez deux paragraphes brefs : dans le premier, décrivez ce qu’un témoignage en ferait ; dans le second, ce qu’un texte de dénonciation en ferait. Comparez ensuite les deux sur trois points précis — qui parle, à qui, et pour obtenir quoi. Terminez en indiquant lequel des deux textes court le plus grand risque de manquer son but, et pourquoi.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Simone Weil, « L’Iliade, ou le poème de la force » (1940), dans La Source grecque (Wikisource — texte intégral, domaine public) · Sujet national de HLP, session 2024, jour 1 : Aragon, « Classe 17 » (Le Roman inachevé, 1956) — interprétation littéraire « Quelles violences ce poème dit-il ? » (Ministère de l’Éducation nationale — académie de Normandie)

§ 03
§ 03

Penser l’histoire : progrès, paix par le droit, banalité du mal#

~13 min de lecture●●●ApprofondissementBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question-§Histoire et violence

Points clés

Trois questions, que le programme pose lui-même en toutes lettres, structurent cette partie du thème. « La violence dont toutes les sociétés humaines ont fait l’expérience est-elle irréductible ? » — c’est une question d’anthropologie. « Ou bien l’histoire universelle donne-t-elle les signes d’une marche vers des relations pacifiées dans le cadre d’États de droit et d’institutions internationales ? » — c’est une question de philosophie de l’histoire. « Si la violence précède le droit, quel droit pourra la limiter dans la plus grande mesure et de la manière la plus durable ? » — c’est une question de philosophie politique. Le programme ajoute que « avec les tragédies et les horreurs du XXe siècle, ces questions n’ont fait que gagner en intensité ». Les traiter séparément est le meilleur moyen de ne pas produire une dissertation sur « le sens de l’histoire » en général (voir Fig. 5).

Le débat sur le sens de l’histoire, avant et après la catastrophe

Avant et après la catastropheFrise chronologique de 1775 à 1985, 1784: Kant, histoire universelle, 1795: Kant, paix perpétuelle, 1837: Hegel, ruse de la raison, 1921: Benjamin, la violence, 1940: Benjamin, thèses sur l’histoire, 1951: Arendt, totalitarisme, 1963: Arendt, banalité du mal, 1970: Arendt, sur la violence177519851784Kant, histoireuniverselle1795Kant, paixperpétuelle1837Hegel, ruse dela raison1921Benjamin, laviolence1940Benjamin, thèsessur l’histoire1951Arendt,totalitarisme1963Arendt, banalitédu mal1970Arendt, sur laviolence
Fig. 5Deux siècles de discussion, en huit dates. La ligne de partage passe entre 1837 et 1921 : la question ne change pas, la réponse cesse d’aller de soi.
Fig. 5 ↓
La violence est-elle irréductible ? Trois réponses classiques s’affrontent, et chacune commande une politique. Hobbes soutient qu’à l’état de nature règne une guerre de chacun contre chacun : la violence précède le droit, et seule l’institution d’un pouvoir commun peut y mettre un terme. Rousseau conteste la prémisse : ce n’est pas la nature qui arme les hommes mais la société, la propriété et la comparaison ; l’homme n’est pas naturellement méchant, il l’est devenu. Freud, répondant à Einstein en 1932 dans l’échange publié sous le titre Pourquoi la guerre ?, tient la pulsion agressive pour indéracinable et n’espère qu’un lent travail de la culture, qui déplace la violence sans la supprimer. Retenez la conséquence : si la violence est naturelle, le droit est un barrage ; si elle est sociale, on peut espérer la faire décroître ; si elle est pulsionnelle, il faut la canaliser sans jamais croire l’avoir vaincue.
La marche vers des relations pacifiées, ensuite. La bibliographie du programme s’ouvre sur Kant, Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique (1784), et ce n’est pas un hasard : c’est exactement le texte que les questions du programme reprennent. Kant y soutient que l’antagonisme des hommes — leur « insociable sociabilité », ce mélange de besoin d’autrui et de résistance à autrui — les contraint à se donner des lois, puis contraint les États eux-mêmes à sortir entre eux de l’état de nature. Vers la paix perpétuelle (1795) en tire les conditions : des constitutions républicaines, une fédération d’États libres, un droit cosmopolitique limité à l’hospitalité universelle. Quand le programme parle « d’États de droit et d’institutions internationales », il ne fait pas une allusion vague à l’actualité : il désigne la postérité concrète de ce projet.
Hegel donne à la même intuition une forme plus dure. Dans les leçons publiées après sa mort sous le titre La Philosophie de l’histoire (1837, au programme), il tient l’histoire universelle pour le progrès dans la conscience de la liberté. La violence n’y est pas un accident mais un moyen : c’est la « ruse de la raison », qui fait servir les passions et les intérêts particuliers des hommes à une fin qu’ils ne visaient pas. Hegel ne dissimule pas le prix ; il décrit l’histoire comme l’abattoir où l’on a immolé le bonheur des peuples. Mais il le justifie par la fin. C’est précisément cette justification que le XXe siècle rend intenable : elle demande d’accepter les victimes au nom de ce qu’elles auraient permis.
D’où la tâche que le programme énonce : « soumettre à un nouvel examen critique l’ancienne confiance “humaniste” en un progrès continu de la civilisation ». Walter Benjamin, dans les thèses « Sur le concept d’histoire » rédigées en 1940, refuse l’idée d’un progrès homogène et continu, et rappelle que ce que l’on nomme culture repose sur des vaincus anonymes. Theodor Adorno et Max Horkheimer, dans La Dialectique de la raison (1944), soutiennent que la raison, devenue purement instrumentale, se retourne en domination. Le point à comprendre n’est pas que le progrès n’existerait pas : c’est que le progrès des savoirs et des techniques n’entraîne pas mécaniquement le progrès moral, et qu’il peut même armer l’extermination. Le XIXe siècle croyait les deux solidaires ; le XXe a montré qu’ils sont séparables.
Reste la question du droit, la plus difficile. Walter Benjamin, dans Critique de la violence (1921), avance que toute violence est soit fondatrice de droit — celle qui institue un ordre nouveau — soit conservatrice de droit — celle qui maintient l’ordre établi ; d’où le soupçon que le droit ne sort jamais tout à fait de la violence dont il est né. Weber le dit autrement : l’État a le monopole. La conséquence pour une copie est décisive, et il faut la retenir sous cette forme : la légalité n’est pas la justice. Les régimes criminels du XXe siècle n’ont pas ignoré le droit, ils ont légiféré — statuts, décrets, tribunaux d’exception. C’est pourquoi le procès de Nuremberg, ouvert le 20 novembre 1945 et clos le 1er octobre 1946, a dû forger une catégorie nouvelle, le crime contre l’humanité, en assumant l’objection qu’on jugeait d’après une règle postérieure aux faits.
Vient enfin la thèse la plus célèbre et la plus mal comprise de l’entrée. Dans Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963), Hannah Arendt écrit que l’accusé ne lui apparaît ni monstrueux ni fanatique, mais médiocre, appliqué, soucieux de sa carrière, et surtout incapable de penser depuis le point de vue d’autrui. « Banalité » qualifie le mécanisme et l’agent du mal, jamais sa gravité, qu’elle tient pour immense. Deux précautions distinguent une bonne copie d’une excellente. La première : c’est une thèse philosophique sur l’absence de pensée, non un verdict historique — des travaux d’archives postérieurs, ceux de Bettina Stangneth dans une enquête parue en allemand en 2011 sous le titre Eichmann avant Jérusalem, ont montré un homme bien plus idéologiquement engagé que le procès ne l’a laissé paraître, ce qui oblige à discuter la thèse sans l’abandonner. La seconde : Arendt ajoute ailleurs une distinction précieuse, dans « Sur la violence » (1970, au programme) — le pouvoir repose sur l’accord d’un groupe, la violence n’a besoin que d’instruments, et la violence surgit là où le pouvoir se dérobe.

