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Fiches/HGGSP — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques/L’enjeu de la connaissance
FR · Bac

L’enjeu de la connaissance

Thème 6 de terminale (26-28 heures) : comprendre les conditions nationales et internationales dans lesquelles se construit la connaissance, en particulier scientifique, et expliquer comment les États en favorisent ou en contrôlent la production et la diffusion, entre coopérations et conflits — de l’alphabétisation des femmes et de la communauté savante de la radioactivité au renseignement de la guerre froide, aux transferts de technologie indiens et au cyberespace.

5 sections·~68 min de lecture·6 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0888 / 8
Profil d’examen
Analyser, interroger, adopter une démarche réflexive : distinguer donnée, information, savoir et connaissance, et discuter une notion — la « société de la connaissance » — au lieu de la tenir pour un constat.Caractériser une communauté savante et son fonctionnement collectif : validation par les pairs, éthos scientifique, circulation des articles, des personnes et des échantillons, entre coopération et rivalité.Se documenter : identifier sur un document les acteurs (savants, institutions, États, entreprises, sociétés), les échelles et la modalité de circulation en jeu, puis en évaluer la portée et les silences.Mettre en relation savoir et pouvoir : montrer qu’un État renforce sa puissance en produisant et en diffusant du savoir, tout en s’exposant à en être dépossédé — du renseignement de la guerre froide aux transferts de technologie.Analyser le cyberespace comme un espace à trois couches, simultanément conflictuel et coopératif, où la souveraineté des États se rejoue face à des acteurs privés mondiaux.S’exprimer à l’oral : construire une réponse problématisée à une question de cours, à l’oral de contrôle comme au grand oral, dont chaque thème, axe, objet de travail conclusif et jalon peut être le support.
Opérateurs :analyserinterrogeradopter une démarche réflexivese documentertravailler de manière autonomes’exprimer à l’oraldéfinirdistinguercontextualiserproblématiserconfronternuancer

niveau de base

Fixez d’abord les distinctions (donnée, information, savoir, connaissance) et une quinzaine de repères sûrs : Drucker et la « société de la connaissance » (1969) ; l’alphabétisation des femmes du XVIᵉ siècle à nos jours (lois Guizot 1836, Falloux 1850, Camille Sée 1880, Ferry 1881-1882 ; Japon 1870, URSS 1919, Turquie 1928 ; Unesco 1946) ; la radioactivité de Becquerel (1896) aux Nobel des Curie (physique 1903, chimie 1911), à la radioactivité artificielle (1934), à la fission (1938-1939) et au projet Manhattan (1942) ; le renseignement de la guerre froide (CIA 1947, NSA 1952, KGB 1954, crise de Cuba 1962, affaire Farewell 1981-1985) ; l’Inde (premiers IIT à partir de 1951, IIT de Kanpur 1960-1963, « Make in India » 2014) ; le cyberespace (Arpanet 1969, ouverture au public 1993, Estonie 2007, Stuxnet 2010) et la cyberdéfense française (ANSSI 2009, COMCYBER 2017, VIGINUM 2021).

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, faites du paradoxe le fil d’Ariane de toute copie : encourager la production et la diffusion d’un savoir assoit la puissance d’un État, son développement et son rayonnement, mais l’expose à en être dépossédé. Ce paradoxe se décline dans les trois parties du thème — une communauté savante ne valide que ce qu’elle publie, un service de renseignement ne capte que ce qui circule, un État ne protège dans le cyberespace qu’une fraction de ce qu’il utilise. Sachez aussi discuter les notions plutôt que les appliquer : la « société de la connaissance » est critiquée pour son optimisme et sa sous-estimation des inégalités, et la « souveraineté numérique » est souvent remplacée, par les acteurs publics eux-mêmes, par la notion plus opérante d’autonomie stratégique.

Profondeur

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Sommaire · 5 sections▾
  1. L’enjeu de la connaissance
    • 01Introduction — Société de la connaissance, communauté savante, circulation des savoirs○
    • 02Axe 1 — Produire et diffuser des connaissances : alphabétiser, chercher en réseau◐
    • 03Axe 2 — La connaissance, enjeu politique et géopolitique : renseignement, formation, transferts◐
    • 04Objet de travail conclusif — Le cyberespace : conflictualité et coopération entre les acteurs●
    • 05Méthode — Dissertation et étude critique de document(s) sur l’enjeu de la connaissance◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Introduction — Société de la connaissance, communauté savante, circulation des savoirs#

~11 min de lecture●○○BaseBOHGGSP-Tle-T6-Intro-La notion de « société de la connaissance » (Peter Drucker, 1969), portée et débats.BOHGGSP-Tle-T6-Intro-La notion de communauté savante, communauté scientifique en histoire des sciences.BOHGGSP-Tle-T6-Intro-Les acteurs et les modalités de la circulation de la connaissance.

Points clés

Le thème 6 poursuit un double objectif : comprendre les conditions nationales et internationales dans lesquelles se construit la connaissance, en particulier la connaissance scientifique, et expliquer comment les États favorisent ou contrôlent sa production et sa diffusion, entre coopérations et conflits. L’introduction pose les trois notions qui serviront pendant tout le thème : la « société de la connaissance », la communauté savante, et la circulation des savoirs avec ses acteurs.
La notion de « société de la connaissance » a un auteur et une date : Peter Drucker, universitaire et éditorialiste, l’un des fondateurs de la réflexion managériale, dans The Age of Discontinuity (1969), traduit en français dès 1970 sous le titre La grande mutation : vers une nouvelle société. Son idée maîtresse tient en une phrase : la connaissance, entendue comme la capacité à mettre en œuvre de l’information, devient la principale ressource du développement économique. Elle est reprise par les organisations internationales — l’Unesco, l’Union européenne — sous une forme légèrement déplacée, celle de la diffusion des compétences. Le Conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000 en fait un objectif stratégique en se donnant pour but de « préparer la transition vers une économie compétitive, dynamique et fondée sur la connaissance ». La notion voisine d’« économie de la connaissance » relie la prospérité non seulement au volume d’informations disponibles, mais à la capacité d’innover.
Cette notion est discutée, et il faut savoir dire pourquoi. On lui reproche son optimisme, sa faible prise en compte des aspects financiers du capitalisme, des conflits sociaux et des inégalités, la surestimation du caractère « post-industriel » de l’économie contemporaine, et la sous-estimation des inégalités territoriales et sociales que le poids accru de la connaissance engendre lui-même. Le développement des technologies de l’information puis, plus récemment, de l’intelligence artificielle suscite simultanément enthousiasme et inquiétude. On retiendra donc de la notion ce qu’elle affirme de plus incontestable : le rôle moteur de la connaissance et de l’éducation dans la vie sociale, économique et politique contemporaine — sans en faire une description neutre du monde.
Le vocabulaire du thème se hiérarchise (voir Fig. 1). Une donnée est un élément brut ; une information est une donnée replacée dans un contexte, donc porteuse de sens ; un savoir est un ensemble d’informations validé, structuré et transmissible ; la connaissance englobe le savoir et le dépasse, parce qu’elle suppose une capacité réflexive — comprendre, expliquer, agir. Le lien avec le thème 4 de première (« S’informer ») est explicite dans le programme : l’information est plus ponctuelle, la connaissance l’englobe, et elle inclut en particulier les sciences et les technologies.

De la donnée à la connaissance

De la donnée à la connaissancecercles concentriques, 3 anneaux, Données: Donnée, Information : la donnée mise en contexte, Savoir : validé, structuré, transmissible, Connaissance : le savoir mis en œuvreConnaissance : le savoir mis en œuvreSavoir : validé, structuré, transmissibleInformation : la donnée mise en contexteDonnée
Fig. 1Chaque cercle ajoute quelque chose au précédent : un contexte, une validation, une capacité réflexive. La connaissance n’est donc jamais une simple accumulation de données.
Fig. 1 ↓
La deuxième notion introductive corrige une représentation commune, celle du savant solitaire. La notion de communauté scientifique vient des travaux du sociologue Robert K. Merton dans les années 1940 : elle met l’accent sur la dimension collective de la démarche scientifique. Une communauté scientifique organise la discussion des travaux de ses membres, vérifie leurs méthodes et leurs conclusions, et les valide ; elle repose sur un éthos, un ensemble de normes intériorisées — universalisme, communalisme, désintéressement, scepticisme organisé. Elle se distingue de la communauté savante, plus large, par la professionnalisation de ses membres. En arrière-plan, la règle formulée par Karl Popper dans La Logique de la découverte scientifique (1934) : un énoncé scientifique doit être falsifiable, c’est-à-dire qu’on doit pouvoir le soumettre à l’épreuve et, éventuellement, montrer sa fausseté. Il est donc normal que des scientifiques soient en désaccord ; ce qui compte, c’est que le désaccord soit tranché par l’examen collectif des méthodes et des résultats. C’est exactement ce qui manque aux discours antiscientifiques.
Le troisième point introductif porte sur les acteurs et les modalités de la circulation (voir Fig. 2). Produisent : des savants, des laboratoires, des universités et des académies. Financent, orientent, protègent ou censurent : les États. Exploitent et diffusent : les entreprises, de l’édition scientifique aux plateformes numériques. Reçoivent, très inégalement : les sociétés. Les modalités, elles, sont concrètes et historiquement datées : l’école et l’alphabétisation, la langue et la traduction, la correspondance, les congrès, les revues, aujourd’hui internet. Deux modèles économiques peuvent être opposés schématiquement : un accès gratuit et collaboratif, dont Wikipédia est l’incarnation, et un accès payant fondé sur l’expertise. Les politiques d’accès ouvert (open access) cherchent à concilier les deux — mise à disposition gratuite et validation par les pairs — mais supposent que la recherche soit financée par ailleurs, sur fonds publics ou privés. La vulgarisation et la médiatisation forment une modalité à part entière, y compris dans la décision politique : les rapports du GIEC en sont l’exemple le plus visible.

Les acteurs et les modalités de la circulation

Les acteurs et les modalités de la circulationArbre de probabilité, 9 chemins, Données: Qui produit → Savants, laboratoires, universités; Qui produit → États : financement, orientation; Qui produit → Entreprises : R&D, édition; Par quels canaux → École, alphabétisation, langue; Par quels canaux → Revues, congrès, correspondance; Par quels canaux → Internet, accès ouvert, Wikipédia; Qui freine → Secret, censure, classification; Qui freine → Brevets, abonnements, licences; Qui freine → Fracture numérique, inégalitésQui produitPar quels canauxQui freineCirculation de la connaissanceSavants, laboratoires, universitésÉtats : financement, orientationEntreprises : R&D, éditionÉcole, alphabétisation, langueRevues, congrès, correspondanceInternet, accès ouvert, WikipédiaSecret, censure, classificationBrevets, abonnements, licencesFracture numérique, inégalités
Fig. 2Trois questions à poser à tout document du thème : qui produit, par quels canaux le savoir circule, et qui a intérêt à freiner cette circulation.
Fig. 2 ↓
Circuler ne signifie pas circuler également. L’accès dépend de l’alphabétisation, de la scolarisation, de la langue, du genre et des moyens techniques ; la fracture numérique sépare aujourd’hui ceux qui disposent d’un accès utile au réseau et les autres. La contribution des États à la production mondiale de connaissance est elle-même très inégale, et se mesure par des indicateurs comme le nombre de brevets déposés. C’est cette inégalité qui fait de la connaissance un enjeu et non un simple patrimoine commun.
Le fil conducteur du thème est un paradoxe, et il faut l’avoir en tête dès l’introduction : pour un État, encourager la production et la diffusion d’un savoir est une manière d’asseoir sa puissance, d’assurer son développement et son rayonnement, mais c’est aussi prendre le risque d’en être dépossédé. De là l’architecture du programme : l’axe 1 examine les conditions de la production et de la diffusion (alphabétisation des femmes, communauté savante de la radioactivité) ; l’axe 2 montre des États qui se saisissent de la connaissance dans l’affrontement ou pour leur développement (renseignement de la guerre froide, Inde) ; l’objet conclusif porte tout cela dans le cyberespace. La problématique générale peut se formuler ainsi : dans quelle mesure des conditions politiques et géopolitiques favorisent-elles la construction et la diffusion de la connaissance, et pourquoi la connaissance est-elle un enjeu politique majeur ?

