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Fiches/HGGSP — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques/Analyser les dynamiques des puissances internationales
FR · Bac

Analyser les dynamiques des puissances internationales

Thème 2 du programme de PREMIÈRE (24-25 heures) : il forge la notion que toute la terminale réutilise. La règle d’examen est précise et souvent mal citée — les notions rencontrées en première mais non approfondies en terminale doivent être connues et mobilisables, mais elles ne peuvent pas constituer un ressort essentiel du sujet. Autrement dit : personne ne vous demandera de disserter sur l’empire ottoman, mais l’élève qui sait ce qu’est un déclin relatif, ce que pèse une langue et ce qu’un port en concession fait à une souveraineté écrit une autre copie sur les six thèmes de terminale. Le thème restreint volontairement la puissance à l’échelle des États : une introduction qui la définit et l’instrumente, un axe 1 qui la met dans le temps (l’empire ottoman, la Russie depuis 1991), un axe 2 qui l’observe dans ses formes indirectes (la langue, les géants du numérique, les « nouvelles routes de la Soie »), un objet de travail conclusif qui éprouve tout cela sur les États-Unis.

5 sections·~62 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0222 / 8
Profil d’examen
Analyser, interroger, adopter une démarche réflexive : définir la puissance de rang international, identifier ses fondements et ses manifestations dans les cinq champs du programme, et refuser la description au profit de l’explication.Contextualiser une trajectoire de puissance dans le temps long : reconstituer un essor, un apogée, un déclin ou une reconstruction en nommant à chaque étape les facteurs conjoncturels et structurels qui les produisent.Caractériser les formes indirectes de la puissance — langue, nouvelles technologies, voies de communication — et montrer qu’elles engagent des rapports de force, des coopérations et des rivalités, donc une lecture géopolitique.Se documenter et confronter des sources : lire une carte, un discours, un dessin de presse ou une série de données, en identifier l’auteur, l’intention et les limites, et en tirer une information hiérarchisée.S’exprimer à l’oral et réaliser une production graphique : construire une réponse organisée en dix minutes, et transposer un raisonnement en croquis ou en schéma à légende ordonnée.
Opérateurs :définircaractérisercontextualiserpériodiserlocaliserdistinguerhiérarchiserconfronterproblématisernuancercartographierargumenter

niveau de base

Sachez d’abord où vous êtes dans le cursus. Ce thème appartient au programme de première, qui compte cinq thèmes ; l’épreuve écrite de terminale porte sur les six thèmes de terminale, mais le texte en vigueur précise que les notions de première doivent être connues et mobilisables — elles ne peuvent simplement pas fournir le ressort essentiel d’un sujet. Retenez donc l’outillage plutôt que l’érudition : la définition de la puissance ; les cinq champs du programme (diplomatique, militaire, culturel, économique, financier) ; le couple puissance dure / puissance douce et leur combinaison, le smart power, popularisé par Joseph Nye ; une trajectoire d’essor et de déclin (l’empire ottoman, de la prise de Constantinople en 1453 au traité de Lausanne de 1923) ; une trajectoire de reconstruction (la Russie depuis la disparition de l’URSS en 1991) ; trois formes indirectes (la langue, les géants du numérique, les « nouvelles routes de la Soie » lancées par Xi Jinping en 2013) ; et trois entrées sur les États-Unis (leurs lieux, le débat unilatéralisme/multilatéralisme, leurs points d’appui).

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, tenez trois exigences que l’inspection formule elle-même dans la ressource d’accompagnement. Premièrement, ne jamais traiter un jalon pour lui-même : chaque exemple doit revenir à la question du thème, celle des fondements et des marques d’un État capable de rayonner, d’influencer l’ordre international et de dominer les autres. Deuxièmement, ne jamais comparer des États saisis dans des contextes historiques incomparables — la ressource l’interdit explicitement, et l’empire ottoman du XVIIIe siècle ne se met pas en balance avec la Russie de 2020. Troisièmement, ne jamais présenter une forme indirecte de puissance comme suffisante : la ressource conclut que la maîtrise des voies de communication ne suffit pas à s’imposer, et l’article de Nashidil Rouiaï montre que le soft power chinois devient contre-productif dès qu’il est reçu comme de la propagande. Une puissance s’analyse en fondements, en manifestations et en limites — les trois, toujours.

Profondeur

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Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Analyser les dynamiques des puissances internationales
    • 01Introduction — Les caractéristiques, les fondements et les manifestations de la puissance○
    • 02Axe 1 — Essor et déclin des puissances : un regard historique◐
    • 03Axe 2 — Formes indirectes de la puissance : une approche géopolitique◐
    • 04Objet de travail conclusif — La puissance des États-Unis aujourd’hui●
    • 05Méthode — Mobiliser la grille de la puissance à l’écrit, au second groupe et au Grand oral●

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Introduction — Les caractéristiques, les fondements et les manifestations de la puissance#

~11 min de lecture●○○BaseBOHGGSP-1re-T2-Intro-Les caractéristiques de la puissance à l’échelle internationale aujourd’huiBOHGGSP-1re-T2-Intro-Identification des fondements et des manifestations de la puissance à l’échelle internationale dans les champs diplomatique (y compris au sein des institutions internationales), militaire (défense du territoire, capacité de projection…), culturel, économique et financier, en prenant appui sur des exemples contemporains

Points clés

Le mot « puissance » circule partout sans jamais être défini, et c’est précisément ce que l’introduction du thème vient corriger. Le programme restreint volontairement la notion : il ne s’agit pas de la puissance en général, mais de la puissance de rang international, celle qui se joue entre États. L’enjeu est d’en identifier les caractéristiques aujourd’hui, puis les fondements et les manifestations dans cinq champs précis — diplomatique, militaire, culturel, économique et financier.
Une définition d’abord, la plus opératoire possible. La puissance est la capacité d’un acteur — ici un État — à imposer ses choix aux autres, à peser sur l’ordre international et à résister aux pressions qu’il subit. Le glossaire de Géoconfluences reprend la formule du géographe Gérard Dorel : une puissance est un État qui se distingue non seulement par son poids territorial, démographique et économique, mais aussi par les moyens dont il dispose pour s’assurer une influence durable sur toute la planète. Deux mots comptent dans cette phrase : « moyens », parce que la puissance repose sur des attributs qu’on peut recenser, et « durable », parce qu’une capacité d’influence qui ne dure pas n’est qu’un coup d’éclat. La ressource d’accompagnement ajoute une précision décisive : ces attributs sont en partie hérités et en partie construits, ce qui rend la puissance évolutive et jamais garantie.
Le programme donne ensuite la liste des champs à parcourir, et il faut la connaître dans ses propres termes (voir Fig. 1). Le champ diplomatique, « y compris au sein des institutions internationales » : sièges, droit de veto, capacité à faire adopter une norme, réseau d’ambassades et d’alliances. Le champ militaire, décomposé par le texte lui-même en défense du territoire et capacité de projection — deux choses distinctes, car protéger ses frontières n’est pas la même chose qu’agir à dix mille kilomètres. Le champ culturel : langue, industries de l’image, universités, modes de vie. Le champ économique : production, marchés, technologie, entreprises. Et le champ financier, que le programme sépare volontairement de l’économique : monnaie de référence, place boursière, accès aux capitaux, capacité de sanction. Une puissance dite globale agit sur les cinq à l’échelle mondiale ; les autres n’en tiennent que quelques-uns, ou ne les tiennent qu’à l’échelle régionale.

Les cinq champs de la puissance selon le programme

Les cinq champs de la puissanceroue segmentée, 5 segments, Données: Puissance de l’État, Diplomatique, Militaire, Culturel, Économique, FinancierDiplomatiquesièges, alliances, ONUMilitairedéfense, projectionCulturellangue, universitésÉconomiqueproduction, marchésFinanciermonnaie, capitauxPuissance de l’État
Fig. 1Le programme énumère cinq champs, et sépare volontairement l’économique du financier : une puissance globale les tient tous, une puissance incomplète n’en tient que quelques-uns.
Fig. 1 ↓
Aux champs se superpose une seconde distinction, qui porte non plus sur les domaines mais sur le mode d’action (voir Fig. 2). La puissance dure, ou hard power, obtient un comportement par la contrainte : la force militaire, la pression économique, la menace, la sanction. La puissance douce, ou soft power, l’obtient par l’attraction : on adhère à un modèle, une langue, des valeurs, une manière de vivre, sans que personne n’ait rien exigé. Le politiste états-unien Joseph Nye a popularisé cette notion dans les années 1990 et a proposé ensuite le smart power, l’articulation raisonnée des deux registres. La ressource d’accompagnement insiste sur un point que les copies oublient : ces formes sont complémentaires et souvent imbriquées, et le glossaire de Géoconfluences le montre par un exemple — la puissance économique peut relever de l’une ou de l’autre selon qu’elle contraint ou qu’elle séduit.

