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Fiches/HLP — Humanités, littérature et philosophie/Les métamorphoses du moi
FR · Bac

Les métamorphoses du moi

Entrée « Les métamorphoses du moi », troisième chapitre de l'objet d'étude « La recherche de soi » (terminale, semestre 1), sur la période de référence du romantisme au XXe siècle. Le programme n'y définit pas le moi : il l'interroge. Que désigne ce mot ? Le moi a-t-il une réalité nette et stable ? Qui le connaît le mieux, et quelle part revient, dans sa définition, à la société et au regard des autres ? Le thème suit ces questions à travers les formes de l'écriture de soi, les figures de la subjectivité qui coexistent dans la culture du « long XIXe siècle » (1789-1914), puis les déchirements de l'individualité moderne et la diffusion de la psychanalyse. À l'écrit, il peut nourrir aussi bien une interprétation qu'un essai, et l'orientation littéraire ou philosophique de chacun des deux exercices est annoncée par l'intitulé du sujet : elle n'est jamais fixée d'avance.

5 sections·~53 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0555 / 8
Profil d’examen
Interroger l'identité personnelle : distinguer identité numérique et identité qualitative, et savoir ce que chacune permet de dire de la permanence d'une personne.Analyser les formes de l'écriture de soi (autobiographie, mémoires, journal, autoportrait, confession) et l'enjeu de sincérité que porte le pacte autobiographique.Repérer et interpréter les figures de la métamorphose du moi : crise, masque, double, dépersonnalisation, déplacement du moi par l'inconscient.Confronter les réponses philosophiques à la question de l'unité du moi — substance, mémoire, faisceau, durée, récit — et les faire dialoguer avec des œuvres littéraires.Construire une interprétation ancrée dans le texte et un essai problématisé, en mettant les connaissances au service de la question posée plutôt qu'en les récitant.
Opérateurs :interpréter un texteproblématiserdistinguerconfronterciteranalyserargumenternuancer

niveau de base

Tenez d'abord le problème : tout change en moi, et pourtant je continue de dire « je ». Sachez distinguer identité numérique et identité qualitative, nommer les formes de l'écriture de soi, et illustrer chaque figure de la métamorphose par un texte précis (Rousseau, Musset, Maupassant, Stevenson, Kafka).

niveau approfondi

Pour viser l'excellence, maîtrisez la chaîne des réponses philosophiques — le moi-substance, la mémoire de Locke et l'objection de Reid, le faisceau de Hume, la durée de Bergson, l'identité narrative et le couple idem / ipse de Ricœur — et servez-vous-en pour interpréter les fictions du thème au lieu de les juxtaposer. Le Grand oral tire beaucoup de cette entrée.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Les métamorphoses du moi
    • 01Que désigne le mot « moi » ? Unité, identité, mémoire○
    • 02Écrire le moi : les formes de l'écriture de soi◐
    • 03Les figures de la métamorphose : crise, masque, double, dépersonnalisation●
    • 04Permanence et transformation : le moi, substance ou processus ?●
    • 05Repères d'œuvres du moi (1782-1943) et méthode de l'épreuve◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Que désigne le mot « moi » ? Unité, identité, mémoire#

~11 min de lecture●○○BaseBOHLP-Tle-S1-La recherche de soi-§Les métamorphoses du moi

Points clés

Le programme n'ouvre pas cette entrée par une définition mais par une rafale de questions : que désigne-t-on précisément par ce mot, « moi » ? Ce qu'on appelle communément le moi a-t-il une réalité nette et stable ? Comment caractériser son unité et son identité ? Le moi n'est donc pas le point de départ assuré du cours : il en est l'objet problématique. Cette section installe l'outillage qui permet de tenir la question — le mot lui-même, la distinction des identités, la conscience, la mémoire, le regard d'autrui.
Commencez par le mot, car il est plus étrange qu'il n'en a l'air. « Moi » est d'abord un pronom ; en faire un nom — « le moi » — est un geste que la langue philosophique française accomplit à l'âge classique, et Pascal l'emploie dans la formule fameuse des Pensées : « Le moi est haïssable. » Substantiver le pronom, c'est déjà supposer qu'il y a quelque chose à connaître derrière celui qui parle : une réalité, et pas seulement une position dans le discours. Toute la difficulté du thème loge dans ce glissement. Quand un sujet demande ce qu'est le moi, il demande en réalité si ce nom désigne une chose, un rôle, un flux ou une fiction commode.
Deux sens de « le même » doivent être tenus séparés, faute de quoi l'essai tourne à vide. L'identité numérique est le fait d'être un seul et même être à travers le temps : l'enfant de la photographie et l'adulte qui la regarde sont une personne, non deux. L'identité qualitative est la ressemblance, le fait d'avoir les mêmes propriétés. Dire « je ne suis plus le même » signifie donc soit une rupture d'être, très forte et très rare, soit un simple changement de qualités, parfaitement banal. Éduscol recommande, dans le sujet zéro commenté qu'il consacre à cette entrée, un couple plus fin encore, emprunté à Paul Ricœur (Soi-même comme un autre, 1990) : l'identité-idem, celle de ce qui persiste inchangé à travers le temps, et l'identité-ipse, celle de celui qui ne se maintient qu'à la manière d'une promesse tenue. L'ipséité n'est pas une permanence subie : c'est une constance tenue.
La conscience de soi est le premier candidat au titre de fondement. Descartes, au cœur du doute, trouve une certitude qui résiste : je pense, donc je suis. Mais lisez précisément ce qu'elle donne. Elle assure qu'il y a un sujet pensant tant que je pense ; elle n'assure pas que ce sujet soit le même qu'hier, ni qu'il soit une substance simple qui dure. Le cogito est une certitude d'instant. La question de la permanence reste entière après lui — et c'est exactement pour cela qu'elle devient, au siècle suivant, un problème philosophique à part entière, sous le nom d'identité personnelle.
Locke déplace le critère, de la substance vers la conscience continuée. Dans le chapitre de l'Essai sur l'entendement humain consacré à l'identité et à la diversité, il soutient qu'une personne est la même que celle dont elle peut se ressouvenir : ce n'est ni la matière du corps ni une âme substantielle qui fait l'unité, c'est le fil de la conscience qui rattache l'état présent à des états passés. La conséquence est considérable : l'identité devient une affaire de relation, non de chose. Elle en devient discutable, argumentable — et fragile, puisque la mémoire est lacunaire, sélective, et qu'elle reconstruit autant qu'elle conserve.
Le programme pose enfin deux questions que les copies oublient de traiter : qui connaît le mieux le moi, et quelle part accorder, dans sa définition, à la société et au regard des autres ? L'introspection a un privilège réel — elle seule atteint le mobile, l'intention, la nuance d'un sentiment — mais elle est juge et partie. Le regard d'autrui en a un autre : il voit la constance d'une démarche, d'un visage, d'une manière de s'asseoir, que le sujet ne se voit jamais faire. Alain, dans le texte retenu par Éduscol pour son sujet zéro sur cette entrée, décrit précisément ces signes constants que l'individu ne cesse de lancer et que les autres ne cessent d'observer et de reconnaître : la permanence d'une personne y est d'abord lue par les autres, sur sa forme visible. Aucune des deux voies ne suffit, et l'épreuve porte volontiers sur leur zone de recouvrement (voir Fig. 1).

Qui connaît le mieux le moi ?

Qui connaît le mieux le moi ?Diagramme de Venn avec 2 ensembles, Ce que je sais de moi, Ce qu'autrui observeCe que je sais de moiCe qu'autrui observele mobilela constanceles actes
Fig. 1Le programme demande quelle part revient, dans la définition du moi, à la société et au regard des autres. Le mobile d'une action, je suis seul à l'atteindre ; la constance d'une démarche ou d'un visage, seuls les autres la voient ; les actes sont ce que les deux voies décrivent — sans jamais coïncider.
Fig. 1 ↓
Il faut enfin accepter que la connaissance de soi puisse échouer. Le programme cite pour cela une phrase très ancienne, tirée des Confessions de saint Augustin : « Je suis devenu pour moi-même une énigme. » Elle dit que le moi n'est pas transparent à lui-même, que se chercher n'est pas ouvrir un tiroir mais mener une enquête dont l'objet se dérobe. Ce fil court jusqu'au XXe siècle, où la psychanalyse fera de l'opacité du moi une thèse, et non plus un aveu.