Vocabulaire

→ Cartes
  • Société de la connaissanceNotion formulée par Peter Drucker en 1969 : stade de développement où la connaissance devient la principale ressource économique et sociale.
  • Communauté scientifiqueEnsemble professionnalisé de chercheurs qui discutent, vérifient et valident collectivement les travaux de leurs membres, selon un éthos partagé.
  • FalsifiabilitéPropriété d’un énoncé scientifique qui peut être soumis à l’épreuve des faits et, le cas échéant, réfuté (Popper, 1934).
  • Accès ouvertMise à disposition gratuite de publications scientifiques validées par les pairs, dont le coût est reporté sur un financement public ou privé.
  • Fracture numériqueInégalité d’accès aux réseaux et aux usages numériques entre territoires et entre groupes sociaux.
  • VulgarisationMise en circulation d’un savoir savant vers un public non spécialiste, y compris auprès des décideurs politiques.
Exemple corrigé

Analyser un extrait de manuel sur la « société de la connaissance »

Étude critique. Document : extrait d’un manuel scolaire, présentation rédigée par les auteurs, 2020. « Nous vivons désormais dans une société de la connaissance : le savoir a remplacé la terre, le travail et le capital comme ressource principale. Chacun peut aujourd’hui accéder à l’ensemble des savoirs disponibles, où qu’il se trouve, grâce au numérique. » Consigne : à partir du document et de vos connaissances, montrez ce que cette présentation doit à une notion précise et ce qu’elle laisse dans l’ombre.

  1. 01Présenter et contextualiser

    Il s’agit d’un texte pédagogique de synthèse, écrit par des auteurs de manuel en 2020, destiné à des élèves. Sa nature engage sa lecture : un manuel simplifie pour transmettre, ce qui est légitime, mais expose au risque de présenter une notion discutée comme un constat.

  2. 02Identifier la notion mobilisée

    La formule « société de la connaissance » vient de Peter Drucker, The Age of Discontinuity (1969), pour qui la connaissance — la capacité à mettre en œuvre de l’information — devient la principale ressource du développement économique. Le document en reprend l’idée maîtresse, jusqu’à la formule « a remplacé la terre, le travail et le capital ».

  3. 03Repérer les glissements

    Le texte opère deux déplacements. Il transforme une notion, portée par un auteur puis par des institutions (Unesco, Union européenne, Conseil européen de Lisbonne de mars 2000), en description objective du présent. Et il confond accéder à des informations et disposer d’une connaissance : la connaissance suppose validation, structuration et capacité réflexive.

  4. 04Mobiliser les critiques

    La notion est critiquée pour son optimisme, pour sa faible prise en compte des inégalités et des conflits sociaux, et pour la surestimation du caractère post-industriel de l’économie. Le « chacun peut accéder » du document est démenti par la fracture numérique, par les inégalités d’alphabétisation et par la barrière de la langue, mais aussi par l’accès payant à une partie des publications scientifiques.

  5. 05Conclure en répondant à la consigne

    La réponse dit ce que le document apporte — un repérage juste du rôle moteur de la connaissance — et ce qu’il masque : le caractère construit et contesté de la notion, et l’inégalité de l’accès qui fait précisément de la connaissance un enjeu politique.

Résultat : Le document reprend fidèlement la thèse de Drucker (1969) mais la présente comme un fait établi et comme un accès universel ; l’étude critique consiste à restituer la notion à son auteur et à ses débats, puis à opposer au « chacun peut accéder » les inégalités d’alphabétisation, de langue et d’accès numérique qui font de la connaissance un enjeu de pouvoir.

Explication pas à pas5 étapes
  1. 1

    L’idée la plus difficile du thème n’est pas une définition : c’est un paradoxe. Un État a intérêt à ce que la connaissance se produise et circule — et intérêt à ce qu’elle ne circule pas trop.

  2. 2

    Premier versant : diffuser rend puissant. Un pays qui alphabétise sa population augmente le nombre de gens capables de produire, de recevoir et de diffuser du savoir. C’est le raisonnement de l’axe 1.

  3. 3

    Second versant : diffuser expose. Ce qui circule peut être capté. Le renseignement de la guerre froide, les transferts de technologie négociés par l’Inde : dans les deux cas, le savoir qui sort d’un laboratoire ne revient pas.

  4. 4

    Le paradoxe se résout par une distinction pratique : les États ne choisissent pas entre diffuser et retenir, ils trient. Ils diffusent l’alphabétisation et la vulgarisation, et classifient la recherche militaire.

  5. 5

    Retenez la formule à réutiliser dans toute dissertation du thème : la connaissance n’est un enjeu de pouvoir que parce qu’elle doit circuler pour exister — sans circulation, pas de savoir validé ; avec circulation, plus de monopole.

Objectif Bac

  • Dater et attribuer la notion : « société de la connaissance », Peter Drucker, The Age of Discontinuity, 1969 — et savoir en énoncer l’idée maîtresse (la connaissance devient la principale ressource du développement économique) avant d’en discuter la portée.
  • Distinguer, en une phrase chacune, donnée, information, savoir et connaissance, et savoir dire ce que la connaissance ajoute à l’information : une dimension réflexive.
  • Contextualiser la reprise institutionnelle de la notion : citer le Conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000 et son objectif d’une « économie compétitive, dynamique et fondée sur la connaissance ».
  • Expliquer ce qu’est une communauté scientifique (Merton, années 1940 ; éthos : universalisme, communalisme, désintéressement, scepticisme organisé ; falsifiabilité chez Popper, 1934) et la distinguer de la communauté savante par la professionnalisation.
  • Identifier, sur n’importe quel document du thème, les acteurs (savants, institutions, États, entreprises, sociétés) et la modalité de circulation en jeu (école, revue, congrès, accès ouvert, plateforme), puis nommer l’inégalité d’accès qu’il révèle.

Erreurs fréquentes

  • Présenter la « société de la connaissance » comme une description objective du monde contemporain ; en réalité c’est une notion datée (Drucker, 1969), portée par des institutions, et très discutée — notamment pour son optimisme et sa sous-estimation des inégalités sociales et territoriales.
  • Employer information et connaissance comme des synonymes ; en réalité l’information est plus ponctuelle et la connaissance l’englobe et la dépasse, en y ajoutant validation, structuration et capacité réflexive.
  • Confondre communauté savante et communauté scientifique ; en réalité la seconde se distingue de la première par la professionnalisation de ses membres, et c’est cette professionnalisation qui rend possible l’examen organisé des travaux.
  • Croire qu’un désaccord entre scientifiques prouve que la science est incertaine ou arbitraire ; en réalité le désaccord est le mode de fonctionnement normal d’une communauté scientifique, et il est tranché par l’examen collectif des méthodes et des conclusions.
  • Réduire la circulation de la connaissance à internet ; en réalité elle passe aussi par l’école et l’alphabétisation, la langue et la traduction, les revues, les congrès et la correspondance — et l’accès ouvert lui-même suppose un financement public ou privé de la recherche.

§ 01

Révision active

Construisez un croquis de synthèse, avec sa légende organisée en trois parties (produire · diffuser · contrôler), qui présente les acteurs de la circulation de la connaissance et les inégalités d’accès. Placez dans chaque partie au moins deux acteurs et une modalité concrète (école, revue, congrès, accès ouvert, plateforme, brevet, censure), puis rédigez sous le croquis les trois phrases de légende qui en font une réponse à la question : pourquoi la connaissance est-elle un enjeu politique ?

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 6 « L’enjeu de la connaissance » (janvier 2024) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Conseil européen de Lisbonne, 23 et 24 mars 2000 — conclusions de la présidence (Parlement européen)

§ 02
§ 02

Axe 1 — Produire et diffuser des connaissances : alphabétiser, chercher en réseau#

~14 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T6-Axe1-Produire et diffuser des connaissancesBOHGGSP-Tle-T6-Axe1-Donner accès à la connaissance : grandes étapes de l’alphabétisation des femmes du XVIe siècle à nos jours dans le monde.BOHGGSP-Tle-T6-Axe1-Produire de la connaissance scientifique : recherche et échanges des hommes et des femmes de science sur la question de la radioactivité de 1896 aux années 1950.

Points clés

L’axe 1 tient ensemble deux jalons qui semblent éloignés et disent la même chose : la connaissance suppose des conditions matérielles et sociales. Le premier suit sur cinq siècles l’alphabétisation des femmes, c’est-à-dire l’élargissement du nombre de personnes capables de produire, de recevoir et de diffuser du savoir. Le second observe, de 1896 aux années 1950, la formation d’une communauté savante internationale autour de la radioactivité. Dans les deux cas, la question est la même : à quelles conditions un savoir existe-t-il socialement ?
Premier jalon, temps long. En Occident, l’alphabétisation a longtemps été réservée au clergé et à une élite lettrée, et alphabétisation ne va pas de pair avec scolarisation : la société d’Ancien Régime connaît une « alphabétisation en miettes », où l’apprentissage de la lecture est souvent délégué hors du système scolaire, dans les « petites écoles » qui servent aussi de garderie. Avec le développement de l’imprimé et les Réformes, l’enseignement devient largement une affaire d’Église, et son accès reste borné par la classe et par le sexe. Les nombreux textes publiés à partir du XVIIᵉ siècle sur l’instruction des femmes convergent : elles doivent accéder à un savoir spécifique, fondé sur la moralité, pour former de bonnes mères et de dévotes épouses — Fénelon dans De l’Éducation des filles (1687), puis Rousseau dans Émile (1762), en donnent les formulations les plus citées. L’écriture y a peu de valeur, voire y est vue comme un danger. En 1686, Mme de Maintenon fonde à Saint-Cyr la Maison royale de Saint-Louis, seul établissement à proposer aux filles de la noblesse pauvre un enseignement long analogue à celui des collèges masculins — mais avec peu de latin, des activités ménagères et des « arts d’agrément ». Pour la France, l’enquête de Maggiolo sur l’alphabétisation de 1686 à 1820 a établi le retard des femmes au XVIIIᵉ siècle.
L’État s’en saisit au XIXᵉ siècle, et il faut savoir en citer les étapes. La Révolution affirme la nécessité d’une instruction élémentaire pour les deux sexes — Condorcet milite pour une éducation commune, Talleyrand propose au contraire que les filles ne restent à l’école primaire que jusqu’à huit ans — mais les représentations demeurent. La loi Guizot de 1836 étend aux filles la loi sur l’école primaire sans obliger les communes à ouvrir une école pour elles, ce qui favorise en pratique les congrégations religieuses ; cette obligation devient effective avec la loi Falloux de 1850. La loi Camille Sée (1880) crée des lycées de jeunes filles, aux contenus spécifiques et ne conduisant pas au baccalauréat. Les lois Ferry de 1881-1882 rendent l’école primaire gratuite, laïque et obligatoire de 6 à 13 ans : dans un contexte de rivalité avec l’Église, la scolarisation des filles devient un enjeu politique de premier ordre, et Jules Ferry le dit sans détour dès 1870 — « celui qui tient la femme, celui-là tient tout ».
Il faut sortir de la France, comme le demande le jalon. Dans les sociétés coloniales, l’enseignement resta d’abord l’affaire des missionnaires avant que les besoins administratifs et économiques ne poussent les administrations à former une main-d’œuvre plus qualifiée, à travers des systèmes différenciés : en Afrique occidentale française, les écoles rurales délivrent un savoir technique réduit, et rares sont les établissements offrant aux filles une formation dépassant celle d’institutrice ou de sage-femme — l’école de Rufisque, créée en 1938 pour former des institutrices, en est l’exemple. Les administrateurs coloniaux voient dans les femmes, comme les fondateurs de l’école républicaine, des vecteurs d’adhésion à de nouvelles normes. À côté de ce modèle d’alphabétisation graduelle sur la longue durée, les XIXᵉ et XXᵉ siècles voient émerger un second modèle, celui de l’alphabétisation rapide par décision politique : le Japon dès 1870 avec le mot d’ordre « Instruisez-vous », l’URSS à partir de 1919, la Turquie kémaliste en 1928.
Au XXᵉ siècle l’enjeu devient mondial et mesuré. L’Unesco, créée en 1946, fait de l’alphabétisation un enjeu d’émancipation individuelle et de développement, et l’éducation figure parmi les droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) ; l’alphabétisation des femmes est aujourd’hui une cible de l’objectif de développement durable n° 4. Les résultats sont réels et l’écart persiste (voir Fig. 3) : la parité scolaire dans le secondaire est atteinte au seuil des années 1970 en Norvège comme en France, mais à l’échelle mondiale le taux d’alphabétisation des adultes de 15 ans et plus est passé, chez les femmes, de 70,6 % en 1995 à 84,6 % en 2024, contre 83,2 % puis 90,9 % chez les hommes. L’écart entre les sexes s’est donc réduit de près de 13 points à un peu plus de 6, sans disparaître.

