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Fiches/SES — Sciences économiques et sociales/Crises financières et régulation du système financier
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Crises financières et régulation du système financier

Une crise financière suit un scénario reconnaissable : porté par le crédit facile, le mimétisme et des prophéties auto-réalisatrices, le prix d'un actif s'écarte durablement de sa valeur fondamentale ; la bulle éclate ; et le retournement enclenche des mécanismes cumulatifs — effets de richesse négatifs, chute du prix du collatéral et ventes forcées, contraction du crédit, panique bancaire — qui font passer la crise des marchés à l'emploi. Les asymétries d'information l'alimentent des deux côtés : l'aléa moral pendant l'euphorie, l'antisélection au moment du retournement. Face au risque systémique, la régulation repose sur la supervision des banques et sur des ratios de solvabilité, complétés par le prêteur en dernier ressort. Portée à connaître : ce questionnement est au programme de terminale mais hors du programme d'examen — la note de service du 17 septembre 2024 (BO n° 35 du 19 septembre 2024) restreint l'épreuve terminale à neuf des douze questionnements depuis la session 2025, et celui-ci n'y figure pas. Aucun sujet d'écrit ne peut donc porter dessus ; ses notions restent connues et mobilisables dans un sujet traitant d'un autre questionnement, et il fournit un excellent appui pour le Grand oral.

5 sections·~41 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0444 / 12
Profil d’examen
Connaître les principales caractéristiques de la crise financière des années 1930 et de celle de 2008 (effondrement boursier, faillites en chaîne, chute du PIB et accroissement du chômage).Comprendre et savoir illustrer la formation et l'éclatement d'une bulle spéculative (comportements mimétiques et prophéties auto-réalisatrices).Comprendre les phénomènes de panique bancaire et de faillites bancaires en chaîne.Connaître les principaux canaux de transmission d'une crise financière à l'économie réelle : effets de richesse négatif, baisse du prix du collatéral et ventes forcées, contraction du crédit.Connaître les principaux instruments de régulation du système bancaire et financier qui permettent de réduire l'aléa moral des banques : supervision des banques par la banque centrale, ratio de solvabilité.
Opérateurs :définirexpliquerillustrermontreranalyserinterprétercalculerjustifier

niveau de base

Fixez d'abord le scénario-type d'une crise : bulle (mimétisme + prophéties auto-réalisatrices) → éclatement → spirale cumulative (effets de richesse, ventes forcées, credit crunch, panique bancaire) → récession et chômage → régulation (supervision + ratios de solvabilité). Savoir définir aléa moral, antisélection, bulle, panique bancaire et risque systémique suffit à traiter l'essentiel des questions de mobilisation des connaissances.

niveau approfondi

Visez l'analyse fine : articuler les asymétries d'information (antisélection ex ante / aléa moral ex post) à l'instabilité financière endogène (Minsky), chaîner rigoureusement les mécanismes cumulatifs (deleveraging, paradoxe de la tranquillité, prophéties auto-réalisatrices d'une panique bancaire) et discuter la régulation prudentielle de manière critique (efficacité des ratios de Bâle, dilemme « too big to fail » entre prêteur en dernier ressort et aléa moral).

Profondeur

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Crises financières et régulation du système financier
    • 01Anatomie d'une bulle spéculative : crédit, mimétisme et prophéties auto-réalisatrices○
    • 02Asymétries d'information : aléa moral et antisélection sur les marchés financiers◐
    • 03Les phénomènes cumulatifs : effets de richesse, ventes forcées et contraction du crédit◐
    • 04Panique bancaire, risque systémique et propagation à l'économie réelle●
    • 05La régulation du système financier : supervision et ratios de solvabilité◐

5 sections · 25 points clés · 1 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Anatomie d'une bulle spéculative : crédit, mimétisme et prophéties auto-réalisatrices#

~8 min de lecture●○○BaseBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Crises-financières-et-régulation-du-système-financierBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

Boucle auto-entretenue de la formation d'une bulle spéculative

La boucle auto-entretenue d'une bulleGraphe, ↑ Prix de l'actif → Anticipations de hausse, Anticipations de hausse → Achats (mimétisme, crédit), Achats (mimétisme, crédit) → ↑ Prix de l'actif↑ Prix del'actifAnticipations dehausseAchats(mimétisme,crédit)
Fig. 1La bulle est une boucle de rétroaction positive : la hausse alimente l'anticipation de hausse, qui alimente les achats (mimétisme + crédit), qui alimentent la hausse. Cette prophétie auto-réalisatrice éloigne le prix de la valeur fondamentale jusqu'au retournement.

Points clés

Note de portée : ce questionnement est au programme de terminale mais hors du programme d'examen. Depuis la session 2025, la note de service du 17 septembre 2024 limite l'épreuve terminale de SES à neuf des douze questionnements et celui-ci n'y figure pas : aucun sujet de dissertation ni d'épreuve composée ne peut porter dessus. Ses notions restent connues et mobilisables dans un sujet traitant d'un autre questionnement, et font un excellent appui de Grand oral. Bulle spéculative : situation où le prix de marché d'un actif (action, logement, matière première, crypto-actif…) s'écarte durablement et fortement de sa valeur fondamentale — c'est-à-dire de ce que justifieraient ses revenus futurs anticipés (dividendes, loyers). Les agents achètent non pour le rendement de l'actif, mais dans l'espoir de le revendre plus cher : ils spéculent sur la hausse du prix lui-même.
Rôle du cycle du crédit : une bulle se nourrit généralement d'un crédit abondant et bon marché. Des taux d'intérêt bas et un accès facile au financement permettent d'acheter à crédit des actifs dont le prix monte, ce qui en retour sert de garantie (collatéral) pour emprunter encore davantage : un mécanisme auto-entretenu de hausse des prix et de l'endettement.
Comportements mimétiques (moutonniers) : sur un marché incertain, chaque agent observe et imite les autres, jugés mieux informés. Le mimétisme rationnel (« si tout le monde achète, c'est qu'il y a une raison ») fait converger les décisions, amplifie la hausse et déconnecte le prix des fondamentaux. Il transforme un marché censé être stabilisant (la hausse devrait décourager l'achat) en marché déstabilisant (la hausse attire de nouveaux acheteurs).
Prophétie auto-réalisatrice : une anticipation se vérifie du seul fait qu'elle est partagée et qu'elle oriente les comportements. Si les agents croient que le prix va monter, ils achètent, et leurs achats font effectivement monter le prix : la croyance crée la réalité qu'elle annonçait. Le même mécanisme joue à la baisse lors du retournement.
Les phases stylisées (anatomie de Kindleberger) : essor (un choc positif justifie une hausse initiale fondée), euphorie / emballement (le mimétisme et le crédit poussent le prix bien au-dessus des fondamentaux ; on parle d'exubérance), retournement (les acheteurs marginaux manquent, les premiers vendeurs prennent leurs gains), puis panique et krach (la prophétie auto-réalisatrice de baisse provoque une chute brutale et un effondrement des prix).
Repère historique : le krach boursier de 1929 (bulle sur les actions à Wall Street, achats massifs à crédit) et la bulle immobilière américaine des années 2000 à l'origine de la crise des subprimes (2007-2008) illustrent ce scénario ; Hyman Minsky en a théorisé le caractère endogène (« paradoxe de la tranquillité » : la stabilité prolongée encourage la prise de risque et prépare l'instabilité).
Pourquoi un agent lucide achète-t-il quand même ? Keynes en donne l'image avec le CONCOURS DE BEAUTÉ : dans un jeu récompensant qui désigne le visage le plus choisi par les autres, on ne vote pas pour celui qu'on trouve le plus beau, mais pour celui dont on pense que les autres le choisiront. La question rentable n'est donc pas « que vaut ce titre ? » mais « que croiront les autres qu'il vaut demain ? » — logique qu'André Orléan qualifie d'AUTORÉFÉRENTIELLE.
D'où une conséquence dérangeante : la bulle est facile à décrire après coup, très difficile à établir sur le moment, la valeur fondamentale n'étant pas observable. Le repère de 1929 mérite d'être précis : les achats sur marge, financés à crédit avec l'actif lui-même en garantie, ont amplifié la hausse puis l'effondrement, et l'indice Dow Jones a perdu près de 90 % entre son sommet de septembre 1929 et son point bas de juillet 1932.

