EuraStudy
Thème 3 de terminale (26-28 heures), « Histoire et mémoires » articule trois régimes de rapport au passé qui se nourrissent sans jamais se confondre : l’histoire, savoir critique et méthodique ; les mémoires, rapports affectifs, sélectifs et pluriels que les groupes entretiennent avec ce qu’ils ont vécu ; la justice, qui qualifie et juge les crimes de masse. Le parcours va de la définition des notions à l’objet conclusif sur le génocide des Juifs et des Tsiganes, en passant par les mémoires des conflits (causes de 1914, guerre d’Algérie) et par la justice à trois échelles (gacaca, TPIY).
5 sections~62 min de lecture5 compétencesVérifié · 06/2026
niveau de base
Maîtrisez d'abord la distinction-clé histoire / mémoire(s) et le vocabulaire fondamental (mémoire collective, lieux de mémoire, devoir de mémoire, loi mémorielle, crime contre l'humanité, génocide, justice transitionnelle), puis une dizaine de repères datés sûrs (1914-1918, 1945-1946 Nuremberg, 1954-1962, 1961 Eichmann, 1987 Barbie, 1993 TPIY, 1994 Rwanda et gacaca, 1995 discours du Vél d'Hiv) : c'est le socle exigible pour la dissertation comme pour l'étude de document.
niveau approfondi
Pour viser l'excellence, sachez tenir ensemble les trois pôles du thème — histoire, mémoire(s), justice — et montrer leurs tensions : une mémoire n'est pas une vérité historique, un procès n'écrit pas l'histoire à la place de l'historien, et l'État peut instrumentaliser le passé. L'objet conclusif sur le génocide des Juifs et des Tsiganes sert d'étude de cas transversale, où s'articulent la connaissance historique, la reconnaissance mémorielle (discours de Chirac, 1995) et la justice (Nuremberg, Eichmann, Barbie).
Profondeur de lecture : Approfondi
Taille du texte : Standard · Interligne : Compact
Toujours charger les médias : désactivé
5 sections25 points clés0 formule25 pièges signalés
Histoire et mémoires : deux savoirs qui se croisent
Trois qualifications du droit international
Vocabulaire
→ CartesPourquoi les traites négrières relèvent-elles du crime contre l’humanité et non du génocide ? Rédigez une réponse organisée en mobilisant les définitions juridiques.
Le crime contre l’humanité suppose un acte — meurtre, extermination, esclavage, déportation, torture — commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, en connaissance de cette attaque. Le génocide ajoute une exigence : l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel. La qualification se joue sur cette intention, pas sur le nombre de victimes.
La traite transatlantique est un système marchand de longue durée, dominé au XVIᵉ et au XVIIᵉ siècle par les royaumes ibériques puis porté à son apogée au XVIIIᵉ siècle par les puissances coloniales britannique et française. Les historiens s’accordent autour d’un ordre de grandeur d’environ onze millions d’Africains déportés, essentiellement vers les Amériques. Elle s’accompagne d’une mort sociale et d’une dépossession de soi que Victor Schœlcher qualifiait déjà de crime de lèse-humanité.
La finalité de la traite est mercantile : il s’agit d’exploiter au maximum une main-d’œuvre, non de la faire disparaître. Aucun projet planifié d’extermination d’un peuple ne s’y lit, alors même que les conditions de vie infligées tuent massivement. L’intention spécifique manque, donc la qualification de génocide ne tient pas.
La traite relève en tout point du crime contre l’humanité, ce que la loi française du 21 mai 2001 a reconnu. Refuser la qualification de génocide n’est pas minorer le crime : il n’existe pas d’échelle de gravité entre ces catégories, seulement une différence de nature. La rigueur du vocabulaire est ici la condition d’un débat serein.
Résultat : La traite négrière est un crime contre l’humanité et non un génocide : elle réunit l’attaque massive et systématique contre des populations civiles, mais pas l’intention de détruire un groupe comme tel. L’exercice montre que la qualification juridique se démontre à partir d’une définition, jamais à partir de l’émotion suscitée par le crime.
