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Fiches/HGGSP — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques/Comprendre un régime politique : la démocratie
FR · Bac

Comprendre un régime politique : la démocratie

Thème 1 du programme de première (arrêté du 17 janvier 2019, 24-25 heures) : on y apprend à caractériser un régime politique en partant de celui dans lequel on vit, à opposer démocratie directe et démocratie représentative, à mesurer les avancées et les reculs des démocraties, puis à éprouver ces notions sur un objet inédit, l’Union européenne — un socle que l’écrit de terminale suppose « connu et mobilisable », sans qu’il puisse constituer « un ressort essentiel du sujet » (note de service du 26-9-2023), et sur lequel un projet de Grand oral se bâtit très bien.

5 sections·~59 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0111 / 8
Profil d’examen
Caractériser un régime politique à partir de critères explicites — souveraineté du peuple, élections libres et régulières où s’affrontent plusieurs forces, séparation des pouvoirs, État de droit, pluralisme — et confronter la formule constitutionnelle d’un pays à sa réalité institutionnelle.Distinguer démocratie directe, démocratie représentative et démocratie semi-directe, et savoir ce que Benjamin Constant met en jeu en 1819 quand il oppose la « liberté des Anciens » à la « liberté des Modernes ».Analyser les avancées et les reculs des démocraties à partir des trois jalons de l’axe 2 : l’inquiétude de Tocqueville, la fin de la démocratie chilienne entre 1970 et 1973, les transitions portugaise et espagnole de 1974 à 1982.Décrire le fonctionnement démocratique d’une union d’États, l’Union européenne, en distinguant légitimité représentative directe et légitimité déléguée, et discuter la thèse du « déficit démocratique » au lieu de la répéter.Réinvestir ce socle en terminale : mobiliser ces notions dans une dissertation ou une étude critique portant sur un thème de terminale, et en faire, le cas échéant, l’appui d’un projet de Grand oral.
Opérateurs :définircaractériserdistinguercontextualiserproblématiseranalyserconfronterargumenternuancerse documenter

niveau de base

Situez d’abord le thème : il appartient au programme de première, et le texte qui régit l’épreuve écrite de terminale dit que les notions rencontrées en première « doivent être connues et mobilisables », sans pouvoir constituer « un ressort essentiel du sujet ». Autrement dit : on ne vous donnera pas un sujet de dissertation sur Athènes ou sur Tocqueville, mais on attend de vous que le vocabulaire du thème serve dès que vous parlez d’un régime. Maîtrisez donc, en priorité, la grille de caractérisation (souveraineté du peuple, élections libres, séparation des pouvoirs, État de droit, pluralisme) et les repères sûrs des jalons : la participation citoyenne à Athènes au Ve siècle av. J.-C. (Ecclésia, Boulè, tirage au sort, isonomie), le discours de Benjamin Constant de 1819, l’inquiétude de Tocqueville dans « De la démocratie en Amérique » (1835 et 1840), le coup d’État chilien du 11 septembre 1973, la révolution portugaise du 25 avril 1974 et la Constitution espagnole de 1978, enfin les quatre institutions décisionnelles de l’Union européenne.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, tenez ensemble les trois gestes du thème et refusez le récit linéaire. Premier geste : penser la démocratie, c’est-à-dire arbitrer entre participation et représentation — la ressource officielle rappelle que Constant lui-même conclut à un équilibre, et que Moses I. Finley, en 1973, relativise sa dichotomie en montrant qu’Athènes connaissait aussi une protection par le droit. Deuxième geste : mesurer les avancées et les reculs sans téléologie — la même ressource met en garde contre l’idée que la séquence chilienne ouverte en 1970 « ne pouvait que » conduire au putsch, et Sophie Baby a montré que la transition espagnole dite pacifique fut traversée de violences. Troisième geste : éprouver le tout à l’échelle supranationale, en refusant de voir dans l’Union européenne une « forme achevée » de la démocratie : c’est un laboratoire, avec deux légitimités superposées et une contestation qui a ses arguments et ses limites. Le fil : un régime démocratique n’est jamais acquis ; il se construit, se défend, peut reculer, et parfois se reconquiert.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Comprendre un régime politique : la démocratie
    • 01Introduction — La démocratie, les démocraties : quelles caractéristiques aujourd’hui ?○
    • 02Axe 1 — Penser la démocratie : démocratie directe et démocratie représentative◐
    • 03Axe 2 — Avancées et reculs des démocraties◐
    • 04Objet de travail conclusif — L’Union européenne et la démocratie●
    • 05Méthode — Dissertation, étude critique de document et Grand oral◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Introduction — La démocratie, les démocraties : quelles caractéristiques aujourd’hui ?#

~11 min de lecture●○○BaseBOHGGSP-1re-T1-Intro-la démocratie, les démocraties : quelles caractéristiques aujourd’hui ?BOHGGSP-1re-T1-Intro-Mise en lumière des caractéristiques communes aux démocraties à partir d’exemples (libertés, institutions représentatives, alternances politiques…).BOHGGSP-1re-T1-Intro-Comparaison entre démocraties et régimes autoritaires à partir d’exemples.

Points clés

La démocratie est le mot le plus invoqué du discours politique contemporain, et c’est précisément ce qui le rend fragile : presque tous les régimes s’en réclament. L’introduction du thème sert donc à remplacer une intuition par une définition opérante, capable de trier. Elle part d’une question simple, celle que propose la ressource d’accompagnement : qui détient le pouvoir, et qui gouverne le pays ?
Commençons par les mots. Dêmos, le peuple ; kratos, le pouvoir : la démocratie est littéralement le pouvoir du peuple. Un régime politique, lui, désigne l’ensemble organisé des institutions et des règles par lesquelles le pouvoir est conquis, exercé et transmis dans un État — qui décide, selon quelles procédures, sous quels contrôles. Croiser les deux donne une définition de travail que la ressource officielle formule en trois traits : la souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens ; ceux-ci l’exercent lors de consultations électorales libres, revenant à intervalles réguliers, où s’affrontent plusieurs forces politiques ; et ils l’exercent soit en désignant des représentants, soit en participant directement à la décision publique, par référendum. Retenez les trois : un régime qui ne coche que le premier trait n’est pas une démocratie, il en emprunte seulement le vocabulaire.
Deuxième précaution, plus utile encore le jour de l’épreuve : un texte ne suffit pas. L’article premier de la Constitution française du 4 octobre 1958 affirme que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » ; son article 2 pose que « son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Mais l’article premier de la Constitution de la République populaire de Chine décrit également un État de « dictature démocratique populaire », et celui de la Fédération de Russie parle d’un « État démocratique, fédéral, un État de droit ». La ressource d’accompagnement propose exactement ce jeu de citations pour obliger l’élève à confronter la formule à la réalité institutionnelle et politique du pays. Le critère n’est donc jamais l’adjectif : ce sont les garanties effectives, celles que la planche des cercles emboîtés met en ordre (voir Fig. 1).

Les quatre garanties, du cœur vers la périphérie

Ce qui fait tenir une démocratiecercles concentriques, 4 anneaux, Données: Vote, Élections libres, Séparation des pouvoirs, État de droit, PluralismePluralismeÉtat de droitSéparation des pouvoirsÉlections libresVote
Fig. 1Une démocratie ne tient pas par son seul scrutin : autour du vote s’emboîtent des élections réellement concurrentielles, la séparation des pouvoirs, l’État de droit et le pluralisme. Retirez un cercle et le régime change de nature.
Fig. 1 ↓
Ces garanties se laissent ordonner en quatre cercles, du cœur vers la périphérie. Au centre, la souveraineté du peuple : le pouvoir n’a pas d’autre source légitime, ce que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce dès son article 3 — « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». Autour, les élections libres, secrètes, régulières et disputées, qui rendent possible l’alternance ; sans concurrence réelle, un scrutin ne mesure rien. Autour encore, la séparation des pouvoirs, formulée par Montesquieu dans « De l’esprit des lois » (1748) — « il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » — et l’État de droit, qui soumet les gouvernants eux-mêmes à la règle. L’article 16 de la Déclaration de 1789 fond les deux en une phrase : « toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Enfin, le pluralisme : plusieurs partis, plusieurs médias, un débat contradictoire organisé.
La comparaison avec les régimes autoritaires, second item de l’introduction, gagne à être menée sans caricature. La ressource officielle insiste sur un cas intermédiaire que les fiches oublient : certains régimes autoritaires sont mixtes, en ce qu’ils recherchent le soutien populaire par des élections et des plébiscites tout en restreignant les libertés publiques. On y vote, mais l’opposition n’a pas accès aux médias, les candidatures sont filtrées, la presse est surveillée : le premier cercle est peint, les trois autres sont vides. Le régime totalitaire est encore autre chose — un projet de contrôle de la société entière, du travail aux loisirs, par un parti unique et une idéologie officielle. Autoritaire et totalitaire ne sont donc pas des synonymes gradués : ce sont deux ambitions différentes, et le programme, lui, ne demande la comparaison qu’avec les régimes autoritaires.
La définition retenue entraîne aussitôt la distinction qui structure l’axe 1. Démocratie directe : les citoyens délibèrent et décident eux-mêmes, sans intermédiaire. Démocratie représentative : ils élisent des représentants qui décident en leur nom. Démocratie semi-directe : la représentation est tempérée par des procédures de participation directe. La France relève de ce dernier cas, et sa Constitution le dit à l’article 3 : « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »
Reste une évidence qu’il faut historiciser : le peuple souverain n’a jamais été un ensemble stable. En France, la Constitution du 3 septembre 1791 réserve le vote aux « citoyens actifs », ceux qui acquittent un cens ; le décret du 5 mars 1848 instaure le suffrage universel masculin ; l’ordonnance du 21 avril 1944 rend les femmes électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes, droit exercé pour la première fois aux municipales d’avril 1945 ; la loi du 5 juillet 1974 abaisse la majorité à dix-huit ans ; le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992, institue une citoyenneté européenne qui ouvre aux ressortissants d’un autre État membre le vote aux élections municipales et européennes de leur pays de résidence. Cinq paliers, deux siècles : la frise les met bout à bout (voir Fig. 2).

