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Fiches/HGGSP — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques/Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution
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Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution

Deuxième thème de terminale, « Faire la guerre, faire la paix » articule deux gestes politiques inverses — conduire un affrontement armé, et construire un ordre qui y mette fin — à travers une introduction sur les formes de conflits actuelles, un axe sur la dimension politique de la guerre (de Clausewitz aux « guerres irrégulières », d’Al Qaïda à Daech), un axe sur la construction de la paix (des traités de Westphalie de 1648 aux actions de l’ONU sous les mandats de Kofi Annan) et un objet de travail conclusif sur le Moyen-Orient, où les deux mouvements se lisent ensemble.

5 sections·~62 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0444 / 8
Profil d’examen
Définir et distinguer les formes de conflits — interétatique, infra-étatique, transnational d’une part ; régulier, asymétrique, irrégulier d’autre part — et savoir que la typologie est un outil de lecture, non un classement définitif.Restituer avec exactitude le modèle clausewitzien (la guerre comme instrument de la politique, la montée aux extrêmes, la distinction guerre absolue / guerre réelle) et le confronter à des conflits qui n’entrent pas dans le schéma des guerres entre États.Évaluer les modalités et les limites de la construction de la paix : la paix par les traités (Westphalie, 1648), la paix par la sécurité collective (SDN puis ONU, opérations de maintien de la paix, responsabilité de protéger).Analyser le jeu d’acteurs et d’échelles d’un conflit régional — acteurs locaux, puissances régionales, puissances mondiales, organisations internationales — en prenant le Moyen-Orient comme étude de cas transversale.Construire une problématique, organiser une démonstration argumentée et conduire l’étude critique d’un ou deux documents, en appuyant chaque affirmation sur un repère daté, localisé et nommé.
Opérateurs :définirdistinguercaractérisercontextualiserconfronterproblématiserargumenteranalysercritiquerse documenter

niveau de base

Maîtrisez d'abord le vocabulaire-clé (guerre, paix, conflit, violence, sécurité collective, guerre asymétrique, terrorisme) et une dizaine de repères datés sûrs (1648, 1832, 1919, 1945, 1948-1967-1973, 1991-2003, 2011, 2014) : c'est le socle exigible pour la dissertation comme pour l'étude de document.

niveau approfondi

Pour viser l'excellence, sachez confronter les modèles théoriques (Clausewitz, guerre asymétrique) à la réalité des conflits actuels et tenir ensemble les deux faces du thème — faire la guerre / faire la paix — en mesurant les limites de la construction de la paix, l'objet conclusif sur le Moyen-Orient servant d'étude de cas transversale qui réinvestit tout le thème.

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution
    • 01Introduction — Formes de conflits et tentatives de paix dans le monde actuel○
    • 02Axe 1 — La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationaux◐
    • 03Axe 2 — Le défi de la construction de la paix◐
    • 04Objet de travail conclusif — Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix depuis 1948●
    • 05Méthode — Disserter et étudier un document sur la guerre et la paix◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Introduction — Formes de conflits et tentatives de paix dans le monde actuel#

~11 min de lecture●○○BaseBOHGGSP-Tle-T2-Intro-Formes de conflits et tentatives de paix dans le monde actuelBOHGGSP-Tle-T2-Intro-Panorama des conflits armés actuelsBOHGGSP-Tle-T2-Intro-Essai d’une typologie : nature des conflits, acteurs et modes de résolution

Points clés

Le thème tient ensemble deux gestes politiques inverses : faire la guerre et faire la paix. L’introduction ne cherche pas à les définir complètement — c’est le travail des deux axes — mais à dresser un panorama des conflits actuels et à en esquisser une typologie, en montrant que la manière dont un conflit se déroule commande la manière dont on peut y mettre fin. Toute la question du thème tient dans cette dépendance : quelles sont les nouvelles conditions de la construction de la paix ?
Quatre mots portent le thème et doivent être posés d’emblée. La guerre est un affrontement armé organisé entre groupes politiques ; Clausewitz en donne la définition classique — « un acte de violence destiné à contraindre l’ennemi à exécuter notre volonté ». Le conflit est plus large : une opposition d’intérêts, de valeurs ou de territoires, qui peut demeurer non violente. La violence politique en est l’expression armée. Quant à la paix, elle n’est pas la simple cessation des combats. Le glossaire de Géoconfluences rappelle qu’une définition purement négative — la paix comme ce qui se dessine en creux de la guerre — a été complétée par une définition positive : celle de la « culture de la paix » que l’Assemblée générale des Nations unies a formulée dans sa résolution 53/243 du 6 octobre 1999, et qui engage le respect de la vie, des droits humains et le règlement non violent des différends.
La première grille de lecture classe les conflits par leurs acteurs. Le conflit interétatique oppose deux États souverains : c’est la guerre « classique » du droit international, déclarée, conduite par des armées régulières identifiables à leur uniforme, close par un traité. Le conflit infra-étatique se joue à l’intérieur d’un État — guerre civile, sécession, affrontement entre un pouvoir et des groupes armés — et il domine le tableau depuis la fin de la guerre froide. Le conflit transnational, enfin, met en jeu des acteurs sans territoire stable ni statut d’État, réseaux terroristes ou organisations criminelles, qui opèrent par-delà les frontières. Gardez-vous pourtant de déclarer la guerre entre États disparue : la ressource d’accompagnement du programme cite la guerre des Malouines de 1982 entre le Royaume-Uni et l’Argentine, et l’affrontement entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au Haut-Karabagh en 2020 (voir Fig. 1).

Deux grilles pour classer les conflits

Deux grilles pour classer les conflitsArbre de probabilité, 5 chemins, Données: Selon les acteurs → Interétatique (État c. État); Selon les acteurs → Infra-étatique (guerre civile); Selon les acteurs → Transnational (non étatique); Selon la conduite → Régulière (bataille, front); Selon la conduite → Irrégulière (guérilla, attentat)Selon les acteursSelon la conduiteConflits armésInterétatique (État c. État)Infra-étatique (guerre civile)Transnational (non étatique)Régulière (bataille, front)Irrégulière (guérilla, attentat)
Fig. 1Une même guerre se lit sur deux entrées : qui s’affronte, et comment. La branche mise en relief est celle qui domine la conflictualité contemporaine.
Fig. 1 ↓
La seconde grille classe les conflits par la manière dont ils sont conduits. Le conflit symétrique oppose des forces de même nature ; le conflit asymétrique oppose une armée régulière à un adversaire qui refuse la bataille et compense son infériorité matérielle par le temps, le terrain et la mobilisation des esprits. Le programme préfère à « asymétrique » le terme englobant de guerre irrégulière, que le stratégiste Hubert Krolikowski, cité par la ressource d’accompagnement, décrit ainsi : elle « se présente sous une déconcertante multiplicité de figures – guérilla, guerre asymétrique, résistance, guerre non-conventionnelle, terrorisme, opérations spéciales ». Son trait commun est négatif, et c’est ce qui la rend redoutable : à la différence de la guerre régulière, elle ne s’articule pas autour de la bataille.
Panorama ne veut pas dire catalogue. La ressource d’accompagnement propose de confronter les conflits en cours à une grille comme celle de l’Institut de Heidelberg pour la recherche sur les conflits internationaux (HIIK), qui les caractérise selon huit critères : acteurs, échelles et territoires, armes employées, nombre de combattants mobilisés, nombre et type de victimes, réfugiés et déplacés, destructions, tentatives de résolution. L’exercice fait apparaître trois choses : l’absence, aujourd’hui, de conflit de type mondial ; le petit nombre de conflits strictement interétatiques ; et surtout l’extrême complexité de chaque situation, en acteurs comme en échelles. L’inspection générale en tire une conclusion qu’il faut retenir telle quelle : au-delà d’une typologie « devenue hasardeuse pour le monde actuel », c’est la façon dont les acteurs eux-mêmes analysent le rapport de forces qui décide de la guerre, de la guérilla ou du règlement.
Aux conflits répondent des tentatives de règlement, qu’il faut savoir nommer. La diplomatie d’abord : le mot surgit en 1790-1791 et l’Académie française le définit dès 1798 comme la « science des rapports, des intérêts de puissance à puissance ». Elle repose sur deux gestes. La représentation d’abord, dont l’instrument est l’ambassadeur permanent, apparu aux XVe et XVIe siècles. La négociation ensuite, qu’il ne faut jamais confondre avec une abdication : un rapport de forces s’y joue comme dans une bataille. Vient ensuite le droit international, qui encadre la conduite des hostilités et protège les populations. Vient enfin la sécurité collective : l’idée que l’agression contre l’un est l’affaire de tous, portée par la Société des Nations en 1919 puis par l’Organisation des Nations unies en 1945. L’ONU décline elle-même plusieurs métiers de la paix — maintien, rétablissement, consolidation — et la variété de ces mots dit assez la difficulté à définir ce qu’est une situation de paix (voir Fig. 2).

Les degrés de la paix

Les degrés de la paixcercles concentriques, 3 anneaux, Données: Paix, Cessez-le-feu : les armes se taisent, Traité : les États règlent, Sécurité collective : l’ONUSécurité collective : l’ONUTraité : les États règlentCessez-le-feu : les armes se taisentPaix
Fig. 2La paix n’est pas un seuil mais une série d’emboîtements : le silence des armes n’est que le premier cercle, la sécurité collective l’anneau que le thème interroge.
Fig. 2 ↓
Deux ruptures expliquent le tableau contemporain. L’arme atomique rend concevable une destruction totale et fait de la guerre froide un état mêlé en permanence de conflits, de guerres parfois très violentes, de crises, de négociations et de maintien de la paix — la ressource d’accompagnement va jusqu’à citer la formule d’Orwell dans 1984, « La guerre c’est la paix ». Puis l’effondrement de l’URSS multiplie les pouvoirs faibles et fragilise des États-nations déjà éprouvés par la mondialisation : la guerre interétatique, norme théorisée par Clausewitz et pratiquée tout au long du XXe siècle, s’efface au profit des guerres civiles, des conflits infra-étatiques et de conflits de moindre intensité, nourris autant de criminalité organisée ou d’idéologie que de calcul d’État. La gestion de ces conflits n’en est que plus difficile, et les mandats donnés aux forces internationales s’en trouvent parfois trop étroits pour ce qu’on attend d’elles.
Reste à savoir ce que l’on fait de tout cela le jour de l’épreuve. Une introduction de dissertation sur ce thème n’énumère pas les conflits du monde : elle pose les mots, propose une grille, et ouvre la tension qui commande le devoir — plus les formes de la guerre se diversifient, plus la paix devient difficile à construire. Les axes fourniront ensuite les modèles, Clausewitz pour la guerre, Westphalie et la sécurité collective pour la paix ; l’objet de travail conclusif fournira le terrain, le Moyen-Orient, où les vérifier tous.