Vocabulaire

→ Cartes
  • bulle spéculativeÉcart durable et important entre le prix de marché d'un actif et sa valeur fondamentale, entretenu par l'espoir de revendre plus cher.
  • valeur fondamentaleValeur d'un actif justifiée par les revenus futurs qu'on en attend, dividendes ou loyers ; elle n'est pas directement observable.
  • comportement mimétiqueDécision d'imiter les autres agents, jugés mieux informés, sur un marché incertain ; individuellement rationnelle, collectivement déstabilisante.
  • prophétie auto-réalisatriceAnticipation qui se vérifie du seul fait qu'elle est partagée et qu'elle oriente les comportements de ceux qui y croient.
  • krachChute brutale et de grande ampleur du prix des actifs sur un marché, marquant le retournement d'une bulle.
  • paradoxe de la tranquillitéIdée de Minsky selon laquelle une longue période de stabilité encourage la prise de risque et l'endettement, préparant ainsi l'instabilité suivante.

Le profil stylisé d'une bulle spéculative

Le profil stylisé d'une bulleGraphique en courbes: prix (indice) selon périodes, Données: prix de l'actif (indice) · 0: 100; prix de l'actif (indice) · 1: 108; prix de l'actif (indice) · 2: 120; prix de l'actif (indice) · 3: 140; prix de l'actif (indice) · 4: 175; prix de l'actif (indice) · 5: 220; prix de l'actif (indice) · 6: 240; prix de l'actif (indice) · 7: 200; prix de l'actif (indice) · 8: 150; prix de l'actif (indice) · 9: 110; prix de l'actif (indice) · 10: 90050100150200012345678910prix (indice)périodes
Fig. 2Profil stylisé : essor, euphorie (le prix s'écarte de la valeur fondamentale), retournement au sommet, puis krach. Valeurs illustratives.
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Exemple corrigé

Lire un graphique de bulle et calculer les variations de prix

Le prix d'un actif passe d'un indice 100 (période 0) à un sommet de 240 (période 6), avant de retomber à 90 (période 10). Calculez la variation en pourcentage lors de la phase d'envolée (de 100 à 240), puis lors du krach (de 240 à 90). Que révèle la comparaison de ces deux variations sur la nature d'une bulle ?

  1. 01Variation lors de l'envolée

    Taux de variation = (valeur d'arrivée − valeur de départ) / valeur de départ × 100. De 100 à 240 : (240 − 100)/100 × 100 = +140 %. Le prix est multiplié par 2,4 (coefficient multiplicateur 240/100 = 2,4).

    240−100100×100=+140 %\frac{240 - 100}{100} \times 100 = +140\,\%100240−100​×100=+140%
  2. 02Variation lors du krach

    Du sommet 240 au creux 90 : (90 − 240)/240 × 100 = −150/240 × 100 ≈ −62,5 %. Le prix perd près des deux tiers de sa valeur.

    90−240240×100≈−62,5 %\frac{90 - 240}{240} \times 100 \approx -62{,}5\,\%24090−240​×100≈−62,5%
  3. 03Comparer aux fondamentaux

    L'indice retombe à 90, sous le niveau initial de 100 : le krach efface non seulement la hausse spéculative mais ramène le prix en deçà de la valeur fondamentale de départ (sur-réaction à la baisse, typique de la panique).

  4. 04Interpréter

    L'asymétrie du profil — hausse progressive sur six périodes, effondrement brutal sur quatre — illustre la dynamique d'une bulle : l'euphorie mimétique gonfle lentement le prix, tandis que la prophétie auto-réalisatrice de baisse provoque un krach rapide. La hausse de +140 % n'était pas justifiée par les fondamentaux, ce que révèle a posteriori la chute.

Résultat : Envolée : +140 % ; krach : ≈ −62,5 %. Le profil asymétrique (hausse lente, chute brutale, retour sous le niveau initial) signale une bulle spéculative déconnectée de la valeur fondamentale.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : définir la bulle par l'écart durable entre prix de marché et valeur fondamentale, puis faire tourner la boucle complète — hausse, anticipation de hausse, achats mimétiques et achats à crédit, nouvelle hausse.
  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : savoir illustrer les phases d'une bulle sur un exemple précis, krach de 1929 ou bulle immobilière des années 2000, sans confondre la CAUSE — la déconnexion durable des prix et des fondamentaux — et le DÉCLENCHEUR du retournement.
  • Mobilisable comme exemple dans « Comment lutter contre le chômage ? » : l'éclatement d'une bulle est le manuel du choc de demande, et donc l'illustration la plus nette d'un chômage conjoncturel dans un questionnement, lui, évaluable.
  • Mobilisable au-delà de l'économie : la prophétie auto-réalisatrice est un concept de Robert K. Merton, et elle éclaire aussi bien une panique boursière qu'un effet d'étiquetage. C'est un pont utile vers le champ sociologique, et un outil dont vous pouvez vous servir partout.
  • Piste de Grand oral : « Une bulle spéculative est-elle repérable avant son éclatement ? » — la question a l'avantage d'être ouverte, richement documentée, et de vous laisser conclure honnêtement par la négative.

Erreurs fréquentes

  • Confondre spéculation et investissement productif. Dans une bulle, on parie sur la hausse du prix de revente, non sur les revenus que l'actif procure ; c'est ce déplacement du motif qui déconnecte le prix de la valeur fondamentale.
  • Croire que le mimétisme serait irrationnel. Il peut être individuellement rationnel — imiter ceux que l'on croit mieux informés — tout en étant collectivement déstabilisant. C'est exactement ce paradoxe qui fabrique la bulle.
  • Omettre la prophétie auto-réalisatrice et se contenter de dire que les prix montent puis baissent. Il faut montrer que les anticipations partagées créent elles-mêmes le mouvement qu'elles annoncent, à la hausse comme à la baisse.
  • Écrire qu'il « suffisait » de voir la bulle. La valeur fondamentale n'est pas observable et la preuve n'arrive qu'après le retournement. Le repérage a posteriori est facile ; c'est précisément ce qui rend la régulation difficile.
  • Confondre le krach et la crise financière. Le krach est la chute brutale des cours, un événement de quelques jours ; la crise est ce qui suit — faillites en chaîne, contraction du crédit, récession. Un krach sans propagation au crédit reste un accident de marché.

§ 01

Révision active

À l'aide d'un exemple de votre choix (krach de 1929, bulle immobilière des années 2000...), montrez comment les comportements mimétiques et les prophéties auto-réalisatrices contribuent à la formation puis à l'éclatement d'une bulle spéculative. Vous expliquerez ensuite pourquoi un observateur contemporain de la hausse peut être incapable d'établir qu'il s'agit d'une bulle, et ce que cette difficulté implique pour ceux qui ont la charge de réguler.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Asymétries d'information : aléa moral et antisélection sur les marchés financiers#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Crises-financières-et-régulation-du-système-financierBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

Antisélection (ex ante) et aléa moral (ex post) : deux effets d'une même asymétrie d'information

Antisélection vs aléa moralTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Antisélection · Aléa moral; Moment · avant le contrat (ex ante) · après le contrat (ex post); Info cachée · la qualité (type) · l'action (comportement); Effet · on sélectionne les mauvais risques · prise de risque accrue; Exemple · emprunteur risqué dissimulé · banque « too big to fail », cellule mise en évidence : avant le contrat (ex ante)AntisélectionAléa moralMomentavant le contrat (ex ante)après le contrat (ex post)Info cachéela qualité (type)l'action (comportement)Effeton sélectionne les mauvaisrisquesprise de risque accrueExempleemprunteur risqué dissimulébanque « too big to fail »
Fig. 3Une même asymétrie d'information produit deux problèmes selon le moment : avant le contrat, l'antisélection (la qualité est cachée, on sélectionne les mauvais risques) ; après le contrat, l'aléa moral (l'action est cachée, l'agent protégé prend plus de risques).