Qui vote en France, de 1791 à 1992

L’élargissement du corps électoral en FranceFrise chronologique de 1780 à 2010, 1791: Cens, 1848: Hommes, 1944: Femmes, 1974: 18 ans, 1992: Citoyens UE17802010Année1791Cens1848Hommes1944Femmes197418 ans1992Citoyens UE
Fig. 2Cinq paliers d’élargissement du corps électoral : le cens de 1791, le suffrage universel masculin de 1848, le droit de vote des femmes en 1944 (marqué en plein), la majorité à dix-huit ans en 1974, la citoyenneté européenne de 1992.
Fig. 2 ↓
De là le fil conducteur du thème entier. Si le corps des citoyens s’élargit, la démocratie progresse ; si les garanties se vident, elle recule — parfois brutalement, comme au Chili en 1973, parfois par usure. Et un recul n’est pas définitif : le Portugal et l’Espagne l’ont montré entre 1974 et 1982. C’est cette réversibilité, et non une marche continue vers le mieux, que les deux axes vont documenter.

Vocabulaire

→ Cartes
  • régime politiqueEnsemble organisé des institutions et des règles par lesquelles le pouvoir est conquis, exercé et transmis dans un État.
  • souveraineté du peuplePrincipe selon lequel le pouvoir n’a d’autre source légitime que l’ensemble des citoyens ; en France, article 3 de la Déclaration de 1789 et article 3 de la Constitution de 1958.
  • État de droitSituation dans laquelle les gouvernants eux-mêmes sont soumis à des règles de droit, contrôlées par des juges indépendants, et où les libertés fondamentales sont garanties.
  • pluralismeExistence reconnue et protégée de plusieurs partis, opinions et médias concurrents, condition d’un débat contradictoire et d’une alternance possible.
  • régime autoritaire mixteRégime qui recherche le soutien populaire par des élections ou des plébiscites tout en restreignant les libertés publiques et la compétition politique réelle.
  • alternance politiquePassage effectif du pouvoir d’une majorité à une autre à la suite d’un scrutin ; indice décisif du caractère réellement démocratique d’un régime.
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Exemple corrigé

Étude critique — un article premier suffit-il à qualifier un régime ?

Document (rédigé pour l’exercice, à partir de la démarche proposée par la ressource d’accompagnement) : « Article premier. La République de Sylvanie est un État démocratique et social, fondé sur la souveraineté du peuple. » Notice jointe : la Sylvanie organise une élection présidentielle tous les six ans ; le président sortant a obtenu 87 % des voix au premier tour ; les deux principales chaînes de télévision appartiennent à l’État ; les juges de la cour suprême sont nommés et révoqués par le chef de l’État ; deux partis d’opposition ont vu leurs listes invalidées avant le scrutin. Consigne : à partir du document et de vos connaissances, montrez que le texte constitutionnel ne suffit pas à qualifier ce régime.

  1. 01Présenter le document et poser la problématique

    Il s’agit d’un article de constitution, texte normatif de valeur suprême, accompagné d’une notice décrivant des pratiques. La juxtaposition est l’intérêt même du sujet : elle oppose la norme proclamée à son application. Problématique : que faut-il examiner, au-delà de l’autoproclamation constitutionnelle, pour caractériser un régime politique ?

  2. 02Lire le texte pour lui-même

    L’article premier coche le premier critère de notre définition : il fonde le pouvoir sur la souveraineté du peuple. Il faut le dire, et le dire d’abord — une étude critique qui commence par dénoncer le document sans l’avoir lu perd les points de compréhension. La ressource d’accompagnement rappelle d’ailleurs que plusieurs États non démocratiques se déclarent démocratiques dans leur article premier.

  3. 03Confronter chaque garantie à la notice

    Élections : elles ont lieu, mais les listes d’opposition sont invalidées et le score de 87 % signale l’absence de concurrence — le deuxième critère tombe. Séparation des pouvoirs : des juges suprêmes nommés et révocables par l’exécutif ne contrôlent personne — l’État de droit tombe. Pluralisme : deux chaînes publiques dominantes et une opposition écartée ne laissent pas de débat contradictoire. Trois des quatre cercles de la Fig. 1 sont vides.

  4. 04Nommer le régime avec le mot juste

    Le cas ne relève ni de la démocratie ni du totalitarisme : rien n’indique un parti unique encadrant la société entière. Il correspond au régime autoritaire mixte décrit par la ressource officielle — la quête d’un soutien populaire par les urnes, jointe à la restriction des libertés publiques. Le nommer précisément vaut mieux que l’insulte « dictature ».

  5. 05Prendre du recul et conclure

    Limite du document : un article de constitution et une notice ne disent rien de la société civile, des contre-pouvoirs locaux ou de l’évolution du régime dans le temps ; une étude complète demanderait des sources d’observation électorale et des données sur la liberté de la presse. Portée : l’exercice montre que la qualification d’un régime est une opération de comparaison, non de lecture.

Résultat : La Sylvanie est un régime autoritaire à façade électorale : elle satisfait le premier critère de la définition et aucun des trois autres — ce qui signifie qu’en histoire-géopolitique, la nature d’un régime se lit dans ses garanties effectives, jamais dans l’adjectif que sa constitution s’attribue.

Objectif Bac

  • Définir la démocratie en une phrase opératoire à trois critères — souveraineté de l’ensemble des citoyens, élections libres et régulières où s’affrontent plusieurs forces, exercice par des représentants ou par participation directe — et l’écrire telle quelle en introduction de copie.
  • Distinguer, en deux lignes chacune, démocratie directe, démocratie représentative et démocratie semi-directe, et rattacher la France à la troisième en citant l’article 3 de la Constitution de 1958.
  • Citer de mémoire un texte à l’appui de chaque garantie : article 3 de la Déclaration de 1789 pour la souveraineté, article 16 pour la séparation des pouvoirs et la garantie des droits, article 2 de la Constitution de 1958 pour le principe démocratique.
  • Caractériser un régime autoritaire « mixte » à partir d’un exemple : montrer qu’il organise des élections ou des plébiscites tout en restreignant les libertés publiques, et en déduire que la tenue d’un scrutin ne prouve rien à elle seule.
  • Dater trois élargissements du corps électoral en France — 1848 pour le suffrage universel masculin, 1944 pour le droit de vote des femmes, 1974 pour la majorité à dix-huit ans — et en faire l’argument que la démocratie est une construction historique.

Erreurs fréquentes

  • Écarter ce thème de ses révisions parce qu’il relève du programme de première, et n’en garder que des bribes ; en réalité le texte qui définit l’épreuve écrite de terminale dit que les notions de première « doivent être connues et mobilisables », et exclut seulement qu’elles constituent « un ressort essentiel du sujet ».
  • Traiter comme une preuve l’adjectif « démocratique » lu dans l’article premier d’une constitution ; en réalité la Chine et la Russie l’emploient aussi, et la ressource d’accompagnement fournit précisément ces citations pour obliger à confronter la formule à la réalité institutionnelle du pays.
  • Réduire la démocratie au vote et à la règle de la majorité ; en réalité un scrutin sans séparation des pouvoirs, sans État de droit et sans pluralisme laisse une majorité élue opprimer légalement, ce que l’article 16 de la Déclaration de 1789 refuse d’appeler une Constitution.
  • Employer « autoritaire » et « totalitaire » comme deux intensités du même régime ; en réalité l’autoritarisme confisque la compétition politique en laissant subsister une société privée, tandis que le totalitarisme prétend encadrer la société entière par un parti unique et une idéologie officielle — et le programme ne demande la comparaison qu’avec les régimes autoritaires.
  • Dater de 1945 le droit de vote des femmes en France ; en réalité c’est l’ordonnance du 21 avril 1944 qui les rend électrices et éligibles, 1945 étant l’année du premier scrutin où elles votent, aux élections municipales d’avril.

§ 01

Révision active

On vous soumet deux États : l’un organise des élections tous les cinq ans, dispose d’un parlement élu et d’une presse contrôlée par le pouvoir ; l’autre n’a pas connu d’élection depuis dix ans mais garantit une justice indépendante et une presse libre. Construisez une grille de quatre critères, appliquez-la aux deux cas, puis rédigez le paragraphe qui explique pourquoi aucun des deux ne peut être qualifié de démocratie — et formulez, en une phrase, la problématique d’un devoir intitulé « Suffit-il de voter pour être en démocratie ? ».

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 1 « Comprendre un régime politique : la démocratie » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Texte intégral de la Constitution du 4 octobre 1958 en vigueur (Conseil constitutionnel)

§ 02
§ 02

Axe 1 — Penser la démocratie : démocratie directe et démocratie représentative#

~12 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-1re-T1-Axe1-Penser la démocratie : démocratie directe et démocratie représentativeBOHGGSP-1re-T1-Axe1-Une démocratie directe mais limitée : être citoyen à Athènes au Ve siècle.BOHGGSP-1re-T1-Axe1-Participer ou être représenté : Benjamin Constant, « liberté des Anciens, liberté des Modernes ».

Points clés

La question de l’axe tient en cinq mots : participer, ou être représenté ? La ressource d’accompagnement la formule ainsi — quels sont les enjeux du débat entre démocratie directe et démocratie représentative ? Deux jalons y répondent, séparés par vingt-quatre siècles : la cité athénienne du Ve siècle avant notre ère, et le discours que Benjamin Constant prononce en 1819.
Athènes d’abord. Le pouvoir y circule entre quatre organes que la planche du circuit met en relation (voir Fig. 3). L’Ecclésia, l’assemblée de tous les citoyens réunie sur la Pnyx, vote les lois et les décrets ; la Boulè, conseil de cinq cents membres tirés au sort, prépare ses délibérations ; l’Héliée, tribunal populaire dont les jurés sont eux aussi tirés au sort, juge ; les magistratures sont, pour l’essentiel, attribuées par le sort et pour un an. Une exception compte : les dix stratèges sont élus et rééligibles, et c’est par cette charge que Périclès exerce durablement son influence. Le principe qui commande l’ensemble n’est pas le vote mais l’égalité : isonomie, l’égalité devant la loi et des droits politiques ; isègoria, l’égal droit de prendre la parole devant l’assemblée. La plus ancienne définition connue de la démocratie, qu’Hérodote place au livre III de ses « Histoires » dans la bouche d’un Perse, ne dit rien d’autre : le plus beau des noms, l’égalité des droits politiques, les magistratures tirées au sort, les comptes rendus de l’autorité exercée, les délibérations soumises au public.

