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Fiches/SES — Sciences économiques et sociales/Comment lutter contre le chômage ?
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Comment lutter contre le chômage ?

Ce questionnement de science économique tient en une chaîne : mesurer d'abord (chômeur au sens du BIT, taux de chômage et taux d'emploi, halo, sous-emploi), diagnostiquer ensuite — chômage conjoncturel né d'une insuffisance de la demande globale, chômage structurel né des problèmes d'appariement, des asymétries d'information et des institutions du marché du travail —, traiter enfin, car chaque cause appelle sa politique : soutien de la demande globale pour la première ; allègement du coût du travail, formation et flexibilisation pour la seconde. Ce questionnement fait partie des neuf retenus par le programme d'examen : il est pleinement évaluable à l'épreuve écrite de terminale, en dissertation comme en épreuve composée.

5 sections·~44 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0333 / 12
Profil d’examen
Savoir définir le chômage et le sous-emploi et connaître les indicateurs de taux de chômage et de taux d'emploi.Comprendre que les problèmes d'appariements (frictions, inadéquations spatiales et de qualifications) et les asymétries d'information (salaire d'efficience) sont des sources de chômage structurel.Comprendre les effets (positifs ou négatifs) des institutions sur le chômage structurel (notamment salaire minimum et règles de protection de l'emploi).Comprendre les effets des fluctuations de l'activité économique sur le chômage conjoncturel.Connaître les principales politiques mises en œuvre pour lutter contre le chômage : politiques macroéconomiques de soutien de la demande globale, politiques d'allègement du coût du travail, politiques de formation et politiques de flexibilisation pour lutter contre les rigidités du marché du travail.
Opérateurs :définirdistinguermesurercalculerinterpréterexpliquerjustifierillustrer

niveau de base

Verrouiller d'abord les définitions et la mesure (chômeur au sens du BIT, taux de chômage = chômeurs / population active, distinction chômage / halo / sous-emploi), puis la grande opposition conjoncturel (déficit de demande) / structurel (fonctionnement du marché du travail) et les deux familles de politiques (soutien de la demande globale ; politiques structurelles).

niveau approfondi

Approfondir les mécanismes : modèle offre / demande de travail avec salaire-plancher au-dessus de l'équilibre, théorie du salaire d'efficience (Shapiro-Stiglitz, Akerlof), modèle d'appariement et courbe de Beveridge (Diamond-Mortensen-Pissarides), NAIRU, ainsi que la nuance des politiques (effets, limites, effets pervers, flexicurité) pour nourrir une dissertation argumentée et nuancée.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Comment lutter contre le chômage ?
    • 01Mesurer le chômage : indicateurs, halo et sous-emploi○
    • 02Les causes conjoncturelles : l'insuffisance de la demande globale◐
    • 03Les causes structurelles : frictions, asymétries d'information et institutions●
    • 04Les politiques de soutien de la demande globale◐
    • 05Les politiques structurelles : coût du travail, formation et flexibilité●

5 sections · 25 points clés · 8 formules · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Mesurer le chômage : indicateurs, halo et sous-emploi#

~9 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Lutter-contre-le-chômageBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

De la population totale aux chômeurs : emboîtement des catégories

De la population active aux chômeurs (BIT)Arbre de probabilité, 3 chemins, Données: Population active → Actifs occupés → dont sous-emploi; Population active → Chômeurs (BIT); Inactifs → dont halo du chômageActifs occupésPopulation activeInactifsPopulation en âge de travaillerdont sous-emploiChômeurs (BIT)dont halo du chômage
Fig. 1La population active = actifs occupés + chômeurs au sens du BIT. Le halo (inactifs souhaitant travailler) borde les chômeurs sans en faire partie ; le sous-emploi concerne, lui, certains actifs OCCUPÉS.

Points clés

Un chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui réunit SIMULTANÉMENT trois conditions : être sans emploi (n'avoir pas travaillé, même une heure, durant la semaine de référence), être DISPONIBLE pour prendre un emploi dans les quinze jours, et avoir effectué une RECHERCHE active au cours des quatre dernières semaines. Cette définition harmonisée est mesurée en France par l'enquête Emploi de l'INSEE ; elle se distingue des catégories administratives de demandeurs d'emploi inscrits (catégories A, B, C…), dont le périmètre est différent.
La population active regroupe les actifs occupés (personnes ayant un emploi) et les chômeurs (au sens du BIT) ; elle EXCLUT les inactifs (étudiants, retraités, personnes au foyer ne recherchant pas d'emploi). Le taux de chômage est la part des chômeurs dans la population active : taux de choˆmage=choˆmeurspopulation active\text{taux de chômage} = \dfrac{\text{chômeurs}}{\text{population active}}taux de choˆmage=population activechoˆmeurs​. Le taux d'emploi, lui, rapporte les actifs occupés à la population en âge de travailler (souvent les 15–64 ans) : c'est un indicateur complémentaire qui ne dépend pas du découpage actif / inactif.
Le HALO du chômage (ou « halo autour du chômage ») désigne les personnes inactives au sens du BIT mais proches du marché du travail : elles souhaitent travailler mais ne sont pas comptées comme chômeurs car il leur manque l'un des trois critères (par exemple elles souhaitent un emploi mais ne le recherchent pas activement, ou ne sont pas immédiatement disponibles). Le halo révèle que la frontière chômage / inactivité est poreuse et que le taux de chômage sous-estime le « sous-emploi » potentiel de la main-d'œuvre.
Le SOUS-EMPLOI concerne, lui, des personnes qui ONT un emploi mais involontairement à temps partiel (elles souhaiteraient travailler davantage et sont disponibles pour cela) ou en chômage technique / partiel. Le sous-emploi n'est donc PAS du chômage : la personne est active occupée. Mesurer le « volume » réel de sous-utilisation de la main-d'œuvre suppose d'additionner chômage, halo et sous-emploi — d'où l'intérêt de croiser plusieurs indicateurs plutôt que de s'en tenir au seul taux de chômage.
Un troisième taux complète le tableau : le TAUX D'ACTIVITÉ rapporte la population active à la population en âge de travailler et mesure la participation au marché du travail. Un pays peut afficher un taux de chômage flatteur simplement parce que des personnes sans emploi ont cessé de chercher et sont sorties du dénominateur. C'est pourquoi les comparaisons internationales s'appuient volontiers sur le taux d'emploi : lui ne dépend pas de la frontière, conventionnelle et mouvante, entre chômage et inactivité. Règle de lecture : un taux de chômage ne s'interprète jamais seul.
Trois précautions pour finir. Le taux de chômage des 15-24 ans ne dit PAS qu'un jeune sur cinq est au chômage : son dénominateur est la seule population active de cette tranche d'âge, or la plupart des jeunes sont scolarisés, donc inactifs ; pour raisonner sur la classe d'âge entière il faut la part de chômage, bien plus basse, que l'INSEE publie aussi. La DURÉE ensuite : un chômeur de longue durée l'est depuis un an ou plus, et à taux égal des épisodes courts et nombreux n'appellent pas les mêmes remèdes que des épisodes longs et rares. La PRÉCISION enfin : le taux est estimé sur un échantillon, et l'INSEE publie l'intervalle de confiance qui l'accompagne — commenter chaque dixième de point est une faute de méthode.

Vocabulaire

→ Cartes
  • chômeur au sens du BITPersonne de 15 ans ou plus sans aucun emploi durant la semaine de référence, disponible sous quinze jours et ayant recherché activement un emploi au cours des quatre dernières semaines.
  • population activeEnsemble formé par les actifs occupés et les chômeurs ; c'est le dénominateur du taux de chômage, et il exclut tous les inactifs.
  • taux d'emploiPart des personnes ayant un emploi dans la population en âge de travailler ; indicateur indépendant de la frontière entre chômage et inactivité.
  • halo autour du chômagePersonnes inactives au sens du BIT mais proches de l'emploi : elles souhaitent travailler sans réunir les trois critères, et ne sont donc pas comptées comme chômeurs.
  • sous-emploiSituation d'un actif OCCUPÉ qui travaille moins qu'il ne le souhaite : temps partiel subi ou activité partielle. Ce n'est pas du chômage.
  • chômage de longue duréeSituation d'un chômeur inscrit dans cet état depuis un an ou plus ; indicateur de la difficulté à sortir du chômage, distinct de son niveau.