Vocabulaire

→ Cartes
  • le moiLe pronom « moi » pris comme nom : ce que chacun désigne comme sa propre réalité intérieure. Substantiver le pronom suppose déjà qu'il y ait là une chose à connaître.
  • identité numériqueLe fait d'être un seul et même être à travers le temps, malgré tous les changements : l'enfant et l'adulte sont une personne, non deux.
  • identité qualitativeLa ressemblance : le fait d'avoir les mêmes propriétés. Deux exemplaires d'un même livre sont qualitativement identiques sans être le même objet.
  • ipséitéChez Ricœur, l'identité-ipse : non pas ce qui demeure inchangé, mais la constance de celui qui se maintient à la manière d'une promesse tenue.
  • conscience de soiL'expérience par laquelle un sujet se saisit comme celui qui pense, sent et agit. Elle donne une certitude d'instant, non une garantie de permanence.
Exemple corrigé

Interprétation philosophique — la connaissance de soi comme énigme

Sujet d'entraînement au format de l'épreuve. Le texte est un extrait des Confessions de saint Augustin : l'auteur parcourt les vastes salles de sa mémoire pour y trouver ce qu'il est, n'y parvient pas, et conclut : « Je suis devenu pour moi-même une énigme. » Question d'interprétation philosophique : comment ce texte fait-il de la connaissance de soi un problème, et non un point de départ ?

  1. 01Suivre le mouvement du texte

    Le texte n'expose pas une thèse, il conduit une recherche : il entre dans la mémoire, l'explore, et la conclusion arrive comme un constat d'échec. Ce mouvement est le premier fait à relever, parce qu'il commande le sens : l'énigme n'est pas posée au départ, elle est obtenue au terme d'une enquête menée sérieusement. Un texte qui échoue après avoir cherché dit autre chose qu'un texte qui déclare d'emblée le moi inconnaissable.

  2. 02Nommer le paradoxe

    Celui qui cherche et ce qu'il cherche sont le même. Dans toute autre enquête, le sujet se tient hors de son objet et peut en faire le tour ; ici, il en est fait. De là le mot « énigme » : il ne s'agit pas d'une ignorance ordinaire, qu'un renseignement lèverait, mais d'une opacité de principe, liée à la position même de celui qui interroge.

  3. 03Interroger l'instrument de la recherche

    Le texte cherche dans la mémoire, ce qui est significatif : si le moi était le contenu de sa mémoire, il suffirait de la parcourir pour se trouver. Or la parcourir ne le livre pas. Elle contient des images, des affects, des savoirs — mais celui qui les parcourt n'y figure pas comme un objet parmi les autres. L'instrument de la recherche est aussi ce qui la fait échouer, et c'est un enjeu majeur du texte.

  4. 04Mesurer la portée de l'aveu

    L'énigme n'est pas une modestie d'écrivain. Elle retire à l'introspection le privilège qu'on lui prête et rend légitimes toutes les positions modernes du thème : le moi opaque à lui-même que décrira la psychanalyse, le moi qui n'est qu'une succession chez Hume, le moi qui se construit en se racontant. Voilà pourquoi le programme cite cette phrase ancienne au seuil d'une entrée consacrée aux XIXe et XXe siècles.

  5. 05Formuler la réponse

    On peut alors répondre à la question posée sans paraphraser : le texte transforme la connaissance de soi en problème parce qu'il montre que l'instance qui connaît et l'objet à connaître ne se séparent pas, et que le meilleur instrument disponible — la mémoire — rend tout sauf celui qui s'en sert.

Résultat : Le texte fait de la connaissance de soi un problème en menant la recherche jusqu'à son échec : parce que le chercheur est aussi le cherché, et parce que la mémoire livre des contenus mais non celui qui les parcourt, le moi cesse d'être une donnée immédiate pour devenir une énigme. L'intérêt de cette conclusion est qu'elle ouvre le thème au lieu de le fermer : si le moi n'est pas transparent, il faut chercher son unité ailleurs que dans une intuition directe — dans la mémoire relatée, dans le regard d'autrui, ou dans le récit qu'on en fait.

Objectif Bac

  • Interpréter : devant un texte sur le moi, la première question n'est jamais « de quoi parle-t-il ? » mais « quelle conception du moi engage-t-il ? » — moi-substance, moi tissé par la mémoire, moi lu par autrui. Nommer cette conception, c'est déjà tenir un enjeu majeur du texte.
  • Distinguer : entraînez-vous à traduire toute occurrence de « le même » en identité numérique ou en identité qualitative, et, quand le texte s'y prête, en idem ou en ipse. Cette traduction produit à elle seule une problématique.
  • Citer : une citation utile est courte et travaillée. Reprenez trois ou quatre mots du texte, puis expliquez ce que ces mots précis engagent. Une citation de cinq lignes laissée sans commentaire ne vaut rien.
  • Problématiser : l'essai ne demande pas ce que vous savez du moi, il demande une réponse étayée à une question. Formulez d'abord la tension — tout change en moi, et pourtant je dis « je » — avant d'avancer la moindre thèse.
  • Nuancer : ne concluez ni à un moi parfaitement stable ni à un moi introuvable. Les deux positions appartiennent au thème ; la copie forte est celle qui montre à quelle condition chacune vaut.

Erreurs fréquentes

  • Prendre l'identité pour une évidence et écrire « je suis moi, c'est tout ». Le thème commence là où cette phrase s'arrête. Forme correcte : poser la tension — tout change en moi, et pourtant je continue de dire « je » — avant toute réponse.
  • Confondre les deux identités : écrire « après cette épreuve, il n'était plus la même personne » comme si l'identité numérique était rompue. Elle ne l'est pas : il s'agit d'un changement qualitatif. Réservez le vocabulaire de la rupture d'être aux cas où le texte l'impose, et dites lequel des deux sens vous employez.
  • Attribuer à Descartes la thèse de Locke. Le cogito établit la certitude d'un sujet pensant au moment où il pense ; il n'établit pas que ce sujet dure identique à lui-même. C'est Locke qui fonde la permanence sur la continuité de la conscience. Mélanger les deux fait perdre le fil historique du problème.
  • Traiter la mémoire comme une preuve de l'identité sans en voir l'objection. Si je suis celui dont je me souviens, ce que j'ai oublié cesse d'être à moi. Thomas Reid l'a objecté à Locke dès 1785 : l'officier se souvient de l'enfant qu'il a été, le vieux général se souvient de l'officier mais plus de l'enfant — par la mémoire seule, il serait donc à la fois le même et un autre. Citez l'objection au lieu de l'ignorer.
  • Réciter la leçon au lieu de servir la question. Les éléments d'évaluation du sujet zéro d'Éduscol sur cette entrée le disent nettement : on n'attend pas de l'essai la récitation des connaissances acquises dans les deux cours de la spécialité, mais qu'elles soient mises au service du problème posé. Un paragraphe qui aligne Descartes, Locke et Hume sans les faire travailler sur la question ne rapporte aucun point.

§ 01

Révision active

Confrontez deux façons de fonder le moi : sur la conscience actuelle (Descartes) et sur la continuité de la mémoire (Locke). Rédigez le paragraphe de confrontation en montrant à quelle question la seconde répond, que la première ne posait pas — puis indiquez en deux phrases ce que l'objection de Reid coûte à Locke.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d'humanités, littérature et philosophie de terminale générale (semestre 1, « La recherche de soi », entrée « Les métamorphoses du moi ») + bibliographie indicative (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Sujet zéro commenté n° 1 — HLP terminale : texte d'Alain, « Les Idées et les âges », interprétation philosophique et essai littéraire, avec les éléments d'évaluation (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Personal Identity (encyclopédie de référence en anglais : identité numérique, critère psychologique de Locke, objection de Reid, thèse humienne du faisceau) (Stanford Encyclopedia of Philosophy)

§ 02
§ 02

Écrire le moi : les formes de l'écriture de soi#

~9 min de lecture●●○StandardBOHLP-Tle-S1-La recherche de soi-§Les métamorphoses du moi

Points clés

À la question du programme — qui connaît le mieux le moi, et comment le décrire ? — la littérature répond par une famille de formes où l'auteur se prend lui-même pour objet. Mais ces formes ne se contentent pas de décrire un moi déjà là : en le mettant en phrases, elles le composent. Écrire le moi est une opération, non un miroir — ce qui fait de l'écriture de soi la première des métamorphoses du moi.
Il faut savoir nommer les formes et ce qui les distingue (voir Fig. 2). L'autobiographie est le récit rétrospectif qu'une personne réelle fait de sa propre vie, avec l'accent sur son histoire individuelle. Les mémoires racontent aussi une vie, mais tournée vers les événements et le siècle : le moi y sert souvent de poste d'observation. Le journal s'écrit au jour le jour, sans connaître la fin de l'histoire qu'il tient. L'autoportrait peint ce que l'auteur est plutôt que ce qui lui est arrivé. La confession, enfin, ajoute une visée d'aveu : elle doit la vérité, y compris défavorable. Ces étiquettes ne sont pas décoratives : un texte se lit autrement selon le contrat qu'il passe avec son lecteur.