Points clés

Rappel de portée : les crises financières sont au programme de terminale mais hors du programme d'examen. Depuis la session 2025, la note de service du 17 septembre 2024 restreint l'épreuve terminale de SES à neuf questionnements sur douze : aucun sujet de dissertation ni d'épreuve composée ne peut porter sur celui-ci. L'aléa moral et l'antisélection restent des notions transversales, mobilisables ailleurs, et portent un Grand oral. Asymétrie d'information : situation où, dans un échange, l'une des parties dispose d'informations que l'autre n'a pas. Sur les marchés financiers et du crédit, l'emprunteur connaît mieux que le prêteur la qualité réelle de son projet et son intention de rembourser. Cette asymétrie est la source des deux problèmes majeurs ci-dessous.
Antisélection (sélection adverse) : problème ex ante (AVANT le contrat), lié à une information cachée sur la qualité. Le prêteur ne distinguant pas les bons des mauvais emprunteurs fixe un taux d'intérêt « moyen » ; ce taux décourage les emprunteurs les plus sûrs (qui le jugent trop élevé) et n'attire que les plus risqués. Le marché « sélectionne » les mauvais risques : c'est le mécanisme du marché des « tacots » (lemons) décrit par George Akerlof.
Aléa moral : problème ex post (APRÈS le contrat), lié à une action cachée. Une fois protégé ou financé, un agent modifie son comportement et prend davantage de risques car il n'en supporte pas toutes les conséquences. Exemple : une banque assurée d'être sauvée prête de façon plus imprudente ; un emprunteur dont la dette est garantie engage des projets plus risqués.
Aléa moral et « too big to fail » : une banque jugée « trop grande (ou trop interconnectée) pour faire faillite » anticipe que les pouvoirs publics la sauveront en cas de difficulté pour éviter un effondrement du système. Cette garantie implicite l'incite à prendre des risques excessifs : elle empoche les gains en cas de succès et fait porter les pertes à la collectivité (socialisation des pertes, privatisation des profits).
Lien avec les crises : les asymétries d'information amplifient l'instabilité financière. Pendant l'euphorie, l'aléa moral pousse à un endettement et à des prises de risque excessives (titrisation de crédits subprimes mal évalués) ; lors du retournement, l'antisélection assèche le crédit, car les prêteurs, incapables de distinguer les emprunteurs encore solvables, refusent de prêter à tous (rationnement du crédit).
Réponses possibles aux asymétries : signaux et dépistage (le prêteur exige des garanties, un apport, des bilans certifiés ; l'emprunteur apporte des informations crédibles), surveillance (monitoring), et surtout la régulation publique — supervision et ratios prudentiels étudiés plus loin — qui vise précisément à réduire l'aléa moral des banques.
La crise de 2007-2008 offre le cas le plus net d'aléa moral collectif, par la TITRISATION. Une banque qui accorde un crédit puis le revend, transformé en titre, ne porte plus le risque de défaut : son intérêt à vérifier la solvabilité de l'emprunteur s'affaisse. Le modèle « octroyer puis céder » dilue l'incitation à sélectionner — et le maillon censé rétablir l'information, la notation des titres, souffrait de son propre conflit d'intérêts, l'agence étant rémunérée par l'émetteur qu'elle note.
Deux réponses privées existent : le SIGNAL, émis par la partie informée qui engage un coût crédible pour prouver sa qualité (apport personnel, garantie, comptes certifiés), et le DÉPISTAGE, par lequel la partie non informée construit des contrats amenant chacun à révéler son type. Ces travaux ont valu à George Akerlof, Michael Spence et Joseph Stiglitz le prix Nobel d'économie en 2001. Notez que le salaire d'efficience obéit au même raisonnement : ne pouvant observer l'effort, l'employeur construit une incitation plutôt qu'un contrôle.

Vocabulaire

→ Cartes
  • asymétrie d'informationSituation d'échange où l'une des parties détient une information que l'autre n'a pas, ce qui fausse le contrat qu'elles peuvent conclure.
  • antisélectionMécanisme ex ante par lequel un prix moyen fait fuir les bons risques et ne retient que les mauvais, faute de pouvoir observer la qualité.
  • aléa moralMécanisme ex post par lequel un agent protégé ou financé prend davantage de risques, parce qu'il n'en supporte pas toutes les conséquences.
  • titrisationTransformation de crédits en titres négociables revendus à des investisseurs ; elle disperse le risque mais affaiblit l'incitation à sélectionner les emprunteurs.
  • « too big to fail »Situation d'un établissement si grand ou si interconnecté que les pouvoirs publics le sauveront, garantie implicite qui l'incite à prendre plus de risques.
  • rationnement du créditRefus de prêter à un taux donné, même à des emprunteurs prêts à payer davantage, parce que le prêteur ne peut pas distinguer les bons risques.
Exemple corrigé

Identifier le type d'asymétrie d'information

Pour chacune des situations suivantes, indiquez s'il s'agit d'antisélection ou d'aléa moral, en justifiant : a) une banque, certaine d'être renflouée par l'État en cas de faillite, accorde des prêts de plus en plus risqués ; b) un prêteur, incapable de distinguer les emprunteurs solides des emprunteurs fragiles, relève son taux d'intérêt, ce qui fait fuir les emprunteurs les plus sûrs.

  1. 01Situation a) : repérer le moment

    Le changement de comportement (prêter de façon plus risquée) intervient APRÈS la mise en place de la garantie implicite de sauvetage. C'est une action cachée postérieure : il s'agit d'un aléa moral.

    garantie⇒comportement plus risqueˊ=aleˊa moral (ex post)\text{garantie} \Rightarrow \text{comportement plus risqué} = \text{aléa moral (ex post)}garantie⇒comportement plus risqueˊ=aleˊa moral (ex post)
  2. 02Situation a) : nommer le cas

    C'est l'aléa moral des banques « too big to fail » : protégée, la banque internalise les gains mais pas les pertes, ce qui l'incite à un excès de risque. C'est précisément ce que la régulation prudentielle cherche à corriger.

  3. 03Situation b) : repérer le moment

    Le problème se pose AVANT la signature : le prêteur ne connaît pas la qualité (cachée) des emprunteurs. La hausse du taux moyen écarte les bons risques et ne retient que les mauvais. C'est une antisélection.

    qualiteˊ cacheˊe+taux moyen⇒fuite des bons risques=antiseˊlection (ex ante)\text{qualité cachée} + \text{taux moyen} \Rightarrow \text{fuite des bons risques} = \text{antisélection (ex ante)}qualiteˊ cacheˊe+taux moyen⇒fuite des bons risques=antiseˊlection (ex ante)
  4. 04Conclure

    a) Aléa moral (ex post, action cachée, cas « too big to fail ») ; b) Antisélection (ex ante, qualité cachée, mécanisme des « lemons » d'Akerlof). La distinction tient au moment (avant/après le contrat) et à la nature de l'information (qualité cachée / action cachée).