Puissance dure, puissance douce, smart power

Deux registres, une intersectionDiagramme de Venn avec 2 ensembles, Puissance dure, Puissance doucePuissance durePuissance doucecontrainteattractionsmart
Fig. 2Le smart power n’est pas une troisième puissance : c’est l’intersection, l’art de doser la contrainte et l’attraction selon le contexte.
Fig. 2 ↓
La hiérarchie des puissances est réelle, mais elle est mouvante, et c’est le cœur du thème. On classe volontiers les acteurs — superpuissance, grandes puissances, puissances régionales, puissances émergentes — et l’on se souvient qu’Hubert Védrine a forgé le terme d’hyperpuissance pour désigner des États-Unis qui, à la fin du XXe siècle, semblaient seuls à réunir tous les attributs. Mais le glossaire de Géoconfluences note aussitôt que la montée en puissance de la Chine dans tous les domaines fait entrevoir autre chose, dans un contexte qui n’a plus rien de comparable avec la guerre froide. La ressource d’accompagnement en tire l’avertissement méthodologique le plus utile de tout le thème : avoir une vision figée des rapports de force est un piège. « Analyser les dynamiques » veut dire analyser des mouvements.
Les États ne sont pas seuls sur la scène, et cela relativise la notion même de puissance nationale. Firmes multinationales, marchés financiers, organisations internationales, organisations non gouvernementales, réseaux médiatiques, acteurs violents non étatiques : la mondialisation a installé des acteurs transnationaux capables de peser sur les décisions publiques. L’interdépendance qui en résulte rend la domination plus difficile à lire — un fournisseur d’énergie tient son client, mais son client est aussi son unique débouché. Le programme borne cependant l’étude : la puissance considérée reste celle des États, et la ressource d’accompagnement précise qu’on n’étudie que des États qui sont effectivement des puissances de rang international. Traiter la puissance d’un pays quelconque, ou la puissance d’une entreprise pour elle-même, c’est sortir du sujet.
Reste la question des instruments de mesure, que l’introduction travaille avec les élèves. La ressource propose de construire un tableau de synthèse recensant les critères de puissance, les indicateurs statistiques qui permettent de les hiérarchiser et les États concernés : superficie et population, dépenses militaires et possession de l’arme nucléaire, pratique des langues et réseaux d’instituts culturels — Institut français, Goethe-Institut, Institut Confucius, Instituto Cervantes. L’exercice est formateur à condition de ne pas confondre l’indicateur et la chose : un budget militaire élevé mesure un effort, pas une victoire ; un nombre de locuteurs mesure une diffusion, pas une adhésion. Le glossaire rappelle d’ailleurs qu’un vaste territoire n’engendre pas mécaniquement de la puissance, et compare pour le montrer la République démocratique du Congo et Singapour.
Une dernière remarque, qui commande la suite du thème. Parce que la puissance est une relation et non une propriété, elle ne s’observe que dans l’action et dans le regard des autres. C’est pourquoi le programme demande de s’appuyer sur des exemples contemporains, et pourquoi les deux axes changent de focale : l’axe 1 met la puissance dans le temps pour montrer qu’elle n’est ni statique ni garantie ; l’axe 2 la cherche dans ses supports les moins visibles, ceux qui n’apparaissent sur aucun classement d’armées. L’objet de travail conclusif reprend enfin la même question — quels fondements et quelles marques permettent de rayonner, d’influencer et de dominer ? — mais appliquée à un seul État, les États-Unis, choisis pour la diversité et l’ampleur de leurs facteurs de puissance.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Puissance de rang internationalCapacité d’un État à imposer ses choix aux autres États, à peser durablement sur l’ordre international et à résister aux pressions extérieures.
  • Puissance dure (hard power)Puissance qui obtient un comportement par la contrainte : force militaire, pression économique, sanction, menace.
  • Puissance douce (soft power)Puissance qui obtient un comportement par l’attraction : modèle culturel, valeurs, langue, prestige scientifique, mode de vie.
  • Smart powerArticulation raisonnée de la contrainte et de l’attraction dans une même stratégie d’État ; notion proposée par Joseph Nye au début du XXIe siècle.
  • HyperpuissanceTerme employé par Hubert Védrine pour un État qui réunit à lui seul la totalité des attributs de la puissance, sans rival de rang équivalent.
  • Capacité de projectionAptitude d’une armée à intervenir loin de son territoire national et à s’y maintenir ; distincte de la simple défense du territoire.
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Exemple corrigé

Réponse organisée — qu’est-ce qui fait d’un État une puissance internationale ?

Question de cours problématisée, à traiter en dix minutes à l’oral ou en une page rédigée : « À quelles conditions un État peut-il être qualifié de puissance de rang international aujourd’hui ? »

  1. 01Poser la définition et refuser la liste

    Commencez par la relation, non par l’inventaire. La puissance est la capacité d’un État à imposer ses choix, à peser sur l’ordre international et à résister aux pressions ; elle n’existe que par rapport à d’autres et se vérifie dans l’action. Annoncez aussitôt qu’elle repose sur des attributs en partie hérités (territoire, population, position) et en partie construits (armée, technologie, réseaux), ce qui interdit d’en faire une propriété stable.

  2. 02Parcourir les cinq champs du programme

    Déroulez les champs dans leurs propres termes et donnez à chacun un vecteur concret : diplomatique (siège permanent, capacité à faire adopter une norme dans une institution internationale), militaire (défense du territoire d’un côté, capacité de projection de l’autre), culturel (langue, universités, industries de l’image), économique (production, marchés, avance technologique), financier (monnaie de référence, accès aux capitaux). Signalez que le programme sépare les deux derniers, et dites pourquoi.

  3. 03Croiser avec le mode d’action

    Superposez la seconde grille : chacun de ces champs peut fonctionner par contrainte ou par attraction. Le même levier économique peut être une sanction (dure) ou un débouché désirable (douce). C’est cette combinaison que Joseph Nye appelle smart power. Vous montrez ainsi que vous ne récitez pas deux listes parallèles mais que vous les faites jouer ensemble.

  4. 04Situer dans une hiérarchie mouvante

    Introduisez la gradation — superpuissance, grandes puissances, puissances régionales, puissances émergentes — et datez-la : le terme d’hyperpuissance employé par Hubert Védrine décrit une configuration de la fin du XXe siècle, que la montée de la Chine a modifiée. La hiérarchie est un instantané, jamais un classement définitif.

  5. 05Nommer les limites de la notion

    Fermez par ce qui empêche d’en faire une notion simple : l’interdépendance rend la domination difficile à lire, et des acteurs transnationaux — firmes, marchés, organisations internationales, réseaux — captent une part de la capacité d’action des États. Précisez toutefois que le programme maintient l’État au centre de l’étude.

Résultat : Est une puissance de rang international l’État qui réunit des attributs dans les cinq champs du programme, sait les convertir en influence par la contrainte comme par l’attraction, et parvient à faire durer cette influence — sachant que la position obtenue est relative, contestée et révisable, ce qui est précisément l’objet du thème.

Objectif Bac

  • Définir la puissance de rang international en une phrase utilisable : capacité d’un État à imposer ses choix, à peser sur l’ordre international et à résister aux pressions, sur la base d’attributs en partie hérités et en partie construits.
  • Énumérer les cinq champs du programme dans ses propres termes — diplomatique (y compris au sein des institutions internationales), militaire (défense du territoire, capacité de projection), culturel, économique et financier — sans fondre l’économique et le financier en un seul.
  • Distinguer puissance dure, puissance douce et smart power, et attribuer correctement : c’est le politiste états-unien Joseph Nye qui a popularisé le soft power dans les années 1990, puis proposé le smart power au début du XXIe siècle.
  • Contextualiser le terme d’hyperpuissance : Hubert Védrine l’emploie pour des États-Unis qui, à la fin du XXe siècle, réunissaient seuls la totalité des attributs — et ne pas l’utiliser comme un synonyme intemporel de « très puissant ».
  • Nuancer systématiquement l’usage d’un indicateur : dire ce qu’il mesure et ce qu’il ne mesure pas (un budget militaire mesure un effort, pas une capacité d’action ; un nombre de locuteurs mesure une diffusion, pas une adhésion).

Erreurs fréquentes

  • Traiter « la puissance » en général, en glissant vers la puissance d’une entreprise, d’une ville ou d’un individu ; en réalité le programme restreint explicitement l’étude à la puissance de rang international des États, et la ressource d’accompagnement fait de l’élargissement de la notion un piège à éviter.
  • Fondre les champs économique et financier en un seul registre ; en réalité le programme les sépare, et la distinction porte : la puissance financière (monnaie de référence, accès aux capitaux, capacité de sanction) s’exerce sur des États dont l’économie productive est ailleurs.
  • Écrire que le soft power a été « inventé en 1990 par Joseph Nye » comme s’il s’agissait d’un acte de naissance daté ; en réalité les textes officiels et la littérature parlent de popularisation dans les années 1990, et l’attribution prudente vaut mieux qu’une date exacte invérifiable dans une copie.
  • Présenter la hiérarchie des puissances comme un classement stable qu’il suffirait de réciter ; en réalité la ressource d’accompagnement fait de la « vision figée des rapports de force » l’erreur centrale de l’introduction — le thème s’intitule « analyser les dynamiques ».
  • Confondre l’attribut et la puissance : croire qu’un vaste territoire ou une population nombreuse produisent mécaniquement de l’influence ; en réalité le glossaire de Géoconfluences oppose pour cette raison la République démocratique du Congo à Singapour, et rappelle qu’un poids démographique peut être un atout comme un fardeau.

§ 01

Révision active

Construisez, sur une feuille, un schéma de synthèse à légende ordonnée intitulé « Les supports de la puissance internationale ». Placez au centre l’État, disposez autour de lui les cinq champs du programme, et sous chacun deux ou trois vecteurs concrets ainsi qu’un indicateur qui permettrait de le mesurer. Ajoutez, en marge, une flèche qui figure ce que les acteurs transnationaux retirent aux États. Terminez par un titre de légende en trois entrées hiérarchisées ; votre schéma doit se lire sans commentaire oral.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 2 « Analyser les dynamiques des puissances internationales » (septembre 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Glossaire de la géographie — entrée « Puissance » (mise à jour d’octobre 2025) (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)

§ 02
§ 02

Axe 1 — Essor et déclin des puissances : un regard historique#

~13 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-1re-T2-Axe1-Essor et déclin des puissances : un regard historiqueBOHGGSP-1re-T2-Axe1-L’empire ottoman, de l’essor au déclinBOHGGSP-1re-T2-Axe1-Une puissance qui se reconstruit après l’éclatement d’un empire : la Russie depuis 1991

Points clés

L’axe 1 met la puissance dans le temps. Sa question, telle que la formule la ressource d’accompagnement, est simple à énoncer et exigeante à traiter : comment l’empire ottoman et la Russie depuis 1991 permettent-ils d’identifier les facteurs de recomposition, entre affirmation et déclin, des puissances de rang international ? Deux jalons, deux trajectoires opposées — une puissance qui se défait, une puissance qui tente de se refaire — et une même leçon : rien n’est acquis.
Premier jalon, l’empire ottoman, de l’essor au déclin (voir Fig. 3). Né au tournant du XIVe siècle, il devient une puissance de premier plan avec la prise de Constantinople en 1453, qui lui donne sa capitale et l’héritage byzantin ; il atteint son extension maximale au XVIe siècle, sous le règne de Soliman le Magnifique (1520-1566). La ressource d’accompagnement demande de nommer les fondements plutôt que d’aligner des conquêtes : capacités militaires, continuité dynastique, appropriation de l’héritage byzantin, unité politico-religieuse, puissance commerciale, et un gouvernement autoritaire qui laisse pourtant à ses périphéries des marges d’autonomie. Ces accommodements, souvent lus comme une faiblesse, sont d’abord une capacité d’adaptation : ils expliquent la durée.

