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Fiches/HLP — Humanités, littérature et philosophie/L'humain et ses limites
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L'humain et ses limites

« L'humain et ses limites » est la troisième entrée de l'objet d'étude « L'Humanité en question » (terminale, semestre 2) ; sa période de référence est la période contemporaine (XXe-XXIe siècles). Le programme la fait tenir en une question : « Jusqu'où peut-on aller ? ». La technique a promis un pouvoir sans limite — machines et systèmes, médecine, conquête de l'atome et de l'espace, aujourd'hui le numérique, la génétique et l'intelligence artificielle. Mais ces progrès ont leur envers : de nouvelles contraintes et de nouvelles dépendances, des moyens de destruction qui changent d'échelle, une question écologique qui laisse entrevoir « le spectre d'un monde inhabitable ». Comme les interventions portent désormais sur l'homme lui-même, c'est la définition de l'humain et de la vie humaine désirable qui devient problématique, et la finitude qui redevient une question — soit pour avertir des dangers de son oubli, soit pour en dégager le paradoxe d'un être fini qui fait l'expérience de l'illimité. Le thème se travaille avec des textes littéraires ET philosophiques contemporains (Valéry, Huxley, Cassirer, Vercors, Heidegger, Arendt, Simondon, Dick, Jonas, Serres…) ; les mythes plus anciens de la démesure restent mobilisables comme termes de comparaison. Il est pleinement évaluable à l'épreuve écrite de terminale — quatre heures, coefficient 16, deux questions sur un seul texte — et nourrit le Grand oral.

5 sections·~58 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0888 / 8
Profil d’examen
Analyser les deux sens du mot « limite » — la frontière qui sépare l'humain de l'animal et de la machine, la borne qui le fait fini — et suivre la manière dont la technique déplace l'une et prétend reculer l'autre.Interpréter des textes littéraires et philosophiques contemporains sur la technique, la nature, la finitude et le posthumain, en partant de leur lettre plutôt que d'un cours plaqué.Distinguer avec rigueur des couples que l'actualité confond : possible et souhaitable, pouvoir et devoir, soigner et augmenter, modification somatique et modification germinale.Confronter la fiction (dystopie, science-fiction, mythe) et l'argumentation philosophique sur une même question, comme le veut la coopération interdisciplinaire propre à la spécialité.Conduire les deux exercices de l'épreuve — une interprétation et un essai, littéraires ou philosophiques selon l'intitulé, notés chacun sur 10 et rédigés sur deux copies distinctes.
Opérateurs :interpréter un texteproblématiserdistinguerconfronternuancerargumenterciter avec précisionillustrer par un repère

niveau de base

Maîtrisez d'abord les couples de notions du thème — nature / artifice, humain / animal / machine, finitude / démesure (hybris), humain / inhumain / posthumain — et sachez les illustrer par un repère précis (Prométhée et Icare pour la démesure punie ; Descartes « comme maîtres et possesseurs de la nature » pour le projet technique ; Frankenstein de Mary Shelley pour le créateur dépassé par sa créature ; Hans Jonas pour la responsabilité). Distinguez nettement la limite-frontière (ce qui sépare l'humain de l'animal et de la machine) et la limite-borne (la finitude, la mort, les bornes éthiques à ne pas franchir).

niveau approfondi

Pour viser l'excellence, problématisez le double sens du mot « limite ». La technique a déplacé sans cesse les frontières de l'humain et nourri le rêve d'abolir ses bornes (maladie, vieillissement, mort) jusqu'au projet posthumaniste d'« augmenter » l'homme. Mais ce franchissement pose la question de la démesure (hybris) : toute limite repoussable doit-elle l'être ? Confrontez le mythe (Prométhée, Icare, Frankenstein), la philosophie de la technique (Descartes et la maîtrise de la nature, Bergson sur l'« homo faber », Hans Jonas et le principe responsabilité), et les interrogations contemporaines sur le posthumain pour montrer que la finitude n'est pas seulement une privation : elle est peut-être la condition même du sens et de l'humanité. Mobilisez ce socle au Grand oral.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. L'humain et ses limites
    • 01Définir l'humain : nature humaine et frontières○
    • 02La technique et le franchissement des limites◐
    • 03Finitude, démesure et hybris●
    • 04Vers le posthumain : enjeux éthiques contemporains●
    • 05Repères d'œuvres (période contemporaine, XXe-XXIe siècles) et méthode◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Définir l'humain : nature humaine et frontières#

~12 min de lecture●○○BaseBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question-§L'humain et ses limites

Points clés

Le programme ne demande pas de définir l'humain avant de réfléchir : il fait de cette définition un problème, et c'est la technique qui le rend urgent. Ce sont, écrit-il, « les nouvelles possibilités d'interventions sur l'homme lui-même (biotechnologies, technologies numériques…) » qui « soulèvent le problème de la définition de l'humain et de la vie humaine désirable ». On ne sait plus tout à fait ce qu'est un homme parce qu'on peut désormais le refaire. La question se dédouble alors, et les deux moitiés ne se confondent pas : de quoi l'humain se distingue-t-il — l'animal, la machine ? et qu'est-ce qui le borne en propre — naître, dépendre, souffrir, mourir ?
La tradition a cherché un « propre de l'homme » : la raison, le langage, le rire, l'outil, la conscience de soi, la liberté, le savoir de la mort. Aucun n'a tenu seul (voir Fig. 1). Chacun se laisse entamer par une observation ou par un doute : l'éthologie décrit des usages d'outils, des traditions locales, des conduites devant les morts ; l'informatique produit des machines qui parlent et qui calculent. Cassirer, dans son Essai sur l'homme (1944), propose alors un déplacement plutôt qu'un critère de plus : au lieu de définir l'homme comme un animal raisonnable, le définir comme un animal symbolique, un vivant qui n'atteint jamais le réel directement mais toujours à travers des formes — langue, mythe, art, religion, science. La liste des « propres » devient l'inventaire des effets d'une même capacité.

Les « propres de l'homme » et leur contestation

Les « propres de l'homme » et leur contestationroue segmentée, 5 segments, Données: l'humain, le langage, l'outil, la raison, le symbole, savoir mourirle langagesignes appris ?l'outilcorvidés, singes ?la raisoncalcul machine ?le symboleCassirer, 1944savoir mourirdeuil animal ?l'humain
Fig. 1Chaque critère avancé pour isoler l'humain a été entamé par une observation ou par une machine. Cassirer déplace la recherche : plutôt qu'un trait de plus, la capacité symbolique qui rend les autres possibles.
Fig. 1 ↓
La frontière homme / animal a reçu sa formulation la plus tranchée chez Descartes, et il faut la citer exactement, car on la déforme souvent. Le critère n'est pas la parole mais l'usage réglé des signes : il n'y a « point d'hommes si hébétés et si stupides » qui ne sachent « arranger ensemble diverses paroles » pour faire entendre leurs pensées, tandis que les pies et les perroquets profèrent des mots sans « témoigner qu'ils pensent ce qu'ils disent » (Discours de la méthode, cinquième partie, 1637). L'argument se double d'une comparaison mécanique : une machine a besoin d'une disposition particulière pour chaque action particulière, au lieu que « la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres ». La frontière est donc tracée par une capacité — et une capacité, contrairement à une essence, peut se déplacer.
La frontière homme / machine est devenue la plus vive. Turing, en 1950, dans « Computing Machinery and Intelligence » (Mind), juge la question « les machines peuvent-elles penser ? » trop indécise pour être traitée et la remplace par un jeu d'imitation : un examinateur dialogue par écrit avec un humain et une machine, et l'on demande s'il peut les départager. Le geste est philosophiquement redoutable, car il substitue à la question de l'être une question d'effet. La science-fiction en fait aussitôt un problème moral : dans Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1968), Philip K. Dick imagine un test d'empathie chargé de séparer les hommes des répliquants, et rend ce test lui-même douteux. Quand la frontière ne se voit plus, il faut l'instituer — et l'on découvre qu'elle était déjà une décision.
Reste le partage nature / culture, sur lequel le thème s'appuie constamment. Est dit naturel ce qui est donné (le corps, les besoins, la naissance et la mort) ; culturel ce qui est acquis, transmis, variable (les langues, les techniques, les mœurs, les institutions). Mais l'humain n'est jamais purement naturel : il transforme le donné, et se transforme en le transformant. Vercors en tire un roman-expérience, Les Animaux dénaturés (1952), où un tribunal doit décider si une population intermédiaire entre le singe et l'homme appartient ou non à l'humanité : il faut un jugement, parce que la science ne fournit pas la définition. Lévi-Strauss, dans Tristes tropiques (1955), rappelle de son côté qu'aucune culture particulière ne peut servir de mesure à l'humanité entière.
De là le nerf du thème, qu'un bon devoir tient d'un bout à l'autre : le mot « limite » a deux sens (voir Fig. 2). La limite-frontière sépare l'humain de ce qui n'est pas lui ; la limite-borne désigne ce qui le borne en propre — sa finitude, sa vulnérabilité, son ignorance. La technique déplace les premières et prétend reculer les secondes, et ce sont deux gestes différents : reconnaître qu'un grand singe a une culture n'est pas la même chose que promettre l'immortalité. Confondre les deux, c'est perdre l'articulation qui commande tout le reste, y compris la question que le programme met au bout : « Quelle sorte de bonheur et quelle durée de vie pour un homme entièrement “réparé”, voire “augmenté” ? »

Les deux sens du mot « limite »