Le circuit de la décision à Athènes

Athènes au Ve siècle : qui décide, et commentGraphe, Dèmos → Boulè, Boulè → Ecclésia, Dèmos → Ecclésia, Dèmos → Héliée, Ecclésia → Magistrats, Ecclésia → StratègesDèmosBoulèEcclésiaHéliéeMagistratsStratègestirage au sortpréparesiège et votetirage au sortcontrôleélit
Fig. 3Le dèmos n’élit presque rien : il siège lui-même à l’Ecclésia, et le sort le place à la Boulè et à l’Héliée. Seuls les stratèges sont élus — la seule charge que Périclès pouvait occuper année après année.
Fig. 3 ↓
Cette démocratie est directe, mais elle est limitée, et le jalon le dit dans son intitulé même. La qualité de citoyen est réservée aux hommes adultes libres nés de parents athéniens : femmes, métèques et esclaves en sont exclus, soit la grande majorité des habitants de l’Attique. La ressource d’accompagnement recommande pourtant de ne pas faire de cette restriction l’essentiel de l’étude : elle doit être rappelée, mais le jalon invite à examiner comment les citoyens participent réellement à la délibération et à l’exercice du pouvoir. C’est là que se joue la comparaison avec les régimes modernes, et c’est là que l’historiographie éclaire — Claude Mossé souligne le rôle de l’isonomie et de l’isègoria dans une société pourtant inégale, Vincent Azoulay a montré comment la démocratie athénienne s’éprouve à la mesure d’un grand homme, et Paulin Ismard a mis au jour une administration d’esclaves publics qui fait tourner la cité hors de toute participation citoyenne.
Vient le second jalon. En 1819, à l’Athénée royal de Paris, Benjamin Constant prononce « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes ». Membre du groupe de Coppet réuni autour de Germaine de Staël, marqué par la Terreur, il oppose deux manières d’être libre. La liberté des Anciens consiste à participer directement et collectivement aux décisions de la cité, au prix d’une vie privée réduite. La liberté des Modernes consiste à jouir de droits individuels garantis contre les empiétements du pouvoir — ce qu’Isaiah Berlin appellera plus tard, en se référant explicitement à Constant, la liberté négative. La planche en arbre range les deux branches et leurs attributs (voir Fig. 4).

Les deux libertés de Benjamin Constant

Participer ou être représentéArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Liberté des Anciens → Participer aux décisions; Liberté des Anciens → Souveraineté collective; Liberté des Anciens → Peu de vie privée; Liberté des Modernes → Droits individuels garantis; Liberté des Modernes → Gouvernement représentatif; Liberté des Modernes → Vie privée protégéeLiberté des AnciensLiberté des ModernesLa liberté (Constant, 1819)Participer aux décisionsSouveraineté collectivePeu de vie privéeDroits individuels garantisGouvernement représentatifVie privée protégée
Fig. 4Constant ne classe pas deux régimes mais deux manières d’être libre : par la participation, ou par la garantie des droits. Sa conclusion refuse de sacrifier l’une à l’autre.
Fig. 4 ↓
L’argument de Constant est sociologique avant d’être moral : dans de vastes sociétés commerçantes, les citoyens n’ont plus le temps de la participation permanente, ce temps étant occupé par l’activité économique ; la délégation à des représentants devient donc nécessaire. Mais l’opposition qu’il construit n’est pas un choix à faire une fois pour toutes, et c’est la nuance que la ressource d’accompagnement insiste pour transmettre : dans sa conclusion, Constant met en garde contre l’affadissement de la liberté politique au profit de la seule liberté privée, et plaide pour un équilibre entre représentation et participation. Ajoutons que sa dichotomie a été discutée : en 1973, dans « Démocratie antique et démocratie moderne », Moses I. Finley montre qu’Athènes connaissait aussi une protection par le droit, et qu’il reste à apprendre de ses formes de participation.
Le basculement vers la représentation n’est pas une idée solitaire : il devient un régime avec les révolutions atlantiques. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pose à son article 3 que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation », et son article 6 tranche la question de l’axe en une phrase : « la loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. » Les deux voies sont là, côte à côte, dès le texte fondateur. En arrière-plan, Montesquieu fournit la mécanique des pouvoirs qui s’arrêtent l’un l’autre (« De l’esprit des lois », 1748) et Rousseau la théorie d’une souveraineté que le peuple ne peut aliéner (« Du contrat social », 1762, où il juge sévèrement le gouvernement représentatif anglais). Ni l’un ni l’autre ne sont des jalons du programme : ils éclairent, ils ne remplacent pas Constant.
Restent les forces et les limites de chaque forme, qui font l’argumentaire d’une copie. La démocratie directe maximise la légitimité et l’implication, mais elle suppose du temps, une communauté restreinte, et elle expose la décision aux emballements. La démocratie représentative permet de gouverner de vastes ensembles et de professionnaliser la délibération, mais elle creuse une distance entre gouvernants et gouvernés, et nourrit le soupçon que les élus ne représentent plus personne. D’où les formes mixtes : référendum, initiative citoyenne, conventions tirées au sort. Les démocraties contemporaines sont représentatives, et travaillées de l’intérieur par la demande de participation — ce qui donne à l’intitulé du jalon, « participer ou être représenté », une actualité que l’axe 1 ne fait qu’ouvrir.

Vocabulaire

→ Cartes
  • EcclésiaAssemblée de tous les citoyens athéniens, réunie sur la Pnyx, qui délibère et vote directement les lois et les décrets de la cité.
  • BoulèConseil de cinq cents citoyens tirés au sort qui prépare l’ordre du jour et les projets soumis à l’Ecclésia.
  • isonomieÉgalité des citoyens devant la loi et égalité de leurs droits politiques ; principe fondateur de la démocratie athénienne.
  • isègoriaÉgal droit de tout citoyen de prendre la parole devant l’assemblée, condition pratique d’une délibération démocratique.
  • liberté des AnciensChez Benjamin Constant, liberté qui consiste à participer directement et collectivement au pouvoir, au prix d’une vie privée peu protégée.
  • liberté des ModernesChez Benjamin Constant, liberté qui consiste à jouir de droits individuels garantis contre le pouvoir, la décision étant déléguée à des représentants.
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Exemple corrigé

Dissertation — « Participer ou être représenté : faut-il choisir ? »

Traitez le sujet suivant en construisant une introduction problématisée et un plan détaillé en trois parties, appuyé sur les deux jalons de l’axe : « Participer ou être représenté : faut-il choisir ? »

  1. 01Analyser les termes et repérer le piège

    Participer désigne l’exercice direct du pouvoir par les citoyens eux-mêmes ; être représenté désigne sa délégation à des élus. Le piège est la forme du sujet : « faut-il choisir ? » invite à répondre non, mais une réponse immédiate priverait la copie de son analyse. Bornes : Athènes au Ve siècle avant notre ère pour le premier terme, l’Europe post-révolutionnaire pour le second, les démocraties contemporaines pour l’arbitrage.

  2. 02Formuler la problématique

    La participation directe et la représentation répondent-elles au même besoin politique, ou la seconde a-t-elle remplacé la première parce que les sociétés modernes ne pouvaient plus se permettre la première ? Annonce : la démocratie athénienne montre ce que participer veut dire ; Constant explique pourquoi les Modernes délèguent ; les régimes contemporains montrent que l’arbitrage reste ouvert.

  3. 03Première partie — la participation comme régime, et son prix

    Athènes : Ecclésia, Boulè tirée au sort, Héliée, magistratures annuelles, isonomie et isègoria (voir Fig. 3). Le prix est double : une communauté de citoyens étroite, et une disponibilité permanente que seule une économie servile rend possible — Paulin Ismard a montré qu’une administration d’esclaves publics faisait tourner la cité. Transition : ce prix, les sociétés commerçantes du XIXe siècle ne peuvent plus le payer.

  4. 04Deuxième partie — la représentation comme nécessité moderne

    Constant, 1819 : dans de vastes sociétés occupées par l’activité économique, la liberté change de contenu — elle devient garantie de droits individuels, et le gouvernement représentatif en est le corollaire (voir Fig. 4). Le droit consacre cette voie : article 6 de la Déclaration de 1789, qui prévoit que le citoyen concourt à la loi personnellement ou par ses représentants. Limite à énoncer ici : la distance entre gouvernants et gouvernés, et la critique récurrente de la confiscation du pouvoir par les élus.

  5. 05Troisième partie — un équilibre, non un choix

    Constant lui-même conclut à l’équilibre et met en garde contre l’effacement de la liberté politique ; Moses I. Finley, en 1973, relativise sa dichotomie en rappelant qu’Athènes protégeait aussi par le droit. Les régimes contemporains le traduisent en institutions : la Constitution de 1958 fait exercer la souveraineté « par [les] représentants et par la voie du référendum », et les conventions citoyennes ou les initiatives populaires réintroduisent de la participation dans un cadre représentatif.

  6. 06Conclure et ouvrir

    Réponse : il ne faut pas choisir, parce que les deux libertés ne remplissent pas la même fonction — l’une fabrique de la légitimité, l’autre protège l’individu. Ouverture possible vers l’objet conclusif du thème : à l’échelle de l’Union européenne, la même tension prend la forme d’une légitimité directe et d’une légitimité déléguée.

Résultat : Le plan répond non — et le démontre : Constant n’oppose deux libertés que pour refuser, en conclusion, d’en sacrifier une, si bien que la démocratie moderne se définit moins par le choix entre participer et être représenté que par la manière dont elle dose les deux.

Objectif Bac

  • Nommer les quatre organes de la démocratie athénienne — Ecclésia, Boulè, Héliée, magistratures — et préciser lesquels sont tirés au sort et lesquels sont élus, en signalant l’exception des dix stratèges.
  • Définir isonomie et isègoria, et montrer en deux phrases que la participation athénienne repose sur l’égalité des droits politiques et de la parole avant de reposer sur le vote.
  • Citer un jalon avec sa date exacte : le discours de Benjamin Constant « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », prononcé en 1819 à l’Athénée royal de Paris.
  • Distinguer, en une phrase chacune, la liberté des Anciens (participer collectivement) et la liberté des Modernes (jouir de droits individuels garantis), puis énoncer la conclusion de Constant : il faut un équilibre, non un sacrifice de l’une à l’autre.
  • Confronter deux textes en une phrase : l’article 6 de la Déclaration de 1789, qui autorise le citoyen à concourir à la loi « personnellement, ou par [ses] représentants », et l’article 3 de la Constitution de 1958, qui articule représentants et référendum.