Vocabulaire

→ Cartes
  • philosophie de l’histoirediscipline qui demande si l’histoire humaine a une direction et une signification, et non seulement une succession de faits
  • insociable sociabilitéchez Kant, tendance contradictoire des hommes à s’associer et à se résister, dont l’antagonisme les contraint à se donner des lois
  • ruse de la raisonchez Hegel, procédé par lequel les passions et les intérêts particuliers des hommes servent, sans qu’ils le veuillent, une fin qui les dépasse
  • violence fondatrice de droitchez Walter Benjamin, violence qui institue un ordre juridique nouveau, par opposition à la violence conservatrice, qui maintient l’ordre en place
  • banalité du malchez Hannah Arendt, caractère du mal totalitaire accompli par obéissance, conformisme et absence de pensée ; le mot qualifie le mécanisme et son agent, jamais la gravité du crime
  • crime contre l’humanitécatégorie juridique forgée pour le procès de Nuremberg (1945-1946), qui vise des actes commis contre des populations civiles et que le droit interne d’un État ne saurait autoriser
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Exemple corrigé

Essai philosophique — « Peut-on encore parler d’un progrès de l’humanité ? »

Sujet d’essai philosophique adossé à un texte du XXe siècle qui met en cause la confiance des Lumières dans le perfectionnement continu de la civilisation. Rédigez le développement d’un essai qui réponde à la question sans se contenter de constater que le XXe siècle a été violent.

  1. 01Restituer ce que l’idée de progrès affirmait

    Il faut d’abord rendre la thèse forte, sans quoi la réfuter ne coûte rien. Chez Kant, l’antagonisme même des hommes les contraint à instituer le droit, puis pousse les États à sortir entre eux de l’état de nature : le progrès n’est pas une promesse de bonheur, c’est une contrainte logique vers des relations réglées. Chez Hegel, l’histoire est le progrès dans la conscience de la liberté, et les passions particulières y servent une fin qui les dépasse. Dans les deux cas, la violence n’est pas niée : elle est intégrée comme moyen.

  2. 02Localiser précisément ce que le XXe siècle a brisé

    Ce que le siècle a démenti n’est pas l’existence de tout progrès. Les techniques, les savoirs, le droit international lui-même ont progressé, et parfois considérablement. Ce qui s’est brisé est le lien supposé entre ces progrès et le progrès moral : la même chimie éclaire et asphyxie, la même administration recense et déporte. La thèse à soutenir est donc étroite et solide — le progrès des moyens ne dit rien du progrès des fins.

  3. 03Refuser la justification par la fin

    Le second grief est plus grave encore. Le schéma hégélien accepte le prix payé au nom de ce qu’il permet ; il fait des victimes le coût d’une liberté à venir. Or c’est exactement ce que l’examen critique demandé par le programme rejette : aucune fin ne rachète ceux qu’on a supprimés, et une philosophie qui l’admettrait fournirait au bourreau son meilleur argument. Ici, refuser le schéma n’est pas une pudeur morale : c’est une exigence logique, puisque le raisonnement suppose de connaître une fin dont personne ne dispose.

  4. 04Écarter le renversement symétrique

    La tentation inverse consiste à déclarer l’histoire dépourvue de sens et la violence irréductible. Mais ce pessimisme se paie très cher : s’il n’y a rien à espérer, il n’y a rien à faire, et la résignation devient raisonnable. Or les faits résistent aussi de ce côté : le crime contre l’humanité a reçu un nom, un tribunal et des juges. Le progrès n’est pas garanti, mais il n’est pas non plus imaginaire — il est simplement réversible.

  5. 05Conclure sur un progrès conditionnel

    Reste une position tenable entre les deux. Le progrès n’est ni une loi de l’histoire ni une illusion : c’est une œuvre, dépendante d’institutions qui peuvent être détruites et de personnes qui peuvent renoncer à penser. Il faut alors le formuler au conditionnel — il y a progrès pour autant que des règles tiennent et que quelqu’un les fasse tenir. C’est précisément là que la thèse d’Arendt sur l’absence de pensée devient une thèse politique : la faculté de juger est une condition du progrès, non son ornement.

Résultat : On peut encore parler d’un progrès de l’humanité, mais seulement à condition d’en changer le statut. Il faut d’abord distinguer ce qui a progressé — les savoirs, les techniques, et jusqu’aux instruments juridiques nés de la catastrophe elle-même — de ce qui n’a pas suivi : la moralité des fins. Il faut ensuite refuser la forme forte de l’idée, celle qui justifie les victimes par ce que leur sacrifice aurait permis, car aucune fin ne rachète un homme supprimé et personne ne dispose du terme de l’histoire. Il faut enfin résister au renversement symétrique, qui déclare l’histoire absurde et rend toute action vaine. La position tenable est celle d’un progrès conditionnel et réversible : il n’est pas une loi de l’histoire mais une œuvre, suspendue à des institutions fragiles et à des hommes qui continuent de juger. C’est ce qui donne à la thèse d’Arendt sur l’absence de pensée sa portée politique.

Objectif Bac

  • Problématiser en séparant les trois questions du programme : l’anthropologique (la violence est-elle irréductible ?), l’historique (y a-t-il marche vers des relations pacifiées ?) et la politique (quel droit peut la limiter ?). Une copie qui les mélange écrit sur « le sens de l’histoire » et manque le sujet.
  • Confronter deux auteurs plutôt qu’en aligner cinq : Hobbes contre Rousseau sur l’origine de la violence, Kant contre Hegel sur ce que le progrès coûte, Benjamin contre Weber sur le rapport du droit à la violence. Un couple travaillé vaut mieux qu’une galerie de portraits.
  • Distinguer le mécanisme et la gravité dans la banalité du mal : Arendt décrit comment le mal a pu être commis, elle n’en atténue jamais l’énormité. Écrivez la phrase qui le dit, littéralement, avant d’exploiter la thèse.
  • Citer une thèse, pas un titre : « la ruse de la raison » signifie que les passions des hommes servent une fin qu’ils ne visent pas ; « l’insociable sociabilité » que le besoin d’autrui et la résistance à autrui poussent ensemble à instituer des lois. Sans cet énoncé, le nom propre est décoratif.
  • Nuancer l’idée de progrès sans la jeter : la thèse défendable n’est pas « le progrès est une illusion » mais « le progrès technique et scientifique ne garantit aucun progrès moral, et peut le servir contre lui-même ». Cette formulation est plus difficile à réfuter, donc plus payante.