Population active

Population active=actifs occupeˊs+choˆmeurs (BIT)\text{Population active} = \text{actifs occupés} + \text{chômeurs (BIT)}Population active=actifs occupeˊs+choˆmeurs (BIT)

Seuls les actifs (occupés ou au chômage) entrent dans la population active ; les inactifs (étudiants, retraités, etc.) en sont exclus.

Taux de chômage

Taux de choˆmage=nombre de choˆmeurspopulation active×100\text{Taux de chômage} = \frac{\text{nombre de chômeurs}}{\text{population active}} \times 100Taux de choˆmage=population activenombre de choˆmeurs​×100

Le dénominateur est la population ACTIVE (et non la population totale ni la population en âge de travailler) : c'est l'erreur la plus fréquente.

Taux d'emploi

Taux d’emploi=actifs occupeˊspopulation en aˆge de travailler×100\text{Taux d'emploi} = \frac{\text{actifs occupés}}{\text{population en âge de travailler}} \times 100Taux d’emploi=population en aˆge de travailleractifs occupeˊs​×100

Indicateur complémentaire : il rapporte les personnes en emploi à l'ensemble des 15–64 ans, indépendamment du fait d'être actif ou inactif.

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Exemple corrigé

Calculer et interpréter le taux de chômage et le taux d'emploi

Dans une économie fictive, on relève 27 millions d'actifs occupés et 3 millions de chômeurs au sens du BIT ; la population des 15–64 ans s'élève à 40 millions de personnes. 1) Déterminer la population active. 2) Calculer le taux de chômage. 3) Calculer le taux d'emploi des 15–64 ans. 4) Préciser où se situent, dans cette comptabilité, 1,5 million d'inactifs souhaitant travailler mais ne recherchant pas activement un emploi.

  1. 01Calculer la population active

    La population active additionne les actifs occupés et les chômeurs au sens du BIT.

    population active=27+3=30 millions\text{population active} = 27 + 3 = 30 \text{ millions}population active=27+3=30 millions
  2. 02Calculer le taux de chômage

    On rapporte le nombre de chômeurs à la population active (et non à la population totale).

    taux de choˆmage=330×100=10 %\text{taux de chômage} = \frac{3}{30} \times 100 = 10\,\%taux de choˆmage=303​×100=10%
  3. 03Calculer le taux d'emploi

    Le taux d'emploi rapporte les actifs OCCUPÉS à la population en âge de travailler (les 40 millions de 15–64 ans).

    taux d’emploi=2740×100=67,5 %\text{taux d'emploi} = \frac{27}{40} \times 100 = 67{,}5\,\%taux d’emploi=4027​×100=67,5%
  4. 04Situer les 1,5 million d'inactifs souhaitant travailler

    Ces personnes sont INACTIVES au sens du BIT (il leur manque la recherche active), mais proches de l'emploi : elles relèvent du HALO du chômage. Elles ne sont donc PAS comptées parmi les 3 millions de chômeurs, et n'affectent pas le taux de chômage de 10 %. Leur prise en compte montrerait une sous-utilisation de la main-d'œuvre plus élevée que ce que suggère le seul taux de chômage.

Résultat : Population active = 30 millions ; taux de chômage = 10 % ; taux d'emploi des 15–64 ans = 67,5 %. Les 1,5 million d'inactifs désirant travailler appartiennent au halo du chômage et ne figurent pas dans le taux de chômage, qui sous-estime donc la sous-utilisation réelle de la main-d'œuvre.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (épreuve composée, partie 1 — mobilisation des connaissances, 4 points, UNE question sans document) : restituer les trois critères du chômeur au sens du BIT — sans emploi, disponible sous quinze jours, en recherche active au cours des quatre dernières semaines — puis distinguer chômage, halo et sous-emploi. Sur cette partie, une définition exacte vaut mieux qu'un long développement.
  • Objectif Bac (partie 2 — étude d'un document, 6 points, DEUX questions sur un document statistique d'au plus 120 données chiffrées) : calculer un taux de chômage et un taux d'emploi à partir d'effectifs. Ce sont des proportions, donc des calculs explicitement exigibles par le programme. La calculatrice est interdite, comme l'indique chaque sujet récent : entraînez-vous sur des données rondes et posez toujours le dénominateur avant de diviser.
  • Objectif Bac (partie 2) : distinguer, dans le commentaire d'une série chronologique, la variation en POINTS de pourcentage et le taux de variation. Passer de 7,5 % à 8,0 %, c'est +0,5 point et environ +6,7 % : les deux lectures sont justes, les confondre ne l'est pas, et c'est précisément ce que la deuxième question de la partie 2 vient vérifier.
  • Objectif Bac (dissertation ou partie 3) : la mesure est rarement le sujet à elle seule, mais elle fournit l'entrée en matière et la nuance. Ouvrir sur le halo et le sous-emploi montre d'emblée que vous savez ce que le taux de chômage ne dit pas — et vous donne une conclusion toute prête sur les limites de l'indicateur.
  • Objectif Bac : savoir dire d'où vient le chiffre. Le taux de chômage au sens du BIT vient de l'enquête Emploi de l'INSEE ; les demandeurs d'emploi inscrits en catégories A, B et C sont un décompte administratif publié par la DARES et France Travail. Les deux séries ne se superposent pas et n'évoluent pas toujours dans le même sens ; un document d'épreuve précise toujours laquelle il donne, et le préciser à votre tour est un marqueur de sérieux.

Erreurs fréquentes

  • Calculer le taux de chômage en divisant les chômeurs par la population TOTALE, ou par la population en âge de travailler, au lieu de la population ACTIVE. Le dénominateur correct est « actifs occupés + chômeurs » ; divisé par la population des 15-64 ans, on obtient autre chose, qui n'a pas de nom dans le programme.
  • Confondre halo du chômage et sous-emploi. Le halo regroupe des INACTIFS proches de l'emploi (ils souhaitent travailler mais il leur manque un des trois critères) ; le sous-emploi concerne des actifs OCCUPÉS, à temps partiel subi ou en activité partielle. Ni l'un ni l'autre n'entre dans le décompte des chômeurs au sens du BIT.
  • Lire le taux de chômage des jeunes comme la part des jeunes au chômage. Le premier a pour dénominateur la seule population active des 15-24 ans, dont les étudiants sont exclus ; le second rapporte les chômeurs à toute la classe d'âge et est bien plus faible. Écrire « un jeune sur cinq est au chômage » à partir du premier indicateur est faux.
  • Exprimer une évolution en points de pourcentage et l'appeler un pourcentage, ou l'inverse. De 10 % à 9 %, le taux perd 1 POINT et baisse de 10 %. Choisissez la formulation qui répond à la question posée, et nommez-la.
  • Déduire d'une hausse du taux d'emploi une baisse du chômage. Les deux taux n'ont pas le même dénominateur : si des inactifs entrent sur le marché du travail, l'emploi et le chômage peuvent progresser ensemble. Le sens de variation de l'un ne détermine pas celui de l'autre.

§ 01

Révision active

Dans une économie fictive, on dénombre 27 millions d'actifs occupés, 3 millions de chômeurs au sens du BIT, et une population des 15-64 ans de 40 millions de personnes. 1) Calculer la population active. 2) Calculer le taux de chômage. 3) Calculer le taux d'emploi des 15-64 ans. 4) On apprend que 1,5 million de personnes inactives souhaitent travailler sans rechercher activement un emploi : à quelle catégorie statistique appartiennent-elles, et le taux de chômage les comptabilise-t-il ? 5) L'année suivante, le taux de chômage passe de 10 % à 9 % : exprimez cette évolution en points de pourcentage, puis en taux de variation, et expliquez comment le NOMBRE de chômeurs a pu, malgré cette baisse du taux, ne pas diminuer.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Les causes conjoncturelles : l'insuffisance de la demande globale#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Lutter-contre-le-chômageBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

Le cercle vicieux du chômage conjoncturel

Le cercle vicieux du chômage conjoncturelGraphe, ↓ Demande globale → ↓ Production, ↓ Production → ↓ Emploi (↑ chômage), ↓ Emploi (↑ chômage) → ↓ Revenus et consommation, ↓ Revenus et consommation → ↓ Demande globale↓ Demandeglobale↓ Production↓ Emploi (↑chômage)↓ Revenus etconsommation
Fig. 2Une baisse de la demande globale enclenche une spirale récessive : moins de production, moins d'emploi, moins de revenus, donc moins de consommation — ce qui déprime à nouveau la demande.