Partons d’une confusion très fréquente : « génocide » employé comme le superlatif de « crime contre l’humanité ». Nous allons voir pourquoi cette lecture est fausse, et ce qu’elle coûte dans une copie.
Premier étage : le crime contre l’humanité. Il faut un acte grave — meurtre, extermination, viol, persécution, esclavage, déportation, torture — inséré dans une attaque généralisée ou systématique contre des civils, et commis en connaissance de cette attaque. La guerre n’est pas nécessaire.
Second étage : le génocide. Reprenez les mêmes actes, puis ajoutez une condition que rien ne remplace : l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel. C’est l’intention qui qualifie, et elle se prouve.
D’où viennent ces deux étages ? De deux juristes qui analysaient différemment la destruction des Juifs d’Europe. Hersch Lauterpacht partait de l’individu, seul sujet de droit possible selon lui ; Raphael Lemkin partait du groupe, parce que c’est comme groupe que les victimes avaient été désignées.
Retenez donc deux dates et un ordre. Le 8 août 1945, les accords de Londres annexent le statut du Tribunal militaire international, qui écrit le crime contre l’humanité. Le 9 décembre 1948, la convention de l’ONU écrit le génocide. Le second est une partie du premier.
Vérifiez-le sur un cas : la traite négrière. Attaque massive et systématique contre des populations civiles, oui ; intention de détruire un groupe comme tel, non — la finalité est marchande. Conclusion : crime contre l’humanité, pas génocide. La différence n’est pas de gravité, elle est de nature.
Erreurs fréquentes
Approfondissement
Pour aller plus loin, deux outils d’historiens rendent l’introduction beaucoup plus fine. François Hartog parle d’un changement de « régime d’historicité » : nos sociétés seraient passées d’un rapport au passé tourné vers l’avenir à un rapport centré sur la mémoire et sur le présent, ce qu’il nomme le « présentisme » — la multiplication des commémorations en est le symptôme. Henry Rousso, lui, décrit un cycle en quatre temps qu’on retrouvera à l’Axe 1 et à l’objet conclusif : liquidation par l’amnistie, occultation sous les discours officiels, anamnèse (le retour du refoulé, avec ses polémiques), puis reconnaissance et hypermnésie — ce dernier temps étant aussi celui de la concurrence des mémoires. Ces deux grilles sont des instruments d’analyse, pas des vérités : Sylvie Thénault a mis en débat l’application du schéma de Rousso à la guerre d’Algérie.
Révision active
Construisez le schéma légendé que vous pourriez joindre à une copie pour ouvrir ce thème : trois pôles (savoir critique, rapport vécu au passé, institution judiciaire), les flèches qui les relient et le sens de chaque flèche. Rédigez ensuite la légende, en une ligne par flèche, et placez sous le schéma deux dates fondatrices du droit international pénal.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 3 « Histoire et mémoires » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Mémoire — glossaire de Géoconfluences (notice de Martin Charlet) (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)
Les causes de 1914 : un débat d’un siècle
La guerre d’Algérie, de l’occultation à la reconnaissance
Vocabulaire
→ CartesComment les mémoires françaises de la guerre d’Algérie ont-elles évolué depuis 1962, et avec quelles conséquences pour l’écriture de son histoire ? Proposez un plan détaillé de dissertation.
La borne initiale est l’indépendance de 1962 ; la borne finale est le présent. Le sujet porte sur les mémoires au pluriel, donc sur des groupes porteurs — indépendantistes algériens, Européens d’Algérie, harkis, appelés, armée, États — et non sur un souvenir national unique. Il demande aussi ce que ces mémoires font à l’histoire : le lien est la clé du sujet, pas un ornement.
Des années 1960 aux années 1980, les discours officiels et les amnisties organisent l’oubli. La France parle d’opérations de maintien de l’ordre, l’Algérie construit un récit d’unité nationale autour du FLN. Les archives restent fermées : l’historien travaille peu, et surtout sous la voix des acteurs.
Des années 1980 au début des années 2000, les témoignages se multiplient et des groupes réclament reconnaissance — harkis, appelés du contingent. Les polémiques accompagnent les premières écritures historiques, qui restent tributaires des mémoires disponibles et d’un accès encore limité aux sources.