Alphabétisation des adultes dans le monde, femmes et hommes

Alphabétisation des adultes dans le monde, femmes et hommesGraphique en courbes: % des 15 ans et plus selon Année, Données: Femmes · 1995: 70.6; Femmes · 2000: 75.9; Femmes · 2005: 77.5; Femmes · 2010: 80.2; Femmes · 2015: 82.1; Femmes · 2020: 83.6; Femmes · 2024: 84.6; Hommes · 1995: 83.2; Hommes · 2000: 86.4; Hommes · 2005: 87.7; Hommes · 2010: 88.6; Hommes · 2015: 89.8; Hommes · 2020: 90.4; Hommes · 2024: 90.9657075808590951995200020052010201520202024% des 15 ans et plusAnnéeFemmesHommes
Fig. 3L’écart entre les sexes se réduit sans se combler : environ 13 points en 1995, un peu plus de 6 points en 2024. Source : Institut de statistique de l’Unesco (UIS), repris dans les Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale.
Fig. 3 ↓
Second jalon. La radioactivité est le phénomène par lequel des noyaux atomiques instables émettent spontanément un rayonnement et peuvent se scinder. Elle est découverte presque par hasard par le physicien français Henri Becquerel en 1896, qui constate qu’une plaque photographique est impressionnée par des rayons émis par un sel d’uranium. Peu de scientifiques se saisissent alors du sujet. Marie Curie, jeune agrégée d’origine polonaise, en fait le sujet de sa thèse avec son mari Pierre : ils découvrent que le polonium puis le radium émettent eux aussi des rayons et concluent qu’il s’agit d’une propriété de la structure de l’atome, qu’ils baptisent « radioactivité ». La reconnaissance est rapide et internationale : le prix Nobel de physique 1903 est divisé, une moitié pour Becquerel « en reconnaissance des services extraordinaires qu’il a rendus par sa découverte de la radioactivité spontanée », l’autre moitié conjointement à Pierre et Marie Curie pour leurs recherches communes sur ce rayonnement ; le prix Nobel de chimie 1911 revient à Marie Curie seule, pour la découverte du radium et du polonium et l’isolement du radium. Le Britannique Ernest Rutherford, lui, met expérimentalement en évidence le noyau atomique.
Ne racontez pas ce jalon comme une suite d’exploits individuels : le programme demande d’analyser une communauté qui se structure (voir Fig. 4). À la veille de 1914, elle ne compte que quelques dizaines de chercheurs, concentrés dans quelques villes — Paris, Vienne, Berlin, Londres, Manchester, Madrid, Montréal — et dans quelques laboratoires : le Laboratoire du radium de Marie Curie, devenu Institut du radium en 1914, le laboratoire Cavendish à Cambridge, l’Institut für Radiumforschung de Vienne, l’institut Kaiser Wilhelm de chimie à Berlin. Ces lieux entretiennent d’intenses correspondances et se retrouvent en congrès réguliers à partir de 1910. La circulation des échantillons est aussi décisive que celle des articles : la mine de pechblende de Saint-Joachimsthal, en Bohême, étant longtemps le seul gisement de radium connu, l’institut de Vienne devient une plaque tournante — jusqu’à ce que les gisements du Katanga en 1913, puis de l’Utah et du Colorado en 1922, rendent la concurrence possible. Ce champ neuf offre par ailleurs à des femmes une porte d’entrée dans une science presque entièrement masculine : Ellen Gleditsch à Oslo, Lise Meitner à Berlin, Jarmilla Petrova à Prague, Berta Karlik à Vienne, Marie Curie à Paris, qui dirige entre 1906 et 1934 les travaux de 45 femmes, dont sa fille Irène Joliot-Curie ; l’Institut du radium compte alors 25 à 30 % de femmes. Cela n’efface pas les résistances : en 1910, la candidature de Marie Curie à l’Académie des sciences est repoussée, sur fond de campagne de presse hostile.

La radioactivité, d’une science neuve à l’ère nucléaire

La radioactivité, 1896 aux années 1950Frise chronologique de 1895 à 1960, 1896: Becquerel, 1898: Polonium et radium, 1903: Nobel physique, 1934: Radioactivité artificielle, 1938: Fission à Berlin, 1942: Projet Manhattan, 1957: Pugwash, 1896–1914: Une science neuve, 1938–1945: Entrée dans l’ère nucléaire18951960annéeUne science neuveEntrée dans l’èrenucléaire1896Becquerel1898Polonium etradium1903Nobel physique1934Radioactivitéartificielle1938Fission à Berlin1942Projet Manhattan1957Pugwash
Fig. 4Le jalon court de 1896 aux années 1950. La bascule est mise en relief : la fission observée à Berlin fin 1938 fait passer un champ de recherche coopératif sous la tutelle des États.
Fig. 4 ↓
La dernière séquence du jalon fait basculer la connaissance du côté de la puissance. Dans l’entre-deux-guerres, les laboratoires s’équipent d’instruments coûteux, accélérateurs compris, et la compétition s’intensifie. Irène et Frédéric Joliot-Curie découvrent la radioactivité artificielle en 1934 ; fin 1938, à Berlin, la fission de l’uranium est observée, et son interprétation physique est donnée au début de 1939 ; la même année, à Paris, l’équipe de Frédéric Joliot établit la possibilité d’une réaction en chaîne. Le projet Manhattan, lancé aux États-Unis en 1942, est le premier grand programme scientifique et technologique de l’histoire : il ouvre l’ère des politiques scientifiques, et le largage des bombes sur Hiroshima puis Nagasaki déplace durablement la place de la science dans les représentations. La reconnaissance, elle, reste inégale : le prix Nobel de chimie 1944, attribué à Otto Hahn seul « pour sa découverte de la fission des noyaux lourds » et remis en 1945, ignore Lise Meitner — cas d’école de ce que l’historienne Margaret W. Rossiter a nommé en 1993 l’« effet Matilda », la minoration du rôle des femmes dans les avancées scientifiques. Enfin, les années 1950 voient plusieurs de ces savants s’engager pour le contrôle international des armes atomiques : les Conférences Pugwash sur la science et les affaires du monde, nées de ce mouvement, recevront avec Joseph Rotblat le prix Nobel de la paix 1995.

Vocabulaire

→ Cartes
  • AlphabétisationAptitude à lire et à écrire, aujourd’hui étendue par l’Unesco à la capacité de comprendre, interpréter, communiquer et calculer dans un environnement riche en information.
  • RadioactivitéPhénomène par lequel des noyaux atomiques instables émettent spontanément un rayonnement et peuvent se scinder en d’autres atomes.
  • Radioactivité artificiellePossibilité de rendre radioactif un élément qui ne l’est pas, établie par Irène et Frédéric Joliot-Curie en 1934.
  • Fission nucléaireRupture d’un noyau lourd en noyaux plus légers, libérant une énergie considérable ; observée fin 1938 et interprétée au début de 1939.
  • Effet MatildaMinoration ou déni du rôle des femmes dans les avancées scientifiques, nommé ainsi par l’historienne Margaret W. Rossiter en 1993.
  • PechblendeMinerai d’uranium dont l’extraction, longtemps concentrée à Saint-Joachimsthal en Bohême, fournissait le radium aux laboratoires.
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Exemple corrigé

Dissertation : « La communauté scientifique de la radioactivité, entre coopération et rivalités »

Traitez le sujet de dissertation suivant : « Dans quelle mesure les recherches sur la radioactivité, de 1896 aux années 1950, illustrent-elles à la fois la coopération et la rivalité au sein d’une communauté scientifique internationale ? » Rédigez l’introduction et proposez un plan détaillé.

  1. 01Analyser les termes et poser les bornes

    Les bornes sont données par le programme et doivent être justifiées, non subies : 1896 est la découverte de Becquerel, les années 1950 l’engagement de plusieurs savants pour le contrôle international des armes atomiques. « Communauté scientifique » renvoie à la définition héritée de Merton : un collectif professionnalisé qui discute, vérifie et valide. « Coopération » et « rivalité » ne s’opposent pas terme à terme : ce sont deux régimes d’un même réseau.

  2. 02Formuler la problématique

    On peut poser : comment un champ de recherche neuf, fondé sur l’échange international d’articles, de personnes et d’échantillons, est-il devenu en un demi-siècle un enjeu de puissance placé sous la tutelle des États ? La réponse suivra la chronologie plutôt qu’un plan thématique, parce que c’est le basculement lui-même qu’il faut expliquer.

  3. 03Première partie : un réseau coopératif (1896-1914)

    Quelques dizaines de chercheurs, quelques villes et quatre laboratoires majeurs — Institut du radium à Paris, Cavendish à Cambridge, Institut für Radiumforschung à Vienne, institut Kaiser Wilhelm de chimie à Berlin. Correspondances, congrès réguliers à partir de 1910, échanges d’échantillons depuis la mine de Saint-Joachimsthal. La reconnaissance passe par la communauté internationale : Nobel de physique 1903, de chimie 1911. Ce champ neuf ouvre aussi des carrières à des femmes — Gleditsch, Meitner, Karlik, les 45 chercheuses formées par Marie Curie entre 1906 et 1934.

  4. 04Deuxième partie : la compétition s’installe (1918-1938)

    L’équipement se renchérit : accélérateurs, instruments lourds. La découverte du neutron puis celle de la radioactivité artificielle par les Joliot-Curie en 1934 prennent l’allure de courses de vitesse entre équipes allemandes, britanniques et françaises. La coopération n’a pas disparu — les publications continuent de circuler — mais l’antériorité devient un enjeu.

  5. 05Troisième partie : la reprise en main par les États (1938-années 1950)

    La fission observée fin 1938 et la réaction en chaîne établie en 1939 changent la nature de l’objet. Le projet Manhattan, lancé en 1942, est le premier grand programme scientifique et technologique et inaugure les politiques scientifiques ; Hiroshima et Nagasaki imposent la puissance de la physique à toutes les sociétés. La communauté se déplace d’Europe vers les États-Unis, et une partie de ses membres passe de la recherche à l’engagement politique pour le contrôle international des armes.

  6. 06Nuancer en conclusion

    Coopération et rivalité n’ont jamais été successives mais simultanées ; ce qui change, c’est l’acteur qui arbitre. Jusqu’en 1938 c’est la communauté elle-même, par la publication et la validation entre pairs ; après, c’est l’État, par le secret et le financement. La reconnaissance en porte la trace : le Nobel de chimie 1944 à Otto Hahn seul laisse Lise Meitner de côté, ce que Margaret W. Rossiter appellera en 1993 l’« effet Matilda ».

Résultat : Le sujet appelle un plan chronologique justifié : un réseau coopératif restreint (1896-1914), une compétition croissante entre laboratoires équipés (1918-1938), puis la reprise en main par les États à partir de la fission (1938-années 1950). La démonstration montre que la rivalité n’a pas remplacé la coopération : elle a changé d’arbitre, en passant de la validation par les pairs au secret d’État.

