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« Les expressions de la sensibilité » est la deuxième entrée de l'objet d'étude « La recherche de soi » (terminale, semestre 1), dont la période de référence va du romantisme au XXe siècle. Le programme n'y demande pas une psychologie des émotions : il retrace une conquête. La revendication des droits de la sensibilité s'affirme au XVIIIe siècle chez Diderot, Rousseau et Goethe, qui introduisent « un nouveau langage, au plus près de la variation et de la complexité des sentiments » et ouvrent la voie aux romantismes européens. Le thème étudie ensuite comment la littérature et les arts restituent, sur des modes divers — direct ou indirect, analytique ou symbolique —, les perceptions subjectives, les passions dans leur développement et les pensées telles qu'elles surviennent ; comment la philosophie et la psychologie explorent les données premières de la conscience, l'expérience du corps, les rapports de la sensibilité et de l'intelligence, jusqu'à la description du flux du vécu ; comment se forment les sentiments moraux et l'émotion esthétique, d'où une nouvelle sacralisation de l'art. Il se referme sur une question qui commande tout le reste : lorsque nous communiquons, comment donnons-nous le même sens aux mots que nous employons, alors que ce que nous éprouvons est privé ?
5 sections~58 min de lecture5 compétencesVérifié · 06/2026
niveau de base
Assurez d'abord trois choses. Le vocabulaire : émotion, sentiment, passion, affect, sensibilité, avec un exemple pour chacun et le sens de patior, « subir ». Les modes de restitution : direct, indirect, analytique, symbolique, avec une œuvre pour chacun. Les bornes de la période : le prélude du XVIIIe siècle (Rousseau, Goethe), le cœur romantique, puis le XXe siècle. Avec cela, aucun texte du thème ne vous prend au dépourvu.
niveau approfondi
Pour viser l'excellence, quittez l'opposition scolaire entre la raison et la sensibilité et entrez dans la question que la période s'est réellement posée : peut-on décrire ce qui se passe en nous ? Articulez Bergson (la durée, le moi fondamental, l'Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889), James (le courant de la pensée), Husserl (revenir au vécu tel qu'il se donne) et Wittgenstein (l'argument du langage privé, Recherches philosophiques, 1953). Croisez-les avec les moyens littéraires de la restitution — discours indirect libre, correspondances, mémoire involontaire — et vous tenez le fil qui relie les deux moitiés du thème.
Profondeur de lecture : Approfondi
Taille du texte : Standard · Interligne : Compact
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5 sections25 points clés0 formule25 pièges signalés
Le vocabulaire de la vie sensible
La revendication des droits de la sensibilité
Vocabulaire
→ CartesTexte : dans la Cinquième promenade des Rêveries du promeneur solitaire (1782), Rousseau décrit un état où l'âme peut « rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d'enjamber sur l'avenir », où « le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée », et où l'on ne jouit « de rien d'extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence ». Il conclut : « Le sentiment de l'existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix. » Question d'interprétation philosophique : en quoi ce texte fait-il du sentir une manière de se connaître ?
La page avance par négations successives : sans passé ni avenir, sans privation ni jouissance, sans désir ni crainte, dépouillé de toute autre affection. Rousseau ne décrit pas un contenu, il en retire un à un. Le premier geste de l'interprétation est de nommer cette opération — une soustraction — et de demander ce qu'elle laisse.
Ce qui reste n'est pas une idée ni un souvenir, mais un affect sans objet : « le sentiment de l'existence ». La formule est déjà une thèse. Elle ne dit pas que Rousseau pense qu'il existe ; elle dit qu'il l'éprouve, et que cet éprouver se suffit. Le mot « sentiment » y porte tout le poids de l'argument.
Chez Descartes, l'existence du sujet s'établit par un acte de pensée qui se saisit lui-même. Ici, aucune démonstration : c'est un affect, et un affect vidé de tout contenu particulier, qui donne le sujet à lui-même. Le sentir cesse d'accompagner le penser pour occuper sa place. C'est là que le texte engage la conception de la vie sensible qui traverse tout le thème.