Les deux sens du mot « limite »Arbre de probabilité, 2 chemins, Données: Frontière : humain / animal, machine; Borne : mortalité, vulnérabilitéLIMITEFrontière : humain / animal, machineBorne : mortalité, vulnérabilité
Fig. 2Le thème joue sur un mot double. La frontière sépare l'humain d'autre chose ; la borne le fait fini. La technique déplace la première et prétend reculer la seconde : ce sont deux gestes distincts, et les confondre ruine un devoir.
Fig. 2 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • nature humaineensemble des caractères tenus pour donnés, innés et universels chez tout homme, par opposition à ce que chaque société lui ajoute ; le thème demande précisément si cet ensemble est fixe ou modifiable.
  • limite-frontièreligne qui sépare l'humain de ce qui n'est pas lui (l'animal, la machine, le divin) ; elle est tracée par un critère, donc discutable et déplaçable.
  • limite-bornece qui borne l'humain en propre : la naissance, la vulnérabilité, l'ignorance, la mort ; elle ne sépare de personne, elle définit une condition.
  • animal symboliqueformule de Cassirer (Essai sur l'homme, 1944) : l'homme n'accède au réel qu'à travers des formes symboliques — langue, mythe, art, religion, science — plutôt que par la seule raison.
  • jeu d'imitationdispositif proposé par Turing en 1950 : un examinateur dialogue par écrit avec un humain et une machine et tente de les distinguer ; il mesure un effet observable, non une pensée.
  • dénaturése dit d'un être arraché à sa nature première ; chez Vercors, le mot désigne le propre de l'homme, seul vivant qui se sépare de la nature au lieu d'y coïncider.
Exemple corrigé

Interprétation philosophique — le critère cartésien de la différence entre l'homme et la bête

Texte support (Descartes, Discours de la méthode, cinquième partie, 1637 ; œuvre du domaine public). Descartes y soutient qu'il n'est « point d'hommes si hébétés et si stupides » qu'ils ne soient capables d'« arranger ensemble diverses paroles » pour faire entendre leurs pensées, alors qu'aucun animal n'en fait autant ; les pies et les perroquets profèrent bien des mots, mais sans « témoigner qu'ils pensent ce qu'ils disent ». Il ajoute que les organes d'une machine « ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière », au lieu que « la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres ». Première partie — interprétation philosophique : par une lecture attentive du texte et de son argumentation, expliquez sur quel critère Descartes fait reposer la différence entre les hommes et les bêtes, et ce que cette frontière engage.

  1. 01Écarter ce que le texte ne dit pas

    Le premier gain d'une interprétation est négatif. Descartes ne dit pas que les bêtes sont muettes : il rappelle au contraire que des oiseaux prononcent des mots. Il ne dit pas non plus qu'elles manquent d'organes : il écarte explicitement cette explication. L'argument ne porte donc ni sur le son ni sur l'anatomie. Signaler cette double exclusion, c'est déjà montrer qu'on lit le texte et non le souvenir qu'on en a.

  2. 02Nommer le critère avec ses mots

    Ce que Descartes exige, c'est un discours composé « à propos » : agencer des signes pour répondre à une situation quelconque, et par là témoigner qu'on pense ce qu'on dit. Le critère n'est pas la parole mais l'usage réglé et inventif des signes. C'est pourquoi le perroquet échoue là où réussit l'homme « le plus hébété » : la différence n'est pas d'habileté, elle est de nature du rapport au langage.

  3. 03Suivre la comparaison mécanique

    La seconde moitié du texte redouble le critère par une image d'ingénieur. Une machine exige une disposition particulière par action particulière : ses réponses sont préenregistrées, donc dénombrables. La raison, elle, est « un instrument universel » : un seul principe pour un nombre indéfini de rencontres. L'opposition n'est donc pas quantitative (beaucoup de réponses contre peu), elle est structurelle : le fini énuméré contre l'indéfini réglé.

  4. 04Mesurer ce que la frontière autorise

    Cette frontière n'est pas un constat neutre de naturaliste. Elle fonde une dignité — seul l'homme pense — et elle prépare la sixième partie du même Discours, où Descartes appelle à se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Séparer radicalement l'homme du vivant, c'est du même geste lui donner une essence et une tâche. L'interprétation doit dire cette solidarité entre une définition et un programme.

  5. 05Ouvrir sur la question du thème

    Le texte fournit lui-même de quoi l'inquiéter. Si la frontière est tracée par une capacité, une capacité peut être imitée : une machine qui agencerait des paroles « à propos » satisferait le critère cartésien avant de satisfaire personne. Le texte montre ainsi comment se construit une limite de l'humain — par un critère, donc par une décision qu'un savoir ou une technique ultérieure peut rouvrir.

Résultat : Descartes fait reposer la différence entre les hommes et les bêtes non sur la voix ni sur les organes, mais sur la capacité d'agencer des signes à propos, signe d'une pensée ; il la confirme en opposant la raison, « instrument universel », aux dispositions particulières d'une machine. Cette frontière fonde la dignité de l'homme et autorise le projet moderne de maîtrise de la nature. L'interpréter, ce n'est pas la réfuter : c'est voir qu'une limite de l'humain se trace par un critère, et qu'un critère est exactement ce qu'un savoir ou une machine peut venir déplacer.

Objectif Bac

  • Interpréter, jamais énumérer : devant un texte qui trace une frontière de l'humain, demandez-vous d'abord QUELLE conception de l'homme cette frontière suppose, et non quelles différences elle liste. Un devoir qui aligne « le langage, le rire, la culture » sans les rapporter à une thèse ne fait que réciter.
  • Problématiser en jouant les deux sens du mot « limite ». Sur un sujet comme « Qu'est-ce qui définit l'humain ? », l'écart entre la frontière (ce qui sépare) et la borne (ce qui borne) fournit à lui seul une problématique et un plan : on définit d'abord par exclusion, puis par ce qui se refuse à l'exclusion.
  • Citer Descartes au mot près. La cinquième partie du Discours ne dit pas que les bêtes sont muettes : elle dit qu'elles ne composent pas de discours « à propos », et oppose la raison, « instrument universel », aux dispositions particulières d'une machine. Une citation approximative se voit et coûte cher.
  • Nuancer sur les machines : une performance n'est pas une preuve d'intériorité, mais l'absence d'intériorité ne se prouve pas davantage. Formulez la difficulté (le test de Turing déplace la question de l'être vers l'effet) plutôt que de trancher par une affirmation invérifiable dans les deux sens.
  • Distinguer la question de fait et la question de droit. « Où passe la frontière ? » se discute avec des savoirs ; « qui a droit au titre d'humain ? » est une décision, et c'est ce que met en scène le procès imaginé par Vercors. Un essai qui ne sépare pas ces deux plans reste confus.

Erreurs fréquentes

  • Faire dire à Descartes que les animaux ne souffrent pas ou n'ont aucune sensation. Le texte porte sur la pensée et son signe, le discours réglé ; il conclut que les bêtes agissent « par la disposition de leurs organes » et non par connaissance. Écrivez ce que le texte soutient, et discutez-le ensuite.
  • Présenter le test de Turing comme une réponse à la question « les machines pensent-elles ? ». Turing juge cette question trop indécise et lui SUBSTITUE un jeu d'imitation. Le dire correctement vous donne l'argument fort : le test mesure un effet et laisse intacte la question de l'intériorité.
  • Confondre les deux sens de « limite ». Reconnaître une continuité entre l'homme et l'animal déplace une frontière ; prétendre abolir le vieillissement recule une borne. Un devoir qui glisse de l'un à l'autre semble parler du même problème alors qu'il en traite deux.
  • Appeler « nature humaine » tout ce qui nous semble habituel. Le voile, le mariage, la propriété, le régime alimentaire varient d'une société à l'autre : ils sont culturels. Réservez « naturel » à ce qui est donné et universel, sous peine de faire passer une norme locale pour une loi de l'espèce.
  • Terminer sur « l'homme est indéfinissable », comme si l'échec des définitions dispensait de conclure. Le thème attend l'inverse : dire ce que cet échec nous apprend — que l'humain se pense mieux dans un rapport (au monde, à autrui, au temps) que dans une essence, et que la définition est un enjeu, pas un préalable.

§ 01

Révision active

Essai littéraire d'entraînement (à traiter sur le même texte que l'exercice corrigé) : « Pour dire ce qu'est un homme, la littérature a-t-elle besoin de créatures qui n'en sont pas ? » Vous construirez une réponse ordonnée et personnelle, appuyée sur des œuvres précises — la créature de Mary Shelley, les tropis de Vercors, les répliquants de Philip K. Dick, les êtres décantés de Huxley. Interrogez d'abord le présupposé de la question : faut-il un dehors pour voir un dedans ? Puis demandez-vous ce que la fiction obtient que l'argumentation n'obtient pas, et ce qu'elle risque de perdre en le faisant.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Descartes, Discours de la méthode (1637), cinquième partie — la différence entre les hommes et les bêtes (texte intégral, édition Victor Cousin) (Wikisource — bibliothèque libre) · « The Turing Test » — présentation critique du jeu d'imitation et de l'article de Turing (1950) (Stanford Encyclopedia of Philosophy) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de terminale générale — semestre 2, « L'Humanité en question », entrée « L'humain et ses limites » (avec la bibliographie indicative du thème) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

La technique et le franchissement des limites#

~11 min de lecture●●○StandardBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question-§L'humain et ses limites