Les formes de l'écriture de soi

Les formes de l'écriture de soiArbre de probabilité, 5 chemins, Données: Autobiographie : récit rétrospectif; Mémoires : le moi dans l'histoire; Journal : au jour le jour, sans fin; Autoportrait : ce que je suis; Confession : l'aveu, la vérité dueÉcrire le moiAutobiographie : récit rétrospectifMémoires : le moi dans l'histoireJournal : au jour le jour, sans finAutoportrait : ce que je suisConfession : l'aveu, la vérité due
Fig. 2Toutes ces formes prennent le moi pour objet ; une seule refuse de l'unifier après coup. Le journal, écrit au jour le jour, ignore la fin de l'histoire qu'il raconte : c'est la branche mise en valeur.
Fig. 2 ↓
Le pacte autobiographique est l'outil critique le plus rentable de la section. Forgée par Philippe Lejeune (Le Pacte autobiographique, 1975), la notion tient en deux clauses : l'auteur, le narrateur et le personnage sont une seule et même personne, et l'auteur s'engage à dire vrai sur lui-même. C'est ce double engagement, et non la présence du pronom « je », qui sépare l'autobiographie du roman écrit à la première personne. Un récit peut être entièrement autobiographique dans sa matière et rester un roman parce qu'il refuse ce pacte.
La sincérité est le grand enjeu — et sa mise à l'épreuve, le grand sujet. Rousseau ouvre Les Confessions par une promesse sans précédent : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme, ce sera moi. » Encore faut-il mesurer ce qui s'y oppose. La mémoire est lacunaire et reconstruit ; l'amour-propre incline à se justifier, souvent à l'insu de celui qui écrit ; la langue elle-même sélectionne, ordonne et dramatise ; et l'adulte qui raconte prête à l'enfant qu'il fut des intentions que celui-ci n'avait pas. La sincérité est donc une visée, jamais un résultat garanti — ce qui ne l'annule pas : un texte peut être sincère dans son effort sans être exact dans son contenu.
Le journal mérite un traitement à part, parce qu'il refuse ce que l'autobiographie accomplit. Écrivant au jour le jour, il ignore la fin ; il ne peut donc pas donner à la vie la forme close d'une destinée. On y voit le moi non pas récapitulé mais en train de se faire et de se défaire. Baudelaire ouvre Mon cœur mis à nu par une formule qui résume le thème entier : « De la vaporisation et de la centralisation du moi. Tout est là. » Le moi s'y disperse et s'y rassemble tour à tour, et le fragment, forme brisée, est exactement la forme de cette oscillation. Rousseau, dans Les Rêveries du promeneur solitaire, avait fait de la promenade un dispositif comparable : une pensée qui suit son cours au lieu de conclure.
Le programme donne à cette entrée une bibliographie où l'écriture de soi domine : Rousseau (Confessions, Rêveries), Stendhal (Souvenirs d'égotisme, Vie de Henry Brulard), Chateaubriand avec la « Récapitulation de ma vie » des Mémoires d'outre-tombe, Baudelaire (Fusées, Mon cœur mis à nu), Thérèse de Lisieux (Histoire d'une âme), Leiris (L'Âge d'homme) et Pessoa (Le Livre de l'intranquillité). Retenez-en peu, mais sûrement : deux textes travaillés valent mieux que dix titres cités. Et rappelez-vous ce que les éléments d'évaluation du sujet zéro disent de ce corpus : la littérature y apparaît comme un laboratoire des identités — un lieu où l'on essaie des moi, non un registre où on les enregistre.

Vocabulaire

→ Cartes
  • pacte autobiographiqueContrat de lecture décrit par Philippe Lejeune : l'auteur, le narrateur et le personnage sont une même personne, et l'auteur s'engage à dire vrai sur lui-même.
  • autobiographieRécit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, en mettant l'accent sur son histoire individuelle.
  • mémoiresRécit d'une vie tourné vers les événements et l'époque traversés : le moi y sert de témoin et de poste d'observation autant que de sujet.
  • journal intimeÉcriture datée, au jour le jour, qui ignore la fin de l'histoire qu'elle tient : elle suit le moi dans sa durée au lieu de le récapituler.
  • sincéritéVisée de vérité sur soi, distincte de l'exactitude : on peut être sincère dans son effort et se tromper, parce que la mémoire, l'amour-propre et la langue déforment.
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Exemple corrigé

Interprétation littéraire — un fragment de Baudelaire sur le moi

Sujet d'entraînement au format de l'épreuve. Le texte est le fragment qui ouvre Mon cœur mis à nu, journal intime de Charles Baudelaire publié après sa mort : « De la vaporisation et de la centralisation du moi. Tout est là. » Le fragment se poursuit par une note où l'auteur déclare vouloir commencer son livre n'importe où, n'importe comment, et le continuer au jour le jour selon l'inspiration du moment. Question d'interprétation littéraire : en quoi la forme adoptée par Baudelaire sert-elle ce qu'il dit du moi ?

  1. 01Lire la phrase de près

    Deux mots seulement, et ils s'opposent terme à terme. La vaporisation dit une dispersion, un moi qui se répand et perd ses contours ; la centralisation dit un rassemblement autour d'un point. Aucun verbe ne les relie, aucune subordination ne hiérarchise : les deux mouvements sont posés côte à côte, comme simultanés. La phrase ne décrit donc pas deux états successifs du moi, mais son double régime permanent.

  2. 02Peser la formule de clôture

    « Tout est là » sonne comme une conclusion, alors que rien n'a été démontré. C'est un effet de fragment : l'auteur donne le résultat d'une pensée dont il garde le trajet pour lui. Le lecteur reçoit une formule dense, presque un mot d'ordre, et doit la déplier lui-même. La brièveté n'est pas de la paresse : elle transfère le travail au lecteur, ce qui est un choix de forme.

  3. 03Relier la forme au propos

    Le fragment est une forme dispersée, sans plan ni clôture, et le projet annoncé — commencer n'importe où, continuer au jour le jour — renonce d'avance à toute composition d'ensemble. Cette forme est donc la vaporisation même, mise en pratique. Mais chaque fragment, pris à part, est ramassé, aphoristique, tenu par une formule : c'est la centralisation. Le livre fait ce qu'il dit, à ses deux échelles.

  4. 04Situer le geste dans le genre

    Un tel texte se distingue nettement de l'autobiographie, qui suppose une vie achevée et racontée depuis sa fin. Ici, aucun récit, aucune rétrospection, aucun ordre : le journal saisit le moi dans son régime present. Le titre le confirme, avec sa violence chirurgicale — mettre son cœur à nu, c'est promettre l'exposition, non la mise en ordre.

  5. 05Formuler la réponse

    On répond alors à la question sans paraphrase : la forme n'illustre pas le propos, elle le réalise. Il faudrait ajouter, pour être juste, que la promesse d'exposition et le refus de composer sont en tension — se mettre à nu suppose qu'il y ait quelque chose à découvrir, quand la forme du fragment suggère qu'il n'y a peut-être rien de fixe à exposer.

Résultat : La forme sert le propos parce qu'elle l'accomplit : écrire par fragments, au jour le jour et sans plan, c'est pratiquer la vaporisation du moi, tandis que la densité aphoristique de chaque fragment en pratique la centralisation. Le texte ne décrit donc pas un moi depuis l'extérieur, il en produit l'oscillation sous les yeux du lecteur — ce qui explique pourquoi le journal, dans ce thème, dit du moi ce qu'aucun récit rétrospectif ne peut dire.

Objectif Bac

  • Analyser : devant un texte, identifiez d'abord la forme (rétrospection ? datation au jour le jour ? aveu ?), car elle commande la lecture. Un même souvenir n'a pas le même statut dans une autobiographie et dans un journal.
  • Interpréter : traitez la sincérité comme une question, pas comme une donnée. Demandez ce que le texte fait pour se rendre croyable — aveu défavorable, détail vérifiable, refus de l'embellissement — et ce que ces procédés coûtent.
  • Distinguer : sachez séparer en trois lignes l'autobiographie du roman à la première personne, par le pacte et non par le pronom. C'est une question de cours qui tombe sous mille formes.
  • Citer : dans une interprétation, ancrez chaque affirmation sur un mot du texte. Sur un fragment bref, allez jusqu'à commenter la ponctuation et la coupe : c'est là que se lit la forme du moi.
  • Argumenter : dans l'essai, tenez les deux bouts — l'écriture de soi vise la vérité et la manque en partie. Une copie qui ne retient qu'un des deux bouts paraît naïve ou cynique, et perd la nuance attendue.

Erreurs fréquentes

  • Lire l'écriture de soi comme un document transparent : « puisqu'il raconte sa vie, c'est vrai ». Forme correcte : montrer que le texte VISE la vérité tout en la construisant, et analyser les procédés par lesquels il cherche à se rendre croyable.
  • Confondre autobiographie et roman à la première personne parce que les deux disent « je ». Ce n'est pas le pronom qui décide, c'est le pacte : identité de l'auteur, du narrateur et du personnage, et engagement de vérité.
  • Traiter un journal comme une autobiographie et lui reprocher de manquer d'unité. Le journal ne connaît pas la fin de son histoire : son absence de clôture est sa définition, pas son défaut, et c'est justement ce qui en fait un observatoire du moi changeant.
  • Attribuer le pacte autobiographique à Rousseau. Rousseau en donne l'exemple le plus célèbre ; la notion, elle, est forgée par le critique Philippe Lejeune en 1975. Confondre l'œuvre et l'outil critique qui la décrit est une faute d'attribution coûteuse.
  • Raconter la vie de l'auteur au lieu d'interpréter son texte. Une biographie de Rousseau ou de Baudelaire ne répond à aucune question d'interprétation : ce qui est évalué, c'est ce que le texte fait, avec quels mots et pour quel effet.

