EuraStudy
Fiches/HGGSP — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques/Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques
FR · Bac

Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques

Quatrième thème de la terminale (26-28 heures), ce chapitre montre que le patrimoine n’est pas ce que le passé nous laisse mais ce qu’une société choisit d’y prélever pour le protéger et le transmettre : l’introduction historicise la notion et le « patrimoine mondial » de l’Unesco, l’axe 1 en étudie les usages sociaux et politiques (Versailles, les frises du Parthénon), l’axe 2 les tensions de la préservation (Paris, le Mali, Venise), et l’objet de travail conclusif applique l’ensemble à la France, de la loi de 1913 au bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et au repas gastronomique des Français.

5 sections·~68 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0666 / 8
Profil d’examen
Historiciser la notion de patrimoine : montrer comment on passe de la transmission entre individus (patrimonium) à l’héritage au profit de l’humanité, et situer les jalons juridiques qui accompagnent cet élargissement.Distinguer avec rigueur les deux instruments de l’Unesco : la convention de 1972 sur le patrimoine mondial culturel et naturel, et celle de 2003 sur le patrimoine culturel immatériel, avec leurs listes respectives.Analyser les usages politiques d’un bien patrimonial : identifier l’acteur, son intention et le récit qu’il cherche à imposer, de la mise en scène du pouvoir au conflit de restitution entre États.Confronter valorisation et protection : mesurer, sur un cas précis, ce que la mise en tourisme, l’urbanisme ou la guerre font à un bien, et quels arbitrages les acteurs opposent.Conduire l’étude critique d’un document patrimonial : construire une problématique à partir du titre et de la consigne, hiérarchiser les informations, puis prendre du recul sur le point de vue, les intentions et les silences du document.
Opérateurs :analyserinterrogeradopter une démarche réflexivese documentertravailler de manière autonomes’exprimer à l’oraldéfinirhistoricisercontextualiserdistinguerconfronterargumenterproblématiser

niveau de base

Le socle exigible tient en peu de choses, mais il doit être sûr : une définition du patrimoine et du processus de patrimonialisation (identifier, protéger, valoriser) ; la distinction matériel / immatériel et culturel / naturel ; la différence entre la convention de 1972 (patrimoine mondial) et celle de 2003 (patrimoine culturel immatériel) ; une dizaine de repères datés (1913, 1972, 1979, 1984, 1987, 1988, 1991, 2003, 2010, 2012, 2016) et les acteurs (État partie, comité du patrimoine mondial, collectivités, associations, mécènes, populations).

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, tenez ensemble les deux axes au lieu de les juxtaposer : le patrimoine est une ressource (identité, prestige, tourisme, diplomatie) et c’est précisément parce qu’il en est une qu’il devient un objet de tensions. Sachez mobiliser les six jalons comme des cas contrastés — Versailles et le Parthénon pour les usages, Paris, le Mali et Venise pour les tensions, le bassin minier et le repas gastronomique pour la France — et n’oubliez pas que chaque jalon peut servir de support au projet du grand oral.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard · Interligne : Compact

Toujours charger les médias : désactivé

Sommaire · 5 sections▾
  1. Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques
    • 01Introduction — La construction de la notion de patrimoine et le « patrimoine mondial » de l’Unesco○
    • 02Axe 1 — Usages sociaux et politiques du patrimoine◐
    • 03Axe 2 — Patrimoine, la préservation entre tensions et concurrences◐
    • 04Objet de travail conclusif — La France et le patrimoine, des actions majeures de valorisation et de protection●
    • 05Méthode — La dissertation et l’étude critique de document(s) appliquées au patrimoine◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Introduction — La construction de la notion de patrimoine et le « patrimoine mondial » de l’Unesco#

~14 min de lecture●○○BaseBOHGGSP-Tle-T4-Intro-La construction et l’élargissement de la notion de patrimoine : de la transmission entre individus à l’héritage au profit de l’humanité.BOHGGSP-Tle-T4-Intro-Le « patrimoine mondial » de l’Unesco : une construction des États et de la communauté internationale, de plus en plus diversifiée mais spatialement concentrée.

Points clés

Le patrimoine n’est pas ce que le passé nous laisse : c’est ce qu’une société décide de prélever dans cet héritage pour le protéger et le transmettre. Les trois verbes du programme — identifier, protéger, valoriser — décrivent une chaîne de décisions, et c’est ce qui en fait un objet politique. Étudier le patrimoine, c’est donc étudier qui choisit, au nom de quoi, et contre qui.
Le mot vient du latin patrimonium, dérivé de pater : les biens de famille que l’on reçoit de ses ascendants et que l’on constitue pour ses descendants. En droit, il désigne encore l’ensemble des biens et des obligations d’une personne physique ou morale. Le sens dérivé, celui du programme, change deux choses à la fois. L’échelle d’abord : le patrimoine n’est plus celui d’un individu ou d’une famille mais d’une communauté. La nature du bien ensuite : le patrimoine collectif se signale par la perte de sa « valeur d’usage » — on ne se sert plus d’une cathédrale comme d’un abri ni d’un moulin comme d’un outil, on les garde comme témoins. Le glissement est récent. La huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-1935) ignore encore ce sens ; la neuvième l’enregistre en ces termes : « Ensemble des biens, des richesses matérielles ou immatérielles qui appartiennent à une communauté, une nation et constituent un héritage commun. » La première apparition moderne de la notion est datée de 1931, à Athènes, lors de la conférence internationale organisée par l’Office international des musées, émanation de la Société des Nations.
Conserver, en revanche, n’a pas attendu le mot. Les trésors déposés dans les sanctuaires de la Grèce antique, les reliques de la chrétienté médiévale, la bibliothèque et le Mouseîon d’Alexandrie fondés par les Lagides au IIIe siècle avant notre ère, les regalia des rois de France à Saint-Denis : autant d’institutions qui gardent et transmettent des objets dont la valeur excède le prix. La Renaissance italienne y ajoute la curiosité savante — fouilles, antiquaires, cabinets de curiosités — et voit naître au XVe siècle les premiers « musées », à l’occasion d’un don d’antiquités romaines du pape Sixte IV à la ville de Rome. Au XVIIIe siècle, le Grand Tour installe la ruine comme étape obligée du voyage des jeunes aristocrates. Ce qui manque encore, c’est l’idée que ces biens appartiennent à tous.
La Révolution française est le tournant, et il est double. Elle détruit : la démolition de la Bastille est votée dès le 15 juillet 1789, et la Convention décrète le 10 août 1793 la destruction des tombeaux et mausolées de la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France. Mais elle nationalise dans le même mouvement les biens de l’Église, de la Couronne et des émigrés, constituant un véritable patrimoine national. Le musée du Louvre accueille le public le 1er octobre 1793 ; Alexandre Lenoir, qui a freiné les démolitions, devient en 1795 le premier conservateur du Musée des monuments français. En réaction aux excès, la Convention met en œuvre une première politique patrimoniale sur le rapport de l’abbé Grégoire, en 1794, au nom de la valeur éducative des vestiges. Détail utile en dissertation : celui à qui l’on attribue volontiers l’invention du patrimoine n’emploie jamais le mot.
Le XIXe siècle arrime ensuite le patrimoine à la construction nationale, en France comme dans le reste de l’Europe — les États-Unis ne suivront qu’en 1966, avec le National Historic Preservation Act. En 1830, François Guizot crée l’inspection générale des monuments historiques, chargée d’établir la liste des édifices à restaurer ; Prosper Mérimée occupe la fonction de 1834 à 1860. La France se dote d’une loi sur le patrimoine en 1913. Puis la notion s’étend selon trois axes qu’il est commode de retenir tels quels. Extension chronologique : le patrimoine se constitue de plus en plus vite après la création — la commission supérieure des monuments historiques fixe en 1950 une « règle des 100 ans » après la naissance de l’auteur, transgressée pour Le Corbusier ou le facteur Cheval, et la tour Eiffel n’est officiellement protégée qu’en 1964. Extension topographique : du monument à son environnement proche, au site, au paysage, jusqu’à la patrimonialisation de la nature dans les années 1970. Extension catégorielle enfin : lavoirs, moulins, usines entrent dans le champ, souvent à l’initiative d’associations locales. L’engouement culmine avec l’année européenne du patrimoine en 1975, l’année du patrimoine en France en 1980 et les Journées du patrimoine instituées en 1984. François Hartog a nommé la limite de ce mouvement le « tout-patrimoine », symptôme d’un présent qui s’historicise lui-même.
On appelle patrimonialisation le processus de sélection d’un bien, qui tend à le protéger et à le valoriser. Il se lit directement dans les trois verbes du titre du thème : identifier, c’est repérer et reconnaître une valeur ; protéger, c’est faire intervenir le droit ; valoriser, c’est restaurer, ouvrir, mettre en tourisme. Le point décisif pour une copie tient en une phrase : sélectionner, c’est écarter. Le cercle de ce qui se transmet n’a cessé de s’élargir, de la famille à la communauté, puis à la nation et enfin à l’humanité, mais il reste à chaque étape un cercle, tracé par quelqu’un (voir Fig. 2).