Résultat : a) Aléa moral (ex post) ; b) Antisélection (ex ante). Le critère décisif : l'antisélection porte sur une qualité cachée avant le contrat, l'aléa moral sur un comportement caché après le contrat.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : distinguer antisélection et aléa moral par le MOMENT — avant ou après le contrat — et par la nature de l'information cachée — une qualité ou une action —, avec un exemple financier pour chacun.
  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : expliquer le « too big to fail » comme un aléa moral engendré par une garantie implicite de sauvetage, et non comme un simple problème de taille. C'est la garantie, pas le bilan, qui modifie le comportement.
  • Mobilisable comme argument dans « Comment lutter contre le chômage ? » : le salaire d'efficience repose sur la même asymétrie d'information, l'effort étant une action cachée. Ce transfert de raisonnement vaut des points dans un questionnement évaluable.
  • Mobilisable comme rappel de première : l'asymétrie d'information figure parmi les défaillances de marché étudiées en première. La définition d'épreuve précise que les notions de première doivent être connues et mobilisables, sans pouvoir constituer le ressort essentiel d'un sujet.
  • Piste de Grand oral : « Peut-on supprimer l'aléa moral des banques ? » — un sujet solide, parce qu'il oblige à confronter le sauvetage public et la régulation prudentielle au lieu de choisir l'un des deux.

Erreurs fréquentes

  • Inverser ex ante et ex post. L'antisélection joue AVANT le contrat — on choisit mal son cocontractant faute de connaître sa qualité ; l'aléa moral joue APRÈS — le comportement change une fois le contrat signé.
  • Réduire l'aléa moral à de la malhonnêteté. Il s'agit d'un changement rationnel de comportement induit par une protection ou une garantie, pas nécessairement d'une fraude ; c'est ce qui le rend prévisible et régulable.
  • Penser que les asymétries d'information n'interviennent qu'en amont de la crise. Elles aggravent aussi le retournement : incapables de distinguer les emprunteurs encore solvables, les prêteurs rationnent tout le monde, ce qui amplifie la contraction de l'activité.
  • Condamner la titrisation en bloc. Transférer un risque est une opération utile, qui disperse ce que personne ne devrait porter seul. Le défaut est ailleurs : dans la rupture du lien entre celui qui accorde le crédit et celui qui en supporte le défaut, donc dans l'incitation à sélectionner.
  • Employer « antisélection » pour toute sélection sévère. Le mot désigne un mécanisme précis, où c'est le MARCHÉ qui retient les mauvais risques parce que les bons se retirent. Une banque qui refuse un dossier ne fait pas de l'antisélection : elle fait du dépistage.

§ 02

Révision active

Distinguez l'antisélection de l'aléa moral. Montrez ensuite, à l'aide de l'exemple des banques « trop grandes pour faire faillite », comment l'aléa moral peut favoriser une prise de risque excessive et donc une crise financière.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

Les phénomènes cumulatifs : effets de richesse, ventes forcées et contraction du crédit#

~7 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Crises-financières-et-régulation-du-système-financierBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

La spirale cumulative de désendettement après l'éclatement d'une bulle

La spirale de désendettement (deleveraging)Graphe, ↓ Prix des actifs → Effets de richesse négatifs, Effets de richesse négatifs → Ventes forcées (deleveraging), Ventes forcées (deleveraging) → Credit crunch (bilans dégradés), Credit crunch (bilans dégradés) → ↓ Prix des actifs↓ Prix desactifsEffets derichessenégatifsVentes forcées(deleveraging)Credit crunch(bilansdégradés)
Fig. 4Après le krach, les mécanismes s'enchaînent en cercle vicieux : la baisse des prix d'actifs déclenche effets de richesse négatifs, ventes forcées (deleveraging) et credit crunch, qui font à leur tour baisser les prix. La spirale est descendante et auto-entretenue.

Points clés

Portée : au programme de terminale, hors du programme d'examen. La note de service du 17 septembre 2024 a limité l'épreuve terminale à neuf des douze questionnements à compter de la session 2025, et celui-ci n'y figure pas : aucun sujet de dissertation ni d'épreuve composée ne peut porter dessus. Les mécanismes qui suivent restent connus et mobilisables — dans un sujet sur le chômage, par exemple — et font un solide Grand oral. Le retournement : lorsque la bulle éclate, le prix des actifs chute. La prophétie auto-réalisatrice s'inverse — anticiper la baisse pousse à vendre, ce qui fait baisser, ce qui pousse à vendre. Plusieurs mécanismes cumulatifs (cercles vicieux) se déclenchent alors et s'auto-renforcent.
Effet de richesse négatif : la chute des prix d'actifs (actions, immobilier) appauvrit les ménages et les entreprises qui les détiennent. Se sentant moins riches, les ménages réduisent leur consommation et les entreprises leur investissement, ce qui déprime la demande globale et donc l'activité.
Ventes forcées et spirale de désendettement (deleveraging) : les agents très endettés, ou contraints par des appels de marge, doivent vendre des actifs pour rembourser. Ces ventes massives et simultanées font encore baisser les prix (« fire sales »), ce qui dégrade la valeur des garanties, oblige à vendre davantage, etc. La vente censée réduire le risque individuel aggrave le risque collectif (paradoxe de la composition).
Contraction du crédit (credit crunch) : les banques, dont les bilans sont fragilisés par la baisse de la valeur des actifs et par les pertes, restreignent fortement leur offre de crédit. Antisélection aidant, elles ne distinguent plus les bons des mauvais emprunteurs et rationnent l'ensemble. Ménages et entreprises, privés de financement, réduisent consommation et investissement.
Dégradation des bilans bancaires : la chute des prix d'actifs détériore l'actif des banques ; pour respecter leurs ratios de fonds propres (voir régulation), elles doivent réduire leurs engagements, ce qui amplifie la contraction du crédit. Le canal du crédit est ainsi un puissant amplificateur de la crise.
Caractère endogène et cumulatif (Minsky) : ces mécanismes ne sont pas de simples chocs externes ; ils s'auto-entretiennent. Hyman Minsky montre que l'instabilité financière est endogène au capitalisme : la longue tranquillité encourage l'endettement (« paradoxe de la tranquillité »), jusqu'au « moment Minsky » où le retournement enclenche la spirale de désendettement.
Le deuxième canal nommé par l'objectif mérite son vocabulaire exact : la BAISSE DU PRIX DU COLLATÉRAL. Un collatéral est l'actif remis en garantie d'un emprunt — le logement, un portefeuille de titres — et sa valeur détermine la capacité d'emprunt. Quand le prix des actifs chute, la garantie vaut moins et les prêteurs réclament un complément : c'est l'APPEL DE MARGE. L'emprunteur doit vendre pour s'y conformer, au moment précis où tout le monde vend. Ce bouclage porte un nom, l'ACCÉLÉRATEUR FINANCIER (Bernanke et Gertler ; Kiyotaki et Moore) : le système financier n'amortit pas le choc, il le multiplie.
Irving Fisher a décrit dès 1933 le paradoxe qui verrouille la spirale, la DÉFLATION PAR LA DETTE. Après 1929, chaque agent endetté fait la chose raisonnable : il vend et rembourse. Mais des remboursements généralisés contractent la demande et font BAISSER le niveau général des prix, alors que les dettes restent libellées en monnaie courante. La valeur RÉELLE de la dette augmente donc à mesure qu'on la rembourse : plus les débiteurs remboursent, plus ils doivent.