L’empire ottoman, de l’essor au déclin

Empire ottoman : essor et déclinFrise chronologique de 1450 à 1930, 1453: Constantinople, 1520: Soliman Ier, 1683: Échec à Vienne, 1878: Congrès Berlin, 1923: Traité Lausanne, 1453–1683: Apogée, 1683–1923: Reculs14501930annéeApogéeReculs1453Constantinople1520Soliman Ier1683Échec à Vienne1878Congrès Berlin1923Traité Lausanne
Fig. 3Cinq repères suffisent : ce que la planche montre, c’est la dissymétrie entre un essor de deux siècles et des reculs qui en durent presque autant.
Fig. 3 ↓
L’empire dispose aussi de formes indirectes de puissance, ce qui en fait un excellent entraînement pour l’axe 2. La fascination européenne pour le « Grand Turc », l’accueil de minorités religieuses, le rôle d’allié de revers dont les puissances européennes se servent quand elles se combattent entre elles : autant de leviers qui ne relèvent ni de l’armée ni du commerce. La ressource cite deux exemples précis à des siècles de distance — les relations entre Louis XIV et la Sublime Porte, puis l’appui allemand à la construction du chemin de fer de Bagdad à la fin de la période, insérée dans un effort de modernisation. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’empire reste incontournable sur la scène internationale.
Le retournement se joue ensuite, et il faut le dire en facteurs, non en dates. L’échec devant Vienne en 1683, puis le traité de Karlowitz en 1699, ouvrent une longue phase de reculs. La ressource d’accompagnement énumère ce qui bloque : l’offensive européenne qui entretient la « question d’Orient », l’échec des réformes intérieures fiscales et militaires, les guerres avec la Russie, la dépendance financière. Au XIXe siècle, le sécessionnisme des minorités, soutenu par les Occidentaux, fait échapper l’Europe balkanique à l’empire ; les puissances qui avaient posé au congrès de Vienne le principe de préserver son intégrité cessent de le respecter, quitte à mobiliser leurs opinions publiques, comme lors du massacre de Chios en 1822. La Russie entretient l’image d’un « homme malade » — l’expression est un instrument diplomatique avant d’être un diagnostic. Après le congrès de Berlin en 1878, le recul s’accélère et l’empire se replie sur ses bases asiatiques.
La fin est un démantèlement, pas une disparition naturelle. Les Tanzimat, engagés à partir de 1839, divisent l’empire entre partisans et adversaires de la réforme ; le nationalisme se radicalise à la fin du XIXe siècle avant d’être porté par les Jeunes-Turcs. La Première Guerre mondiale scelle le sort d’un édifice épuisé par les guerres balkaniques et stratégiquement encerclé. Le traité de Sèvres, en 1920, prévoit même la livraison des responsables des massacres commis contre les Arméniens — première qualification juridique de ce que l’on désignera comme le génocide arménien. Le traité de Lausanne, en 1923, referme la séquence : la souveraineté et l’État-nation turcs se construisent au prix du sacrifice de l’empire.
Second jalon, une puissance qui se reconstruit après l’éclatement d’un empire : la Russie depuis 1991 (voir Fig. 4). La question de la ressource porte sur les modalités et les résultats : depuis l’effondrement de l’URSS en 1991, quelle stratégie de puissance la Russie a-t-elle conduite, et jusqu’où l’a-t-elle menée ? Le cadrage initial doit rester bref — la ressource met en garde contre le récit détaillé de l’éclatement soviétique — mais il est nécessaire : la Fédération de Russie hérite d’un rang international, d’un siège permanent au Conseil de sécurité et d’un arsenal, mais aussi d’une économie en effondrement. La « thérapie de choc » des années 1990 ne redresse pas la puissance par la voie économique ; elle produit une récession durable aux conséquences sociales et politiques lourdes.

Les leviers de la reconstruction russe depuis 1991

Reconstruire une puissanceArbre de probabilité, 5 chemins, Données: Hard power → remilitarisation, interventions armées; Levier géoéconomique → hydrocarbures, Gazprom, tubes; Diplomatie de réseaux → CEI, UEE, OCS, BRICS; Soft power → médias, mémoire de 1945; Limites → économie de rente, démographieHard powerLevier géoéconomiqueDiplomatie de réseauxSoft powerLimitesRussie depuis 1991remilitarisation, interventions arméeshydrocarbures, Gazprom, tubesCEI, UEE, OCS, BRICSmédias, mémoire de 1945économie de rente, démographie
Fig. 4Quatre leviers et une colonne de limites : la ressource d’accompagnement fait de l’absence de bilan critique l’erreur propre à ce jalon.
Fig. 4 ↓
La décennie 2000 change de méthode et mobilise tous les registres à la fois. Reconstruction du hard power par la remilitarisation et par des interventions armées, notamment en Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014, destinées à rétablir par la coercition l’influence russe sur des États qui s’éloignaient. Levier géoéconomique des hydrocarbures et de Gazprom — la « géopolitique des tubes » — qui transforme la dépendance énergétique de partenaires en moyen de pression. Diplomatie de réseaux enfin : Communauté des États indépendants, Union économique eurasiatique, Organisation de la coopération de Shanghai créée en 2001, partenariats avec les BRICS et Nouvelle banque de développement. La reconnaissance internationale se lit dans des indicateurs comme l’entrée dans le G8 et la présidence du groupe en 2006. Le soft power n’est pas oublié : médias en langues étrangères comme la chaîne RT ou l’agence Sputnik, et réinvestissement symbolique des deux régimes précédents, l’empire tsariste avec l’appui de l’Église orthodoxe, l’URSS avec l’exaltation de la victoire de 1945.
Reste à évaluer, et la ressource fait de l’absence de bilan critique une erreur en soi. Les fragilités intérieures sont nettes : difficulté à moderniser et à diversifier une économie de rente, effet de la crise de 2008 puis de la chute des cours des hydrocarbures en 2014, dépréciation du rouble et inflation, dynamisme démographique faible, niveau de développement modeste, emprise territoriale moindre que celle de l’URSS et espace inégalement mis en valeur. L’article de Clara Loïzzo en donne une illustration exemplaire dans l’Arctique : la région est réinvestie par la remilitarisation, l’exploitation et le désenclavement, mais les coûts environnementaux et sociaux y dépassent de beaucoup les dividendes escomptés, et la stratégie s’y trouve fragilisée. Le mot juste, pour les deux jalons de cet axe, est donc « relatif » : l’empire ottoman disparaît comme puissance, la Russie regagne une capacité d’action sans retrouver le rang de l’URSS.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Déclin relatifRecul du rang d’une puissance parce que d’autres progressent plus vite, sans que ses capacités propres disparaissent ; à distinguer de l’effondrement.
  • Question d’OrientEnsemble des rivalités entre puissances européennes autour du sort des territoires de l’empire ottoman affaibli, du XVIIIe au début du XXe siècle.
  • TanzimatMouvement de réformes administratives, fiscales et militaires engagé dans l’empire ottoman à partir de 1839 pour enrayer son affaiblissement.
  • Étranger procheDésignation russe des anciennes républiques soviétiques, considérées comme une zone d’influence privilégiée de la Fédération de Russie.
  • Géopolitique des tubesUsage des gazoducs et oléoducs comme moyen de pression sur les États clients, par le jeu de la dépendance énergétique.
  • Économie de renteÉconomie dont les recettes dépendent largement de l’exportation de matières premières, donc du niveau des cours mondiaux.
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Exemple corrigé

Étude critique de deux cartes de l’empire ottoman

Étude critique de documents. Document 1 : carte de l’empire ottoman vers 1683, à son extension maximale, portant les rives du bassin méditerranéen oriental, l’Égypte, la Syrie, l’Anatolie, une large Europe balkanique jusqu’aux abords de Vienne, et une bande nord-africaine ; les principaux ports et routes commerciales y sont figurés. Document 2 : carte des mêmes espaces au lendemain du congrès de Berlin (1878), où figurent en teintes distinctes les nouveaux États balkaniques indépendants ou autonomes, les provinces passées sous administration étrangère, et les zones de concessions accordées aux puissances européennes. Consigne : à partir de la confrontation des deux documents et de vos connaissances, montrez ce qu’ils révèlent — et ce qu’ils ne peuvent pas révéler — des facteurs de recomposition de la puissance ottomane.

  1. 01Identifier la nature et l’intention des documents

    Deux cartes ne sont pas deux photographies. Ce sont des constructions rétrospectives qui choisissent une date, un cadrage et des figurés. Dites-le d’emblée : l’écart de deux siècles est un montage destiné à faire apparaître une perte, et le choix de 1683 comme point de départ privilégie l’extension maximale plutôt que la moyenne des deux siècles précédents.

  2. 02Décrire l’écart, en termes géographiques

    Nommez et localisez. Le premier document montre un ensemble à cheval sur trois continents, articulé par des espaces maritimes et des routes commerciales ; le second montre un repli continental vers les bases asiatiques, la fragmentation des Balkans en États nouveaux et l’apparition d’espaces sous tutelle étrangère. La perte n’est pas homogène : elle est d’abord européenne et littorale.

  3. 03Expliquer par des facteurs, non par la carte

    Une carte enregistre un résultat ; elle n’en donne pas la cause. Mobilisez vos connaissances : échec des réformes fiscales et militaires, dépendance financière, guerres perdues contre la Russie, essor du mouvement des nationalités exploité par les puissances européennes, abandon du principe posé au congrès de Vienne de préserver l’intégrité de l’empire. Ce sont ces facteurs, et non le tracé, qui expliquent le passage d’un document à l’autre.

  4. 04Prendre du recul critique sur ce que les cartes taisent

    Signalez trois angles morts. Les cartes ne disent rien des formes indirectes de puissance qui ont longtemps servi l’empire — alliances de revers, tolérance envers certaines minorités, prestige. Elles ne disent rien des populations : les déplacements de réfugiés et la recomposition des minorités sont invisibles sous une teinte plate. Elles ne disent rien du regard des acteurs : la seconde carte est très largement dessinée avec les catégories des chancelleries européennes qui ont produit ce recul.

  5. 05Répondre à la problématique

    Concluez sur le statut de la preuve cartographique dans une analyse de puissance : elle mesure une emprise territoriale, qui n’est qu’un des attributs, et elle date une perte sans l’expliquer. Elle est indispensable pour établir le fait, insuffisante pour établir la cause.

Résultat : La confrontation des deux cartes établit un recul territorial massif et orienté — l’Europe balkanique échappe à l’empire, qui se recentre sur l’Asie — mais l’explication tient à des facteurs que les documents ne portent pas : échec des réformes, dépendance financière, défaites face à la Russie et instrumentalisation des nationalités par les puissances européennes. Une carte prouve un état, elle ne prouve jamais une dynamique.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    L’idée la plus difficile de tout le thème tient en un mot : « relatif ». Une puissance décline le plus souvent parce que d’autres montent plus vite, pas parce qu’elle s’effondre. Confondre les deux, c’est écrire une copie fausse avec assurance.

  2. 2

    Premier temps : datez l’apogée en nommant les fondements qui le rendent possible. Pour l’empire ottoman, ce sont les capacités militaires, la continuité dynastique, l’héritage byzantin, l’unité politico-religieuse et la puissance commerciale. Un apogée n’est jamais une date seule : c’est un système qui fonctionne.

  3. 3

    Deuxième temps : cherchez le moment où ces fondements cessent d’être des avantages. L’échec devant Vienne en 1683 puis le traité de Karlowitz en 1699 marquent la bascule, non parce que l’empire s’affaiblit soudain, mais parce que ses voisins ont changé de gabarit.

  4. 4

    Troisième temps : distinguez ce qui vient de l’intérieur et ce qui vient de l’extérieur. Réformes fiscales et militaires manquées, dépendance financière : facteurs internes. Guerres avec la Russie, soutien européen aux sécessions, abandon du principe d’intégrité posé au congrès de Vienne : facteurs externes. La ressource d’accompagnement demande explicitement de faire ce partage.