« Le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée » : la conscience obtenue n'est pas une suite d'instants comptables, mais une continuité sans repères. Le texte oppose ainsi une durée éprouvée à un temps mesuré — distinction que la philosophie de la fin du XIXe siècle reprendra pour son compte, et qu'il est légitime de signaler à condition de ne pas la prêter à Rousseau.
L'enjeu n'est pas le bonheur du promeneur mais le statut du sentir. Si l'on peut se savoir exister par le seul fait d'être affecté, alors la sensibilité n'est plus seulement ce que la raison doit régler : elle est une voie d'accès à soi. Le texte fonde par avance la revendication que le programme date du XVIIIe siècle.
Résultat : L'enjeu majeur du texte est le renversement du rapport entre sentir et connaître. En retirant un à un tous les contenus de la conscience, Rousseau ne trouve pas une pensée mais un affect — « le sentiment de l'existence » —, et cet affect suffit à donner le sujet à lui-même. Le sentir cesse d'être l'accompagnement trouble de la pensée pour devenir le lieu où le moi se rejoint. Une copie qui se contente de dire que Rousseau est heureux au bord du lac a raconté le texte ; une copie qui montre la soustraction, nomme le reste et discute son statut a interprété.
Erreurs fréquentes
Révision active
Rédigez une réfutation, puis sa limite. Un lecteur soutient : « les passions sont toujours à combattre, puisqu'on les subit ». Appuyez-vous sur l'article 211 des Passions de l'âme et sur ce que le programme nomme « la formation des sentiments moraux » pour réfuter cette thèse en un paragraphe ; indiquez ensuite, en trois phrases, ce qui reste malgré tout défendable dans la position réfutée.
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Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme d'enseignement de spécialité « Humanités, littérature et philosophie », classe terminale — objet d'étude « La recherche de soi », entrée « Les expressions de la sensibilité » (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, Cinquième promenade (1782) — texte intégral en ligne (Wikisource — la bibliothèque libre)
Les modes de restitution du sensible
De l'expérience privée au langage commun
Vocabulaire
→ CartesTexte : Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du mal (1861). Le sonnet s'ouvre sur « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles ; / L'homme y passe à travers des forêts de symboles / Qui l'observent avec des regards familiers » ; le deuxième quatrain affirme, après avoir évoqué « de longs échos qui de loin se confondent / Dans une ténébreuse et profonde unité », que « les parfums, les couleurs et les sons se répondent » ; le premier tercet énumère des parfums « frais comme des chairs d'enfants, / Doux comme les hautbois, verts comme les prairies ». Question d'interprétation littéraire : par quels moyens ce poème fait-il de la sensation une voie de connaissance ?
Aucun « je » ne dit ici ce qu'il éprouve, et aucun narrateur n'analyse un sentiment : le poème relève du mode symbolique. Le constater d'emblée écarte la lecture lyrique, qui chercherait en vain une confidence, et oriente l'analyse vers ce que le texte fait de la sensation elle-même.
Le temple, les « vivants piliers », les « confuses paroles », les « forêts de symboles » : la nature est donnée d'emblée comme un texte, obscur mais lisible. L'homme n'y contemple pas, il « y passe », et il y est regardé. La sensation se trouve ainsi rangée, dès le premier quatrain, du côté du signe plutôt que du côté de l'impression.
« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » énonce l'équivalence ; le tercet la met en œuvre. Un parfum est dit « doux comme les hautbois », donc traduit en son ; puis « vert comme les prairies », donc traduit en couleur. Le poème ne compare pas des objets, il fait passer une sensation d'un sens à l'autre, et rend ce passage sensible au lecteur.
L'alexandrin régulier, les rimes du quatrain et la reprise des sonorités dans « de longs échos qui de loin se confondent » produisent, dans l'oreille, l'unité que le vers suivant nomme. La forme ne décore pas la thèse : elle en donne l'expérience, ce qui est exactement l'attendu d'une interprétation littéraire.