Erreurs fréquentes

  • Présenter Athènes comme une démocratie « complète » ou, à l’inverse, réduire le jalon à la liste des exclus ; en réalité le jalon s’intitule « une démocratie directe mais limitée » et la ressource d’accompagnement demande de rappeler la restriction sans en faire l’essentiel, l’objet de l’étude étant la manière dont les citoyens participent.
  • Écrire que tous les magistrats athéniens étaient tirés au sort ; en réalité les dix stratèges étaient élus et rééligibles, ce qui explique la durée exceptionnelle de l’influence de Périclès et interdit d’opposer trop simplement le sort grec à l’élection moderne.
  • Faire de Constant un adversaire de la liberté antique qui choisirait la liberté moderne contre elle ; en réalité sa conclusion met en garde contre l’affaiblissement de la liberté politique au profit de la seule vie privée et appelle un équilibre entre participation et représentation.
  • Attribuer à Athènes un système représentatif, ou dater la démocratie représentative de l’Antiquité ; en réalité les citoyens athéniens votent eux-mêmes les lois à l’Ecclésia, et le gouvernement représentatif s’impose avec les révolutions de la fin du XVIIIe siècle, l’indépendance américaine de 1776 et la Révolution française de 1789.
  • Faire de Montesquieu ou de Rousseau des jalons de l’axe et bâtir la copie sur eux ; en réalité les deux jalons officiels sont Athènes au Ve siècle et Constant en 1819 — Montesquieu (1748) et Rousseau (1762) ne servent qu’à éclairer les principes mobilisés.

Approfondissement

Pour aller plus loin : l’axe se prête à une entrée par l’historiographie, que la ressource d’accompagnement recommande explicitement. La démocratie athénienne n’est pas seulement un objet historique, c’est un miroir que chaque époque retaille — Constant en fait le contre-modèle de la liberté moderne, Moses I. Finley lui répond en 1973 dans « Démocratie antique et démocratie moderne » qu’il existait à Athènes une protection par le droit, Claude Mossé met en avant l’isonomie et l’isègoria comme instruments de décision collective dans une société inégale, Paulin Ismard déplace le regard vers les esclaves publics qui administrent la cité hors de la délibération citoyenne. Montrer cette chaîne de relectures, c’est faire ce que la spécialité demande : traiter un objet politique dans son épaisseur temporelle et dans ses controverses.

§ 02

Révision active

Voici la description d’un document que vous devez analyser : une gravure du XIXe siècle représente une salle de vote parisienne en 1848, où des hommes de toutes conditions déposent un bulletin sous le regard d’un bureau présidé par un notable ; aucune femme n’y figure. Rédigez l’introduction d’une étude critique (présentation, problématique) puis un paragraphe qui confronte l’image à vos connaissances sur le suffrage universel masculin de 1848 — en montrant ce que la gravure met en scène et ce qu’elle passe sous silence.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 1 « Comprendre un régime politique : la démocratie » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Martin Ostwald, « La démocratie athénienne : réalité ou illusion ? », Mètis, vol. 7, n° 1-2, 1992, p. 7-24 (Persée — Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens) · Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (texte intégral) (Conseil constitutionnel)

§ 03
§ 03

Axe 2 — Avancées et reculs des démocraties#

~12 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-1re-T1-Axe2-Avancées et reculs des démocratiesBOHGGSP-1re-T1-Axe2-L’inquiétude de Tocqueville : de la démocratie à la tyrannie ? Une analyse politique.BOHGGSP-1re-T1-Axe2-Crises et fin de la démocratie : le Chili de 1970 à 1973.BOHGGSP-1re-T1-Axe2-D’un régime autoritaire à la démocratie : le Portugal et l’Espagne de 1974 à 1982.

Points clés

L’axe 2 est bâti sur une instabilité : la démocratie avance, la démocratie recule, et rien ne garantit le sens du mouvement. Trois jalons l’instruisent — une analyse politique, Tocqueville ; un effondrement, le Chili de 1970 à 1973 ; deux restaurations, le Portugal et l’Espagne de 1974 à 1982. Le troisième existe pour empêcher que l’axe ne devienne un catalogue de catastrophes.
Premier jalon, théorique. Dans les deux tomes de « De la démocratie en Amérique » (1835 et 1840), Alexis de Tocqueville cherche les traits propres aux sociétés démocratiques et en tire une inquiétude. Ce qui définit ces sociétés, c’est l’égalité des conditions, devenue valeur fondamentale et principe de légitimité ; mais l’écart entre les attentes qu’elle fait naître et les inégalités réelles entretient une passion égalitaire qui rend l’état social démocratique instable. Deux dangers en découlent. La tyrannie de la majorité, d’abord : rien n’empêche par principe un grand nombre d’opprimer un petit. L’individualisme ensuite — que Tocqueville distingue soigneusement de l’égoïsme : le repli des individus sur leur vie privée, l’abandon de la « grande société » où l’homme accomplit ses devoirs de citoyen, et le vide politique dans lequel s’engouffre un pouvoir étatique tutélaire. Sa thèse tient en une bifurcation : toutes les sociétés modernes tendent vers l’égalité, mais elles peuvent devenir libres ou despotiques (voir Fig. 6). Il indique aussi les remèdes — la participation locale, la vie associative, et le rôle des mœurs et de la religion, qui détournent l’homme de la seule quête du bien-être.

La bifurcation de Tocqueville

Libres ou despotiques : l’alternative de TocquevilleArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Vers la liberté → Participation locale; Vers la liberté → Associations; Vers la liberté → Mœurs et religion; Vers le despotisme → Individualisme; Vers le despotisme → Tyrannie de la majorité; Vers le despotisme → Pouvoir tutélaireVers la libertéVers le despotismeÉgalité des conditionsParticipation localeAssociationsMœurs et religionIndividualismeTyrannie de la majoritéPouvoir tutélaire
Fig. 6Une même cause, deux issues : l’égalité des conditions ne produit pas mécaniquement la liberté. Ce qui décide, ce sont les contrepoids — participation locale, associations, mœurs — ou leur absence.
Fig. 6 ↓
Deuxième jalon, un effondrement daté. En septembre 1970, Salvador Allende, candidat de l’Unité populaire — coalition rassemblant le Parti communiste, le Parti socialiste et le Mouvement d’action populaire unitaire —, l’emporte au scrutin présidentiel chilien. Son gouvernement engage une transformation économique profonde : nationalisation des secteurs clés, réforme agraire, mesures sociales, en s’appuyant sur les syndicats, les comités de quartier et les comités d’Unité populaire nés de la campagne. La ressource d’accompagnement propose de distinguer trois moments, à la suite des travaux de Franck Gaudichaud. Le premier va de la victoire électorale à la grande grève lancée par le patronat et l’opposition en octobre 1972 : la hausse des bas salaires provoque des difficultés d’approvisionnement et une inflation qui détournent les classes moyennes. Le deuxième est celui des concessions à l’aile droite de la coalition, alors que les mouvements sociaux gagnent en autonomie. Le troisième s’ouvre après une tentative de coup de force manquée en juin 1973 : l’Unité populaire cherche à s’assurer le soutien de l’armée en faisant entrer plusieurs généraux au gouvernement, dont Augusto Pinochet — qui dirige le putsch du 11 septembre 1973.
Deux précautions, ici, valent des points. La première est de contexte : le coup d’État chilien s’inscrit dans une multiplication des coups d’État en Amérique du Sud et dans une implication directe des États-Unis dans le renversement de démocraties. La seconde est de méthode, et la ressource officielle la formule avec insistance : il ne faut pas présupposer que la séquence ouverte en 1970 ne pouvait que conduire au putsch. Une démocratie qui s’effondre n’était pas condamnée d’avance ; l’historien doit rester attentif aux possibles avortés d’une histoire qui n’était pas écrite. C’est exactement ce que l’on attend d’une copie de spécialité : une chaîne de causes, pas un destin.
Troisième jalon, le mouvement inverse. Au Portugal, le coup d’État des capitaines du 25 avril 1974, mené par le Mouvement des forces armées, met fin à l’Estado Novo presque sans effusion de sang : Marcelo Caetano, président du Conseil démis, se rend au Quartel do Carmo, et les seuls morts de la journée sont causés par des agents de la police politique tirant sur une foule de civils. La suite est plus rude — une période révolutionnaire jusqu’à la menace d’une guerre civile en 1975 — avant qu’une Constitution démocratique ne soit adoptée le 2 avril 1976. En Espagne, la mort de Franco le 20 novembre 1975 ouvre une transition négociée autour du roi Juan Carlos : premières élections libres le 15 juin 1977, Constitution approuvée par référendum le 6 décembre 1978, tentative de coup d’État militaire le 23 février 1981, victoire du PSOE le 28 octobre 1982 qui scelle l’alternance. Les deux chronologies se lisent d’un seul regard sur la frise (voir Fig. 5).

Reculer, puis reconquérir (1970-1982)

Deux mouvements inverses en douze ansFrise chronologique de 1969 à 1984, 1970: Allende élu, 1973: Coup d’État, 1974: Œillets, 1975: Mort de Franco, 1976: Constitution PT, 1978: Constitution ES, 1982: Alternance ES, 1970–1973: Chili, 1974–1982: Ibérie19691984AnnéeChiliIbérie1970Allende élu1973Coup d’État1974Œillets1975Mort de Franco1976Constitution PT1978Constitution ES1982Alternance ES
Fig. 5Un seul axe, deux mouvements opposés : la bande « Chili » va d’une élection à un coup d’État (repère mis en plein, 1973), la bande « Ibérie » va d’une dictature à deux constitutions et à une alternance.
Fig. 5 ↓
Que veut dire, alors, « transition démocratique » ? La ressource d’accompagnement reprend la définition de Guillermo O’Donnell et Philippe Schmitter : une phase où dominent l’indétermination et l’incertitude, tant dans les calculs des acteurs que dans les règles du jeu politique. Les routines cessent d’orienter les anticipations ; tout se joue dans les compromis, les stratégies et les improvisations. Cette grille interdit deux facilités. Elle interdit de dire que le Portugal et l’Espagne ont suivi le même chemin — l’un par une révolution militaire, l’autre par une réforme concertée. Et elle interdit de dire que la transition espagnole fut simplement pacifique : Sophie Baby a montré, dans une enquête sur la violence politique entre 1975 et 1982, que cette image est un mythe utile plus qu’une description.
Mis bout à bout, les trois jalons donnent la leçon de l’axe. Une démocratie peut reculer sans coup d’État, par les mécanismes internes que décrit Tocqueville ; elle peut être renversée par la force, comme au Chili ; elle peut renaître d’un régime autoritaire, comme dans la péninsule Ibérique. Le sens du mouvement dépend des acteurs, de leurs choix et des circonstances — jamais d’une loi de l’histoire. C’est le meilleur argument de conclusion pour toute copie portant sur ce thème : la démocratie n’est pas un acquis, c’est un régime dont la solidité se mesure aux garanties qu’il maintient et aux crises qu’il traverse.