Vocabulaire

→ Cartes
  • GuerreAffrontement armé organisé entre groupes politiques ; Clausewitz : « un acte de violence destiné à contraindre l’ennemi à exécuter notre volonté ».
  • PaixNon pas seulement l’arrêt des combats, mais un ordre durable garanti par le droit, les institutions et la négociation.
  • Conflit infra-étatiqueAffrontement armé se déroulant à l’intérieur d’un État : guerre civile, sécession, lutte entre un pouvoir et des groupes armés.
  • Conflit asymétriqueAffrontement entre des adversaires très inégaux, où le plus faible refuse la bataille et compense par le temps, le terrain et l’opinion.
  • Guerre irrégulièreTerme englobant du programme : guérilla, guerre asymétrique, résistance, guerre non conventionnelle, terrorisme, opérations spéciales — tout ce qui ne s’articule pas autour de la bataille.
  • Sécurité collectivePrincipe selon lequel l’agression contre un État concerne tous les autres, qui s’engagent à y répondre ensemble ; porté par la SDN (1919) puis l’ONU (1945).
Exemple corrigé

Problématiser et bâtir un plan sur les formes de la guerre

Sujet de dissertation : « Les formes de la guerre ont-elles changé depuis 1945 ? » Dégagez une problématique et proposez un plan détaillé en trois parties, chacune adossée à des repères précis.

  1. 01Interroger les mots du sujet

    « Formes » invite à une typologie (acteurs, conduite, échelles), non à un récit. « Depuis 1945 » fixe la borne : la Charte de l’ONU, la dissuasion nucléaire et la décolonisation redéfinissent le cadre. Le verbe « changer » appelle une réponse nuancée : il faudra mesurer ce qui se déplace et ce qui demeure, sans conclure à une rupture totale.

  2. 02Poser la problématique

    Formulation possible : dans quelle mesure la diversification des formes de la guerre depuis 1945 a-t-elle déplacé les acteurs et les logiques du conflit sans en abolir la dimension politique ? La question engage déjà la réponse en trois temps : ce qui recule, ce qui monte, ce qui reste.

  3. 03Bâtir la première partie — un recul mesuré de la guerre interétatique

    La guerre déclarée entre armées régulières devient l’exception : dissuasion nucléaire, interdépendance économique, ordre fondé sur la Charte. Mais elle n’a pas disparu — Malouines 1982, Haut-Karabagh 2020 — et la formule juste est celle d’un recul relatif. Une partie qui écrirait « disparition » se disqualifierait dès la première page.

  4. 04Bâtir la deuxième partie — la montée de l’infra-étatique et de l’irrégulier

    Après 1991, l’affaiblissement des États-nations fait proliférer les guerres civiles et les conflits de moindre intensité. Parallèlement s’impose la guerre irrégulière au sens du programme — guérilla, attentat, opérations spéciales — dont le trait commun est de ne pas s’articuler autour de la bataille, et dont le terrorisme transnational est la forme la plus diffuse.

  5. 05Bâtir la troisième partie — une permanence : la guerre reste politique

    Sous les formes nouvelles, la définition clausewitzienne tient : les groupes armés poursuivent eux aussi des buts politiques, idéologiques ou religieux, et cherchent à contraindre une volonté adverse. Ce qui change est l’acteur, le front et la fin du conflit — non la nature politique de l’affrontement. C’est le pivot vers l’axe 1.

Résultat : Le sujet appelle un plan en trois temps — recul relatif de l’interétatique, essor de l’infra-étatique et de l’irrégulier, permanence de la dimension politique — et la conclusion doit refuser la fausse alternative « tout a changé » / « rien n’a changé » : ce sont les formes qui se déplacent, pas la fonction politique de la guerre.

Objectif Bac

  • Définir en une phrase chacun des quatre mots-clés du thème — guerre, conflit, violence politique, paix — et poser explicitement que la paix ne se réduit pas à l’arrêt des combats : c’est l’attendu le plus rentable de toute introduction.
  • Distinguer les trois catégories d’acteurs (interétatique, infra-étatique, transnational) et savoir illustrer chacune d’un exemple daté, sans jamais réduire la conflictualité actuelle à une seule d’entre elles.
  • Opposer conflit symétrique et conflit asymétrique, puis rattacher l’asymétrie au terme du programme, « guerre irrégulière », défini par son écart avec la bataille.
  • Citer deux conflits interétatiques récents — la guerre des Malouines en 1982, l’affrontement arméno-azerbaïdjanais du Haut-Karabagh en 2020 — pour prouver que la guerre entre États n’a pas disparu, seulement reculé.
  • Nommer les trois voies de la construction de la paix (diplomatie, droit international, sécurité collective) et le vocabulaire onusien qui les décline : maintien, rétablissement et consolidation de la paix.

Erreurs fréquentes

  • Écrire que la guerre entre États a disparu depuis 1945 ; en réalité elle a reculé sans s’effacer — Malouines 1982, Haut-Karabagh 2020 — et la formule juste est « recul relatif des conflits interétatiques au profit des conflits infra-étatiques et irréguliers ».
  • Définir la paix comme l’absence de guerre et s’arrêter là ; en réalité l’attendu du thème est une définition positive — un ordre stable garanti par le droit et des institutions —, que la résolution 53/243 de l’Assemblée générale des Nations unies (1999) nomme « culture de la paix ».
  • Employer « conflit asymétrique » et « terrorisme » comme des synonymes ; en réalité l’asymétrie décrit un rapport de forces (une guérilla peut ne viser que des cibles militaires) tandis que le terrorisme désigne une méthode — un usage de la violence destiné à frapper l’opinion — que des acteurs très différents peuvent employer.
  • Présenter la typologie des conflits comme un classement définitif où chaque guerre occuperait une case ; en réalité la ressource d’accompagnement la juge « devenue hasardeuse pour le monde actuel », parce qu’un même conflit cumule les formes : la Syrie depuis 2011 est à la fois infra-étatique, internationalisée et transnationale.
  • Traiter l’introduction comme un catalogue de conflits en cours ; en réalité elle doit esquisser une typologie et inventorier les modes de résolution, sans épuiser des définitions que les deux axes ont pour fonction de construire.

Approfondissement

Pour aller plus loin : la ressource d’accompagnement récuse toute typologie trop rigide et propose de définir un conflit par la lecture que ses acteurs font eux-mêmes du rapport de forces — territorial, militaire, politique, social. Un très bon devoir mobilise cette idée pour relativiser sa propre grille : la Syrie depuis 2011 combine guerre civile, internationalisation et terrorisme transnational, et c’est cette superposition, plus que l’étiquette, qui explique la difficulté du règlement.

§ 01

Révision active

Construisez, sur une feuille, un schéma légendé (production graphique valorisée à l’épreuve) qui organise les formes de conflits du monde actuel : deux entrées — les acteurs, la conduite —, une légende hiérarchisée en trois niveaux, et pour chaque forme un exemple daté et localisé. Ajoutez un troisième bloc de légende pour les modes de résolution, en distinguant diplomatie, droit international et sécurité collective.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 2 « Faire la guerre, faire la paix » (février 2022) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Guerre — glossaire de Géoconfluences (ressource de géographie de l’ENS de Lyon) (Géoconfluences — ENS de Lyon)

§ 02
§ 02

Axe 1 — La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationaux#

~14 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T2-Axe1-La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationauxBOHGGSP-Tle-T2-Axe1-La guerre, « continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz) : de la guerre de 7 ans aux guerres napoléoniennesBOHGGSP-Tle-T2-Axe1-Le modèle de Clausewitz à l’épreuve des « guerres irrégulières » : d’Al Qaïda à Daech

Points clés

L’axe 1 prend la guerre par son bout politique. Il pose d’abord le modèle qui a rendu la guerre pensable — celui de Carl von Clausewitz, forgé au contact de la guerre de Sept Ans et des guerres napoléoniennes — puis il le soumet à l’épreuve de conflits qui n’entrent pas dans le schéma classique des guerres entre États, d’Al Qaïda à Daech. La question tenue d’un bout à l’autre est celle que pose la ressource d’accompagnement : les États parviennent-ils encore à encadrer les conflits ?
Clausewitz (1780-1831) est un officier prussien, pas un philosophe de cabinet, et sa biographie éclaire sa pensée. Témoin dès 1793 des guerres révolutionnaires, il prend part au double effondrement prussien d’Iéna et Auerstaedt en 1806, participe à la réorganisation de l’armée sous la direction de Scharnhorst, refuse en 1812 l’alliance de la Prusse avec Napoléon et passe à l’armée russe — un choix qui lui coûtera sa carrière mais lui donne d’assister de l’intérieur à l’écroulement napoléonien. Il dirige à partir de 1818 le collège militaire de Berlin et meurt en 1831 du choléra. Son œuvre majeure, De la guerre, est inachevée : c’est son épouse Marie von Brühl qui la publie après sa mort, en 1832 et 1835. Retenez cette date de publication, et retenez surtout qu’elle est posthume : elle explique les tensions internes d’un texte que l’auteur, après une rupture décisive en 1827, voulait entièrement réécrire.
Trois propositions font le noyau du modèle, et l’épreuve les attend toutes les trois. La première est la plus célèbre : la guerre est « la continuation de la politique par d’autres moyens » — la ressource d’accompagnement précise qu’à l’époque de Clausewitz « la politique » désigne la politique extérieure, si bien que la guerre est, avec la diplomatie, l’un des deux moyens dont un État dispose pour atteindre ses objectifs. La deuxième est que la guerre « mêle la passion, l’action et la raison » : elle est simultanément l’affaire du peuple, c’est-à-dire de l’opinion, des militaires qui la conduisent, et des autorités politiques qui en décident et lui assignent un but. La troisième la définit : « un acte de violence destiné à contraindre l’ennemi à exécuter notre volonté ». À quoi s’ajoute une distinction d’outillage : « La tactique est la théorie de l’emploi des forces au combat, alors que la stratégie est celle de l’emploi des combats en vue de la décision finale » (voir Fig. 3).