Erreurs fréquentes

  • Lire « banalité du mal » comme une excuse (« le mal serait ordinaire, donc pardonnable »). Arendt analyse un mécanisme — l’obéissance, le conformisme, l’absence de pensée — et non un degré de faute. La forme correcte : dire que la thèse rend le mal plus inquiétant, puisqu’elle le met à la portée d’hommes ordinaires.
  • Appliquer la ruse de la raison aux crimes du XXe siècle comme si tout servait un progrès. Ce serait justifier les victimes au nom de ce qu’elles auraient permis, ce que l’examen critique demandé par le programme refuse précisément. La forme correcte : présenter le schéma hégélien, puis montrer pourquoi il ne peut plus fonctionner ici.
  • Confondre légalité et justice, en croyant qu’un régime criminel agit hors du droit. Les régimes du XXe siècle ont légiféré pour commettre leurs crimes. La forme correcte : distinguer la norme en vigueur et la norme juste, et expliquer pourquoi Nuremberg a dû créer une catégorie nouvelle.
  • Attribuer à Kant l’annonce des institutions internationales existantes. Kant propose une fédération d’États libres, non un État mondial, et un droit cosmopolitique limité à l’hospitalité. La forme correcte : parler de filiation et de programme, en précisant ce que Kant refuse expressément.
  • Prendre le rapport d’Arendt pour une enquête historique définitive sur Eichmann. Sa thèse porte sur l’absence de pensée, et des travaux d’archives postérieurs ont nuancé le portrait de l’homme. La forme correcte : soutenir la portée philosophique de la thèse tout en signalant qu’elle est discutée sur le plan historique.

§ 03

Révision active

Exercice de réfutation. Un camarade écrit : « Puisque des hommes ordinaires ont commis le pire, personne n’est vraiment responsable de ce qu’il fait sous un régime totalitaire. » Rédigez la réfutation de cette phrase en trois mouvements : montrez d’abord d’où elle tire son apparence de vérité, puis identifiez exactement le pas illégitime qu’elle franchit, enfin proposez la formulation juste de ce qu’Arendt soutient. Concluez en une phrase sur ce que devient la notion de responsabilité si l’on accepte l’argument tel qu’il est écrit.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Emmanuel Kant, « De la paix perpétuelle. Essai philosophique » (1795), traduction de Jules Barni (Wikisource — texte intégral, domaine public) · Notice « Hannah Arendt » (totalitarisme, banalité du mal, distinction du pouvoir et de la violence) — en anglais (Stanford Encyclopedia of Philosophy) · Notice « Walter Benjamin » (Critique de la violence, thèses « Sur le concept d’histoire ») — en anglais (Stanford Encyclopedia of Philosophy)

§ 04
§ 04

Répondre à la violence : le droit, le pacifisme, la révolte, la résistance#

~14 min de lecture●●●ApprofondissementBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question-§Histoire et violence

Points clés

La dernière question du programme n’est plus « qu’est-ce que la violence ? » mais « que peut-on contre elle ? ». Elle appelle deux familles de réponses qu’il faut tenir ensemble sans les confondre. Les réponses collectives et institutionnelles d’abord : le droit interne, les institutions internationales, le pacifisme — c’est le sens de la question « si la violence précède le droit, quel droit pourra la limiter dans la plus grande mesure et de la manière la plus durable ? ». Les réponses individuelles et morales ensuite : la révolte, la résistance, la fidélité à l’humain. À quoi le programme ajoute une réponse d’un troisième genre, historique et politique, qu’il énonce lui-même : cette histoire « a vu de nombreux peuples soumis jusque-là à diverses formes de domination revendiquer leur dignité et leur indépendance ».
La première réponse est le droit interne. Son geste fondateur consiste à substituer le procès à la vengeance : la victime cesse d’être juge, une institution tierce établit les faits, qualifie l’acte et fixe la peine. L’État de droit ajoute une condition supplémentaire, et c’est elle qui compte ici — les gouvernants eux-mêmes sont soumis à des normes qu’ils ne peuvent pas modifier à leur convenance. Mais il faut immédiatement poser la limite, sous peine de naïveté : la légalité n’est pas la justice (voir Fig. 7). Le régime de Vichy a promulgué le 3 octobre 1940 une loi portant statut des Juifs, qui excluait des citoyens français de la fonction publique et de professions entières. La forme du droit avait été respectée ; c’est le droit lui-même qui était devenu l’instrument du crime.

La légalité n’est pas la justice

La légalité n’est pas la justiceDiagramme de Venn avec 2 ensembles, La légalité, La justiceLa légalitéLa justiceloisd’exceptionla révoltele droit
Fig. 7Une loi peut être régulière et criminelle ; une exigence de justice peut n’avoir aucune force légale. Le droit — l’État de droit — est le nom de leur recouvrement, jamais de leur identité.
Fig. 7 ↓
La deuxième réponse est internationale, et le programme la nomme expressément (voir Fig. 6). Après la Première Guerre mondiale, la Société des Nations est instituée par le pacte inscrit dans le traité de Versailles du 28 juin 1919 et entre en vigueur le 10 janvier 1920 ; le pacte Briand-Kellogg du 27 août 1928 met la guerre hors la loi comme instrument de politique nationale. L’échec de cet édifice est connu. Après la Seconde Guerre mondiale, l’ensemble est reconstruit et durci : procès de Nuremberg (1945-1946), Charte des Nations unies signée le 26 juin 1945, Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée à Paris le 10 décembre 1948, Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée la veille, le 9 décembre 1948, qui donne force juridique au mot forgé par le juriste Raphael Lemkin en 1944. Le mouvement se poursuit avec le statut de Rome du 17 juillet 1998 et la Cour pénale internationale, entrée en fonction le 1er juillet 2002.