Objectif Bac

  • Dater la borne initiale du jalon scientifique : 1896, découverte de la radioactivité par Henri Becquerel — jamais par les Curie, qui en identifient ensuite le polonium et le radium.
  • Distinguer les deux prix Nobel des Curie sans les confondre : physique 1903, divisé entre Becquerel (une moitié) et le couple Curie (l’autre moitié) ; chimie 1911, à Marie Curie seule pour le radium et le polonium.
  • Citer un jalon de l’alphabétisation des femmes hors de France : le Japon dès 1870, l’URSS à partir de 1919 ou la Turquie kémaliste en 1928 pour le modèle d’alphabétisation rapide par décision politique, l’AOF et l’école de Rufisque (1938) pour la scolarisation coloniale différenciée.
  • Analyser la communauté savante comme un réseau, et non comme une galerie de génies : nommer au moins deux laboratoires (Institut du radium, Cavendish, Institut für Radiumforschung, institut Kaiser Wilhelm) et deux modalités de circulation (correspondance, congrès à partir de 1910, échange d’échantillons de radium).
  • Chiffrer l’écart d’alphabétisation entre les sexes à l’échelle mondiale et son évolution : environ 13 points d’écart en 1995, un peu plus de 6 points en 2024, pour les 15 ans et plus.

Erreurs fréquentes

  • Attribuer la découverte de la radioactivité à Marie Curie ; en réalité c’est Henri Becquerel qui l’observe en 1896, et les Curie qui identifient ensuite deux éléments nouveaux, le polonium et le radium, et forgent le mot « radioactivité ».
  • Écrire que Marie Curie a « partagé » le Nobel de physique 1903 à parts égales ; en réalité le prix a été divisé, une moitié à Becquerel et l’autre moitié conjointement à Pierre et Marie Curie — et c’est le Nobel de chimie 1911 qu’elle reçoit seule.
  • Raconter le jalon scientifique comme une chronologie de découvertes ; en réalité le programme demande d’analyser l’émergence et le fonctionnement d’une communauté de recherche internationale, entre coopération et concurrence, avec ses lieux, ses congrès et ses circulations d’échantillons.
  • Traiter l’alphabétisation des femmes comme une histoire exclusivement française et exclusivement scolaire ; en réalité le jalon court « du XVIᵉ siècle à nos jours dans le monde », et les premiers apprentissages ont longtemps eu lieu hors de l’école, dans une « alphabétisation en miettes ».
  • Faire de la fission une découverte de 1945 ou du projet Manhattan ; en réalité la fission de l’uranium est observée fin 1938 à Berlin et interprétée au début de 1939, la réaction en chaîne est établie à Paris en 1939, et le projet Manhattan n’est lancé qu’en 1942.

§ 02

Révision active

Comparez deux échelles, sans rédiger. Mettez face à face, en deux colonnes, l’alphabétisation des femmes à l’échelle d’un État — la France, de la loi Guizot de 1836 aux lois Ferry de 1881-1882 — et à l’échelle du monde, l’écart entre femmes et hommes de 1995 à 2024. Pour chaque colonne, nommez l’acteur décisif, la mesure ou l’indicateur qui atteste le changement, et la chose que cette échelle-là ne permet pas de voir. Concluez en une phrase : que perd-on à ne travailler que sur la France, et que perd-on à ne travailler que sur les moyennes mondiales ?

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 6 « L’enjeu de la connaissance » (janvier 2024) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Le prix Nobel de physique 1903 — Henri Becquerel, Pierre Curie et Marie Curie (motivations officielles) (Nobel Prize Outreach — nobelprize.org) · Literacy — séries mondiales d’alphabétisation des adultes, femmes et hommes (Our World in Data (université d’Oxford))

§ 03
§ 03

Axe 2 — La connaissance, enjeu politique et géopolitique : renseignement, formation, transferts#

~14 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T6-Axe2-La connaissance, enjeu politique et géopolitiqueBOHGGSP-Tle-T6-Axe2-Le renseignement au service des États : les services secrets soviétiques et américains durant la guerre froide.BOHGGSP-Tle-T6-Axe2-Circulation et formation des étudiants, transferts de technologie et puissance économique : l’exemple de l’Inde.

Points clés

L’axe 2 change de point de vue : ce ne sont plus les savants qui sont au premier plan, mais les États. Deux situations, deux usages. Dans l’affrontement de la guerre froide, la connaissance est ce que l’on capte chez l’autre et ce que l’on protège chez soi. Dans le développement de l’Inde, elle est ce que l’on forme, ce que l’on laisse partir et ce que l’on négocie. La problématique de l’axe tient en deux questions : dans quelle mesure la connaissance est-elle un enjeu de concurrence et d’affrontement entre les États, et quel rôle joue-t-elle dans leur développement économique ?
Une contextualisation utile avant les jalons : les États modernes se sont construits en développant leur capacité à connaître — leur population, leurs ressources, leur territoire — et cette capacité s’est incarnée dans des administrations, à commencer par les services statistiques. La connaissance devient alors un enjeu de gouvernement, au point que l’on a pu parler de « gouvernement des experts » ou de technocratie, le plus souvent pour le critiquer : l’action publique y est assimilée à une science reposant sur des connaissances précises et techniques.
Premier jalon : le renseignement. Le renseignement, écrit l’historien Olivier Forcade, est « produit par le recueil et le traitement des informations » ; il doit fournir aux décideurs politiques une connaissance utilisable — c’est exactement la chaîne donnée, information, savoir vue en introduction, mise au service d’une décision. L’expression « services secrets » peut désigner aussi bien des services de renseignement que des polices politiques : ici, elle vaut pour les premiers. Les organismes les plus caractéristiques de la période sont la Central Intelligence Agency, fondée en 1947, et le Comité pour la sécurité de l’État (KGB), fondé en 1954, mais ils ne sont pas seuls : le GRU est la direction du renseignement militaire soviétique, distincte du KGB tout en travaillant avec lui, et la National Security Agency, d’abord spécialisée dans la cryptologie, est créée aux États-Unis en 1952. Les rôles ne sont pas superposables : le KGB cumule le renseignement extérieur et la sécurité intérieure, quand le dispositif américain les sépare, et surtout le poids du KGB dans la politique soviétique déborde très largement celui qu’a pu jouer la CIA dans la politique des États-Unis.
Quatre missions structurent ces services, héritées des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale. Collecter et traiter des informations sur les projets stratégiques de l’adversaire — le désastre de Pearl Harbor, analysé comme une lacune majeure du renseignement américain, a été l’argument décisif pour faire accepter la création de la CIA par le personnel politique. Collecter et traiter des informations sur les innovations technologiques, en particulier tout ce qui touche à l’élaboration de l’arme nucléaire : c’est ici que l’axe 2 rejoint l’axe 1. Désinformer l’adversaire et protéger ses propres informations, ce qui est l’objet du contre-espionnage. Enfin l’action clandestine, plus périphérique pour la question du renseignement proprement dit. Pour remplir ces missions, un service dispose de deux grandes sources : le renseignement d’origine humaine (human intelligence) et le renseignement d’origine électromagnétique (signals intelligence), auxquels s’ajoute aujourd’hui l’exploitation des sources ouvertes. Le second a suivi l’évolution technique — radar, signaux électroniques, écoutes, imagerie satellitaire — et il fournit la plus grande part du volume ; mais il n’a jamais remplacé le premier, dont la qualité reste souvent supérieure. Tout au long de la guerre froide, les transfuges des pays de l’Est ont livré des renseignements plus décisifs que la surveillance par avions-espions ou par les premiers systèmes d’écoute.
Trois affaires suffisent à démontrer cela dans une copie (voir Fig. 5). L’opération Gold, menée conjointement par la CIA et le MI6, consiste à creuser depuis 1954 un tunnel sous la zone d’occupation soviétique de Berlin pour intercepter les communications ; le dispositif fonctionne du printemps 1955 au printemps 1956, puis les Soviétiques organisent une fausse découverte en avril 1956 — car un agent du MI6, George Blake, les avait informés dès 1954. Le renseignement humain avait mis en échec le renseignement technique, et Blake ne fut démasqué que grâce à une taupe des services polonais travaillant avec le KGB, passée à l’Ouest en 1961. L’affaire cubaine montre l’inverse : après l’échec du débarquement de la baie des Cochons en avril 1961, qui coûte sa place au directeur de la CIA Allen Dulles, la crise d’octobre 1962 est éclairée par une combinaison de canaux, dont les avions de reconnaissance U-2 en service régulier depuis 1957 et le programme de photographie par satellite Corona, opérationnel depuis 1960. L’affaire Farewell, enfin, boucle la démonstration : l’officier du KGB Vladimir Vetrov, qui travaille à la « division T » centralisant l’espionnage technologique de l’Ouest, choisit en 1980 de livrer des documents à la France ; environ 3 000 pièces sont transmises entre 1981 et 1982, avant qu’il ne soit démasqué en 1983 puis exécuté en 1985. Elles révèlent l’ampleur des réseaux soviétiques — on estimait alors à 700 000 le nombre de personnes travaillant pour le KGB, contre 20 000 pour la CIA — et permettent d’identifier de nombreux agents.

Le renseignement de la guerre froide : institutions et affaires

Le renseignement au service des États, 1947-1991Frise chronologique de 1945 à 1991, 1947: Création CIA, 1952: Création NSA, 1954: Création KGB, 1957: Avions U-2, 1960: Satellite Corona, 1962: Crise de Cuba, 1981: Affaire Farewell, 1947–1991: Guerre froide, 1955–1962: Du tunnel aux satellites19451991annéeGuerre froideDu tunnel auxsatellites1947Création CIA1952Création NSA1954Création KGB1957Avions U-21960Satellite Corona1962Crise de Cuba1981Affaire Farewell
Fig. 5Trois institutions fondatrices, puis des affaires qui montrent la complémentarité du renseignement humain et du renseignement technique. L’affaire Farewell est mise en relief : elle révèle l’ampleur de l’espionnage technologique soviétique.
Fig. 5 ↓
Second jalon : l’Inde. Le point de départ est colonial. Le transfert de technologies a pu servir aux Britanniques d’instrument d’adhésion à leur domination, et la circulation étudiante est ancienne — Gandhi est formé au droit à Londres. Avant la Seconde Guerre mondiale, les étudiants indiens à l’étranger vont d’abord au Royaume-Uni, à raison d’un à deux milliers par année universitaire, contre 208 au maximum aux États-Unis ; la bascule est rapide, puisqu’en 1949-1950 ils sont 1 680 inscrits dans les universités américaines contre moins de 700 dans les britanniques. À l’indépendance, l’État indien adopte une politique développementaliste de substitution aux importations, qui suppose de former des ingénieurs sur place : les Indian Institutes of Technology sont créés à partir de 1951 et leur concours est parmi les plus sélectifs au monde. L’IIT de Kanpur montre comment mobilité et transfert s’articulent : mis en œuvre en 1960, il fait l’objet en 1961 d’un accord associant neuf universités américaines, dont le MIT, et reçoit en 1963 son premier ordinateur IBM 1620, installé avec l’aide d’ingénieurs américains ; ses premiers professeurs sont des Indiens formés aux États-Unis, qui y ouvrent aussitôt des formations en informatique.
La mobilité étudiante indienne est aujourd’hui massive — plus de 500 000 étudiants dans 86 pays, le plus souvent riches, et issus pour l’essentiel des classes moyennes urbaines et des milieux les plus favorisés (voir Fig. 6). Elle nourrit un débat ancien, dès 1967 chez les économistes indiens : faut-il y voir une fuite des cerveaux, ou un gain ? Les deux lectures ont leurs arguments. Une partie des diplômés revient — on estime que près de la moitié des médecins indiens formés à l’étranger rentrent exercer en Inde, et Bangalore s’est constituée en « Silicon Valley à l’indienne » qui attire les ingénieurs formés ailleurs. Une autre partie reste et donne à l’Inde une influence hors de ses frontières : Sundar Pichai chez Alphabet, Satya Nadella chez Microsoft, tous deux formés d’abord en Inde puis aux États-Unis. L’Inde cherche par ailleurs à devenir elle-même une destination : le label « Institutes of Eminence », lancé en 2017, vise la reconnaissance internationale de ses meilleurs établissements, des campus étrangers s’installent dans les métropoles indiennes, et l’enseignement supérieur indien attire des étudiants africains en quête d’une formation anglophone à coût accessible.