Le système de Clausewitz

Le système de ClausewitzGraphe, La politique (le but) → La guerre, instrument, Le peuple (la passion) → La guerre, instrument, L’armée (l’action) → La guerre, instrument, La guerre, instrument → Montée aux extrêmes, Frictions et hasards → La guerre, instrumentLa politique(le but)Le peuple (lapassion)L’armée(l’action)La guerre,instrumentMontée auxextrêmesFrictions ethasardsfixe le butpassionactiontend versfreine
Fig. 3La guerre est un instrument tenu par trois forces inégales ; sa tendance propre est la montée aux extrêmes, que le but politique et les frictions retiennent.
Fig. 3 ↓
Le modèle repose ensuite sur un dédoublement qu’il faut manier avec soin. La guerre absolue est une essence théorique : dans sa pure logique, la violence tend à l’anéantissement des ressources militaires de l’adversaire, c’est la fameuse montée aux extrêmes. La guerre réelle, elle, est bridée — par le but politique qui la commande, et par ce que Clausewitz appelle les frictions et le brouillard, c’est-à-dire le hasard, la fatigue, l’information incertaine, l’imprévu. Confondre les deux niveaux est l’erreur qui coûte le plus cher dans une copie : on fait alors de Clausewitz un théoricien de la guerre totale, alors qu’en 1815 il ne voulait pas l’écrasement de la France et restait soucieux de l’équilibre européen.
Le premier jalon ancre ce modèle dans deux conflits précis. La guerre de Sept Ans (1756-1763) lui donne la figure de Frédéric II, dont il admire la virtuosité stratégique face à des adversaires plus nombreux — et dont il note aussi les coups de chance, comme la mort de la tsarine Élisabeth de Russie en janvier 1762, qui renverse la coalition. Les guerres napoléoniennes lui donnent le changement d’échelle : la levée en masse, la mobilisation de la nation, des effectifs sans commune mesure avec ceux d’avant 1789. De la comparaison de Frédéric et de Napoléon, Clausewitz tire quatre idées directrices : la quête de la bataille décisive, « centre de gravité de la guerre » ; l’importance de la mobilité et de la surprise ; la supériorité de la défensive sur l’offensive ; la recherche de l’anéantissement des forces armées adverses. L’Espagne lui montre autre chose encore — que « les armements internationaux et les procédés insurrectionnels » peuvent, appliqués généralement, tenir tête à une armée d’invasion (voir Fig. 4).

Les deux jalons de l’axe 1

Les deux jalons de l’axe 1Frise chronologique de 1740 à 2025, 1756: Guerre de 7 ans, 1806: Iéna, 1832: De la guerre, 2001: 11 septembre, 2014: Daech, 1756–1815: Guerre régulière, 2001–2019: Guerres irrégulières17402025annéeGuerre régulièreGuerresirrégulières1756Guerre de 7 ans1806Iéna1832De la guerre200111 septembre2014Daech
Fig. 4À gauche les conflits qui donnent à Clausewitz sa matière ; à droite ceux qui mettent son modèle à l’épreuve. Entre les deux, l’ouvrage publié après sa mort.
Fig. 4 ↓
Le second jalon change de terrain. Il faut d’abord poser ce qu’est le terrorisme, et le poser en historien : le mot désigne d’abord, sous la Révolution française, une politique d’État visant à semer l’effroi, avant de qualifier la violence de mouvements contestataires — terrorisme populiste russe, terrorisme anarchiste en France — qui visaient surtout des responsables politiques. Le XXe siècle, ouvert en 1914 par un attentat contre l’héritier de l’Autriche-Hongrie, l’inscrit dans les conflits entre États et les guerres de libération nationale. La ressource d’accompagnement énonce la règle de méthode à retenir : le terrorisme est une méthode, un usage de la violence destiné à frapper l’opinion, et non le monopole d’un camp ; il est toujours lié à des objectifs politiques et idéologiques, ici à des mouvements relevant de l’islamisme, le second procédant du premier.
Al Qaïda et Daech se ressemblent par leurs fondements — sunnisme, salafisme djihadiste, référence à l’Oumma — et divergent par tout le reste, ce qui fait l’intérêt du jalon. Al Qaïda naît du contexte de l’invasion soviétique de l’Afghanistan puis de la présence militaire américaine en Arabie saoudite au moment de la guerre du Golfe ; elle combine terrorisme et guérilla, s’organise en réseau mondialisé grâce aux nouveaux moyens de communication et frappe les États-Unis le 11 septembre 2001 ; son projet est la lutte contre l’influence américaine et la constitution d’émirats. Daech naît de l’intervention américaine de 2003 en Irak et du chaos syrien ; elle ajoute au terrorisme et à la guérilla une guerre de conquête puis une guerre défensive de son territoire, et son projet est un « État du califat », proclamé en 2014 après la prise de Mossoul. Ses attentats en Europe — dont ceux du 13 novembre 2015 à Paris — sont revendiqués comme des actes de guerre ; le califat territorial, lui, sera défait par une coalition internationale, la reprise de Mossoul en 2016-2017 en marquant l’étape décisive.
Que devient le modèle clausewitzien à cette épreuve ? Il résiste sur l’essentiel : ces groupes emploient la violence au service de projets politiques affichés, et la riposte des États qu’ils visent obéit à la logique d’interaction que Clausewitz décrit. Mais il est démenti sur plusieurs points, et c’est cette liste qu’il faut savoir produire : il n’existe pas de rapports politiques réguliers entre un réseau terroriste et les acteurs qu’il combat ; les belligérants n’ont pas le même statut ; les enjeux territoriaux ne correspondent pas à la lutte classique entre deux États ; la victoire n’est ni une finalité ni une nécessité pour l’un des camps. Jean-Vincent Holeindre, cité par la ressource, formule le risque : « Nous éprouvons aujourd’hui de la difficulté à nommer “guerre” ces conflits de ruse et, quand nous le faisons, nous les prenons pour ce qu’ils ne sont pas : des guerres “classiques” que la force brute, celle des bombes par exemple, serait en mesure de régler. »

Vocabulaire

→ Cartes
  • Guerre absolueChez Clausewitz, essence théorique de la guerre : la violence poussée à sa pure logique, jusqu’à l’anéantissement des forces adverses.
  • Guerre réelleLa guerre telle qu’elle se déroule, bridée par le but politique et par les hasards du terrain — l’envers concret de la guerre absolue.
  • Montée aux extrêmesTendance propre à la violence guerrière à s’intensifier sans limite ; elle n’est pas une fatalité mais une pente que la politique freine.
  • FrictionChez Clausewitz, l’ensemble des hasards, retards, fatigues et informations incertaines — le « brouillard » — qui séparent la guerre pensée de la guerre menée.
  • StratégieL’art d’agencer les combats en vue de la décision finale, par opposition à la tactique, qui règle l’emploi des forces dans un combat donné.
  • TerrorismeMéthode : usage délibéré de la violence destiné à frapper l’opinion au service d’objectifs politiques ou idéologiques ; ni un camp, ni une doctrine.
Exemple corrigé

Confronter le modèle de Clausewitz à une « guerre irrégulière »

Sujet de dissertation : « Le modèle de Clausewitz permet-il encore de penser les conflits contemporains ? » Construisez une réponse nuancée, en vous appuyant sur les deux jalons de l’axe.

  1. 01Établir le modèle avant de le juger

    Une copie qui critique Clausewitz sans l’avoir exposé ne vaut rien. Posez donc les trois propositions : la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ; elle mêle la passion, l’action et la raison ; elle est un acte de violence destiné à contraindre l’ennemi à exécuter notre volonté. Ajoutez le dédoublement guerre absolue / guerre réelle et les frictions, et datez : De la guerre, publié après la mort de l’auteur en 1832 et 1835.

  2. 02Montrer sa pertinence pour la guerre régulière

    Le modèle décrit exactement la guerre que Clausewitz a vue : guerre de Sept Ans (1756-1763), guerres napoléoniennes. Un affrontement déclaré entre États, conduit par des armées identifiables autour de la bataille décisive, close par un traité, et soumis à la décision d’un pouvoir politique qui fixe le but et choisit le moment d’arrêter.

  3. 03Opposer les démentis venus des conflits irréguliers

    Puis dressez la liste des écarts : pas de rapports politiques réguliers entre un réseau terroriste et les États qu’il vise, et refus revendiqué de ces relations ; différence de statut entre les belligérants ; enjeux territoriaux qui ne relèvent pas de la lutte classique entre deux États ; enfin, l’idée que la victoire n’est ni une finalité ni une nécessité pour l’un des camps. La « guerre contre le terrorisme » paraît sans fin et jamais gagnée.

  4. 04Sauver ce qui doit l’être

    La dimension politique, elle, tient. Al Qaïda poursuit un projet — la lutte contre l’influence américaine, la constitution d’émirats ; Daech en poursuit un autre — l’édification d’un « État du califat » proclamé en 2014. Dans les deux cas, la violence sert un but politique et provoque une riposte : l’interaction que Clausewitz décrit est bien là.

  5. 05Conclure sur l’usage du modèle

    La conclusion doit trancher sans caricaturer. Le modèle reste un instrument de lecture — il oblige à chercher le but politique derrière la violence — mais il ne fournit plus la grille complète d’un conflit sans front ni fin. C’est le sens de l’avertissement d’Holeindre : traiter ces « conflits de ruse » comme des guerres classiques, c’est croire que la force brute suffira à les régler.

Résultat : Réponse : oui, à condition de s’en servir comme d’une question et non d’un gabarit — le modèle clausewitzien reste valide pour ce qu’il affirme (toute guerre sert un but politique) et insuffisant pour ce qu’il présuppose (deux États, un front, une bataille, un traité).

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    Commençons par l’erreur à éviter. Clausewitz ne dit pas que la politique continue la guerre : il dit l’inverse. La guerre est « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Autrement dit, elle est un instrument, jamais une fin.

  2. 2

    Deuxième précision, souvent oubliée : au début du XIXe siècle, « la politique » désigne la politique extérieure. La guerre est donc, avec la diplomatie, l’un des deux moyens dont un État dispose pour obtenir ce qu’il veut d’un autre État.

  3. 3

    Vient ensuite la partie qui piège les copies : la montée aux extrêmes. Livrée à sa seule logique, la violence tend à s’intensifier jusqu’à l’anéantissement des forces adverses. Clausewitz appelle cela la guerre absolue — une essence théorique, pas une description du réel.

  4. 4

    Car la guerre réelle, elle, est freinée par deux choses. D’abord le but politique, qui dit pourquoi l’on se bat et quand l’on s’arrête. Ensuite les frictions : le hasard, la fatigue, l’information incertaine, le brouillard. Confondre les deux niveaux, c’est faire de Clausewitz un théoricien de la guerre totale qu’il n’a jamais été.

  5. 5

    Dernier étage : la guerre « mêle la passion, l’action et la raison » — l’opinion, les militaires, le pouvoir politique. Trois forces qui ne pèsent jamais également, et dont le déséquilibre explique presque tous les enlisements.

  6. 6

    Retenez donc trois phrases et une distinction : la guerre continue la politique ; elle mêle passion, action et raison ; elle contraint l’ennemi à exécuter notre volonté. Et surtout : guerre absolue n’est pas guerre réelle. Avec cela, vous pouvez affronter n’importe quel sujet de l’axe 1.