Points clés

Le programme donne au thème sa question d'ouverture, et il faut la citer telle quelle : « “Jusqu'où peut-on aller ?” : telle a été la question de l'âge moderne, et particulièrement du XXe siècle, s'agissant de l'extension des capacités humaines liée à la technique. » Il énumère ensuite ce qui a nourri la promesse — machines et systèmes de toutes sortes, instruments nouveaux pour la médecine, architectures partant à l'assaut du ciel, conquête de l'atome et de l'espace — avant de nommer ses formes actuelles : le numérique, la génétique et l'intelligence artificielle. Le thème ne part donc pas d'une méfiance mais d'un étonnement : quelque chose a paru sans limite.
Avant d'être un outillage, la technique est une manière d'être. Bergson en donne la formule dans L'Évolution créatrice (1907) : « si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l'histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l'homme et de l'intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber ». Et il précise l'intelligence : « la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication ». Retenez « des outils à faire des outils » : c'est là qu'est l'illimité. Un instinct sait se servir d'un instrument que le corps porte ; l'intelligence fabrique le moyen de fabriquer, et rien ne borne cette récurrence.
La formule de Descartes condense le projet moderne, à condition de la lire jusqu'au bout. Il propose de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature », et le « comme » n'est pas un ornement : la maîtrise est comparée, non absolue. Surtout, il dit à quoi elle sert. Non pas d'abord à jouir « sans aucune peine des fruits de la terre », mais « principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie » (Discours de la méthode, sixième partie, 1637). Le projet technicien naît orienté vers la médecine. Qui présente Descartes comme un apôtre de la domination brute passe à côté de ce qui rend sa position forte — et difficile à réfuter.
Le XXe siècle a pensé la technique comme un milieu, non comme une somme d'objets. Heidegger, dans « La Question de la technique » (1954), soutient que l'essence de la technique n'est elle-même rien de technique : la technique moderne est une manière de dévoiler le réel qui somme la nature de se tenir disponible, comme un fonds tenu en réserve pour un usage. Un fleuve n'est plus un paysage mais une puissance installée. Simondon, dans Du mode d'existence des objets techniques (1958), prend l'exact contrepied : il refuse que la culture se constitue en système de défense contre les machines, car cette défense méconnaît l'humanité que l'objet technique contient. Ces deux thèses sont le meilleur couple d'opposition dont vous disposiez sur ce thème.
Le programme insiste sur l'envers, et c'est là que se joue la note. « Ces progrès ont toutefois leur envers : les nouveaux pouvoirs offerts par la technique engendrent de nouvelles contraintes et de nouvelles dépendances. » Le pouvoir acquis devient un usage, l'usage devient une norme, la norme devient un besoin dont on ne peut plus se passer (voir Fig. 3). S'y ajoutent des déséquilibres majeurs, « aussi bien au sein des sociétés et entre les peuples que sur le plan écologique » : les moyens de destruction ont changé d'échelle, et la question écologique « n'est plus seulement celle de la préservation des espèces », puisqu'elle « laisse entrevoir le spectre d'un monde inhabitable ».

L'envers du pouvoir technique

L'envers du pouvoir techniqueGraphe, Un manque → Une invention, Une invention → Un pouvoir neuf, Un pouvoir neuf → Un usage obligé, Un usage obligé → Une dépendance, Une dépendance → Un manqueUn manqueUne inventionUn pouvoir neufUn usage obligéUne dépendance
Fig. 3Le programme énonce l'envers en une phrase : « les nouveaux pouvoirs offerts par la technique engendrent de nouvelles contraintes et de nouvelles dépendances ». La boucle dit comment : le pouvoir devient usage, l'usage devient obligation, et l'obligation crée le manque suivant.
Fig. 3 ↓
Ce changement d'échelle est ce qui oblige à refaire l'éthique. Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité (1979), part d'un constat de portée : un acte technique n'affecte plus seulement des proches et des contemporains, il atteint la nature entière et des générations qui n'ont pas voix au chapitre (voir Fig. 4). Les morales héritées, taillées pour le prochain et le présent, deviennent inadéquates. Jonas formule donc un impératif nouveau : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre. » Il y joint une heuristique de la peur — devant l'incertain, faire prévaloir le pronostic de malheur sérieusement fondé sur l'espérance. La technique, qui franchissait les limites, appelle ainsi une limite d'un autre genre : non plus subie, mais voulue.

La portée de l'acte technique

La portée de l'acte techniquecercles concentriques, 4 anneaux, Données: l'acte, les proches, les contemporains, la nature entière, les générations futuresles générations futuresla nature entièreles contemporainsles prochesl'acte
Fig. 4L'argument de Jonas tient dans cette dilatation : les morales héritées répondaient de l'acte devant les proches et les contemporains ; un acte technique atteint désormais la nature entière et des générations qui n'ont pas voix au chapitre.
Fig. 4 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • homo faber« l'homme fabricant » : nom que Bergson propose de préférer à homo sapiens, l'intelligence étant d'abord la faculté de fabriquer des outils, et des outils à faire des outils.
  • système techniqueensemble de techniques solidaires (énergie, transport, information) dont on ne peut retirer un élément sans désorganiser les autres ; c'est de lui que naissent les dépendances dont parle le programme.
  • fondschez Heidegger, mode d'être que la technique moderne impose au réel : la nature n'est plus un vis-à-vis mais une réserve commandable, disponible en permanence pour un usage.
  • autolimitationlimite qu'une puissance se donne à elle-même faute d'en rencontrer une ; elle est voulue et instituée, à la différence de la limite subie que la technique recule.
  • heuristique de la peurrègle de méthode de Hans Jonas : devant l'incertitude des effets d'une technique très puissante, donner priorité au pronostic de malheur sérieusement fondé sur le pronostic favorable.
  • irréversiblese dit d'un effet qu'aucune action ultérieure ne peut annuler ; c'est ce caractère, plus que l'ampleur, qui fonde chez Jonas le devoir de veiller aux commencements.
Exemple corrigé

Interprétation philosophique — pourquoi Bergson renomme notre espèce

Texte support (Bergson, L'Évolution créatrice, chapitre II, 1907 ; œuvre du domaine public). Bergson y écrit que « si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l'histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l'homme et de l'intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber », puis définit l'intelligence comme « la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication ». Il oppose ensuite l'instinct animal, dont l'instrument « fait partie du corps qui l'utilise ». Première partie — interprétation philosophique : expliquez pourquoi Bergson propose ce changement de nom, et ce que ce déplacement modifie dans la manière de penser les limites de l'homme.

  1. 01Relever la modalité de la proposition

    Bergson n'affirme pas, il conditionne : « si… nous nous en tenions strictement… nous ne dirions PEUT-ÊTRE pas ». Le renommage est présenté comme la conséquence d'une règle de méthode — s'en tenir à ce que les traces attestent — et non comme une thèse sur l'essence de l'homme. Une interprétation qui manque cette prudence transforme une hypothèse en dogme et se prive de la finesse du texte.

  2. 02Identifier le critère : ce qui reste constant

    Le critère retenu est archéologique. Ce que l'histoire et la préhistoire livrent de façon continue, ce ne sont pas des pensées mais des objets fabriqués. Bergson choisit donc de définir l'espèce par ce qui a laissé une trace, ce qui déplace la définition du dedans (la sagesse, invisible) vers le dehors (l'outil, exhumable). Le geste est celui d'un savant autant que d'un philosophe.

  3. 03Peser la formule décisive

    Tout se joue sur « des outils à faire des outils ». Un outil satisfait un besoin ; un outil à faire des outils ouvre une série que rien n'arrête. C'est pourquoi Bergson ajoute « et d'en varier indéfiniment la fabrication ». L'illimité n'est pas ici une ambition morale, c'est une propriété formelle de la fabrication humaine : elle se prend elle-même pour objet.

  4. 04Faire jouer le contraste avec l'instinct

    L'animal aussi possède des instruments, mais l'instrument « fait partie du corps qui l'utilise » : il est donné avec l'espèce, parfait et fixe. L'outil humain est séparé du corps, donc perfectible, transmissible et cumulable. C'est cette séparation qui rend possible une histoire des techniques — et donc un déplacement continu des limites de ce que l'homme peut.

  5. 05Tirer la conséquence pour le thème

    Si l'homme est d'abord un fabricant, alors franchir des limites n'est pas un accident ni un excès : c'est l'exercice de ce qui le définit. La question morale change alors de forme. Elle ne peut plus être « faut-il franchir ? », puisque franchir est le propre ; elle devient « quelles limites nous donnerons-nous, faute d'en rencontrer ? ». Le texte ne pose pas cette question, mais il la rend inévitable.

Résultat : Bergson propose de renommer l'espèce parce qu'une méthode stricte, s'en tenant aux traces attestées, trouve l'outil là où la tradition mettait la sagesse. L'intelligence se définit alors comme fabrication, et la formule « des outils à faire des outils » lui donne une capacité récurrente que rien ne borne du dehors — au contraire de l'instrument animal, soudé au corps et fixé par l'espèce. Le déplacement a un effet direct sur le thème : le franchissement des limites cesse d'être une faute pour devenir le mode d'être de l'homme, et la seule limite qui reste pensable est celle qu'il se donnerait lui-même.

Objectif Bac

  • Citer la question du programme et s'y tenir : « Jusqu'où peut-on aller ? » n'est pas « la technique est-elle dangereuse ? ». Elle porte sur une extension de capacités, donc sur un mouvement. Un devoir qui plaide pour ou contre la technique répond à une autre question que celle qu'on lui pose.
  • Distinguer trois plans que les copies fondent en un seul : ce que la technique PERMET (le possible), ce qu'elle OBLIGE (la dépendance qu'elle installe), ce qu'elle AUTORISE (le légitime). Le premier est un fait, le deuxième un effet, le troisième une question morale.
  • Confronter Heidegger et Simondon plutôt que d'accumuler des exemples. Le premier voit dans la technique moderne une sommation faite à la nature de se tenir disponible ; le second refuse que la culture se défende contre les machines. Une opposition tenue vaut dix illustrations juxtaposées.
  • Nuancer Descartes en s'appuyant sur son propre texte : « comme maîtres et possesseurs », et une maîtrise ordonnée en premier lieu à « la conservation de la santé ». C'est la nuance qui distingue une lecture de première main d'un souvenir de manuel.
  • Argumenter la position de Jonas par la PORTÉE, pas par la peur. Ce qui change, c'est qu'un acte atteint désormais la biosphère et les générations futures ; l'heuristique de la peur en découle, elle ne la précède pas. Inverser l'ordre fait passer un argument pour une humeur.