Encadrer la violence par le droit : les institutions internationales

Encadrer la violence par le droitFrise chronologique de 1918 à 2005, 1920: Société des Nations, 1928: pacte Briand-Kellogg, 1945: Nuremberg, ONU, 1948: Convention sur le génocide, 1998: statut de Rome, 2002: Cour pénale internationale191820051920Société desNations1928pacteBriand-Kellogg1945Nuremberg, ONU1948Convention surle génocide1998statut de Rome2002Cour pénaleinternationale
Fig. 6Le premier édifice a échoué, le second a été reconstruit après la catastrophe. La convention de 1948 est le moment où un mot forgé en 1944 devient une obligation juridique.
Fig. 6 ↓
Ce droit-là a une faiblesse structurelle, et une copie de haut niveau doit la nommer. Raymond Aron l’expose dans Paix et guerre entre les nations (1962, au programme) : entre les États, il n’existe pas d’instance supérieure disposant de la force, si bien que le droit international ne vaut que ce que vaut la volonté des États de s’y soumettre. La réponse n’est donc ni « le droit a échoué » ni « le droit suffira ». Elle est plus fine : le droit a créé quelque chose qui n’existait pas — des noms, des juridictions et une obligation de rendre des comptes —, et cette création reste suspendue à une communauté politique capable de la faire respecter. C’est exactement la question kantienne d’une fédération d’États, posée dans les termes du XXIe siècle.
La troisième réponse est le pacifisme, que le programme range parmi les doctrines à examiner. Alain, ancien combattant, écrit Mars ou la guerre jugée (1921, au programme) : il ne juge pas la guerre par ses causes ni par ses résultats, mais par ce qu’elle fait aux hommes qui la font, et il tient la fascination pour l’héroïsme pour son plus sûr carburant. Distinguez deux choses souvent mêlées : le pacifisme est une doctrine, le refus de la guerre comme moyen ; la non-violence est une méthode d’action, éprouvée par Gandhi lors de la marche du sel de mars-avril 1930 puis par le mouvement des droits civiques aux États-Unis. L’objection classique reste redoutable : que faire face à un adversaire qui n’a aucun scrupule ? Camus l’affronte dès novembre 1946 dans la série d’articles « Ni victimes ni bourreaux », publiée dans Combat.
La quatrième réponse est celle des peuples soumis eux-mêmes. La domination coloniale est une violence : conquête, travail forcé, déni de langue et de culture, et une « mission civilisatrice » qui sert de justification. Joseph Conrad, dans Au cœur des ténèbres (1899, au programme), en avait déjà montré la façade. Aimé Césaire fait de la parole même un acte de reprise : le Cahier d’un retour au pays natal, que le programme situe en 1947, invente une langue pour dire une dignité niée ; le Discours sur le colonialisme (1950) retourne contre l’Europe l’accusation de barbarie, en soutenant que le colonisateur s’ensauvage lui-même à force de traiter des hommes en choses. Le mot du programme est ici le bon : ces peuples ne demandent pas, ils revendiquent — la dignité et l’indépendance ne sont pas accordées, elles sont reprises.
Restent les réponses individuelles. Albert Camus, dans L’Homme révolté (1951, au programme), part du geste le plus simple : l’opprimé dit non, et ce non trace une limite — il y a en lui quelque chose qu’il n’accepte pas de voir bafoué. Mais ce refus enveloppe une affirmation, car la valeur qu’il défend n’est pas la sienne seule : « Je me révolte, donc nous sommes. » Camus en tire aussitôt une conséquence qui lui a coûté cher lors de sa querelle avec Les Temps modernes en 1952 : une révolte fidèle à la dignité qu’elle proclame ne peut pas devenir meurtrière ni admettre que la fin justifie les moyens. À côté de la révolte, la résistance : Vercors fait paraître clandestinement Le Silence de la mer en 1942 et transforme le mutisme en arme. Et à côté d’elle encore, la plus discrète des réponses — refuser l’avilissement, garder la mémoire d’un vers, se laver sans savon. Antelme en tire la conclusion qui referme le thème sur son objet d’étude : l’entreprise d’exclure des hommes de l’espèce humaine a échoué, et l’humanité n’est pas un état acquis mais une tâche à reprendre.

Vocabulaire

→ Cartes
  • État de droitorganisation politique dans laquelle les gouvernants eux-mêmes sont soumis à des normes qu’ils ne peuvent modifier à leur convenance
  • pacifismedoctrine qui refuse la guerre comme moyen de régler les conflits ; à distinguer de la non-violence, qui est une méthode d’action politique
  • génocidedestruction méthodique d’un groupe humain comme tel ; mot forgé par le juriste Raphael Lemkin en 1944 et défini en droit par la convention du 9 décembre 1948
  • révoltechez Camus, refus qui trace une limite et découvre du même geste une valeur commune à tous les hommes, d’où l’exigence qu’elle ne devienne pas meurtrière
  • résistanceopposition active et souvent organisée à l’oppression ; elle inclut des formes non armées, comme le silence, la publication clandestine ou le refus de l’avilissement
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Exemple corrigé

Essai philosophique — « Le droit peut-il éliminer la violence ? »

Sujet d’essai philosophique adossé à un texte qui décrit un crime commis dans les formes légales. Le programme demande : « si la violence précède le droit, quel droit pourra la limiter dans la plus grande mesure et de la manière la plus durable ? ». Rédigez le développement d’un essai qui traite le verbe « éliminer » avec précision.

  1. 01Peser le verbe du sujet

    Le sujet ne demande pas si le droit réduit la violence, mais s’il peut l’éliminer, c’est-à-dire la faire disparaître. La différence n’est pas verbale. Réduire admet des degrés et se mesure ; éliminer suppose un terme atteint. Poser cette distinction dès l’ouverture évite la copie molle qui répondrait « en partie » sans jamais dire de quoi.

  2. 02Accorder au droit ce qu’il fait réellement

    Le droit accomplit trois opérations que rien d’autre n’accomplit. Il retire à la victime le pouvoir de se faire justice, et brise ainsi la chaîne des vengeances. Il qualifie : nommer un acte crime contre l’humanité, c’est le rendre pensable, jugeable et imprescriptible. Il institue enfin des lieux — tribunaux, procédures, archives — où les faits sont établis contradictoirement. Le procès de Nuremberg, puis la convention de 1948 sur le génocide, ont fait exister des catégories qui n’existaient pas avant le crime qu’elles nomment.

  3. 03Montrer que le droit ne quitte pas la violence

    Mais le droit ne se substitue pas à la force : il la confisque. Weber définit l’État par le monopole de la violence physique légitime, ce qui revient à dire que le droit organise l’usage de la contrainte au lieu de le supprimer. Benjamin va plus loin en soutenant que toute violence est fondatrice ou conservatrice de droit : l’ordre juridique naît d’un acte de force et se maintient par la menace. Éliminer la violence par le droit serait alors demander à un dispositif de contrainte de supprimer la contrainte.

  4. 04Retourner l’objection décisive

    Reste le cas qui ruine toute confiance naïve : la légalité peut être criminelle. Le statut des Juifs du 3 octobre 1940 était une loi régulièrement promulguée. Ce cas ne prouve pas que le droit est impuissant — il prouve que le droit ne se juge pas lui-même, et qu’il faut un critère extérieur à la norme en vigueur. C’est pourquoi Nuremberg a dû assumer de juger d’après une règle postérieure aux faits : sans quoi la légalité du crime l’aurait couvert.