  5. 5

    Quatrième temps : appliquez la même grille à la trajectoire inverse. La Russie depuis 1991 reconstruit une capacité d’action par la remilitarisation, la rente des hydrocarbures et la diplomatie de réseaux ; mais l’économie reste peu diversifiée et le rang de l’URSS n’est pas retrouvé. Reconstruction réelle, restauration incomplète.

  6. 6

    Dernier temps : formulez la conclusion sous forme de règle transférable. Une puissance repose sur des fondements datés ; quand le contexte change, ces fondements perdent de leur rendement ; le déclin qui suit est presque toujours relatif. Cette phrase-là vous servira sur n’importe quel acteur des six thèmes de terminale.

Objectif Bac

  • Périodiser la trajectoire ottomane avec des repères sûrs et peu nombreux : 1453 la prise de Constantinople, 1520-1566 le règne de Soliman le Magnifique, 1683-1699 l’échec devant Vienne et le traité de Karlowitz, 1878 le congrès de Berlin, 1923 le traité de Lausanne.
  • Nommer les fondements avant les événements : pour l’empire ottoman, capacités militaires, continuité dynastique, héritage byzantin, unité politico-religieuse, puissance commerciale et autonomies périphériques — la ressource d’accompagnement en fait l’attendu principal du jalon.
  • Expliquer un déclin par des facteurs, jamais par une fatalité : pression européenne et « question d’Orient », échec des réformes fiscales et militaires, guerres avec la Russie, dépendance financière, sécessionnisme soutenu de l’extérieur.
  • Distinguer, pour la Russie depuis 1991, les trois familles de leviers — hard power et interventions armées, levier géoéconomique des hydrocarbures, diplomatie de réseaux (CEI, UEE, OCS, BRICS) — et y ajouter le soft power médiatique et mémoriel.
  • Relativiser le résultat de la reconstruction russe en citant des fragilités précises : économie de rente peu diversifiée, chute des cours des hydrocarbures en 2014, faiblesse démographique, coûts de la valorisation arctique supérieurs aux dividendes attendus.

Erreurs fréquentes

  • Raconter la fin de l’empire ottoman comme un dépérissement inéluctable, sous-entendu par sa nature multiethnique ; en réalité la ressource d’accompagnement interdit à la fois la vision déterministe et l’idée que la diversité serait d’emblée un handicap — les autonomies périphériques sont d’abord ce qui a fait durer l’empire.
  • Prendre l’expression « homme malade de l’Europe » pour un constat objectif ; en réalité c’est une image entretenue par la Russie dans un rapport de force diplomatique, et la citer sans dire qui la fait circuler, c’est reprendre à son compte l’argumentaire d’un adversaire.
  • Consacrer la moitié de la réponse à l’éclatement de l’URSS avant d’aborder la Russie depuis 1991 ; en réalité la ressource signale explicitement ce piège : le cadrage doit rester bref, le cœur du jalon étant la stratégie de reconstruction et ses résultats.
  • Présenter le retour de la Russie comme une réussite complète, ou à l’inverse comme un échec total ; en réalité il faut tenir les deux colonnes — accès au G8 et présidence du groupe en 2006, partenariats eurasiatiques et influence régionale d’un côté ; économie de rente, démographie et coûts arctiques de l’autre.
  • Comparer terme à terme l’empire ottoman et la Russie contemporaine pour en tirer des « lois » du déclin ; en réalité la ressource écarte cette comparaison, les contextes historiques étant trop différents pour qu’elle ait un sens : les deux jalons illustrent la diversité des trajectoires, ils ne se mettent pas en balance.

Approfondissement

Deux prolongements pour une copie ambitieuse. D’abord, la notion d’empire elle-même : la ressource d’accompagnement rappelle en note que les Ottomans n’emploient le mot « empire » qu’à partir du XXe siècle et lui préfèrent jusque-là celui d’État — un rappel utile pour ne pas plaquer sur un objet historique un vocabulaire forgé ailleurs. Ensuite, la question du soutien extérieur au déclin : le sécessionnisme balkanique n’est pas un phénomène spontané, il est appuyé par des puissances qui ont pourtant garanti l’intégrité de l’empire au congrès de Vienne. Une puissance ne décline jamais seule ; son recul est aussi la stratégie d’un tiers, ce qui vaut également pour l’espace post-soviétique après 1991.

§ 02

Révision active

Rédigez le plan détaillé et l’introduction complète d’une composition sur le sujet : « La Russie depuis 1991 : une puissance reconstruite ? ». Votre introduction doit dégager les enjeux, poser une problématique qui interroge le point d’interrogation du sujet et annoncer le fil conducteur. Votre plan doit distinguer les moyens mobilisés, les résultats obtenus et les fragilités qui les limitent, et chaque sous-partie doit être adossée à deux exemples datés. Indiquez enfin, en une ligne, quelle production graphique vous joindriez et ce qu’elle ferait apparaître.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 2 « Analyser les dynamiques des puissances internationales » (septembre 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Clara Loïzzo, « La Russie, puissance arctique contrariée » (18 février 2025) (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)

§ 03
§ 03

Axe 2 — Formes indirectes de la puissance : une approche géopolitique#

~13 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-1re-T2-Axe2-L’enjeu de la langue : anglais et français dans les relations internationales, francophonie, instituts Confucius…BOHGGSP-1re-T2-Axe2-Les nouvelles technologies : puissance des géants du numérique (GAFAM, BATX…), impuissance des États et des organisations internationales ?BOHGGSP-1re-T2-Axe2-La maîtrise des voies de communication : les « nouvelles routes de la Soie »

Points clés

Jusque dans les années 1990, l’affirmation d’un État passait d’abord par la force militaire et le pouvoir économique. L’intensification des échanges et des interdépendances a fait émerger des formes de puissance qui reposent moins sur la coercition que sur la capacité à convaincre, à équiper et à faire passer. L’axe 2 en retient trois, et le programme les nomme sans ambiguïté : la langue, les nouvelles technologies, la maîtrise des voies de communication. Le mot « géopolitique » du titre n’est pas décoratif — il impose d’observer, derrière chaque levier, des coopérations, des tensions et des luttes d’influence entre États (voir Fig. 5).

Les trois leviers indirects du programme

Trois leviers indirectsArbre de probabilité, 6 chemins, Données: La langue → anglais et français dans les OI; La langue → francophonie, instituts Confucius; Les nouvelles technologies → GAFAM, BATX; Les nouvelles technologies → cyberpuissance des États; Les voies de communication → nouvelles routes de la Soie; Les voies de communication → ports, corridors, câblesLa langueLes nouvelles technologiesLes voies de communicationFormes indirectes de la puissanceanglais et français dans les OIfrancophonie, instituts ConfuciusGAFAM, BATXcyberpuissance des Étatsnouvelles routes de la Soieports, corridors, câbles
Fig. 5Les trois jalons de l’axe 2 ne sont pas trois exemples au choix : ce sont trois familles de leviers, et chacune est un terrain de rivalité entre États.
Fig. 5 ↓
Premier jalon : l’enjeu de la langue. La diffusion d’une langue donne accès à plusieurs avantages que la ressource d’accompagnement détaille. La reconnaissance institutionnelle d’abord : être langue de travail dans les organisations internationales est un enjeu de stratégie d’État, et la ressource cite un cas parlant — l’article 24 de la Charte olympique fait du français et de l’anglais les langues officielles du Comité international olympique, avec primauté du français en cas de divergence entre les textes. Le renforcement des échanges ensuite, une langue partagée facilitant les relations commerciales. L’affirmation culturelle et scientifique enfin : la langue véhicule des productions — cinéma, séries, littérature, musique — et structure les concepts eux-mêmes, puisqu’un terme forgé dans une langue n’est pas toujours traduisible et s’impose alors tel quel.
La langue trace aussi une aire d’influence dans l’espace, et cette aire se cartographie. Nombre de locuteurs, implantation des instituts — Institut français et Alliance française, Goethe-Institut, British Council, Instituto Cervantes, Instituts Confucius —, étendue de la francophonie : autant d’indicateurs. Le glossaire de Géoconfluences apporte ici une nuance essentielle que les copies manquent presque toujours : il faut distinguer la francophonie, ensemble des locuteurs du français, de la Francophonie avec une majuscule, organisation politique dont l’OIF regroupe 88 États ou gouvernements, dont certains comptent très peu de francophones. L’écart entre les deux est le sujet lui-même. Quant aux Instituts Confucius, l’article de Nashidil Rouiaï en fait l’élément le plus visible du soft power chinois, adopté officiellement comme principe politique par Pékin en 2007, et rappelle que leur localisation est stratégique : leur implantation au Kazakhstan éclaire directement l’ambition chinoise sur son voisinage.
Deuxième jalon : les nouvelles technologies, et il faut prendre au sérieux le point d’interrogation du programme. Les géants du numérique — les GAFAM états-uniens, c’est-à-dire Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, et les BATX chinois, Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi — disposent de fondements que l’on reconnaît aussitôt : capitalisations et chiffres d’affaires parfois supérieurs au produit intérieur brut d’États entiers, contrôle des infrastructures techniques et des centres de données, position dominante sur des marchés entiers, et une capacité d’influence sur les opinions publiques. Ils fragilisent les États par des pratiques que ceux-ci maîtrisent mal : organisation transnationale qui permet l’optimisation fiscale, et cyberespace ouvert aux attaques d’acteurs étatiques comme privés, la ressource citant les systèmes gouvernementaux estoniens en 2007, les réseaux électriques ukrainiens en 2015 et le logiciel malveillant WannaCry en 2017.
Mais l’autre moitié du libellé est aussi importante, et la ressource avertit que traiter les deux termes séparément est un piège (voir Fig. 6). Les États ne sont pas démunis : ils tirent du prestige de leurs propres champions, favorisent leur développement au détriment de ceux des rivaux, et développent une cyberpuissance faite de câbles sous-marins, de satellites, de centres de données, de capacités de protection des réseaux et de régulation. Ils légifèrent : l’Union européenne s’est dotée en 2022 du règlement sur les marchés numériques et du règlement sur les services numériques, qui imposent des obligations aux très grandes plateformes, et la Commission européenne en est le seul organe d’application. Ils sanctionnent pour abus de position dominante ou pour aides d’État. Ils utilisent enfin ces technologies les uns contre les autres, par la désinformation, l’ingérence ou l’attaque — ce qui fait converger cette forme indirecte vers le hard power le plus classique, avec la constitution de forces armées spécialisées.