Vocabulaire

→ Cartes
  • égalité des conditionsChez Tocqueville, trait fondamental des sociétés démocratiques : l’égalité devient la valeur de référence et le principe de légitimité, avant même l’organisation des pouvoirs.
  • tyrannie de la majoritéRisque, décrit par Tocqueville, qu’une majorité impose sa volonté sans limite et opprime les minorités tout en respectant les formes du vote.
  • pouvoir tutélaireChez Tocqueville, État qui prend en charge la vie des individus repliés sur leur sphère privée et occupe le vide politique laissé par leur désengagement.
  • transition démocratiquePhase de passage d’un régime autoritaire à la démocratie, dominée par l’indétermination et l’incertitude quant aux règles du jeu et aux calculs des acteurs (O’Donnell et Schmitter).
  • Unité populaireCoalition de gauche chilienne (Parti communiste, Parti socialiste, Mouvement d’action populaire unitaire) qui porte Salvador Allende au pouvoir en 1970.
  • Estado NovoRégime autoritaire portugais mis en place sous Salazar et renversé par le Mouvement des forces armées le 25 avril 1974.
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Exemple corrigé

Étude critique — deux témoignages sur la fin de la démocratie chilienne

Documents rédigés pour l’exercice à partir des travaux cités par la ressource d’accompagnement. Document 1, note d’un dirigeant syndical chilien, octobre 1972 : « L’usine ne reçoit plus ses pièces. Les camionneurs bloquent les routes, les commerçants ferment. Nos comités tiennent la distribution, quartier par quartier, mais dans le bus on entend les employés dire qu’avec ce gouvernement on ne trouve plus rien. » Document 2, éditorial d’un quotidien conservateur de Santiago, juillet 1973 : « Le pays n’a plus de règles. L’armée est la dernière institution debout ; qu’elle prenne ses responsabilités avant que d’autres ne le fassent. » Consigne : montrez ce que ces deux documents apprennent des mécanismes qui ont conduit à la fin de la démocratie chilienne, et ce qu’ils ne peuvent pas expliquer.

  1. 01Présenter les deux documents et poser la problématique

    Deux sources engagées et de nature différente : une note interne syndicale, écrite au cœur de la grève d’octobre 1972, et un éditorial de presse d’opposition, deux mois avant le putsch. Ni l’une ni l’autre n’est un document neutre : chacune parle depuis un camp. Problématique : comment une démocratie élue en 1970 en vient-elle, en trois ans, à être renversée par son armée ?

  2. 02Analyser le document 1 : la crise vécue

    Le texte donne à voir le deuxième moment de la séquence : la grève lancée par le patronat et l’opposition en octobre 1972, les pénuries, l’auto-organisation par les comités de quartier — et, en une phrase, le décrochage des classes moyennes que la ressource d’accompagnement pointe comme décisif. Le syndicaliste enregistre donc à la fois la mobilisation populaire et l’érosion du soutien.

  3. 03Analyser le document 2 : l’appel à l’arbitre

    L’éditorial de juillet 1973 fait autre chose : il délégitime le jeu politique lui-même (« le pays n’a plus de règles ») et désigne l’armée comme institution de recours. On est après la tentative de coup de force manquée de juin 1973, au moment où plusieurs généraux, dont Pinochet, entrent au gouvernement. Le document montre que le putsch a été précédé d’un travail d’opinion qui l’a rendu pensable.

  4. 04Confronter les documents à vos connaissances

    Les deux textes éclairent des mécanismes internes : polarisation, crise d’approvisionnement, autonomisation des mouvements sociaux, appel à l’arbitrage militaire. Ils taisent la dimension extérieure — la multiplication des coups d’État en Amérique du Sud et l’implication directe des États-Unis dans le renversement de démocraties — que seules d’autres sources documentent.

  5. 05Prendre du recul et refuser la téléologie

    Le piège serait de lire ces documents comme les annonces d’une fin inévitable. La ressource d’accompagnement demande précisément l’inverse : mettre entre parenthèses le résultat pour penser l’histoire en train de se faire. En octobre 1972 comme en juillet 1973, d’autres issues restaient ouvertes ; ce sont des choix d’acteurs, non une pente, qui ont conduit au 11 septembre 1973.

Résultat : Les deux documents montrent une démocratie asphyxiée par la conjonction d’une crise économique, d’une polarisation sociale et d’un appel à l’arbitrage militaire — mais parce qu’ils sont des sources partisanes et internes, ils ne prouvent ni le rôle des États-Unis ni le caractère inévitable du putsch, ce que seule la confrontation à d’autres sources permet d’établir.

Objectif Bac

  • Dater et nommer les trois jalons de l’axe sans les confondre : Tocqueville et « De la démocratie en Amérique » (1835 et 1840), le Chili de 1970 à 1973, le Portugal et l’Espagne de 1974 à 1982.
  • Distinguer chez Tocqueville la tyrannie de la majorité (le grand nombre opprime le petit) et l’individualisme conduisant au pouvoir tutélaire (le repli sur le privé laisse un vide que l’État comble), puis énoncer sa bifurcation : libres ou despotiques.
  • Citer trois repères précis de la séquence chilienne — la victoire d’Allende en septembre 1970, la grève d’octobre 1972, le coup d’État du 11 septembre 1973 — et rappeler que Pinochet était entré au gouvernement avant de le renverser.
  • Opposer les deux voies de sortie de l’autoritarisme : au Portugal une révolution militaire le 25 avril 1974 puis une Constitution le 2 avril 1976, en Espagne une transition négociée après la mort de Franco le 20 novembre 1975, avec la Constitution du 6 décembre 1978.
  • Définir la transition démocratique comme une phase d’indétermination et d’incertitude (O’Donnell et Schmitter), et s’en servir pour refuser une lecture téléologique du Chili comme de l’Ibérie.

Erreurs fréquentes

  • Bâtir l’axe sur l’Allemagne de 1930-1933 parce que le basculement légal y est spectaculaire ; en réalité les jalons officiels sont Tocqueville, le Chili et le couple Portugal-Espagne, et l’exemple allemand ne peut servir que d’ouverture explicitement présentée comme telle.
  • Attribuer à Tocqueville l’expression « despotisme doux » ; en réalité il décrit un pouvoir « tutélaire » et une espèce de despotisme née de l’individualisme — la formule condensée est le fait de ses commentateurs, et la citer entre guillemets comme sienne est une faute d’attribution.
  • Écrire que la séquence chilienne conduisait nécessairement au coup d’État ; en réalité la ressource d’accompagnement met en garde contre cette lecture rétrospective et demande de rester attentif aux possibles avortés d’une histoire non écrite d’avance.
  • Traiter le Chili et la péninsule Ibérique comme deux illustrations du même mouvement ; en réalité les flèches sont opposées — au Chili une démocratie élue est renversée par l’armée en 1973, au Portugal et en Espagne on sort d’un régime autoritaire entre 1974 et 1982 —, et les confondre ruine la démonstration sur la réversibilité.
  • Présenter la transition espagnole comme purement pacifique et la révolution portugaise comme achevée le 25 avril 1974 ; en réalité Sophie Baby a établi la réalité de la violence politique espagnole entre 1975 et 1982, et le Portugal a traversé une période révolutionnaire allant jusqu’à la menace de guerre civile avant sa Constitution de 1976.

Approfondissement

Pour aller plus loin : l’axe se prête à une réflexion sur les mémoires des transitions, que la ressource d’accompagnement ouvre en citant les travaux de Sophie Baby sur la violence politique en Espagne entre 1975 et 1982 et ceux de Marie-Christine Doran sur les luttes contre l’impunité au Chili. Deux pays sortis d’une dictature à la même décennie ont fait deux choix opposés de traitement du passé : l’Espagne a bâti sa transition sur une loi d’amnistie de 1977 qui a longtemps fermé la voie judiciaire, tandis que le Chili post-Pinochet a vu les procès rouvrir des décennies plus tard et devenir un moteur de démocratisation. Comparer ces deux régimes de mémoire, c’est faire dialoguer ce thème avec « Histoire et mémoires » en terminale — et c’est un excellent terrain de question pour le Grand oral.

§ 03

Révision active

Construisez, sur une feuille, le schéma fléché d’une dissertation portant sur « Les démocraties peuvent-elles disparaître ? » : trois blocs (fragilités internes, effondrement par la force, restauration), les jalons placés dans chaque bloc avec leur date, et deux flèches croisées montrant que le mouvement est réversible. Rédigez ensuite la légende du schéma en cinq lignes — c’est exactement le type de production graphique que la définition de l’épreuve valorise.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 1 « Comprendre un régime politique : la démocratie » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Diego Palacios Cerezales, « Des Œillets à la menace de guerre civile. Violence politique dans la révolution (1974-1975) », Lusotopie, n° 11, 2004, p. 67-82 (Persée — Lusotopie) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

§ 04
§ 04

Objet de travail conclusif — L’Union européenne et la démocratie#

~13 min de lecture●●●ApprofondissementBOHGGSP-1re-T1-OTC-L’Union européenne et la démocratieBOHGGSP-1re-T1-OTC-Le fonctionnement de l’Union européenne : démocratie représentative et démocratie déléguée.BOHGGSP-1re-T1-OTC-L’Union européenne face aux citoyens et aux États : les remises en question depuis 1992.