L’Inde : de la formation au transfert de technologie

L’Inde : formation, circulation, transfertsGraphe, Universités et IIT (Inde) → Étudiants partis à l’étranger, Étudiants partis à l’étranger → Diaspora et grandes firmes, Étudiants partis à l’étranger → Retours : Bangalore, IISc, Diaspora et grandes firmes → Transferts de technologie, Retours : Bangalore, IISc → Transferts de technologie, Firmes étrangères, offsets → Transferts de technologie, Transferts de technologie → Puissance économiqueUniversités etIIT (Inde)Étudiants partisà l’étrangerDiaspora etgrandes firmesRetours :Bangalore, IIScFirmesétrangères,offsetsTransferts detechnologiePuissanceéconomiquemobilitébrain drainbrain gainréseauxcompétencescontrats
Fig. 6La mobilité étudiante n’est pas seulement une perte ou un gain de talents : elle est l’un des canaux par lesquels une technologie change de main. Le nœud « Transferts de technologie » est mis en relief.
Fig. 6 ↓
Les transferts de technologie, eux, sont négociés — et leurs limites doivent figurer dans la copie. L’agriculture en offre le premier exemple, avec la Révolution verte des années 1960, fondée sur la coopération d’agronomes indiens et étrangers, prolongée en 2005 par un partenariat avec les États-Unis, la Knowledge Initiative on Agriculture. La défense en offre le plus disputé : troisième armée du monde et l’un des tout premiers importateurs d’armement, l’Inde impose des accords de compensation (offset agreements) par lesquels une part du contrat — souvent un tiers — doit être réinvestie sur place ; l’acquisition des Rafale français a ainsi servi à lancer, avec des entreprises françaises, la fabrication d’un premier moteur d’avion de chasse indien. Mais les programmes dits nationaux se sont longtemps réduits à de l’assemblage sous licence — Vampire britanniques, C-47 américains, MiG-21 soviétiques — sans capitalisation technologique réelle, et l’Inde reste contrainte d’importer les systèmes critiques à haute valeur ajoutée. Depuis les années 2000, plus de 200 zones économiques spéciales, autour de Chennai, Bangalore ou Hyderabad, offrent aux firmes transnationales des avantages fiscaux et douaniers, et le programme « Make in India », lancé en 2014, vise à développer par l’innovation vingt-cinq secteurs industriels. Les limites sont connues : infrastructures insuffisantes, économie informelle, corruption, et une croissance dont les ruraux et les plus pauvres sont largement exclus — le PNUD estimait encore à 230 millions le nombre d’Indiens en situation de pauvreté multidimensionnelle en 2022.

Vocabulaire

→ Cartes
  • RenseignementConnaissance utilisable par un décideur politique, produite par le recueil et le traitement d’informations.
  • Contre-espionnageEnsemble des actions visant à protéger ses propres informations et à désinformer l’adversaire.
  • Renseignement d’origine humaineRenseignement obtenu par des personnes — agents, informateurs, transfuges — plutôt que par des moyens techniques.
  • Renseignement d’origine électromagnétiqueRenseignement tiré de l’interception de signaux : communications, radars, émissions électroniques, imagerie.
  • Transfert de technologieCession négociée d’un savoir-faire technique d’un acteur à un autre, souvent imposée comme contrepartie d’un contrat.
  • Accord de compensationClause obligeant un fournisseur étranger à réinvestir dans le pays acheteur une part du montant du contrat, souvent un tiers.
Exemple corrigé

Étude critique : un discours officiel sur le renseignement technique

Étude critique. Document : extrait, reformulé, d’une note interne rédigée en 1957 par un responsable occidental du renseignement. « Les moyens techniques dont nous disposons désormais — écoutes, photographies aériennes, bientôt satellites — nous affranchiront de la source humaine, toujours coûteuse, lente et suspecte. Le temps de l’agent est passé ; celui de la machine commence. » Consigne : à partir du document et de vos connaissances, expliquez la conviction exprimée par son auteur, puis discutez-la.

  1. 01Présenter et situer

    Note interne, donc écrite pour convaincre une hiérarchie et engager des budgets, non pour informer un public. Elle date de 1957, année où les avions de reconnaissance U-2 entrent en service régulier et où le lancement de Spoutnik ouvre l’ère spatiale : le document est écrit au moment précis où la promesse technique paraît la plus crédible.

  2. 02Restituer la conviction de l’auteur

    L’auteur oppose deux régimes de renseignement : le renseignement d’origine électromagnétique et l’imagerie d’un côté, le renseignement d’origine humaine de l’autre. Il annonce le remplacement du second par le premier, argument classique de l’époque, appuyé sur le coût croissant des matériels et sur la course technologique en matière de transmissions.

  3. 03Confronter aux faits

    L’affirmation est démentie dès les années où elle est écrite. L’opération Gold, tunnel d’écoute creusé à Berlin depuis 1954 et exploité de 1955 à 1956, était connue des Soviétiques dès 1954 par un agent britannique : la source humaine a neutralisé le dispositif technique le plus sophistiqué de son temps. La suite le confirme : les transfuges de l’Est ont livré tout au long de la guerre froide des renseignements souvent plus importants que la surveillance aérienne ou les premiers systèmes d’écoute.

  4. 04Nuancer plutôt qu’inverser

    Le document n’est pas faux sur tout : le renseignement technique fournit bien la part majeure du volume, et la crise de Cuba en octobre 1962 est éclairée par les U-2 et par le programme satellitaire Corona, opérationnel depuis 1960. L’erreur est de poser un remplacement là où s’installe une complémentarité — chaque source servant aussi à valider l’autre.

  5. 05Évaluer la portée et les limites

    La note dit surtout quelque chose de son auteur et de son institution : elle plaide pour un budget et pour une conception du métier. C’est la limite propre au genre — un document interne argumente. Son intérêt est ailleurs : il enregistre le moment où les États font de la maîtrise technologique elle-même un objet de rivalité, ce qui est le cœur de l’axe.

Résultat : Le document exprime la conviction, datée de 1957, que la technique va rendre l’agent inutile ; l’étude critique la restitue, la confronte à l’opération Gold et aux transfuges qui l’ont démentie, puis la nuance en montrant que renseignement humain et renseignement technique se sont révélés complémentaires — et qu’une note interne plaide toujours autant qu’elle décrit.

Objectif Bac

  • Dater les trois institutions du jalon sans les confondre : CIA en 1947, NSA en 1952, KGB en 1954 — et savoir que le GRU est le renseignement militaire soviétique, distinct du KGB.
  • Distinguer renseignement d’origine humaine et renseignement d’origine électromagnétique, puis démontrer sur une affaire que le second n’a pas remplacé le premier : l’opération Gold, où l’agent George Blake ruine dès 1954 un dispositif d’écoute.
  • Citer un jalon de la circulation étudiante indienne avec ses chiffres : moins de 700 étudiants indiens au Royaume-Uni contre 1 680 aux États-Unis en 1949-1950 ; plus de 500 000 étudiants indiens répartis dans 86 pays aujourd’hui.
  • Expliquer, sur l’exemple de l’IIT de Kanpur (mise en œuvre en 1960, accord de 1961 avec neuf universités américaines dont le MIT, IBM 1620 installé en 1963), comment une mobilité étudiante produit un transfert de technologie.
  • Nuancer la réussite indienne en nommant une limite précise des transferts : l’assemblage sous licence sans capitalisation technologique, ou la dépendance pour les systèmes critiques comme le radar et la guerre électronique.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la guerre froide à un affrontement militaire et idéologique ; en réalité elle est aussi une compétition de connaissances, où l’espionnage scientifique et technologique et la protection du secret sont des instruments centraux de la puissance.
  • Croire que les satellites et les écoutes ont rendu les espions inutiles ; en réalité le renseignement d’origine électromagnétique fournit le plus gros volume, mais la qualité du renseignement humain lui est souvent supérieure, et les transfuges de l’Est ont livré les informations les plus décisives.
  • Confondre le KGB et le GRU, ou attribuer au KGB la seule sécurité intérieure ; en réalité le GRU est le renseignement militaire, distinct, et le KGB cumule renseignement extérieur et sécurité intérieure, avec un poids politique sans équivalent américain.
  • Présenter l’Inde comme une simple victime de la fuite des cerveaux ; en réalité le débat entre fuite et gain est ouvert depuis 1967, et les retours vers Bangalore comme l’influence de la diaspora dans les grandes firmes du numérique constituent l’autre face du phénomène.
  • Écrire que les contrats d’armement ont doté l’Inde d’une industrie autonome ; en réalité beaucoup de programmes « nationaux » se sont limités à un assemblage sous licence, et les systèmes critiques restent importés — le transfert de technologie est un objectif négocié, pas un résultat acquis.

§ 03

Révision active

Problématisez, sans rédiger. Voici trois sujets de dissertation possibles sur le jalon indien : « La connaissance, moteur de l’émergence indienne ? » ; « Former ailleurs, produire chez soi : l’Inde et la circulation des savoirs » ; « Les transferts de technologie font-ils la puissance ? ». Pour chacun, écrivez en deux lignes la tension que le sujet contient et la problématique que vous poseriez, puis nommez le jalon ou le chiffre qui servirait de preuve centrale. Terminez en désignant celui des trois qui est le plus difficile à traiter, et en disant pourquoi.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 6 « L’enjeu de la connaissance » (janvier 2024) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Aurélie Varrel et Hortense Rouanet, « De Bangalore à Whitefield : trajectoire et paysages d’une région urbaine en Inde » (2015) (Géoconfluences — ENS de Lyon)

§ 04
§ 04

Objet de travail conclusif — Le cyberespace : conflictualité et coopération entre les acteurs#

~16 min de lecture●●●ApprofondissementBOHGGSP-Tle-T6-OTC-Le cyberespace : conflictualité et coopération entre les acteurs.BOHGGSP-Tle-T6-OTC-Le cyberespace, entre réseaux et territoires (infrastructures, acteurs, liberté ou contrôle des données…)BOHGGSP-Tle-T6-OTC-Cyberdéfense, entre coopération européenne et souveraineté nationale : le cas français.

Points clés

L’objet de travail conclusif réinvestit tout le thème dans un seul espace. Le cyberespace y apparaît comme le lieu où s’élaborent, circulent et s’accumulent des données — autant de connaissances potentielles ; comme le lieu où coopèrent et s’affrontent des acteurs publics et privés aux objectifs divergents ; et comme le lieu où la souveraineté des États est mise à l’épreuve, faute de pouvoir maîtriser les flux. Deux jalons le structurent : le cyberespace entre réseaux et territoires, puis la cyberdéfense française entre coopération européenne et souveraineté nationale.
Commencez par la définition officielle, celle de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information : le cyberespace est un « espace de communication constitué par l’interconnexion mondiale d’équipements de traitement automatisé de données numériques ». Il s’est constitué par étapes : naissance d’Arpanet aux États-Unis en 1969, progrès de la micro-informatique, puis ouverture d’Internet au public en 1993, dans le contexte géopolitique neuf de l’après-guerre froide. Beaucoup de ses promoteurs y ont vu un espace affranchi des États et des frontières ; la « déclaration d’indépendance du cyberespace » de John Perry Barlow, en 1996, en est le manifeste le plus cité, qui promet « un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance ». Trente ans plus tard, cette vision paraît datée : c’est précisément l’écart entre la promesse et la réalité qui fait le sujet.
Le cyberespace s’analyse en trois couches superposées qui interagissent (voir Fig. 7). La couche infrastructurelle réunit les éléments matériels : terminaux, serveurs, centres de données, routeurs, et surtout les câbles sous-marins. La couche logicielle permet aux machines de communiquer — protocoles TCP/IP, programmes, applications — et c’est celle qui subit les attaques les plus fréquentes. La couche cognitive, ou informationnelle, est celle des contenus et des données elles-mêmes. Cette architecture n’est pas une commodité de présentation : à chaque couche correspond un type de menace, et la couche matérielle, la plus oubliée des copies, est aussi la plus territorialisée. Le passage des données au savoir n’a d’ailleurs rien d’automatique. Une donnée est la transcription d’un phénomène en chiffres susceptibles d’être organisés et analysés ; le processus de mise en données du réel s’appelle la datafication, et l’ampleur de leur accumulation fait parler de mégadonnées. Leur multiplication est un atout réel — on connaît désormais certains phénomènes de façon exhaustive plutôt que par échantillonnage, ce qui sert la recherche sur le climat ou les pandémies. Mais retenir certaines données plutôt que d’autres relève d’un choix : c’est pourquoi des auteurs proposent de parler non de data mais de capta, ce qui est capté. Les métadonnées — les données sur la donnée, comme le lieu et l’heure d’une prise de vue — sont souvent plus révélatrices que le contenu lui-même.