Vocabulaire

→ Cartes
  • collatéralActif remis en garantie d'un emprunt ; sa valeur détermine le montant que l'emprunteur peut obtenir et se contracte avec les prix.
  • appel de margeExigence, adressée à un emprunteur dont la garantie a perdu de la valeur, d'apporter un complément immédiat — ce qui l'oblige souvent à vendre.
  • effet de richesseModification de la consommation ou de l'investissement provoquée par la variation de la valeur du patrimoine détenu, indépendamment du revenu courant.
  • désendettementRéduction généralisée de l'endettement par remboursement et vente d'actifs ; prudente pour un agent isolé, elle déprime prix et activité si tous s'y livrent.
  • contraction du créditRestriction brutale de l'offre de prêts par les banques, qui prive ménages et entreprises de financement et fait chuter consommation et investissement.
  • déflation par la detteMécanisme décrit par Fisher : les remboursements généralisés font baisser les prix, ce qui alourdit la valeur réelle des dettes restantes.
Exemple corrigé

Chaîner les mécanismes cumulatifs d'une crise

Un ménage a acheté à crédit un logement valant 300 000 € avec un apport de 30 000 € (il a donc emprunté 270 000 €). À la suite de l'éclatement d'une bulle immobilière, le prix de son logement chute de 25 %. Calculez la nouvelle valeur du bien et la situation du ménage par rapport à sa dette, puis expliquez comment cette situation alimente la spirale cumulative de la crise.

  1. 01Nouvelle valeur du logement

    Une baisse de 25 % conduit à multiplier la valeur par (1 − 0,25) = 0,75. Nouvelle valeur = 300 000 × 0,75 = 225 000 €.

    300 000×(1−0,25)=225 000 EUR300\,000 \times (1 - 0{,}25) = 225\,000\ \text{EUR}300000×(1−0,25)=225000 EUR
  2. 02Comparer à la dette restante

    Le ménage doit encore (au moins) 270 000 € de capital emprunté, alors que son bien ne vaut plus que 225 000 €. La dette excède la valeur du bien de 270 000 − 225 000 = 45 000 € : la valeur nette de son patrimoine immobilier est devenue négative (« negative equity »).

    270 000−225 000=45 000 EUR de patrimoine net neˊgatif270\,000 - 225\,000 = 45\,000\ \text{EUR de patrimoine net négatif}270000−225000=45000 EUR de patrimoine net neˊgatif
  3. 03Effet de richesse négatif

    Se sentant appauvri (son patrimoine net a fondu de 30 000 € positifs à −45 000 €), le ménage réduit sa consommation. Multiplié par des millions de ménages, cet effet de richesse négatif déprime la demande globale.

  4. 04Alimenter la spirale

    Si le ménage est contraint de vendre (perte d'emploi, appel de garantie), il vend à perte ; ces ventes forcées font encore baisser les prix immobiliers, dégradent les garanties des banques qui resserrent le crédit (credit crunch), ce qui déprime davantage l'activité et les prix : la prophétie auto-réalisatrice de baisse et le paradoxe de la composition entretiennent le cercle vicieux.

Résultat : Le bien ne vaut plus que 225 000 € pour une dette de 270 000 € : patrimoine net négatif de 45 000 €. L'effet de richesse négatif, les éventuelles ventes forcées et la contraction du crédit s'enchaînent en spirale cumulative qui propage et amplifie la crise.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : restituer les trois canaux avec les mots de l'objectif — effet de richesse négatif, baisse du prix du collatéral et ventes forcées, contraction du crédit — puis les CHAÎNER au lieu de les juxtaposer.
  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : expliquer le paradoxe de la composition — vendre et se désendetter est prudent pour un agent, ruineux si tous le font ensemble — et le prolonger par la déflation par la dette de Fisher.
  • Mobilisable comme exemple dans « Comment lutter contre le chômage ? » : la contraction du crédit de 2008-2009 est l'origine documentée d'un choc de demande, donc d'un chômage conjoncturel massif. Un exemple maîtrisé se reconnaît immédiatement dans une copie.
  • Mobilisable dans « Quelles politiques économiques dans le cadre européen ? » : ces mécanismes justifient l'intervention de la banque centrale et les politiques budgétaires de soutien, dans un questionnement qui, lui, est évaluable.
  • Piste de Grand oral : « Pourquoi une crise financière devient-elle une crise de l'emploi ? » — la chaîne complète tient en cinq minutes et se prête bien aux questions du jury, qui pourra vous faire dérouler chaque maillon.

Erreurs fréquentes

  • Présenter les mécanismes comme indépendants et juxtaposés. Il faut montrer qu'ils s'enchaînent et se renforcent : baisse des prix, ventes forcées, nouvelle baisse, contraction du crédit, récession, nouvelle baisse.
  • Confondre effet de richesse et effet de revenu. L'effet de richesse vient de la variation de la valeur du PATRIMOINE détenu, pas d'une variation du salaire ou du revenu courant.
  • Croire que vendre ses actifs et se désendetter résout la crise. Individuellement prudent, ce comportement généralisé alimente la baisse des prix et la contraction du crédit : c'est le paradoxe de la composition.
  • Confondre la chute des prix d'ACTIFS et la déflation. La première porte sur les actions ou les logements, la seconde sur le niveau général des prix des biens et services. C'est la seconde qui alourdit la valeur réelle des dettes dans le mécanisme de Fisher.
  • Croire qu'une garantie met le prêteur à l'abri. La valeur du collatéral s'effondre exactement quand on en a besoin : la garantie est procyclique, abondante quand le risque est faible, évanouie quand il se réalise.

§ 03

Révision active

Après l'éclatement d'une bulle immobilière, montrez par quels mécanismes cumulatifs (effet de richesse, ventes forcées, contraction du crédit) la chute des prix d'actifs se transforme en crise financière auto-entretenue.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

Panique bancaire, risque systémique et propagation à l'économie réelle#

~9 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Crises-financières-et-régulation-du-système-financierBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

De la panique bancaire au chômage : contagion et transmission à l'économie réelle

De la panique bancaire au chômageGraphe, Perte de confiance → Panique bancaire, retraits massifs, Panique bancaire, retraits massifs → Contagion interbancaire systémique, Contagion interbancaire systémique → Contraction du crédit, Contraction du crédit → ↓ Investissement et consommation, ↓ Investissement et consommation → ↓ Production, ↓ Production → Licenciements, ↑ chômagePerte deconfiancePaniquebancaire,retraits massifsContagioninterbancairesystémiqueContraction ducrédit↓ Investissementet consommation↓ ProductionLicenciements, ↑chômage
Fig. 5Chaîne de transmission : perte de confiance → panique bancaire et retraits massifs → contagion interbancaire (risque systémique) → contraction du crédit → baisse de l'investissement et de la consommation → recul de la production → licenciements et hausse du chômage.