§ 02

Révision active

Sujet d'essai littéraire à traiter en une page : le récit d'une vie peut-il dire la vérité de celui qui l'écrit ? Mobilisez le pacte autobiographique, un obstacle précis à la sincérité et au moins une œuvre du programme autre que celles déjà commentées dans cette section — et n'oubliez pas que l'essai attend une réponse étayée, non un catalogue de genres.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Jean-Jacques Rousseau, « Les Confessions » — texte intégral (l'incipit porte la promesse de sincérité totale) (Wikisource — la bibliothèque libre) · Jean-Jacques Rousseau, « Les Rêveries du promeneur solitaire » — texte intégral (Wikisource — la bibliothèque libre)

§ 03
§ 03

Les figures de la métamorphose : crise, masque, double, dépersonnalisation#

~10 min de lecture●●●ApprofondissementBOHLP-Tle-S1-La recherche de soi-§Les métamorphoses du moi

Points clés

Le programme décrit la culture du « long XIXe siècle » (1789-1914) comme un lieu où des figures opposées de la subjectivité coexistent : prétention à un contrôle absolu ou abandon à l'impulsion immédiate, ivresse créatrice ou expériences de la dépersonnalisation, enthousiasme révolutionnaire ou souci exclusif de l'intérêt privé, recherche des émotions les plus raffinées ou paroxysme du conflit intérieur, passion du lointain ou mystique de l'enracinement, ferveur religieuse ou exaltation de l'extrême liberté. Le mot décisif est « coexistent » : ce ne sont pas des étapes qui se succèdent, mais des possibilités simultanées (voir Fig. 3).

Les figures de la subjectivité dans le « long XIXe siècle »

Les figures de la subjectivité (1789-1914)roue segmentée, 6 segments, Données: LE MOI, Contrôle absolu, Ivresse créatrice, Élan révolutionnaire, Émotions raffinées, Passion du lointain, Ferveur religieuseContrôle absoluou impulsion pureIvresse créatriceou dépersonnalisationÉlan révolutionnaireou intérêt privéÉmotions raffinéesou conflit intérieurPassion du lointainou enracinementFerveur religieuseou liberté extrêmeLE MOI
Fig. 3Les six couples que le programme énumère ne se succèdent pas : ils coexistent autour du même moi (1789-1914). Le secteur rempli est celui qui touche le plus directement l'entrée — l'ivresse créatrice et son revers, la dépersonnalisation.
Fig. 3 ↓
Une métamorphose n'est pas un changement quelconque. C'est un changement de forme qui touche l'être même et non les seules qualités de surface — exactement le point où la distinction entre identité numérique et identité qualitative cesse d'être confortable. La littérature du thème ne raconte pas ces transformations pour le plaisir du fantastique : elle s'en sert comme d'expériences de pensée, qui poussent l'unité du moi jusqu'à son point de rupture pour voir ce qui résiste.
Le masque interroge le rapport de l'être et du paraître — et le mot y invite, puisque le latin persona désignait le masque de théâtre avant de donner « personne ». Deux thèses s'affrontent : ou bien le masque dissimule un moi authentique qu'il s'agirait de retrouver, ou bien il n'y a rien derrière, et nous ne sommes que la suite de nos rôles. Musset donne à la première son objection la plus dure. Dans Lorenzaccio (1834), le héros qui a pris le vice pour déguisement afin d'approcher le tyran finit par constater : « Le vice a été pour moi un vêtement ; maintenant il est collé à ma peau. » Le masque porté assez longtemps ne cache plus un visage : il en devient un.
Le double dramatise l'éclatement de l'unité. Stevenson, dans L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886), ne met pas en scène deux personnes mais un seul homme qui devient un autre : Hyde n'est pas un intrus, il est une part de Jekyll que la respectabilité tenait fermée. La dépersonnalisation en est la variante intérieure : chez Maupassant (Le Horla, 1887), le narrateur en vient à ne plus se voir dans le miroir de son armoire, comme si une présence invisible avait dévoré son reflet. La scène est exemplaire parce que le moi n'y est pas contredit par un autre moi : il y est simplement absent de là où il devrait être.
Rimbaud donne au thème sa formule la plus courte. Dans la lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871, dite « lettre du voyant », il écrit : « Car Je est un autre. » Lisez la grammaire avant le sens : le sujet « Je » est accordé à un verbe de troisième personne, si bien que la phrase produit dans sa syntaxe même la division qu'elle énonce. Rimbaud n'y décrit pas une maladie mais une condition du poète : « j'assiste à l'éclosion de ma pensée », dit-il quelques lignes plus loin — celui qui pense se regarde penser, et ne se reconnaît pas comme l'auteur de ce qui lui vient. Le dérèglement raisonné de tous les sens qu'il préconise est une méthode pour provoquer délibérément cette étrangété à soi.
Au XXe siècle, les figures se durcissent et changent de statut. Pirandello mène l'expérience jusqu'au bout dans Un, personne et cent mille (1926) : un homme découvre, par une remarque banale de sa femme sur son visage, qu'il existe autant de versions de lui que de gens qui le regardent — il en est cent mille, donc aucun. Kafka fait du Procès (1925) une machine où l'identité est définie du dehors, par une instance dont on n'obtient jamais les critères. Le programme souligne enfin que la diffusion des théories et des pratiques psychanalytiques a profondément marqué la culture du siècle : l'opacité du moi cesse d'être un aveu de poète pour devenir une thèse sur l'appareil psychique.
Retenez la question par laquelle le programme referme cette entrée : à quelle connaissance de nous-mêmes sommes-nous capables d'accéder ? Il ajoute que cette interrogation est encore la nôtre — ce qui vous autorise, dans un essai, à discuter le sujet sans faire de l'histoire littéraire pour elle-même. Les figures ne valent que par ce qu'elles mettent à l'épreuve : chacune retire au moi une des sécurités qu'il croyait avoir — la maîtrise, l'unité, la coïncidence avec son apparence, la reconnaissance par les autres.

Vocabulaire

→ Cartes
  • métamorphoseChangement de forme qui atteint l'être même et non ses seules qualités : la transformation y menace l'identité au lieu de la modifier seulement.
  • personaMot latin désignant le masque de théâtre, puis le rôle, avant de donner « personne » : l'étymologie inscrit le masque au cœur même de la notion de personne.
  • le doubleFigure littéraire par laquelle un seul être se scinde en deux identités contradictoires, rendant visible que l'unité du moi est un équilibre et non un fait.
  • dépersonnalisationExpérience où le sujet cesse de se reconnaître comme lui-même, s'éprouvant étranger à ses actes, à son corps ou à son image.
  • criseMoment de rupture — conversion, deuil, maladie — où l'unité du moi se fissure : épreuve, mais aussi occasion par laquelle un moi se refait.
Exemple corrigé

Interprétation littéraire — le miroir vide du Horla

Sujet d'entraînement au format de l'épreuve. Le texte est un passage du Horla de Maupassant (1887), à la date du 19 août : le narrateur, qui se croit épié par une présence invisible, se retourne brusquement vers la haute armoire à glace devant laquelle il se rase chaque jour — et ne s'y voit pas. Le miroir est clair, profond, plein de lumière, mais son image n'y est pas ; puis elle revient lentement, comme à travers une eau qui glisse, jusqu'à le rendre à lui-même. Question d'interprétation littéraire : que la scène du miroir fait-elle éprouver de la perte du moi que le récit d'un simple dédoublement ne permettrait pas ?

  1. 01Repérer le lieu choisi

    Le narrateur ne choisit pas un miroir quelconque : c'est l'armoire à glace du quotidien, celle où il se rase et s'habille, devant laquelle il se regarde chaque fois qu'il passe. L'objet est le lieu ordinaire de la vérification de soi — le geste le plus banal par lequel une personne s'assure d'exister comme corps visible. C'est cette banalité qui rend l'absence intolérable.

  2. 02Décrire la nature de l'absence

    Le miroir n'est ni brisé, ni noirci, ni occupé par un autre visage. Il est clair et plein de lumière : tout y fonctionne, sauf le reflet du narrateur. La scène ne substitue donc rien au moi, elle le retranche. On est loin d'un double, qui donnerait au moins une figure à opposer à la sienne ; ici, il n'y a pas d'adversaire, il y a un manque.

  3. 03Suivre le retour de l'image

    L'image revient, mais progressivement, dans une brume qui glisse comme une nappe d'eau, jusqu'à se préciser de seconde en seconde. Cette lenteur est décisive : le narrateur assiste à sa propre restitution, il se voit revenir à lui-même de l'extérieur. Même rétabli, il n'est plus dans le même rapport à son image, puisqu'il a fait l'expérience qu'elle pouvait manquer.