Depuis les années 2000, l’État français nomme et reconnaît : loi du 18 octobre 1999 sur l’expression « guerre d’Algérie », reconnaissance des massacres du 17 octobre 1961 en 2012 puis en 2022. Les archives s’ouvrent, la recherche progresse, mais la reconnaissance nourrit aussi une concurrence des mémoires, et le récit officiel algérien suit une trajectoire opposée.
La conclusion doit dire ce que le devenir des mémoires a fait à l’histoire : elle est devenue possible à mesure que les mémoires se sont dites, mais elle doit s’en défendre pour rester une démonstration. C’est là qu’on peut placer la formule de Pierre Nora sur la mémoire qui divise et l’histoire qui peut rassembler.
Résultat : Le plan tient en trois temps datés — occultation, résurgence, reconnaissance — et sa conclusion répond à la seconde moitié de la question : l’écriture de l’histoire du conflit a suivi l’ouverture des mémoires et des archives, tout en devant se protéger des récits officiels des deux États. Un plan chronologique n’est acceptable ici que parce que le sujet porte sur une évolution.
Erreurs fréquentes
Approfondissement
Deux prolongements font gagner des points. Le premier consiste à comparer deux trajectoires d’historiens plutôt que deux pays : Benjamin Stora en France et Mohammed Harbi en Algérie travaillent dans des contextes politiques opposés, et pourtant des travaux communs et des ponts se sont construits entre les deux historiographies. Le second consiste à prendre au sérieux la critique du schéma qu’on applique : le cycle occultation / anamnèse / hypermnésie vient d’Henry Rousso, qui l’avait forgé pour Vichy ; Sylvie Thénault en a contesté la transposition à l’Algérie, notamment l’idée même de « réconciliation ». Savoir qu’un outil d’analyse est discuté, et par qui, est exactement ce que le programme appelle une démarche réflexive.
Révision active
Rédigez un paragraphe argumenté d’une trentaine de lignes montrant en quoi la recherche des responsabilités dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale a été, d’emblée et durablement, un enjeu politique autant qu’un objet scientifique. Appuyez-vous sur un texte de traité, sur deux positions savantes opposées de l’entre-deux-guerres et sur une controverse postérieure à 1945, puis concluez sur ce que ce cas apprend de la fabrique du savoir historique.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 3 « Histoire et mémoires » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · 18 octobre 1999, reconnaître la guerre d’Algérie (Chemins de mémoire — ministère des Armées) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)
Juger un génocide à trois échelles
De Nuremberg à la Cour pénale internationale
Vocabulaire
→ CartesLa justice peut-elle réconcilier une société après un crime de masse ? Vous répondrez en confrontant les tribunaux gacaca et le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.
Réconcilier n’est pas juger. Juger, c’est établir une responsabilité individuelle et prononcer une peine ; réconcilier, c’est refaire vivre ensemble des groupes qui se sont entretués. Le sujet demande donc si la seconde tâche peut être confiée à l’institution qui exerce la première, et la réponse ne sera ni oui ni non.
Elle rompt l’impunité, y compris pour les dirigeants : le TPIY a mis en accusation 161 personnes, dont des chefs d’État et des chefs d’état-major. Elle donne la parole aux victimes et conserve leurs témoignages. Elle établit des faits au-delà de tout doute raisonnable. Au Rwanda, les gacaca ont jugé plus de deux millions de personnes en dix ans, là où aucun tribunal classique n’aurait pu le faire.
Le TPIY n’a ni juré ni police, ne juge que des individus, et n’a presque rien entrepris pour expliquer son travail aux populations concernées : ses peines ont paru incohérentes, ses acquittements ont été lus comme des dénis. Ses fondateurs supposaient qu’une vérité judiciaire deviendrait mémoire publique ; le négationnisme sur Srebrenica a démenti ce postulat. Les gacaca, de leur côté, ont laissé impunis nombre de tueurs faute de témoins et n’ont pas restitué les biens des rescapés.