Si les sensations se répondent, alors sentir n'est plus recevoir passivement des impressions séparées : c'est apercevoir des relations, donc une « ténébreuse et profonde unité ». La sensibilité cesse d'être l'obstacle du savoir pour en devenir l'organe. C'est cette conversion qu'il faut nommer, et non le seul plaisir des images.
Résultat : Le poème fait de la sensation une voie de connaissance par trois moyens solidaires : une métaphore inaugurale qui présente la nature comme un texte à déchiffrer, une synesthésie qui fait circuler la sensation d'un sens à l'autre au lieu de la laisser cloisonnée, et une forme — mètre, rimes, échos sonores — qui donne au lecteur l'expérience de l'unité qu'elle affirme. L'enjeu majeur est le changement de statut du sentir : de réception passive, il devient déchiffrement. Une copie qui se contente d'admirer les images n'a pas atteint la thèse ; une copie qui montre comment le texte fait de la sensation un signe l'a atteinte.
Erreurs fréquentes
Révision active
Prenez une même situation intime — par exemple apprendre une nouvelle qui bouleverse. Rédigez-en trois versions de six à huit lignes chacune, sur trois des modes que le programme distingue : direct, avec un « je » qui dit ; indirect, où le narrateur prête sa grammaire aux pensées du personnage ; analytique, où le narrateur nomme et suit le développement de l'affect. Indiquez ensuite en trois phrases ce que chaque mode fait gagner et ce qu'il fait perdre.
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Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Alphonse de Lamartine, « Le Lac », Méditations poétiques, édition originale de 1820 (dixième méditation, intitulée « Le Lac de B*** ») (Wikisource — la bibliothèque libre) · Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du mal, édition de 1861 (section « Spleen et Idéal ») (Wikisource — la bibliothèque libre)
Explorer la vie sensible au XIXe et au XXe siècle
Moi fondamental et moi superficiel selon Bergson
Vocabulaire
→ CartesTexte : Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), conclusion. Bergson y décrit une « réflexion approfondie, qui nous fait saisir nos états internes comme des êtres vivants, sans cesse en voie de formation, comme des états réfractaires à la mesure, qui se pénètrent les uns les autres, et dont la succession dans la durée n'a rien de commun avec une juxtaposition dans l'espace homogène ». Il ajoute : « Mais les moments où nous nous ressaisissons ainsi nous-mêmes sont rares, et c'est pourquoi nous sommes rarement libres. La plupart du temps, nous vivons extérieurement à nous-mêmes, nous n'apercevons de notre moi que son fantôme décoloré, ombre que la pure durée projette dans l'espace homogène. » Question d'interprétation philosophique : pourquoi la description exacte de la vie intérieure est-elle, pour Bergson, une question de liberté ?
Deux régimes s'opposent terme à terme : d'un côté des états « en voie de formation » qui « se pénètrent », de l'autre une « juxtaposition dans l'espace homogène » ; d'un côté la « pure durée », de l'autre son « ombre ». Toute l'interprétation tient dans le repérage de ce couple, car c'est lui qui portera l'argument sur la liberté.
Les états sont dits « réfractaires à la mesure ». Mesurer suppose des unités séparées, égales et extérieures les unes aux autres. Or ce que la conscience contient ne se laisse ni séparer ni répéter : chaque état est modifié par ceux qui le précèdent. Compter des états revient donc à les remplacer d'abord par autre chose qu'eux.
« Fantôme décoloré », « ombre que la pure durée projette » : Bergson ne dit pas que le moi superficiel est faux, il dit qu'il est une projection — la même chose vue dans un autre milieu, et appauvrie par lui. La métaphore optique fait tout le travail : une ombre ressemble, mais elle a perdu une dimension.
C'est le pas décisif du texte. Si je ne me connais que par ma projection spatiale, mes actes m'apparaissent comme les effets de causes juxtaposées, donc comme prévisibles ; agir librement suppose au contraire que l'acte émane de la durée entière, c'est-à-dire de tout ce que je suis devenu. La rareté des moments de ressaisissement explique alors la rareté des actes libres.