Points clés

L’objet conclusif applique à un cas inédit tout ce que le thème a construit. Et il commence par un avertissement que la ressource d’accompagnement formule sans détour : malgré la marche chronologique du thème, l’Union européenne ne doit pas être pensée comme le point d’aboutissement de l’histoire de la démocratie. Ni forme achevée, ni couronnement : un laboratoire, où les notions des deux axes sont mises à l’épreuve grandeur nature.
Première chose à poser : l’Union européenne n’est pas un État. C’est une union d’États signataires des mêmes traités, qui ont décidé de partager leur souveraineté dans des domaines et selon des modalités que ces traités définissent. De ce partage découle une répartition de compétences entre les institutions de l’Union et les États membres, gouvernée par le principe de subsidiarité. Le processus a ses bornes : le traité de Rome, signé le 25 mars 1957 ; l’Acte unique européen, signé en février 1986 et entré en vigueur le 1er juillet 1987 ; le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992 et entré en vigueur le 1er novembre 1993, qui crée l’Union européenne et la citoyenneté européenne ; le traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007 et entré en vigueur le 1er décembre 2009.
Le premier jalon demande de comprendre le lien entre la voix du citoyen-électeur et la décision prise à l’échelle de l’Union. Quatre institutions décident. Le Parlement européen, élu au suffrage universel direct depuis 1979, représente les citoyens : c’est la légitimité représentative directe. Le Conseil de l’Union européenne, où siègent les ministres des États membres, et le Conseil européen, qui réunit les chefs d’État ou de gouvernement, représentent des exécutifs nationaux eux-mêmes issus d’élections : c’est la légitimité déléguée. La Commission européenne, enfin, propose les textes et veille à leur application ; elle n’est pas élue directement. Le circuit d’un acte législatif ordinaire se lit d’un coup d’œil : la Commission propose, le Parlement et le Conseil colégifèrent (voir Fig. 7). Depuis le traité de Lisbonne, cette codécision est devenue la procédure législative ordinaire, qui place le Parlement sur un pied d’égalité avec le Conseil.

Deux légitimités, une décision

Du bulletin de vote à l’acte européenGraphe, Citoyens de l’UE → Parlement européen, Citoyens de l’UE → Gouvernements, Gouvernements → Conseil de l’UE, Gouvernements → Conseil européen, Conseil européen → Commission, Commission → Acte législatif, Parlement européen → Acte législatif, Conseil de l’UE → Acte législatifCitoyens de l’UEParlementeuropéenCommissionConseil européenConseil de l’UEGouvernementsActe législatifélisentélisentsiègentsiègentdésigneproposecolégifèrecolégifère
Fig. 7Le même électeur alimente deux circuits : il élit directement le Parlement européen, et il élit les gouvernements qui siègent aux deux Conseils. L’acte législatif (en plein) se trouve au point où les deux se rejoignent.
Fig. 7 ↓
Ici, une nuance décisive, que la ressource d’accompagnement écrit noir sur blanc et que presque aucune fiche ne reprend : l’analyse doit faire apparaître la primauté du principe représentatif, direct et indirect, dans l’exercice de la démocratie à l’échelle de l’Union — notamment dans les deux organes législatifs que sont le Conseil des ministres et le Parlement européen. Autrement dit, la démocratie déléguée n’est pas le contraire de la démocratie représentative : c’est une représentation de second degré, où les citoyens élisent des gouvernements qui décident ensuite en leur nom à Bruxelles. Écrire « l’Union n’est pas représentative » est donc une erreur d’analyse, pas seulement un jugement discutable.
Le second jalon porte sur les remises en question depuis 1992. Le mot d’ordre de la contestation est né dans les années 1980 : le « déficit démocratique ». Les griefs sont connus — décisions perçues comme lointaines, complexité des procédures, poids d’une Commission jugée technocratique, faiblesse longtemps réelle des pouvoirs du Parlement, faible participation aux élections européennes. Les votes l’ont exprimé : rejet du traité établissant une Constitution pour l’Europe par les référendums français et néerlandais de 2005, référendum britannique du 23 juin 2016 dont le retrait est devenu effectif le 31 janvier 2020, montée des partis eurosceptiques. La courbe de la participation française donne la mesure du désintérêt — et sa correction (voir Fig. 8) : de 60,71 % en 1979, elle tombe à 40,63 % en 2009, puis remonte à 50,12 % en 2019 et 51,49 % en 2024.

La participation française aux élections européennes, 1979-2024

Participation de la France aux élections européennesGraphique en courbes: % de participation, Données: France · 1979: 60.71; France · 1984: 56.72; France · 1989: 48.8; France · 1994: 52.71; France · 1999: 46.76; France · 2004: 42.76; France · 2009: 40.63; France · 2014: 42.43; France · 2019: 50.12; France · 2024: 51.490102030405060701979198419891994199920042009201420192024% de participation
Fig. 8Trente ans de baisse, puis un redressement : le point marqué est le creux de 2009, à 40,63 %. Source : Parlement européen, résultats définitifs de la participation par pays et par année.
Fig. 8 ↓
Mais le diagnostic se discute, et une copie qui ne le discute pas se prive de sa seconde partie. Les pouvoirs du Parlement se sont renforcés de traité en traité, jusqu’à la colégislation et au contrôle de la Commission. La légitimité déléguée n’est pas une illusion : les gouvernements qui siègent au Conseil sont issus d’élections nationales, et un citoyen qui vote chez lui pèse aussi à Bruxelles. La participation dépend fortement des règles nationales — la Belgique, où le vote est obligatoire, dépasse les 89 % quand la moyenne de l’Union est à 50,74 % en 2024 —, ce qui interdit de lire la seule abstention comme un rejet de l’Europe. Et le débat savant est ouvert : la ressource d’accompagnement renvoie à l’article d’Andrew Moravcsik, « Le mythe du déficit démocratique européen » (2003), qui conteste la thèse frontalement, comme aux travaux de Pierre Rosanvallon qui la prennent au sérieux.
Reste la citoyenneté européenne, instituée par le traité de Maastricht et qui s’ajoute à la citoyenneté nationale sans la remplacer. Elle donne des droits concrets : circuler et séjourner librement dans l’Union ; voter et se porter candidat aux élections municipales et européennes dans son pays de résidence ; bénéficier de la protection diplomatique d’un autre État membre hors de l’Union ; adresser une pétition au Parlement européen ou saisir le Médiateur européen ; et, depuis le traité de Lisbonne, soutenir une initiative citoyenne européenne. C’est peu si l’on attend un peuple européen ; c’est beaucoup si l’on se rappelle qu’aucun autre ensemble d’États n’a créé de statut comparable.
L’objet conclusif referme donc le thème sans le clore. L’Union rejoue la tension de l’axe 1 — une assemblée élue face à des institutions plus éloignées du citoyen —, elle applique les principes de l’introduction — équilibre des pouvoirs, droit contraignant, pluralisme des forces politiques —, et elle hérite de l’inquiétude de l’axe 2, puisqu’elle s’est bâtie, selon la ressource officielle, sur la conviction que la démocratie peut reculer ou disparaître. La question à poser en copie n’est donc pas « l’Union est-elle démocratique ? » mais « de quelle démocratie l’Union est-elle le nom ? ».

Vocabulaire

→ Cartes
  • démocratie déléguéeMode de légitimation dans lequel la décision est prise par des gouvernements nationaux eux-mêmes élus ; représentation de second degré propre au Conseil de l’Union européenne et au Conseil européen.
  • procédure législative ordinaireProcédure par laquelle un acte européen est adopté conjointement par le Parlement européen et le Conseil sur proposition de la Commission ; ancienne codécision, généralisée par le traité de Lisbonne.
  • subsidiaritéPrincipe selon lequel l’Union n’intervient que si l’objectif poursuivi ne peut pas être mieux atteint par les États membres eux-mêmes.
  • déficit démocratiqueThèse critique, née dans les années 1980, selon laquelle les décisions européennes seraient trop éloignées des citoyens et insuffisamment contrôlées par une assemblée élue.
  • citoyenneté européenneStatut institué par le traité de Maastricht, qui s’ajoute à la citoyenneté nationale et ouvre des droits de circulation, de vote local et européen, de pétition et d’initiative.
  • initiative citoyenne européenneDispositif introduit par le traité de Lisbonne permettant à des citoyens de plusieurs États membres d’inviter la Commission à proposer un acte juridique.
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Exemple corrigé

Dissertation — « L’Union européenne souffre-t-elle d’un déficit démocratique ? »

Rédigez l’introduction et le plan détaillé d’une dissertation sur le sujet : « L’Union européenne souffre-t-elle d’un déficit démocratique ? »

  1. 01Définir les termes et dater l’expression

    Le « déficit démocratique » n’est pas une notion neutre : c’est un mot de la contestation, né dans les années 1980, qui suppose une norme implicite — la démocratie parlementaire d’un État-nation. Le sujet demande donc autant d’examiner l’Union que d’interroger l’étalon avec lequel on la mesure. Bornes chronologiques : de la première élection du Parlement au suffrage universel direct en 1979 aux européennes de 2024.

  2. 02Formuler la problématique et annoncer le plan

    Dans quelle mesure une union d’États peut-elle être jugée démocratique à l’aune de critères conçus pour des États ? Trois temps : les griefs sont réels et documentés ; les mécanismes de légitimation existent et se sont renforcés ; la difficulté tient moins à un déficit qu’à la nature inédite de l’objet.

  3. 03Première partie — les griefs

    Distance des décisions, complexité des procédures, poids d’une Commission non élue directement, pouvoirs longtemps limités du Parlement. Les traductions politiques : rejet du traité constitutionnel par les référendums français et néerlandais de 2005, référendum britannique du 23 juin 2016 et retrait effectif le 31 janvier 2020, montée des partis eurosceptiques. La participation française tombée à 40,63 % en 2009 illustre le désintérêt (voir Fig. 8).

  4. 04Deuxième partie — les légitimités effectives

    Le Parlement est élu au suffrage universel direct depuis 1979 et colégifère avec le Conseil depuis que la codécision est devenue la procédure législative ordinaire ; il investit et peut censurer la Commission. Les deux Conseils portent une légitimité déléguée : les gouvernements y siègent parce qu’ils ont été élus chez eux (voir Fig. 7). La ressource officielle insiste sur cette primauté du principe représentatif, direct et indirect. S’y ajoutent la citoyenneté européenne de Maastricht et ses droits, dont l’initiative citoyenne.

  5. 05Troisième partie — un objet politique sans équivalent

    L’Union n’est pas un État fédéral classique : elle repose sur un partage volontaire de souveraineté, encadré par la subsidiarité et par des traités que les États ratifient. Andrew Moravcsik parle même d’un « mythe » du déficit démocratique. Mais un point résiste : il n’existe pas de peuple européen constitué, et la devise « In varietate concordia » assume cette pluralité — la légitimité de l’Union est donc plurielle par construction, ce qui la rend difficile à ressentir.

  6. 06Conclure

    Réponse en deux temps : oui, si l’on mesure l’Union à l’aune d’une démocratie parlementaire nationale ; non, si l’on tient compte de la double légitimité et de son renforcement continu. La remontée de la participation française à 51,49 % en 2024 suggère d’ailleurs que la distance n’est pas une fatalité.