Objectif Bac

  • Dater et attribuer correctement : Clausewitz (1780-1831), De la guerre publié à titre posthume par son épouse en 1832 et 1835, œuvre inachevée — une copie qui écrit « 1832 » sans dire « posthume » perd la clé du texte.
  • Citer la formule exacte — la guerre est « la continuation de la politique par d’autres moyens » — et l’expliquer : à l’époque de Clausewitz, « la politique » désigne la politique extérieure, et la guerre est l’un des deux moyens de l’État, à côté de la diplomatie.
  • Distinguer guerre absolue et guerre réelle, puis nommer les deux freins de la seconde — le but politique et les « frictions » — pour montrer que la montée aux extrêmes est une tendance, jamais une fatalité.
  • Restituer un jalon 1 précis : les quatre idées directrices tirées de la comparaison entre Frédéric II (guerre de Sept Ans, 1756-1763) et Napoléon — bataille décisive, mobilité, supériorité de la défensive, anéantissement des forces adverses.
  • Confronter le modèle aux « guerres irrégulières » en produisant une liste d’écarts vérifiables : absence de rapports politiques réguliers, différence de statut entre belligérants, enjeux territoriaux non classiques, victoire qui n’est pas une finalité.

Erreurs fréquentes

  • Inverser la formule et écrire « la politique est la continuation de la guerre » ; en réalité Clausewitz subordonne la guerre à la politique — la guerre est « la continuation de la politique par d’autres moyens » —, et l’inversion détruit toute la thèse.
  • Faire mourir Clausewitz en 1832 parce que c’est la date de publication de son livre ; en réalité il meurt en 1831 du choléra, et De la guerre paraît après sa mort, en 1832 et 1835, publié par son épouse Marie von Brühl.
  • Faire de Clausewitz le théoricien de la guerre totale à partir de la seule « montée aux extrêmes » ; en réalité celle-ci décrit la guerre absolue, essence théorique, tandis que la guerre réelle est bridée par le but politique et par les frictions — et Clausewitz refusait en 1815 l’écrasement de la France.
  • Confondre les deux jalons en racontant toute l’histoire des conflits armés des guerres révolutionnaires à nos jours ; en réalité le premier jalon sert à comprendre la pensée de Clausewitz, le second à la mettre à l’épreuve — ce sont deux opérations distinctes, pas une fresque.
  • Traiter Al Qaïda et Daech comme une seule organisation ; en réalité leurs projets diffèrent — réseau mondialisé visant l’influence américaine d’un côté, édification d’un « État du califat » territorial proclamé en 2014 de l’autre — et c’est précisément cette différence que le jalon demande d’analyser.

Approfondissement

Pour aller plus loin : la ressource d’accompagnement suggère de tester point par point les principes que Clausewitz tire de Frédéric II et de Napoléon. La quête de la bataille décisive n’a plus de sens face à un adversaire disséminé qui la refuse ; la mobilité et la surprise changent de camp ; la supériorité de la défensive se vérifie dans la guérilla sur de vastes territoires accidentés, beaucoup moins quand un groupe se fixe sur un territoire à défendre — c’est l’un des ressorts de la défaite territoriale de Daech ; et l’anéantissement des forces adverses devient hors d’atteinte dans un contexte de dissémination des armements et de forte motivation idéologique.

§ 02

Révision active

Étude critique de document : on vous soumet un extrait de De la guerre où Clausewitz énonce que la guerre est « un acte de violence destiné à contraindre l’ennemi à exécuter notre volonté » et qu’elle « mêle la passion, l’action et la raison ». Présentez le document (nature, auteur, date de rédaction et de publication, contexte des guerres napoléoniennes), montrez ce qu’il apporte à la compréhension de la dimension politique de la guerre, puis évaluez sa portée à partir d’un conflit irrégulier de votre choix, en disant précisément où le modèle tient et où il cède.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 2 « Faire la guerre, faire la paix » (février 2022) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Éric Weil, « Guerre et politique selon Clausewitz », Revue française de science politique, 1955, vol. 5, n° 2, p. 291-314 (Persée — Revue française de science politique)

§ 03
§ 03

Axe 2 — Le défi de la construction de la paix#

~12 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T2-Axe2-Le défi de la construction de la paixBOHGGSP-Tle-T2-Axe2-Faire la paix par les traités : les traités de Westphalie (1648)BOHGGSP-Tle-T2-Axe2-Faire la paix par la sécurité collective : les actions de l’ONU sous les mandats de Kofi Annan (1997-2006)

Points clés

Le mot défi n’est pas un ornement du titre. Il dit que la paix ne se décrète pas : la cessation des combats n’en est que la condition, jamais le résultat. L’axe 2 confronte donc deux manières de la construire, séparées par trois siècles — la paix négociée entre États souverains à Westphalie en 1648, et la paix garantie collectivement par une organisation mondiale, dont les mandats de Kofi Annan à la tête de l’ONU (1997-2006) offrent le poste d’observation. Sa question directrice : dans quelle mesure le système westphalien est-il remis en cause ?
Les traités de Westphalie mettent fin à la guerre de Trente Ans (1618-1648), et l’on ne comprend rien à la paix sans revenir à la guerre. Le conflit naît de la fracture religieuse de l’Empire : la paix d’Augsbourg de 1555 avait imposé le principe cujus regio, ejus religio — tel prince, telle religion —, mais Ferdinand II, devenu roi de Bohême en 1617, entreprend d’y rétablir le catholicisme ; les nobles de Bohême se soulèvent en 1618. La victoire catholique de la Montagne Blanche, le 8 novembre 1620, ne met pas fin aux affrontements : le Danemark, puis la Suède à partir de 1631 et la France ouvertement à partir de 1635, y entrent tour à tour. Une guerre civile de religion, écrit l’historienne Claire Gantet citée par la ressource d’accompagnement, « grevée d’intérêts étrangers ».
La paix a demandé cinq ans de négociations, et ce sont ces cinq ans que le jalon demande d’examiner. Le principe d’un congrès est acté dès 1643 ; en décembre 1645, on décide d’y admettre les États de l’Empire. Comme les combats continuent, on neutralise deux villes et l’on négocie séparément : la France et ses alliés à Münster, la Suède et les siens à Osnabrück. Les délégations sont considérables — la ressource cite 420 Français, 155 Suédois, 147 Espagnols — et professionnalisées : quatre délégués sur dix ont une formation universitaire, généralement juridique, et autant une expérience diplomatique. On y invente les usages du grand congrès international, dont celui de Vienne sera l’héritier. Deux traités en sortent, signés le même jour, le 24 octobre 1648 : le traité d’Osnabrück entre l’empereur et la Suède, le traité de Münster entre l’empereur d’une part, la France et ses alliés impériaux de l’autre (voir Fig. 5).

Quatre siècles pour construire la paix

Quatre siècles pour construire la paixFrise chronologique de 1600 à 2025, 1618: Trente Ans, 1648: Westphalie, 1919: SDN, 1945: ONU, 2005: Responsabilité, 1648–1919: Ordre westphalien, 1945–2025: Sécurité collective16002025annéeOrdre westphalienSécuritécollective1618Trente Ans1648Westphalie1919SDN1945ONU2005Responsabilité
Fig. 5Deux ordres se succèdent sans se remplacer tout à fait : l’équilibre entre souverains né en 1648, la sécurité collective née en 1945 — dont la responsabilité de protéger, en 2005, infléchit le principe de non-ingérence.
Fig. 5 ↓
Pourquoi parle-t-on d’un « système westphalien » ? Parce que l’ordre qui en sort repose sur quelques principes durables. Le projet d’une monarchie catholique unifiant la chrétienté est enterré ; l’indépendance des Provinces-Unies et des cantons suisses est reconnue ; la papauté condamne d’ailleurs la paix par la bulle Zelo Domus Dei du 26 novembre 1648. Désormais on cherche à garantir l’équilibre européen contre toute puissance hégémonique, par des négociations entre États que la guerre n’exclut pas ; les congressistes se donnent des règles, influencés par Le Droit de la guerre et de la paix de Grotius, paru en 1625 ; et les signataires se déclarent collectivement garants de la paix. L’historien Arnaud Blin résume l’acquis : Westphalie met en place « les concepts directeurs des relations internationales modernes : l’équilibre des puissances, l’inviolabilité de la souveraineté nationale et le principe de non-ingérence dans les affaires d’autrui » — étant entendu, ajoute-t-il, que cette mise en place fut en réalité plus progressive.
Ce système a un point faible, et le second jalon naît de là : la paix westphalienne repose sur un équilibre, et un équilibre se maintient soit par la négociation, soit par la guerre. Au mieux, il limite la guerre ; il ne la supprime pas. Le système des congrès du XIXe siècle évite quelques conflagrations mais se révèle impuissant à prévenir la Première Guerre mondiale. D’où l’invention du XXe siècle : la sécurité collective, portée par la Société des Nations à partir de 1919, puis par l’Organisation des Nations unies à partir de 1945. On passe d’un ordre où chaque État garantit son intérêt à un ordre où une institution permanente prétend garantir la paix de tous — sans que les États cessent pour autant d’être les acteurs décisifs (voir Fig. 6).