Le passage n'idéalise pas cette ressaisie : elle est « rare », et Bergson note ailleurs que le moi découpé « se prête infiniment mieux aux exigences de la vie sociale en général et du langage en particulier ». Autrement dit, l'obstacle n'est pas une faiblesse individuelle mais l'instrument même dont nous disposons pour nous dire. Le signaler évite de conclure trop vite à un simple appel à l'introspection.
L'enjeu majeur est que la question psychologique — comment décrire ce que j'éprouve ? — est immédiatement une question pratique. Une description qui spatialise le moi produit un sujet déterminé ; une description qui respecte la durée rend l'acte libre pensable. La forme de la description engage la conception de l'agent.
Résultat : Pour Bergson, décrire exactement la vie intérieure et se rendre libre sont un seul et même problème. Nos états se pénètrent et sont « réfractaires à la mesure » ; les représenter comme des unités juxtaposées dans un espace homogène revient à n'en saisir que « l'ombre », un moi projeté dont les actes semblent enchaînés par des causes extérieures. La liberté suppose l'autre description, celle qui rapporte l'acte à la durée entière du sujet — d'où la conclusion du texte : ces moments étant rares, « nous sommes rarement libres ». L'enjeu majeur n'est donc pas psychologique mais pratique : la manière dont on décrit un sujet décide de ce dont on le tient pour capable.
Erreurs fréquentes
Révision active
Rédigez une objection, puis votre réponse à cette objection. L'objection : « si le moi fondamental échappe aux mots, en parler le trahit déjà ; toute description du vécu est donc vaine ». Appuyez-vous sur ce que le programme nomme les rapports entre l'expérience privée et le langage commun, et sur l'argument du langage privé de Wittgenstein. Comptez six à dix lignes pour chaque temps, et terminez par la thèse que vous soutiendriez dans un essai.
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Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), Conclusion — texte intégral en ligne (Wikisource — la bibliothèque libre) · « Private Language » — exposé de l'argument du langage privé de Wittgenstein (Recherches philosophiques, paragraphe 243) (Stanford Encyclopedia of Philosophy (en anglais)) · Programme d'enseignement de spécialité « Humanités, littérature et philosophie », classe terminale — objet d'étude « La recherche de soi », entrée « Les expressions de la sensibilité » (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale)
La période de référence : du romantisme au XXe siècle
L'émotion esthétique et la sacralisation de l'art
Vocabulaire
→ CartesTexte : Victor Hugo, préface des Contemplations (1856). Hugo y présente son recueil comme « ce qu'on pourrait appeler, si le mot n'avait quelque prétention, les Mémoires d'une âme », affirme que « nul de nous n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui », invite le lecteur — « Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y » — et répond à ceux qui reprochent aux écrivains de dire moi : « quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! » Essai littéraire : l'expression d'une sensibilité singulière peut-elle valoir pour tous ?
Hugo répond à une objection qu'il rapporte : on reproche aux écrivains de dire moi. La question de l'essai naît donc du texte, comme l'exige l'épreuve. La difficulté est nette : ce que j'éprouve n'appartient qu'à moi, et pourtant Hugo prétend qu'en le disant il parle de son lecteur. L'essai doit examiner cette prétention plutôt que l'admirer.
On peut soutenir que le singulier ne se transmet pas. Ma peur, mon deuil, ma joie ont un objet, une histoire, un corps qui ne sont pas les vôtres ; c'est d'ailleurs l'objection que Wittgenstein pousse à sa limite en montrant qu'un langage renvoyant aux seules sensations du locuteur n'aurait aucun critère. À ce compte, « les Mémoires d'une âme » ne seraient lisibles que par cette âme.
Hugo n'affirme pas que ses sentiments sont les nôtres ; il propose un « miroir ». Le mot désigne un dispositif, non un contenu : le poème donne une forme dans laquelle un autre affect que celui de l'auteur peut venir se loger. C'est le déplacement décisif — ce qui est communiqué n'est pas l'émotion mais la forme qui permet d'en éprouver une.