Le cercle de ce qui se transmet

Le cercle de ce qui se transmetcercles concentriques, 4 anneaux, Données: Transmettre, La famille (patrimonium), La communauté locale, La nation (loi de 1913), L’humanité (Unesco, 1972)L’humanité (Unesco, 1972)La nation (loi de 1913)La communauté localeLa famille (patrimonium)Transmettre
Fig. 2La notion change d’échelle sans changer de nature : à chaque étape, un cercle est tracé par quelqu’un, et ce qui reste dehors n’est pas transmis.
Fig. 2 ↓
Créée en 1946 à Paris, l’Unesco reprend après la Seconde Guerre mondiale les attributions de l’Office international des musées et fait apparaître l’idée d’un patrimoine universel : ce sont les destructions des deux conflits mondiaux qui ont produit la prise de conscience d’un patrimoine à protéger. Plusieurs textes précèdent le dispositif actuel — la conférence d’Athènes de 1931, la convention de La Haye de 1954 sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé, la création du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) en 1965 — mais c’est la convention de 1972, « concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel », qui institue la Liste et son comité ; en 2024, 196 États en sont parties. Son originalité est d’associer patrimoine culturel et patrimoine naturel dans un même instrument. La Liste s’ouvre officiellement en 1978 avec douze biens et s’allonge ensuite chaque année, le record revenant à l’an 2000 avec soixante et une inscriptions. La diversification culmine avec une AUTRE convention, celle de 2003 sur le patrimoine culturel immatériel, qui reconnaît des pratiques, des savoir-faire et des usages, et non plus des sites : deux conventions, deux listes, jamais interchangeables (voir Fig. 1).

Du monument national à l’héritage de l’humanité

Du monument national à l’héritage de l’humanitéFrise chronologique de 1820 à 2030, 1830: Inspection Guizot, 1913: Loi française, 1931: Conférence Athènes, 1954: Convention La Haye, 1972: Patrimoine mondial, 1984: Journées du patrimoine, 2003: Patrimoine immatériel, 1820–1913: Le monument national, 1972–2030: L’héritage de l’humanité18202030AnnéeLe monumentnationalL’héritage del’humanité1830InspectionGuizot1913Loi française1931ConférenceAthènes1954Convention LaHaye1972Patrimoinemondial1984Journées dupatrimoine2003Patrimoineimmatériel
Fig. 1Deux siècles pour passer d’une protection nationale (1830, 1913) à un dispositif international (1972), puis à la reconnaissance des pratiques vivantes (2003). La convention de 1972 est mise en relief : elle ouvre la Liste du patrimoine mondial.
Fig. 1 ↓
Reste à expliquer la formule du programme : le patrimoine mondial est « une construction des États et de la communauté internationale, de plus en plus diversifiée mais spatialement concentrée ». Construction des États d’abord, parce que c’est l’État partie qui propose ses propres biens, que le comité du patrimoine mondial est composé d’États, et que la protection effective reste nationale : l’Unesco n’est ni propriétaire ni gestionnaire. Concentrée ensuite, parce que la procédure et les critères de sélection avantagent les États qui disposent déjà d’une politique patrimoniale financée, d’experts et de plans de gestion. Le contre-exemple des monuments de la vallée de Bamiyan se passe presque de commentaire : l’Afghanistan en réclamait l’inscription depuis 1983, elle n’intervient qu’en 2003, après la destruction des bouddhas monumentaux par les talibans en 2001, l’inscription ayant été différée faute d’un plan de gestion et d’un rapport sur l’état de conservation.

Vocabulaire

→ Cartes
  • patrimonialisationProcessus de sélection d’un bien, d’un lieu ou d’une pratique qui conduit à le protéger puis à le valoriser ; il suppose toujours un choix, donc une exclusion.
  • valeur universelle exceptionnelleCritère fondateur de la convention de 1972 : la qualité qu’un bien doit démontrer pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, appréciée par le comité du patrimoine mondial.
  • État partieÉtat ayant ratifié une convention de l’Unesco ; c’est lui, et lui seul, qui propose l’inscription des biens situés sur son territoire et qui reste responsable de leur protection.
  • patrimoine culturel immatérielPratiques, représentations, savoir-faire et expressions vivantes reconnus par la convention de 2003 et portés sur la Liste représentative — non par la convention de 1972.
  • monument historiqueÉdifice ou objet choisi a posteriori, parmi le bâti existant, en raison de sa valeur historique ou esthétique ; à distinguer du monument commémoratif, élevé intentionnellement pour se souvenir.
  • tout-patrimoineExpression de François Hartog désignant la tendance, depuis les années 1980, à considérer que tout est ou peut devenir patrimoine, jusqu’à saturer la notion.
Exemple corrigé

Étude critique — un extrait de la convention de 1972

Document : extrait reformulé de la convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. « Chacun des États parties reconnaît que l’obligation d’assurer l’identification, la protection, la conservation, la mise en valeur et la transmission aux générations futures du patrimoine culturel et naturel situé sur son territoire lui incombe en premier chef. Il s’efforce d’agir à cet effet tant par son propre effort que, le cas échéant, au moyen de l’assistance internationale dont il pourrait bénéficier. » Consigne : à l’aide du document et de vos connaissances, montrez que le « patrimoine mondial » est d’abord une construction des États.

  1. 01Présenter et contextualiser le document

    Il s’agit d’un texte juridique international, une convention adoptée par l’Unesco en 1972, à laquelle 196 États sont parties en 2024. Elle est le premier instrument à traiter dans un même texte le patrimoine culturel et le patrimoine naturel. Elle prend place dans une série ouverte par la conférence d’Athènes de 1931 et la convention de La Haye de 1954 : c’est la destruction, plus que l’admiration, qui a fait naître le droit du patrimoine.

  2. 02Relever ce que le texte dit — et à qui il le dit

    Le sujet grammatical de chaque proposition est l’État partie, jamais l’Unesco : c’est à lui qu’incombe l’obligation, « en premier chef ». Le texte énumère par ailleurs exactement la chaîne de la patrimonialisation — identification, protection, conservation, mise en valeur, transmission —, c’est-à-dire les trois verbes du thème. L’assistance internationale n’est mentionnée qu’en second et de façon conditionnelle.

  3. 03Éclairer par les connaissances

    Le mécanisme confirme la lettre du texte : l’État partie établit sa liste indicative, monte le dossier, garantit un plan de gestion, et c’est le comité du patrimoine mondial — composé d’États — qui inscrit. L’Unesco ne devient ni propriétaire ni gestionnaire du bien. Le domaine de Versailles, inscrit en 1979, reste un établissement public français ; Venise et sa lagune, inscrites en 1987, relèvent des autorités italiennes.

  4. 04Prendre du recul critique

    Le document est un texte normatif : il dit ce qui doit être, non ce qui est. Il ne dit rien de l’inégalité des moyens entre États, alors que c’est elle qui explique la concentration spatiale de la Liste. Il ne dit rien non plus de ce qui advient lorsque l’État est défaillant ou lorsqu’il est lui-même l’auteur des destructions — silence que la Liste du patrimoine mondial en péril et, plus tard, le jugement de la Cour pénale internationale de 2016 sur Tombouctou viendront combler.

  5. 05Conclure en répondant à la consigne

    Le texte fait de l’État l’acteur central, du dépôt du dossier à l’entretien du bien. La communauté internationale intervient comme instance de reconnaissance et, subsidiairement, d’assistance. C’est en ce sens précis que le patrimoine mondial est « une construction des États et de la communauté internationale » : les deux, mais pas à parts égales, et pas au même moment.

Résultat : La convention de 1972 confie l’essentiel à l’État partie et réserve à la communauté internationale la reconnaissance et l’aide : le patrimoine mondial est donc un label international posé sur des politiques nationales, ce qui explique à la fois son autorité symbolique et la concentration géographique de la Liste.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    Partons d’un paradoxe : une liste qui s’appelle « mondiale » ne couvre pas le monde de façon égale. Comprendre pourquoi, c’est comprendre tout le mécanisme.