Trois manières de faire la paix

Trois manières de faire la paixArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Par la victoire → Le vainqueur dicte ses conditions; Par la victoire → Rarement durable; Par l’équilibre → Westphalie (1648); Par l’équilibre → Congrès et alliances; Par le droit → SDN (1919), ONU (1945); Par le droit → Casques bleus, R2P (2005)Par la victoirePar l’équilibrePar le droitFaire la paixLe vainqueur dicte ses conditionsRarement durableWestphalie (1648)Congrès et alliancesSDN (1919), ONU (1945)Casques bleus, R2P (2005)
Fig. 6Chaque modèle règle un problème et en laisse un autre ouvert ; l’axe 2 étudie les deux derniers, et c’est leur écart qui fait le défi.
Fig. 6 ↓
Kofi Annan (1938-2018) est le poste d’observation choisi par le programme, et le choix est fin : secrétaire général de 1997 à 2006, il connaît la maison de l’intérieur — fonctionnaire international dès l’âge de vingt-quatre ans, sous-secrétaire général chargé du département des opérations de maintien de la paix à partir de 1993, c’est-à-dire aux années les plus sombres de l’ONU. Son bilan est double, et c’est ce qu’il faut savoir dire. Réalisations : le rapport Nous les peuples de 2000, qui met en place les Objectifs du Millénaire pour le Développement ; le Sommet mondial de 2005, qui fait reconnaître la « responsabilité de protéger », que l’historienne Chloé Maurel décrit comme « une sorte de droit d’ingérence humanitaire » ; la création du Conseil des droits de l’homme en 2006 ; une relance nette des opérations de paix, du Timor oriental à la Sierra Leone en passant par la médiation entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Le prix Nobel de la paix 2001, partagé entre l’ONU et lui, récompense cette action en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique.
Les limites sont aussi précises que les réussites, et une copie qui ne les donne pas reste à mi-chemin. L’ONU n’a pas pu empêcher la seconde guerre du Golfe ; c’est l’OTAN, non l’ONU, qui règle finalement la situation en ex-Yougoslavie ; les médiations n’ont pas toutes abouti, en Angola notamment, et les situations de la République démocratique du Congo, du Burundi, d’Haïti ou de la Côte d’Ivoire sont restées très complexes. Le projet d’élargissement du Conseil de sécurité échoue ; les États-Unis refusent de s’associer à la Cour pénale internationale créée en 1998. Kofi Annan lui-même avait dû reconnaître, en 2004, les insuffisances de la politique onusienne face au génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 — et l’exemple de Srebrenica, où des casques bleus n’intervinrent pas pendant les cinq jours du massacre de juillet 1995, hante toute la réflexion sur les mandats trop restreints.
Deux obstacles structurels demeurent, et ce sont eux qu’il faut nommer en conclusion. Le premier est le droit de veto : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité peuvent bloquer toute décision dès que leurs intérêts divergent. Le second est plus profond : l’adhésion des grandes puissances au multilatéralisme reste conditionnelle. Kofi Annan pouvait affirmer que « les États-Unis ont besoin de l’ONU et l’ONU a besoin des États-Unis » ; la doctrine américaine, résumée par la secrétaire d’État Madeleine Albright — « multilatéraux quand nous le pouvons, unilatéraux quand nous le devons » — dit assez la limite. Ce constat n’est pas un aveu d’impuissance : le mandat de Kofi Annan a correspondu à une relance nette des interventions de l’ONU. Il signifie que faire la paix reste un travail politique, jamais un mécanisme automatique.

Vocabulaire

→ Cartes
  • SouverainetéPouvoir suprême d’un État sur son territoire et sa population, sans autorité supérieure au-dessus de lui ; principe fondateur de l’ordre westphalien.
  • Équilibre des puissancesConfiguration où aucun État ne domine les autres, chacun s’alliant pour contenir celui qui menace de le faire ; mode de paix propre au système westphalien.
  • MultilatéralismeManière de traiter les affaires internationales à plusieurs États et par des institutions communes, par opposition à l’action unilatérale d’une puissance.
  • Droit de vetoPouvoir reconnu à chacun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de bloquer une résolution, même approuvée par tous les autres membres.
  • Opération de maintien de la paixDéploiement de forces internationales — les « casques bleus » — chargées de faire respecter un cessez-le-feu, de séparer des belligérants et de protéger des civils.
  • Responsabilité de protégerPrincipe reconnu au Sommet mondial de 2005 : quand un État ne protège pas sa population contre les crimes les plus graves, la communauté internationale peut intervenir.
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Exemple corrigé

Bâtir une dissertation sur les conditions de la paix

Sujet de dissertation : « Faire la paix : un ordre entre États ou un ordre au-dessus des États ? » Dégagez une problématique et proposez un plan détaillé, en mobilisant les deux jalons de l’axe 2.

  1. 01Lire l’alternative du sujet

    Le sujet oppose deux logiques : la paix comme arrangement entre souverains égaux — c’est Westphalie — et la paix comme garantie confiée à une institution qui les surplombe — c’est la sécurité collective. Le devoir ne doit pas choisir un camp mais montrer que la seconde n’a jamais remplacé la première : elle s’y est superposée.

  2. 02Poser la problématique

    Formulation possible : la construction d’une sécurité collective au XXe siècle a-t-elle remis en cause l’ordre interétatique né en 1648, ou n’a-t-elle fait qu’en aménager les règles ? La réponse attendue est nuancée, et le troisième temps du plan doit la porter.

  3. 03Première partie — la paix comme équilibre entre souverains (1648)

    Détaillez le congrès : cinq ans de négociations, Münster et Osnabrück, deux traités signés le 24 octobre 1648. Puis les principes qui en sortent selon Arnaud Blin — équilibre des puissances, inviolabilité de la souveraineté, non-ingérence — et la faiblesse qu’ils portent : un équilibre se maintient par la négociation ou par la guerre, et le système des congrès n’empêchera pas 1914.

  4. 04Deuxième partie — la paix comme garantie collective (1919, 1945)

    La SDN invente le principe et échoue ; l’ONU le reprend en 1945 avec un Conseil de sécurité et des opérations de maintien de la paix. Sous les mandats de Kofi Annan (1997-2006), l’institution va plus loin : Objectifs du Millénaire en 2000, « responsabilité de protéger » en 2005, Conseil des droits de l’homme en 2006 — une inflexion réelle du principe de non-ingérence.

  5. 05Troisième partie — un ordre au-dessus des États qui dépend d’eux

    Montrez la limite structurelle : le veto des cinq permanents, l’échec de l’élargissement du Conseil, le refus américain de s’associer à la Cour pénale internationale de 1998, l’impuissance devant la guerre d’Irak de 2003. Et la limite humaine : des mandats trop étroits, dont Srebrenica en juillet 1995 reste le cas d’école. La sécurité collective encadre les États sans les dominer.

Résultat : Réponse : la paix contemporaine n’est ni purement interétatique ni véritablement supra-étatique — elle est un ordre interétatique auquel une institution commune impose des règles que les États acceptent dans la mesure où ils y consentent, ce qui explique à la fois ses réussites et ses paralysies.

Objectif Bac

  • Dater exactement les deux traités de Westphalie — Osnabrück et Münster, signés tous deux le 24 octobre 1648 — et savoir dire ce qu’ils clôturent : la guerre de Trente Ans (1618-1648).
  • Énoncer les trois principes du « système westphalien » d’après Arnaud Blin : équilibre des puissances, inviolabilité de la souveraineté nationale, non-ingérence dans les affaires d’autrui.
  • Distinguer la SDN (1919) de l’ONU (1945) par leur origine, leur fonctionnement et leur sort, sans jamais présenter la seconde comme une simple continuation de la première.
  • Citer trois réalisations datées des mandats de Kofi Annan (1997-2006) — rapport Nous les peuples en 2000, « responsabilité de protéger » au Sommet mondial de 2005, Conseil des droits de l’homme en 2006 — et les mettre en regard d’une limite précise.
  • Expliquer le blocage du Conseil de sécurité par le droit de veto des cinq membres permanents, et l’illustrer par le caractère conditionnel de l’adhésion américaine au multilatéralisme.

Erreurs fréquentes

  • Confondre la SDN et l’ONU ; en réalité ce sont deux organisations distinctes — la Société des Nations naît en 1919 de la Première Guerre mondiale et échoue, l’Organisation des Nations unies naît en 1945 de la Seconde et a précisément été conçue pour corriger les faiblesses de la première.
  • Écrire que Westphalie est « un » traité signé par toute l’Europe ; en réalité ce sont deux traités négociés dans deux villes distinctes, Münster et Osnabrück, signés le 24 octobre 1648, et l’Espagne, écartée des négociations à la demande de la France, ne fera la paix avec elle qu’en 1659 par le traité des Pyrénées.
  • Présenter l’ONU comme un gouvernement mondial ; en réalité elle dépend du bon vouloir des États, son Conseil de sécurité est paralysable par le veto des cinq membres permanents, et ses opérations reçoivent parfois des mandats trop étroits pour la mission qu’on leur prête.
  • Dresser un bilan uniquement laudatif ou uniquement accablant des mandats de Kofi Annan ; en réalité l’attendu du jalon est le double bilan — la relance des opérations de paix et la « responsabilité de protéger » d’un côté, l’impuissance face à la guerre d’Irak de 2003 et l’échec de la réforme du Conseil de sécurité de l’autre.
  • Attribuer la « responsabilité de protéger » à la Charte de 1945 ; en réalité elle est reconnue au Sommet mondial de 2005, soixante ans plus tard, et constitue précisément une inflexion du principe westphalien de non-ingérence.

Approfondissement

Pour aller plus loin : la ressource d’accompagnement souligne que les objectifs des puissances à Westphalie étaient territoriaux et confessionnels avant d’être « systémiques ». La Suède cherchait à protéger les protestants et à s’installer sur la Baltique ; la France à desserrer la tenaille des Habsbourg ; l’Empire à sauvegarder son unité. Le « système westphalien » est donc une lecture rétrospective d’un règlement conclu pour des raisons très concrètes — ce qui est en soi une belle leçon de méthode sur la manière dont on fabrique les modèles en relations internationales.

§ 03

Révision active

Étude critique de document : on vous soumet un organigramme du Conseil de sécurité des Nations unies distinguant les cinq membres permanents dotés du droit de veto et les membres élus. Présentez le document, expliquez le mécanisme qu’il représente en le rattachant à la Charte de 1945, puis conduisez sa critique : que montre-t-il de la sécurité collective, et surtout que ne montre-t-il pas — les opérations de maintien de la paix, les moyens réellement disponibles, et le poids des rapports de force qui décident de l’usage du veto ?

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 2 « Faire la guerre, faire la paix » (février 2022) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Le prix Nobel de la paix 2001, décerné conjointement à l’Organisation des Nations unies et à Kofi Annan (The Nobel Foundation — NobelPrize.org)

§ 04
§ 04

Objet de travail conclusif — Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix depuis 1948#

~13 min de lecture●●●ApprofondissementBOHGGSP-Tle-T2-OTC-Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix impliquant des acteurs internationaux (étatiques et non étatiques)BOHGGSP-Tle-T2-OTC-Du conflit israélo-arabe au conflit israélo-palestinien : les tentatives de résolution, de la création de l’État d’Israël à nos joursBOHGGSP-Tle-T2-OTC-Les deux guerres du Golfe (1991 et 2003) et leurs prolongements : d’une guerre interétatique à un conflit asymétrique

Points clés

L’objet de travail conclusif n’est pas un chapitre de plus : il est le lieu où l’on vérifie tout ce que le thème a construit. Le Moyen-Orient concentre sur un espace réduit des formes de conflictualité très différentes et un nombre exceptionnel de tentatives de règlement, ce qui permet de reprendre ensemble les deux axes. Attention au titre du programme, qui est précis : « conflits régionaux et tentatives de paix impliquant des acteurs internationaux (étatiques et non étatiques) ». Le sujet est donc autant la paix que la guerre, et autant les acteurs que les événements.
Trois facteurs de fond expliquent la densité conflictuelle de la région, et il faut les poser avant tout récit. Une mosaïque de peuples, de langues et de confessions, où les identités se sont politisées avec le retour en force des acteurs religieux à partir des années 1970. Des ressources stratégiques — les hydrocarbures — qui donnent à la région un intérêt mondial. Et des États nés tard, dont les frontières et les régimes sont issus du démantèlement de l’Empire ottoman puis des mandats, ce qui explique l’affirmation et la redéfinition permanente des nationalismes. Sur ce socle se greffent les interventions répétées de puissances extérieures.
Le premier jalon suit un conflit sur soixante-quinze ans, mais par ses tentatives de résolution plutôt que par la succession de ses affrontements — c’est la consigne du programme, et elle change tout. Première période, de 1948 à 1979 : la création de l’État d’Israël en 1948 s’accompagne de l’échec du plan de partage adopté par l’ONU en 1947, d’une première guerre israélo-arabe et, pour les Palestiniens, de la Nakba, l’exode de 1948 qui ouvre la question des réfugiés. La guerre des Six Jours de 1967 marque la rupture : elle signe l’effondrement de l’arabisme et l’affirmation d’un nationalisme proprement palestinien, l’OLP s’étant dotée d’une charte en 1964. L’ONU adopte à la suite de cette guerre la résolution 242. La guerre du Kippour de 1973 rouvre la négociation, et la visite d’Anouar el-Sadate à la Knesset en 1977 annonce le basculement de l’Égypte (voir Fig. 7).