Points clés

Le chômage CONJONCTUREL résulte des fluctuations de l'activité économique : il apparaît lors des phases de ralentissement ou de récession, quand la DEMANDE GLOBALE (consommation des ménages + investissement des entreprises + dépenses publiques + exportations nettes) est insuffisante. Les entreprises, faute de débouchés, réduisent leur production, donc leurs embauches, et licencient : le chômage augmente faute de demande adressée à l'économie. Ce chômage est lié au cycle économique et, en principe, transitoire.
L'analyse keynésienne fonde cette lecture : pour J. M. Keynes, le niveau de production et d'emploi est déterminé par la DEMANDE EFFECTIVE anticipée par les entreprises. Si les agents anticipent une demande faible, l'économie peut se stabiliser durablement à un niveau d'activité inférieur au plein-emploi (équilibre de sous-emploi). Le chômage conjoncturel est alors INVOLONTAIRE : il ne vient pas d'un salaire « trop élevé » que les chômeurs refuseraient de baisser, mais d'un manque global de débouchés.
Mécanisme cumulatif : une baisse de la demande réduit la production et l'emploi ; le recul de l'emploi diminue les revenus distribués, donc la consommation, ce qui réduit encore la demande — c'est un cercle vicieux récessif. Symétriquement, un soutien de la demande peut enclencher un cercle vertueux via le MULTIPLICATEUR : une dépense supplémentaire génère des revenus qui sont en partie reconsommés, amplifiant l'effet initial sur le PIB et l'emploi.
Conséquence de politique économique : si le chômage est d'origine conjoncturelle (déficit de demande), la réponse adaptée est une politique de SOUTIEN DE LA DEMANDE GLOBALE (relance budgétaire et/ou monétaire). À l'inverse, ce diagnostic conjoncturel ne convient pas pour un chômage d'origine structurelle (lié au fonctionnement même du marché du travail) : poser le bon diagnostic — conjoncturel ou structurel — est le préalable au choix de la politique.
La relation entre activité et chômage a une formulation empirique, la LOI D'OKUN : le chômage recule quand la croissance dépasse un certain seuil, et progresse quand elle passe en dessous. Ce seuil n'est pas nul, et la raison est instructive : la productivité du travail augmente, si bien que produire la même chose demande chaque année un peu moins d'heures — une croissance faible mais positive peut donc déjà s'accompagner d'une hausse du chômage. C'est une régularité statistique, à lire et à interpréter sur un document, jamais à estimer.
Le chômage ne suit pas la conjoncture instantanément. Licencier coûte cher et détruit des compétences acquises dans l'entreprise : devant un choc jugé temporaire, l'employeur supprime d'abord les heures supplémentaires, l'intérim et les contrats courts, ou recourt à l'activité partielle — c'est la RÉTENTION DE MAIN-D'ŒUVRE, et le sous-emploi bouge avant le chômage. Symétriquement, quand l'emploi se raréfie, des personnes sans emploi renoncent à chercher et basculent dans le halo. Le printemps 2020 a réuni les deux : l'INSEE a expliqué que le confinement, en empêchant les démarches de recherche, avait fait BAISSER le taux de chômage mesuré au deuxième trimestre.
Enfin, un chômage conjoncturel qui dure cesse de l'être : c'est l'HYSTÉRÈSE. Les qualifications se dévalorisent, les réseaux se défont, et les employeurs trient sur la durée d'inactivité ; une part du chômage né d'un déficit de demande devient structurelle, que la seule relance ne résorbera plus. D'où l'argument décisif en faveur d'une réaction rapide, et l'interdiction de traiter les deux types de chômage comme des compartiments étanches.

Vocabulaire

→ Cartes
  • demande globaleSomme des demandes adressées à l'économie : consommation des ménages, investissement, dépenses publiques et solde des échanges extérieurs.
  • demande effectiveDemande que les entreprises ANTICIPENT et sur laquelle elles règlent leur production et leurs embauches ; notion centrale de l'analyse keynésienne.
  • chômage conjoncturelChômage lié aux fluctuations de l'activité, provoqué par une insuffisance de la demande globale et en principe résorbable avec la reprise.
  • loi d'OkunRégularité empirique reliant croissance et chômage : au-delà d'un certain taux de croissance le chômage recule, en deçà il progresse.
  • rétention de main-d'œuvreChoix d'une entreprise de conserver ses salariés lors d'un choc jugé temporaire, en ajustant les heures plutôt que les effectifs.
  • hystérèsePersistance du chômage au-delà de la cause qui l'a produit : un épisode long dévalorise les qualifications et convertit un chômage conjoncturel en chômage structurel.

Composantes de la demande globale

Demande globale=C+I+G+(X−M)\text{Demande globale} = C + I + G + (X - M)Demande globale=C+I+G+(X−M)

Consommation des ménages (CCC), investissement (III), dépenses publiques (GGG) et solde extérieur (exportations XXX moins importations MMM) : leur insuffisance déprime la production et l'emploi.

Multiplicateur keynésien (cas simple)

k=11−ck = \frac{1}{1 - c}k=1−c1​

Avec ccc la propension marginale à consommer, une dépense autonome supplémentaire accroît le PIB de kkk fois son montant : plus ccc est élevé, plus l'effet d'entraînement est fort.

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Exemple corrigé

Le multiplicateur keynésien : effet d'une relance sur le PIB et l'emploi

Dans une économie en bas de cycle, l'État engage une dépense publique supplémentaire de 10 milliards d'euros. La propension marginale à consommer des ménages est c=0,6c = 0{,}6c=0,6 (ils dépensent 60 % de tout revenu supplémentaire et en épargnent 40 %). 1) Calculer le multiplicateur keynésien. 2) En déduire la variation totale du PIB. 3) Expliquer en quoi cela peut réduire le chômage conjoncturel, puis citer une limite.

  1. 01Calculer le multiplicateur

    Le multiplicateur simple s'écrit k=11−ck = \dfrac{1}{1 - c}k=1−c1​, où ccc est la propension marginale à consommer.

    k=11−0,6=10,4=2,5k = \frac{1}{1 - 0{,}6} = \frac{1}{0{,}4} = 2{,}5k=1−0,61​=0,41​=2,5
  2. 02Calculer la variation du PIB

    L'effet final sur le PIB est le produit de la dépense initiale par le multiplicateur : la dépense crée des revenus, partiellement reconsommés, qui créent à leur tour des revenus.

    ΔPIB=k×ΔG=2,5×10=25 milliards d’euros\Delta \text{PIB} = k \times \Delta G = 2{,}5 \times 10 = 25 \text{ milliards d'euros}ΔPIB=k×ΔG=2,5×10=25 milliards d’euros
  3. 03Relier à l'emploi

    La hausse de la demande globale (ici +25 milliards de PIB pour 10 milliards dépensés) augmente la production des entreprises ; pour produire davantage, elles embauchent ou réduisent le chômage partiel. Le chômage conjoncturel, qui venait d'un déficit de demande, recule donc à mesure que la demande effective se redresse.

  4. 04Citer une limite

    Plusieurs limites sont possibles : une partie de la relance peut « fuir » vers les importations (la demande supplémentaire profite à des producteurs étrangers, ce qui réduit le multiplicateur effectif et dégrade le solde extérieur) ; la relance creuse le déficit et la dette publics ; enfin, si le chômage est en réalité STRUCTUREL (et non conjoncturel), soutenir la demande échoue à le résorber et risque surtout d'alimenter l'inflation.