Points clés

Portée : ce chapitre est au programme de terminale et hors du programme d'examen. Depuis la session 2025, l'épreuve terminale de SES ne porte que sur neuf des douze questionnements (note de service du 17 septembre 2024) : aucun sujet de dissertation ni d'épreuve composée ne peut porter sur celui-ci. Les repères de 1929 et de 2008 restent parmi les exemples les plus utiles à mobiliser dans un sujet évaluable, et tiennent seuls un Grand oral. Panique bancaire (bank run) : retrait massif et simultané des dépôts par les clients qui craignent l'insolvabilité de leur banque. Comme une banque ne conserve qu'une fraction des dépôts sous forme liquide (le reste étant prêté ou investi — système de réserves fractionnaires), elle ne peut rembourser tous ses déposants en même temps : une banque pourtant solvable peut devenir illiquide et faire faillite.
Prophétie auto-réalisatrice de la panique : il est rationnel pour chaque déposant de retirer son argent s'il pense que les autres vont le faire (modèle de Diamond et Dybvig). La croyance « la banque va manquer de liquidités » provoque les retraits qui réalisent cette crainte. La panique se produit même sans dégradation réelle des actifs : c'est un équilibre de défiance.
Effets de contagion : la faillite d'une banque se propage aux autres. Les banques sont liées par le marché interbancaire (elles se prêtent entre elles) et détiennent des actifs comparables. La défaillance de l'une fait douter de la solidité des autres, assèche les prêts interbancaires et propage la panique : on parle de contagion.
Risque systémique : risque qu'une défaillance localisée se propage à l'ensemble du système financier, voire le paralyse. Plus les institutions sont grandes et interconnectées, plus ce risque est élevé — ce qui justifie une surveillance particulière des établissements « systémiques ». Le risque systémique est ce que la régulation cherche prioritairement à contenir.
Repère : la faillite de la banque Lehman Brothers (septembre 2008) a déclenché une crise de confiance généralisée et un gel du marché interbancaire, illustrant à la fois la contagion et le risque systémique. À l'inverse, l'absence de prêteur en dernier ressort actif lors de la crise de 1929 a aggravé les faillites bancaires en chaîne.
Transmission à l'économie réelle : la crise financière devient crise économique par plusieurs canaux. Le canal du crédit (les entreprises et ménages, privés de financement, réduisent investissement et consommation) et le canal de la demande (effet de richesse négatif, montée de l'incertitude, attentisme) font chuter l'activité. La baisse de l'investissement et de la production entraîne licenciements et hausse du chômage : la crise financière débouche sur une crise économique et sociale.
Si la panique est une prophétie auto-réalisatrice, il suffit de rendre la prophétie incroyable pour l'éteindre : c'est la fonction de la GARANTIE DES DÉPÔTS. Les États-Unis l'ont instaurée en 1933, au sortir des faillites en chaîne, en créant la Federal Deposit Insurance Corporation ; dans l'Union européenne, elle couvre jusqu'à 100 000 euros par déposant et par établissement. Mais l'outil a le défaut de sa qualité : protégés, les déposants cessent de surveiller la prudence de leur banque, et la banque le sait — la garantie éteint la panique en créant un aléa moral, ce qui rend la supervision indispensable.
Les deux repères de l'objectif se comparent utilement. En 1929-1933, la panique fut celle des guichets : environ 9 000 banques américaines disparurent, le PIB réel des États-Unis recula de près de 30 % et le chômage approcha le quart de la population active en 1933. En 2007-2008, elle fut d'abord une panique de FINANCEMENT DE GROS : les banques se financent largement à très court terme auprès d'autres institutions, et c'est ce marché qui s'est gelé après la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008. Cette fois, l'intervention publique a évité l'issue de 1929.

Vocabulaire

→ Cartes
  • panique bancaireRetrait massif et simultané des dépôts par des clients qui craignent la défaillance de leur banque, et qui la provoquent en la craignant.
  • réserves fractionnairesPrincipe selon lequel une banque ne conserve qu'une fraction des dépôts sous forme liquide, le reste étant prêté ou investi à plus long terme.
  • illiquiditéIncapacité momentanée à mobiliser assez vite des liquidités pour honorer ses engagements, alors que les actifs conservent leur valeur à terme.
  • insolvabilitéSituation d'un agent dont le passif excède durablement l'actif, indépendamment de tout problème de trésorerie immédiate.
  • risque systémiqueRisque qu'une défaillance localisée se propage à l'ensemble du système financier et le paralyse, d'autant plus fort que les institutions sont interconnectées.
  • garantie des dépôtsEngagement public d'indemniser les déposants jusqu'à un plafond en cas de défaillance bancaire, destiné à rendre la panique sans objet.
Exemple corrigé

Réserves fractionnaires et illiquidité d'une banque solvable

Une banque a collecté 1 000 millions d'euros de dépôts. Elle conserve 10 % de réserves liquides et a prêté ou investi le reste à plus long terme. À la suite d'une rumeur, des déposants exigent en urgence le retrait de 200 millions d'euros. Montrez que la banque, bien que solvable, peut se trouver en situation d'illiquidité, et reliez ce résultat à la prophétie auto-réalisatrice de la panique.

  1. 01Réserves liquides disponibles

    Avec un taux de réserve de 10 %, la banque détient immédiatement disponible : 1 000 × 0,10 = 100 millions d'euros. Les 900 millions restants sont immobilisés dans des prêts et placements de long terme, non mobilisables instantanément.

    1 000×0,10=100 millions d’euros disponibles1\,000 \times 0{,}10 = 100\ \text{millions d'euros disponibles}1000×0,10=100 millions d’euros disponibles
  2. 02Confronter aux retraits demandés

    Les déposants réclament 200 millions, mais la banque ne dispose que de 100 millions liquides. Le déficit de liquidité est de 200 − 100 = 100 millions d'euros : la banque ne peut honorer tous les retraits immédiatement.

    200−100=100 millions d’euros de deˊficit de liquiditeˊ200 - 100 = 100\ \text{millions d'euros de déficit de liquidité}200−100=100 millions d’euros de deˊficit de liquiditeˊ
  3. 03Solvable mais illiquide

    La banque reste solvable : ses actifs (prêts, placements) valent à terme plus que ses dettes. Mais elle est illiquide : elle ne peut transformer assez vite ses actifs en liquidités. Pour faire face, elle doit brader ses actifs (ventes forcées) ou emprunter d'urgence — sinon elle fait défaut.

  4. 04Prophétie auto-réalisatrice

    Anticipant que la banque manquera de liquidités, chaque déposant a intérêt à retirer le premier ; ces retraits provoquent précisément la pénurie crainte. La panique se réalise du seul fait qu'elle est anticipée (modèle Diamond-Dybvig). C'est pourquoi un prêteur en dernier ressort, en fournissant les liquidités manquantes, peut éteindre la panique avant qu'elle ne devienne faillite.

Résultat : La banque dispose de 100 M€ liquides pour 200 M€ de retraits : déficit de 100 M€. Solvable mais illiquide, elle peut faire faillite si la panique se généralise — une dynamique auto-réalisatrice qu'un prêteur en dernier ressort peut interrompre.

Explication pas à pas5 étapes
  1. 1

    Une banque ne garde qu'une fraction des dépôts sous forme liquide : c'est le système de réserves fractionnaires. Le reste est prêté ou investi à plus long terme.

  2. 2

    Si beaucoup de déposants veulent retirer leur argent en même temps, la banque ne peut pas tous les rembourser : une banque pourtant solvable devient illiquide. C'est la panique bancaire.

  3. 3

    La panique est une prophétie auto-réalisatrice : chacun retire parce qu'il croit que les autres vont retirer, ce qui provoque la pénurie de liquidités redoutée.

  4. 4

    Par le marché interbancaire, la défaillance se propage aux autres banques : c'est la contagion, qui nourrit le risque systémique. Le crédit se contracte, l'investissement et la consommation chutent.

  5. 5

    La production recule, les entreprises licencient : la crise financière est devenue une crise économique, avec une hausse du chômage. C'est tout l'enjeu de la régulation, qui cherche à briser cette chaîne en amont.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : expliquer qu'une banque SOLVABLE peut tomber par illiquidité, en articulant les réserves fractionnaires et la prophétie auto-réalisatrice — c'est le modèle de Douglas Diamond et Philip Dybvig, publié en 1983.
  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : caractériser 1929 et 2008 avec les quatre marqueurs de l'objectif — effondrement boursier, faillites en chaîne, chute du PIB, accroissement du chômage — et savoir dire ce qui les distingue.
  • Mobilisable comme exemple dans « Comment lutter contre le chômage ? » : 1929 et 2008-2009 sont les deux illustrations les mieux documentées d'un chômage conjoncturel né d'un effondrement de la demande. Vous avez le droit de les employer dans un sujet évaluable, et c'est l'usage le plus rentable de ce chapitre.
  • Mobilisable dans « Quelles politiques économiques dans le cadre européen ? » : le prêteur en dernier ressort, l'union bancaire et la supervision exercée par la BCE appartiennent à un questionnement qui, lui, est évaluable.
  • Piste de Grand oral : « La garantie des dépôts a-t-elle vraiment supprimé les paniques bancaires ? » — le sujet permet de confronter 1929, 2008 et les épisodes plus récents, et il conduit naturellement à la question de l'aléa moral.