  2. 2

    Premier temps : rien n’entre sur la Liste sans qu’un État le demande. C’est l’État partie qui repère un bien sur son territoire, l’inscrit sur sa liste indicative, puis monte un dossier de proposition.

  3. 3

    Deuxième temps : le dossier doit démontrer une valeur universelle exceptionnelle, mais aussi joindre un plan de gestion et un rapport sur l’état de conservation. Ce sont ces pièces techniques, plus que la beauté du bien, qui décident.

  4. 4

    Troisième temps : produire ces pièces coûte cher. Il faut des services d’inventaire, des experts, une administration du patrimoine. Les États qui en disposent déjà proposent plus, et plus vite.

  5. 5

    Quatrième temps : c’est un comité composé d’États qui vote l’inscription, et la contribution financière inégale des États y pèse. L’Unesco n’acquiert aucun droit de propriété : la protection reste nationale.

  6. 6

    Le cas de Bamiyan résume la chaîne. L’Afghanistan réclamait l’inscription depuis 1983 ; elle n’a été prononcée qu’en 2003, après la destruction des bouddhas en 2001, l’absence de plan de gestion l’ayant jusque-là différée. La concentration de la Liste n’est donc pas un jugement esthétique : c’est un effet de procédure.

Objectif Bac

  • Définir le patrimoine en deux temps — l’héritage reçu, puis la sélection qui en fait un patrimoine — et enchaîner immédiatement sur la patrimonialisation comme processus en trois verbes (identifier, protéger, valoriser) : c’est l’ouverture attendue de toute copie sur ce thème.
  • Distinguer, sans jamais les mélanger, la convention de 1972 sur le patrimoine mondial culturel et naturel et la convention de 2003 sur le patrimoine culturel immatériel : deux textes, deux listes, deux logiques (des sites d’un côté, des pratiques vivantes de l’autre).
  • Dater quatre jalons sûrs de l’élargissement de la notion — 1913 (loi française sur les monuments historiques), 1954 (convention de La Haye), 1972 (convention du patrimoine mondial), 2003 (convention du patrimoine culturel immatériel) — et savoir dire ce que chacun ajoute.
  • Contextualiser la naissance de la notion : montrer que ce sont les destructions révolutionnaires puis celles des deux guerres mondiales qui ont produit l’idée d’un patrimoine à protéger, et non un goût spontané pour le passé.
  • Justifier l’expression « spatialement concentrée » par le mécanisme et non par l’indignation : proposition par l’État partie, exigence d’un plan de gestion et d’un rapport de conservation, coût de l’expertise — le cas de Bamiyan, inscrite en 2003 après vingt ans d’attente et la destruction de 2001, en fait la démonstration.

Erreurs fréquentes

  • Écrire que l’Unesco « classe » un site et le prend en charge ; en réalité l’Unesco inscrit sur une liste un bien proposé par l’État partie, et la protection juridique comme le financement de l’entretien restent des compétences nationales — le classement, en France, est une procédure de la loi de 1913.
  • Présenter le patrimoine mondial comme un palmarès des plus beaux monuments du monde ; en réalité c’est le résultat d’une procédure administrative où comptent le dossier, le plan de gestion et la capacité d’expertise de l’État candidat, ce qui explique la concentration de la Liste dans les pays les plus développés.
  • Confondre patrimoine immatériel et patrimoine naturel ; en réalité l’immatériel désigne des pratiques vivantes (savoir-faire, langues, fêtes, rituels) relevant de la convention de 2003, tandis que le naturel désigne des sites et des paysages relevant, comme le culturel, de la convention de 1972.
  • Faire naître la notion de patrimoine avec l’Unesco en 1972 ; en réalité la première apparition moderne du mot est datée de 1931 à Athènes, la France légifère dès 1913, l’inspection des monuments historiques date de 1830, et des pratiques de conservation existent depuis l’Antiquité.
  • Écrire que la Révolution a « détruit » le patrimoine, ou au contraire qu’elle l’a « inventé » ; en réalité elle fait les deux simultanément — décret de démolition de la Bastille en juillet 1789 et destruction des tombeaux de Saint-Denis en août 1793 d’un côté, nationalisation des biens, ouverture du Louvre au public le 1er octobre 1793 et rapport de l’abbé Grégoire en 1794 de l’autre.

§ 01

Révision active

Sur un planisphère, on vous demande de localiser les États qui comptent le plus de biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Rédigez, sans carte, la LÉGENDE ordonnée que vous proposeriez (trois entrées maximum, chacune formulée comme une idée et non comme une liste de pays), puis justifiez en un paragraphe le choix de vos figurés : que voulez-vous faire voir de la formule « une construction des États […] spatialement concentrée » ?

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Élasticité des normes et stratégies d’acteurs : analyse critique de l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)

§ 02
§ 02

Axe 1 — Usages sociaux et politiques du patrimoine#

~13 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T4-Axe1-Usages sociaux et politiques du patrimoineBOHGGSP-Tle-T4-Axe1-Réaménager la mémoire. Les usages de Versailles de l’empire à nos jours.BOHGGSP-Tle-T4-Axe1-Conflits de patrimoine. Les frises du Parthénon depuis le XIXe siècle.

Points clés

Un monument ne se contente jamais d’être conservé : il sert. Il sert à dire qui l’on est, à donner du prestige à qui l’occupe, à fonder une revendication. L’axe 1 demande précisément d’analyser ces usages, et de montrer qu’un même bien peut être réinvesti par des pouvoirs successifs, ou disputé entre deux États.
Le premier jalon porte sur « les usages de Versailles de l’empire à nos jours » : la borne de départ est Napoléon Ier, non Louis XIV. À partir du 6 octobre 1789, Versailles cesse d’être une résidence royale et ne le redevient jamais. En 1804, le château rentre dans la Maison de l’Empereur ; Napoléon envisage de s’y installer, engage des travaux, mais n’achève pas le projet — seuls le Grand et le Petit Trianon sont remeublés pour devenir, à partir de 1810, une villégiature impériale. La question de l’axe se pose donc dès l’origine : que fait-on d’un palais dont l’usage premier a disparu ?
La réponse décisive est celle de Louis-Philippe. Il décide en 1833 la création d’un musée « dédié à toutes les gloires de la France », inauguré en 1837 après quatre ans de travaux et vingt millions de francs prélevés sur la liste civile du roi — au prix de la destruction des appartements des princes de l’aile sud. Le musée place dans une même continuité Clovis, Charlemagne, Saint Louis, Jeanne d’Arc, Louis XIV, les généraux de la Révolution et Napoléon : l’enjeu est bien de réaménager la mémoire pour fabriquer un consensus national, et de renforcer au passage la légitimité d’un roi des Français. Victor Hugo, dans Choses vues, en donne la formule la plus citable : « c’est avoir fait un monument national d’un monument monarchique ». La même année 1837 voit naître la commission des monuments historiques, chargée d’inventorier et de classer.
Versailles devient ensuite un instrument diplomatique. Sous le Second Empire, la visite de la reine Victoria en août 1855 s’y déploie en réception, bal de 1 200 personnes dans la galerie des Glaces, dîner à l’Opéra royal et feu d’artifice — une réussite qui consolide l’alliance franco-britannique. L’usage se poursuit sous la IIIe République (Nicolas II en 1896, George VI en 1938) et s’amplifie sous la Ve : de Gaulle fait aménager une aile du Grand Trianon pour les hôtes de marque et y reçoit le couple Kennedy en 1961 ; le sommet du G7 s’y tient en 1982 ; Vladimir Poutine y est reçu en 2017, Charles III en 2023.
Les usages strictement politiques sont les plus spectaculaires, et ils fonctionnent par symétrie. Le 18 janvier 1871, l’Empire allemand est proclamé dans la galerie des Glaces : le lieu de la gloire de Louis XIV devient celui de la revanche prussienne. Le 28 juin 1919, le traité de paix est signé dans la même galerie — réponse symbolique exacte. Entre les deux, l’Assemblée nationale élue en février 1871 quitte Bordeaux pour Versailles à cause de la Commune : comme l’écrit Fabien Oppermann, « la Commune de Paris provoque involontairement l’installation des institutions républicaines chez le Roi-Soleil ». L’amendement Wallon, qui crée la fonction de président de la République, y est voté en 1875 dans l’Opéra royal ; la salle du Congrès est construite en 1876 ; les présidents y sont élus jusqu’en 1958. L’usage n’est pas éteint : le Parlement réuni en Congrès siège toujours à Versailles, la dernière réunion en date ayant inscrit en mars 2024 la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution (voir Fig. 3).