Le jeu d’acteurs du numérique

États et géants du numériqueGraphe, États → GAFAM, GAFAM → États, Régulation européenne → GAFAM, GAFAM → Cyberespace, BATX → Cyberespace, États → Cyberespace, Cyberespace → ÉtatsÉtatsGAFAMBATXRégulationeuropéenneCyberespacerégule et taxeoptimisationfiscaleobligations,amendesplateformes,donnéesmodèlealternatifcyberpuissanceattaques,ingérences
Fig. 6Le libellé du jalon met en regard deux termes : la planche montre que la relation entre États et géants du numérique va dans les deux sens.
Fig. 6 ↓
Troisième jalon : la maîtrise des voies de communication, illustrée par les « nouvelles routes de la Soie ». Le projet, officiellement l’initiative « la Ceinture et la Route », est lancé par Xi Jinping en 2013 ; son horizon affiché est 2049, centenaire de la République populaire de Chine. Il combine deux axes, l’un terrestre et l’autre maritime, et un ensemble d’infrastructures — autoroutes, voies ferrées, ports, oléoducs, câbles — dont l’objet est d’assurer les débouchés des produits chinois, de sécuriser des approvisionnements agricoles et énergétiques, et d’implanter des investissements dans six grands corridors de développement. La ressource insiste : sous le vocabulaire de la coopération gagnant-gagnant, le projet poursuit des objectifs géopolitiques, et il n’existe d’ailleurs aucun document écrit fixant un tracé précis ou des objectifs à atteindre.
Les leviers de puissance que ce dispositif procure sont identifiables un à un, et c’est ce qu’un correcteur attend. Levier militaire d’abord, avec le réseau de ports commerciaux que les Américains ont baptisé le « collier de perles » et qui a permis l’implantation de points d’appui, à Djibouti notamment. Levier financier ensuite : le financement des infrastructures et la gestion des plateformes logistiques — le port du Pirée en Grèce, Gwadar au Pakistan, Hambantota au Sri Lanka, le port sec de Khorgos à la frontière kazakhe — donnent prise sur des nœuds stratégiques, et le « piège de la dette » peut convertir un défaut de remboursement en contrôle : le Sri Lanka a dû céder à Pékin le contrôle de son port en eaux profondes de Hambantota pour quatre-vingt-dix-neuf ans à la fin de 2017. Levier institutionnel enfin, avec la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, lancée par la Chine en 2015 et devenue une alternative aux institutions financières existantes.
La leçon de l’axe est cependant que ces formes ne suffisent pas. Le projet chinois suscite des réticences et des projets concurrents, comme le corridor de croissance Asie-Afrique porté par l’Inde et le Japon ; il croise en Asie centrale l’Union économique eurasiatique promue par la Russie, avec laquelle la relation mêle rivalité et partenariat ; il alimente en Occident l’accusation de néocolonialisme économique, qui abîme en retour l’image chinoise. L’article de Nashidil Rouiaï formule ce paradoxe pour le soft power tout entier : les tentatives d’un État deviennent contre-productives dès qu’elles sont perçues comme de la propagande, et le défi de la séduction ne peut pas être dissocié des éléments traditionnels de la puissance. Une puissance indirecte reste une puissance disputée.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Forme indirecte de puissanceLevier d’influence qui n’use ni de la contrainte militaire ni de la pression économique directe : langue, technologies, infrastructures de communication.
  • FrancophonieEnsemble des locuteurs du français dans le monde ; à distinguer de la Francophonie, l’organisation politique dont l’OIF regroupe 88 États ou gouvernements.
  • CyberpuissanceCapacité d’un État à maîtriser les infrastructures numériques, à protéger ses réseaux et ses données, et à peser sur la circulation de l’information.
  • Initiative « la Ceinture et la Route »Nom officiel du projet chinois lancé en 2013, connu comme les « nouvelles routes de la Soie » : corridors terrestres et maritimes d’infrastructures et d’investissements.
  • Collier de perlesExpression désignant le chapelet de ports commerciaux chinois de la mer de Chine au Moyen-Orient, support possible de points d’appui militaires.
  • Piège de la detteSituation d’un État qui, incapable de rembourser un prêt d’infrastructure, doit céder au créancier le contrôle de l’équipement financé.
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Exemple corrigé

Plan de composition — les « nouvelles routes de la Soie », un instrument de puissance ?

Composition : « La maîtrise des voies de communication fait-elle de la Chine une puissance de rang international ? » Construisez l’introduction et le plan détaillé, en veillant à ce que chaque partie réponde à une facette du point d’interrogation.

  1. 01Analyser le sujet et poser la problématique

    Le sujet contient un mot piège : « fait-elle ». Il ne demande pas de décrire un projet mais d’évaluer un rendement politique. Définissez donc en introduction ce qu’est une forme indirecte de puissance, puis formulez la problématique : dans quelle mesure le contrôle des infrastructures de transport se convertit-il en influence sur les États desservis ? Annoncez que la réponse suppose de distinguer les leviers, les résultats et les contre-effets.

  2. 02Présenter le dispositif comme un instrument

    Présentez le projet lancé par Xi Jinping en 2013, à l’horizon 2049 : deux axes, terrestre et maritime, six corridors, des infrastructures lourdes (voies ferrées, ports, oléoducs, câbles), et un discours de coopération gagnant-gagnant adapté à chaque auditoire. Insistez sur le fait qu’aucun document écrit ne fixe un tracé précis, ce qui est en soi un choix stratégique : la souplesse est un attribut du dispositif.

  3. 03Recenser les leviers effectivement obtenus

    Déroulez les conversions, une par une. Levier militaire avec les points d’appui du « collier de perles », à Djibouti notamment. Levier financier avec la gestion de nœuds stratégiques — Le Pirée, Gwadar, Hambantota, Khorgos — et le « piège de la dette », le Sri Lanka ayant cédé fin 2017 le contrôle de Hambantota pour quatre-vingt-dix-neuf ans. Levier institutionnel avec la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, lancée en 2015. Levier régional enfin, avec l’Organisation de la coopération de Shanghai et le partenariat conclu avec seize pays d’Europe centrale et orientale.

  4. 04Exposer les résistances et l’effet retour

    Montrez que le rendement est incertain. Projets alternatifs, dont le corridor de croissance Asie-Afrique porté par l’Inde et le Japon. Concurrence en Asie centrale avec l’Union économique eurasiatique promue par la Russie, dans une relation qui mêle rivalité et partenariat. Vigilance américaine face à la militarisation de certaines emprises. Et surtout, coût d’image : l’accusation de néocolonialisme économique abîme le soft power chinois, exactement selon le mécanisme décrit par Nashidil Rouiaï.

  5. 05Prévoir la production graphique

    Annoncez en fin d’introduction que vous joindrez un croquis. Sa légende doit être ordonnée en trois entrées, correspondant aux trois parties : le dispositif (corridors terrestres et maritimes), les points d’appui obtenus (nœuds portuaires et terrestres), les tensions et projets concurrents. Cette production est valorisée à l’épreuve et son absence n’est jamais pénalisée : c’est donc un gain sans risque.

Résultat : Les voies de communication procurent à la Chine des leviers réels et localisables — militaires, financiers, institutionnels, régionaux — mais leur conversion en influence durable se heurte à des projets concurrents, à des rivalités régionales et à une méfiance qui érode l’image même que le projet devait servir. Elles renforcent une puissance déjà constituée ; elles ne la fondent pas à elles seules.

Objectif Bac

  • Distinguer la francophonie, ensemble des locuteurs du français, et la Francophonie, organisation politique dont l’OIF regroupe 88 États ou gouvernements — et citer l’écart entre les deux comme un fait, non comme une contradiction.
  • Citer un exemple institutionnel précis du poids d’une langue : l’article 24 de la Charte olympique, qui fait du français et de l’anglais les langues officielles du CIO avec primauté du français en cas de divergence entre les textes.
  • Développer les deux termes du jalon numérique dans la même réponse : la puissance des GAFAM et des BATX d’un côté, la capacité de riposte des États et des organisations internationales de l’autre — la ressource d’accompagnement fait de leur séparation un piège explicite.
  • Localiser trois nœuds des « nouvelles routes de la Soie » et dire ce que chacun apporte : le Pirée en Grèce (accès au marché européen), Hambantota au Sri Lanka (concession de quatre-vingt-dix-neuf ans obtenue fin 2017), Khorgos à la frontière kazakhe (rupture de charge terrestre).
  • Nuancer toute forme indirecte de puissance en montrant sa limite : concurrence de projets alternatifs, accusation de néocolonialisme économique, et l’effet retour analysé par Nashidil Rouiaï — un soft power perçu comme de la propagande se retourne contre son émetteur.

Erreurs fréquentes

  • Réduire le soft power au divertissement et aux industries culturelles ; en réalité il comprend aussi la langue, les valeurs, le modèle politique, les universités, la production scientifique et la capacité à faire adopter une norme — la ressource d’accompagnement place ces derniers au même rang que le cinéma.
  • Écrire « la Francophonie compte 88 États francophones » ; en réalité l’OIF regroupe 88 États ou gouvernements, dont plusieurs comptent très peu de locuteurs du français : c’est une organisation politique, pas un recensement linguistique.
  • Traiter les géants du numérique pour eux-mêmes, comme un chapitre d’économie ; en réalité le libellé du jalon met en regard leur puissance et celle des États et des organisations internationales, et la ressource d’accompagnement identifie l’analyse séparée des deux termes comme l’erreur propre à ce jalon.
  • Présenter les « nouvelles routes de la Soie » comme un plan précis, avec un tracé arrêté et des étapes datées ; en réalité la ressource d’accompagnement souligne qu’aucun document écrit ne présente d’objectifs à atteindre ni de tracé précis, et que le projet évolue en permanence.
  • Conclure qu’une forme indirecte de puissance suffit à s’imposer ; en réalité la ressource conclut l’inverse à propos des voies de communication, et l’article de Nashidil Rouiaï montre que le soft power chinois reste subordonné aux éléments traditionnels de la puissance.

Approfondissement

Un prolongement qui distingue une très bonne copie. La langue n’est pas seulement un véhicule : elle structure les concepts. La ressource d’accompagnement note que le vocabulaire scientifique forgé dans une langue donnée n’est pas toujours traduisible et s’impose alors tel quel dans les autres — ce qui donne à la langue dominante un pouvoir sur les catégories mêmes de la pensée savante. La même logique vaut pour le numérique : imposer un standard technique, c’est fixer le cadre dans lequel les concurrents devront ensuite agir. Dans les deux cas, la forme la plus profonde de la puissance indirecte n’est pas de gagner une partie, c’est d’écrire la règle du jeu.