La confrontation confirme et corrige. Chez Baudelaire, « Correspondances » ne raconte aucune expérience privée et communique pourtant une manière de sentir ; chez Proust, au contraire, une sensation strictement singulière — un goût — devient exemplaire parce que le livre en dégage la loi. Deux voies distinctes vers la même généralité : par la forme, ou par l'analyse du cas.
La généralité n'est jamais acquise d'avance. Elle suppose un lecteur qui accepte le miroir, et une communauté de langue et de références : le « nous » de Hugo est daté, masculin, français, romantique. Reconnaître cette limite n'affaiblit pas la réponse, elle la rend défendable — et c'est le genre de restriction que le sujet appelle.
L'expression d'une sensibilité singulière ne vaut pas pour tous en droit ; elle peut valoir pour d'autres en fait, à condition de passer par une forme partageable. C'est pourquoi le travail littéraire — le mètre, l'image, le rythme, la composition — n'est pas un ornement de la confidence : c'est ce qui la rend transmissible.
Résultat : La réponse défendable est une réponse conditionnelle. La singularité d'un affect ne se transmet pas telle quelle, et l'objection du caractère privé de l'expérience reste solide. Mais Hugo ne prétend pas transmettre son émotion : il tend un « miroir », c'est-à-dire une forme dans laquelle le lecteur loge la sienne. L'expression d'une sensibilité singulière vaut donc pour d'autres dans la mesure exacte où elle a été mise en forme dans une langue partagée — et elle cesse de valoir dès que cette langue ou cette expérience commune manque. La formule « quand je vous parle de moi, je vous parle de vous » n'est pas une évidence : c'est une thèse dont l'essai doit établir la portée et les limites.
Erreurs fréquentes
Révision active
Construisez votre socle personnel de repères. Retenez huit entrées seulement, réparties ainsi : trois œuvres littéraires, une par tiers de la période ; trois textes de philosophie ou de psychologie ; deux références prises aux arts ou à l'esthétique. Pour chacune, écrivez une seule ligne — titre, date, et la thèse qu'elle vous permet de soutenir. Vérifiez pour finir que deux de vos huit entrées au moins peuvent être confrontées sur une même notion, et écrivez la phrase qui les relie.
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Sources : Programme d'enseignement de spécialité « Humanités, littérature et philosophie », classe terminale — objet d'étude « La recherche de soi », entrée « Les expressions de la sensibilité » (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Victor Hugo, préface des Contemplations (1856) : « les Mémoires d’une âme » — texte intégral en ligne (Wikisource — la bibliothèque libre) · Lamartine et les Méditations poétiques — notice des Essentiels de la littérature (Bibliothèque nationale de France — Gallica, Les Essentiels)
L'épreuve écrite de HLP
De la paraphrase à l'interprétation
Vocabulaire
→ CartesSujet. Texte : Alphonse de Lamartine, « Le Lac », Méditations poétiques (1820). Revenu seul au bord du lac où il était venu l'année précédente avec la femme aimée, le poète interroge le lieu — « Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière […] Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre / Où tu la vis s'asseoir ! » — puis rapporte la prière qu'elle y prononça : « Ô temps ! suspends ton vol ; et vous, heures propices, / Suspendez votre cours : / Laissez-nous savourer les rapides délices / Des plus beaux de nos jours ! » Première partie, interprétation littéraire : comment le poème fait-il entendre l'impuissance du désir ? Seconde partie, essai philosophique : le temps vécu se mesure-t-il ?
Ici l'interprétation est annoncée littéraire et l'essai philosophique ; la répartition inverse est possible sur un autre sujet et se lit au même endroit. Repérer d'emblée qui reçoit quoi évite l'erreur la plus coûteuse : traiter l'essai comme un second commentaire, ou l'interprétation comme une dissertation.
L'intitulé donne l'affect — l'impuissance du désir — et demande comment le poème le fait entendre. On ne relèvera donc pas tout : on retiendra ce qui produit cet effet précis. Une bonne copie annonce en deux lignes la lecture qu'elle va établir, puis l'établit.