Résultat : Le multiplicateur vaut k=2,5k = 2{,}5k=2,5 ; une dépense publique de 10 milliards accroît le PIB de 25 milliards d'euros, soutient la production et fait reculer le chômage conjoncturel. Limite principale : les fuites (notamment par les importations) et l'endettement réduisent l'efficacité de la relance, qui reste par ailleurs inadaptée à un chômage d'origine structurelle.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (partie 1 — mobilisation des connaissances, 4 points, sans document) : traiter la question « comment les fluctuations de l'activité économique expliquent-elles le chômage conjoncturel ? » en déroulant la chaîne demande globale, débouchés, production, emploi — et en employant le mot juste : ce chômage est INVOLONTAIRE.
  • Objectif Bac (partie 2 — étude d'un document, 6 points, deux questions) : sur un document croisant taux de croissance du PIB et taux de chômage, les opérations exigibles sont le taux de variation, le coefficient multiplicateur et l'indice simple. Commentez surtout le DÉCALAGE temporel entre les deux séries, qui est le fait intéressant, plutôt que leur simple coïncidence.
  • Objectif Bac (partie 3 — raisonnement s'appuyant sur un dossier, 10 points, deux ou trois documents de nature différente) : l'opposition conjoncturel / structurel fournit un plan tout fait et évite le catalogue de causes. Annoncez le critère de partage — le chômage conjoncturel suit le cycle, le chômage structurel lui survit — avant d'exploiter les documents.
  • Objectif Bac (dissertation) : mentionner l'hystérèse pour ne pas traiter les deux causes comme étanches. C'est le point de nuance qui distingue une copie solide d'une copie correcte, et il se formule en une phrase : un chômage conjoncturel non traité devient structurel.
  • Objectif Bac : incarner le mécanisme par un épisode réel et daté — la récession de 2008-2009, le choc de 2020 — en disant précisément ce qu'il illustre. Un exemple nommé et exploité vaut mieux qu'une généralité, et mieux qu'un exemple cité sans être relié au raisonnement.

Erreurs fréquentes

  • Attribuer TOUT le chômage à un déficit de demande. Le chômage conjoncturel n'explique que la composante liée au cycle ; une part du chômage est structurelle (frictions, inadéquations, institutions) et ne disparaît pas par la seule relance de la demande.
  • Présenter le chômage keynésien comme volontaire, les chômeurs refusant un salaire plus bas. Dans l'analyse keynésienne il est précisément INVOLONTAIRE : la contrainte vient du manque de débouchés, non du niveau du salaire réel.
  • Confondre récession et ralentissement. Une récession est un recul du PIB ; un ralentissement est une croissance encore positive mais plus faible. Or un simple ralentissement suffit à faire monter le chômage dès que la croissance tombe sous le seuil de la loi d'Okun.
  • Croire que l'emploi réagit immédiatement à la conjoncture. La rétention de main-d'œuvre fait que l'entreprise ajuste d'abord les heures, l'intérim et les contrats courts : le sous-emploi bouge avant le chômage, et le chômage retarde sur l'activité.
  • Lire une baisse du taux de chômage comme une amélioration sans regarder le halo ni la population active. Si des chômeurs cessent de chercher, ils sortent du numérateur et du dénominateur : le taux baisse alors que la situation empire. Le deuxième trimestre 2020 en fournit l'illustration.

§ 02

Révision active

À l'aide du mécanisme du multiplicateur keynésien, expliquez pourquoi une politique de relance budgétaire peut faire reculer le chômage conjoncturel. Vous illustrerez votre raisonnement en calculant l'effet sur le PIB d'une hausse des dépenses publiques de 10 milliards d'euros, dans une économie où la propension marginale à consommer vaut 0,6, et vous préciserez une limite de ce raisonnement.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Les causes structurelles : frictions, asymétries d'information et institutions#

~9 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Lutter-contre-le-chômageBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

Marché du travail : un salaire-plancher au-dessus de l'équilibre engendre du chômage

Salaire-plancher et chômage sur le marché du travailCourbe de demande Ld, racines en x = 10, ordonnée à l’origine y = 20, décroissante, sur l’intervalle x de 0 à 10, Courbe de offre Ls, racines en x = 0, ordonnée à l’origine y = 0, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 824681012246810121416équilibreoffre = 14demande = 6wmin = 7w· = 5demande Ldoffre Lsquantité de travail Lsalaire réel w
Fig. 3Pour un salaire imposé wmin⁡=7w_{\min} = 7wmin​=7 supérieur au salaire d'équilibre w∗=5w^* = 5w∗=5, l'offre de travail (14) dépasse la demande (6) : l'écart horizontal entre les deux courbes au niveau du salaire-plancher mesure le chômage involontaire (8 unités).

Points clés

Le chômage STRUCTUREL tient au fonctionnement même du marché du travail, indépendamment du cycle : il subsiste même en haut de conjoncture. Il regroupe plusieurs sources : les FRICTIONS et difficultés d'APPARIEMENT entre offre et demande de travail, les ASYMÉTRIES D'INFORMATION, et l'effet de certaines INSTITUTIONS (salaire minimum, conventions collectives, coût du travail). On le rattache à la notion de chômage d'équilibre, ou NAIRU (taux de chômage n'accélérant pas l'inflation).
Le chômage FRICTIONNEL et l'appariement : même sans aucun déséquilibre global, il faut du TEMPS pour que les chercheurs d'emploi et les emplois vacants se rencontrent (recherche, sélection, déménagement, mobilité). Le modèle d'appariement (Diamond-Mortensen-Pissarides) modélise cette « rencontre » coûteuse en temps : tant que la recherche dure, il coexiste des chômeurs ET des emplois non pourvus. Une inadéquation géographique ou de qualification (les compétences disponibles ne correspondent pas aux postes offerts) accentue ce chômage structurel.
Les ASYMÉTRIES D'INFORMATION et le salaire d'efficience : l'employeur observe mal l'effort réel du salarié (information cachée). Selon la THÉORIE DU SALAIRE D'EFFICIENCE (Shapiro-Stiglitz, Akerlof), il peut alors choisir de verser un salaire SUPÉRIEUR au salaire d'équilibre pour inciter à l'effort, fidéliser et limiter la rotation : le salarié, craignant de perdre un emploi bien rémunéré s'il est pris à « tirer au flanc », travaille davantage. Mais ce salaire volontairement élevé, payé par toutes les entreprises, maintient l'offre de travail au-dessus de la demande : un chômage involontaire peut SUBSISTER durablement comme « discipline » du marché.
Le rôle des INSTITUTIONS : un salaire minimum (ou des minima conventionnels) fixé AU-DESSUS du salaire d'équilibre élève le coût du travail des moins qualifiés et peut réduire la demande de travail qui leur est adressée, créant un chômage des travailleurs les moins productifs (effet ambigu et débattu). Plus largement, le COÛT DU TRAVAIL (salaire brut + cotisations sociales) et les rigidités (protection de l'emploi, indemnisation) influent sur les décisions d'embauche. Ces institutions ne sont pas seulement des « rigidités » : elles protègent aussi le pouvoir d'achat et la stabilité — d'où un débat permanent entre fluidité du marché et sécurité des salariés.
La coexistence de chômeurs et de postes vacants se lit sur la COURBE DE BEVERIDGE, qui relie le taux d'emplois vacants au taux de chômage : un DÉPLACEMENT vers l'extérieur — plus de postes vacants pour un même taux de chômage — signale que l'appariement lui-même s'est dégradé. Les inadéquations SPATIALES y contribuent : les emplois se créent là où le logement est cher, et le coût d'un trajet quotidien peut dépasser le gain salarial attendu.
L'objectif d'apprentissage réclame les effets « positifs OU négatifs » des institutions, et les deux qu'il nomme se traitent de la même façon. Les RÈGLES DE PROTECTION DE L'EMPLOI renchérissent le licenciement, mais aussi l'embauche, car recruter engage : leur effet sur le NIVEAU du chômage est indéterminé — elles freinent autant les entrées que les sorties — tandis que leur effet sur sa STRUCTURE est net, avec des épisodes plus longs et une segmentation entre insiders et outsiders ; en sens inverse, la stabilité incite à former et à s'investir, donc soutient la productivité. Pour le SALAIRE MINIMUM, le raisonnement concurrentiel n'est que la moitié du dossier : quand quelques employeurs dominent un bassin d'emploi (monopsone), ils paient en dessous de la productivité marginale, et un salaire minimum peut alors accroître l'emploi en même temps que le salaire — c'est le résultat obtenu par David Card et Alan Krueger sur la restauration rapide au New Jersey en 1994, travaux pour lesquels Card a reçu le prix Nobel d'économie en 2021.