  5. 05Mesurer la limite proprement internationale

    Entre les États, la difficulté change de nature. Aron l’énonce sans détour : il n’existe au-dessus d’eux aucune instance disposant de la force, si bien que le droit international ne vaut que par la volonté des États de s’y soumettre. Le projet kantien d’une fédération d’États libres reconnaissait déjà le problème et refusait la solution simple d’un État mondial, qu’il tenait pour un despotisme. Le droit international est donc structurellement un droit sans glaive.

  6. 06Formuler la réponse au bon niveau

    La conclusion se déplace alors du verbe « éliminer » vers l’expression que le programme emploie : « dans la plus grande mesure et de la manière la plus durable ». Le droit ne supprime pas la violence, il la déplace, la ritualise, la soumet à des règles et l’expose au jugement. Sa durabilité ne tient ni à sa perfection formelle ni à ses sanctions, mais à l’existence d’une communauté politique qui le tient pour sien — ce que les personnes seules, par la révolte ou la résistance, sont capables de rappeler quand les institutions défaillent.

Résultat : Non, le droit ne peut pas éliminer la violence, et le sujet se traite en montrant pourquoi cette impossibilité n’est pas un échec. Le droit accomplit ce que rien d’autre n’accomplit : il interrompt la vengeance, il qualifie les actes, il crée des lieux où les faits sont établis — le crime contre l’humanité n’existait pas avant qu’un tribunal ne le nomme. Mais il ne quitte pas le terrain de la force : il en confisque le monopole, selon Weber, et selon Benjamin il naît d’une violence fondatrice qu’une violence conservatrice prolonge. Il ne se juge pas non plus lui-même, comme le montre une loi d’exclusion régulièrement promulguée. Entre les États, enfin, il lui manque la force, et Kant refusait déjà l’État mondial qui la lui donnerait. La réponse juste n’est donc pas « éliminer » mais ce que demande le programme : limiter dans la plus grande mesure et le plus durablement. Cette durabilité ne vient pas du texte, elle vient d’une communauté qui le tient pour sien — et que la révolte ou la résistance rappellent à elle-même quand elle faiblit.

Objectif Bac

  • Confronter les deux familles de réponses au lieu d’en choisir une : le droit et les institutions d’un côté, la révolte et la résistance de l’autre. Un essai qui n’examine que la révolte oublie que le programme demande explicitement « quel droit pourra limiter la violence ».
  • Distinguer le pacifisme (doctrine du refus de la guerre) et la non-violence (méthode d’action) : les traiter comme un seul mot fait manquer l’objection décisive, qui ne porte pas de la même manière sur l’un et sur l’autre.
  • Nuancer sur le droit international : ni « il a échoué », ni « il suffira ». Dites ce qu’il a créé — des qualifications, des juridictions, une obligation de rendre des comptes — et ce qui lui manque, une force supérieure aux États. La formule d’Aron est faite pour cela.
  • Interpréter la formule de Camus au lieu de la citer : montrez comment le « non » individuel enveloppe un « oui » universel, et pourquoi ce passage du je au nous impose à la révolte de se donner des limites. Une citation non analysée ne rapporte rien.
  • Problématiser l’humanité comme tâche : le sujet national de 2025 posait exactement « peut-on conserver son humanité dans des circonstances qui risquent de nous en dépouiller ? ». Terminez toujours par ce que votre réponse implique de l’idée d’humanité — c’est l’objet d’étude lui-même.

Erreurs fréquentes

  • Présenter Camus comme un éloge de la violence libératrice. Sa thèse est exactement inverse : la révolte se renie si elle sacrifie des hommes présents à un avenir promis, et c’est ce refus qui a provoqué sa rupture avec Les Temps modernes en 1952. La forme correcte : faire de la limite le cœur de la révolte camusienne.
  • Croire que le droit suffirait à éliminer la violence, ou au contraire qu’il n’y peut rien. Les deux positions ignorent la difficulté propre du droit international, qui ne dispose d’aucune instance supérieure aux États. La forme correcte : montrer ce que le droit a réellement institué, et nommer ce qui lui manque.
  • Réduire la réponse à la violence à la lutte armée ou à l’héroïsme. Le programme retient aussi le pacifisme, le droit, le témoignage et la fidélité à l’humain. La forme correcte : citer au moins une réponse non héroïque — le silence de Vercors, les gestes de dignité au camp — et montrer en quoi elle agit.
  • Confondre la colonisation avec un simple malentendu culturel, ou parler des peuples colonisés comme s’ils avaient seulement subi. Le programme écrit qu’ils ont revendiqué leur dignité et leur indépendance. La forme correcte : traiter cette revendication comme une réponse à la violence, au même titre que la révolte.
  • Dater faussement les institutions internationales, en fondant l’ONU en 1948 ou la Cour pénale internationale à Nuremberg. La forme correcte : Charte des Nations unies en 1945, Déclaration universelle et Convention sur le génocide en décembre 1948, statut de Rome en 1998, Cour pénale internationale en fonction en 2002.

§ 04

Révision active

Exercice d’interprétation. Camus écrit : « Je me révolte, donc nous sommes. » Analysez cette formule en vous appuyant sur sa construction même : expliquez ce que le premier verbe pose, ce que le « donc » prétend établir, et pourquoi le sujet change de personne entre les deux propositions. Dites ensuite si la conclusion suit vraiment de la prémisse, et ce que la formule doit à celle de Descartes qu’elle imite. Terminez en indiquant quelle obligation ce passage du je au nous impose au révolté.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : La Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 à Paris (résolution 217 A (III)) (Organisation des Nations unies) · Notice « Albert Camus » (l’absurde, la révolte, la question du meurtre dans L’Homme révolté) — en anglais (Stanford Encyclopedia of Philosophy) · Notice « Kant’s Social and Political Philosophy » (paix perpétuelle, fédération d’États, droit cosmopolitique) — en anglais (Stanford Encyclopedia of Philosophy)

§ 05
§ 05

Repères d’œuvres (XXe-XXIe siècles) et méthode de l’épreuve#

~15 min de lecture●●○StandardBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question