§ 03

Révision active

Comparez deux stratégies linguistiques d’influence — celle que la France conduit à travers l’Organisation internationale de la Francophonie et son réseau d’instituts, et celle que la Chine conduit à travers les Instituts Confucius. Construisez un tableau à trois colonnes : objectifs affichés, moyens réellement engagés, résistances rencontrées. Sous le tableau, rédigez un paragraphe de conclusion qui répond à une seule question : ces deux stratégies visent-elles la même chose ? Aucune des deux ne doit être présentée comme un simple service culturel.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 2 « Analyser les dynamiques des puissances internationales » (septembre 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Nashidil Rouiaï, « Sur les routes de l’influence : forces et faiblesses du soft power chinois » (14 septembre 2018) (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)

§ 04
§ 04

Objet de travail conclusif — La puissance des États-Unis aujourd’hui#

~11 min de lecture●●●ApprofondissementBOHGGSP-1re-T2-OTC-Les lieux et les formes de la puissance aux États-Unis (siège de l’ONU, Hollywood, Massachussetts Institute of Technology…)BOHGGSP-1re-T2-OTC-Unilatéralisme et multilatéralisme : un débat internationalBOHGGSP-1re-T2-OTC-Points d’appui et zones d’influence des États-Unis dans un monde multipolaire

Points clés

L’objet de travail conclusif reprend la question du thème et l’applique à un seul État : quels sont les fondements et les marques qui permettent aux États-Unis de rayonner, d’influencer l’ordre international et de dominer les autres États ? Le choix se justifie par la diversité et l’ampleur de leurs facteurs de puissance, et par une stabilité au sommet des hiérarchies internationales qui court sur tout le XXe siècle. Trois jalons articulent trois échelles : les lieux sur le territoire national, le débat sur la manière d’agir, et les appuis hors des frontières.
Premier jalon, les lieux et les formes de la puissance aux États-Unis, et le programme en nomme trois. Les studios concentrés à Los Angeles, dont le quartier de Hollywood est devenu la métonymie, incarnent une puissance culturelle capable de peser sur les imaginaires collectifs à l’échelle mondiale. Le Massachusetts Institute of Technology, à proximité immédiate de Boston, incarne une puissance scientifique qui oriente les dynamiques d’innovation. Le siège de l’ONU, sur la presqu’île de Manhattan, est un cas différent et plus subtil : le bâtiment bénéficie d’un statut extraterritorial, et sa localisation témoigne de la capacité d’une métropole comme New York à attirer et à polariser les grandes institutions internationales.
Ce jalon est d’abord un exercice de géographie, et c’est ce qui le rend formateur. La ressource d’accompagnement demande de faire prendre conscience que la localisation de ces lieux obéit à des logiques repérables : polarisation par les métropoles de rang international, concentration dans les régions littorales — la Californie, la mégalopole de la façade atlantique —, position péricentrale dans les plus grandes agglomérations. Autrement dit, la puissance a une adresse. L’article de Marie-Christine Doceul en tire une remarque qui vaut d’être méditée : les États-Unis affichent volontiers ces lieux au moyen de visites virtuelles, c’est-à-dire qu’ils exposent les lieux d’où rayonne leur puissance en utilisant une technologie qui est elle-même un élément de cette puissance.
Deuxième jalon, unilatéralisme et multilatéralisme : un débat international (voir Fig. 7). Commencez par les définitions, que la ressource d’accompagnement emprunte à un manuel spécialisé. Le multilatéralisme est l’attitude d’un pays qui cherche à obtenir la coopération d’un maximum d’autres pays, traités comme des partenaires. L’unilatéralisme est l’attitude d’un pays qui agit sans chercher l’assentiment ou la coopération des autres. Le bilatéralisme, souvent oublié, désigne la négociation de traités séparés avec chaque partenaire plutôt qu’un accord commun. Ces trois termes décrivent des méthodes, pas des valeurs : rien n’oblige à traiter le multilatéralisme comme vertueux et l’unilatéralisme comme une faute.

Unilatéralisme et multilatéralisme : une oscillation datée

Deux méthodes, un siècleFrise chronologique de 1910 à 2030, 1918: Les 14 points, 1945: Charte de l’ONU, 1949: OTAN, 2003: Guerre en Irak, 2009: Le Caire, 2017: America First19102030année1918Les 14 points1945Charte de l’ONU1949OTAN2003Guerre en Irak2009Le Caire2017America First
Fig. 7La puissance américaine se mesure moins au choix fait qu’à la liberté de choisir : la frise aligne des moments où la méthode change, pas des périodes de vertu et de faute.
Fig. 7 ↓
Ce qui rend le débat spécifiquement américain, c’est que les États-Unis peuvent choisir. La ressource le formule sans détour : leur puissance leur permet d’opter pour l’une ou l’autre voie selon leurs intérêts propres, sans être véritablement contraints par les autres puissances — et, étant donné leur rayonnement, chacune de leurs décisions a des retombées sur tous les autres. La ressource propose d’étayer l’analyse en confrontant trois discours : le discours dit des quatorze points de Woodrow Wilson, le 8 janvier 1918, qui prépare une organisation collective de la paix ; le discours du Caire de Barack Obama, le 4 juin 2009, lu comme une inflexion multilatérale ; et le discours d’investiture de Donald Trump, le 20 janvier 2017. On complète utilement avec deux ancrages institutionnels — la Charte de l’ONU signée en 1945, l’Alliance atlantique créée en 1949 — et avec un cas d’action sans mandat du Conseil de sécurité, l’intervention en Irak en 2003.
Troisième jalon, points d’appui et zones d’influence dans un monde multipolaire (voir Fig. 8). Le raisonnement quitte le territoire national pour repérer les supports de puissance situés à l’extérieur. Les points d’appui militaires et diplomatiques d’abord : réseau de bases à l’étranger, présence navale sur les grands espaces maritimes, alliances. La ressource suggère de travailler cartographiquement cette présence et de remonter ensuite à ses fondements — poids du complexe militaro-industriel, domination des entreprises d’armement, doctrines de politique étrangère favorables à l’intervention extérieure. La diffusion culturelle et technologique ensuite, qui étend une aire d’influence sans base ni garnison.

Du territoire national aux contre-influences

Emboîtement des échelles de la puissancecercles concentriques, 4 anneaux, Données: États-Unis, Lieux du territoire, Points d’appui, Zones d’influence, Contre-influencesContre-influencesZones d’influencePoints d’appuiLieux du territoireÉtats-Unis
Fig. 8Quatre cercles emboîtés, du plus proche au plus lointain : le dernier n’est pas un ajout de conclusion, c’est une partie du sujet.
Fig. 8 ↓
Mais le jalon porte en lui sa propre nuance, et il faut la traiter comme une partie, pas comme une concession finale. La ressource demande de questionner les formes de contre-influence et de contestation qui viennent atténuer l’ampleur de la puissance américaine. Sur le plan culturel, elle propose un exercice éclairant : mesurer le rayonnement d’un média états-unien — cinéma, série, musique, jeu vidéo — puis chercher les productions parallèles qui le concurrencent, Bollywood et Nollywood face à Hollywood, la K-pop coréenne et la J-pop japonaise face aux productions musicales américaines. La conclusion attendue n’est pas que l’influence américaine s’effondre, mais qu’elle se superpose désormais à d’autres, ce qui est précisément ce que signifie « monde multipolaire ».
Deux avertissements ferment cet objet de travail conclusif, et ils sont dans la ressource. Le premier : éviter la vision partisane, dans un sens comme dans l’autre. Une copie qui célèbre la puissance américaine et une copie qui la dénonce commettent la même erreur, celle de substituer un jugement à une analyse. Le second : ne pas transformer le sujet en géographie régionale des États-Unis ni en histoire des relations internationales américaines. On étudie une puissance à l’œuvre aujourd’hui, avec ses fondements, ses manifestations et ses limites — et l’ancrage dans l’actualité, que la ressource recommande, doit rester un moyen de comprendre, jamais un catalogue d’événements récents.

Vocabulaire

→ Cartes
  • MultilatéralismeAttitude d’un pays qui cherche à obtenir la coopération d’un maximum d’autres pays, qu’il traite comme des partenaires.
  • UnilatéralismeAttitude d’un pays qui agit sans chercher à obtenir l’assentiment ou la coopération des autres.
  • BilatéralismeCoopération directe entre deux pays, par traités séparés avec chaque partenaire plutôt que par un accord commun à tous.
  • ExtraterritorialitéStatut juridique soustrayant un lieu à l’application de la loi de l’État où il se trouve ; c’est celui du siège de l’ONU à Manhattan.
  • Point d’appuiSite situé hors du territoire national — base, port, installation — qui permet à une puissance de projeter et d’entretenir son action.
  • Monde multipolaireConfiguration internationale où plusieurs pôles de puissance coexistent et se superposent, sans domination exclusive d’un seul.
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Exemple corrigé

Plan de composition — une puissance encore sans partage ?

Composition : « Les États-Unis, une puissance encore sans partage dans un monde multipolaire ? » Construisez l’introduction et le plan détaillé, en veillant à traiter les trois jalons du programme et à éviter la vision partisane.

  1. 01Élaborer la problématique à partir de la tension du sujet

    Le sujet oppose deux termes : « sans partage » suppose l’exclusivité, « multipolaire » la suppose impossible. C’est là qu’est le problème. Formulez donc : les États-Unis conservent-ils une supériorité dans tous les registres de la puissance, alors même que d’autres pôles s’affirment dans chacun d’eux ? Annoncez que la réponse suppose de distinguer les registres plutôt que de trancher globalement.

  2. 02Localiser la puissance : elle a une adresse

    Traitez le premier jalon en géographe. Les lieux nommés par le programme — Hollywood à Los Angeles, le Massachusetts Institute of Technology près de Boston, le siège de l’ONU à Manhattan — matérialisent respectivement les puissances culturelle, scientifique et institutionnelle. Montrez la logique de leur localisation : métropolisation, littoralisation, position péricentrale. Concluez la partie sur l’idée que ces lieux sont exposés autant qu’occupés : les faire visiter, c’est déjà exercer une influence.

  3. 03Montrer que la méthode elle-même est un attribut

    Passez au deuxième jalon. Définissez multilatéralisme, unilatéralisme et bilatéralisme, puis montrez que l’attribut de puissance n’est aucune des trois attitudes mais la faculté d’en changer sans y être contraint. Appuyez-vous sur des moments datés : les quatorze points de 1918, la Charte de l’ONU de 1945, l’Alliance atlantique de 1949, l’intervention en Irak de 2003 sans mandat du Conseil de sécurité, le discours du Caire de 2009, l’investiture de 2017. Soulignez que chaque inflexion a des retombées sur toutes les autres puissances.

  4. 04Déployer les appuis extérieurs et les influences superposées

    Traitez le troisième jalon en deux temps. Les appuis d’abord : bases à l’étranger, présence navale, alliances, complexe militaro-industriel, diffusion culturelle et technologique. Les contre-influences ensuite, nommées et non évoquées : Bollywood et Nollywood face à Hollywood, K-pop et J-pop face aux productions musicales américaines, affirmation d’autres pôles. La conclusion de partie est la clef du sujet : il n’y a plus d’hégémonie culturelle exclusive, il y a superposition.

  5. 05Conclure sans prendre parti

    Répondez à la problématique en distinguant les registres : la supériorité militaire et financière reste sans équivalent, l’influence culturelle et technologique se partage désormais avec d’autres foyers. « Sans partage » ne convient plus comme description d’ensemble, « déclin » ne convient pas davantage. Ouvrez sur ce que le thème enseigne : aucune position ne se conserve sans être entretenue.