Erreurs fréquentes

  • Croire qu'une panique bancaire ne frappe que des banques déjà insolvables. Elle peut faire tomber une banque solvable mais illiquide : le retrait massif suffit, dans un équilibre de défiance auto-réalisateur.
  • Confondre illiquidité et insolvabilité. L'illiquidité est un manque de liquidités immédiates ; l'insolvabilité est un passif durablement supérieur à l'actif. La panique transforme la première en faillite alors même que l'actif aurait pu être recouvré à terme.
  • Affirmer que la crise « se propage » sans nommer les canaux concrets. Il faut citer le canal du crédit, le canal de la richesse et celui de la confiance, et dire par quel enchaînement chacun réduit l'investissement ou la consommation.
  • Traiter 1929 et 2008 comme deux fois la même crise. En 2008, le gel a d'abord frappé le financement entre institutions financières et non les guichets, et l'intervention publique fut immédiate et massive. Ce sont les DIFFÉRENCES qui montrent que vous connaissez vos repères.
  • Poser qu'une crise financière entraîne mécaniquement une récession. La transmission passe par des canaux identifiables ; si le crédit ne se contracte pas et si la confiance tient, un krach peut rester un événement de marché sans effet réel majeur.

§ 04

Révision active

Montrez comment une panique bancaire peut faire chuter une banque solvable, puis comment, par contagion et risque systémique, la crise financière se transmet à l'économie réelle et provoque une hausse du chômage. Vous comparerez pour finir les crises de 1929 et de 2008 sur quatre points : effondrement boursier, faillites bancaires en chaîne, évolution du PIB et évolution du chômage.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

La régulation du système financier : supervision et ratios de solvabilité#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2019-spe-ses-terminale-§Crises-financières-et-régulation-du-système-financierBONdS-2024-MENE2416667N-§Hors-programme-d-examen

Le ratio de solvabilité : un coussin de fonds propres pour absorber les pertes

Le ratio de solvabilité : un coussin de fonds propresTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Banque sous-capitalisée · Banque (Bâle); Fonds propres · coussin mince · coussin épais; Perte sur actifs · dépasse les fonds propres · absorbée par les fonds propres; Résultat · insolvabilité, faillite · solvabilité préservée; Incitation · peu de « peau dans le jeu » · actionnaire prudent, cellule mise en évidence : solvabilité préservéeBanque sous-capitaliséeBanque (Bâle)Fonds proprescoussin mincecoussin épaisPerte sur actifsdépasse les fonds propresabsorbée par les fondspropresRésultatinsolvabilité, faillitesolvabilité préservéeIncitationpeu de « peau dans le jeu »actionnaire prudent
Fig. 6Le ratio de solvabilité impose un « coussin » de fonds propres proportionné aux risques. À gauche, un coussin trop mince : la perte rend la banque insolvable. À droite, des fonds propres conformes à Bâle absorbent la même perte sans faillite — et l'actionnaire, ayant « la peau dans le jeu », est incité à la prudence.

Points clés

Portée : la régulation financière est au programme de terminale mais hors du programme d'examen. La note de service du 17 septembre 2024 restreint l'épreuve terminale à neuf questionnements depuis la session 2025 et les crises financières n'y figurent pas : aucun sujet de dissertation ni d'épreuve composée ne peut porter sur ce qui suit. Cela reste connu et mobilisable, notamment comme exemple d'action publique, et c'est un excellent sujet de Grand oral. Pourquoi réguler : laissé à lui-même, le système financier est instable (bulles, paniques, contagion) et l'aléa moral des banques pousse à la prise de risque excessive. La régulation publique vise à réduire la probabilité et l'ampleur des crises, à contenir le risque systémique et à limiter l'aléa moral, donc à protéger l'économie réelle. Le programme retient deux grands instruments : la supervision des banques et les ratios de solvabilité.
La supervision des banques par les autorités : des autorités de surveillance (banques centrales, superviseurs nationaux et européens) contrôlent en permanence la solidité des banques — qualité de leurs actifs, niveau de risque, respect des règles. Elles imposent des règles prudentielles, mènent des contrôles et des « tests de résistance » (stress tests), et peuvent sanctionner ou exiger des mesures correctives. La supervision réduit l'asymétrie d'information entre les banques et le reste de l'économie.
Les ratios de solvabilité (fonds propres) : une banque doit détenir un montant minimal de fonds propres (capital apporté par les actionnaires + bénéfices mis en réserve) proportionné aux risques qu'elle prend. Le principe : les fonds propres servent de « coussin » pour absorber les pertes sans que la banque ne fasse faillite ni ne mette en danger les déposants et le système. Plus une banque prend de risques, plus elle doit détenir de fonds propres.
Les accords de Bâle : ces ratios prudentiels sont fixés au niveau international par le Comité de Bâle (accords successifs : Bâle I, II, III). Ils définissent un ratio minimal de fonds propres rapportés aux actifs pondérés par les risques. Bâle III, adopté après la crise de 2008, a renforcé les exigences en capital et en liquidité pour rendre les banques plus résistantes.
Comment les ratios réduisent l'aléa moral : en obligeant les actionnaires à engager leurs propres fonds propres, le ratio fait que la banque a « la peau dans le jeu » : en cas de pertes, ce sont d'abord ses fonds propres qui sont entamés, et non l'argent public ou les déposants. Cela contre l'incitation, liée au « too big to fail », à prendre des risques excessifs aux frais de la collectivité — c'est exactement la capacité attendue du programme.
Le prêteur en dernier ressort (complément) : la banque centrale peut fournir en urgence des liquidités à une banque solvable mais illiquide, pour éteindre une panique et éviter la contagion. Cet outil est puissant mais ambigu : la garantie d'être secouru peut elle-même nourrir l'aléa moral. La régulation prudentielle (supervision + ratios) vise précisément à contrebalancer cet effet pervers.
Au-delà du microprudentiel : la régulation comporte aussi des mesures macroprudentielles, qui surveillent le système financier dans son ensemble (et non chaque banque isolément) afin de prévenir le risque systémique. Le programme de terminale insiste avant tout sur la supervision et les ratios de solvabilité.
Qui applique concrètement ces règles ? Le Comité de Bâle n'a aucun pouvoir juridique : il écrit des standards que chaque juridiction transpose. La supervision, elle, est exercée par des autorités identifiables — depuis novembre 2014, la Banque centrale européenne surveille directement les plus grandes banques de la zone euro (mécanisme de surveillance unique), et l'ACPR, adossée à la Banque de France, contrôle les autres établissements français. Bâle III fixe un socle de fonds propres de base de 4,5 % des actifs pondérés par les risques, plus un coussin de conservation de 2,5 %.

Vocabulaire

→ Cartes
  • fonds propresRessources apportées par les actionnaires et bénéfices mis en réserve, qui absorbent les pertes avant les déposants et les créanciers.
  • ratio de solvabilitéRapport minimal entre les fonds propres d'une banque et ses actifs pondérés par les risques, destiné à lui faire absorber ses pertes sans faillir.
  • actifs pondérés par les risquesTotal des engagements d'une banque affecté d'un coefficient croissant avec leur risque, servant de dénominateur au ratio prudentiel.
  • prêteur en dernier ressortFonction par laquelle une banque centrale fournit en urgence des liquidités à un établissement solvable mais illiquide, afin d'éteindre une panique.
  • supervision prudentielleContrôle permanent de la solidité des banques par une autorité, incluant règles, inspections, tests de résistance et pouvoirs de sanction.
  • coussin contracycliqueExigence de fonds propres supplémentaire constituée en haut de cycle et relâchée en bas de cycle, pour éviter que le ratio n'aggrave la récession.