Ni le juge ni l’historien n’ont vocation à réparer les tensions mémorielles. Mais l’absence de justice, elle, crée une impunité propice à de nouvelles violences et laisse les victimes sans reconnaissance. La justice ne réconcilie pas ; elle ouvre l’espace où une mémoire reconnue et une histoire critique deviennent possibles — au Rwanda, les archives des gacaca sont devenues une source pour les historiens.
La conclusion doit trancher sans caricature : la justice pénale est une condition nécessaire et non suffisante de la reconstruction, et lui assigner la réconciliation, c’est lui promettre un échec. On peut élargir en signalant que la recherche, la connaissance et l’éducation sont explicitement présentées comme l’autre réponse aux processus génocidaires.
Résultat : Réponse défendue : la justice ne réconcilie pas, mais sans elle la reconstruction est impossible. Le TPIY a établi des faits sans fabriquer de mémoire commune ; les gacaca ont produit une répression d’ampleur et une matière documentaire sans exaucer le vœu d’une justice intégrale. Dans les deux cas, la réconciliation dépend de ce que la société fait ensuite du jugement rendu.
Erreurs fréquentes
Approfondissement
Trois approfondissements portent loin. D’abord, la compétence universelle : la France instruit et juge des génocidaires présumés réfugiés sur son sol, ce qui déplace la justice du Rwanda vers des tribunaux européens trente ans après les faits — l’imprescriptibilité rend cette temporalité possible. Ensuite, la survie institutionnelle : le TPIY et le TPIR ayant fermé, leurs fonctions résiduelles sont exercées par le Mécanisme pour les Tribunaux pénaux internationaux, qui administre aussi leurs archives — une juridiction disparaît, ses preuves restent. Enfin, un piège que la ressource d’accompagnement signale explicitement : la question du prétendu déséquilibre ethnique du TPIY. Les crimes de moindre ampleur commis par l’armée de Bosnie-Herzégovine ont été renvoyés à la chambre des crimes de guerre de Sarajevo, paralysée par les nationalistes ; le déséquilibre du prétoire dit d’abord la répartition réelle des crimes, sans signifier que les autres forces n’en ont commis aucun.
Révision active
Étude critique de document. Le tableau de bord publié par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie porte, pour 161 personnes mises en accusation, 93 condamnations, 18 acquittements, 13 renvois devant des juridictions nationales et 37 procédures closes par retrait ou décès, l’ensemble des procédures étant achevé à la fermeture du 31 décembre 2017. Après avoir présenté la nature et l’auteur de ce document, montrez ce qu’il permet de mesurer, ce qu’il ne dit pas des attentes des victimes, et pourquoi une institution peut réussir judiciairement tout en manquant son objectif mémoriel.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 3 « Histoire et mémoires » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Chiffres clés des affaires du TPIY (mis à jour en septembre 2023) (Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie — site d’héritage administré par le Mécanisme (Nations unies)) · Programme de communication sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 et l’ONU (Organisation des Nations unies)
Où s’inscrit la mémoire du génocide
Juger, puis reconnaître
Vocabulaire
→ CartesPourquoi la mémoire du génocide des Juifs et des Tsiganes s’est-elle imposée si tardivement en France ? Proposez un plan détaillé de dissertation.
Le mot suppose un retard, donc un point d’arrivée : la reconnaissance officielle du 16 juillet 1995 et l’installation de lieux et de dates dans les années 2000. Il faut donc expliquer un délai d’un demi-siècle, sans le présenter comme un simple oubli : il y a eu des causes, et elles ont changé selon les décennies.
La mémoire des résistants domine l’après-guerre, et le mythe résistancialiste impute les crimes au seul occupant. Les procès des zones d’occupation prennent peu en compte la spécificité du génocide des Juifs, et aucun témoin tsigane n’est appelé à Nuremberg. La guerre froide ralentit la traque des criminels. Une première mémoire existe pourtant dès 1944-1945, portée par des survivants et des associations.
Le procès Eichmann (1961) ouvre l’ère du témoin et fait du génocide un objet de mémoire mondiale. La recherche bascule avec Vichy et les Juifs de Robert Paxton (1973) et le Syndrome de Vichy d’Henry Rousso (1987). Le militantisme des Klarsfeld aboutit à l’arrestation de Barbie en 1983 puis à son procès en 1987. « Shoah » de Claude Lanzmann sort en 1985 et impose le mot.