Points clés

Commencez par une bonne nouvelle et une mise en garde. Le programme accompagne chaque entrée d’une bibliographie, mais il prend soin d’écrire qu’elle est « fournie à titre d’illustration, et ne prédétermine en aucun cas le choix des textes proposés dans le cadre des épreuves du baccalauréat » ; les listes, ajoute-t-il, « n’ont aucun caractère prescriptif ». La session 2025 l’a vérifié : le texte du jour 2 était un poème de Wisława Szymborska tiré de Vue avec grain de sable (1996), qui ne figure sur aucune liste. Ce qu’on attend de vous n’est donc pas d’avoir lu la bibliographie, mais de disposer de quelques repères que vous savez faire travailler.
Voici la bibliographie du programme pour « Histoire et violence », rangée par usage plutôt que par date. Dire la guerre : Remarque (À l’Ouest, rien de nouveau), Hemingway (L’Adieu aux armes), Giono (Le Grand Troupeau), Céline (Voyage au bout de la nuit), Malraux (L’Espoir), Romains (Verdun), Giraudoux (La Guerre de Troie n’aura pas lieu), Éluard (« La Victoire de Guernica », Poésie et Vérité). Les camps et le Goulag : Antelme (L’Espèce humaine), Klemperer (LTI, la langue du Troisième Reich), Grossman (Vie et Destin), Chalamov (Récits de la Kolyma), Soljenitsyne (L’Archipel du Goulag), Nadejda Mandelstam (Contre tout espoir), Lefort (Un Homme en trop), Primo Levi (Le Système périodique), Perec (W ou le souvenir d’enfance), Semprun (L’Écriture ou la vie). Penser l’histoire et la violence : Kant (Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique), Hegel (La Philosophie de l’histoire), Proudhon (La Guerre et la Paix), Engels (Le Rôle de la violence dans l’histoire), Weber (Le Savant et le Politique), Alain (Mars ou la guerre jugée), Simone Weil (L’Iliade ou le poème de la force), Arendt (Les Origines du totalitarisme ; « Sur la violence »), Aron (Paix et guerre entre les nations). La domination : Conrad (Au cœur des ténèbres), Doris Lessing, Romain Gary (Chien blanc), Tournier (Le Roi des Aulnes). Répondre : Camus (La Peste ; L’Homme révolté), Sartre (Les Mains sales).
Trois remarques utiles sur cette liste. D’abord, elle ne contient pas Si c’est un homme : c’est Le Système périodique que le programme retient de Primo Levi, ce qui n’interdit évidemment pas de mobiliser le premier, mais rappelle que la liste n’est pas un canon. Ensuite, elle fait une place considérable au Goulag et à la littérature soviétique, que les fiches de révision négligent en général au profit du seul nazisme ; savoir citer Chalamov ou Grossman distingue immédiatement une copie. Enfin, elle contient des textes qui répondent directement aux questions du programme : Alain pour le pacifisme, Aron pour les institutions internationales, Arendt pour la distinction du pouvoir et de la violence. Choisissez-en cinq ou six, pas trente, et sachez pour chacun une thèse en une phrase.
L’épreuve écrite, maintenant, et ses faits établis (voir Fig. 8). Elle dure 4 heures et compte pour le coefficient 16. Elle est composée de deux questions portant sur un SEUL texte, relatif à l’un des thèmes du programme. La première s’intitule soit « interprétation littéraire », soit « interprétation philosophique », et appelle « un développement écrit exposant la compréhension et l’analyse d’un enjeu majeur du texte ». La seconde s’appelle « essai littéraire » ou « essai philosophique » et « conduit le candidat à rédiger une réponse étayée à une question soulevée par le texte ». Chaque question est notée sur 10 ; leur somme forme la note globale unique. Les deux développements sont d’ampleur comparable, rendus sur deux copies distinctes, et corrigés séparément, l’un par un professeur de lettres, l’autre par un professeur de philosophie. Les sujets nationaux précisent que la calculatrice et le dictionnaire ne sont pas autorisés.

Deux questions, un seul texte

Deux questions, un seul texteArbre de probabilité, 4 chemins, Données: Interprétation /10 → littéraire ou philosophique; Interprétation /10 → copie 1, un correcteur; Essai /10 → l’autre orientation; Essai /10 → copie 2, l’autre correcteurInterprétation /10Essai /10Un seul texte, 4 hlittéraire ou philosophiquecopie 1, un correcteurl’autre orientationcopie 2, l’autre correcteur
Fig. 8La structure officielle de l’épreuve. L’orientation disciplinaire de chaque question est annoncée par son intitulé et peut être inversée d’un sujet à l’autre.
Fig. 8 ↓
Deux idées fausses circulent encore, et il faut les couper net. La première est le programme limitatif : la note de service du 26 septembre 2023 l’a abrogé, et la définition consolidée de l’épreuve indique désormais que « l’épreuve porte sur le programme de l’enseignement de spécialité de la classe de terminale en vigueur ». Les six entrées de terminale sont donc évaluables ; les notions de première « doivent être connues et mobilisables » mais « ne peuvent constituer un ressort essentiel du sujet ». Tout document antérieur à l’automne 2023, y compris les sujets zéro d’Éduscol, imprime encore l’ancienne restriction : ne la répétez jamais. La seconde idée fausse est celle d’un semestre tiré au sort : les sujets réels la démentent. En 2024, le jour 1 (mercredi 19 juin) portait sur Aragon, semestre 2, et le jour 2 (jeudi 20 juin) sur Ruy Blas de Hugo, semestre 1. En 2025, le jour 1 (mardi 17 juin) portait sur Condorcet, semestre 1, et le jour 2 (mercredi 18 juin) sur Szymborska, semestre 2. Les deux semestres tombent chaque session.
L’appariement disciplinaire n’est pas figé non plus, et c’est un point que presque toutes les fiches se trompent. Le texte officiel dit que « chacun de ces deux exercices relève tantôt d’une approche philosophique, tantôt d’une approche littéraire, selon ce qu’indique explicitement l’intitulé du sujet ». La preuve est dans les sujets : en 2024 comme au jour 2 de 2025, l’ordre était interprétation littéraire puis essai philosophique ; mais au jour 1 de 2025, sur le texte de Condorcet, l’ordre était inversé — interprétation philosophique, puis essai littéraire. Vous devez donc être prêt aux deux, et la première chose à faire en découvrant le sujet est de lire les deux intitulés pour savoir quelle casquette on vous demande de porter où. À noter pour ce thème : les deux derniers sujets de semestre 2 relevaient l’un et l’autre d’« Histoire et violence ».
La méthode, enfin, telle que les documents officiels la décrivent — et elle ne dit pas ce que les manuels répètent. Les éléments d’évaluation publiés avec le sujet national de 2024 affirment que l’interprétation « n’impose ni un nombre de “parties”, ni un développement obéissant à une forme prédéfinie ou à une composition canonique », qu’« il ne s’agit pas d’une explication de texte exhaustive, mais d’une lecture centrée sur certains éléments parmi les plus significatifs », et, mot pour mot pour le second exercice, que « l’essai n’impose ni un nombre de “parties”, ni un développement obéissant à une forme prédéfinie ou à une logique de composition canonique ». Le sujet zéro commenté d’Éduscol l’avait dit plus longuement encore : l’essai « ne prescrit pas un nombre de “parties” », l’ordre des réflexions « n’est pas contraint par une architecture préconçue, imposant par exemple une illustration des bien-fondés de la thèse avant une contradiction », et l’on acceptera « aussi bien une réponse qui développe une thèse identifiable, et qui s’enrichit en chemin d’une pluralité de références, qu’un examen contradictoire de la question posée ». Le plan en trois temps est donc une aide possible, jamais une obligation. Deux exigences, en revanche, sont constantes : l’essai « suppose une implication personnelle dans la réflexion » et ne doit pas être « la récitation des connaissances » ; et « le texte n’est pas ici un prétexte pour une réflexion d’ordre général ». Ajoutez-y le critère que le mémento des évaluations rappelle pour toutes les épreuves écrites : « la qualité rédactionnelle est prise en compte par les correcteurs dans la notation ».
Le reste tient en trois chiffres et un conseil (voir Fig. 9). L’oral de contrôle dure 20 minutes, avec 20 minutes de préparation : l’examinateur remet une question de littérature ou de philosophie selon sa discipline, sous la forme d’une interrogation liée au thème de l’écrit ; le candidat répond pendant 10 minutes au maximum, puis s’entretient avec lui, et l’évaluation est globale, sur toute l’échelle de 0 à 20. Le Grand oral dure 20 minutes et pèse le coefficient 10 pour la session 2026, puis 8 à compter de la session 2027. Le conseil, pour finir : gardez trente minutes de relecture pour les deux copies. C’est le seul investissement dont le rendement soit garanti, puisque la qualité de l’expression est un critère explicite d’évaluation.