Du conflit israélo-arabe au conflit israélo-palestinien

Du conflit israélo-arabe au conflit israélo-palestinienFrise chronologique de 1945 à 2015, 1947: Plan de partage, 1967: Résolution 242, 1978: Camp David, 1993: Accords d’Oslo, 2000: Camp David II, 1948–1979: Conflit israélo-arabe, 1979–2015: Israël et Palestiniens19452015annéeConflitisraélo-arabeIsraël etPalestiniens1947Plan de partage1967Résolution 2421978Camp David1993Accords d’Oslo2000Camp David II
Fig. 7Le jalon se lit par ses tentatives de résolution : chaque repère est un texte ou une négociation, non une bataille — et l’espacement entre eux dit l’essoufflement du processus.
Fig. 7 ↓
Deuxième période, de 1979 à 2001 : le conflit israélo-arabe devient conflit israélo-palestinien. Les accords de Camp David de 1978 scellent la paix entre l’Égypte et Israël et la restitution du Sinaï — la seule concession territoriale majeure obtenue dans ce conflit, ce qui explique qu’on y revienne toujours. Le monde arabe éclate : la Jordanie et l’Égypte négocient, la Syrie et le Liban refusent. Du côté palestinien, la première Intifada de 1987 puis la proclamation, en 1988, de l’indépendance de l’État de Palestine par le Comité national palestinien — qui reconnaît l’État d’Israël — précèdent la signature des accords d’Oslo en 1993 et la naissance de l’Autorité palestinienne en 1994. Le prix Nobel de la paix 1994 est décerné conjointement à Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin pour leurs efforts en faveur de la paix au Moyen-Orient. L’assassinat d’Yitzhak Rabin, le 4 novembre 1995, et l’échec du sommet de Camp David II en 2000 ferment la séquence.
Troisième période, depuis 2001 : ni règlement ni retour à la table. La construction de la « barrière de séparation » commence en 2002 ; la division palestinienne s’installe entre le Fatah, basé en Cisjordanie, et le Hamas dans la bande de Gaza après les combats de 2007 ; la Palestine adhère à l’UNESCO en 2011 et devient État observateur non membre à l’ONU en 2012 ; les États-Unis transfèrent leur ambassade à Jérusalem en 2018. Les puissances extérieures pèsent moins qu’avant, tandis que s’affirment des puissances régionales — Arabie saoudite, Qatar, Iran, Turquie. La ressource d’accompagnement propose de lire cette période comme une impasse : un statu quo qui profite à l’acteur en position de force, dans un conflit désormais asymétrique entre Israël et les Palestiniens.
Le second jalon est un exercice de comparaison, et il faut résister à la tentation de le simplifier. La première guerre du Golfe naît de l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein en 1990 : un conflit interétatique classique, avec un agresseur identifié, des puissances soucieuses de ne pas bouleverser les équilibres régionaux, et la fin du blocage du Conseil de sécurité lié à la guerre froide. D’où un consensus rare : une intervention mandatée par l’ONU sous commandement américain, dont la rapidité conduit le président George H. W. Bush à parler d’un « nouvel ordre mondial ». Mais le règlement dément aussitôt l’image : le mandat était limité au Koweït, Saddam Hussein reste au pouvoir et réprime chiites et Kurdes, l’image d’une « guerre propre » faite de « frappes chirurgicales » se heurte à un pays ravagé, et le programme « pétrole contre nourriture » se solde par un blocage dont la population irakienne fait les frais (voir Fig. 8).

Les deux guerres du Golfe

Les deux guerres du GolfeArbre de probabilité, 4 chemins, Données: 1991 : interétatique → Agression identifiée : le Koweït; 1991 : interétatique → Coalition mandatée par l’ONU; 2003 : asymétrique → Sans mandat de l’ONU; 2003 : asymétrique → Occupation, insurrection1991 : interétatique2003 : asymétriqueLes deux guerres du GolfeAgression identifiée : le KoweïtCoalition mandatée par l’ONUSans mandat de l’ONUOccupation, insurrection
Fig. 8Même région, même adversaire, deux régimes de légitimité et deux natures de conflit — et c’est le règlement de la première qui prépare la seconde.
Fig. 8 ↓
La seconde guerre du Golfe est fille de ce règlement manqué : c’est le lien que la ressource d’accompagnement demande de placer au cœur de la réflexion. En 2003, dans le contexte postérieur au 11 septembre 2001, les États-Unis interviennent sans mandat de l’ONU, au nom d’armes de destruction massive dont l’élimination était paradoxalement l’une des réussites du règlement international précédent. La campagne militaire est brève — commencée en mars 2003, Bagdad tombe le 9 avril, la guerre est déclarée terminée le 1er mai — mais la présence américaine dure : force occupante jusqu’en 2008, soutien du nouveau gouvernement dans un contexte de guerre civile jusqu’en 2011. Le décalage entre un discours de reconstruction démocratique et la méconnaissance du pays, aggravé par des scandales comme celui de la prison d’Abou Ghraib, fait basculer le conflit dans la guerre asymétrique : des groupes d’insurgés rejettent l’autorité américaine et celle d’un gouvernement jugé illégitime.
La suite relie l’objet conclusif à l’axe 1. À partir de 2006, la déliquescence de l’État irakien fait ressortir des logiques confessionnelles, de la part de groupes sunnites refusant la victoire électorale des chiites, majoritaires et jusque-là écartés du pouvoir. C’est de là que naît l’« État islamique d’Irak », qui devient Daech et s’impose à l’échelle régionale en 2013-2014, à la faveur du retrait américain et du chaos né de la guerre civile syrienne ouverte en 2011. Le Moyen-Orient offre ainsi, sur un même espace, la chaîne complète du thème : une guerre interétatique réglée par la sécurité collective, un règlement raté, une guerre asymétrique, puis un acteur transnational combinant projet territorial, guérilla et terrorisme. C’est cette chaîne — et non un catalogue de conflits — qu’une copie doit démontrer.

Vocabulaire

→ Cartes
  • SionismeMouvement national né à la fin du XIXe siècle visant l’établissement d’un foyer puis d’un État pour le peuple juif en Palestine.
  • PanarabismeCourant politique du XXe siècle visant l’unité des peuples arabes par-delà les frontières héritées des mandats ; il décline après 1967.
  • NakbaLittéralement « catastrophe » : terme par lequel les Palestiniens désignent l’exode et la dépossession liés à la guerre de 1948.
  • Autorité palestinienneInstitution d’autonomie créée en 1994 à la suite des accords d’Oslo, chargée d’administrer une partie des territoires palestiniens.
  • Solution à deux ÉtatsCadre de règlement soutenu par l’ONU prévoyant la coexistence d’un État israélien et d’un État palestinien sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire.
  • UnilatéralismeAction d’une puissance décidée seule, sans mandat ni accord des institutions multilatérales ; elle caractérise l’intervention américaine de 2003 en Irak.
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Exemple corrigé

Étude critique d’une carte des conflits du Moyen-Orient

Document : une carte du Moyen-Orient depuis 1948, dont la légende distingue trois ensembles — les foyers de conflits datés, les acteurs extérieurs intervenus dans la région, et les principales négociations ou accords de paix. Consigne : montrez ce que cette carte apprend de l’enchevêtrement des conflits et des échelles d’acteurs, puis exposez ses limites.

  1. 01Présenter le document et sa consigne

    Une carte thématique de synthèse, sans auteur ni date visibles dans l’énoncé — première remarque critique à faire dès l’introduction. Sa légende à trois entrées oriente déjà la lecture : elle propose de tenir ensemble les conflits, les intervenants et les tentatives de règlement, ce qui est exactement l’objet du programme.

  2. 02Analyser la première entrée — la diversité des formes de conflits

    Les foyers datés permettent d’identifier chaque forme étudiée dans le thème : guerres interétatiques (les guerres israélo-arabes, l’invasion du Koweït en 1990 et la guerre de 1991), guerre asymétrique et occupation (l’Irak après 2003), guerre civile internationalisée (la Syrie depuis 2011), acteur transnational (Daech à partir de 2014). La carte donne à voir ce que le thème a construit en trois chapitres.

  3. 03Analyser la deuxième entrée — trois échelles d’acteurs

    Hiérarchisez sans les confondre : les acteurs locaux (États, oppositions, groupes armés), les puissances régionales qui s’affirment depuis les années 2000 (Arabie saoudite, Iran, Turquie, Qatar, Israël), les puissances mondiales et les organisations internationales (États-Unis, Russie, ONU). L’imbrication de ces trois niveaux est la première explication de la durée des conflits.

  4. 04Analyser la troisième entrée — des tentatives de paix inégales

    Confrontez les figurés des accords aux foyers qu’ils devaient éteindre. Camp David en 1978 aboutit à une paix durable entre deux États et à une restitution territoriale ; Oslo en 1993 ouvre un processus qui s’interrompt ; le mandat de l’ONU de 1991 obtient un résultat militaire mais laisse le règlement politique en suspens. La carte montre donc que « tentative » n’est pas « résolution ».

  5. 05Conduire la critique du document

    Une carte fige un espace mouvant : elle superpose des situations séparées de plusieurs décennies, ne rend pas l’intensité ni la durée des conflits, ne dit rien des sociétés ni des populations déplacées, et ses figurés de paix ne distinguent pas un accord appliqué d’un accord signé puis abandonné. Elle appelle donc à être complétée par la chronologie et par les connaissances.

Résultat : La carte démontre que le Moyen-Orient est moins une addition de conflits qu’un système où trois échelles d’acteurs et quatre formes de conflictualité s’entretiennent ; lue de façon critique, elle explique pourquoi les tentatives de paix y sont si nombreuses et leurs résultats si inégaux.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    L’objet conclusif se tient sur deux jalons, et ils ne racontent pas la même chose. Le premier suit un conflit long — israélo-arabe puis israélo-palestinien — par ses tentatives de résolution. Le second compare deux guerres brèves, celles du Golfe, pour montrer comment on passe d’un conflit entre États à un conflit asymétrique.