Versailles : un même lieu, des pouvoirs successifs

Versailles : un même lieu, des pouvoirs successifsFrise chronologique de 1790 à 2030, 1804: Palais impérial, 1837: Musée de Louis-Philippe, 1871: Empire allemand, 1919: Traité de paix, 1961: Kennedy reçu, 1979: Inscrit Unesco, 2024: Congrès du Parlement, 1871–2030: Versailles républicain17902030AnnéeVersaillesrépublicain1804Palais impérial1837Musée deLouis-Philippe1871Empire allemand1919Traité de paix1961Kennedy reçu1979Inscrit Unesco2024Congrès duParlement
Fig. 3Le jalon commence à l’Empire, pas à Louis XIV. La création du musée de Louis-Philippe, mise en relief, est le geste fondateur : faire d’un monument monarchique un monument national.
Fig. 3 ↓
Le dernier usage est proprement patrimonial, et il coûte. À partir de 1892, le conservateur Pierre de Nolhac entreprend de restituer le château tel qu’il fut, ce qui suppose de faire revenir de Paris un mobilier dispersé à la Révolution ; le grand parc est alors abandonné au profit du seul « jardin », dissociant la nature de la culture. En 1952 une souscription nationale est lancée — c’est dans ce cadre que Sacha Guitry tourne Si Versailles m’était conté (1954) —, et en 1995 est créé l’Établissement public du domaine national de Versailles. Le mécénat monte en puissance : en 2023, pour plus de 170 millions d’euros de recettes annuelles, il représente 6,7 millions d’euros. Faible en part, considérable en visibilité : c’est là que naît la question du contrôle public sur des financements privés bénéficiant d’un régime fiscal favorable. Le domaine est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial depuis 1979, au titre des critères (i), (ii) et (vi).
Le second jalon déplace la question : le patrimoine peut opposer deux États. Le Parthénon — au sens strict un trésor destiné à recevoir les offrandes, non un temple — est élevé sous Périclès, transformé en église à l’époque byzantine puis en mosquée sous domination ottomane, et gravement endommagé en 1687 par l’explosion de la poudre qui y était stockée. Au début du XIXe siècle, lord Elgin, ambassadeur britannique à Constantinople, obtient des Ottomans un firman au libellé peu explicite et fait déposer une grande partie de la frise des Panathénées et des métopes. L’helléniste François Queyrel parle de « spoliations » et oppose Elgin, qui « a gravement endommagé le monument et a voulu en tirer de l’argent », à son prédécesseur français Choiseul-Gouffier, « amateur éclairé ». Byron dénonce dès 1811, dans La Malédiction de Minerve, celui qu’il compare au roi des Goths Alaric. Le British Museum acquiert les marbres en 1816, après qu’une commission parlementaire — qui n’a pas consulté le firman — a conclu à la validité de la transaction.
Depuis, le conflit ne s’est jamais éteint, mais ses arguments se sont déplacés (voir Fig. 4). Après l’indépendance, les négociations de 1834-1842 échouent : Londres oppose que les marbres ont été acquis par contrat et ne constituent pas un butin. Le British Museum Act de 1963 interdit au musée de céder ses collections — obstacle juridique interne devenu l’argument central. La Grèce porte alors l’affaire sur le terrain international : en 1983, la ministre de la culture Mélina Mercouri prononce à l’Unesco un discours qui lance une campagne mondiale de sensibilisation. L’ouverture du nouveau musée de l’Acropole en 2009 rend caduc l’argument de la conservation, et l’Unesco dénonce en 2021 les dommages causés par une infiltration d’eau dans les galeries grecques du musée londonien. Les gouvernements grecs successifs répondent enfin à la crainte du précédent en soulignant qu’ils ne réclament que les marbres du Parthénon. En décembre 2024, le gouvernement britannique a indiqué qu’il ne s’opposerait pas à un retour si un accord était trouvé avec le British Museum. À retenir pour la précision : c’est l’Acropole d’Athènes qui est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial, depuis 1987, au titre des critères (i) à (iv) et (vi) — les frises conservées à Londres ne font partie d’aucun bien inscrit.

Les frises du Parthénon : qui parle, et au nom de quoi ?

Les frises du Parthénon : qui parle, et au nom de quoi ?Graphe, Parthénon, Athènes → Lord Elgin, vers 1801, Musée de l’Acropole, 2009 → Grèce, revendication, Unesco, dès 1983 → Grèce, revendication, Lord Elgin, vers 1801 → British Museum, achat 1816, Grèce, revendication → British Museum, achat 1816, British Museum, achat 1816 → British Museum Act, 1963Parthénon,AthènesMusée del’Acropole, 2009Unesco, dès 1983Lord Elgin, vers1801Grèce,revendicationBritish Museum,achat 1816British MuseumAct, 1963déposeappuiemédiationvend 1816réclameinvoque
Fig. 4Un conflit de patrimoine se lit comme un jeu d’acteurs et d’arguments : la revendication grecque, mise en relief, se heurte à une chaîne juridique construite depuis 1816.
Fig. 4 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • réaménager la mémoireRecomposer le récit qu’un lieu transmet, en y ajoutant, en y retranchant ou en y réordonnant des figures, afin de servir une légitimité présente.
  • restitutionRetour d’un bien culturel à l’État ou à la communauté d’origine ; elle suppose de lever l’obstacle juridique qui protège les collections publiques.
  • firmanDécret ou autorisation délivré par le pouvoir ottoman ; celui obtenu par lord Elgin est resté au cœur du litige parce que son libellé n’est pas explicite.
  • mécénatFinancement privé, d’entreprise ou de particulier, apporté à un bien public en échange d’un avantage fiscal et d’une visibilité ; à Versailles, 6,7 millions d’euros sur plus de 170 millions de recettes en 2023.
  • soft powerCapacité d’un État à obtenir un résultat par l’attraction plutôt que par la contrainte ; le patrimoine en est l’un des principaux supports.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Dissertation — « Le patrimoine est-il un instrument du pouvoir ? »

Traitez le sujet suivant en construisant un plan détaillé argumenté : « Le patrimoine est-il un instrument du pouvoir ? » Vous vous appuierez sur les jalons de l’axe 1.

  1. 01Analyser les termes et repérer le piège

    « Instrument » suppose un utilisateur et une intention : la question porte donc sur les acteurs, non sur les monuments. « Pouvoir » ne se limite pas à l’État : un musée, une commune, une association, une communauté peuvent l’exercer. Le piège du sujet est la réponse en un mot : si l’on répond seulement « oui », on écrit un catalogue d’exemples ; il faut aussi montrer que l’instrument résiste à celui qui le manie.

  2. 02Formuler la problématique

    On peut poser : dans quelle mesure le patrimoine sert-il des pouvoirs qui l’investissent, sans jamais leur appartenir tout à fait, au point de devenir à son tour un enjeu de conflit ? La formulation engage les trois temps du plan.

  3. 03Montrer le patrimoine en mise en scène du pouvoir

    Versailles fournit la démonstration entière. Le musée « à toutes les gloires de la France », décidé en 1833 et inauguré en 1837, réordonne le passé national au service d’un roi des Français ; la galerie des Glaces porte la proclamation de l’Empire allemand en 1871, puis la signature du traité de paix en 1919 ; la Ve République en fait un décor diplomatique, de la réception des Kennedy en 1961 au G7 de 1982. Un même lieu, des régimes opposés, la même fonction : légitimer.

  4. 04Opposer deux États autour d’un même bien

    Le conflit des frises du Parthénon montre que l’instrument peut échapper. Déposées par lord Elgin, acquises par le British Museum en 1816, elles sont réclamées par la Grèce depuis les années 1830. Le British Museum Act de 1963 verrouille la position britannique ; le discours de Mélina Mercouri à l’Unesco en 1983 internationalise la cause ; l’ouverture du musée de l’Acropole en 2009 retire à Londres son argument de conservation. Ici, le patrimoine ne sert plus un pouvoir : il en oppose deux.

  5. 05Peser les limites de l’instrumentalisation

    Le patrimoine impose ses propres contraintes à qui veut s’en servir. Il coûte : à Versailles, le mécénat privé pèse 6,7 millions d’euros sur plus de 170 millions de recettes en 2023, et pose la question du contrôle public. Il oblige : l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en 1979 engage l’État dans des obligations de conservation. Il échappe enfin aux intentions initiales, puisque les usages s’ajoutent sans se remplacer — le Congrès du Parlement siège toujours dans le palais du Roi-Soleil, comme l’a rappelé la révision constitutionnelle de mars 2024.