  4. 04Nommer ce que la scène ôte au moi

    Le double retire l'unité ; le miroir vide retire quelque chose de plus élémentaire, la garantie que le moi soit visible, donc reconnaissable et attestable par autrui. Cette scène touche exactement l'une des questions du programme, celle de la part que la société et le regard des autres prennent dans la définition du moi. Un moi qui ne se reflète plus est un moi que personne ne pourrait plus identifier.

  5. 05Mesurer l'effet de la première personne

    Le récit est un journal, écrit à la première personne et daté. Le lecteur n'a donc aucun témoin extérieur pour confirmer ou démentir la scène, et le doute qu'il éprouve sur la santé mentale du narrateur redouble le doute de celui-ci sur sa propre réalité. La forme du journal, ici, ne rapporte pas la crise : elle la propage.

  6. 06Formuler la réponse

    On peut répondre précisément : la scène fait éprouver une perte du moi par soustraction et non par division, dans le lieu même où chacun vérifie ordinairement qu'il existe, et sans qu'aucune instance extérieure puisse l'attester.

Résultat : La scène du miroir fait éprouver ce qu'un dédoublement ne peut pas donner : une disparition sans adversaire. Là où le double laisse au moins deux figures à opposer, le miroir clair et vide retranche purement le moi du monde visible, dans l'objet quotidien qui servait à le vérifier. La scène atteint donc, par la voie du récit, la question que le programme pose en termes philosophiques — quelle part le regard d'autrui prend-il dans la définition du moi — et le journal à la première personne, privé de tout témoin, la rend insoluble pour le lecteur comme pour le narrateur.

Objectif Bac

  • Analyser : ne racontez pas la métamorphose, montrez ce qu'elle retire au moi. Une bonne analyse nomme précisément la sécurité perdue — l'unité, la maîtrise, la coïncidence avec son image, la reconnaissance par autrui.
  • Interpréter : traitez le fantastique comme un dispositif de pensée. Le miroir vide de Maupassant ou la potion de Stevenson sont des opérateurs philosophiques, et l'interprétation doit dire quelle hypothèse sur le moi ils rendent visible.
  • Citer : sur une formule courte comme celle de Rimbaud, commentez la forme avant le contenu — l'accord grammatical, la coupe, le mot choisi. C'est ce que récompense une interprétation littéraire.
  • Confronter : appariez systématiquement une figure et une thèse. Le double appelle Hume, le masque appelle la question de l'ipséité, la dépersonnalisation appelle l'inconscient. Un rapprochement argumenté vaut mieux que trois exemples alignés.
  • Nuancer : la crise n'est pas seulement une perte. La rupture, la conversion, le deuil sont aussi les moments où un moi se refait — une copie qui ne voit dans la métamorphose qu'une menace manque la moitié du thème.

Erreurs fréquentes

  • Raconter l'intrigue au lieu de l'interpréter : résumer la transformation de Jekyll ou l'histoire du Horla sans dire ce qu'elles établissent sur le moi. Forme correcte : partir d'un détail du texte et remonter à l'hypothèse qu'il met à l'épreuve.
  • Supposer sans examen qu'il existe un « vrai moi » sous les masques. C'est une thèse, et le thème la discute : Lorenzo, chez Musset, constate précisément le contraire, puisque le déguisement a fini par devenir sa peau. L'essai doit examiner cette thèse, non la poser comme acquise.
  • Traiter « Je est un autre » comme une faute de français corrigée en « je suis un autre ». La discordance est le sens même de la formule : la rétablir en supprime l'intérêt. Citez-la exactement, et attribuez-la à la lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871.
  • Confondre le double et la simple hypocrisie sociale. Hyde n'est pas Jekyll qui ment : c'est Jekyll devenu autre, avec un autre corps et une autre volonté. Ramener le double à un mensonge fait disparaître le problème d'identité que le récit construit.
  • Traiter les figures comme une chronologie de progrès : d'abord le masque, puis le double, puis la dépersonnalisation. Le programme dit qu'elles coexistent dans la même culture. Une frise fausse le raisonnement autant qu'elle rassure.

§ 03

Révision active

Confrontez la formule de Rimbaud « Je est un autre » (lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871) et le dédoublement de Jekyll chez Stevenson. Rédigez le paragraphe de confrontation en tranchant une question précise : le récit de Stevenson illustre-t-il la formule de Rimbaud, ou dit-il tout autre chose de la division du moi ?

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Arthur Rimbaud, lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871 (dite « lettre du voyant ») — texte intégral, où se lit « Car Je est un autre. » (Wikisource — la bibliothèque libre) · Charles Baudelaire, « Mon cœur mis à nu » — texte intégral (le fragment d'ouverture : « De la vaporisation et de la centralisation du moi. ») (Wikisource — la bibliothèque libre) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de terminale générale (semestre 1, « La recherche de soi », entrée « Les métamorphoses du moi ») + bibliographie indicative (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale)

§ 04
§ 04

Permanence et transformation : le moi, substance ou processus ?#

~10 min de lecture●●●ApprofondissementBOHLP-Tle-S1-La recherche de soi-§Les métamorphoses du moi

Points clés

Toutes les figures du thème convergent vers une seule question philosophique : qu'est-ce qui fait l'unité d'un moi qui change ? Cinq réponses ont été données, et chacune naît d'une objection à la précédente — une substance, la mémoire, rien qu'un faisceau, une durée, un récit (voir Fig. 4). Connaître cette chaîne, c'est disposer d'un plan d'essai tout fait, à condition de ne jamais la réciter mais de la faire travailler sur le sujet reçu.

Qu'est-ce qui fait l'unité du moi ? Cinq réponses en chaîne

Cinq réponses à la question de l'unité du moiGraphe, Une substance → La mémoire, La mémoire → Un faisceau, Un faisceau → Une durée, Une durée → Un récit, Un récit → Une substanceUne substanceLa mémoireUn faisceauUne duréeUn récitLockeHumeBergsonRicœurreprend
Fig. 4Chaque réponse naît d'une objection à la précédente, et la dernière revient sur la question qu'ouvrait la première : le récit ne restaure pas la substance, il répond autrement à sa question. Suivre la boucle, c'est disposer d'un plan d'essai.
Fig. 4 ↓
La réponse spontanée est celle de la substance : sous le flux des états, un noyau demeurerait, identique à lui-même. On la rattache à l'héritage cartésien, en prenant garde à ce que Descartes établit exactement — la certitude d'un sujet pensant, non la démonstration de sa permanence temporelle. C'est cette conception que présuppose, sans le dire, quiconque parle de « retrouver son vrai moi » : elle fait de l'identité une chose à découvrir plutôt qu'un travail à faire.
Locke transporte le critère dans la conscience : une personne est la même que celle dont elle peut se ressouvenir. Le gain est immense — l'identité devient vérifiable et discutable au lieu de reposer sur une substance qu'on ne perçoit jamais. Le coût l'est aussi : Thomas Reid oppose en 1785 le cas de l'officier, qui se souvient d'avoir été un enfant puni, et du vieux général, qui se souvient de l'officier mais plus de l'enfant. Par la mémoire seule, le général serait donc à la fois le même que l'enfant et un autre que lui. Une bonne copie connaît cette objection et sait ce qu'elle vise : la transitivité de l'identité, que la mémoire ne garantit pas.
Hume radicalise. Quand il s'observe, dit-il dans le Traité de la nature humaine, il ne rencontre jamais un moi, mais toujours une perception particulière — une chaleur, une couleur, un plaisir, une peine. Il conclut que le moi n'est rien d'autre qu'un faisceau de perceptions qui se succèdent à une vitesse inconcevable, et que l'unité qu'on leur prête est un effet de l'imagination et de l'habitude. Attention à la portée exacte de la thèse : Hume ne nie pas que nous ayons une vie mentale, il nie qu'il y ait un propriétaire permanent derrière elle. C'est la position qui rend possibles toutes les fictions de dissolution du moi.
Bergson change de terrain plutôt que de camp. Dans l'Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), il montre que le moi profond n'est pas une collection d'états juxtaposés — c'est l'erreur commune à la substance et au faisceau, qui traitent tous deux la vie intérieure comme un espace à découper. La conscience est durée : une continuité où le passé se prolonge dans le présent et où les moments se pénètrent au lieu de s'additionner. Changer cesse alors de s'opposer à durer. Bergson en tirera plus tard, dans L'Évolution créatrice (1907), la formule que l'on cite souvent hors de sa source : pour un être conscient, exister consiste à changer.
Ricœur noue les fils avec un couple que le sujet zéro d'Éduscol recommande expressément aux candidats de cette entrée : l'identité-idem, celle de ce qui persiste inchangé à travers le temps, et l'identité-ipse, celle de qui ne se maintient qu'à la manière d'une promesse tenue. La conséquence est élégante : je peux avoir presque entièrement changé sous le rapport de l'idem et rester le même sous celui de l'ipse, si je réponds encore de ce que j'ai promis. L'identité narrative en découle : ce qui unifie un moi à travers ses métamorphoses n'est pas une substance cachée, mais l'histoire continuée qu'il en fait — ce qui explique la place de l'écriture de soi dans ce thème.
Deux déplacements du XXe siècle achèvent le tableau, et le programme les mentionne l'un et l'autre. La psychanalyse retire au moi la maîtrise de sa propre maison : Freud pose que l'essentiel de la vie psychique échappe à la conscience, si bien que se connaître exige un détour par ce qu'on ne veut pas savoir. Sartre, dans La transcendance de l'ego (1938), soutient que le moi n'est pas dans la conscience mais devant elle, comme un objet qu'elle constitue — et il tirera de là, dans L'Être et le Néant (1943), l'analyse de la mauvaise foi, où l'on se fait passer à ses propres yeux pour une chose fixée afin d'échapper au vertige d'avoir à se choisir. Ce que change ce débat pour votre copie tient en une phrase : si le moi est substance, la métamorphose est un accident qui le menace ; s'il est processus, elle est son mode d'existence.