  2. 2

    Commençons par le premier. Le programme demande d’étudier les tentatives de résolution, pas la succession des affrontements. Vos repères sont donc des textes et des négociations : le plan de partage de 1947, la résolution 242 après la guerre de 1967, les accords de Camp David de 1978, les accords d’Oslo de 1993, l’échec de Camp David II en 2000.

  3. 3

    Un basculement structure la période : la guerre des Six Jours de 1967. Avant, le conflit oppose Israël à des États arabes portés par le panarabisme. Après, l’arabisme se divise, et c’est un nationalisme proprement palestinien qui devient l’interlocuteur. Le conflit israélo-arabe devient le conflit israélo-palestinien.

  4. 4

    Passons au second jalon. En 1991, tout est lisible : l’Irak a envahi le Koweït l’année précédente, l’agresseur est identifié, le Conseil de sécurité n’est plus bloqué par la guerre froide, une coalition mandatée par l’ONU libère le Koweït. On parle alors de « nouvel ordre mondial ».

  5. 5

    Mais regardez le règlement, car c’est là que tout se joue. Le mandat s’arrêtait au Koweït : Saddam Hussein reste au pouvoir, les sanctions et le programme « pétrole contre nourriture » frappent la population, et le Conseil de sécurité se divise peu à peu. Douze ans plus tard, les États-Unis interviennent seuls, sans mandat.

  6. 6

    La leçon du thème est là. La campagne de 2003 dure six semaines, l’occupation dure des années, et de la déliquescence de l’État irakien naît une insurrection puis, à la faveur de la guerre civile syrienne, Daech en 2013-2014. Une guerre mal terminée fabrique la guerre suivante : c’est ce que l’objet conclusif démontre.

Objectif Bac

  • Traiter le premier jalon par les tentatives de résolution et non par la succession des guerres : plan de partage de 1947, résolution 242 après 1967, accords de Camp David de 1978, accords d’Oslo de 1993, échec de Camp David II en 2000.
  • Distinguer rigoureusement les deux guerres du Golfe : 1991, conflit interétatique avec mandat de l’ONU et objectif limité à la libération du Koweït ; 2003, intervention sans mandat de l’ONU débouchant sur une occupation puis un conflit asymétrique.
  • Démontrer le lien entre le règlement de 1991 et le déclenchement de 2003 — maintien de Saddam Hussein, sanctions et « pétrole contre nourriture », division croissante du Conseil de sécurité — car c’est l’attendu explicite du jalon.
  • Hiérarchiser trois échelles d’acteurs sur un même conflit : acteurs locaux, puissances régionales (Arabie saoudite, Iran, Turquie, Qatar, Israël), puissances mondiales et organisations internationales.
  • Relier l’objet conclusif à l’axe 1 en montrant comment la déstabilisation irakienne puis la guerre civile syrienne ouverte en 2011 rendent possible l’implantation de Daech en 2013-2014.

Erreurs fréquentes

  • Réduire le Moyen-Orient au seul conflit israélo-palestinien ; en réalité le programme impose deux jalons, et le second — les deux guerres du Golfe et leurs prolongements — pèse autant que le premier dans les sujets possibles.
  • Confondre 1947 et 1948 ; en réalité 1947 est l’année du plan de partage de la Palestine adopté par l’ONU, et 1948 celle de la proclamation de l’État d’Israël, de la première guerre israélo-arabe et de l’exode palestinien.
  • Opposer une « bonne » guerre du Golfe en 1991 à une « mauvaise » en 2003 ; en réalité la ressource d’accompagnement demande explicitement de refuser cette coupure et d’examiner le lien entre le règlement du premier conflit et le déclenchement du second.
  • Écrire que l’intervention de 1991 visait à renverser Saddam Hussein ; en réalité le mandat de l’ONU était limité au Koweït, plusieurs puissances redoutaient la division de l’Irak, et le dictateur s’est maintenu au pouvoir pendant douze ans encore.
  • Faire des accords d’Oslo de 1993 la fin du conflit ; en réalité ils ouvrent un processus contesté dans les deux sociétés, qui laisse en suspens les questions les plus lourdes — statut de Jérusalem, colonies, réfugiés — et que l’assassinat de Rabin en 1995 puis l’échec de Camp David II en 2000 interrompent.

Approfondissement

Pour aller plus loin : la ressource d’accompagnement propose de faire de l’assassinat d’Yitzhak Rabin, le 4 novembre 1995, un cas d’école de science politique — un événement suffit-il à ruiner un processus de paix ? La réponse attendue est non, et elle est instructive : les accords d’Oslo étaient déjà contestés dans les deux sociétés et laissaient ouvertes les questions les plus lourdes, du statut de Jérusalem au retour des réfugiés. L’événement révèle une fragilité plutôt qu’il ne la crée, ce qui est la manière la plus sûre de traiter un « moment clé » sans tomber dans l’histoire providentielle.

§ 04

Révision active

Sujet de dissertation à préparer sous forme de plan détaillé : « Les deux guerres du Golfe (1991 et 2003) : d’une guerre interétatique à un conflit asymétrique. » Organisez trois parties — la guerre de 1991 comme conflit interétatique réglé par la sécurité collective ; les impasses de son règlement ; la bascule de 2003 dans un conflit asymétrique et ses prolongements régionaux — et placez dans chacune au moins deux repères datés et un acteur nommé, en distinguant systématiquement l’échelle locale, l’échelle régionale et l’échelle mondiale.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 2 « Faire la guerre, faire la paix » (février 2022) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Le prix Nobel de la paix 1994, décerné conjointement à Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin (The Nobel Foundation — NobelPrize.org)

§ 05
§ 05

Méthode — Disserter et étudier un document sur la guerre et la paix#

~11 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T2-Intro-Formes de conflits et tentatives de paix dans le monde actuelBOHGGSP-Tle-T2-Axe1-La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationauxBOHGGSP-Tle-T2-Axe2-Le défi de la construction de la paixBOHGGSP-Tle-T2-OTC-Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix impliquant des acteurs internationaux (étatiques et non étatiques)

Points clés

Cette section ne révise pas le thème : elle révise l’épreuve. Beaucoup de copies perdent des points non parce qu’elles ignorent Clausewitz ou Westphalie, mais parce qu’elles ignorent la structure exacte de l’épreuve écrite, la façon dont chaque exercice est noté et ce qui, dans le barème, valorise le travail. Les faits qui suivent sont ceux de la définition d’épreuve publiée par le ministère dans sa version consolidée de mai 2024 : ce ne sont pas des conseils, ce sont des règles.
L’épreuve écrite de spécialité dure quatre heures et son coefficient est de 16. Elle se compose de deux exercices notés chacun sur 10 points. Le premier est une dissertation, et vous avez le choix entre deux sujets, portant chacun sur un thème distinct du programme. Le second est une étude critique d’un ou deux documents, portant sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation. Retenez la conséquence pratique : trois thèmes différents sont donc sollicités le jour de l’épreuve, et il est impossible de traiter le sujet de dissertation et l’étude de document sur le même thème. Réviser un seul thème « à fond » est la stratégie la plus risquée qui soit.
Deux faits d’épreuve sont trop peu connus et rapportent gros. Le premier : « La réalisation d’une illustration en appui du propos (croquis, schéma, etc.) amènera une valorisation de la note ; un fond de carte pourra être fourni si cela est adapté au sujet. » Le texte ajoute immédiatement que cette production graphique n’a aucun caractère obligatoire et que son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat. Autrement dit : un schéma réussi ne peut que faire monter la note. Sur ce thème, un croquis des foyers de conflits du Moyen-Orient ou un schéma des échelles d’acteurs se prépare à l’avance. Le second fait : les candidats présentant un trouble moteur ou visuel peuvent, s’ils envisagent une production graphique, ne bâtir qu’une légende détaillée en indiquant les éléments qu’ils y auraient fait figurer.
La dissertation est « le traitement d’un sujet donné, avec une introduction, un développement en plusieurs parties et une conclusion ». Le texte officiel précise ce qui est évalué : la maîtrise et la sélection des connaissances, leur organisation au service du sujet, les capacités d’analyse et de réflexion. Concrètement, cinq gestes s’enchaînent : analyser le sujet, élaborer une problématique, bâtir un plan, rédiger, conclure en répondant à la problématique. L’introduction doit dégager les enjeux du sujet et un fil conducteur en énonçant une problématique ; la conclusion doit y répondre. Une copie qui empile des connaissances sans démontrer rate l’exercice, quelle que soit son érudition (voir Fig. 9).

Les cinq gestes de la dissertation

Les cinq gestes de la dissertationGraphe, Analyser le sujet → Problématiser, Problématiser → Bâtir le plan, Bâtir le plan → Rédiger, illustrer, Rédiger, illustrer → Conclure et ouvrirAnalyser lesujetProblématiserBâtir le planRédiger,illustrerConclure etouvrir
Fig. 9Chaque geste conditionne le suivant ; c’est la problématique, mise en relief, qui décide de tout le reste — un plan bâti avant elle produit un exposé, pas une démonstration.
Fig. 9 ↓
Sur ce thème précisément, les plans les plus solides tiennent ensemble les deux faces plutôt que de les juxtaposer. Un plan « I. la guerre / II. la paix » se condamne à deux exposés parallèles ; un plan qui articule — les formes de conflits se diversifient, les instruments de la paix se sont construits, mais leur rencontre produit des impasses dont le Moyen-Orient est le laboratoire — construit une démonstration. Trois modèles portent les parties : Clausewitz pour la dimension politique de la guerre, Westphalie pour la paix négociée entre souverains, la sécurité collective pour la paix garantie. Et l’objet conclusif fournit les exemples qui les mettent à l’épreuve.
L’étude critique de document(s) est un exercice différent, pas une dissertation avec un texte en prime. Le sujet se compose d’un titre, d’un ou deux documents de nature différente, d’une consigne qui oriente le travail, et parfois d’un nombre limité de notes explicatives. Quatre attendus sont explicitement listés : construire une problématique à partir du titre et du document, comprendre le sens général du document, sélectionner et hiérarchiser puis expliciter les informations, enfin prendre un recul critique en s’appuyant d’une part sur le contenu du document et d’autre part sur ses connaissances personnelles. La copie doit comporter une introduction avec problématique, plusieurs paragraphes, et une conclusion qui répond (voir Fig. 10).