Résultat : La copie soutient que le « déficit démocratique » décrit un écart réel entre les citoyens et la décision européenne, mais qu’il mesure l’Union avec l’étalon d’un État-nation : l’Union superpose une légitimité représentative directe et une légitimité déléguée, et c’est cette originalité — non un manque de démocratie — que le mot masque.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    Partons du geste le plus simple : vous glissez un bulletin dans une urne. Qu’est-ce que ce bulletin fait, exactement, quand il s’agit de l’Europe ? La réponse est qu’il emprunte deux chemins différents, et que c’est cette double route qui rend l’Union si difficile à juger.

  2. 2

    Premier chemin, le plus court. Tous les cinq ans depuis 1979, vous élisez directement des députés au Parlement européen. C’est de la démocratie représentative, exactement comme pour votre assemblée nationale : des citoyens élisent des représentants qui votent la loi. Le Parlement adopte les textes européens et le budget de l’Union.

    Les deux routes du bulletin

    Un bulletin, deux cheminsGraphe, Citoyen → Parlement européen, Citoyen → Gouvernement national, Gouvernement national → Conseil de l’UECitoyenParlementeuropéenGouvernementnationalConseil de l’UEélitélity siège
    Fig.Le premier chemin est direct : le citoyen élit le Parlement européen. Le second passe par un gouvernement national qui siège ensuite au Conseil.
  3. 3

    Second chemin, plus long et souvent invisible. Aux élections nationales, vous choisissez aussi un gouvernement. Or ce sont ses ministres qui siègent au Conseil de l’Union européenne, et son chef qui siège au Conseil européen. Vos préférences arrivent donc à Bruxelles une seconde fois, par un relais : c’est ce que l’on appelle la démocratie déléguée.

  4. 4

    D’où l’erreur à ne pas commettre. Démocratie déléguée ne veut pas dire absence de représentation : c’est une représentation de second degré. La ressource officielle du programme le dit clairement — dans les deux organes législatifs que sont le Parlement européen et le Conseil des ministres, c’est bien le principe représentatif qui prime, sous ses deux formes, directe et indirecte.

  5. 5

    Reste la Commission, qui n’est élue par personne : elle propose les textes et veille à leur application, elle est désignée par le Conseil européen et investie par le Parlement, qui peut aussi la censurer. Elle n’est donc pas hors contrôle — mais son absence d’élection directe est le point où la critique du « déficit démocratique » a le plus de prise.

  6. 6

    Retenez la formule qui vous fera gagner des points : à l’échelle européenne, un citoyen vote deux fois, une fois pour être représenté, une fois pour être délégué. Juger l’Union revient à décider si ce second chemin compte autant que le premier.

Objectif Bac

  • Distinguer les quatre institutions décisionnelles et leur légitimité : Parlement européen élu au suffrage universel direct depuis 1979, Conseil de l’Union européenne (ministres), Conseil européen (chefs d’État ou de gouvernement), Commission (propose et applique, non élue directement).
  • Expliquer le circuit d’un acte législatif ordinaire en une phrase — la Commission propose, le Parlement et le Conseil colégifèrent — et nommer la procédure : la codécision devenue procédure législative ordinaire avec le traité de Lisbonne.
  • Caractériser la démocratie déléguée comme une représentation de second degré, en citant la ressource officielle qui souligne la primauté du principe représentatif, direct et indirect, à l’échelle de l’Union.
  • Dater les quatre bornes du processus : traité de Rome (1957), Acte unique européen (1986), traité de Maastricht (signé en 1992, en vigueur en 1993), traité de Lisbonne (signé en 2007, en vigueur en 2009).
  • Nuancer le « déficit démocratique » avec trois arguments chiffrés ou textuels : le renforcement continu des pouvoirs du Parlement, la remontée de la participation française de 40,63 % en 2009 à 51,49 % en 2024, et l’existence d’une citoyenneté européenne instituée à Maastricht.

Erreurs fréquentes

  • Affirmer que l’Union européenne n’est pas représentative parce que la Commission n’est pas élue ; en réalité la ressource d’accompagnement souligne la primauté du principe représentatif, direct et indirect, dans les deux organes législatifs que sont le Parlement européen et le Conseil des ministres.
  • Confondre le Conseil européen et le Conseil de l’Union européenne ; en réalité le premier réunit les chefs d’État ou de gouvernement et fixe les orientations politiques sans légiférer, tandis que le second réunit les ministres et colégifère avec le Parlement.
  • Écrire que l’Union européenne est née en 1992 ; en réalité le traité de Maastricht a été signé le 7 février 1992 mais n’est entré en vigueur que le 1er novembre 1993 — l’intitulé du jalon parle de remises en question « depuis 1992 », ce qui désigne la signature et le débat qu’elle ouvre, pas la naissance juridique de l’Union.
  • Lire l’abstention aux élections européennes comme une mesure directe du rejet de l’Europe ; en réalité la participation dépend d’abord des règles nationales — près de 89 % en Belgique où le vote est obligatoire contre 50,74 % dans l’ensemble de l’Union en 2024 — et elle est remontée en France depuis 2009.
  • Traiter la citoyenneté européenne comme un remplacement de la citoyenneté nationale ; en réalité elle s’y ajoute, et elle se définit par une liste de droits précis : circulation et séjour, vote aux municipales et aux européennes dans le pays de résidence, protection diplomatique, pétition, Médiateur, initiative citoyenne.

Approfondissement

Pour aller plus loin : la ressource d’accompagnement propose une entrée par la définition du mot « peuple », et c’est de loin la plus féconde. Face aux contours précis du dèmos athénien et à la formule inaugurale de la Constitution américaine de 1787, « We, the people of the United States », l’Union européenne articule la réalité d’une pluralité de peuples et de nations — sa devise « In varietate concordia » l’assume — avec l’idéal d’un peuple européen qui n’existe pas juridiquement et qui, politiquement, reste à venir. Une démocratie suppose un dèmos ; que se passe-t-il quand il y en a vingt-sept ? Cette question relie l’objet conclusif au jalon athénien de l’axe 1 et fournit une problématique de dissertation ou une question de Grand oral qui tient debout toute seule.

§ 04

Révision active

Comparez deux échelles pour un même geste électoral. En une page, expliquez ce que fait un électeur français lorsqu’il vote aux élections législatives nationales, puis ce qu’il fait lorsqu’il vote aux élections européennes : qui est élu, quel pouvoir cette assemblée exerce, avec qui elle le partage, et quel autre canal — non électoral pour lui — mène ses préférences jusqu’à la décision européenne. Concluez sur ce que cette comparaison change au reproche de « déficit démocratique ».

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Types d’institutions, d’organes et d’organismes de l’UE (Union européenne — portail officiel) · Résultats des élections européennes 2024 — Participation (par année et par pays, résultats définitifs) (Parlement européen) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 1 « Comprendre un régime politique : la démocratie » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

§ 05
§ 05

Méthode — Dissertation, étude critique de document et Grand oral#

~10 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-1re-T1-Axe1-Penser la démocratie : démocratie directe et démocratie représentativeBOHGGSP-1re-T1-Axe2-Avancées et reculs des démocratiesBOHGGSP-1re-T1-OTC-L’Union européenne et la démocratie

Points clés

Un thème de première ne se révise pas comme un thème de terminale, mais il se révise. Le texte qui définit l’épreuve terminale de spécialité pose la règle en deux phrases : l’épreuve porte sur le programme de terminale, et « les notions rencontrées en classe de première mais non approfondies en classe de terminale doivent être connues et mobilisables », sans pouvoir constituer « un ressort essentiel du sujet ». Ce qu’il faut donc emporter de ce thème, ce ne sont pas les anecdotes athéniennes : c’est une grille de lecture, réutilisable partout.
Commençons par les faits d’épreuve, qui se retiennent en une minute et se paient cher quand on les ignore. L’écrit dure quatre heures et se compose de deux exercices notés chacun sur dix points. Le premier est une dissertation, et le candidat choisit entre deux sujets portant chacun sur un thème distinct du programme. Le second est une étude critique d’un ou deux documents, portant sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation. Autrement dit : trois thèmes différents sont mobilisés le jour de l’épreuve, et l’ordre de traitement vous appartient. La note globale utilise tout l’éventail de 0 à 20.
Un point est presque toujours ignoré, et il rapporte : « la réalisation d’une illustration en appui du propos (croquis, schéma, etc.) amènera une valorisation de la note ; un fond de carte pourra être fourni si cela est adapté au sujet. » La même phrase précise que cette production graphique n’a aucun caractère obligatoire et que son absence ne peut pénaliser personne. Un schéma sobre — la bifurcation de Tocqueville, le circuit d’un acte européen — glissé au bon endroit dans une dissertation est donc un gain sans risque. Les candidats présentant un trouble moteur ou visuel peuvent, eux, ne bâtir qu’une légende détaillée indiquant ce qu’ils auraient fait figurer.
Reste à répartir quatre heures. La proposition ci-contre n’est pas une règle mais une manière de ne pas se laisser dévorer par le premier exercice (voir Fig. 9) : une demi-heure pour lire les trois libellés, choisir son sujet de dissertation et bâtir le plan ; une heure et demie pour la rédiger ; vingt-cinq minutes pour lire et analyser le ou les documents ; une heure et quart pour rédiger l’étude critique ; un quart d’heure de relecture. Le piège classique est symétrique du barème : deux exercices valent dix points chacun, et une dissertation magnifique suivie d’une étude critique bâclée plafonne à une note moyenne.

Quatre heures, deux exercices sur dix points chacun

Les 240 minutes de l’épreuve écriteDroite numérique, Choisir et analyser, Rédiger la dissertation, Lire les documents, Rédiger l’étude critique, Relire0306090120150180210240Choisir etanalyserRédiger ladissertationLire lesdocumentsRédiger l’étudecritiqueRelire
Fig. 9Une répartition possible des 240 minutes de l’écrit : rien n’oblige à la suivre, mais tout oblige à en avoir une — les deux exercices pèsent le même poids dans la note.
Fig. 9 ↓
La dissertation attend une opération précise : analyser le sujet, en élaborer une problématique, puis rédiger une introduction qui dégage les enjeux et énonce ce fil conducteur, un développement en plusieurs parties structurées, une conclusion qui répond à la problématique. Le thème de la démocratie sert ici de réservoir de notions plus que d’exemples : caractériser un acteur comme démocratique ou autoritaire, mesurer la solidité d’un État de droit, distinguer légitimité directe et légitimité déléguée — autant de gestes qui trouvent leur place dans un sujet de terminale sur les puissances, la guerre et la paix, les mémoires ou l’enjeu de la connaissance.
L’étude critique obéit à une progression que la définition de l’épreuve détaille : comprendre le sens général du document, sélectionner et hiérarchiser les informations, les expliciter, puis prendre un recul critique en s’appuyant à la fois sur le contenu du document et sur ses connaissances personnelles. La planche en entonnoir donne l’ordre des gestes (voir Fig. 10). Le sujet comporte toujours un titre et une consigne : ils orientent le travail et fournissent souvent la moitié de la problématique. Deux fautes symétriques guettent — la paraphrase, qui raconte le document, et le hors-sujet érudit, qui récite un cours en ignorant le document.