Résultat : Les États-Unis restent la seule puissance à agir dans les cinq champs du programme à l’échelle mondiale, et leur liberté de choisir entre unilatéralisme et multilatéralisme est en soi un attribut de puissance ; mais leurs aires d’influence se superposent désormais à d’autres, ce qui définit exactement un monde multipolaire — une supériorité maintenue, une exclusivité perdue.

Objectif Bac

  • Localiser les trois lieux nommés par le programme et dire ce que chacun incarne : Hollywood à Los Angeles (puissance culturelle), le Massachusetts Institute of Technology près de Boston (puissance scientifique), le siège de l’ONU à Manhattan (capacité de polarisation institutionnelle, avec statut extraterritorial).
  • Expliquer la logique de localisation de ces lieux : polarisation par les métropoles de rang international, concentration dans les régions littorales — Californie et mégalopole atlantique —, position péricentrale dans les grandes agglomérations.
  • Définir avec précision les trois attitudes du débat — multilatéralisme, unilatéralisme, bilatéralisme — dans les termes de la ressource d’accompagnement, et les présenter comme des méthodes, non comme des jugements de valeur.
  • Dater et attribuer les trois discours proposés pour l’étude du jalon : les quatorze points de Woodrow Wilson (8 janvier 1918), le discours du Caire de Barack Obama (4 juin 2009), le discours d’investiture de Donald Trump (20 janvier 2017).
  • Nuancer la puissance américaine par des contre-influences nommées, pas par une formule : Bollywood et Nollywood face à Hollywood, la K-pop et la J-pop face aux productions musicales américaines, et la superposition d’aires d’influence dans un monde multipolaire.

Erreurs fréquentes

  • Écrire que le siège de l’ONU n’est pas sur le territoire américain ; en réalité il se trouve à Manhattan, sur le sol des États-Unis, et bénéficie d’un statut extraterritorial — ce qui est justement ce qui en fait un lieu de puissance américaine, et non une exception à celle-ci.
  • Traiter l’unilatéralisme comme une faute morale et le multilatéralisme comme une vertu ; en réalité la ressource d’accompagnement les définit comme des attitudes de politique étrangère, et la puissance américaine se mesure précisément à la liberté de choisir entre les deux sans être contrainte.
  • Oublier le bilatéralisme ; en réalité la ressource le définit comme la troisième option — négocier des traités séparés plutôt qu’un accord commun — et l’ignorer prive l’analyse d’une nuance qui fait souvent la différence entre deux copies.
  • Transformer le jalon des lieux en énumération de villes ; en réalité l’attendu est d’expliquer pourquoi ces lieux sont là — métropolisation, littoralisation, position péricentrale — et ce que leur localisation apprend de l’organisation de la puissance.
  • Conclure que la multipolarité signifie le déclin des États-Unis ; en réalité la ressource demande de montrer une superposition d’influences et l’absence d’hégémonie culturelle exclusive, ce qui n’équivaut pas à un effacement, et rappelle que la vision partisane est le piège central de cet objet de travail conclusif.

Approfondissement

Un prolongement rarement mobilisé et pourtant décisif : la puissance américaine est aussi une puissance de la norme. Fixer un standard technique, un format de données, une règle comptable ou une monnaie de facturation, c’est obliger les autres acteurs à jouer sur un terrain qu’on a dessiné. Cette dimension explique pourquoi le siège de l’ONU à Manhattan compte davantage qu’un simple bâtiment, pourquoi le Massachusetts Institute of Technology pèse au-delà de ses laboratoires, et pourquoi une contre-influence culturelle — Bollywood, la K-pop — ne suffit pas à équilibrer la relation tant que le cadre juridique et technique reste inchangé. Une copie qui pose cette question dépasse la simple énumération des registres.

§ 04

Révision active

Réalisez un croquis de synthèse intitulé « Points d’appui et zones d’influence des États-Unis dans un monde multipolaire », avec une légende construite en trois entrées hiérarchisées et titrées. Faites figurer au minimum : les grands foyers de la puissance sur le territoire national, les principaux appuis extérieurs (bases, alliances, présence navale), les aires de diffusion culturelle et technologique, et au moins deux foyers de contre-influence. Rédigez ensuite, sous le croquis, les trois sous-titres de légende sous forme de phrases argumentées et non de mots isolés.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 2 « Analyser les dynamiques des puissances internationales » (septembre 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Marie-Christine Doceul, « Visites virtuelles de quelques lieux de la puissance américaine » (7 juillet 2015) (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)

§ 05
§ 05

Méthode — Mobiliser la grille de la puissance à l’écrit, au second groupe et au Grand oral#

~12 min de lecture●●●ApprofondissementBOHGGSP-1re-T2-Axe1-Essor et déclin des puissances : un regard historiqueBOHGGSP-1re-T2-Axe2-Formes indirectes de la puissance : une approche géopolitiqueBOHGGSP-1re-T2-OTC-La puissance des États-Unis aujourd’hui

Points clés

Ce thème appartient au programme de première, et la règle qui le relie à l’examen mérite d’être citée exactement, parce qu’elle est souvent déformée. La définition de l’épreuve, dans sa version consolidée de mai 2024, dit que l’épreuve porte sur le programme de terminale, que les notions rencontrées en première mais non approfondies en terminale doivent être connues et mobilisables, et qu’elles ne peuvent cependant pas constituer un ressort essentiel du sujet. Traduction pratique : personne ne vous demandera de composer sur l’empire ottoman, mais la grille forgée ici sert sur les six thèmes de terminale, et le programme précise que chaque thème, chaque axe, chaque objet de travail conclusif comme chaque jalon peut servir de support au projet présenté lors du Grand oral.
Connaître le format de l’écrit change la façon de travailler (voir Fig. 9). L’épreuve dure quatre heures, pour un coefficient 16, et se compose de deux exercices notés chacun sur 10 points. Le premier est une dissertation, avec un choix entre deux sujets portant chacun sur un thème distinct du programme. Le second est une étude critique d’un ou deux documents, portant sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation. Cette architecture a une conséquence directe : trois thèmes différents sont sollicités dans une même copie, et l’impasse sur un thème coûte davantage qu’on ne le croit.

L’épreuve écrite de spécialité, dans le texte

Structure de l’épreuve écriteArbre de probabilité, 5 chemins, Données: Dissertation — 10 points → deux sujets au choix; Dissertation — 10 points → sur deux thèmes distincts; Dissertation — 10 points → croquis ou schéma valorisé; Étude critique — 10 points → un ou deux documents; Étude critique — 10 points → sur un troisième thèmeDissertation — 10 pointsÉtude critique — 10 pointsÉpreuve écrite : 4 h, coefficient 16deux sujets au choixsur deux thèmes distinctscroquis ou schéma valoriséun ou deux documentssur un troisième thème
Fig. 9Deux exercices, deux fois 10 points, trois thèmes différents sollicités — et une production graphique qui ne peut que rapporter.
Fig. 9 ↓
Un fait d’épreuve mérite d’être encadré, parce qu’il est absent de presque toutes les fiches de révision. La définition indique que la réalisation d’une illustration en appui du propos — croquis, schéma ou autre — amènera une valorisation de la note, qu’un fond de carte pourra être fourni si cela est adapté au sujet, et que cette production graphique n’a aucun caractère obligatoire, son absence ne pouvant en aucune manière pénaliser le candidat. C’est donc un gain sans risque, et le seul point du barème qu’on peut décider d’aller chercher. Pour les candidats présentant un trouble moteur ou visuel, le texte prévoit qu’il est possible de ne bâtir qu’une légende détaillée, en indiquant les éléments qui auraient figuré sur la partie graphique.
L’épreuve orale de contrôle, au second groupe, obéit à des règles précises qu’il vaut mieux découvrir avant le jour même. Vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve. Le programme est identique à celui de l’écrit. Le candidat tire au sort un sujet comportant deux questions de cours au choix : ces questions sont problématisées, elles ne reprennent pas le libellé du programme, et les deux ne portent jamais sur la même partie du programme de terminale. Le candidat présente sa réponse construite pendant dix minutes, puis répond pendant dix minutes aux questions du jury. Une réponse orale de dix minutes tient en trois moments, ce qui suppose de s’être entraîné à parler d’une notion sans support.
Vient alors la grille elle-même, celle que ce thème fournit et que l’on applique à n’importe quel acteur rencontré en terminale (voir Fig. 10). Premier temps, les fondements : parcourez les cinq champs du programme — diplomatique, militaire, culturel, économique, financier — et notez pour chacun un attribut concret. Ce simple balayage évite l’erreur la plus fréquente, qui consiste à ne traiter qu’un registre. Deuxième temps, les formes : pour chaque attribut, demandez-vous s’il agit par contrainte ou par attraction, et si l’acteur combine les deux. Troisième temps, les dynamiques : depuis quand cette position est-elle tenue, et par quels facteurs a-t-elle été acquise ou fragilisée ?

La grille de la puissance en cinq temps

Analyser une puissanceGraphe, Le sujet → Fondements, Fondements → Formes, Formes → Dynamiques, Dynamiques → Échelles, Échelles → LimitesLe sujetFondementsFormesDynamiquesÉchellesLimitessur quoi ?par quelsmoyens ?depuis quand ?à quelleséchelles ?contesté parqui ?
Fig. 10Chaque flèche porte la question à poser ; la dernière étape est celle que les copies sautent, et c’est celle qui les distingue.
Fig. 10 ↓
Les deux derniers temps sont ceux qui font les copies solides. Quatrième temps, les échelles et les acteurs : une puissance ne s’exerce pas partout de la même manière, et l’analyse multiscalaire — voisinage, région, monde — révèle des dissymétries que le discours d’ensemble masque. Y ajouter les acteurs non étatiques, firmes, organisations internationales, réseaux, permet de ne pas croire que tout se joue entre États. Cinquième temps, les limites : rivalités, résistances au modèle proposé, surextension, dépendances, fragilités intérieures. La ressource d’accompagnement en fait le piège le plus constant du thème — évoquer une puissance sans relativiser ses résultats, ou pire, adopter une vision partisane.
Cette grille se convertit directement en méthode d’épreuve. Pour une dissertation, elle fournit les matériaux d’un plan, jamais le plan lui-même : un plan qui reprendrait les cinq temps dans l’ordre serait un catalogue, et l’attendu est un texte pertinent comportant une introduction qui dégage les enjeux et énonce une problématique, plusieurs parties structurées et une conclusion qui répond. Utilisez donc la grille au brouillon, puis reconstruisez un cheminement argumentatif. Pour une étude critique de documents, elle fournit les questions à poser au document : quels fondements de puissance révèle-t-il, quelle forme, quelle dynamique, quelles échelles, quelles limites tait-il ? Le texte de l’épreuve demande explicitement un recul critique en réponse à la problématique, appuyé à la fois sur le contenu du document et sur les connaissances personnelles.
Deux gestes complètent l’entraînement. Le premier est la production graphique : entraînez-vous à convertir une partie de dissertation en croquis ou en schéma dont la légende est ordonnée et titrée par des phrases, non par des mots isolés. Un schéma sur les cinq champs de la puissance, un croquis sur une aire d’influence : deux modèles suffisent, et ils se réemploient. Le second est l’oral : prenez un acteur, appliquez-lui les cinq temps de la grille à voix haute en dix minutes, sans notes. C’est exactement le format du second groupe, et c’est aussi la meilleure préparation à un projet de Grand oral adossé à ce thème — dont le coefficient est de 10 pour la session 2026 et de 8 à compter de la session 2027.