Vocabulaire

→ Cartes
  • chômage frictionnelChômage de courte durée correspondant au temps nécessaire pour qu'un chercheur d'emploi et un poste vacant se rencontrent ; il est incompressible.
  • appariementProcessus de rencontre entre offres et demandes de travail ; sa lenteur ou sa mauvaise qualité produit du chômage même sans déséquilibre global.
  • courbe de BeveridgeReprésentation reliant le taux d'emplois vacants au taux de chômage ; son déplacement vers l'extérieur signale une dégradation de l'appariement.
  • salaire d'efficienceSalaire fixé volontairement au-dessus de l'équilibre pour susciter l'effort et fidéliser, alors même que l'employeur n'observe pas cet effort.
  • insiders / outsidersPartage entre salariés protégés et stables d'un côté, et de l'autre ceux qui alternent contrats courts et chômage sans accéder à cette protection.
  • NAIRUTaux de chômage compatible avec une inflation stable ; grandeur estimée par des modèles et non observée directement.

Demande et offre de travail (illustration)

Ld(w)=20−2w ,Ls(w)=2wL^d(w) = 20 - 2w \,,\qquad L^s(w) = 2wLd(w)=20−2w,Ls(w)=2w

La demande de travail LdL^dLd (des entreprises) décroît avec le salaire réel www ; l'offre de travail LsL^sLs (des ménages) croît avec www. L'équilibre concurrentiel se situe à leur intersection.

Salaire et emploi d'équilibre

Ld(w)=Ls(w)  ⟺  20−2w=2w  ⟺  w∗=5 , L∗=10L^d(w) = L^s(w) \iff 20 - 2w = 2w \iff w^* = 5 \,,\ L^* = 10Ld(w)=Ls(w)⟺20−2w=2w⟺w∗=5, L∗=10

À l'équilibre, offre et demande de travail s'égalisent : tous ceux qui veulent travailler à ce salaire trouvent un emploi (pas de chômage involontaire d'origine institutionnelle).

Salaire-plancher au-dessus de l'équilibre

wmin⁡=7>w∗=5  ⇒  choˆmage=Ls(7)−Ld(7)=14−6=8w_{\min} = 7 > w^* = 5 \;\Rightarrow\; \text{chômage} = L^s(7) - L^d(7) = 14 - 6 = 8wmin​=7>w∗=5⇒choˆmage=Ls(7)−Ld(7)=14−6=8

Un salaire minimum (ou un salaire d'efficience) fixé au-dessus de l'équilibre fait que l'offre de travail (14) dépasse la demande (6) : il apparaît un chômage involontaire de 8 unités.

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Exemple corrigé

Lire le marché du travail : salaire-plancher et chômage involontaire

On modélise un marché du travail par une demande de travail Ld(w)=20−2wL^d(w) = 20 - 2wLd(w)=20−2w et une offre de travail Ls(w)=2wL^s(w) = 2wLs(w)=2w, où www est le salaire réel. 1) Déterminer le salaire et l'emploi d'équilibre. 2) Les pouvoirs publics instaurent un salaire minimum wmin⁡=7w_{\min} = 7wmin​=7. Déterminer l'offre et la demande de travail à ce salaire, puis le niveau de chômage. 3) Interpréter ce chômage et indiquer s'il est volontaire ou involontaire.

  1. 01Trouver l'équilibre concurrentiel

    À l'équilibre, l'offre égale la demande de travail : on résout Ld(w)=Ls(w)L^d(w) = L^s(w)Ld(w)=Ls(w).

    20−2w=2w  ⟺  20=4w  ⟺  w∗=5 ,L∗=2×5=1020 - 2w = 2w \iff 20 = 4w \iff w^* = 5 \,,\quad L^* = 2 \times 5 = 1020−2w=2w⟺20=4w⟺w∗=5,L∗=2×5=10
  2. 02Calculer offre et demande au salaire minimum

    On remplace www par 7 dans chaque fonction. Le salaire-plancher (7) est supérieur au salaire d'équilibre (5).

    Ls(7)=2×7=14 ,Ld(7)=20−2×7=6L^s(7) = 2 \times 7 = 14 \,,\qquad L^d(7) = 20 - 2 \times 7 = 6Ls(7)=2×7=14,Ld(7)=20−2×7=6
  3. 03Mesurer le chômage

    Au salaire imposé, 14 personnes souhaitent travailler mais les entreprises n'offrent que 6 emplois. Le chômage est l'écart entre offre et demande de travail.

    choˆmage=Ls(7)−Ld(7)=14−6=8\text{chômage} = L^s(7) - L^d(7) = 14 - 6 = 8choˆmage=Ls(7)−Ld(7)=14−6=8
  4. 04Interpréter

    Ce chômage est INVOLONTAIRE : 8 personnes sont prêtes à travailler au salaire en vigueur (7) mais ne trouvent pas d'emploi, faute de demande de travail suffisante à ce niveau de salaire. Il illustre comment une institution (salaire minimum) — ou un salaire d'efficience fixé volontairement au-dessus de l'équilibre — peut maintenir l'offre de travail au-dessus de la demande, et donc un chômage structurel.

Résultat : Équilibre : w∗=5w^* = 5w∗=5, L∗=10L^* = 10L∗=10 (pas de chômage involontaire). Au salaire minimum wmin⁡=7w_{\min} = 7wmin​=7, l'offre de travail (14) excède la demande (6) : il apparaît un chômage involontaire de 8 unités, illustration d'un chômage structurel d'origine institutionnelle (ou de salaire d'efficience).

Objectif Bac

  • Objectif Bac (partie 1 — mobilisation des connaissances, 4 points, sans document) : nommer et expliquer au moins deux sources de chômage structurel parmi les frictions et inadéquations (spatiales, de qualification), les asymétries d'information avec le salaire d'efficience, et les institutions. Le mot « appariement » doit figurer dans votre réponse : c'est le terme de l'objectif d'apprentissage.
  • Objectif Bac : sur le salaire minimum comme sur les règles de protection de l'emploi, l'objectif du programme écrit « effets positifs OU négatifs ». Une réponse à un seul versant est incomplète par construction, quel que soit le versant choisi — et le second versant est justement ce que peu de candidats pensent à donner.
  • Objectif Bac (partie 2 — étude d'un document, 6 points) : le graphique offre / demande de travail relève de la LECTURE et de l'INTERPRÉTATION — pentes et déplacements. On vous demandera d'y repérer l'écart entre offre et demande au salaire imposé et de l'interpréter comme du chômage ; on ne vous demandera pas de résoudre l'équation d'équilibre. Le calcul algébrique est un outil de cours, pas un exigible d'épreuve.
  • Objectif Bac (partie 3 ou dissertation) : le critère qui établit qu'un chômage est structurel est sa PERSISTANCE au sommet du cycle, avec des emplois vacants inoccupés. Posez ce critère avant d'énumérer les causes : il organise tout le reste et vous évite le catalogue.
  • Objectif Bac : le salaire d'efficience s'énonce en une phrase à retenir — l'employeur, qui n'observe pas l'effort, paie volontairement au-dessus du marché pour l'obtenir, et le chômage qui en résulte devient l'instrument de cette discipline. Restituée telle quelle, elle traite d'un coup l'asymétrie d'information et l'origine du chômage involontaire.