L’entonnoir de l’étude critique

Les quatre temps de l’étude critiquepyramide, 4 niveaux, Données: Présenter le document, Sélectionner et expliciter, Confronter aux connaissances, ConclurePrésenter le documentnature, auteur, dateSélectionner et expliciterhiérarchiser les informationsConfronter aux connaissancescontexte, portée, limitesConclurele recul critique
Fig. 10Le mouvement attendu va du large au décisif : on part du document entier, on resserre par la sélection puis par la confrontation, et l’on aboutit à la seule chose qui compte, une réponse critique à la problématique.
Fig. 10 ↓
Le Grand oral, enfin. Le programme de la spécialité prévoit que chaque thème, chaque axe, chaque objet de travail conclusif et chaque jalon puisse servir de support au projet présenté à cette épreuve — la démocratie y est donc pleinement recevable, à condition de transformer un chapitre en question. « La démocratie est-elle un régime fragile ? », « Une démocratie peut-elle se défendre sans se renier ? », « L’Union européenne est-elle démocratique ? » : chacune permet d’articuler des notions exactes, des repères datés sûrs et une position personnelle argumentée. À la session 2026, cette épreuve compte pour un coefficient de 10, ramené à 8 à compter de la session 2027.
Il existe aussi une épreuve orale de contrôle, au second groupe, que presque aucune fiche ne mentionne. Vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve, sur le même programme que l’écrit. Le candidat tire au sort un sujet comportant deux questions de cours au choix ; elles sont problématisées, ne reprennent pas le libellé du programme, et ne portent pas sur la même partie du programme de terminale. Il répond de manière construite pendant dix minutes, puis échange dix minutes avec le jury. C’est, en pratique, un Grand oral en accéléré : les mêmes réflexes de problématisation y servent.

Vocabulaire

→ Cartes
  • problématiqueQuestion centrale, tirée de l’analyse du sujet, qui organise le devoir et à laquelle la conclusion doit répondre explicitement.
  • étude critique de documentExercice consistant à comprendre un ou deux documents, à en hiérarchiser les informations, puis à en évaluer la portée et les limites à l’aide de ses connaissances.
  • production graphiqueCroquis ou schéma réalisé en appui du propos dans une dissertation ; facultatif, il valorise la note et son absence ne peut pas pénaliser le candidat.
  • jalonExemple problématisé inscrit au programme pour circonscrire le traitement d’un axe ou d’un objet de travail conclusif.
  • épreuve orale de contrôleOral de rattrapage du second groupe : vingt minutes de préparation, dix minutes de réponse construite à une question de cours tirée au sort, puis dix minutes d’échange avec le jury.
Exemple corrigé

Méthode appliquée — écrire l’introduction d’une dissertation en dix minutes

Sujet : « La démocratie est-elle un régime fragile ? ». Rédigez l’introduction complète et l’annonce de plan, en montrant chaque geste méthodologique.

  1. 01Interroger chaque mot du libellé

    Démocratie : régime où la souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens, qui l’exercent par des élections libres et régulières, directement ou par des représentants. Fragile : susceptible de se dégrader ou de disparaître — le mot suppose donc une menace, et il faut demander laquelle : intérieure ou extérieure ? La forme interrogative fermée annonce une réponse nuancée, jamais un oui sec.

  2. 02Trouver l’accroche dans un fait daté

    Une accroche efficace est courte et vérifiable. Exemple : le 11 septembre 1973, une démocratie élue trois ans plus tôt au Chili est renversée par l’armée. Deux lignes suffisent ; on n’explique pas encore, on plante un fait qui rend la question urgente.

  3. 03Poser les bornes et la problématique

    Bornes : les démocraties contemporaines, avec des incursions dans l’Athènes du Ve siècle et dans l’Europe du XIXe siècle pour la théorie. Problématique proposée : la démocratie est-elle menacée de l’extérieur, par des adversaires qui la renversent, ou de l’intérieur, par des mécanismes qu’elle produit elle-même ?

  4. 04Annoncer un plan qui répond, et non un plan qui range

    Trois temps. D’abord, oui : les démocraties peuvent s’effondrer, et le Chili en donne l’exemple daté. Ensuite, la fragilité est aussi interne — Tocqueville la décrit dès 1835 avec la tyrannie de la majorité et le pouvoir tutélaire. Enfin, la fragilité n’est pas la fatalité : le Portugal et l’Espagne montrent entre 1974 et 1982 qu’un régime démocratique se reconquiert.

  5. 05Prévoir l’illustration qui valorise la copie

    Le texte de l’épreuve valorise une production graphique en appui du propos. Ici, un schéma simple en fin de deuxième partie — deux flèches opposées, l’une de la démocratie vers l’autoritarisme et l’autre en retour, avec un jalon daté sur chacune — suffit. Une légende de quatre lignes accompagne le schéma, et sa réalisation ne coûte pas plus de cinq minutes.

Résultat : L’introduction obtenue tient en une quinzaine de lignes et fait quatre choses : elle accroche par un fait daté, définit les deux mots du sujet, pose une problématique qui oppose menace externe et menace interne, et annonce trois parties dont la troisième contient déjà la réponse — la fragilité de la démocratie est réelle mais réversible.

Objectif Bac

  • Retenir la structure exacte de l’écrit : quatre heures, deux exercices notés chacun sur dix points, un choix entre deux sujets de dissertation portant sur des thèmes distincts, et une étude critique portant sur un troisième thème.
  • Placer dans une dissertation un croquis ou un schéma en appui du propos, en sachant que cette production graphique valorise la note et que son absence ne peut jamais pénaliser le candidat.
  • Répartir les quatre heures avant d’écrire une ligne, en réservant au second exercice un temps proportionné à ses dix points — la faute la plus coûteuse étant de sacrifier l’étude critique à la dissertation.
  • Analyser un document dans l’ordre attendu : sens général, sélection et hiérarchisation des informations, explicitation, puis recul critique appuyé sur le document et sur ses connaissances.
  • Problématiser une question de Grand oral à partir d’un jalon du thème, en transformant un intitulé de programme en question discutable, et savoir que l’oral de contrôle demande une réponse construite de dix minutes suivie de dix minutes d’échange.

Erreurs fréquentes

  • Écrire ou croire que l’épreuve écrite dure trois heures trente ; en réalité la définition consolidée de l’épreuve fixe une durée de quatre heures, ce qui change entièrement la répartition du temps entre les deux exercices.
  • Penser qu’un seul des deux exercices est noté sur vingt ; en réalité l’épreuve se compose de deux exercices notés chacun sur dix points, si bien qu’une étude critique bâclée coûte la moitié de la note quelle que soit la qualité de la dissertation.
  • Ignorer qu’il existe un choix entre deux sujets de dissertation ; en réalité les deux sujets portent chacun sur un thème distinct, et l’étude critique porte sur un troisième — ce qui rend suicidaire l’impasse sur plusieurs thèmes du programme.
  • Renoncer au croquis ou au schéma de peur d’être sanctionné en cas de maladresse ; en réalité le texte précise que cette production graphique valorise la note et que son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat, ce qui en fait un gain sans risque.
  • Réviser ce thème de première comme s’il pouvait fournir un sujet de dissertation en terminale, ou l’abandonner complètement ; en réalité il ne peut pas constituer un ressort essentiel du sujet, mais ses notions doivent être connues et mobilisables, et chaque jalon peut servir de support à un projet de Grand oral.

§ 05

Révision active

Préparez une prise de parole de cinq minutes, chronométrée, répondant à la question « Une démocratie peut-elle se défendre sans se renier ? ». Contrainte : trois parties, au moins quatre repères datés issus de ce thème, une notion définie explicitement au passage, et une position personnelle assumée en conclusion. Enregistrez-vous, puis notez les deux endroits où vous avez récité plutôt qu’argumenté.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Définition de l’épreuve terminale de spécialité HGGSP — version consolidée mai 2024 (note de service du 11-2-2020, modifiée le 26-9-2023) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 1 « Comprendre un régime politique : la démocratie » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Introduction — La démocratie, les démocraties : quelles caractéristiques aujourd’hui ?○
    • 02Axe 1 — Penser la démocratie : démocratie directe et démocratie représentative◐
    • 03Axe 2 — Avancées et reculs des démocraties◐
    • 04Objet de travail conclusif — L’Union européenne et la démocratie●
    • 05Méthode — Dissertation, étude critique de document et Grand oral◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Comprendre un régime politique : la démocratie

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol

  • Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de première générale (arrêté du 17-1-2019, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019)
  • Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP première, thème 1 « Comprendre un régime politique : la démocratie »
  • Définition de l’épreuve terminale de spécialité HGGSP — version consolidée mai 2024 (note de service du 11-2-2020, modifiée le 26-9-2023)

Conseil constitutionnel

  • Texte intégral de la Constitution du 4 octobre 1958 en vigueur
  • Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (texte intégral)

Persée — Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens

  • Martin Ostwald, « La démocratie athénienne : réalité ou illusion ? », Mètis, vol. 7, n° 1-2, 1992, p. 7-24

Persée — Lusotopie

  • Diego Palacios Cerezales, « Des Œillets à la menace de guerre civile. Violence politique dans la révolution (1974-1975) », Lusotopie, n° 11, 2004, p. 67-82

Union européenne — portail officiel

  • Types d’institutions, d’organes et d’organismes de l’UE

Parlement européen

  • Résultats des élections européennes 2024 — Participation (par année et par pays, résultats définitifs)

Voir aussi

  • Analyser les dynamiques des puissances internationalesL’autre thème de première : après les régimes, les ressorts de la puissance — les deux grilles que la terminale croise sans cesse.
  • Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolutionLa sécurité collective et l’ONU y prolongent ce que la démocratie déléguée pose à l’échelle européenne.
  • L’enjeu de la connaissanceContrôle de l’information et cyberespace : la fragilité démocratique vue du côté des savoirs.

Chapitre suivant

Analyser les dynamiques des puissances internationales

EuraStudy·Fiches T·01·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.