Vocabulaire

→ Cartes
  • substanceCe qui subsiste par soi sous le changement de ses états. Appliquée au moi, la notion fait de l'identité un noyau permanent à découvrir plutôt qu'une constance à tenir.
  • faisceau de perceptionsThèse de Hume : le moi n'est qu'un ensemble de perceptions qui se succèdent, sans propriétaire permanent derrière elles ; leur unité est un effet de l'habitude.
  • duréeChez Bergson, le temps vécu de la conscience, où les moments se pénètrent au lieu de s'additionner. La durée réconcilie changer et rester soi.
  • identité narrativeUnité d'une vie assurée non par une substance mais par le récit continué qu'on en fait, capable d'intégrer les ruptures au lieu d'en être brisé.
  • mauvaise foiChez Sartre, conduite par laquelle on se fait passer à ses propres yeux pour une chose déjà fixée, afin de ne pas avoir à se choisir.
Exemple corrigé

Essai philosophique — ce qui change en moi peut-il encore être moi ?

Sujet d'entraînement au format de l'épreuve, à traiter comme un essai philosophique en réponse à une question soulevée par un texte sur la métamorphose : ce qui change en moi peut-il encore être moi ? On attend une réponse étayée, appuyée sur des exemples précis, et non un exposé des doctrines.

  1. 01Rendre la question inévitable

    Commencez par montrer que la question n'est pas artificielle. Nous disons couramment de quelqu'un qu'il « n'est plus le même » et, dans la même conversation, nous lui réclamons ce qu'il avait promis : nous exigeons donc de lui une permanence que nous venons de lui refuser. La contradiction est dans l'usage avant d'être dans les livres, et c'est elle qui fait le sujet.

  2. 02Poser la réponse la plus simple, et son prix

    Si le moi est un noyau permanent, la réponse est nette : ce qui change n'est jamais moi, seulement mes états. Mais cette réponse coûte cher. On ne rencontre jamais ce noyau dans l'expérience — Hume l'a assez montré — et surtout elle rend inintelligible ce que nous appelons une conversion, une guérison ou une maturation, où c'est bien la personne, et non ses accessoires, qui s'est transformée.

  3. 03Prendre au sérieux l'hypothèse inverse

    Supposons alors que le moi ne soit que la suite de ses états. La littérature du thème en donne des équivalents saisissants : le Lorenzo de Musset, dont le déguisement a fini par devenir la peau, ou le personnage de Pirandello qui se découvre cent mille versions dans le regard des autres. Mais l'hypothèse, poussée à bout, supprime ce qu'elle devait expliquer : si rien ne relie mes états, personne n'a changé, il y a seulement eu des états.

  4. 04Chercher le lien qui n'est pas une chose

    La sortie consiste à abandonner l'alternative entre une chose qui demeure et une poussière d'instants. Bergson y pourvoit : dans la durée, les moments ne se juxtaposent pas, ils se pénètrent, si bien que le présent porte le passé sans le répéter. Changer n'est plus alors le contraire de rester soi — c'est la façon dont un être conscient reste soi.

  5. 05Trancher avec le couple idem et ipse

    Reste à nommer ce qui, dans un moi transformé, fait encore répondre au même nom. Le couple de Ricœur le permet : sous le rapport de l'idem, presque tout a pu changer ; sous celui de l'ipse, je reste le même tant que je réponds de ce que j'ai promis. L'identité cesse d'être un fait à constater pour devenir une constance à tenir — et c'est cette constance que le récit, l'engagement ou la fidélité rendent possible.

  6. 06Poser la limite de la réponse

    Un essai honnête dit où sa réponse cesse de valoir. Elle vaut pour un moi qui peut encore se raconter et promettre ; elle ne dit rien du cas où le récit lui-même se défait — l'oubli massif, le délire, la dépersonnalisation. Ces cas ne réfutent pas la thèse, mais ils en marquent le bord, et le dire vaut mieux que de conclure trop large.

Résultat : Oui, ce qui change en moi peut encore être moi — mais à condition de changer la notion d'identité. Tant qu'on cherche un noyau permanent, tout changement réel est une perte ; dès qu'on pense l'identité comme durée (Bergson) et comme constance tenue plutôt que subie (l'ipse de Ricœur), la transformation devient la forme même de la permanence d'un être conscient. Ce déplacement a un prix, qu'il faut assumer : l'identité n'est plus garantie d'avance, elle est à tenir — et elle peut donc être manquée.

Objectif Bac

  • Problématiser : ne demandez pas « le moi existe-t-il ? » mais « à quelle condition peut-on dire d'un moi qui change qu'il reste le même ? ». La seconde question se traite ; la première se récite.
  • Distinguer : vérifiez toujours la portée exacte d'une thèse avant de l'utiliser. Hume ne nie pas la vie mentale, il nie son propriétaire permanent ; Bergson ne dit pas que rien ne dure, il dit que durer, c'est changer.
  • Citer : attribuez chaque formule à son ouvrage. Exister consiste à changer vient de L'Évolution créatrice (1907) et non de l'Essai de 1889 : une attribution flottante décrédibilise tout un paragraphe.
  • Confronter : faites servir la chaîne des thèses à la lecture d'une œuvre. Dire que le dossier va de la substance au récit n'est utile que si vous montrez laquelle éclaire le texte que le sujet vous donne.
  • Nuancer : la conclusion attendue n'est ni « le moi est une illusion » ni « le moi demeure ». Montrez plutôt sous quel rapport il change et sous quel autre il se maintient — c'est exactement ce que permet le couple idem / ipse.

Erreurs fréquentes

  • Faire dire à Hume que le moi n'existe pas. Il soutient qu'il n'y a pas de sujet permanent derrière les perceptions, ce qui est tout autre chose. Forme correcte : « Hume nie qu'un moi substantiel se rencontre dans l'expérience ; il décrit à la place un faisceau de perceptions reliées par l'imagination. »
  • Attribuer à l'Essai sur les données immédiates de la conscience la formule « pour un être conscient, exister consiste à changer ». Elle appartient à L'Évolution créatrice (1907). L'Essai de 1889 établit la durée et le moi profond ; c'est déjà beaucoup, et c'est ce qu'il faut lui attribuer.
  • Employer « substance » comme un synonyme savant de « personne ». Une substance, ici, est ce qui subsiste par soi sous le changement de ses états : c'est une thèse précise, et l'utiliser comme ornement fait perdre le bénéfice de tout le débat.
  • Opposer permanence et changement comme deux termes exclusifs, puis conclure en choisissant. Le couple idem / ipse et la durée bergsonienne existent précisément pour sortir de cette alternative : c'est le dépassement, non le choix, qui est attendu.
  • Traiter l'identité narrative comme une jolie image finale, sans en tirer de conséquence. Si le moi tient par le récit qu'il fait de lui, alors l'écriture de soi cesse d'être un genre littéraire parmi d'autres pour devenir une opération d'identité — dites-le, c'est le lien que la spécialité attend.