Les trois couches du cyberespace et leurs attaques

Les trois couches du cyberespacecolonne stratifiée, 3 couches, Données: Couche informationnelle (cognitive), Couche logicielle, Couche infrastructurelleDu contenu à l’infrastructureCouche informationnelle (cognitive)contenus et données · désinformation, volCouche logicielleprotocoles, applications · rançongicielsCouche infrastructurellecâbles, data centers · sabotage, coupures
Fig. 7À chaque couche son type d’attaque. La couche infrastructurelle, la plus oubliée des copies, est mise en relief : c’est elle qui ancre le réseau dans des territoires.
Fig. 7 ↓
Réseaux et territoires sont donc articulés, et non opposés. La territorialisation des données est visible dans la concentration des centres de données : les États-Unis en abritaient 38 % et fournissaient 71 % de l’offre commerciale mondiale en 2021. Elle l’est aussi dans les choix politiques : la Russie impose depuis 2014 que les données de ses citoyens soient stockées sur son territoire, et développe des centres en Sibérie où l’hydroélectricité héritée de l’ère soviétique et le froid offrent des conditions favorables. Elle l’est enfin dans le routage : la Chine et l’Iran l’organisent de manière à s’isoler du reste du réseau, et des dynamiques comparables sont engagées en Malaisie, au Brésil, en Australie ou en Corée du Sud. La « Grande muraille pare-feu » chinoise bloque les grandes plateformes internationales — Facebook et Twitter y sont interdits depuis 2009, Google depuis 2010.
Les acteurs sont de trois ordres, aux poids très inégaux. Les usagers d’abord, individuels ou collectifs, qui reçoivent mais aussi produisent et diffusent ; parmi eux les hackers et les cybercriminels, désormais organisés en groupes structurés, parfois liés à un État. Les entreprises ensuite : les grandes plateformes américaines et chinoises ont acquis en quelques années un nombre d’utilisateurs sans précédent — la plus ancienne d’entre elles, Microsoft, n’est née qu’en 1975 — et elles fondent leur puissance sur des budgets de recherche que nul acteur public n’égale, sur le rachat des start-up prometteuses, sur la maîtrise des principaux centres de données, et désormais sur l’investissement dans les câbles sous-marins. Les États enfin, dont les fonctions régaliennes sont concurrencées : leur monopole d’identification des personnes est contesté par l’accumulation privée de données, et le monopole de la violence légitime l’est là où des acteurs privés sont autorisés à riposter à une attaque informatique — ce que la France n’autorise pas. Mais les États voient aussi leur influence relayée par ces firmes : les conditions générales d’utilisation auxquelles adhèrent des usagers du monde entier relèvent du droit américain. La gouvernance qui en résulte est disputée, et la ligne de fracture est claire. L’ICANN, qui assure l’adressage et l’attribution des noms de domaine, est une société de droit américain dont les membres décisionnaires sont des acteurs non étatiques, les États n’ayant qu’un rôle consultatif : c’est le modèle multi-acteurs. La Russie, la Chine et de nombreux pays en développement lui opposent une gouvernance multilatérale, purement étatique, qui relèverait de l’Union internationale des télécommunications. Sur la régulation des comportements, les avancées sont lentes mais réelles : depuis 2013, sous l’égide de l’ONU, les États se sont engagés à faire respecter la Charte des Nations unies et les droits de l’Homme dans le cyberespace ; en 2017, le président de Microsoft a appelé à une « convention de Genève du numérique » ; l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace, en 2018, revendique explicitement une approche multi-acteurs et a été signé par l’Union européenne, les États-Unis et de nombreuses entreprises — mais il reste ignoré par beaucoup d’États.
La conflictualité se range en trois catégories qu’il faut savoir nommer et illustrer. Le sabotage vise à paralyser : les attaques subies par des sites gouvernementaux, des administrations et des banques d’Estonie en 2007, probablement d’origine russe et survenues au lendemain d’émeutes autour du déplacement d’une statue de soldat soviétique, ont servi de première alerte à l’échelle européenne ; le virus Stuxnet, révélé en 2010, fruit d’une coopération américano-israélienne, a visé les installations nucléaires iraniennes — et fut transmis par clé USB, ce qui rappelle qu’une attaque informatique passe parfois par le monde physique ; le rançongiciel WannaCry a touché au moins 300 000 ordinateurs en 2017, dont ceux d’hôpitaux britanniques. L’espionnage passe inaperçu sur le moment : cyberespionnage industriel dans l’aéronautique ou les constructions navales, et surtout révélations d’Edward Snowden à partir de 2013 sur l’ampleur de la surveillance conduite par la NSA, y compris chez des alliés ; les « Macron Leaks » de 2017, piratage de milliers de courriels d’une équipe de campagne rendus publics à la veille du second tour, en montrent l’usage subversif. La subversion, enfin, exploite la liberté de circulation de l’information — vertueuse chez les lanceurs d’alerte ou dans les « printemps arabes » de 2011, hostile dans l’influence russe sur la campagne présidentielle américaine de 2016, conduite par des trolls professionnels d’une agence de propagande. La difficulté commune à ces trois registres est l’attribution : il est toujours plus facile d’attaquer que de se défendre, et l’identification de l’auteur réel est techniquement incertaine.
Le second jalon descend à l’échelle française (voir Fig. 8). La prise en compte a été progressive : le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 est le premier document stratégique de ce rang à faire état de risques d’attaques majeures contre les systèmes d’information ; celui de 2013 place les cyberattaques au troisième rang des menaces pesant sur la nation ; la Revue stratégique de cyberdéfense de 2018 tient lieu de livre blanc du domaine. La spécificité française tient à une séparation nette entre la protection d’un côté, le renseignement et les actions offensives de l’autre. L’ANSSI, service du Premier ministre créé en 2009 et placé sous l’autorité du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, est l’autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense : elle prescrit les règles de sécurité, en suit l’application et peut intervenir pour stopper une attaque, comme lors de celle qui interrompit les programmes de TV5 Monde en 2015. Le commandement de la cyberdéfense, créé en mai 2017 par décret et placé sous l’autorité directe du chef d’état-major des armées, rassemble les forces cyber du ministère des Armées — plus de 4 000 cybercombattants — et conduit la lutte informatique défensive, la lutte informatique offensive et la lutte informatique d’influence, cette dernière restant cantonnée aux opérations extérieures. La DGSE et la DGSI participent à la détection de la menace, et depuis 2021 le service VIGINUM est chargé de la vigilance contre les ingérences numériques étrangères.

La cyberdéfense française : qui fait quoi

La cyberdéfense française, entre échelle nationale et échelle européenneGraphe, Menaces : sabotage, espionnage → ANSSI (2009) : défense, Menaces : sabotage, espionnage → COMCYBER (2017) : armées, Menaces : sabotage, espionnage → DGSE, DGSI : détecter, Menaces : sabotage, espionnage → VIGINUM (2021), ANSSI (2009) : défense → Autonomie stratégique, COMCYBER (2017) : armées → Autonomie stratégique, DGSE, DGSI : détecter → Autonomie stratégique, VIGINUM (2021) → Autonomie stratégique, UE : RGPD, stratégie → Autonomie stratégiqueMenaces :sabotage,espionnageANSSI (2009) :défenseCOMCYBER (2017): arméesDGSE, DGSI :détecterVIGINUM (2021)UE : RGPD,stratégieAutonomiestratégiqueprotégerriposterdétecteringérencescoopérer
Fig. 8La spécificité française est une séparation nette : l’ANSSI protège, le COMCYBER conduit aussi l’offensive. L’échelle européenne est l’autre voie vers ce que les acteurs publics appellent l’autonomie stratégique.
Fig. 8 ↓
Reste la question de fond : que peut signifier la souveraineté dans un espace ouvert dont les outils techniques dépendent largement d’acteurs non nationaux ? La souveraineté numérique a été définie devant le Sénat en 2019 comme la « capacité à rester maîtres de nos choix, de nos décisions et de nos valeurs dans une société numérisée ». Beaucoup préfèrent parler d’autonomie stratégique, c’est-à-dire de la capacité de conserver une appréciation, une décision et une action propres — formulation plus opérante qu’une reconquête territoriale du réseau. L’échelle européenne y contribue : le règlement général sur la protection des données, adopté en 2016 et entré en application en 2018, rend administrations et entreprises responsables des données qu’elles détiennent ; la stratégie de cybersécurité de l’Union, formulée en 2017 et révisée en 2020, vise à élever la résilience des entités vitales — hôpitaux, réseaux énergétiques, centres de données — et à financer coopérations et entreprises innovantes ; l’Union défend enfin la neutralité du net, abandonnée aux États-Unis depuis 2018. Mais les résultats industriels sont mitigés, comme l’ont montré l’échec du moteur de recherche européen Quaero ou les difficultés du cloud souverain français, face à un duopole sino-américain sur les technologies critiques. C’est là toute la tension du jalon : coopérer à l’échelle européenne pour gagner une autonomie que l’échelle nationale, seule, ne peut plus produire.

Vocabulaire

→ Cartes
  • CyberespaceEspace de communication constitué par l’interconnexion mondiale d’équipements de traitement automatisé de données numériques (définition de l’ANSSI).
  • CyberdéfenseEnsemble des mesures techniques et non techniques permettant à un État de défendre dans le cyberespace les systèmes d’information jugés essentiels.
  • Souveraineté numériqueCapacité d’un État à rester maître de ses choix, de ses décisions et de ses valeurs dans une société numérisée.
  • Autonomie stratégiqueCapacité à conserver, dans l’espace numérique, une appréciation, une décision et une action propres, sans prétendre au contrôle total du réseau.
  • DataficationProcessus de mise en données du réel, qui transcrit un phénomène en chiffres susceptibles d’être organisés et analysés.
  • RançongicielLogiciel malveillant qui bloque un système informatique jusqu’au versement d’une rançon ; WannaCry en 2017 en est l’exemple le plus massif.
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Exemple corrigé

Dissertation : « Le cyberespace, un espace sans frontières ? »

Traitez le sujet de dissertation suivant : « Le cyberespace, un espace sans frontières ? » Rédigez l’introduction et proposez un plan détaillé. Le sujet appelle une réponse nuancée : la forme interrogative invite à discuter une affirmation, non à la valider.

  1. 01Analyser le sujet et repérer le piège

    Le sujet ne demande pas de décrire le cyberespace mais de discuter une thèse — celle de son affranchissement des territoires. La formule « sans frontières » vient de l’histoire même de l’objet : la déclaration d’indépendance du cyberespace de John Perry Barlow, en 1996, affirmait qu’il n’était borné par aucune frontière étatique. Le sujet vous invite donc à confronter une promesse fondatrice à trente ans de pratiques.