  6. 06Prévoir la conclusion

    Répondre franchement : oui, le patrimoine est un instrument, et l’axe 1 en fait la démonstration. Mais c’est un instrument à double tranchant, qui survit à ses utilisateurs, leur impose des charges et peut être retourné contre eux. Ouvrir sur l’axe 2 : lorsque cet instrument devient une ressource économique, les tensions changent d’échelle et descendent jusqu’aux habitants.

Résultat : Le plan retenu est ternaire : le patrimoine sert le pouvoir (Versailles), il oppose les pouvoirs (le Parthénon), il leur impose ses propres contraintes (coûts, obligations, permanence des usages). La copie tient si chaque partie est adossée à des dates précises — 1837, 1871, 1919, 1816, 1963, 1983, 2009 — et non à des généralités sur l’identité.

Objectif Bac

  • Dater le jalon Versailles à partir de sa vraie borne : le programme dit « de l’empire à nos jours », donc de 1804 et non de Louis XIV — la construction du château sous le Roi-Soleil n’est qu’un rappel de contexte, pas le sujet.
  • Citer trois usages politiques distincts de la galerie des Glaces avec leur date — proclamation de l’Empire allemand le 18 janvier 1871, signature du traité de paix le 28 juin 1919, réceptions diplomatiques de la Ve République — et montrer que le second répond symboliquement au premier.
  • Analyser le musée de 1837 comme un acte de politique mémorielle : identifier le commanditaire (Louis-Philippe), l’intention (fabriquer un consensus national et légitimer un roi des Français) et le moyen (rassembler dans une même galerie des figures que l’histoire avait opposées).
  • Distinguer, dans le contentieux du Parthénon, les arguments juridiques (le firman, la commission parlementaire de 1816, le British Museum Act de 1963) des arguments patrimoniaux (l’intégrité du monument, la capacité de conservation, le précédent redouté) : une copie qui les mélange perd la logique du conflit.
  • Confronter les deux jalons pour construire une partie de dissertation : Versailles montre un patrimoine réinvesti à l’intérieur d’un État, le Parthénon un patrimoine disputé entre deux États — deux échelles du même usage politique.

Erreurs fréquentes

  • Traiter Versailles comme le palais de Louis XIV et la mise en scène de la monarchie absolue ; en réalité le jalon commence à l’Empire, et l’essentiel de la démonstration porte sur les usages postérieurs à 1789 — musée de 1837, Assemblée puis Congrès, traité de 1919, diplomatie de la Ve République.
  • Dater le musée « à toutes les gloires de la France » de la seule monarchie de Juillet sans précision ; en réalité il est décidé en 1833 et inauguré en 1837, la même année que la fondation de la commission des monuments historiques — deux dates qui rendent la copie beaucoup plus solide.
  • Écrire que les frises du Parthénon sont inscrites au patrimoine mondial, ou que le British Museum l’est ; en réalité le bien inscrit est l’Acropole d’Athènes, en 1987, et les marbres conservés à Londres ne relèvent d’aucune inscription — l’argument grec est identitaire et scientifique, pas fondé sur la Liste.
  • Présenter le refus britannique comme un simple caprice de musée ; en réalité il s’appuie sur une chaîne juridique — le firman ottoman, l’achat de 1816 validé par une commission parlementaire, puis le British Museum Act de 1963 qui interdit au musée de céder ses collections — ce qui explique pourquoi la solution négociée passe aujourd’hui par un partenariat plutôt que par une vente.
  • Affirmer que la Grèce demande la restitution de toutes les antiquités grecques des musées occidentaux ; en réalité les gouvernements grecs successifs insistent depuis 2009 sur le caractère unique de leur demande, limitée aux marbres du Parthénon, précisément pour désamorcer l’argument du précédent.

Approfondissement

Pour aller plus loin, on peut opposer deux régimes de restitution. Celui du Parthénon reste bloqué par un obstacle interne (le British Museum Act de 1963) et se cherche une issue par le partenariat. Celui des biens africains conservés en France a pris la voie législative : une loi du 24 décembre 2020 a autorisé la restitution de biens culturels au Bénin et au Sénégal, en dérogeant ponctuellement au principe d’inaliénabilité des collections publiques posé par la loi de 1913. Comparer les deux cas permet de montrer que la restitution n’est pas d’abord une question morale mais une question de droit, et que le droit peut être modifié.

§ 02

Révision active

Vous préparez une intervention de cinq minutes pour le grand oral sur la question : « Restituer un bien culturel, est-ce réparer ou appauvrir ? » Rédigez la trame de votre prise de parole en trois moments — l’exposé du cas des frises du Parthénon, l’examen loyal des deux séries d’arguments, votre position argumentée — puis anticipez deux questions du jury et la réponse que vous y feriez.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Le Congrès du Parlement (Assemblée nationale)

§ 03
§ 03

Axe 2 — Patrimoine, la préservation entre tensions et concurrences#

~14 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T4-Axe2-Patrimoine, la préservation entre tensions et concurrencesBOHGGSP-Tle-T4-Axe2-Urbanisation, développement économique et préservation du patrimoine. Paris entre protection et nouvel urbanisme…BOHGGSP-Tle-T4-Axe2-La destruction, la protection et la restauration du patrimoine, enjeu géopolitique. La question patrimoniale au Mali.BOHGGSP-Tle-T4-Axe2-Le tourisme culturel, entre valorisation et protection. Venise, entre valorisation touristique et protection du patrimoine.

Points clés

Personne ne défend la destruction du patrimoine : c’est justement pourquoi les conflits ne portent pas sur le principe mais sur le prix. Préserver suppose des sacrifices — Jean-Pierre Babelon et André Chastel l’écrivaient dès 1980 — et ce sont ces sacrifices, répartis inégalement entre les habitants, les touristes, les pouvoirs publics et les acteurs économiques, qui font naître les tensions. Les trois jalons de l’axe donnent trois formes de cette même difficulté (voir Fig. 5).