§ 04

Révision active

Exercice de correction. Un candidat écrit : « Bergson prouve que le moi n'existe pas, puisque tout change en nous. » Rédigez la correction argumentée de cette phrase en trois temps — ce que Bergson dit réellement de la durée, ce qu'il ne dit pas, et la façon dont il redéfinit l'identité au lieu de la nier — puis proposez une reformulation d'une phrase, utilisable telle quelle dans une copie.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Personal Identity (encyclopédie de référence en anglais : identité numérique, critère psychologique de Locke, objection de Reid, thèse humienne du faisceau) (Stanford Encyclopedia of Philosophy) · Henri Bergson (encyclopédie de référence en anglais : la durée, le moi profond, la multiplicité qualitative) (Stanford Encyclopedia of Philosophy) · Henri Bergson, « Essai sur les données immédiates de la conscience » (1889) — texte intégral (Wikisource — la bibliothèque libre)

§ 05
§ 05

Repères d'œuvres du moi (1782-1943) et méthode de l'épreuve#

~11 min de lecture●●○StandardBOHLP-Tle-S1-La recherche de soiBOHLP-Tle-S1-La recherche de soi-§Les métamorphoses du moi

Points clés

Cette section sert deux usages : se repérer dans le corpus propre à l'entrée « Les métamorphoses du moi », et savoir ce qu'on vous demandera le jour de l'épreuve. Avant toute chose, une mise en garde que le programme formule lui-même : sa bibliographie est fournie à titre d'illustration et ne prédétermine en aucun cas le choix des textes proposés aux épreuves. Ce n'est donc pas une liste à apprendre, mais un échantillon de ce qui peut se rencontrer.
La période va du romantisme au XXe siècle, avec un socle antérieur qu'il est légitime de mobiliser (voir Fig. 5). Rousseau ouvre la série avec les Confessions et Les Rêveries du promeneur solitaire. Le XIXe siècle installe les figures : Musset (Lorenzaccio, 1834, et Les Nuits, 1837), Stendhal (Souvenirs d'égotisme, Vie de Henry Brulard), Stirner (L'Unique et sa propriété, 1844), Charlotte Brontë (Jane Eyre, 1847), Dostoïevski (Les Carnets du sous-sol, 1864), Baudelaire, Rimbaud, Barbey d'Aurevilly (Les Diaboliques, 1874), Nietzsche (Le Gai savoir, 1882), Stevenson (1886), Maupassant (Le Horla, 1887), Bergson (1889), Thérèse de Lisieux (Histoire d'une âme, 1898). Le XXe siècle radicalise : Gide (L'Immoraliste, 1902), Zweig (La Peur, 1920), Proust (Le Côté de Guermantes, 1920), Pirandello (Six personnages en quête d'auteur, 1921 ; Un, personne et cent mille, 1926), Freud, Svevo (La conscience de Zeno, 1923), Thomas Mann (La Montagne magique, 1924), Kafka (Le Procès, 1925 ; Amerika, 1927), Sartre (La transcendance de l'ego, 1938 ; L'Être et le Néant, 1943 ; Huis clos, 1944), Leiris (L'Âge d'homme, 1939), Pessoa.

Le moi, de Rousseau à Sartre

Le moi, de Rousseau à SartreFrise chronologique de 1780 à 1950, 1782: Rousseau, Confessions, 1834: Musset, Lorenzaccio, 1887: Maupassant, Le Horla, 1926: Pirandello, Un, personne, 1943: Sartre, mauvaise foi, 1789–1914: Le long XIXe siècle, 1914–1950: Après les deux guerres17801950annéeLe long XIXesiècleAprès les deuxguerres1782Rousseau,Confessions1834Musset,Lorenzaccio1887Maupassant, LeHorla1926Pirandello, Un,personne1943Sartre, mauvaisefoi
Fig. 5Repères de l'entrée, pris dans la bibliographie indicative du programme. La bande mise en valeur est le « long XIXe siècle » (1789-1914), période où le programme dit que toutes les figures de la subjectivité coexistent.
Fig. 5 ↓
N'apprenez pas cette liste : construisez-en une petite, la vôtre. Quatre œuvres solidement travaillées, réparties sur la période et sur les figures — une écriture de soi, un masque, un double ou une dépersonnalisation, une œuvre du XXe siècle — valent mieux que vingt titres cités sans contenu. Pour chacune, sachez donner la date à quelques années près, un moment précis du texte, et la notion qu'elle permet de mobiliser. Les couples de notions les plus rentables du thème sont : permanence et transformation, identité numérique et qualitative, idem et ipse, être et paraître, sincérité et reconstruction, unité et pluralité du moi.
Venons-en à l'épreuve, dont les paramètres sont fixés par la note de service consolidée en vigueur depuis la session 2024 (voir Fig. 6). L'écrit de spécialité dure quatre heures et compte pour un coefficient 16. Le sujet est composé de deux questions portant sur UN SEUL texte, relatif à l'un des thèmes du programme. La première, intitulée « interprétation littéraire » ou « interprétation philosophique », demande un développement exposant la compréhension et l'analyse d'un enjeu majeur du texte. La seconde, appelée « essai littéraire » ou « essai philosophique », demande une réponse étayée à une question soulevée par le texte. Les deux développements sont d'ampleur comparable, rédigés sur deux copies distinctes, et corrigés séparément par un professeur de lettres et par un professeur de philosophie. Chaque question est notée sur 10 ; la somme constitue la note globale unique.

L'épreuve écrite : un texte, deux questions

L'épreuve écrite de HLPArbre de probabilité, 2 chemins, Données: Interprétation, sur 10 → littéraire ou philosophique; Essai, sur 10 → l'autre orientationInterprétation, sur 10Essai, sur 10Le sujet : UN textelittéraire ou philosophiquel'autre orientation
Fig. 6Quatre heures, coefficient 16, un seul texte, deux questions notées chacune sur 10 et rédigées sur deux copies distinctes que lisent deux correcteurs. La branche mise en valeur porte le point le plus souvent manqué : l'orientation de chaque exercice est annoncée par l'intitulé du sujet et n'est jamais fixée d'avance.
Fig. 6 ↓
Deux points de méthode découlent directement de ces règles. Premièrement, l'orientation disciplinaire de chaque exercice n'est pas fixée d'avance : chacun relève tantôt d'une approche philosophique, tantôt d'une approche littéraire, selon ce qu'indique explicitement l'intitulé du sujet. Ne préparez donc jamais l'appariement « interprétation littéraire plus essai philosophique » comme s'il était la règle : le sujet zéro sur Alain propose exactement l'inverse. Deuxièmement, puisque les deux copies sont séparées et lues par deux correcteurs différents, chacune doit être autonome : n'écrivez jamais « comme je l'ai montré dans l'autre partie », votre lecteur ne l'a pas sous les yeux.
Trois précisions évitent des erreurs répandues. Le programme limitatif de 2020, qui réduisait l'épreuve à quatre entrées, est abrogé par la note de service du 26 septembre 2023 : depuis la session 2024, l'épreuve porte sur le programme de terminale en vigueur, et les six entrées sont évaluables. Les sujets zéro publiés en 2020 impriment encore l'ancienne restriction — servez-vous-en pour le format et pour les éléments d'évaluation, jamais pour le périmètre. Ensuite, les deux semestres tombent chaque session : en 2025, le premier jour portait sur Condorcet et le second sur Wisława Szymborska ; en 2024, le premier sur Aragon et le second sur Hugo. Enfin, l'usage de la calculatrice et du dictionnaire n'est pas autorisé, et le mémento des évaluations rappelle que la qualité rédactionnelle — orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de la langue, lisibilité du propos — est prise en compte par les correcteurs.
Reste l'oral. À l'oral de contrôle, le candidat dispose de vingt minutes de préparation pour une épreuve de vingt minutes ; il reçoit une question de littérature ou de philosophie liée au thème de l'écrit, y répond pendant dix minutes au maximum, puis s'entretient avec l'examinateur, l'évaluation étant globale sur l'éventail complet des notes de 0 à 20. Le Grand oral, lui, dure vingt minutes et compte coefficient 10 pour la session 2026, puis 8 à compter de 2027. « Les métamorphoses du moi » y fournit d'excellentes questions, à condition de les ancrer sur une œuvre précise plutôt que sur un thème général.

Vocabulaire

→ Cartes
  • interprétationPremier exercice de l'écrit : un développement qui expose la compréhension et l'analyse d'un enjeu majeur du texte donné. Il est dit littéraire ou philosophique selon l'intitulé.
  • essaiSecond exercice de l'écrit : une réponse étayée à une question soulevée par le texte. Aucun plan n'est imposé, mais une réflexion personnelle et argumentée est attendue.
  • programme limitatifRestriction, en vigueur de 2020 à 2023, qui réduisait l'épreuve à quatre entrées. Abrogée depuis la session 2024 : les six entrées de terminale sont désormais évaluables.
  • période de référenceCadre historique assigné à l'objet d'étude — ici, du romantisme au XXe siècle — à l'intérieur duquel les œuvres sont prioritairement choisies, sans exclure des références antérieures.
  • bibliographie indicativeListe de suggestions jointe au programme, sans caractère prescriptif : elle illustre l'éventail des textes possibles et ne prédétermine pas ceux des épreuves.
Exemple corrigé

Lire un sujet de HLP et décider de sa stratégie

Sujet d'entraînement au format de l'épreuve. Le texte proposé est un extrait d'Un, personne et cent mille de Pirandello (1926) : une remarque anodine de sa femme sur son visage apprend au narrateur qu'il existe, pour chacun de ceux qui le connaissent, un homme qui porte son nom et qu'il n'est pas. Les deux intitulés sont : « Interprétation philosophique — comment le texte fait-il du regard d'autrui une puissance de dépossession ? » et « Essai littéraire — la littérature nous rend-elle nos vies plus habitables ? ». Vous disposez de quatre heures. Que faites-vous, dans quel ordre, et sur quelles copies ?