Erreurs fréquentes

  • Écrire que « la technique est neutre, tout dépend de l'usage ». La formule évacue le thème : Heidegger comme Jonas soutiennent que la technique moderne modifie le rapport au réel avant tout usage particulier. Si vous voulez défendre la neutralité, faites-en une thèse discutée, jamais une évidence de départ.
  • Confondre l'outil et le système technique. Un marteau se pose ; un réseau électrique, une chaîne du froid, un système d'information ne se posent pas. La dépendance dont parle le programme naît des seconds, pas des premiers, et un exemple mal choisi ruine la démonstration.
  • Attribuer à Bergson l'idée que l'homme serait « seulement » un fabricant. Bergson écrit « nous ne dirions PEUT-ÊTRE pas Homo sapiens, mais Homo faber » : c'est une hypothèse de méthode, tirée de ce que la préhistoire donne à voir, non une réduction de l'humain à la main.
  • Faire de la phrase de Descartes le slogan d'une domination sans réserve, en coupant « comme » et la suite du passage. Le texte subordonne la maîtrise à la santé et aux « biens de cette vie ». Une citation tronquée qui inverse le sens d'un auteur est le défaut le plus lourdement sanctionné.
  • Traiter l'écologie comme un thème d'actualité ajouté en conclusion. Le programme l'installe au centre : la question « n'est plus seulement celle de la préservation des espèces », elle « laisse entrevoir le spectre d'un monde inhabitable ». C'est une question sur l'habitabilité, donc sur la condition humaine.

§ 02

Révision active

Essai philosophique d'entraînement (à traiter sur le même texte que l'exercice corrigé) : « Ce que la technique rend possible, le rend-elle nécessaire ? » Interrogez d'abord le glissement que la question désigne : un pouvoir nouveau devient un usage, l'usage une norme, la norme un besoin dont on ne se passe plus. Vous appuierez chaque moment sur un cas précis, et vous demanderez si ce cycle relève d'une contrainte propre aux objets techniques ou d'une facilité de nos institutions et de nos habitudes. Concluez sur ce qu'il resterait de liberté à qui prétendrait s'en abstraire.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Descartes, Discours de la méthode (1637), sixième partie — « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » (texte intégral, édition Victor Cousin) (Wikisource — bibliothèque libre) · Bergson, L'Évolution créatrice (1907), chapitre II — l'intelligence, homo faber et « les outils à faire des outils » (texte intégral) (Wikisource — bibliothèque libre)

§ 03
§ 03

Finitude, démesure et hybris#

~11 min de lecture●●●ApprofondissementBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question-§L'humain et ses limites

Points clés

Le programme confie ici à la philosophie contemporaine une tâche précise, et il vaut la peine de la lire mot à mot : elle « renouvelle la question de la finitude de l'homme, soit pour avertir des dangers moraux et politiques de son oubli, soit pour en dégager une dimension paradoxale : cet être “fini” fait l'expérience de l'illimité ». Deux voies, donc, et non un sermon : l'une rappelle ce qu'il en coûte d'oublier qu'on est mortel, l'autre observe qu'un vivant borné pense l'infini, désire sans terme et se projette au-delà de sa mort. La section tient ces deux fils ensemble.
La finitude n'est pas d'abord la mort : c'est la structure d'un être qui est né sans l'avoir voulu, qui dépend d'autrui pour subsister, qui ignore plus qu'il ne sait, et qui finira. La mort en est seulement le terme le plus visible. Il faut donc résister à l'équation facile « finitude = manque ». Une vie sans terme n'aurait plus à choisir, puisque tout resterait possible plus tard ; or choisir, c'est renoncer, et renoncer suppose que le temps soit compté. C'est en ce sens que la finitude peut être dite non pas l'ennemie du sens, mais sa condition.
L'hybris est le nom grec de la démesure : la faute de qui veut franchir les bornes assignées à sa condition. Elle a pour contraire la mesure, le « rien de trop » de Delphes, et pour sanction, dans la tragédie, la chute. Les mythes de Prométhée, qui dérobe le feu et le paie, et d'Icare, qui monte trop haut et tombe, restent des repères mobilisables — mais la période de référence du thème est contemporaine, et le programme le rappelle : ces récits valent ici comme termes de comparaison, non comme corpus. Le bon usage est de les faire travailler contre notre présent, pas de les substituer à lui.
Valéry offre, dans « Le cimetière marin » (1920), la mise en scène poétique la plus dense de cette tension, et il la place dès l'épigraphe, empruntée à Pindare : n'aspire pas, ô mon âme, à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible. Le poème s'ouvre sur un midi immobile où « le Temps scintille et le Songe est savoir », descend vers les morts et vers « le ver irréfutable », se laisse paralyser par les paradoxes de Zénon — la flèche qui vole et qui ne vole pas —, puis se retourne d'un coup : « Non, non !… Debout ! Dans l'ère successive ! », et se referme sur « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! » La pensée de la mort n'y conduit ni au désespoir ni à la promesse d'y échapper : elle rend au temps son mouvement.
La dystopie fournit l'expérience de pensée inverse, et c'est pourquoi le programme note qu'« une part de l'imaginaire contemporain (dystopies, mondes post-humains, univers parallèles) consone avec ces inquiétudes ». Dans Le Meilleur des mondes (1932), Huxley imagine une société qui a supprimé la douleur, la vieillesse apparente, l'attachement et le deuil : on y naît en flacon, on y appartient à une caste décidée avant la naissance, et le soma dissout les contrariétés. Le Sauvage y réclame le droit d'être malheureux. L'argument est structurel, non sentimental : une vie d'où l'on a retiré la perte a aussi perdu ce qui rendait quelque chose précieux.
De là se dégage l'articulation que l'épreuve attend (voir Fig. 5). Ce qu'on peut et ce qu'on doit ne se recouvrent pas. Il existe ce qu'on peut sans devoir — c'est le lieu propre de la démesure ; ce qu'on doit sans pouvoir — l'impuissance, qui n'est pas une faute ; et l'intersection, la mesure, où le pouvoir se laisse conduire. La sagesse n'est donc ni l'orgueil sans bornes ni le renoncement : elle est le travail de tenir cette intersection. Et le paradoxe du programme reprend ici tout son poids : un être fini qui fait l'expérience de l'illimité peut, du même mouvement, viser trop haut et penser sa propre mesure.

Pouvoir et devoir : où se loge la démesure

Pouvoir et devoir : où se loge la démesureDiagramme de Venn avec 2 ensembles, CE QU'ON PEUT, CE QU'ON DOITCE QU'ON PEUTCE QU'ON DOITdémesureimpuissancemesure
Fig. 5Le thème vit de cet écart. Ce qu'on peut sans devoir est le lieu propre de la démesure ; ce qu'on doit sans pouvoir n'est pas une faute mais une impuissance ; la mesure n'existe que dans le recouvrement, et ce recouvrement se travaille.
Fig. 5 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • finitudecondition d'un être qui n'a pas choisi de naître, dépend d'autrui, ignore plus qu'il ne sait et doit mourir ; elle ne se réduit pas à la mortalité, qui n'en est que le terme.
  • hybrisdémesure : dans la pensée grecque, faute de qui franchit la borne assignée à sa condition et prétend rivaliser avec l'ordre du monde ou avec les dieux.
  • mesurejuste proportion entre ce qu'on peut et ce qu'on doit, résumée à Delphes par le « rien de trop » ; elle n'est ni le renoncement ni la modération frileuse, mais un art de tenir un écart.
  • némésisdans la tragédie grecque, retour du châtiment sur celui qui a commis la démesure ; la notion dit que la faute contient sa sanction plutôt qu'elle ne l'attire du dehors.
  • dystopierécit d'un monde organisé selon un principe poussé jusqu'au bout, présenté comme réussi et vécu comme invivable ; il argumente en montrant ce que la réussite a fait disparaître.
Exemple corrigé

Interprétation littéraire — le retournement du « Cimetière marin »

Texte support (Paul Valéry, « Le cimetière marin », 1920, repris dans Charmes ; œuvre du domaine public). Le poème s'ouvre sur un midi immobile au-dessus de la mer — « Ce toit tranquille, où marchent des colombes, / Entre les pins palpite, entre les tombes » —, s'installe dans une éternité sans mouvement où « le Temps scintille et le Songe est savoir », descend ensuite vers les morts et vers « le ver irréfutable », se heurte aux paradoxes d'élée — « Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d'Élée ! » —, avant de se relever : « Non, non !… Debout ! Dans l'ère successive ! » et de s'achever sur « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! ». Première partie — interprétation littéraire : comment le poème fait-il de la pensée de la mort le ressort d'un consentement à la vie ?

  1. 01Partir de la situation que le poème installe

    Tout commence par une image de suspension : la mer vue de haut devient un « toit », les colombes-voiles y « marchent », le mouvement est arrêté par midi. Le cimetière et la mer occupent le même cadre. Cette immobilité n'est pas un décor : elle donne au poème sa tentation, celle d'une éternité sans temps où plus rien n'arrive, et que les vers disent avec une séduction évidente.