Les trois temps de l’étude critique

Les trois temps de l’étude critiqueArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Présenter → Nature, auteur, date, contexte; Présenter → Ce que dit la consigne; Analyser → Sélectionner et hiérarchiser; Analyser → Expliciter par les connaissances; Critiquer → Portée et limites du document; Critiquer → Point de vue de l’auteurPrésenterAnalyserCritiquerÉtude critiqueNature, auteur, date, contexteCe que dit la consigneSélectionner et hiérarchiserExpliciter par les connaissancesPortée et limites du documentPoint de vue de l’auteur
Fig. 10Trois opérations distinctes, dans cet ordre, et que la copie doit rendre visibles ; c’est le troisième temps, le recul critique, qui sépare une bonne copie d’une paraphrase.
Fig. 10 ↓
Les documents de ce thème sont souvent des cartes, et une carte se lit méthodiquement. Repérez d’abord la légende, le titre, l’échelle et la date : la date d’un document sur le Moyen-Orient change tout, car un même espace n’a pas les mêmes frontières ni les mêmes acteurs à vingt ans d’intervalle. Localisez et nommez ensuite précisément — États, régions, foyers de conflits. Interprétez enfin : quelles formes de conflits, quels acteurs, à quelles échelles, et quelles tentatives de paix figurent ou manquent. Localiser sans interpréter et interpréter sans localiser sont deux erreurs symétriques, et la seconde est la plus fréquente en spécialité.
Trois dernières règles d’examen, souvent absentes des fiches. Le programme d’examen, fixé par la note de service du 26 septembre 2023 (NOR MENE2323020N), précise que l’épreuve porte sur le programme de terminale, mais que « les notions rencontrées en classe de première mais non approfondies en classe de terminale, doivent être connues et mobilisables » — elles ne peuvent simplement pas constituer un ressort essentiel du sujet. L’épreuve orale de contrôle, ensuite : vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve, sur le même programme que l’écrit ; le candidat tire au sort un sujet comportant deux questions de cours au choix, problématisées, ne reprenant pas le libellé du programme et ne portant pas sur la même partie du programme de terminale ; il répond dix minutes, puis échange dix minutes avec le jury. Enfin, le programme rappelle que « chaque thème, axe, objet de travail conclusif, comme chaque jalon peut servir de support au projet présenté lors du grand oral ».

Vocabulaire

→ Cartes
  • ProblématiqueQuestion directrice qui transforme un intitulé en enjeu ; elle est énoncée en introduction et la conclusion doit y répondre.
  • JalonÉtude de cas précise inscrite au programme sous un axe ou l’objet conclusif ; elle fournit les exemples attendus dans une copie.
  • Étude critique de document(s)Second exercice de l’épreuve, noté sur 10 : comprendre un ou deux documents, en hiérarchiser les informations, puis en évaluer la portée et les limites.
  • Production graphiqueCroquis ou schéma réalisé en appui du propos ; facultatif, il valorise la note et ne peut en aucun cas pénaliser le candidat.
  • Épreuve orale de contrôleOral du second groupe : vingt minutes de préparation, deux questions de cours au choix tirées au sort, dix minutes de réponse puis dix minutes d’échange.
Exemple corrigé

Rédiger l’introduction complète d’une dissertation

Sujet : « Faire la paix est-il plus difficile aujourd’hui qu’hier ? » Rédigez intégralement l’introduction — accroche, définition des termes, problématique, annonce du plan — puis justifiez chacun de ses quatre moments.

  1. 01Choisir une accroche qui engage le sujet

    Proposition rédigée : « En 1648, cinq années de négociations à Münster et à Osnabrück ont suffi à clore une guerre de trente ans ; depuis 1948, aucune négociation n’a clos le conflit israélo-palestinien. » L’accroche n’est pas un ornement : elle installe déjà l’écart que le devoir devra expliquer, et elle est datée, donc vérifiable.

  2. 02Définir les termes, y compris ceux qui semblent aller de soi

    Proposition rédigée : « Faire la paix ne signifie pas seulement obtenir le silence des armes : c’est construire un ordre durable, garanti par des traités, du droit et des institutions. Le mot difficile invite donc à comparer non des durées de guerre, mais des conditions de règlement. » Le correcteur cherche cette clarification ; sans elle, tout le devoir flotte.

  3. 03Énoncer la problématique

    Proposition rédigée : « Les transformations de la conflictualité depuis 1945 — recul relatif des guerres entre États, essor des conflits infra-étatiques et irréguliers, poids d’acteurs non étatiques — ont-elles rendu la construction de la paix plus difficile, alors même que les instruments juridiques et institutionnels dont dispose la communauté internationale n’ont jamais été aussi nombreux ? » Une bonne problématique contient déjà la tension du devoir.

  4. 04Annoncer un plan articulé

    Proposition rédigée : « On montrera d’abord que les instruments de la paix se sont accumulés depuis 1648 (I), puis que les formes de la conflictualité ont changé au point de les prendre en défaut (II), avant d’examiner au Moyen-Orient ce que produit leur rencontre (III). » L’annonce doit se lire comme une démonstration en trois temps, jamais comme une liste de thèmes.

  5. 05Prévoir la production graphique

    Signalez en fin d’introduction, ou au moment utile du développement, le schéma que vous produirez : ici, un schéma des trois modèles de paix — par la victoire, par l’équilibre, par le droit — avec pour chacun un repère daté. Il rendra visible l’architecture du devoir et, selon la définition d’épreuve, il valorisera la note.

Résultat : L’introduction rédigée occupe une quinzaine de lignes, comporte quatre moments identifiables et ne contient aucune connaissance qui ne serve la problématique ; c’est à ce prix qu’elle remplit sa fonction officielle, « dégager les enjeux du sujet et un fil conducteur en énonçant une problématique ».

Objectif Bac

  • Mémoriser la structure exacte de l’épreuve : quatre heures, coefficient 16, deux exercices notés chacun sur 10 points, un choix entre deux sujets de dissertation portant sur deux thèmes distincts, et une étude de document sur un troisième thème.
  • Prévoir systématiquement une production graphique : la définition d’épreuve indique qu’un croquis ou un schéma en appui du propos amène une valorisation de la note, et que son absence ne peut jamais pénaliser — c’est le seul point du barème qui ne comporte aucun risque.
  • Bâtir un plan qui articule les deux faces du thème au lieu de les juxtaposer, et vérifier avant de rédiger que chaque partie répond à un moment de la problématique.
  • Conduire l’étude critique dans l’ordre attendu : problématiser à partir du titre et du document, comprendre le sens général, sélectionner et expliciter, puis prendre du recul en croisant le contenu du document et ses connaissances.
  • Préparer l’oral de contrôle comme une épreuve à part entière : vingt minutes de préparation, deux questions de cours au choix tirées au sort et portant sur des parties différentes du programme, dix minutes de réponse construite puis dix minutes d’échange.

Erreurs fréquentes

  • Réviser un seul thème du programme en espérant tomber dessus ; en réalité l’épreuve mobilise trois thèmes différents — deux pour le choix de dissertation, un troisième pour l’étude de document —, ce qui rend l’impasse mécaniquement perdante.
  • Croire l’étude critique notée sur 20 ou la dissertation prépondérante ; en réalité les deux exercices sont notés chacun sur 10 points, et négliger le second revient à abandonner la moitié de la note.
  • Renoncer au croquis par crainte de le rater ; en réalité le texte officiel indique que la production graphique valorise la note et que son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat — le seul risque est de ne pas en faire.
  • Paraphraser le document ou, à l’inverse, réciter le cours à côté de lui ; en réalité l’étude critique demande de partir du document, de l’expliciter par les connaissances, puis d’en évaluer la portée et les limites — trois opérations distinctes qu’une copie doit rendre visibles.
  • Écrire que les thèmes de première sont hors épreuve ; en réalité le programme d’examen précise que les notions vues en première et non approfondies en terminale doivent être connues et mobilisables, mais qu’elles ne peuvent pas constituer un ressort essentiel du sujet.

Approfondissement

Pour aller plus loin : la définition d’épreuve n’impose aucun type de plan et n’interdit rien, mais elle évalue explicitement « les capacités d’analyse et de réflexion ». Sur ce thème, un plan chronologique se justifie pour l’axe 2 (Westphalie, SDN, ONU), un plan par échelles pour l’objet conclusif (local, régional, mondial), un plan dialectique pour les sujets qui opposent guerre et paix. Le seul plan à proscrire est le plan par jalons, qui recopie l’architecture du programme au lieu de répondre au sujet — le programme est votre réserve de connaissances, pas votre table des matières.

§ 05

Révision active

Entraînez-vous à l’épreuve orale de contrôle. Tirez au hasard deux questions de cours problématisées portant sur deux parties différentes du programme de terminale — par exemple « Pourquoi la construction de la paix est-elle plus difficile après une guerre civile qu’après une guerre entre États ? » et une question issue d’un autre thème —, choisissez-en une, préparez-la en vingt minutes montre en main, puis exposez une réponse construite en dix minutes sans notes rédigées, en plaçant au moins quatre repères datés et deux acteurs nommés.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Définition de l’épreuve terminale de l’enseignement de spécialité HGGSP du baccalauréat général — version consolidée, mai 2024 (note de service n° 2020-025 du 11-2-2020, modifiée le 26-9-2023) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 2 « Faire la guerre, faire la paix » (février 2022) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Introduction — Formes de conflits et tentatives de paix dans le monde actuel○
    • 02Axe 1 — La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationaux◐
    • 03Axe 2 — Le défi de la construction de la paix◐
    • 04Objet de travail conclusif — Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix depuis 1948●
    • 05Méthode — Disserter et étudier un document sur la guerre et la paix◐

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Des fiches à l'entraînement

Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol

  • Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)
  • Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 2 « Faire la guerre, faire la paix » (février 2022)
  • Définition de l’épreuve terminale de l’enseignement de spécialité HGGSP du baccalauréat général — version consolidée, mai 2024 (note de service n° 2020-025 du 11-2-2020, modifiée le 26-9-2023)

Géoconfluences — ENS de Lyon

  • Guerre — glossaire de Géoconfluences (ressource de géographie de l’ENS de Lyon)

Persée — Revue française de science politique

  • Éric Weil, « Guerre et politique selon Clausewitz », Revue française de science politique, 1955, vol. 5, n° 2, p. 291-314

The Nobel Foundation — NobelPrize.org

  • Le prix Nobel de la paix 2001, décerné conjointement à l’Organisation des Nations unies et à Kofi Annan
  • Le prix Nobel de la paix 1994, décerné conjointement à Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin

Voir aussi

  • Histoire et mémoiresCe que les sociétés font des conflits une fois la guerre finie : mémoires et justice.
  • De nouveaux espaces de conquêteMers, océans et espace comme théâtres des rivalités de puissance.
  • Comprendre un régime politique : la démocratieInstitutions internationales et régimes politiques : le socle conceptuel de la sécurité collective.

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