  1. 01Lire les deux intitulés avant le texte

    Les intitulés vous apprennent une chose que le texte ne dira pas : l'orientation de chaque exercice. Ici, l'interprétation est philosophique et l'essai est littéraire — l'inverse de l'appariement que beaucoup de candidats attendent. Cette lecture préalable oriente aussi la prise de notes : vous saurez, en lisant le texte, quels éléments serviront à quoi.

  2. 02Fixer la répartition du temps

    Les deux développements sont d'ampleur comparable et chaque question compte pour 10 points. Prenez donc environ deux heures par exercice, relecture comprise, et fixez une heure de bascule que vous ne dépasserez pas. Notez-la en haut de votre brouillon : sous la pression, un candidat qui n'a pas décidé à l'avance donne toujours trop de temps à la question qui l'inspire.

  3. 03Traiter l'interprétation en restant dans le texte

    La question demande comment le texte fait du regard d'autrui une puissance de dépossession : elle porte sur les moyens, donc sur le texte. Choisissez un enjeu majeur, un seul, et suivez-le — par exemple la disproportion entre la banalité de la remarque et l'ampleur de son effet. Chaque affirmation s'appuie sur un mot cité. Vous mobiliserez utilement la question du programme sur la part du regard des autres dans la définition du moi, mais toujours à partir du texte, jamais à sa place.

  4. 04Traiter l'essai en partant de la question

    L'essai est littéraire et ne porte plus sur ce texte-ci : il pose une question que le texte soulève. Répondez-y en engageant des œuvres que vous connaissez vraiment, et non en récitant le cours sur le moi. Aucun plan n'est imposé : ce que l'on attend est une réponse étayée, avec des exemples que vous avez pratiqués et une position tenue. Une progression en deux ou trois moments suffit, à condition que chacun avance.

  5. 05Rendre chaque copie autonome

    Les deux développements vont sur deux copies distinctes, lues séparément par un professeur de lettres et un professeur de philosophie. Identifiez clairement la question traitée en tête de chacune, et ne renvoyez jamais à l'autre partie : votre correcteur ne l'a pas. Si une référence sert dans les deux, réintroduisez-la brièvement les deux fois.

  6. 06Réserver le temps de la relecture

    Gardez dix minutes par copie pour la langue. Le mémento des évaluations rappelle que l'orthographe, la syntaxe, la clarté et la lisibilité entrent dans la notation. Relisez en cherchant une seule chose à la fois : d'abord les accords, puis les phrases trop longues, puis les mots absents — c'est plus efficace qu'une relecture globale qui ne voit rien.

Résultat : La stratégie tient en quatre décisions : lire les intitulés d'abord pour établir que l'interprétation est ici philosophique et l'essai littéraire ; partager les quatre heures en deux blocs comparables avec une heure de bascule écrite ; ancrer l'interprétation sur un enjeu unique et sur des mots cités, tandis que l'essai part de la question et de vos propres œuvres ; enfin rendre deux copies autonomes, identifiées, relues. La note globale étant la somme de deux notes sur 10, cette discipline vaut plus de points que n'importe quelle connaissance supplémentaire.

Objectif Bac

  • Interpréter : l'interprétation reste dans le texte. Elle expose la compréhension et l'analyse d'un enjeu majeur — un seul, choisi et tenu — et non tout ce que le texte contient.
  • Problématiser : l'essai répond à une question soulevée par le texte, en s'en éloignant légitimement. Aucun plan formel n'est imposé ; ce qui est attendu, c'est une réponse étayée et une implication personnelle dans la réflexion.
  • Citer : chaque copie étant lue par un correcteur différent, elle doit se suffire à elle-même. Réintroduisez le texte, la citation et le contexte dans chacune, sans renvoi à l'autre partie.
  • Répartir : deux questions d'ampleur comparable en quatre heures, c'est environ deux heures chacune, relecture comprise. Fixez-vous une heure de bascule et tenez-la, car une copie non rendue vaut zéro sur dix.
  • Nuancer : les deux notes se font sur 10 et s'additionnent. Sacrifier un exercice pour soigner l'autre est arithmétiquement perdant, même quand l'un des deux vous inspire beaucoup plus.

Erreurs fréquentes

  • Croire qu'un programme limitatif restreint encore l'épreuve à quelques entrées. Il est abrogé depuis la session 2024 : les six entrées de terminale sont évaluables. Réviser sur la foi d'un document antérieur à septembre 2023 fait impasse sur la moitié du programme.
  • Attendre un appariement fixe entre les deux exercices. L'intitulé du sujet annonce l'orientation de chacun, et elle varie : le sujet zéro sur le texte d'Alain associe une interprétation philosophique à un essai littéraire. Lisez les intitulés avant de décider quoi que ce soit.
  • Croire que le sujet est tiré dans un seul semestre. Les deux semestres tombent chaque session : en 2025 le premier jour portait sur Condorcet, du semestre 1, et le second sur Wisława Szymborska, du semestre 2. Impasse sur un semestre, impasse sur la moitié des chances.
  • Écrire deux fois la même chose, ou renvoyer d'une copie à l'autre. Les copies sont distinctes et lues par deux correcteurs : un renvoi n'est pas lu, et une redite ne rapporte rien deux fois. Chaque copie doit être autonome et complète.
  • Aligner les auteurs sans les situer ni les relier : « Rousseau, Stevenson, Kafka, Bergson » sans une date, sans un moment de texte, sans une notion commune. Ce que l'on attend est la confrontation argumentée de deux références autour d'un même problème, pas le nombre de noms.

§ 05

Révision active

Constituez votre corpus personnel de l'entrée. Choisissez quatre œuvres de la bibliographie indicative que vous n'avez pas étudiées en classe, une par quart de la période, et rédigez pour chacune quatre lignes : la date à quelques années près, un moment précis du texte, la figure du moi qu'elle met en jeu et la notion qu'elle permet de mobiliser. Terminez en indiquant, en une phrase, laquelle vous confronteriez à laquelle, et pourquoi.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d'humanités, littérature et philosophie de terminale générale (semestre 1, « La recherche de soi », entrée « Les métamorphoses du moi ») + bibliographie indicative (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Définition consolidée de l'épreuve terminale de spécialité HLP (dispositions en vigueur à compter de la session 2024) (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Sujet zéro commenté n° 1 — HLP terminale : texte d'Alain, « Les Idées et les âges », interprétation philosophique et essai littéraire, avec les éléments d'évaluation (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Que désigne le mot « moi » ? Unité, identité, mémoire○
    • 02Écrire le moi : les formes de l'écriture de soi◐
    • 03Les figures de la métamorphose : crise, masque, double, dépersonnalisation●
    • 04Permanence et transformation : le moi, substance ou processus ?●
    • 05Repères d'œuvres du moi (1782-1943) et méthode de l'épreuve◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Les métamorphoses du moi

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~53
min
5
Compétences
50
questions
S'entraîner
Planifier une révision

Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l'Éducation nationale

  • Programme d'humanités, littérature et philosophie de terminale générale (semestre 1, « La recherche de soi », entrée « Les métamorphoses du moi ») + bibliographie indicative
  • Sujet zéro commenté n° 1 — HLP terminale : texte d'Alain, « Les Idées et les âges », interprétation philosophique et essai littéraire, avec les éléments d'évaluation
  • Définition consolidée de l'épreuve terminale de spécialité HLP (dispositions en vigueur à compter de la session 2024)

Stanford Encyclopedia of Philosophy

  • Personal Identity (encyclopédie de référence en anglais : identité numérique, critère psychologique de Locke, objection de Reid, thèse humienne du faisceau)
  • Henri Bergson (encyclopédie de référence en anglais : la durée, le moi profond, la multiplicité qualitative)

Wikisource — la bibliothèque libre

  • Jean-Jacques Rousseau, « Les Confessions » — texte intégral (l'incipit porte la promesse de sincérité totale)
  • Jean-Jacques Rousseau, « Les Rêveries du promeneur solitaire » — texte intégral
  • Arthur Rimbaud, lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871 (dite « lettre du voyant ») — texte intégral, où se lit « Car Je est un autre. »
  • Charles Baudelaire, « Mon cœur mis à nu » — texte intégral (le fragment d'ouverture : « De la vaporisation et de la centralisation du moi. »)
  • Henri Bergson, « Essai sur les données immédiates de la conscience » (1889) — texte intégral

Voir aussi

  • Les expressions de la sensibilitéLe chapitre voisin : les langages par lesquels l'intériorité se dit.
  • L'humain et ses limitesLe moi mis à l'épreuve des techniques qui prétendent l'augmenter ou le refaire.
  • Éducation, transmission et émancipationL'émancipation comme condition d'un moi qui se connaît.

Chapitre précédent

Les expressions de la sensibilité

Chapitre suivant

Création, continuités et ruptures

EuraStudy·Fiches T·05·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.