La reconnaissance officielle vient en 1995, les procès Touvier et Papon suivent, le Mémorial de la Shoah ouvre en 2005 et la journée internationale du 27 janvier est adoptée la même année. Mais la reconnaissance du génocide des Tsiganes n’intervient qu’en 2016 en France, après l’Allemagne en 1982 et l’Union européenne en 2011 : le retard est inégal selon les victimes.
La conclusion doit nommer les moteurs : le travail des historiens, la parole des témoins et son relais médiatique, l’action de groupes militants, la disponibilité politique d’un dirigeant sans passé dans la guerre. Retenir que la reconnaissance est produite, jamais spontanée — et qu’elle reste inégale d’une victime à l’autre.
Résultat : Le plan explique un retard par trois causes successives — un récit national concurrent, un contexte international qui détournait la traque, l’absence de porteurs de la mémoire tsigane — et il se referme sur les mécanismes qui, à partir de 1961, ont produit la reconnaissance. L’asymétrie entre les deux génocides fournit la nuance qui fait la différence dans une copie.
Erreurs fréquentes
Approfondissement
Le débat sur la représentation est le meilleur approfondissement de cet objet, parce qu’il oppose des positions argumentées et non des goûts. Claude Lanzmann reprochait à La Liste de Schindler de trivialiser la Shoah, et il a au contraire soutenu Le Fils de Saul, qui suit un membre d’un Sonderkommando et montre tout le processus sans jamais filmer l’assassinat : la ligne de partage est ce qui peut être documenté par les historiens. La littérature soulève une question voisine quand elle prête une psychologie au bourreau, de La mort est mon métier aux Bienveillantes, ou quand elle juge l’histoire, comme Jan Karski de Yannick Haenel — Annette Wieviorka a résumé l’enjeu en écrivant que le romancier a tous les droits sur l’histoire, mais que cela n’a d’intérêt que s’il dévoile une vérité qui échappe à l’historien. Ce débat est aussi un excellent sujet de grand oral, à condition de l’adosser à des œuvres vues et à des textes lus.
Révision active
Comparez en un paragraphe argumenté les rythmes de reconnaissance des deux génocides que le programme associe. Confrontez, pour chacun, un lieu de mémoire, une date de reconnaissance par un État et une trace dans la culture, puis expliquez ce que cet écart révèle des conditions sociales et politiques d’une reconnaissance mémorielle.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 3 « Histoire et mémoires » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · L’Holocauste et les Nations Unies — Programme de communication (Organisation des Nations unies) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)
Anatomie de l’épreuve écrite
Ce que dit un document mémoriel
Vocabulaire
→ CartesLe jour de l’épreuve, la dissertation vous offre deux sujets. Sujet A : « L’historien face aux mémoires de la guerre d’Algérie ». Sujet B porte sur un autre thème du programme. Montrez comment vous décidez, puis construisez le devoir retenu.
Identifiez d’abord le thème de chacun : la règle veut qu’ils appartiennent à deux thèmes distincts. Comptez ensuite, pour chaque sujet, les repères datés sûrs et les notions précises que vous pouvez mobiliser. Un sujet séduisant sans repères est un piège ; un sujet austère sur lequel vous avez huit dates fiables est un cadeau.
Dans le sujet A, « l’historien » désigne un métier et une méthode, « les mémoires » au pluriel désignent des groupes porteurs de récits concurrents, et « face à » installe un rapport de force. Le sujet ne demande donc pas le récit de la guerre : il demande ce que la pluralité des mémoires fait au travail de l’historien.
Proposition : comment l’historien peut-il prendre les mémoires de la guerre d’Algérie pour source et pour objet, sans se soumettre aux récits officiels qui prétendent dire la vérité du passé ? La question exclut d’emblée les deux réponses paresseuses — l’historien ignore les mémoires, l’historien obéit aux mémoires.