Erreurs fréquentes

  • Présenter le salaire d'efficience comme une générosité de l'employeur. C'est une réponse RATIONNELLE à une asymétrie d'information : l'effort étant mal observé, le salaire élevé sert à l'inciter et à réduire la rotation, au prix d'un chômage qui subsiste.
  • Affirmer sans nuance que le salaire minimum cause le chômage. L'effet est ambigu et discuté : au-dessus de l'équilibre concurrentiel il peut réduire la demande de travail peu qualifié, mais en situation de monopsone il peut accroître l'emploi, et il soutient par ailleurs la demande. Un sujet attend une argumentation, pas un verdict.
  • Traiter tout chômage structurel comme une pathologie. Le chômage frictionnel, celui du temps de la recherche, est incompressible et signale une économie où les emplois se créent et se détruisent. Ce qui pose problème, ce sont les inadéquations durables, pas le délai d'appariement lui-même.
  • Conclure que la protection de l'emploi augmente le chômage. Elle freine autant les entrées au chômage que les sorties, si bien que son effet sur le NIVEAU est indéterminé. Ce qu'elle modifie sûrement, c'est la DURÉE des épisodes et le partage entre insiders et outsiders.
  • Manier le NAIRU comme une donnée observée. C'est une grandeur ESTIMÉE par des modèles, révisée après coup et discutée. Écrivez « le chômage structurel estimé », jamais « le NAIRU est de tant ».

§ 03

Révision active

À l'aide d'un schéma du marché du travail, montrez comment un salaire fixé au-dessus du salaire d'équilibre peut engendrer un chômage involontaire. Vous expliquerez ensuite, à partir de la théorie du salaire d'efficience, pourquoi une entreprise peut CHOISIR de verser un tel salaire malgré l'existence de chômeurs prêts à travailler pour moins. Vous présenterez enfin, pour le salaire minimum ET pour les règles de protection de l'emploi, un effet défavorable et un effet favorable sur l'emploi, comme le demande explicitement l'objectif d'apprentissage.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

Les politiques de soutien de la demande globale#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Lutter-contre-le-chômageBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

Le cercle vertueux d'une relance de la demande

Le cercle vertueux d'une relance (multiplicateur)Graphe, ↑ Demande globale → ↑ Production, ↑ Production → ↑ Emploi, ↑ Emploi → ↑ Revenus et consommation, ↑ Revenus et consommation → ↑ Demande globale↑ Demandeglobale↑ Production↑ Emploi↑ Revenus etconsommation
Fig. 4Une impulsion de demande (dépense publique ou baisse des taux) accroît les débouchés, donc la production et l'emploi ; les revenus distribués soutiennent à leur tour la consommation, amplifiant l'effet via le multiplicateur.

Points clés

Face à un chômage CONJONCTUREL (déficit de demande), les pouvoirs publics peuvent soutenir la demande globale par des politiques de relance, dans la tradition keynésienne. Deux leviers existent : la politique BUDGÉTAIRE (hausse des dépenses publiques, baisse des impôts, transferts vers les ménages) et la politique MONÉTAIRE (baisse des taux directeurs de la banque centrale, qui abaisse le coût du crédit et stimule consommation et investissement). L'objectif est de relancer la production, donc l'emploi.
Le canal de transmission : un surcroît de demande (publique ou privée) augmente les débouchés des entreprises ; pour y répondre, elles produisent davantage et embauchent. L'effet est amplifié par le MULTIPLICATEUR (les revenus distribués sont en partie reconsommés). La relance vise donc à enclencher un cercle vertueux production → revenus → consommation → production, inverse du cercle vicieux récessif.
Les politiques de l'emploi ciblées peuvent compléter le soutien de la demande : EMPLOIS AIDÉS dans le secteur non marchand, soutien à l'activité partielle (chômage technique indemnisé) pour éviter les licenciements lors d'un choc temporaire, ou grands programmes d'investissement public. Ces dispositifs cherchent à préserver l'emploi et à soutenir le revenu en bas de cycle.
Limites et contraintes du soutien de la demande : (1) les FUITES, notamment par les importations, réduisent le multiplicateur en économie ouverte ; (2) la relance budgétaire creuse le DÉFICIT et la DETTE publics, d'autant plus contraignants dans un cadre européen encadré ; (3) un EFFET D'ÉVICTION peut jouer (l'emprunt public pousse les taux d'intérêt à la hausse et évince l'investissement privé) ; (4) si le chômage est STRUCTUREL, le soutien de la demande est inefficace pour le résorber et peut surtout nourrir l'inflation. D'où la nécessité d'un bon diagnostic préalable.
Une précision décisive pour un candidat français : la politique monétaire n'est plus nationale. Depuis 1999, les taux directeurs de la zone euro sont fixés par la Banque centrale européenne pour l'ensemble de la zone, avec pour objectif principal la stabilité des prix. Un pays qui subit seul un choc de demande ne peut donc pas abaisser « son » taux d'intérêt. Et lorsque les taux sont déjà proches de zéro, la marge de manœuvre se réduit encore, ce qui reporte la charge de la relance sur le budget.
Or le budget est lui aussi encadré : les traités européens retiennent comme valeurs de référence un déficit public de 3 % du PIB et une dette publique de 60 % du PIB. D'où l'argument de la COORDINATION : une relance menée par un seul pays fuit largement vers les importations, alors qu'une relance simultanée des partenaires transforme ces fuites en exportations pour chacun. C'est la logique des plans coordonnés de 2008-2009, puis du plan européen NextGenerationEU adopté en juillet 2020.
Toutes les relances ne se valent pas : le multiplicateur dépend du DESTINATAIRE de la dépense. Un transfert vers des ménages modestes, dont la propension marginale à consommer est élevée, se retransforme presque intégralement en demande, quand une baisse d'impôt captée par des ménages qui épargnent produit un effet bien plus faible. Il est aussi plus élevé en bas de cycle qu'au voisinage du plein-emploi, où la dépense se heurte à l'offre et se déverse en prix. L'ACTIVITÉ PARTIELLE, enfin, agit en amont : en prenant en charge une part de la rémunération des salariés dont l'activité est suspendue, elle évite que le choc ne détruise l'appariement déjà réalisé entre salariés et entreprises.

Vocabulaire

→ Cartes
  • politique conjoncturellePolitique visant à agir à court terme sur le niveau de l'activité pour rapprocher la production de son potentiel et faire reculer le chômage lié au cycle.
  • politique budgétaireAction de l'État sur la demande par ses dépenses, ses impôts et ses transferts, avec pour contrepartie le solde public.
  • politique monétaireAction de la banque centrale sur les conditions du crédit, principalement par les taux directeurs ; dans la zone euro, elle relève de la BCE.
  • multiplicateur keynésienCoefficient par lequel une dépense autonome supplémentaire accroît le PIB, d'autant plus élevé que la propension à consommer est forte et les fuites faibles.
  • effet d'évictionRéduction de l'investissement privé provoquée par le financement de la dépense publique, notamment via la hausse des taux d'intérêt.
  • activité partielleDispositif par lequel l'État prend en charge une partie de la rémunération de salariés dont l'activité est réduite, afin d'éviter les licenciements lors d'un choc temporaire.
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Exemple corrigé

Raisonner sur l'efficacité d'une relance de la demande

Un gouvernement, constatant une montée du chômage en période de récession, décide une relance budgétaire (hausse des dépenses publiques et baisse de l'impôt sur le revenu). 1) Expliquer par quel mécanisme cette politique peut faire reculer le chômage. 2) Préciser le rôle du multiplicateur. 3) Présenter deux limites possibles de cette relance.

  1. 01Identifier le diagnostic

    En récession, le chômage est en grande partie conjoncturel : il provient d'une insuffisance de la demande globale. La politique adaptée est donc le soutien de cette demande.

  2. 02Décrire le canal de transmission

    La hausse des dépenses publiques et la baisse de l'impôt augmentent la demande adressée aux entreprises (directement par la commande publique, indirectement par le surcroît de revenu disponible des ménages). Pour répondre à cette demande, les entreprises produisent davantage et embauchent : le chômage conjoncturel recule.

  3. 03Préciser le rôle du multiplicateur

    Les revenus distribués lors de la relance sont en partie reconsommés, ce qui crée de nouveaux revenus, eux-mêmes partiellement reconsommés : l'effet final sur le PIB dépasse l'impulsion initiale. Plus la propension marginale à consommer est élevée, plus le multiplicateur k=11−ck = \frac{1}{1-c}k=1−c1​ est grand et plus l'effet sur l'emploi est fort.