  2. 02Formuler la problématique

    On peut poser : dans quelle mesure un espace conçu comme un réseau ouvert et sans frontières s’est-il retrouvé structuré par des territoires, des rapports de force et des tentatives de contrôle ? La réponse ne sera ni oui ni non, mais une chronologie et une hiérarchie de couches.

  3. 03Première partie : un espace pensé et vécu comme sans frontières

    Une architecture technique conçue pour l’interconnexion mondiale, depuis Arpanet en 1969 jusqu’à l’ouverture au public en 1993. Une utopie assumée en 1996. Des effets réels : circulation ouverte des savoirs, science, éducation, encyclopédies collaboratives, logiciels libres ; rôle des réseaux sociaux dans les « printemps arabes » de 2011. Et une gouvernance technique qui n’est pas étatique, l’ICANN étant pilotée par des acteurs non gouvernementaux.

  4. 04Deuxième partie : un espace territorialisé et disputé

    La couche infrastructurelle est située : centres de données concentrés aux États-Unis, 38 % du parc et 71 % de l’offre commerciale mondiale en 2021 ; câbles sous-marins désormais investis par les grandes plateformes. Les États re-territorialisent : obligation russe de stockage local depuis 2014, routage national en Chine et en Iran, blocage des plateformes internationales depuis 2009-2010. Le droit suit la même logique : Patriot Act de 2001, Cloud Act de 2018 côté américain, RGPD adopté en 2016 et applicable en 2018 côté européen. Enfin la conflictualité désigne des adversaires : Estonie 2007, Stuxnet 2010, WannaCry 2017, ingérences électorales.

  5. 05Troisième partie : ni sans frontières ni cloisonné, un espace à gouverner

    La ligne de partage n’oppose pas ouverture et fermeture mais deux modèles de gouvernance : multi-acteurs, associant États, entreprises, communautés techniques et société civile, ou multilatéral et purement étatique, revendiqué par la Russie, la Chine et de nombreux pays en développement. Les coopérations existent : engagement des États sous l’égide de l’ONU depuis 2013, Appel de Paris de 2018, stratégie de cybersécurité de l’Union européenne de 2017 révisée en 2020. Le cas français illustre la solution intermédiaire : renoncer à la maîtrise intégrale, viser l’autonomie stratégique, et coopérer à l’échelle européenne.

  6. 06Prévoir la production graphique

    Un schéma des trois couches, avec pour chacune un acteur, une menace et un instrument de régulation, sert exactement la démonstration. Sa réalisation valorise la note et son absence ne peut pénaliser : c’est un gain sans risque, à condition de le tenir en quinze minutes.

Résultat : La réponse est que le cyberespace n’a jamais été sans frontières et ne s’est pas pour autant cloisonné : sa couche matérielle est territorialisée, ses données sont l’objet de législations concurrentes, mais sa gouvernance reste partagée entre acteurs publics et privés. La bonne copie remplace donc l’alternative ouverture/fermeture par une question de gouvernance, et conclut sur l’autonomie stratégique comme réponse réaliste des États européens.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    La difficulté de cet objet conclusif est de tenir ensemble deux affirmations contraires : le cyberespace est un espace de conflit, et c’est un espace de coopération. Les trois couches permettent de le faire sans se contredire.

  2. 2

    Couche par couche, d’abord. En bas, l’infrastructure : câbles sous-marins, centres de données, serveurs. Elle est située quelque part, donc elle relève d’un territoire et d’un État.

  3. 3

    Au milieu, la couche logicielle : protocoles, programmes, applications. C’est la plus attaquée — rançongiciels, intrusions, sabotages comme Stuxnet en 2010.

  4. 4

    En haut, la couche informationnelle : les contenus et les données. C’est là que se jouent l’espionnage révélé par Edward Snowden à partir de 2013 et la subversion, des trolls de 2016 aux Macron Leaks de 2017.

  5. 5

    Maintenant l’autre face. Sur la même infrastructure circulent la science ouverte, l’éducation et les encyclopédies collaboratives ; sur les mêmes protocoles reposent les normes communes ; sur la même couche informationnelle s’appliquent le RGPD et les engagements pris sous l’égide de l’ONU depuis 2013.

  6. 6

    La conclusion à retenir : conflit et coopération ne se succèdent pas dans le temps, ils se superposent dans l’espace. C’est pourquoi la France ne vise pas la maîtrise totale du réseau mais l’autonomie stratégique, avec l’ANSSI d’un côté, le COMCYBER de l’autre, et l’échelle européenne par-dessus.

Objectif Bac

  • Définir le cyberespace avec la définition de l’ANSSI — « espace de communication constitué par l’interconnexion mondiale d’équipements de traitement automatisé de données numériques » — puis en décomposer les trois couches : infrastructurelle, logicielle, cognitive.
  • Dater les repères de l’espace lui-même : Arpanet en 1969, ouverture d’Internet au public en 1993, déclaration d’indépendance du cyberespace de John Perry Barlow en 1996.
  • Distinguer les trois formes de conflictualité et les illustrer chacune : sabotage (Estonie 2007, Stuxnet 2010, WannaCry 2017), espionnage (révélations d’Edward Snowden à partir de 2013), subversion (ingérence dans la campagne américaine de 2016, Macron Leaks 2017).
  • Citer les acteurs de la cyberdéfense française et ce qui les sépare : l’ANSSI (2009, service du Premier ministre, protection) d’un côté, le COMCYBER (mai 2017, sous l’autorité du chef d’état-major des armées, LID, LIO et L2I) de l’autre, avec la DGSE, la DGSI et VIGINUM (2021).
  • Argumenter la coopération autant que le conflit : gouvernance multi-acteurs de l’ICANN contre projet multilatéral porté par la Russie et la Chine, engagement des États sous l’égide de l’ONU depuis 2013, Appel de Paris de 2018, RGPD adopté en 2016 et applicable en 2018.

Erreurs fréquentes

  • Traiter le cyberespace comme un espace immatériel ; en réalité sa couche infrastructurelle est faite de câbles sous-marins, de centres de données et de serveurs situés quelque part — et cette matérialité est un enjeu de souveraineté, comme le montrent la concentration américaine des centres de données ou l’obligation russe de stockage local depuis 2014.
  • Ne retenir que la conflictualité ou que la coopération ; en réalité l’objet conclusif exige de tenir les deux : les mêmes années voient les attaques contre l’Estonie et Stuxnet, et l’engagement des États sous l’égide de l’ONU depuis 2013 puis l’Appel de Paris de 2018.
  • Écrire que Stuxnet a été introduit par le réseau ; en réalité il a été transmis par clé USB, ce qui montre qu’une attaque contre la couche logicielle peut passer par un accès physique.
  • Confondre l’ANSSI et le COMCYBER, ou leur prêter les mêmes missions ; en réalité la spécificité du modèle français est justement leur séparation — l’ANSSI protège les systèmes d’information de la nation, le COMCYBER conduit la cyberdéfense des armées et assume seul la dimension offensive.
  • Présenter la souveraineté numérique comme une reconquête complète du réseau par l’État ; en réalité les acteurs publics eux-mêmes lui préfèrent la notion d’autonomie stratégique — conserver une capacité propre d’appréciation, de décision et d’action —, la maîtrise intégrale n’étant pas envisageable dans un espace ouvert.

§ 04

Révision active

Comparez deux échelles, sans rédiger, sur le second jalon — la cyberdéfense française. Dressez deux colonnes : ce que l’échelle nationale permet (ANSSI, COMCYBER, DGSE et DGSI, VIGINUM, séparation entre protection et action offensive) et ce que seule l’échelle européenne rend possible (RGPD, stratégie de cybersécurité de l’Union, financements communs, neutralité du net). Notez dans chaque colonne une réussite et une limite précises, puis concluez en une phrase sur ce que les acteurs publics français appellent l’autonomie stratégique plutôt que la souveraineté.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 6 « L’enjeu de la connaissance » (janvier 2024) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · L’Agence — l’ANSSI, autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI)) · Le Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) — missions, organisation, lutte informatique défensive, offensive et d’influence (Ministère des Armées et des Anciens combattants)

§ 05
§ 05

Méthode — Dissertation et étude critique de document(s) sur l’enjeu de la connaissance#

~11 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T6-Axe1-Produire et diffuser des connaissancesBOHGGSP-Tle-T6-Axe2-La connaissance, enjeu politique et géopolitiqueBOHGGSP-Tle-T6-OTC-Le cyberespace : conflictualité et coopération entre les acteurs.

Points clés

Avant toute méthode, les faits d’épreuve, parce qu’une copie se règle sur eux. L’épreuve écrite de spécialité HGGSP dure quatre heures et compte pour un coefficient 16. Elle est composée de deux exercices notés chacun sur 10 points, et l’évaluation utilise tout l’éventail des notes de 0 à 20. Ces chiffres commandent la gestion du temps : deux fois deux heures, et non un exercice principal suivi d’un complément.
La structure du sujet est plus favorable qu’on ne le croit, et elle se révise (voir Fig. 9). Le premier exercice est une dissertation, pour laquelle le candidat a le choix entre deux sujets portant chacun sur un thème distinct du programme. Le second est une étude critique d’un ou deux documents, portant sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation. Trois thèmes différents sont donc mobilisés dans un même sujet : réviser deux thèmes seulement est une stratégie perdante, et l’« enjeu de la connaissance » peut tomber à l’un ou l’autre exercice.

L’épreuve écrite de spécialité HGGSP

L’épreuve écrite de spécialité HGGSPArbre de probabilité, 4 chemins, Données: Dissertation · 10 points → Choix entre deux sujets; Dissertation · 10 points → Deux thèmes distincts; Étude critique · 10 points → Un ou deux documents; Étude critique · 10 points → Un troisième thèmeDissertation · 10 pointsÉtude critique · 10 pointsÉpreuve écrite · 4 heures · coef. 16Choix entre deux sujetsDeux thèmes distinctsUn ou deux documentsUn troisième thème
Fig. 9Trois thèmes du programme sont mobilisés dans un même sujet : deux par les sujets de dissertation, un troisième par l’étude critique. Réviser deux thèmes ne suffit donc jamais.
Fig. 9 ↓
Un fait d’épreuve est presque toujours ignoré, alors qu’il ne comporte aucun risque : « La réalisation d’une illustration en appui du propos (croquis, schéma, etc.) amènera une valorisation de la note ; un fond de carte pourra être fourni si cela est adapté au sujet. La réalisation de cette production graphique n’a aucun caractère obligatoire, et son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat. » Autrement dit : un schéma réussi rapporte, un schéma absent ne coûte rien. Sur ce thème, les schémas les plus rentables sont ceux que la fiche vous a déjà donnés — les trois couches du cyberespace, les acteurs de la circulation d’un savoir, la chaîne formation-mobilité-transfert. Pour les candidats présentant un trouble moteur ou visuel, la définition d’épreuve prévoit qu’il est possible de ne bâtir qu’une légende détaillée, en indiquant quels éléments auraient figuré sur la partie graphique.
Le programme d’examen est fixé par la note de service du 26 septembre 2023 (NOR MENE2323020N) et repris dans la définition consolidée de l’épreuve. Il porte sur le programme de terminale en vigueur ; les notions rencontrées en classe de première mais non approfondies en terminale doivent être connues et mobilisables, mais elles ne peuvent pas constituer un ressort essentiel du sujet. La conséquence est directe pour ce thème : le thème 4 de première, consacré à l’information, est un appui légitime — la distinction information/connaissance en vient — mais il ne saurait tenir lieu de développement.
L’épreuve orale de contrôle, au second groupe, obéit à des règles précises qu’il vaut mieux connaître avant de s’y trouver : vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve, sur le même programme que l’écrit. Le candidat tire au sort un sujet comportant deux questions de cours au choix ; ces questions sont problématisées, ne reprennent pas le libellé du programme, et ne portent pas sur la même partie du programme de terminale. Il présente sa réponse construite pendant dix minutes, puis échange dix minutes avec le jury. Ajoutons que le programme précise que chaque thème, chaque axe, chaque objet de travail conclusif comme chaque jalon peut servir de support au projet présenté lors du grand oral.
Venons-en à la dissertation. Analysez d’abord les mots du sujet : « connaissance » n’est pas « information », « savoir » n’est pas « donnée », et « pouvoir », « puissance » ou « souveraineté » n’engagent pas la même démonstration. Problématisez ensuite autour d’une tension réelle du thème — produire et contrôler, diffuser et se protéger, conflit et coopération, ouverture et souveraineté. Construisez enfin un plan où chaque partie répond, chacune ancrée sur au moins un jalon du programme. La grille de lecture qui vaut pour tous les sujets du thème est celle des trois moments — produire, diffuser ou faire circuler, contrôler — rapportés à des acteurs et à des échelles. Et le fil d’Ariane, celui que l’introduction a posé, est le paradoxe : diffuser un savoir assoit la puissance d’un État et l’expose à en être dépossédé.
L’étude critique se conduit en quatre gestes (voir Fig. 10). Présenter et contextualiser : nature, auteur, date, source, destinataire — et lire la consigne, qui oriente le travail. Expliquer : montrer que l’on comprend le sens général, sélectionner les informations, les hiérarchiser, les expliciter en mobilisant ses connaissances. Relier : rapporter le document aux acteurs, aux échelles et aux jalons du thème. Critiquer : évaluer le point de vue, les silences, la fiabilité et la portée. La quatrième étape est celle qui distingue les copies, et elle est particulièrement exigeante ici : un texte scientifique, une carte des câbles sous-marins, une statistique d’alphabétisation ou un discours ministériel sur la cyberdéfense ne sont jamais neutres — ils sont produits par quelqu’un, pour quelqu’un, et le choix même des données retenues est un choix.