Première partie : les mémoires comme source indispensable et comme objet d’étude, avec les groupes porteurs et le moment de l’anamnèse des années 1970. Deuxième partie : les obstacles — occultation, archives fermées, récits officiels des deux États, pression des demandes de reconnaissance. Troisième partie : ce que l’ouverture rend possible, avec la loi du 18 octobre 1999, les reconnaissances de 2012 et de 2022, et la comparaison de deux historiographies.
Ajoutez une frise à trois bandes — occultation, résurgence, reconnaissance — portant quatre ou cinq dates : elle se dessine en dix minutes et la définition de l’épreuve prévoit qu’elle valorise la note. Sur quatre heures, réservez environ deux heures par exercice, dont vingt minutes d’analyse et de plan au brouillon avant de rédiger.
Résultat : Le choix se décide sur les repères disponibles, pas sur l’attrait du libellé ; la problématique doit exclure les deux réponses caricaturales ; et le plan tire sa force des dates qu’il porte. La frise jointe transforme un développement solide en copie valorisée, sans aucun risque puisque son absence n’aurait rien coûté.
Le geste le plus rentable de l’épreuve tient en vingt minutes de brouillon : passer d’un libellé à une problématique. Prenons un sujet type de ce thème pour le faire ensemble.
Étape un : soulignez chaque mot du libellé et donnez-lui sa définition de cours. « Mémoires » au pluriel n’est pas « mémoire » au singulier ; « justice » n’est pas « réconciliation » ; « historien » désigne une méthode, pas une opinion. La moitié des contresens meurt ici.
Étape deux : cherchez la tension. Un bon sujet oppose toujours deux choses qui ont l’air d’aller ensemble — l’histoire et les mémoires, juger et comprendre, commémorer et savoir. Écrivez cette tension en une phrase, sans point d’interrogation encore.
Étape trois : transformez la tension en question, en excluant les deux réponses caricaturales. Si votre question peut recevoir un oui simple ou un non simple, elle n’est pas une problématique : elle est un sondage.
Étape quatre : testez la question sur vos repères. Alignez les dates dont vous êtes sûr et regardez si elles se répartissent dans deux ou trois parties. Si tout tombe dans la même, changez de question, pas de repères.
Étape cinq : rédigez l’introduction dans l’ordre — accroche brève, définition des termes, problématique, annonce du plan — puis notez en marge l’illustration que vous joindrez. Elle valorise la note, son absence ne coûte rien : il n’y a aucune raison de s’en priver.
Erreurs fréquentes
Approfondissement
Deux conseils de finition font gagner des points sans travail supplémentaire. Le premier concerne l’illustration : sur ce thème, trois formats se dessinent vite et se légendent bien — une frise à bandes de périodes pour une évolution mémorielle, un schéma sagittal à trois pôles (savoir, mémoires, justice) avec des flèches nommées pour une dissertation notionnelle, et un croquis d’implantation des lieux de mémoire pour l’objet conclusif. Une légende structurée en deux ou trois rubriques vaut mieux qu’un dessin bavard. Le second concerne le grand oral : le programme autorise explicitement à bâtir le projet sur un thème, un axe, un objet de travail conclusif ou un simple jalon, ce qui permet d’aller très loin sur un objet étroit — un lieu de mémoire précis, un procès, une œuvre — à condition d’y engager une vraie question et des lectures personnelles, et non un résumé du cours.
Révision active
Choisissez un document mémoriel étudié en classe — monument, discours, texte de loi, affiche de film ou extrait d’audience. Dressez d’abord un tableau à deux colonnes : à gauche ce qu’il apprend de l’événement passé, à droite ce qu’il révèle du moment qui l’a produit. Rédigez ensuite l’introduction complète de l’étude critique (présentation du document, problématique tirée du titre, annonce du propos), puis dites en trois lignes quelle illustration vous joindriez à votre copie et ce qu’elle apporterait.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Baccalauréat général — Histoire-Géographie, Géopolitique, Sciences Politiques : définition de l’épreuve terminale (version consolidée, mai 2024) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 3 « Histoire et mémoires » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)
Vérifié · 06/2026Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres
Références et sources
Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol
Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO
Chemins de mémoire — ministère des Armées
Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie — site d’héritage administré par le Mécanisme (Nations unies)
Voir aussi