  2. 02Montrer que l'éternité y est d'abord désirable

    « Le Temps scintille et le Songe est savoir » : le vers accorde à cet état la dignité d'une connaissance. Le poème ne se contente donc pas d'opposer la vie à la mort, il rend d'abord justice au repos qu'il va refuser. C'est la condition de sa force : un texte qui n'aurait pas éprouvé la tentation n'aurait aucun mérite à s'en défaire.

  3. 03Suivre la descente vers les morts

    La méditation passe alors du haut vers le bas, du soleil vers les tombes, et le lexique change : après la lumière et le diamant, « le ver irréfutable ». L'adjectif fait tout le travail — la mort n'est pas une image, c'est un argument auquel on ne répond pas. Le poème conduit ainsi sa propre pensée jusqu'au point où elle ne peut plus avancer.

  4. 04Repérer le rôle de Zénon

    L'apostrophe « Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d'Élée ! » convoque les paradoxes de la flèche et d'Achille : le mouvement démontré impossible par le raisonnement. Zénon est ici la figure d'une pensée si rigoureuse qu'elle paralyse. Le poème atteint son point de blocage non par tristesse, mais par excès de logique — et c'est ce déplacement qui rend le retournement possible.

  5. 05Analyser le retournement et le retour du premier vers

    La rupture est physique avant d'être argumentée : « Non, non !… Debout ! », un impératif adressé au corps, puis « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! ». Rien n'a été réfuté ; c'est le souffle qui reprend, et avec lui la succession. Le dernier vers reprend le premier — le « toit tranquille » revient, mais des focs y picorent : la même surface, rendue au mouvement. L'épigraphe empruntée à Pindare avait donné la consigne dès le seuil : ne pas aspirer à la vie immortelle, mais épuiser le champ du possible.

Résultat : Le poème ne consent pas à la vie malgré la mort, mais par le chemin même de la mort. Il donne d'abord à l'éternité immobile toute sa séduction, descend jusqu'à l'irréfutable, puis rencontre en Zénon une rigueur qui immobilise la pensée comme midi immobilisait la mer. Le retournement final n'est pas une réfutation : c'est un sursaut du corps et du souffle qui restitue la succession, confirmé par le retour transformé du premier vers. Ce que la lecture attentive rend visible, c'est que la finitude n'est pas ici l'ennemie du sens : elle est ce qui rend le temps possible, donc désirable — exactement le paradoxe que le programme demande de penser.

Objectif Bac

  • Interpréter un texte sur la mort en cherchant son MOUVEMENT plutôt que sa thèse. Chez Valéry, tout se joue dans le retournement du dernier tiers : repérer où un texte bascule vaut mieux qu'en résumer le contenu, et c'est précisément ce que la question d'interprétation évalue.
  • Problématiser en distinguant finitude et mortalité. La mort est un terme ; la finitude est une structure — naître sans l'avoir voulu, dépendre, ignorer, finir. Un sujet sur « accepter ses limites » se traite tout autrement selon qu'on parle de l'une ou de l'autre.
  • Citer un mythe pour ce qu'il FAIT penser, jamais pour le raconter. Prométhée noue le bienfait et la transgression ; Icare, la chute d'une mesure perdue. Deux lignes d'interprétation valent mieux que dix lignes de récit, et le récit sans interprétation est lourdement pénalisé.
  • Nuancer l'éloge de la finitude : dire qu'elle donne du prix au temps ne revient pas à bénir la souffrance ni à refuser la médecine. Marquez la différence entre accepter une condition et se résigner à un mal évitable, sous peine de paraître défendre l'inacceptable.
  • Argumenter par l'expérience de pensée dystopique, qui est le plus sûr instrument du thème : décrivez ce qu'une suppression enlève. Chez Huxley, retirer la perte retire aussi la valeur. La démonstration porte parce qu'elle est structurelle, non parce qu'elle est effrayante.

Erreurs fréquentes

  • Faire de la finitude un simple synonyme de la mort et conclure que la vaincre serait un bien sans réserve. Le programme parle d'un être fini qui « fait l'expérience de l'illimité » : c'est un paradoxe à déplier, pas un problème technique à résoudre par la biologie.
  • Raconter Prométhée, Icare ou Frankenstein en guise d'argument. Un récit résumé ne démontre rien. Nommez ce que la figure permet de penser — l'ambivalence du don technique, la perte de la mesure, la responsabilité du créateur — puis rapportez-la au texte ou au sujet.
  • Traiter Le Meilleur des mondes comme une prophétie sur notre époque. C'est une expérience de pensée : Huxley fait varier un paramètre (supprimer la douleur et l'attachement) et observe ce qui disparaît avec lui. Lue ainsi, l'œuvre argumente ; lue comme prédiction, elle ne fait que faire peur.
  • Confondre hybris et ambition. La démesure grecque n'est pas le fait de vouloir beaucoup, c'est celui de franchir la borne propre à sa condition. Un devoir qui condamne toute ambition rend la notion inutilisable et contredit la définition même de l'homme comme fabricant.
  • Terminer sur « il faut accepter ses limites » sans avoir dit lesquelles. Le thème sépare la limite subie, qu'il est légitime de reculer, et la limite constitutive, dont la disparition changerait la nature de l'existence. Une conclusion qui ne fait pas ce départ ne conclut rien.

§ 03

Révision active

Essai philosophique d'entraînement (à traiter sur le même texte que l'exercice corrigé) : « Une vie sans terme aurait-elle encore un prix ? » Vous commencerez par écarter la réponse sentimentale — la mort ne vaut pas par elle-même — pour examiner l'argument structurel : choisir suppose de renoncer, et renoncer suppose que le temps soit compté. Vous mettrez à l'épreuve cette thèse en cherchant ce qu'elle laisse de côté (une vie longue mais bornée, une durée indéfinie mais non garantie), et vous conclurez en distinguant ce qui, dans la finitude, est un mal que la médecine a raison de combattre et ce qui en est la condition même du sens.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Valéry, « Le Cimetière marin » (1920) — texte intégral avec l'épigraphe de Pindare (Œuvres, tome III, 1933) (Wikisource — bibliothèque libre) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de terminale générale — semestre 2, « L'Humanité en question », entrée « L'humain et ses limites » (avec la bibliographie indicative du thème) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

Vers le posthumain : enjeux éthiques contemporains#

~11 min de lecture●●●ApprofondissementBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question-§L'humain et ses limites

Points clés

Le programme pose la question de cette section en une phrase, et il la pose en termes de vie bonne, non de faisabilité : « Quelle sorte de bonheur et quelle durée de vie pour un homme entièrement “réparé”, voire “augmenté” ? » Les deux guillemets sont du texte officiel, et ils sont un avertissement : « réparé » et « augmenté » ne sont pas des mots neutres. La section demande donc moins ce que la technique pourra faire que ce que nous voudrons appeler une vie humaine désirable — le programme parle ailleurs, exactement, du « problème de la définition de l'humain et de la vie humaine désirable ».
Un seul fait scientifique suffit à ancrer la réflexion, à condition d'être exact. Depuis 2012, Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna disposent d'un outil d'édition du génome, les « ciseaux génétiques » CRISPR-Cas9, qui permet de couper une molécule d'ADN en un site déterminé à l'avance ; l'Académie royale des sciences de Suède leur a décerné pour cela le prix Nobel de chimie 2020, pour le développement d'une méthode d'édition du génome. Le communiqué du comité en note l'effet décisif : un travail jusque-là long, difficile et parfois impossible peut désormais se faire en quelques semaines. Tenez-vous-en à cela. Une fiche de philosophie n'a pas besoin d'une prophétie médicale, et une affirmation scientifique fausse y est indéfendable.
Deux distinctions font ensuite tout le travail. La première est biologique et nette (voir Fig. 6) : une modification somatique porte sur les cellules d'un individu et s'arrête à lui ; une modification germinale porte sur ce qui est transmis, et engage donc des personnes qui n'existent pas encore et ne peuvent consentir. La seconde est morale et beaucoup moins nette (voir Fig. 7) : entre soigner, prévenir, compléter, augmenter et refaire, aucun seuil naturel ne se laisse trouver. La philosophie contemporaine de l'amélioration le reconnaît volontiers : il n'existe pas de technique d'augmentation en soi, car le même geste compte comme soin ou comme augmentation selon l'usage qu'on en fait — renforcer une cheville pour réparer une blessure, ou pour gagner une course.

Deux gestes que tout sépare

Deux gestes que tout sépareArbre de probabilité, 2 chemins, Données: somatique : un individu, non transmis; germinale : transmise à la descendanceMODIFIER LE GÉNOMEsomatique : un individu, non transmisgerminale : transmise à la descendance
Fig. 6Voici en revanche une distinction parfaitement nette, et c'est sur elle que repose tout l'argument du consentement : ce qui s'arrête à une personne, et ce qui passe à ceux qui viendront.