Préserver : trois tensions, trois jalons

Préserver : trois tensions, trois jalonsArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Paris : urbanisme → Protéger le tissu ancien; Paris : urbanisme → Loger, circuler, construire; Mali : conflit armé → Détruire pour effacer (2012); Mali : conflit armé → Restaurer, juger (CPI 2016); Venise : tourisme → Trois milliards de recettes; Venise : tourisme → Moins de 50 000 habitantsParis : urbanismeMali : conflit arméVenise : tourismePréserver le patrimoineProtéger le tissu ancienLoger, circuler, construireDétruire pour effacer (2012)Restaurer, juger (CPI 2016)Trois milliards de recettesMoins de 50 000 habitants
Fig. 5Les trois jalons de l’axe ne se remplacent pas : ils opposent des acteurs différents et engagent des arbitrages différents. La branche malienne, mise en relief, est la seule où la destruction est un objectif et non un effet.
Fig. 5 ↓
Le premier jalon, Paris, oppose la ville ancienne à la ville qui continue. Le site est occupé dès le IIIe siècle avant notre ère et la ville n’a pas connu de destruction majeure, ce qui explique l’épaisseur de ses strates : forteresse du Louvre sous Philippe Auguste (1180-1223), hôtel de ville à partir de 1533, Invalides ordonnés par Louis XIV en 1670, arcs de triomphe et Madeleine sous Napoléon Ier, Opéra Garnier inauguré en 1875, puis les édifices nés des expositions universelles — Trocadéro en 1878, tour Eiffel en 1889, Grand et Petit Palais en 1900, palais de Chaillot en 1937. Paris, rives de la Seine est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1991, au titre des critères (i), (ii) et (iv) ; le périmètre court, selon la description de l’Unesco, du Louvre à la tour Eiffel.
Mais l’histoire de Paris est aussi une longue suite de « destructions constructives ». François Ier fait raser en 1527 la grosse tour du Louvre de Philippe Auguste pour dégager une perspective ; la Révolution démolit la Bastille et la galerie des Rois de Notre-Dame ; le préfet Rambuteau ouvre les premières percées entre 1833 et 1848, avant qu’Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870, ne mène pour Napoléon III un plan de modernisation global. L’annexion des communes limitrophes en 1860 double la superficie de la ville, portée à 7 802 hectares, et lui ajoute 400 000 habitants. Le conflit contemporain est de même nature : une ville mondiale doit loger, transporter et produire, et les architectes revendiquent le droit de marquer l’espace urbain — d’où les polémiques récurrentes, du Centre Pompidou à la pyramide du Louvre, des colonnes de Buren à la Canopée des Halles ou aux tours Duo. Le risque, à l’inverse, est la « muséification » : une ville mise sous cloche. La recommandation de l’Unesco adoptée à Nairobi en 1976 posait déjà la question du rôle des ensembles historiques « dans la vie contemporaine ».
Le deuxième jalon, le Mali, fait entrer la guerre. Le pays compte quatre biens sur la Liste du patrimoine mondial : les villes anciennes de Djenné et la ville de Tombouctou, inscrites en 1988, les falaises de Bandiagara en pays dogon inscrites en 1989, et le tombeau des Askia à Gao inscrit en 2004. Tombouctou, inscrite au titre des critères (ii), (iv) et (v), fut une capitale intellectuelle et spirituelle et un centre de diffusion de l’islam en Afrique aux XVe et XVIe siècles ; elle conserve l’université coranique de Sankoré et trois grandes mosquées, Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia. Le patrimoine immatériel y est aussi essentiel : la Charte du Mandén, ensemble de règles juridiques orales estimé vers 1236 et collecté auprès des griots, est inscrite en 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel.
En janvier 2012, l’indépendance du nord du pays est proclamée par les insurgés touaregs du MNLA, appuyés par des groupes djihadistes salafistes — AQMI et surtout Ansar Dine. Dès juin, les alliés se divisent sur l’interprétation de l’islam, et Ansar Dine s’en prend à Tombouctou aux symboles d’un islam soufi jugé contraire à sa conception rigoriste : neuf mausolées de saints et la porte sacrée de la mosquée Sidi Yahia sont détruits à la pioche, plus de 4 000 manuscrits de l’université islamique sont brûlés. Détruire le patrimoine de l’autre, c’est tenter d’effacer sa mémoire ; c’est donc un usage du patrimoine, par la négative.
La réponse internationale a fait franchir trois seuils que l’on peut citer avec précision. Dès 2012, Tombouctou et le tombeau des Askia sont portés sur la Liste du patrimoine mondial en péril — les villes anciennes de Djenné suivront en 2016. En avril 2013, le Conseil de sécurité de l’ONU charge la MINUSMA d’inclure explicitement la protection du patrimoine dans son mandat : c’est une première dans l’histoire de l’organisation, alors même que la convention de La Haye de 1954, complétée en 1999, existait depuis longtemps sans avoir jamais été ainsi mise en œuvre. En 2016 enfin, le Malien Ahmad al-Faqi al-Mahdi, membre d’Ansar Dine, est reconnu coupable par la Cour pénale internationale et condamné à neuf ans de prison et 2,7 millions d’euros pour « avoir dirigé intentionnellement des attaques contre des bâtiments à caractère religieux et historique à Tombouctou » : pour la première fois, la destruction de biens culturels est instruite comme un crime de guerre. La dynamique se prolonge par la résolution 2347 du Conseil de sécurité en mars 2017 et par la création, la même année, de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH), à l’initiative de la France et des Émirats arabes unis.
Le troisième jalon, Venise, montre qu’un site peut être menacé par son propre succès. Venise et sa lagune sont inscrites depuis 1987 au titre des six critères culturels, de (i) à (vi) — une reconnaissance quasi maximale. La ville s’étend sur 118 îles reliées par des canaux et protégée de l’Adriatique par le Lido, cordon sableux d’une douzaine de kilomètres. Le tourisme de masse s’y installe dans la seconde moitié du XXe siècle avec l’ouverture de l’aéroport Marco-Polo (1961) et de l’île-terminal de Tronchetto (1957-1961). Les estimations de fréquentation divergent — quelque 30 millions de visiteurs en 2019 selon la ressource d’accompagnement Éduscol, dont environ 11,5 millions passant au moins une nuit, une vingtaine de millions par an selon Géoconfluences —, et cet écart est lui-même instructif : les excursionnistes d’un jour échappent en grande partie au comptage. Les retombées, elles, sont massives : environ trois milliards d’euros, et plus de 11 % du produit intérieur brut de la ville.
Le prix est payé par les habitants. L’économie de proximité cède la place aux locations de vacances, aux hôtels et aux boutiques de souvenirs ; le centre historique est passé sous la barre des 50 000 habitants permanents, contre plus de 150 000 dans les années 1950, et perd environ mille résidents par an. Les traditions elles-mêmes sont mises en scène pour l’imaginaire touristique, au point que les géographes parlent de « cartepostalisation », voire, avec Sylvie Brunel, de « disneylandisation ». S’y ajoute la fragilité physique de la lagune : l’acqua alta de 1966, où l’eau approcha les deux mètres, avait mobilisé la communauté internationale et conduit en 1973 à une loi déclarant la sauvegarde de Venise « problème d’intérêt national » ; les paquebots creusent la vase et sapent les fondations. Les mesures existent mais arrivent tard et restent contestées : circulation des navires de plus de 25 000 tonnes interdite dans le bassin de Saint-Marc et le canal de la Giudecca en août 2021, droit d’entrée pour les visiteurs à la journée instauré en 2024, chantier des digues MOSE décidé dans les années 1970, commencé en 2003 et achevé seulement en 2020 (voir Fig. 6).

Venise : protéger la ville contre son propre succès

Venise : protéger la ville contre son propre succèsFrise chronologique de 1960 à 2030, 1966: Acqua alta, 1973: Loi de sauvegarde, 1987: Inscrite Unesco, 2003: Chantier MOSE, 2021: Paquebots écartés, 2024: Droit d’entrée, 1987–2030: Bien inscrit, ville en fuite19602030AnnéeBien inscrit,ville en fuite1966Acqua alta1973Loi desauvegarde1987Inscrite Unesco2003Chantier MOSE2021Paquebotsécartés2024Droit d’entrée
Fig. 6Entre l’inondation qui alerte le monde et la première mesure qui fait payer le visiteur, cinquante-huit ans. Le droit d’entrée de 2024, mis en relief, arrive après le départ des deux tiers des habitants.
Fig. 6 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • surtourismeFréquentation touristique jugée excessive parce qu’elle dégrade le site, la qualité de vie des habitants ou l’expérience des visiteurs ; le mot, traduit de l’anglais overtourism, n’était pratiquement pas employé avant 2017.
  • Liste du patrimoine mondial en périlListe distincte, tenue par le comité du patrimoine mondial, où sont portés les biens inscrits menacés ; Tombouctou y figure depuis 2012.
  • muséificationTransformation d’un quartier ou d’une ville en décor conservé pour le visiteur, au prix de la disparition des fonctions ordinaires qui y faisaient vivre des habitants.
  • gentrificationRemplacement progressif des habitants d’un quartier par des populations plus aisées ou par des usages plus rentables, sous l’effet de la hausse des prix du logement.
  • acqua altaMarée haute exceptionnelle poussée par le vent qui submerge une partie de Venise ; celle de 1966, où l’eau approcha deux mètres, a déclenché la mobilisation internationale pour la ville.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Étude critique — une banderole de riverains vénitiens

Document : photographie décrite. Sur une façade d’un canal secondaire de Venise, une banderole de drap blanc porte, en italien puis en anglais, l’inscription « Ici vivaient des Vénitiens » ; au-dessous, un panneau plus petit annonce en quatre langues un appartement en location de courte durée. Deux valises à roulettes passent au premier plan. Consigne : à l’aide du document et de vos connaissances, montrez que la préservation du patrimoine vénitien oppose des acteurs aux intérêts contradictoires.

  1. 01Présenter et contextualiser

    Le document est une photographie, donc un cadrage : quelqu’un a choisi de placer dans le même plan la protestation et son objet. La banderole relève des mouvements de riverains qui se multiplient depuis les années 2000 dans une ville inscrite sur la Liste du patrimoine mondial depuis 1987 et dont le centre historique est passé sous 50 000 habitants permanents.

  2. 02Analyser le contenu et son intention

    L’imparfait « vivaient » construit un récit de disparition déjà accomplie : la banderole ne demande pas, elle constate. Le passage de l’italien à l’anglais indique que le destinataire est le visiteur, non la municipalité. Le panneau de location en quatre langues, dans le même champ, matérialise le mécanisme dénoncé : la transformation du logement en hébergement touristique, qui raréfie l’offre et fait monter les prix.

  3. 03Éclairer par les connaissances

    Le document illustre une chaîne documentée : le tourisme de masse s’installe après l’ouverture de l’aéroport Marco-Polo en 1961 et du terminal de Tronchetto ; il représente aujourd’hui plus de 11 % du produit intérieur brut de la ville pour environ trois milliards d’euros de retombées ; l’économie de proximité disparaît au profit de l’hébergement et du souvenir ; la ville perd environ mille habitants par an.