Trois appuis suffisent et se tiennent. L'apostrophe « Ô temps ! » adresse une prière à ce qui ne peut ni entendre ni consentir : le destinataire choisi condamne d'avance la demande. Les impératifs « suspends », « suspendez » disent l'ordre là où le poète n'a aucun pouvoir. Enfin la prière n'est pas prononcée par le poète mais rapportée d'une autre voix, et à l'imparfait du souvenir : le désir est déjà passé au moment où on le lit.
La question « le temps vécu se mesure-t-il ? » n'est pas plaquée : elle sort du vers « Laissez-nous savourer les rapides délices ». Rapides par rapport à quoi ? Un même intervalle passe vite quand on est heureux et n'en finit pas quand on attend. Le texte pose donc, sans le nommer, l'écart entre le temps compté et le temps éprouvé.
On accordera d'abord que le temps se mesure : les heures du poème sont des heures d'horloge, et sans cette mesure commune aucun rendez-vous ne serait possible. On objectera ensuite que ce qui est mesuré n'est pas ce qui est vécu — Bergson soutient que nos états « se pénètrent les uns les autres » et sont « réfractaires à la mesure ». On soutiendra pour finir que les deux ne sont pas concurrents : la mesure est l'instrument par lequel une vie privée devient communicable, au prix d'une perte que le poème, lui, refuse d'accepter.
Les deux développements doivent être « d'ampleur comparable ». Une répartition tenable réserve une demi-heure à la lecture et aux deux intitulés, puis un peu moins de deux heures à chaque exercice, relecture comprise. Sacrifier l'essai après avoir soigné l'interprétation revient à renoncer à la moitié des points.
Résultat : Le sujet se traite en deux copies distinctes, notées chacune sur 10. Pour l'interprétation, l'enjeu retenu est que le poème ne dit pas seulement l'impuissance du désir, il la met en scène : la prière s'adresse au temps, c'est-à-dire à ce qui ne peut pas répondre ; elle emploie l'impératif là où le locuteur n'a aucun pouvoir ; et elle est rapportée d'une voix disparue, de sorte que le lecteur l'entend déjà comme perdue. Pour l'essai, la réponse défendable est double : le temps vécu se mesure, mais la mesure ne porte pas sur ce qui est vécu — elle rend l'expérience communicable au prix de ce qui en faisait la qualité, ce que la prière du poème refuse précisément d'accepter. Dans les deux cas, ce qui est évalué n'est pas la quantité de connaissances mobilisées mais la conduite du raisonnement.
Erreurs fréquentes
Révision active
Évaluez, puis réécrivez. Voici deux ouvertures rédigées par des élèves sur la question « Nos sentiments nous renseignent-ils sur nous-mêmes ? ». La première : « Depuis toujours, les hommes s'interrogent sur leurs sentiments. Nous verrons d'abord que…, ensuite que…, enfin que… ». La seconde : « Dire qu'un sentiment me renseigne suppose qu'il porte une information sur moi ; or il peut aussi se tromper sur son propre objet. » Expliquez en quelques lignes laquelle engage un questionnement et pourquoi, puis réécrivez l'autre en deux phrases de manière qu'elle pose un problème.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Définition de l'épreuve terminale de spécialité « Humanités, littérature et philosophie » — version consolidée en vigueur à compter de la session 2024 (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Sujet zéro n° 2 commenté (2020) : éléments d'évaluation de l'interprétation et de l'essai — attention, la page de périmètre de ce document imprime le programme limitatif abrogé depuis la session 2024 (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Mémento du cadre réglementaire des évaluations au baccalauréat (septembre 2025) — tableau des coefficients : « Épreuve de spécialité 1 : 16 » et « Épreuve de spécialité 2 : 16 » en voie générale (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale)
Vérifié · 06/2026Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres
Références et sources
Éduscol — ministère de l'Éducation nationale
Wikisource — la bibliothèque libre
Stanford Encyclopedia of Philosophy (en anglais)
Bibliothèque nationale de France — Gallica, Les Essentiels
Voir aussi