    ΔPIB=11−c Δ(deˊpense autonome)\Delta \text{PIB} = \frac{1}{1 - c}\,\Delta \text{(dépense autonome)}ΔPIB=1−c1​Δ(deˊpense autonome)
  4. 04Présenter deux limites

    Limite 1 — les FUITES : en économie ouverte, une partie de la demande supplémentaire se porte sur des produits importés, ce qui réduit le multiplicateur effectif et dégrade le solde extérieur. Limite 2 — l'ENDETTEMENT et le cadre : la relance creuse le déficit et la dette publics, contraints notamment par les règles européennes ; un effet d'éviction (hausse des taux pénalisant l'investissement privé) peut aussi atténuer l'effet attendu. Enfin, si le chômage était surtout structurel, la relance serait inefficace et inflationniste.

Résultat : La relance budgétaire soutient la demande globale, ce qui relance la production et l'emploi, avec un effet amplifié par le multiplicateur. Ses principales limites sont les fuites (importations), l'aggravation du déficit et de la dette publics (et un possible effet d'éviction), ainsi que son inefficacité si le chômage est en réalité structurel.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (partie 1 — mobilisation des connaissances, 4 points, sans document) : exposer les deux leviers du soutien de la demande, budgétaire et monétaire, et dérouler la chaîne demande, production, emploi, en nommant le multiplicateur. La question tient en une vingtaine de lignes bien tenues.
  • Objectif Bac (partie 2 — étude d'un document, 6 points, deux questions) : sur un document de finances publiques ou de PIB, les opérations exigibles sont le taux de variation, le coefficient multiplicateur et l'indice simple. La calculatrice est interdite, comme l'indique chaque sujet récent : les données seront simples, l'exigence porte sur la lecture juste et sur l'unité.
  • Objectif Bac (partie 3 — raisonnement s'appuyant sur un dossier, 10 points, deux ou trois documents de nature différente) : le plan « efficace, mais sous conditions » est ici le plus solide — le canal de transmission d'abord, puis les fuites, la dette, l'éviction et le risque d'erreur de diagnostic.
  • Objectif Bac : un candidat français ne doit jamais écrire que la France fixe ses taux d'intérêt. Attribuez la politique monétaire à la BCE et la politique budgétaire à l'État : c'est un marqueur de sérieux immédiat, et l'occasion d'introduire la contrainte européenne.
  • Objectif Bac (dissertation) : reliez toujours la politique à la CAUSE. Écrire qu'une relance opposée à un chômage structurel est une erreur de diagnostic vous vaut davantage qu'une liste d'instruments correctement récitée.

Erreurs fréquentes

  • Confondre politique budgétaire et politique monétaire. La première relève de l'État (dépenses, impôts, transferts) ; la seconde relève de la banque centrale (taux directeurs, liquidité) et agit sur les conditions du crédit.
  • Opposer le soutien de la demande à un chômage structurel. Ces politiques s'adressent au chômage CONJONCTUREL : appliquées à un chômage structurel, elles se heurtent à l'offre et nourrissent l'inflation plutôt que l'emploi.
  • Écrire que la France abaisse ses taux d'intérêt pour relancer. Depuis 1999, les taux directeurs sont ceux de la zone euro et sont décidés par la BCE pour l'ensemble de la zone ; aucun État membre ne dispose de ce levier.
  • Confondre déficit et dette. Le déficit est un flux annuel — l'écart entre recettes et dépenses d'une année ; la dette est le stock accumulé. Une relance creuse le déficit de l'année et, par accumulation, alourdit la dette.
  • Traiter le multiplicateur comme une constante supérieure à 1. Il dépend des fuites (importations, épargne, impôts), du destinataire de la dépense et de la position dans le cycle : en haut de cycle, la relance se déverse surtout en prix.

§ 04

Révision active

Vous montrerez que les politiques de soutien de la demande globale peuvent contribuer à réduire le chômage conjoncturel, puis vous en présenterez deux limites. Vous vous appuierez sur le canal de transmission (demande, production, emploi) et sur le multiplicateur, en précisant qui décide de chaque levier dans la zone euro. Vous conclurez en indiquant à quelle condition, portant sur la CAUSE du chômage observé, ces politiques sont pertinentes.

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Rappel actif

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Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Les politiques structurelles : coût du travail, formation et flexibilité#

~8 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Lutter-contre-le-chômageBONdS-2024-MENE2416667N-§Questionnement-évaluable

Typologie des politiques de l'emploi : conjoncturelles vs structurelles

Deux familles de politiques de l'emploiTableau de 3 colonnes et 3 lignes, Données: Famille · Conjoncturelles · Structurelles; Diagnostic · chômage conjoncturel · chômage structurel; Levier · soutien de la demande · marché du travail; Exemples · relance, emplois aidés · coût du travail, formation, flexicurité, cellule mise en évidence : chômage structurelFamilleConjoncturellesStructurellesDiagnosticchômage conjoncturelchômage structurelLeviersoutien de la demandemarché du travailExemplesrelance, emplois aidéscoût du travail, formation,flexicurité
Fig. 5Deux grandes familles selon le diagnostic du chômage : à gauche, le soutien de la demande globale (chômage conjoncturel) ; à droite, l'action sur le marché du travail (chômage structurel) — coût du travail, formation, flexibilité / flexicurité.

Points clés

Face à un chômage STRUCTUREL (frictions d'appariement, asymétries, rigidités institutionnelles), les politiques de soutien de la demande sont insuffisantes : il faut agir sur le FONCTIONNEMENT du marché du travail. Le programme distingue trois grandes orientations : l'ALLÈGEMENT DU COÛT DU TRAVAIL, la FORMATION, et la FLEXIBILISATION — auxquelles s'ajoute l'accompagnement des chômeurs. Ces politiques sont dites structurelles car elles modifient durablement l'offre, la demande et l'appariement sur le marché du travail.
ALLÈGEMENT DU COÛT DU TRAVAIL : en réduisant les cotisations sociales (notamment au voisinage du salaire minimum), on abaisse le coût d'embauche des travailleurs les moins qualifiés, ce qui peut accroître la demande de travail qui leur est adressée. Le coût du travail comprend le salaire net, les cotisations salariales et patronales : agir sur le « coin socio-fiscal » vise à rapprocher le coût du travail de la productivité des moins qualifiés. Limites : coût budgétaire des exonérations, effets d'aubaine (embauches qui auraient eu lieu de toute façon), et risque de trappes à bas salaires.
FORMATION et accompagnement : la formation initiale et continue élève le CAPITAL HUMAIN et réduit les inadéquations de qualification ; l'accompagnement des chômeurs (conseil, aide à la recherche, formations ciblées) raccourcit la durée du chômage et améliore l'appariement. On parle de politiques ACTIVES de l'emploi (favoriser le retour à l'emploi) par opposition aux politiques PASSIVES (indemnisation). Bien calibrer l'indemnisation est délicat : trop faible, elle fragilise ; trop généreuse ou trop longue, elle peut allonger la durée de recherche (effet sur les incitations).
FLEXIBILISATION et FLEXICURITÉ : assouplir les règles d'embauche et de licenciement vise à fluidifier les ajustements et à lever les freins à l'embauche (les entreprises hésitent moins à embaucher si elles peuvent ajuster l'emploi). Mais la flexibilité « sèche » accroît la précarité. Le modèle de la FLEXICURITÉ (souvent illustré par le Danemark) combine flexibilité du marché du travail ET sécurité des parcours (indemnisation de qualité + formation + accompagnement intensif) : on sécurise les TRANSITIONS plutôt que les postes. C'est une réponse aux frictions d'appariement qui cherche à concilier efficacité et protection.
Pourquoi concentrer les allègements sur les BAS salaires ? Parce que c'est là que la demande de travail est réputée la plus sensible au coût : au voisinage du salaire minimum, le coût du travail se rapproche de la productivité des moins qualifiés. Ces dispositifs sont donc maximaux au niveau du salaire minimum et décroissent ensuite — d'où leur revers, la TRAPPE À BAS SALAIRES : augmenter un salaire fait perdre une partie de l'allègement, ce qui agit comme un impôt implicite sur les hausses de rémunération.
Sur les deux autres leviers, deux précisions décident de la qualité d'une copie. Les évaluations internationales des politiques actives — les méta-analyses de David Card, Jochen Kluve et Andrea Weber en donnent la synthèse la plus citée — concluent que l'aide à la recherche d'emploi produit des effets rapides mais modestes, tandis que les programmes de FORMATION ont des effets faibles à court terme et nettement plus favorables à moyen terme : le délai est constitutif de l'outil. Quant à la FLEXICURITÉ danoise, elle repose sur un « triangle d'or » à trois côtés indissociables — facilité de licenciement, indemnisation élevée, politiques actives intensives — dont le troisième coûte cher : importer la seule flexibilité, c'est importer un tiers du dispositif.