Répartir les quatre heures

Une répartition possible des quatre heurescolonne stratifiée, 4 couches, Données: Lire le texte, les deux questions, choisir, Interprétation : relire, noter, rédiger, Essai : problématiser, rédiger, Relire les deux copiesTemps écouléLire le texte, les deux questions, choisir0 – 30 minInterprétation : relire, noter, rédiger30 min – 1 h 45Essai : problématiser, rédiger1 h 45 – 3 h 30Relire les deux copies3 h 30 – 4 h
Fig. 9Une répartition possible, et non une règle officielle : l’essai demande plus de matière que l’interprétation, et la relecture des deux copies est le seul investissement dont le rendement soit garanti.
Fig. 9 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • interprétation littéraire ou philosophiquepremière question de l’épreuve : un développement écrit qui expose la compréhension et l’analyse d’un enjeu majeur du texte, notée sur 10
  • essai littéraire ou philosophiqueseconde question de l’épreuve : une réponse étayée à une question soulevée par le texte, notée sur 10 et rendue sur une copie distincte
  • éléments d’évaluationdocument officiel publié avec chaque sujet national, qui indique aux correcteurs les attendus et les pistes valorisées ; il n’est pas un corrigé exhaustif
  • bibliographie indicativeliste d’œuvres jointe à chaque entrée du programme, dépourvue de caractère prescriptif et qui ne prédétermine pas le choix des textes de l’épreuve
  • oral de contrôleépreuve de rattrapage de la spécialité : 20 minutes de préparation, 20 minutes d’épreuve, une réponse de 10 minutes au maximum puis un entretien, évaluée globalement de 0 à 20
Exemple corrigé

Méthode — lire l’appariement d’un sujet réel et organiser ses quatre heures

Le sujet national du jour 1 de la session 2024 associait, sur le poème « Classe 17 » d’Aragon, une interprétation littéraire — « Quelles violences ce poème dit-il ? » — et un essai philosophique — « Peut-on perdre son humanité ? ». Montrez comment lire cet appariement au brouillon et comment en tirer un plan de travail pour les quatre heures.

  1. 01Identifier ce que chaque intitulé commande

    L’interprétation est annoncée littéraire : elle porte sur ce que le poème fait, donc sur son écriture, son rythme, ses images, ses ruptures de ton. L’essai est annoncé philosophique : il porte sur une notion, ici l’humanité, et il attend une réponse argumentée, non un commentaire. La première décision du brouillon consiste à écrire ces deux mots — littéraire, philosophique — en haut de chaque page, pour ne pas glisser de l’un à l’autre en cours de rédaction.

  2. 02Repérer le lien entre les deux questions

    Les deux questions ne sont pas indépendantes : l’essai est toujours « une question soulevée par le texte ». Ici, le poème montre des hommes traités en bétail, et l’essai demande si l’on peut perdre son humanité. Le lien est donc une notion que le texte met en scène sans la nommer. Repérer ce lien au brouillon vous donne deux avantages : il oriente la lecture du texte, et il fournit à l’essai un ancrage concret que les éléments d’évaluation valorisent expressément.

  3. 03Distinguer les sens de la notion pour l’essai

    Un essai philosophique commence par distinguer les sens de son terme central. « Perdre son humanité » peut signifier être avili par autrui, se conduire de manière inhumaine, ou perdre ce qui définirait l’homme en propre. Le troisième sens contient un paradoxe qu’il faut voir : peut-on perdre ce qui vous constitue ? Écrire ces trois sens au brouillon, en une ligne chacun, suffit à sortir du lieu commun ; les faire dialoguer donne le mouvement du devoir.

  4. 04Choisir ses passages pour l’interprétation

    Puisque l’exercice n’est pas une explication exhaustive, sélectionnez deux ou trois moments du texte et renoncez au reste sans regret. Dans un poème de ce type, on retiendra typiquement une image de déchéance physique, un signe de perte d’identité et le passage où des tiers évaluent les prisonniers. Notez pour chacun non pas ce qu’il raconte, mais ce que sa formulation produit sur le lecteur : c’est la différence entre paraphraser et interpréter.

  5. 05Répartir les quatre heures

    Une répartition qui tient : environ trente minutes pour lire le texte, les deux intitulés et poser les deux brouillons ; une heure un quart pour l’interprétation ; un peu moins de deux heures pour l’essai, qui demande plus de matière ; une demi-heure de relecture des deux copies. Rien n’oblige à traiter les questions dans l’ordre du sujet, mais commencer par l’interprétation présente un avantage : elle vous fait relire le texte de près, et l’essai en profite.

  6. 06Vérifier avant de rendre

    Trois contrôles suffisent, et ils se font en dix minutes. Les deux copies sont-elles bien séparées et la question clairement identifiée sur chacune ? L’essai revient-il au moins une fois au texte, précisément ? Les deux développements sont-ils d’ampleur comparable, comme le texte officiel le demande ? Le reste du temps de relecture va à l’orthographe et à la syntaxe, qui sont un critère d’évaluation écrit, non un supplément d’âme.

Résultat : Lire un appariement, c’est identifier trois choses en dix minutes : quelle question est littéraire et laquelle est philosophique ; quelle notion le texte met en scène sans la nommer, puisque c’est elle que l’essai reprendra ; et quels deux ou trois passages porteront l’interprétation. Sur le sujet de 2024, cela donne une interprétation centrée sur l’écriture de la déchéance et de la perte d’identité, et un essai qui distingue trois sens de « perdre son humanité » — être avili, se conduire inhumainement, perdre ce qui définit l’homme — avant de montrer que le troisième est paradoxal. Le plan des quatre heures suit : une demi-heure de lecture et de brouillon, une heure un quart pour l’interprétation, un peu moins de deux heures pour l’essai, une demi-heure de relecture des deux copies. Trois vérifications closent l’épreuve : copies séparées et questions identifiées, un retour précis au texte dans l’essai, deux développements d’ampleur comparable.