Du soin à l'augmentation : un continuum sans seuil naturel

Du soin à l'augmentation : un continuum sans seuil naturelGraphe, Soigner → Prévenir, Prévenir → Compléter, Compléter → Augmenter, Augmenter → Refaire l'espèceSoignerPrévenirCompléterAugmenterRefaire l'espèce
Fig. 7Aucune coupure ne se laisse lire dans les techniques elles-mêmes : le même geste répare ou améliore selon l'usage. La flèche mise en valeur marque l'endroit où la visée change — rétablir une norme, ou la déplacer.
Fig. 6 ↓Fig. 7 ↓
Que la ligne soit floue ne signifie pourtant pas qu'elle soit fictive. C'est même l'erreur symétrique la plus fréquente : de ce qu'un partage n'a pas de frontière tracée, on conclut à tort qu'il n'y a rien à partager. Le soin se règle sur une norme qu'il rétablit ; l'augmentation déplace la norme elle-même, et rend du même coup obsolète celui qui ne suit pas. C'est pourquoi la question de justice n'est pas un supplément : si l'accès est inégal, l'augmentation ne fabrique pas seulement des gens plus performants, elle fabrique une échelle sur laquelle les autres deviennent déficients sans avoir changé.
Arendt avait vu le nerf politique de l'affaire dès 1958, dans le prologue de Condition de l'homme moderne. Ce qu'elle décrit n'est pas un projet médical mais une humeur : la révolte contre l'existence humaine telle qu'elle est donnée, ce cadeau venu de nulle part que l'on voudrait échanger contre un ouvrage de ses propres mains — les essais de création en éprouvette, le vœu de produire des êtres supérieurs, l'espoir de prolonger la vie bien au-delà de la limite jusqu'ici admise. Sa conclusion est la phrase à retenir : la seule question est de savoir si nous souhaitons employer en ce sens nos connaissances, et cela ne se décide pas par des méthodes scientifiques. C'est une question politique, qu'on ne peut abandonner ni aux professionnels de la science ni à ceux de la politique.
Jonas ajoute la dimension du temps, et Levinas celle d'autrui. Modifier ce qui se transmet, c'est agir sur des générations qui n'ont pas voix au chapitre, et sur un irréversible ; l'heuristique de la peur commande alors de veiller aux commencements, parce que c'est au premier pas que la liberté est encore entière. Levinas, dans Humanisme de l'autre homme (1972), fait porter la dignité non sur la performance mais sur la vulnérabilité même : le visage oblige parce qu'il est exposé. Ces deux appuis permettent de conclure sans se réfugier dans le refus : la question n'est pas « peut-on ? », elle n'est même pas « jusqu'où ? », elle est « que voulons-nous continuer d'appeler une vie humaine, et qui décide ? ».

Vocabulaire

→ Cartes
  • posthumainétat d'un être issu de l'humanité mais dont on aurait modifié les caractères tenus pour constitutifs ; le préfixe indique un après de l'humain, non un simple perfectionnement.
  • augmentationintervention qui ne rétablit pas une norme mais la déplace vers le haut ; elle se distingue du soin par sa visée, non par la technique employée, qui peut être la même.
  • modification germinaleintervention portant sur les cellules de la reproduction ou sur l'embryon, donc transmise à la descendance ; elle engage des personnes qui ne peuvent y consentir.
  • modification somatiqueintervention portant sur les cellules non reproductrices d'une personne déjà née ; ses effets s'arrêtent à elle et ne passent pas à ses enfants.
  • dignitévaleur qui s'attache à une personne indépendamment de ses performances et de son utilité ; elle entre en tension avec toute logique d'optimisation des capacités.
  • vulnérabilitéexposition d'un être qui peut être atteint et qui, pour Levinas, oblige autrui par cela même ; la supprimer ne rendrait pas seulement plus fort, cela retirerait un fondement à l'obligation.
Exemple corrigé

Essai philosophique — y a-t-il une différence de nature entre réparer et augmenter ?

Texte support (Hans Jonas, Le Principe responsabilité, 1979 ; œuvre sous droits, ici décrite et non reproduite). Jonas y observe que les développements déclenchés par l'agir technologique pour des buts à court terme tendent à se rendre autonomes : ils acquièrent une dynamique propre, deviennent irréversibles et débordent le vouloir de ceux qui agissent ; le premier pas relève de notre liberté, mais nous sommes esclaves du second et de tous ceux qui suivent. De là son insistance à veiller aux commencements et à accorder la priorité aux possibilités de malheur sérieusement fondées sur les espérances, même bien fondées. Deuxième partie — essai philosophique : y a-t-il une différence de nature entre réparer l'homme et l'augmenter ?

  1. 01Interroger le présupposé de la question

    La formule « différence de nature » suppose qu'on saurait dire ce qu'est la nature d'un acte médical. Or le même geste — renforcer un tendon, corriger un gène, prendre une molécule qui soutient l'attention — répare ici et améliore là. L'essai doit donc commencer par déplacer la question : la différence, si elle existe, n'est pas dans la technique mais dans la visée et dans la norme à laquelle elle se réfère.

  2. 02Poser le premier moment : la continuité est réelle

    On soutiendra d'abord qu'il n'y a qu'un continuum. Toute la médecine recule des limites subies, les lunettes comme la greffe, et l'on ne voit aucun point où le soin cesserait. La philosophie contemporaine de l'amélioration l'admet : il n'existe pas de technique d'augmentation en soi, seulement des usages. Refuser l'augmentation au nom d'une frontière naturelle revient alors à sacraliser un état de fait — la santé moyenne d'une époque — comme s'il était une norme.

  3. 03Retourner l'argument : une différence sans frontière reste une différence

    Mais de ce qu'on ne peut placer la ligne, il ne suit pas qu'il n'y ait rien à séparer. Le soin vise à rétablir une norme qu'il présuppose ; l'augmentation déplace la norme, et rend déficient celui qui n'a rien perdu. C'est là que la question de justice cesse d'être un supplément : l'inégalité d'accès ne produit pas seulement des avantages, elle produit une échelle nouvelle sur laquelle les autres reculent sans avoir bougé.

  4. 04Introduire le partage qui, lui, est net

    Une distinction résiste pourtant à toute objection de flou, et c'est elle qu'il faut mettre au centre : somatique ou germinale. Le premier geste s'arrête à celui qui l'a demandé ; le second passe à ceux qui viendront et n'ont pas été consultés. La différence n'est plus alors de degré mais de structure — l'un est une décision sur soi, l'autre une décision sur autrui.

  5. 05Faire entrer le texte : l'irréversible et le premier pas

    C'est ici que Jonas devient indispensable, et non décoratif. Son argument ne porte pas sur la gravité des conséquences mais sur leur autonomie : le premier pas est libre, les suivants ne le sont plus. Une modification transmissible relève exactement de cette description, puisque rien ne permet de la reprendre. Veiller aux commencements n'est donc pas de la timidité : c'est la seule prudence disponible quand la correction devient impossible.

  6. 06Conclure en déplaçant la question

    On ne conclura donc ni « il n'y a qu'un continuum, donc tout se vaut », ni « il y a deux natures d'actes, donc l'une est interdite ». On conclura que la différence est réelle mais qu'elle ne se lit pas dans les techniques : elle se lit dans la norme visée et dans la personne qui subit la décision. La vraie question n'est pas ce que nous pouvons, ni même jusqu'où nous irons, mais qui décide de ce que nous appellerons désormais une vie humaine désirable.

Résultat : Il n'existe pas de différence de nature entre réparer et augmenter si l'on cherche cette différence dans les techniques : le même moyen sert aux deux fins, et le continuum est réel. Il en existe une si l'on regarde la norme visée — rétablir un état, ou le déplacer — et surtout la personne engagée : une modification somatique est une décision sur soi, une modification germinale une décision sur ceux qui viendront. L'argument de Jonas sur l'irréversible et sur la liberté du seul premier pas donne à cette seconde distinction son poids moral. La question ne se règle donc pas dans les laboratoires : elle demande qu'on dise, et que l'on décide ensemble, ce qui doit rester d'humain dans une vie humaine.

Objectif Bac

  • Distinguer d'abord, plaider ensuite. Un essai sur l'augmentation qui n'a pas séparé somatique et germinale, ni soin et amélioration, ni égalité d'accès et égalité de résultat, argumentera dans le vide. La distinction est ici le premier acte de l'argumentation, pas son ornement.
  • Nuancer sur le flou du partage soin / augmentation : reconnaissez qu'aucune frontière nette ne se laisse tracer, puis montrez que l'absence de frontière n'abolit pas la différence. C'est la nuance qui sépare une copie informée d'une copie qui répète un slogan.
  • Citer exactement le peu de science que vous mobilisez. « CRISPR-Cas9, mis au point en 2012 par Charpentier et Doudna, prix Nobel de chimie 2020 pour une méthode d'édition du génome » se vérifie ; « on sait aujourd'hui corriger n'importe quelle maladie génétique » ne se vérifie pas et vous décrédibilise.
  • Problématiser à partir d'Arendt plutôt que du transhumanisme : le projet d'un homme futur y révèle une révolte contre l'existence telle qu'elle est donnée, et se décide politiquement, non scientifiquement. Ce déplacement fournit une problématique là où « pour ou contre le progrès » n'en fournit aucune.
  • Interroger le mot « augmenter » lui-même : augmenté selon quelle échelle, décidée par qui ? Les éléments d'évaluation des sujets officiels valorisent explicitement l'attention portée à la tournure du sujet et à ses présupposés ; un terme non interrogé est une occasion perdue dès l'introduction.

Erreurs fréquentes

  • Écrire que la modification génétique d'un individu se transmet à ses enfants. Une modification somatique s'arrête à l'individu traité ; seule une intervention sur la lignée germinale est transmissible. La confusion ruine l'argument sur le consentement des générations futures, qui repose entièrement sur cette différence.
  • Dater la découverte de CRISPR-Cas9 de la remise du prix Nobel. L'outil a été mis au point en 2012 ; le prix de chimie a été décerné en 2020. Une fiche qui superpose les deux dates fabrique une chronologie fausse là où la source officielle est publique et sans ambiguïté.
  • Conclure du flou de la frontière soin / augmentation qu'il n'y a pas de distinction. C'est le sophisme du tas de sable : l'absence de grain décisif n'empêche pas de distinguer un tas d'un grain. Montrez plutôt ce qui différencie rétablir une norme et déplacer la norme.
  • Traiter le posthumain comme de la prospective (« en 2100, les robots… »). L'épreuve évalue une pensée, pas une prédiction. Ancrez la réflexion dans des textes — Arendt, Jonas, Levinas, la dystopie — et dans des distinctions, jamais dans un futur invérifiable.
  • Faire d'Arendt une adversaire de la science. Elle ne conteste pas que nous soyons capables de cet échange ; elle soutient que la décision de l'accomplir n'est pas de nature scientifique et ne peut être laissée aux seuls savants — ni d'ailleurs aux seuls professionnels de la politique.