  4. 04Prendre du recul critique

    Le document est militant et sélectif. Il ne montre pas ceux, nombreux, qui vivent du tourisme, ni la dépendance budgétaire de la municipalité à ses recettes — ce qui explique l’ambiguïté des politiques menées. Il ne dit rien non plus des mesures prises : interdiction des navires de plus de 25 000 tonnes dans le bassin de Saint-Marc en août 2021, droit d’entrée pour les visiteurs à la journée en 2024, campagnes de sensibilisation depuis la menace de l’Unesco en 2017. Enfin, il attribue au seul tourisme un dépeuplement où pèsent aussi le coût de la vie insulaire et les contraintes du bâti.

  5. 05Conclure en répondant à la consigne

    Le document donne à voir, en un cadrage, la concurrence pour une même ressource rare — le logement dans un centre historique — entre des habitants qui y vivent et une activité qui la valorise. La préservation n’oppose donc pas des défenseurs à des destructeurs, mais des acteurs qui tirent du même patrimoine des bénéfices incompatibles.

Résultat : La banderole est un document de plaidoyer : elle dit vrai sur le dépeuplement mais tait la dépendance économique de la ville au tourisme. C’est en articulant les deux — le fait attesté et le silence du document — que la copie devient critique au sens de l’épreuve.

Objectif Bac

  • Citer un jalon par forme de tension et ne pas les intervertir : Paris pour la concurrence entre protection et urbanisme, le Mali pour la destruction en contexte de conflit, Venise pour la pression touristique — ce sont trois mécanismes différents, pas trois illustrations du même.
  • Dater la séquence malienne au mois près là où c’est possible : destructions à Tombouctou en 2012, inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril la même année, mandat patrimonial confié à la MINUSMA en avril 2013, condamnation par la Cour pénale internationale en 2016, résolution 2347 du Conseil de sécurité en mars 2017.
  • Distinguer la convention de La Haye de 1954, qui protège les biens culturels en cas de conflit armé, de la convention de 1972 sur le patrimoine mondial : la première est un droit de la guerre, la seconde un dispositif de reconnaissance et de coopération.
  • Justifier l’expression « préservation entre tensions et concurrences » en nommant les acteurs qui s’opposent dans chaque cas — habitants, touristes, croisiéristes, municipalité, État, Unesco à Venise ; riverains, architectes, promoteurs, pouvoirs publics à Paris ; groupes armés, État, ONU, justice pénale internationale au Mali.
  • Argumenter sur l’efficacité réelle des mesures plutôt que sur leur seule existence : à Venise, une inscription en 1987, une menace d’inscription sur la Liste en péril en 2017, une interdiction des grands paquebots en 2021 et un droit d’entrée en 2024 n’ont pas enrayé la perte d’environ mille habitants par an.

Erreurs fréquentes

  • Écrire que les destructions de Tombouctou ont été commises par « des terroristes » sans plus de précision ; en réalité l’auteur est identifié — le groupe Ansar Dine, allié puis rival du MNLA touareg —, et la précision est indispensable puisque le jugement de la Cour pénale internationale de 2016 vise un membre nommé de ce groupe.
  • Présenter le tourisme comme la seule menace pesant sur le patrimoine ; en réalité l’axe distingue trois mécanismes, et la destruction volontaire à visée idéologique ne relève ni de l’économie ni de l’usure mais d’une stratégie d’effacement identitaire.
  • Affirmer que Venise a « interdit les paquebots » ; en réalité l’interdiction d’août 2021 vise les navires de plus de 25 000 tonnes dans le bassin de Saint-Marc et le canal de la Giudecca, ces navires accostant désormais au port de commerce de Marghera — la question du trafic n’est pas réglée, elle est déplacée.
  • Décrire Paris comme une ville figée par la protection patrimoniale ; en réalité la destruction y est une constante historique, de la grosse tour du Louvre rasée en 1527 aux percées d’Haussmann, et le débat contemporain porte sur l’arbitrage, pas sur l’immobilité.
  • Écrire que la Cour pénale internationale a condamné en 2016 « la destruction du patrimoine mondial » ; en réalité le chef retenu est le crime de guerre consistant à avoir dirigé intentionnellement des attaques contre des bâtiments religieux et historiques — l’inscription sur la Liste n’est pas l’élément constitutif de l’infraction, même si elle atteste la valeur des biens.

Approfondissement

Une réflexion plus fine porte sur la restauration elle-même. Faut-il reconstruire à l’identique, comme Varsovie après 1945 ? Conserver la ruine comme témoignage, à la manière du Dôme de Genbaku à Hiroshima ou d’Oradour-sur-Glane ? Ou bien, comme au Mali, faire de l’entretien lui-même le patrimoine — le crépissage annuel de la mosquée de Djenné, réalisé par les habitants avec un mélange d’argile et de paille, est précisément ce qui patrimonialise l’édifice. On voit alors que l’authenticité, critère central de l’inscription, n’a pas le même sens selon les sociétés, et que la « résilience » attribuée au patrimoine — sa faculté supposée de réconcilier après un conflit — mérite d’être discutée plutôt que postulée.

§ 03

Révision active

Le maire d’une ville historique de 60 000 habitants inscrite au patrimoine mondial vous demande une note d’une page. Rédigez-la : exposez d’abord le dilemme entre recettes touristiques et vie des habitants, proposez ensuite trois mesures inspirées des cas étudiés en précisant pour chacune qui en supporte le coût, et terminez en indiquant l’indicateur que vous suivriez pour savoir si la politique fonctionne.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · (Sur)vivre dans une ville touristique : les effets socio-spatiaux du surtourisme dans le centre historique de Venise (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

§ 04
§ 04

Objet de travail conclusif — La France et le patrimoine, des actions majeures de valorisation et de protection#

~14 min de lecture●●●ApprofondissementBOHGGSP-Tle-T4-OTC-La gestion du patrimoine français : évolutions d’une politique publique.BOHGGSP-Tle-T4-OTC-La patrimonialisation, entre héritage culturel et reconversion. Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.BOHGGSP-Tle-T4-OTC-Le patrimoine, facteur de rayonnement culturel de la France dans le monde et objet d’action diplomatique (un exemple du patrimoine immatériel : le repas gastronomique des Français).

Points clés

L’objet de travail conclusif ne demande pas un catalogue de monuments français : il demande d’examiner une politique publique, ses acteurs, son financement et ses usages extérieurs. Trois jalons y conduisent — la construction d’un droit du patrimoine, la reconversion d’un territoire industriel, la mise au service de la diplomatie —, et chacun réutilise ce qui a été appris dans les deux axes.
La politique patrimoniale française s’est construite en trois temps. Le premier est celui de l’identification : le 25 novembre 1830, François Guizot crée la fonction d’inspecteur des monuments historiques, occupée de 1834 à 1860 par Prosper Mérimée, dont les voyages d’inspection font entrer dans le classement la crypte Saint-Laurent de Grenoble ou le baptistère Saint-Jean de Poitiers. Mérimée confie à Eugène Viollet-le-Duc ses premières restaurations — Carcassonne, le Mont-Saint-Michel, Notre-Dame de Paris et sa flèche, reproduite à l’identique après l’incendie récent. La « querelle du gothique » naît là : faut-il restaurer à l’identique ou, comme Viollet-le-Duc, transformer l’édifice restauré ? La question n’a jamais été refermée.
Le deuxième temps est celui de la professionnalisation, sous la IIIe République. L’École du Louvre est créée en 1882 pour former conservateurs et techniciens. Après une première loi en 1887, celle de 1913 devient le texte de référence : elle consacre l’inaliénabilité et l’imprescriptibilité des œuvres entrées dans les musées publics, et surtout elle permet de classer un immeuble ou un objet immobilier sans l’accord de son propriétaire — c’est là que le patrimoine cesse d’être une affaire privée. Le champ s’élargit ensuite par touches : les monuments naturels en 1930, les vestiges archéologiques en 1941.
Le troisième temps, depuis la seconde moitié du XXe siècle, est celui de l’élargissement et de la dispersion des responsabilités. Les réserves naturelles apparaissent en 1957, les parcs nationaux en 1960 ; en 1964, André Malraux lance l’Inventaire général, qui doit recenser le patrimoine de tous les cantons de France. Sous la présidence de François Mitterrand, le ministère étend son action à l’art contemporain et au patrimoine industriel. Les lois de décentralisation répartissent les compétences depuis 1983, et certaines collectivités sont devenues propriétaires de monuments historiques depuis 2004 — or la moitié de ce patrimoine se trouve dans des communes de moins de 2 000 habitants, ce qui pose un problème financier structurel. L’État s’appuie sur les directions régionales des affaires culturelles et sur des opérateurs comme le Centre des monuments nationaux, mais ne finance plus seul : le mécénat d’entreprise, la Fondation du patrimoine et ses financements participatifs, le loto du patrimoine organisé pour la première fois en 2018 complètent le dispositif (voir Fig. 7). En 2023, plus de 45 000 immeubles et 260 000 objets sont protégés, et la demande sociale continue de s’élargir : notion de « matrimoine », patrimoines liés à l’immigration, à la colonisation ou à l’esclavage.