Vocabulaire

→ Cartes
  • ProblématiqueQuestion que le devoir se pose à lui-même et à laquelle la conclusion répond ; elle dégage les enjeux du sujet et donne son fil conducteur au développement.
  • Étude critique de documentExercice consistant à sélectionner, hiérarchiser et expliciter les informations d’un ou deux documents, puis à en prendre un recul critique en réponse à une problématique.
  • Production graphiqueCroquis ou schéma joint à la copie en appui du propos ; il valorise la note, n’a aucun caractère obligatoire et son absence ne peut pas pénaliser le candidat.
  • Analyse multiscalaireAnalyse qui fait varier volontairement l’échelle d’observation — locale, régionale, mondiale — pour faire apparaître des logiques que l’échelle unique masque.
  • JalonÉtude de cas imposée par le programme à l’intérieur d’un axe ou d’un objet de travail conclusif ; elle doit toujours être reliée à l’axe et au thème.
  • Épreuve orale de contrôleÉpreuve du second groupe : vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve, deux questions de cours problématisées au choix portant sur des parties différentes du programme.
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Exemple corrigé

Étude critique guidée — un discours d’inauguration portuaire

Étude critique d’un document. Document : allocution prononcée par un ministre lors de l’inauguration d’un terminal portuaire financé par un partenaire étranger, dont voici la substance, rédigée ici en résumé. L’orateur remercie « l’ami qui a cru en nous quand personne d’autre n’y croyait », annonce que le terminal doublera le trafic de conteneurs et créera des emplois, affirme que le financement a été obtenu « à des conditions que nul autre bailleur ne proposait », rappelle que la concession d’exploitation court sur plusieurs décennies, et conclut que le pays « entre enfin dans les grands courants du monde ». Consigne : montrez ce que ce discours révèle des formes indirectes de la puissance, et ce qu’il dissimule.

  1. 01Identifier la nature, l’auteur et la destination du document

    C’est une allocution officielle, donc un acte de communication politique et non un compte rendu. L’auteur est un membre du gouvernement du pays hôte, pas le financeur : le document dit ce que l’État receveur veut faire entendre à sa propre opinion. Cette dissymétrie est le premier acquis de l’analyse, et elle doit apparaître dès l’introduction.

  2. 02Relever ce que le texte donne à voir

    Hiérarchisez trois informations. La logique d’infrastructure : un terminal, un trafic annoncé, des emplois — la puissance passe ici par l’équipement. La logique financière : un prêt obtenu à des conditions introuvables ailleurs, ce qui indique un financeur qui accepte un risque que d’autres refusent. La logique de durée : une concession de plusieurs décennies, c’est-à-dire un transfert de gestion, non un simple chantier.

  3. 03Mobiliser les connaissances pour nommer le mécanisme

    Ce que le discours décrit sans le nommer, le cours le nomme. Les infrastructures de transport confèrent un pouvoir de gestion et de contrôle sur les réseaux, et favorisent indirectement l’emprise politique sur les territoires desservis. La combinaison prêt-concession est précisément ce que la littérature appelle le « piège de la dette », dont le port de Hambantota au Sri Lanka, cédé pour quatre-vingt-dix-neuf ans à la fin de 2017, est l’exemple canonique.

  4. 04Exercer le recul critique sur les silences

    Trois silences sont analysables. Le document ne dit rien du coût du service de la dette ni de ce qui se produit en cas de défaut. Il ne dit rien de l’usage possible du terminal par la marine du financeur, alors que la question des points d’appui militaires se pose sur ce type de site. Il ne dit rien enfin de l’effet sur les concurrents régionaux, alors que ces projets suscitent des projets alternatifs et des tensions. Un silence n’est pas une preuve, mais il est une piste qu’il faut savoir désigner comme telle.

  5. 05Répondre à la problématique

    Refermez sur la question posée : le document révèle une forme indirecte de puissance en action — le financement et la gestion d’une infrastructure — et il en révèle même le mode d’acceptation, puisque c’est le receveur lui-même qui la présente comme une chance. Il dissimule la contrepartie, c’est-à-dire la durée de la dépendance créée. Rappelez que cette forme de puissance ne suffit pas à elle seule : elle produit aussi de la méfiance, et donc une perte d’image pour son émetteur.

Résultat : Le discours est une preuve de première main de l’efficacité d’une forme indirecte de puissance — l’infrastructure financée est reçue comme un don et proclamée comme une victoire nationale — et, par ses silences sur le service de la dette, sur l’usage stratégique du site et sur les tensions régionales, il montre exactement où l’analyse doit chercher les limites de cette puissance.

Objectif Bac

  • Citer exactement la règle de programme : les notions rencontrées en première mais non approfondies en terminale doivent être connues et mobilisables, mais elles ne peuvent pas constituer un ressort essentiel du sujet.
  • Restituer l’architecture de l’écrit sans approximation : quatre heures, coefficient 16, deux exercices notés chacun sur 10 points — une dissertation avec choix entre deux sujets portant sur des thèmes distincts, et une étude critique d’un ou deux documents portant sur un troisième thème.
  • Décider d’aller chercher la production graphique : une illustration en appui du propos amène une valorisation de la note, un fond de carte peut être fourni, et son absence ne peut en aucune manière pénaliser le candidat.
  • Connaître le format du second groupe : vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve, un sujet tiré au sort comportant deux questions de cours problématisées au choix, portant sur des parties différentes du programme, puis dix minutes d’exposé et dix minutes d’échange.
  • Appliquer la grille en cinq temps à un acteur imposé — fondements, formes, dynamiques, échelles et acteurs, limites — et terminer systématiquement par les limites, que la ressource d’accompagnement désigne comme l’oubli le plus constant.

Erreurs fréquentes

  • Croire qu’un thème de première ne sert à rien pour l’examen ; en réalité le texte en vigueur demande que ces notions soient connues et mobilisables, et le programme précise que chaque thème, axe, objet de travail conclusif et jalon peut servir de support au projet du Grand oral.
  • Préparer un seul exercice en pensant qu’on choisira ; en réalité le choix ne porte que sur les deux sujets de dissertation, et l’étude critique de documents porte sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux — les deux exercices sont donc obligatoires et pèsent 10 points chacun.
  • Renoncer au croquis par crainte de mal le réussir ; en réalité la définition de l’épreuve précise que la production graphique valorise la note et que son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat : ne rien tenter est le seul choix qui ne rapporte rien.
  • Dérouler les cinq temps de la grille comme plan de dissertation ; en réalité la grille est un outil de brouillon, et l’épreuve attend un texte problématisé dont les parties répondent à une question, non un inventaire ordonné de rubriques.
  • Terminer une analyse de puissance par une phrase de nuance passe-partout ; en réalité les limites forment une partie à part entière, appuyée sur des faits nommés — concurrents identifiés, dépendances mesurées, résistances datées — comme le montrent le bilan critique exigé pour la Russie et l’avertissement contre la vision partisane pour les États-Unis.

Approfondissement

Une remarque de méthode qui vaut pour toute la terminale. La grille en cinq temps est un instrument de brouillon, et le meilleur usage qu’on en fasse consiste à la parcourir puis à la ranger. Une copie qui laisse voir la grille — cinq parties, cinq rubriques — signale qu’elle a classé sans penser. Une copie qui l’a utilisée sans la montrer construit un cheminement dans lequel la question des limites n’arrive pas en dernier par convention, mais parce que les trois parties précédentes l’ont rendue inévitable. C’est la différence entre une réponse ordonnée et une réponse argumentée, et c’est ce que la définition de l’épreuve appelle « faire preuve de capacités de réflexion en les étayant sur des connaissances ».

§ 05

Révision active

Transformez trois libellés bruts en sujets problématisés, puis justifiez chaque transformation en deux lignes. Libellé 1 : « la langue française dans le monde ». Libellé 2 : « les infrastructures de transport chinoises ». Libellé 3 : « les bases militaires américaines ». Pour chacun, écrivez la question que vous poseriez en introduction, indiquez à quelle partie du programme de terminale vous la rattacheriez, et précisez quelle production graphique vous joindriez. Aucune des trois questions ne doit pouvoir recevoir une réponse par oui ou par non.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 2 « Analyser les dynamiques des puissances internationales » (septembre 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Baccalauréat général — définition de l’épreuve terminale de l’enseignement de spécialité HGGSP, version consolidée de mai 2024 (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Introduction — Les caractéristiques, les fondements et les manifestations de la puissance○
    • 02Axe 1 — Essor et déclin des puissances : un regard historique◐
    • 03Axe 2 — Formes indirectes de la puissance : une approche géopolitique◐
    • 04Objet de travail conclusif — La puissance des États-Unis aujourd’hui●
    • 05Méthode — Mobiliser la grille de la puissance à l’écrit, au second groupe et au Grand oral●

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Analyser les dynamiques des puissances internationales

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~62
min
5
Compétences
50
questions
S'entraîner
Planifier une révision

Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol

  • Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019)
  • Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 2 « Analyser les dynamiques des puissances internationales » (septembre 2019)
  • Baccalauréat général — définition de l’épreuve terminale de l’enseignement de spécialité HGGSP, version consolidée de mai 2024

Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO

  • Glossaire de la géographie — entrée « Puissance » (mise à jour d’octobre 2025)
  • Clara Loïzzo, « La Russie, puissance arctique contrariée » (18 février 2025)
  • Nashidil Rouiaï, « Sur les routes de l’influence : forces et faiblesses du soft power chinois » (14 septembre 2018)
  • Marie-Christine Doceul, « Visites virtuelles de quelques lieux de la puissance américaine » (7 juillet 2015)

Voir aussi

  • Comprendre un régime politique : la démocratieLe thème de première jumeau : les régimes politiques dont la puissance est l’autre face.
  • De nouveaux espaces de conquêteOcéan et espace sont les terrains où la grille hard power / soft power se vérifie aujourd’hui.
  • L’enjeu de la connaissanceUniversités, brevets et géants du numérique : les formes indirectes de la puissance y deviennent un thème à part entière.

Chapitre précédent

Comprendre un régime politique : la démocratie

Chapitre suivant

De nouveaux espaces de conquête

EuraStudy·Fiches T·02·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.