§ 04

Révision active

Exercice de confrontation (autre genre que l'exercice corrigé) : opposez en une page, terme à terme, l'argument de Hans Jonas — une puissance qui engage l'irréversible et des générations sans voix oblige à la prudence — et l'objection la plus forte qu'on puisse lui faire : refuser une intervention capable de supprimer une maladie héréditaire, c'est laisser souffrir des personnes réelles au nom de risques hypothétiques. Vous reconstruirez chaque position dans sa version la plus solide avant de la discuter, puis vous direz laquelle résiste le mieux lorsqu'on lui applique la distinction entre modification somatique et modification germinale.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Prix Nobel de chimie 2020, communiqué de presse du 7 octobre 2020 — Emmanuelle Charpentier et Jennifer A. Doudna, « for the development of a method for genome editing » (CRISPR-Cas9, 2012) (The Royal Swedish Academy of Sciences — NobelPrize.org) · « Enhancement in Sport and in Medicine » — état de la discussion philosophique sur le partage entre soin et augmentation (Stanford Encyclopedia of Philosophy)

§ 05
§ 05

Repères d'œuvres (période contemporaine, XXe-XXIe siècles) et méthode#

~12 min de lecture●●○StandardBOHLP-Tle-S2-L'Humanité en question

Points clés

Une mise au point avant tout repère : la liste d'œuvres du programme n'est pas un programme d'œuvres. Le texte officiel le dit deux fois, et il faut le savoir pour ne pas travailler à côté : « Cette bibliographie est fournie à titre d'illustration et ne prédétermine en aucun cas le choix des textes proposés dans le cadre des épreuves du baccalauréat », et les listes « fournissent des suggestions et n'ont aucun caractère prescriptif ». Vous n'avez donc rien à apprendre par cœur ; vous avez un horizon à vous constituer, et quelques œuvres à connaître assez bien pour en tirer un argument plutôt qu'un titre.
Le versant littéraire de la liste officielle, pour cette entrée, est plus riche qu'on ne le croit (voir Fig. 8). La poésie y tient sa place avec Valéry (« Le cimetière marin », 1920), Ponge (Le Parti pris des choses, 1942) et Bonnefoy (Les Planches courbes, 1988). Le roman de la catastrophe technique et de la nature qui se venge y figure avec Ramuz (La Grande Peur dans la montagne, 1926), Barjavel (Ravage, 1943 ; La Nuit des temps, 1968) et Saint-Exupéry (Terre des hommes, 1939). L'anticipation y est massivement représentée : Huxley (Le Meilleur des mondes, 1932), Orwell (1984, 1949), Vercors (Les Animaux dénaturés, 1952), Borges (Fictions, 1944), Asimov (Les Robots) et Dick (Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, 1968). S'y ajoutent Duras (Hiroshima mon amour, 1960), Koltès (Quai Ouest, 1985) et Murdoch (Le Chevalier vert, 1993).

Les repères contemporains du thème

Les repères contemporains du thèmeFrise chronologique de 1900 à 2020, 1920: Valéry, 1932: Huxley, 1944: Cassirer, 1952: Vercors, 1958: Arendt, 1968: Dick, 1979: Jonas, 2012: Serres1900année1920Valéry1932Huxley1944Cassirer1952Vercors1958Arendt1968Dick1979Jonas2012Serres
Fig. 8Huit jalons pris dans la bibliographie indicative du programme pour cette entrée. La période de référence est le XXe-XXIe siècle : l'axe reste ouvert à droite, et les mythes plus anciens n'y figurent pas — ils servent de termes de comparaison, non de corpus.
Fig. 8 ↓
Le versant philosophique de la même liste dessine, lui, quatre familles nettes. La technique et le milieu : Heidegger (La Question de la technique, 1954), Simondon (Du mode d'existence des objets techniques, 1958), Watsuji (Fûdo, le milieu humain, 1935). La raison qui se retourne contre elle-même : Adorno et Horkheimer (Dialectique de la raison, 1944). L'homme et sa définition : Cassirer (Essai sur l'homme, 1944), Lévi-Strauss (Tristes tropiques, 1955), Arendt (Condition de l'homme moderne, 1958), Levinas (Humanisme de l'autre homme, 1972), Maldiney (Penser l'homme et la folie, 1991). L'éthique de la nature et de l'avenir : Leopold (Almanach d'un comté des sables, 1949) et Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) ; Serres ferme la liste avec Petite Poucette (2012), sur la génération du numérique.
L'épreuve, maintenant, telle que la définition consolidée en vigueur depuis la session 2024 la décrit — et il faut la connaître exactement, car plusieurs idées fausses circulent. Quatre heures, coefficient 16. Le sujet est UN SEUL texte « relatif à l'un des thèmes du programme », suivi de deux questions : une « interprétation littéraire » ou « interprétation philosophique », puis un « essai littéraire » ou « essai philosophique ». Chacun de ces deux exercices « relève tantôt d'une approche philosophique, tantôt d'une approche littéraire, selon ce qu'indique explicitement l'intitulé du sujet » : l'appariement n'est pas figé, et les sessions le prouvent — en 2024 le jour 1 associait interprétation littéraire et essai philosophique, en 2025 le jour 1 associait interprétation philosophique et essai littéraire. Chaque question est notée sur 10, les deux développements sont « d'ampleur comparable », rédigés sur deux copies distinctes, corrigés séparément par un professeur de lettres et un professeur de philosophie. Ni calculatrice ni dictionnaire.
Deux erreurs héritées méritent d'être expressément écartées. Il n'existe plus de programme limitatif : la note de service du 26 septembre 2023 a substitué à l'ancienne restriction la règle que « l'épreuve porte sur le programme de l'enseignement de spécialité de la classe de terminale en vigueur », les notions de première restant mobilisables sans pouvoir constituer le ressort essentiel du sujet. Les six entrées de terminale sont donc évaluables — y compris celle-ci. Et aucun tirage au sort ne désigne un semestre : les deux semestres tombent chaque session, comme le montrent les sujets nationaux de 2024 et de 2025. Les documents antérieurs à septembre 2023, sujets zéro compris, impriment encore l'ancienne restriction : ne la recopiez pas.
La méthode, enfin, telle que les attendus officiels la formulent. Pour l'interprétation : « il ne s'agit pas d'une explication de texte exhaustive, mais d'une lecture centrée sur certains éléments parmi les plus significatifs » ; elle est « guidée par la question » et requiert « une attention à la lettre ainsi qu'à la langue du texte ». Aucun modèle rhétorique ne prévaut, et aucun nombre de parties n'est imposé. Pour l'essai : c'est « un exercice d'argumentation ordonnée à la fois plus bref et plus libre que la dissertation », dont « l'important est qu'il rende compte d'une pensée personnelle, progressive et ordonnée, appuyée sur des références et des exemples précis ». Le texte officiel ajoute l'avertissement décisif : « la mobilisation des savoirs ne doit pas être artificielle, l'exercice proposé n'étant nullement un prétexte à la simple restitution de connaissances ». Et le principe d'évaluation y est déclaré « essentiellement positif » : on cherche d'abord les qualités d'une copie.

Vocabulaire

→ Cartes
  • interprétation littéraire ou philosophiquepremière question de l'épreuve : un développement écrit exposant la compréhension et l'analyse d'un enjeu majeur du texte, guidé par la question posée et non une explication exhaustive.
  • essai littéraire ou philosophiqueseconde question de l'épreuve : une réponse étayée à une question soulevée par le texte, argumentation ordonnée plus brève et plus libre que la dissertation.
  • orientation disciplinairecaractère littéraire ou philosophique de chacun des deux exercices, annoncé explicitement par l'intitulé du sujet et variable d'une session à l'autre.
  • bibliographie indicativeliste d'œuvres jointe au programme à titre d'illustration ; elle n'a aucun caractère prescriptif et ne prédétermine pas les textes proposés à l'examen.
  • éléments d'évaluationdocument officiel qui accompagne un sujet et oriente la correction sans constituer un corrigé exhaustif ; il énonce les qualités attendues plutôt qu'une réponse obligatoire.
  • repèreœuvre, figure ou notion que l'on mobilise pour faire avancer un moment précis d'une réponse ; il vaut par l'usage argumentatif qu'on en fait, non par sa seule mention.
Exemple corrigé

Conduire les quatre heures : d'un seul texte à deux copies

Sujet d'entraînement, bâti au format réel de l'épreuve. Texte support : un essai philosophique contemporain qui décrit le milieu technique comme un ensemble de dispositifs devenus si continus qu'on ne les remarque plus, et soutient que l'homme y gagne des pouvoirs au prix de gestes qu'il ne sait plus accomplir seul. Première partie — interprétation philosophique : par une lecture attentive du texte et de son argumentation, expliquez en quel sens l'auteur peut dire que la technique nous rend à la fois plus puissants et moins capables. Deuxième partie — essai littéraire : les œuvres littéraires nous rendent-elles sensibles à ce que la technique nous fait perdre ? Établissez le plan de travail des quatre heures et l'attaque de chacune des deux questions.