Vocabulaire

→ Cartes
  • coût du travailCe que l'emploi d'un salarié coûte à l'employeur : salaire brut augmenté des cotisations patronales, diminué des allègements éventuels.
  • effet d'aubaineSituation où une aide publique finance un comportement qui aurait eu lieu sans elle, par exemple une embauche subventionnée déjà décidée.
  • trappe à bas salairesEffet pervers d'un allègement dégressif : augmenter le salaire fait perdre l'aide, ce qui décourage les hausses et fige les emplois près du minimum.
  • politiques actives de l'emploiDispositifs visant le retour à l'emploi : formation, accompagnement des chômeurs, aides ciblées à l'embauche.
  • politiques passives de l'emploiDispositifs qui soutiennent le revenu des personnes privées d'emploi, au premier rang desquels l'indemnisation du chômage.
  • flexicuritéCombinaison d'un marché du travail souple et d'une forte sécurisation des parcours par l'indemnisation, la formation et l'accompagnement.
Exemple corrigé

Choisir la politique adaptée au diagnostic du chômage

Un pays connaît un taux de chômage élevé qui ne baisse pas, même lorsque la croissance repart : de nombreux emplois restent non pourvus alors que beaucoup de chômeurs sont peu qualifiés ou mal localisés. 1) De quel type de chômage s'agit-il principalement ? Justifier. 2) Une relance de la demande globale est-elle la réponse adaptée ? 3) Proposer deux politiques structurelles pertinentes et préciser pour chacune l'effet attendu et une limite.

  1. 01Identifier le type de chômage

    Le chômage persiste malgré la reprise de la croissance, et des emplois restent vacants pendant que des chômeurs peu qualifiés ou mal localisés ne trouvent pas de poste : c'est la signature d'un chômage STRUCTUREL (inadéquations de qualification et géographiques, difficultés d'appariement), et non d'un simple déficit de demande conjoncturel.

  2. 02Écarter la relance de la demande

    Comme le chômage est structurel et non conjoncturel, soutenir la demande globale ne résorberait pas le problème : les emplois vacants ne manquent pas de demande, mais de candidats appariables. Une relance risquerait surtout d'alimenter l'inflation sans faire baisser durablement ce chômage.

  3. 03Proposer la formation / l'accompagnement

    Levier 1 — FORMATION et accompagnement : élever le capital humain des chômeurs peu qualifiés et les orienter vers les métiers en tension réduit les inadéquations et améliore l'appariement. Effet attendu : baisse du chômage structurel et des emplois vacants. Limite : effet différé (la formation prend du temps) et coût budgétaire ; tous les chômeurs ne sont pas reconvertibles vers les postes offerts.

  4. 04Proposer l'allègement du coût du travail ou la flexicurité

    Levier 2 — ALLÈGEMENT DU COÛT DU TRAVAIL pour les bas salaires : en réduisant les cotisations près du salaire minimum, on rend l'embauche des moins qualifiés plus rentable, ce qui peut accroître la demande de travail qui leur est adressée. Limite : coût budgétaire et effets d'aubaine. (Alternative : la FLEXICURITÉ, qui combine assouplissement du marché et sécurisation des transitions par l'indemnisation et la formation, pour fluidifier l'appariement sans accroître la précarité.)

Résultat : Le chômage décrit est structurel (inadéquations, frictions d'appariement) : une relance de la demande globale serait inadaptée. Les réponses pertinentes sont des politiques structurelles — formation / accompagnement et allègement du coût du travail des bas salaires (ou flexicurité) — dont les effets attendus (meilleur appariement, hausse de la demande de travail peu qualifié) doivent être pondérés par leurs limites (délais, coût budgétaire, effets d'aubaine, risque de précarité).

Objectif Bac

  • Objectif Bac (partie 1 — mobilisation des connaissances, 4 points, sans document) : l'objectif d'apprentissage nomme quatre familles de politiques. Sur les politiques structurelles, restituez les trois — allègement du coût du travail, formation, flexibilisation — et rattachez chacune à la cause qu'elle vise : le coût du travail, l'inadéquation des qualifications, les rigidités et les frictions.
  • Objectif Bac (partie 2 — étude d'un document, 6 points) : sur un document portant sur le coût du travail ou sur le taux d'emploi par niveau de diplôme, les calculs exigibles sont la proportion, le taux de variation et l'indice simple. On ne vous demandera pas d'estimer une élasticité de la demande de travail : cet outil n'est pas au programme des savoir-faire.
  • Objectif Bac (partie 3 — raisonnement s'appuyant sur un dossier, 10 points) : le dossier mêle deux ou trois documents de nature différente, texte d'au plus 2 500 signes et statistiques. Construisez un couple « effet attendu / limite » pour chaque levier retenu plutôt qu'un catalogue de dispositifs.
  • Objectif Bac (dissertation) : la question type — les politiques structurelles suffisent-elles à faire reculer le chômage ? — appelle une réponse qui ARTICULE les deux familles au lieu de les opposer, en revenant à chaque fois à la cause du chômage observé.
  • Objectif Bac : la flexicurité s'énonce en une formule à retenir — sécuriser les TRANSITIONS et non les postes — et se présente comme un ensemble à trois pièces, jamais comme un synonyme de flexibilité. C'est la définition que le correcteur attend de voir apparaître.

Erreurs fréquentes

  • Opposer politiques conjoncturelles et politiques structurelles comme si l'une était bonne et l'autre mauvaise. Elles répondent à des causes DIFFÉRENTES du chômage et sont le plus souvent combinées ; le sujet attend que vous reliiez la politique à la cause.
  • Réduire la flexibilité à la précarité, ou la flexicurité à la seule flexibilité. La flexicurité combine flexibilité ET sécurité — indemnisation de qualité, formation, accompagnement — et sécurise les parcours plutôt que les postes.
  • Confondre coût du travail et salaire net. Le coût du travail est ce que paie l'employeur : salaire brut plus cotisations patronales. Un allègement de cotisations abaisse ce coût SANS baisser le salaire net, et c'est précisément ce qui rend l'instrument praticable.
  • Ranger l'indemnisation du chômage parmi les politiques actives. L'indemnisation est une politique PASSIVE, qui soutient le revenu ; les politiques actives visent le retour à l'emploi — formation, accompagnement, aides à l'embauche.
  • Prescrire la formation contre un chômage conjoncturel. Former des personnes pour des postes qui n'existent pas faute de demande ne crée pas d'emploi, et l'effet de la formation est de toute façon différé. Chaque levier suppose le bon diagnostic : c'est le fil conducteur de tout le questionnement.

§ 05

Révision active

Après avoir distingué chômage conjoncturel et chômage structurel, montrez que la lutte contre le chômage structurel passe par des politiques agissant sur le marché du travail. Vous présenterez au moins deux leviers parmi l'allègement du coût du travail, la formation et la flexibilisation, en précisant pour chacun un effet attendu et une limite.

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Rappel actif

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Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

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Sommaire

Section -- / 05

    • 01Mesurer le chômage : indicateurs, halo et sous-emploi○
    • 02Les causes conjoncturelles : l'insuffisance de la demande globale◐
    • 03Les causes structurelles : frictions, asymétries d'information et institutions●
    • 04Les politiques de soutien de la demande globale◐
    • 05Les politiques structurelles : coût du travail, formation et flexibilité●

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019

Voir aussi

  • Quelles mutations du travail et de l'emploi ?Les frontières entre emploi, chômage et inactivité y sont examinées de près — c'est ce qui rend le halo si difficile à mesurer.
  • Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?Les politiques de soutien de la demande globale y sont replacées dans les contraintes de la zone euro.
  • Sources et défis de la croissance économiqueLe lien entre fluctuations de l'activité et chômage conjoncturel part de la croissance du PIB.

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