L’étude critique de document(s) en quatre gestes

L’étude critique de document(s) en quatre gestesroue segmentée, 4 segments, Données: Le document, 1 · Présenter, 2 · Expliquer, 3 · Relier, 4 · Critiquer1 · Présenternature, auteur, date, source2 · Expliquersens général, informations clés3 · Relieracteurs, échelles, jalons4 · Critiquerpoint de vue, silences, portéeLe document
Fig. 10Les trois premiers gestes se font en lisant le document ; le quatrième exige des connaissances extérieures. C’est celui-là qui est mis en relief, parce que c’est celui que les copies escamotent.
Fig. 10 ↓
Constituez enfin un socle de repères sûrs, peu nombreux et exacts, plutôt qu’un catalogue : 1896 pour Becquerel, 1903 et 1911 pour les prix Nobel des Curie, 1938-1939 pour la fission et la réaction en chaîne, 1942 pour le projet Manhattan ; 1947, 1952 et 1954 pour la CIA, la NSA et le KGB, 1962 pour la crise de Cuba ; 1951 pour les premiers IIT et 2014 pour « Make in India » ; 1969 pour Arpanet, 1993 pour l’ouverture d’Internet au public, 2007 pour l’Estonie, 2010 pour Stuxnet, 2009 pour l’ANSSI et 2017 pour le COMCYBER. Les deux écueils majeurs sont symétriques : décrire des savoirs ou des techniques sans jamais les rapporter au pouvoir et aux acteurs, ou réciter des exemples sans les mettre au service d’une démonstration problématisée. Une copie réussie tient les deux bouts — la rigueur conceptuelle et la précision des repères.

Vocabulaire

→ Cartes
  • DissertationTraitement rédigé d’un sujet donné, avec introduction, développement en plusieurs parties et conclusion répondant à la problématique ; notée sur 10 points.
  • Étude critique de document(s)Analyse d’un ou deux documents de nature différente, à partir d’un titre et d’une consigne, exigeant problématique, sélection hiérarchisée et recul critique ; notée sur 10 points.
  • ProblématiqueQuestion construite à partir du sujet ou du document, qui met en tension deux termes et à laquelle la conclusion doit répondre.
  • Production graphiqueCroquis ou schéma joint à la copie en appui du propos : sa réalisation valorise la note, son absence ne peut pénaliser le candidat.
  • JalonExemple précis inscrit au programme sous un axe ou un objet de travail conclusif, sur lequel une partie de démonstration doit s’ancrer.
  • Épreuve orale de contrôleOral du second groupe : vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve, sur deux questions de cours problématisées tirées au sort, prises dans des parties différentes du programme.
Exemple corrigé

Construire une introduction de dissertation sur le thème 6

Sujet : « Diffuser la connaissance, est-ce affaiblir sa puissance ? » Rédigez l’introduction complète et annoncez le plan. L’introduction seule est notée ici : elle doit contenir une accroche, la définition des termes, la problématique et l’annonce du plan.

  1. 01Trouver une accroche qui engage le sujet

    Une accroche utile est un fait daté qui contient déjà la tension. Ici : en 1961, un accord associe neuf universités américaines, dont le MIT, à la création de l’Indian Institute of Technology de Kanpur ; deux ans plus tard, un ordinateur IBM 1620 y est installé. Les États-Unis diffusent une compétence — et forment les ingénieurs qui feront la puissance informatique indienne.

  2. 02Définir les termes et poser les bornes

    « Diffuser » est le deuxième des trois moments du thème, entre produire et contrôler. La « connaissance » se distingue de l’information : elle suppose validation, structuration et capacité réflexive. La « puissance » recouvre ici la capacité économique, militaire et scientifique d’un État à agir et à peser. Le cadre spatial est mondial, le cadre temporel court du XVIᵉ siècle à nos jours, avec un cœur au XXᵉ siècle.

  3. 03Formuler la problématique

    La question du sujet est fermée : il faut l’ouvrir. On peut poser : à quelles conditions la diffusion d’un savoir renforce-t-elle la puissance de celui qui le diffuse, et à partir de quel seuil l’expose-t-elle à en être dépossédé ? La réponse ne sera donc ni « oui » ni « non » mais une distinction entre types de savoirs et types de diffusion.

  4. 04Annoncer un plan qui répond

    I. Diffuser est d’abord une condition de la puissance : sans alphabétisation, pas de population capable de produire et de recevoir du savoir, et sans circulation entre laboratoires, pas de validation scientifique. II. Mais diffuser expose : la guerre froide fait du savoir un objet de captation, et le transfert de technologie négocié par l’Inde montre qu’un savoir qui sort ne revient pas. III. Les États ne choisissent donc pas entre diffuser et retenir : ils trient, et le cyberespace est le lieu où ce tri devient le plus difficile.

  5. 05Vérifier trois choses avant de passer au développement

    Chacune des trois parties s’ancre-t-elle sur au moins un jalon du programme ? La problématique annoncée est-elle bien celle à laquelle la conclusion répondra ? Une production graphique est-elle envisageable — ici, un schéma des trois moments avec, pour chacun, un acteur et un exemple ? Si oui, réservez-lui quinze minutes en fin d’épreuve.

Résultat : L’introduction ouvre une question fermée en la transformant en question de seuil et de tri, définit les quatre termes qui commandent la démonstration, et annonce un plan en trois temps dont chacun s’ancre sur un jalon : alphabétisation et communauté savante, renseignement et transferts indiens, cyberespace. C’est cette annonce, et non l’accumulation d’exemples, qui fait le reste de la copie.

Objectif Bac

  • Retenir la structure exacte de l’épreuve : quatre heures, coefficient 16, deux exercices notés chacun sur 10 points, avec choix entre deux sujets de dissertation portant sur des thèmes distincts et une étude critique portant sur un troisième thème.
  • Prévoir systématiquement une production graphique : elle amène une valorisation de la note, elle n’a aucun caractère obligatoire, et son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat — un gain sans risque, à condition d’être bref.
  • Énoncer correctement le statut du programme de première : les notions rencontrées en première mais non approfondies en terminale doivent être connues et mobilisables, sans pouvoir constituer un ressort essentiel du sujet.
  • Conduire une étude critique en quatre gestes — présenter et contextualiser, expliquer, relier aux acteurs et aux échelles, critiquer portée et limites — et ne jamais sacrifier le quatrième, qui est celui qui distingue les copies.
  • Connaître les règles de l’oral de contrôle avant d’en avoir besoin : vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve, tirage au sort d’un sujet portant deux questions de cours au choix, problématisées et prises dans des parties différentes du programme, puis dix minutes d’exposé et dix minutes d’échange.

Erreurs fréquentes

  • Réviser deux thèmes en pariant sur le choix de dissertation ; en réalité les deux sujets de dissertation portent sur des thèmes distincts et l’étude critique porte sur un troisième thème, donc trois thèmes différents sont mobilisés dans un même sujet.
  • Croire que les thèmes de première sont hors épreuve ; en réalité les notions rencontrées en première mais non approfondies en terminale doivent être connues et mobilisables — elles ne peuvent simplement pas constituer le ressort essentiel du sujet.
  • Renoncer au croquis ou au schéma par crainte de perdre des points ; en réalité la définition de l’épreuve précise que son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat, tandis que sa réalisation amène une valorisation de la note.
  • Traiter l’étude critique comme un commentaire de texte qui paraphrase ; en réalité elle exige une problématique construite à partir du titre et de la consigne, puis un recul critique appuyé à la fois sur le document et sur des connaissances personnelles.
  • Empiler dans une dissertation les Curie, la guerre froide et les cyberattaques sans problématique ; en réalité chaque partie doit répondre à la question posée, et les trois moments du thème — produire, diffuser, contrôler — servent de grille de démonstration, non de plan tout fait.

§ 05

Révision active

Prenez le sujet d’étude critique suivant et travaillez-le en quarante minutes, sans rédiger : « Former des ingénieurs, transférer une technologie ». Document à construire vous-même en deux ou trois phrases, à partir de la fiche : la genèse de l’Indian Institute of Technology de Kanpur entre 1960 et 1963. Repérez au brouillon, pour chacun des quatre gestes de l’étude critique, les trois éléments que vous mobiliseriez — et vérifiez que le quatrième geste, la critique, ne se réduit pas à une phrase de conclusion.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Baccalauréat général — épreuve de l’enseignement de spécialité HGGSP, définition consolidée (version de mai 2024) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 6 « L’enjeu de la connaissance » (janvier 2024) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Introduction — Société de la connaissance, communauté savante, circulation des savoirs○
    • 02Axe 1 — Produire et diffuser des connaissances : alphabétiser, chercher en réseau◐
    • 03Axe 2 — La connaissance, enjeu politique et géopolitique : renseignement, formation, transferts◐
    • 04Objet de travail conclusif — Le cyberespace : conflictualité et coopération entre les acteurs●
    • 05Méthode — Dissertation et étude critique de document(s) sur l’enjeu de la connaissance◐

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Des fiches à l'entraînement

L’enjeu de la connaissance

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol

  • Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 6 « L’enjeu de la connaissance » (janvier 2024)
  • Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)
  • Baccalauréat général — épreuve de l’enseignement de spécialité HGGSP, définition consolidée (version de mai 2024)

Parlement européen

  • Conseil européen de Lisbonne, 23 et 24 mars 2000 — conclusions de la présidence

Nobel Prize Outreach — nobelprize.org

  • Le prix Nobel de physique 1903 — Henri Becquerel, Pierre Curie et Marie Curie (motivations officielles)

Our World in Data (université d’Oxford)

  • Literacy — séries mondiales d’alphabétisation des adultes, femmes et hommes

Géoconfluences — ENS de Lyon

  • Aurélie Varrel et Hortense Rouanet, « De Bangalore à Whitefield : trajectoire et paysages d’une région urbaine en Inde » (2015)

Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI)

  • L’Agence — l’ANSSI, autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense

Ministère des Armées et des Anciens combattants

  • Le Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) — missions, organisation, lutte informatique défensive, offensive et d’influence

Voir aussi

  • Analyser les dynamiques des puissances internationalesLangue, technologies et universités : la connaissance comme forme indirecte de la puissance.
  • L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaireProduire un savoir climatique et le faire accepter : la connaissance à l’épreuve du politique.
  • Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolutionRenseignement et cyberconflictualité : la connaissance devenue théâtre d’affrontement.

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L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire

EuraStudy·Fiches T·08·MMXXVI

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