Principe d'un ratio prudentiel de solvabilité

Ratio de solvabiliteˊ=Fonds propresActifs pondeˊreˊs par les risques ≥ seuil minimal (Baˆle)\text{Ratio de solvabilité} = \dfrac{\text{Fonds propres}}{\text{Actifs pondérés par les risques}} \ \ge\ \text{seuil minimal (Bâle)}Ratio de solvabiliteˊ=Actifs pondeˊreˊs par les risquesFonds propres​ ≥ seuil minimal (Baˆle)

La banque doit détenir au minimum une certaine proportion de fonds propres rapportés à ses actifs pondérés selon leur risque. Plus elle prend de risques (dénominateur élevé), plus elle doit détenir de fonds propres (numérateur) pour respecter le seuil.

Le dilemme du prêteur en dernier ressort : éteindre la panique sans nourrir l'aléa moral

Le dilemme du prêteur en dernier ressortGraphe, Banque centrale : prêteur en dernier ressort → + Éteint la panique (stabilise), Banque centrale : prêteur en dernier ressort → − Garantie implicite → aléa moral, Supervision + ratios prudentiels → − Garantie implicite → aléa moralBanque centrale: prêteur endernier ressort+ Éteint lapanique(stabilise)− Garantieimplicite → aléamoralSupervision +ratiosprudentielsneutralise
Fig. 7Le prêteur en dernier ressort éteint les paniques (effet stabilisant) mais sa garantie implicite nourrit l'aléa moral (effet pervers). Supervision et ratios de solvabilité servent à neutraliser ce second effet.
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Exemple corrigé

Calculer un ratio de solvabilité et tester la résistance d'une banque

Une banque détient 50 millions d'euros de fonds propres et 800 millions d'euros d'actifs pondérés par les risques. a) Calculez son ratio de solvabilité. Respecte-t-elle un seuil minimal de 8 % ? b) Une crise lui inflige une perte de 40 millions d'euros sur ses actifs. Montrez que les fonds propres permettent d'absorber cette perte sans faillite, et recalculez le ratio après la perte (les actifs pondérés restant supposés à 800 M€).

  1. 01a) Ratio de solvabilité initial

    Ratio = fonds propres / actifs pondérés par les risques = 50 / 800 = 0,0625, soit 6,25 %.

    50800=0,0625=6,25 %\frac{50}{800} = 0{,}0625 = 6{,}25\,\%80050​=0,0625=6,25%
  2. 02a) Comparer au seuil

    6,25 % est inférieur au seuil minimal de 8 % : la banque ne respecte PAS l'exigence prudentielle. Le superviseur lui demanderait de renforcer ses fonds propres (augmentation de capital, mise en réserve des bénéfices) ou de réduire ses actifs risqués.

  3. 03b) Absorption de la perte

    La perte de 40 M€ vient diminuer les fonds propres : 50 − 40 = 10 M€ de fonds propres restants. Comme ce montant est positif, la banque reste solvable : ce sont les actionnaires (via les fonds propres) qui supportent la perte, pas les déposants ni l'État.

    50−40=10 MEUR de fonds propres restants>050 - 40 = 10\ \text{MEUR de fonds propres restants} > 050−40=10 MEUR de fonds propres restants>0
  4. 04b) Ratio après la perte et interprétation

    Nouveau ratio = 10 / 800 = 1,25 %. La banque survit mais est très fragilisée et largement sous le seuil : elle devra impérativement se recapitaliser. Le coussin de fonds propres a joué son rôle (éviter la faillite immédiate), ce qui illustre l'objectif du ratio ; et le fait que l'actionnaire perde d'abord son capital réduit son incitation à la prise de risque excessive (aléa moral).

    10800=0,0125=1,25 %\frac{10}{800} = 0{,}0125 = 1{,}25\,\%80010​=0,0125=1,25%

Résultat : a) Ratio initial 6,25 %, sous le seuil de 8 % : non conforme. b) La perte de 40 M€ ramène les fonds propres à 10 M€ (banque solvable mais fragilisée), et le ratio à 1,25 % : le coussin a évité la faillite et fait porter la perte aux actionnaires, ce qui limite l'aléa moral.

Objectif Bac

  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : présenter les DEUX instruments retenus par l'objectif d'apprentissage — la supervision des banques par la banque centrale et le ratio de solvabilité — et dire pour chacun par quel mécanisme précis il réduit l'aléa moral.
  • Attendu de cours (hors programme d'examen) : lire un ratio de solvabilité comme un rapport entre fonds propres et actifs pondérés par les risques, et savoir dire ce qu'il absorbe — une PERTE, jamais un retrait de dépôts.
  • Mobilisable comme exemple dans « Quelles politiques économiques dans le cadre européen ? » : l'union bancaire et la supervision exercée par la BCE constituent une politique européenne à part entière, dans un questionnement évaluable.
  • Mobilisable comme exemple dans « Quelle action publique pour l'environnement ? » : la régulation prudentielle est un cas d'école de RÉGLEMENTATION face à une défaillance de marché, à comparer aux instruments incitatifs. Le transfert de raisonnement compte ici autant que l'exemple.
  • Piste de Grand oral : « Les ratios de Bâle rendent-ils vraiment le système financier plus sûr ? » — la question permet de tenir les deux bouts, l'utilité du coussin de fonds propres et sa procyclicité.

Erreurs fréquentes

  • Confondre fonds propres et réserves de liquidité. Les fonds propres, mesurés par le ratio de solvabilité, servent à absorber des PERTES ; les réserves liquides servent à faire face aux RETRAITS. Ce sont deux exigences distinctes, qui répondent à deux risques distincts.
  • Réduire la régulation à l'ambition d'interdire les crises. Elle vise à en réduire la probabilité et l'ampleur et à contenir l'aléa moral, sans prétendre les supprimer — le dire est un signe de maîtrise, pas une concession.
  • Oublier que le sauvetage public, prêteur en dernier ressort ou renflouement, alimente lui-même l'aléa moral. C'est précisément ce qui justifie en retour des exigences prudentielles élevées : les deux instruments se répondent.
  • Faire du Comité de Bâle un régulateur qui contrôlerait les banques. Il n'a aucun pouvoir juridique : il écrit des standards, les législateurs les transposent, et ce sont les superviseurs — BCE, ACPR — qui contrôlent effectivement.
  • Croire qu'un ratio toujours plus élevé serait toujours préférable. Exigé au creux de la crise, il pousse les banques à réduire le crédit pour respecter le rapport, ce qui aggrave la récession : c'est la PROCYCLICITÉ des ratios, et la raison d'être du coussin contracyclique, que le superviseur relâche quand la conjoncture se dégrade.

§ 05

Révision active

Présentez deux instruments de régulation du système financier (supervision des banques et ratios de solvabilité) et montrez comment ils contribuent à réduire l'aléa moral des banques et le risque de crise.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019 (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

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Sommaire

Section -- / 05

    • 01Anatomie d'une bulle spéculative : crédit, mimétisme et prophéties auto-réalisatrices○
    • 02Asymétries d'information : aléa moral et antisélection sur les marchés financiers◐
    • 03Les phénomènes cumulatifs : effets de richesse, ventes forcées et contraction du crédit◐
    • 04Panique bancaire, risque systémique et propagation à l'économie réelle●
    • 05La régulation du système financier : supervision et ratios de solvabilité◐

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Des fiches à l'entraînement

Crises financières et régulation du système financier

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de sciences économiques et sociales de terminale générale — annexe de l’arrêté du 19-7-2019

Voir aussi

  • Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?La banque centrale y apparaît sous son autre visage : la conduite de la conjoncture plutôt que la supervision prudentielle.
  • Comment lutter contre le chômage ?Le canal par lequel une crise financière produit du chômage conjoncturel : la contraction du crédit, puis celle de la demande.

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Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?

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