Objectif Bac

  • Lire les deux intitulés avant tout : ils vous disent laquelle des deux questions est littéraire et laquelle est philosophique, et l’ordre n’est pas fixe — le jour 1 de la session 2025 l’a inversé. Une copie qui traite l’essai en littéraire alors qu’il est annoncé philosophique se pénalise seule.
  • Interpréter en choisissant : les éléments d’évaluation officiels excluent l’explication exhaustive et demandent « une lecture centrée sur certains éléments parmi les plus significatifs ». Sélectionnez deux ou trois passages et travaillez-les à fond plutôt que de courir tout le texte.
  • Problématiser sans plan imposé : aucun texte officiel n’exige trois parties. Vous pouvez développer une thèse identifiable qui s’enrichit en chemin, ou conduire un examen contradictoire. Choisissez la forme que votre matière commande, et annoncez-la clairement.
  • Citer le texte dans l’essai aussi : les éléments d’évaluation de 2024 signalent que « l’appel au texte pourrait constituer un point d’ancrage efficace » dans l’essai philosophique. Une seule reprise précise du texte suffit à distinguer votre copie de la récitation.
  • Nuancer jusque dans la relecture : la qualité de l’expression, « correction orthographique et syntaxique ; précision, justesse, finesse, voire élégance de la rédaction », est un critère écrit. Réservez la dernière demi-heure aux deux copies, jamais à l’ajout d’un paragraphe.

Erreurs fréquentes

  • Répéter qu’un programme limitatif restreint l’épreuve à quatre entrées. La note de service du 26 septembre 2023 l’a abrogé et l’épreuve porte sur tout le programme de terminale en vigueur. La forme correcte : réviser les six entrées, en sachant que les notions de première sont mobilisables mais ne peuvent pas être le ressort essentiel du sujet.
  • Croire que le semestre du sujet est tiré au sort, ou qu’une session ne porte que sur un semestre. Les sujets de 2024 et 2025 montrent qu’un jour porte sur le semestre 1 et l’autre sur le semestre 2. La forme correcte : réviser les deux semestres, puisque les deux tombent chaque session.
  • Tenir pour acquis que l’interprétation est toujours littéraire et l’essai toujours philosophique. Le texte officiel dit que chaque exercice relève « tantôt d’une approche philosophique, tantôt d’une approche littéraire », et le jour 1 de 2025 a inversé l’ordre. La forme correcte : lire les intitulés et s’entraîner aux deux configurations.
  • Appliquer mécaniquement un plan dialectique en trois temps parce qu’un manuel l’a prescrit. Les documents officiels écrivent que l’essai « ne prescrit pas un nombre de “parties” » et que l’ordre « n’est pas contraint par une architecture préconçue ». La forme correcte : adopter la forme que la question appelle, et l’annoncer.
  • Écrire l’essai comme une récitation de connaissances détachée du texte. Les éléments d’évaluation de 2024 demandent au contraire une « implication personnelle dans la réflexion », et le sujet zéro commenté d’Éduscol prévenait que « le texte n’est pas ici un prétexte pour une réflexion d’ordre général ». La forme correcte : revenir au moins une fois au texte dans l’essai, précisément.

§ 05

Révision active

Exercice d’inventaire. Dressez la liste des repères que vous croyez posséder sur cette entrée, puis, pour chacun, écrivez deux lignes seulement : ce que vous en savez de sûr (une thèse, pas un résumé) et ce que vous ignorez. Barrez ensuite tout repère dont vous ne pourriez rien tirer le jour de l’épreuve, et complétez la liste jusqu’à obtenir au moins un repère par temps du thème : distinguer, dire, penser, répondre. Rangez enfin les survivants par ordre d’utilité pour un essai philosophique, puis pour une interprétation littéraire — l’ordre ne sera pas le même.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Définition de l’épreuve terminale de spécialité « humanités, littérature et philosophie » — version consolidée en vigueur à compter de la session 2024 (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Sujet national de HLP, session 2025, jour 2 : Wisława Szymborska, « Je ne sais quelles gens » (Vue avec grain de sable, 1996, traduit par Piotr Kaminski) (Ministère de l’Éducation nationale — académie de Normandie) · Programme d’humanités, littérature et philosophie — classe terminale générale (semestre 2, « L’Humanité en question », entrée « Histoire et violence ») et bibliographie indicative (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01La violence dans l’histoire : distinguer les guerres, les régimes, les violences○
    • 02Dire la violence : témoigner, dénoncer, écrire l’inhumain◐
    • 03Penser l’histoire : progrès, paix par le droit, banalité du mal●
    • 04Répondre à la violence : le droit, le pacifisme, la révolte, la résistance●
    • 05Repères d’œuvres (XXe-XXIe siècles) et méthode de l’épreuve◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Histoire et violence

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

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Compétences
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Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme d’humanités, littérature et philosophie — classe terminale générale (semestre 2, « L’Humanité en question », entrée « Histoire et violence ») et bibliographie indicative
  • Définition de l’épreuve terminale de spécialité « humanités, littérature et philosophie » — version consolidée en vigueur à compter de la session 2024

Wikisource — texte intégral, domaine public

  • Michel de Montaigne, Essais, livre I, chapitre 31, « Des cannibales » (« chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage »)
  • Simone Weil, « L’Iliade, ou le poème de la force » (1940), dans La Source grecque
  • Emmanuel Kant, « De la paix perpétuelle. Essai philosophique » (1795), traduction de Jules Barni

Ministère de l’Éducation nationale — académie de Normandie

  • Éléments d’évaluation officiels du sujet national de HLP, session 2024, jour 1 (interprétation littéraire sur « Classe 17 » d’Aragon : « la violence sourde, à distance du fracas »)
  • Sujet national de HLP, session 2024, jour 1 : Aragon, « Classe 17 » (Le Roman inachevé, 1956) — interprétation littéraire « Quelles violences ce poème dit-il ? »
  • Sujet national de HLP, session 2025, jour 2 : Wisława Szymborska, « Je ne sais quelles gens » (Vue avec grain de sable, 1996, traduit par Piotr Kaminski)

Stanford Encyclopedia of Philosophy

  • Notice « Hannah Arendt » (totalitarisme, banalité du mal, distinction du pouvoir et de la violence) — en anglais
  • Notice « Walter Benjamin » (Critique de la violence, thèses « Sur le concept d’histoire ») — en anglais
  • Notice « Albert Camus » (l’absurde, la révolte, la question du meurtre dans L’Homme révolté) — en anglais
  • Notice « Kant’s Social and Political Philosophy » (paix perpétuelle, fédération d’États, droit cosmopolitique) — en anglais

Organisation des Nations unies

  • La Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 à Paris (résolution 217 A (III))

Voir aussi

  • L'humain et ses limitesAprès la barbarie, la question de ce qui définit encore l'humain.
  • Création, continuités et rupturesComment l'art répond aux traumatismes qu'il ne peut pas représenter directement.
  • Les pouvoirs de la paroleTémoigner, c'est d'abord un problème de parole : autorité, preuve, écoute.

Chapitre précédent

Création, continuités et ruptures

Chapitre suivant

L'humain et ses limites

EuraStudy·Fiches T·07·MMXXVI

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