  1. 01Lire l'intitulé avant le texte

    Trois informations sont dans les titres des parties, pas dans l'extrait. Ici l'interprétation est philosophique et l'essai littéraire — l'inverse de la session 2024 jour 1. Vous savez donc immédiatement que la première copie sera lue par un professeur de philosophie et la seconde par un professeur de lettres, et que la seconde attend des œuvres, pas des concepts seuls. Entourez ces deux mots avant toute chose.

  2. 02Consacrer la première demi-heure au texte, pas au brouillon

    Lisez l'extrait deux fois : une fois d'un trait pour son mouvement, une fois crayon en main pour ses articulations. Repérez les mots que l'auteur emploie de façon inhabituelle et l'endroit où l'argument bascule. Les deux questions portent sur le même texte : ce temps n'est pas partagé entre elles, il sert aux deux. Rien n'est plus coûteux qu'un plan bâti sur une lecture rapide.

  3. 03Attaquer l'interprétation par un relevé, non par une introduction

    La question demande en quel sens l'auteur peut dire deux choses apparemment contradictoires. Cherchez donc dans le texte les termes qui portent la puissance et ceux qui portent l'incapacité, et regardez comment ils sont reliés. Les attendus officiels demandent « une lecture centrée sur certains éléments parmi les plus significatifs » : trois appuis suffisent, à condition d'être cités et travaillés.

  4. 04Construire l'essai à partir des mots du sujet

    « Nous rendent-elles sensibles » ne demande pas si la littérature a raison, mais si elle nous fait éprouver quelque chose qu'un argument ne fait pas éprouver. Et « ce que la technique nous fait perdre » suppose qu'il y ait perte : ce présupposé se discute. Deux minutes sur ces deux expressions vous donnent l'introduction et la première inflexion du devoir.

  5. 05Répartir le temps et respecter les deux copies

    Les deux développements doivent être « d'ampleur comparable » et chacun compte pour 10 points : partagez donc le temps utile en deux blocs à peu près égaux, en gardant environ vingt minutes finales pour la relecture. Rédigez sur deux copies distinctes, avec la question clairement identifiée en tête de chacune : ce qui est écrit sur l'une ne sera pas lu par le correcteur de l'autre, et ne compensera rien.

  6. 06Relire pour la langue, qui est évaluée

    Les éléments d'évaluation publiés avec les sujets mentionnent explicitement la qualité de l'expression — correction orthographique et syntaxique, précision, justesse de la rédaction. Une relecture ciblée sur les accords, les temps et les citations vaut mieux qu'un paragraphe supplémentaire écrit dans les dernières minutes.

Résultat : Le plan de travail tient en cinq décisions. Lire d'abord l'intitulé, qui distribue les orientations disciplinaires et n'est jamais fixé d'avance ; consacrer une demi-heure au texte, commun aux deux questions ; attaquer l'interprétation par un relevé serré de trois appuis plutôt que par une introduction générale ; construire l'essai en interrogeant les mots du sujet et son présupposé ; partager le temps restant en deux blocs comparables, sur deux copies distinctes, avec une relecture finale consacrée à la langue. Aucune de ces décisions ne dépend du texte tombé ce jour-là : c'est ce qui les rend utilisables le jour de l'épreuve.

Objectif Bac

  • Citer l'intitulé avant de rédiger : c'est lui, et lui seul, qui dit laquelle des deux questions est littéraire et laquelle est philosophique. Un candidat qui suppose l'appariement au lieu de le lire risque de traiter en littéraire un essai philosophique, et de perdre l'orientation attendue par son correcteur.
  • Interpréter, non expliquer intégralement : les attendus officiels demandent « une lecture centrée sur certains éléments parmi les plus significatifs », guidée par la question. Choisissez trois ou quatre points d'appui dans le texte et travaillez-les, plutôt que de parcourir tout l'extrait à vitesse égale.
  • Problématiser l'essai en interrogeant les mots du sujet. Les éléments d'évaluation publiés valorisent l'attention à la tournure de l'énoncé : sa syntaxe, ses présupposés, la polysémie de ses termes. Deux minutes passées sur un verbe rapportent plus que dix lignes d'introduction générale.
  • Argumenter avec des repères précis plutôt qu'avec des noms. Le texte officiel demande une pensée « appuyée sur des références et des exemples précis » et interdit la mobilisation « artificielle » des savoirs : un repère qui ne fait pas avancer un moment de votre réponse n'a rien à y faire.
  • Distinguer l'essai de la dissertation : les attendus le disent « plus bref et plus libre », et exigent une « pensée personnelle, progressive et ordonnée ». Le plan en trois parties n'est ni requis ni interdit ; ce qui est requis, c'est que la progression soit celle d'une pensée qui avance.

Erreurs fréquentes

  • Répéter qu'un programme limitatif fixerait les entrées évaluables. La note de service du 26 septembre 2023 l'a remplacé : l'épreuve porte sur le programme de terminale en vigueur. Cette entrée est donc pleinement évaluable, et une fiche ou un sujet zéro qui affirme le contraire date d'avant 2023.
  • Croire qu'un tirage au sort désignerait le semestre de la session. Les sujets nationaux le démentent : en 2025, le jour 1 portait sur un texte du semestre 1 et le jour 2 sur un texte du semestre 2. Réviser un seul semestre est le pari le plus coûteux qu'un candidat puisse faire.
  • Attendre deux textes, ou compter chaque question sur 20. Le sujet donne un seul texte, chaque question est notée sur 10, et leur somme fait la note globale. Une copie qui répartit son temps sur une arithmétique fausse se déséquilibre dès la première heure.
  • Tout rédiger sur une seule copie. Les deux développements sont « présentés sur deux copies distinctes avec les questions clairement identifiées » et corrigés par deux professeurs différents : votre interprétation ne sera pas lue par celui qui note l'essai, et rien de ce qui est écrit dans l'une ne compensera l'autre.
  • Traiter l'essai comme un dépôt de connaissances sur le thème. Le texte officiel prévient que l'exercice n'est « nullement un prétexte à la simple restitution de connaissances ». Une copie qui déroule le cours sans répondre à la question posée est complète et hors sujet à la fois.

§ 05

Révision active

Exercice de rédaction contrainte, à faire trois fois avec trois sujets différents du thème (par exemple : « Faut-il tout ce que l'on peut ? », « La nature a-t-elle des droits ? », « Une machine peut-elle nous manquer ? »). Pour chacun, n'écrivez rien d'autre que six phrases : les deux phrases d'ouverture de chacun de vos trois moments. La première phrase pose ce que le moment soutient ; la seconde nomme le repère qui le prouve. Interdisez-vous les transitions rédigées et les exemples développés. L'exercice sert à vérifier une seule chose : que vos moments avancent vraiment, c'est-à-dire que la thèse du deuxième ne pourrait pas être écrite avant celle du premier.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Humanités, littérature et philosophie — Attendus des épreuves, éléments d'évaluation (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol) · Définition consolidée de l'épreuve terminale de spécialité HLP, en vigueur à compter de la session 2024 (note de service du 11-2-2020, modifiée le 26-9-2023) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Définir l'humain : nature humaine et frontières○
    • 02La technique et le franchissement des limites◐
    • 03Finitude, démesure et hybris●
    • 04Vers le posthumain : enjeux éthiques contemporains●
    • 05Repères d'œuvres (période contemporaine, XXe-XXIe siècles) et méthode◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

L'humain et ses limites

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~58
min
5
Compétences
50
questions
S'entraîner
Planifier une révision

Références et sources

Sources

Wikisource — bibliothèque libre

  • Descartes, Discours de la méthode (1637), cinquième partie — la différence entre les hommes et les bêtes (texte intégral, édition Victor Cousin)
  • Descartes, Discours de la méthode (1637), sixième partie — « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » (texte intégral, édition Victor Cousin)
  • Bergson, L'Évolution créatrice (1907), chapitre II — l'intelligence, homo faber et « les outils à faire des outils » (texte intégral)
  • Valéry, « Le Cimetière marin » (1920) — texte intégral avec l'épigraphe de Pindare (Œuvres, tome III, 1933)

Stanford Encyclopedia of Philosophy

  • « The Turing Test » — présentation critique du jeu d'imitation et de l'article de Turing (1950)
  • « Enhancement in Sport and in Medicine » — état de la discussion philosophique sur le partage entre soin et augmentation

Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol

  • Programme d'humanités, littérature et philosophie de terminale générale — semestre 2, « L'Humanité en question », entrée « L'humain et ses limites » (avec la bibliographie indicative du thème)
  • Humanités, littérature et philosophie — Attendus des épreuves, éléments d'évaluation
  • Définition consolidée de l'épreuve terminale de spécialité HLP, en vigueur à compter de la session 2024 (note de service du 11-2-2020, modifiée le 26-9-2023)

The Royal Swedish Academy of Sciences — NobelPrize.org

  • Prix Nobel de chimie 2020, communiqué de presse du 7 octobre 2020 — Emmanuelle Charpentier et Jennifer A. Doudna, « for the development of a method for genome editing » (CRISPR-Cas9, 2012)

Voir aussi

  • Histoire et violenceLe chapitre voisin : les limites franchies par la violence, avant celles franchies par la technique.
  • Les métamorphoses du moiCe que devient l'identité personnelle quand le corps et la mémoire deviennent modifiables.
  • Les représentations du mondeLa frontière entre l'homme et l'animal, posée en première, revient ici sous une autre forme.

Chapitre précédent

Histoire et violence

EuraStudy·Fiches T·08·MMXXVI

Dernier chapitre de cette matière — retour à la vue d’ensemble de la matière.