Qui paie le patrimoine français ?

Qui paie le patrimoine français ?Graphe, État, DRAC, opérateurs → Un monument protégé, Communes, départements, régions → Un monument protégé, Mécénat d’entreprise → Un monument protégé, Dons, loto du patrimoine → Un monument protégé, Unesco, label mondial → Un monument protégéÉtat, DRAC,opérateursCommunes,départements,régionsMécénatd’entrepriseDons, loto dupatrimoineUnesco, labelmondialUn monumentprotégéclassepossèdefinancecollectereconnaît
Fig. 7La protection est nationale, la propriété est de plus en plus locale : les collectivités, mises en relief, sont les premières propriétaires de monuments historiques, dont la moitié se trouve dans des communes de moins de 2 000 habitants.
Fig. 7 ↓
Le deuxième jalon transforme un passif en ressource. Après la fermeture des houillères, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais cumule une crise économique, une crise sociale et une question mémorielle. Le cinéma joue un rôle décisif : le tournage de Germinal par Claude Berri en 1993 sauve de la démolition la fosse d’Arenberg à Wallers, qui devient décor puis patrimoine. En 2012, le bassin minier est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial au titre des critères (ii), (iv) et (vi), comme paysage culturel évolutif : la fiche de l’Unesco recense 109 biens individuels, pour une zone inscrite de 3 943 hectares assortie d’une zone tampon de 18 804 hectares ; la ressource d’accompagnement précise que 353 éléments sont protégés — fosses, chevalements, terrils, voies ferrées, étangs d’affaissement, cités minières. La sélection est sévère : sur les cent cinquante chevalements qui existaient il y a un siècle, une vingtaine subsiste.
Ce jalon a l’avantage de montrer la patrimonialisation en train de se faire, et par le bas. La fosse 9-9bis d’Oignies, dernière en activité en 1990 après 270 ans d’exploitation, promise à la démolition, est sauvée par une association d’anciens mineurs et de passionnés qui obtient son classement au titre des monuments historiques en 1994 ; la communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin acquiert le site en 2003 et le reconvertit, aujourd’hui autour du Métaphone. La rénovation, depuis 2009, de la plus ancienne cité-jardin d’Europe continentale, à Dourges, montre en même temps la contrepartie : des habitants contraints de se plier à de nouvelles normes d’entretien de leurs maisons. Quant au Louvre-Lens, présenté comme l’équipement qui produirait un « effet Bilbao », sa fréquentation plafonne pour un coût global élevé : le transfert d’un modèle spatial d’un lieu à un autre relève, ici, du mythe. Une copie qui le dit gagne en crédit.
Le troisième jalon fait du patrimoine un instrument de politique extérieure. La France a accueilli plus de cent millions de touristes en 2024, année portée par les Jeux olympiques et paralympiques, ce qui conforte sa place de première destination touristique mondiale ; Notre-Dame de Paris recevait douze millions de visiteurs en 2018, le domaine de Versailles six millions sept cent mille. Mais la fréquentation est très concentrée : l’Île-de-France rassemblait 60 % des sites visités en 2018, et la moitié de la fréquentation muséale se porte sur 1 % des musées. À l’étranger, l’influence passe par de grands projets — Louvre Abou Dhabi en 2017, Centre Pompidou Shanghai en 2019 — et par le geste diplomatique : Nicolas Sarkozy rend en 2010 à la Corée du Sud deux cent quatre-vingt-dix-sept manuscrits royaux ; une loi du 24 décembre 2020 autorise la restitution de biens culturels au Bénin et au Sénégal ; Emmanuel Macron reçoit le président italien à Chambord et Amboise en 2019 pour le cinq centième anniversaire de la mort de Léonard de Vinci, et réunit à Versailles le sommet « Choose France ».
Le jalon impose enfin une distinction que les copies manquent presque toujours. Le repas gastronomique des Français est inscrit en 2010 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, au titre de la convention de 2003 : ce n’est donc PAS une inscription au patrimoine mondial. Et ce n’est pas non plus « la gastronomie française » : l’élément inscrit désigne une pratique sociale coutumière — un repas de fête où l’on célèbre les moments importants de la vie d’un groupe, avec ses arts de la table et l’ordre des mets. Il faut de la même façon séparer deux usages diplomatiques. La « diplomatie culinaire » utilise le repas comme message dans une relation entre États : Talleyrand et son cuisinier Carême au congrès de Vienne, de Gaulle recevant les Kennedy à Versailles en 1961, François Hollande et Barack Obama dînant dans un restaurant parisien en 2015 pour afficher la simplicité — et, à l’inverse, la visite du président iranien annulée en avril 1999 pour une question de vin, puis maintenue en 2004 les bouteilles conservées. La « gastro-diplomatie » désigne autre chose : la promotion, par l’État, de son image de marque alimentaire à des fins économiques — opérations « Goûts de France » puis « Taste France » —, alors que les produits agricoles et agroalimentaires représentent environ 12 % des exportations françaises de marchandises (voir Fig. 8).

La France et son patrimoine : trois actions, trois jalons

La France et son patrimoine : trois actions, trois jalonsroue segmentée, 3 segments, Données: France, Gérer, Reconvertir, RayonnerGérerloi de 1913, Inventaire 1964Reconvertirbassin minier inscrit en 2012Rayonnerrepas gastronomique, 2010France
Fig. 8Gérer, reconvertir, rayonner : les trois jalons de l’objet conclusif se répondent. Le bassin minier, mis en relief, est le seul où le patrimoine sert à relancer un territoire en difficulté.
Fig. 8 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • classementProcédure française de protection la plus forte au titre des monuments historiques, ouverte par la loi de 1913 et applicable même sans l’accord du propriétaire ; à ne pas confondre avec l’inscription sur une liste de l’Unesco.
  • paysage culturel évolutifCatégorie du patrimoine mondial désignant un territoire encore vivant, façonné par une activité humaine de longue durée ; c’est à ce titre que le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais a été inscrit en 2012.
  • reconversionAttribution d’une fonction nouvelle à un site dont l’activité d’origine a cessé ; au 9-9bis d’Oignies, une fosse fermée en 1990 est devenue un équipement culturel.
  • diplomatie culinaireUsage du repas comme message non verbal dans une relation entre États, de Talleyrand au congrès de Vienne aux dîners officiels contemporains.
  • gastro-diplomatiePromotion par un État de son image alimentaire à des fins économiques — tourisme, exportations agroalimentaires ; le terme apparaît en 2002 dans la presse anglophone.
  • matrimoineTerme militant désignant la part du patrimoine produite ou portée par des femmes, longtemps invisible dans les inventaires ; il illustre l’élargissement social de la notion depuis les années 1980.
Exemple corrigé

Dissertation — « La France sait-elle valoriser son patrimoine sans le mettre en danger ? »

Traitez le sujet suivant sous la forme d’un plan détaillé appuyé sur les trois jalons de l’objet de travail conclusif : « La France sait-elle valoriser son patrimoine sans le mettre en danger ? »

  1. 01Analyser les termes et fixer les bornes

    « Valoriser » recouvre trois opérations distinctes : rendre visible, rendre accessible, rendre rentable. « Mettre en danger » ne signifie pas seulement dégrader physiquement : c’est aussi appauvrir le sens du bien, chasser ses habitants ou le rendre dépendant d’un financement instable. Le sujet porte sur la France, ce qui autorise à mobiliser les jalons de l’objet conclusif et interdit de partir à Venise ou à Tombouctou autrement qu’en comparaison rapide.

  2. 02Formuler la problématique

    Dans quelle mesure les instruments français de valorisation — cadre juridique ancien, labels, mécénat, tourisme, diplomatie — parviennent-ils à financer la protection sans transformer le patrimoine en simple ressource ?

  3. 03Établir la solidité du dispositif de protection

    La France dispose d’un droit du patrimoine construit depuis 1830 et consolidé par la loi de 1913, d’un Inventaire lancé en 1964, d’une administration déconcentrée par les DRAC et d’opérateurs nationaux. Le résultat est massif : plus de 45 000 immeubles et 260 000 objets protégés en 2023. La valorisation y est aussi une démocratisation : les Journées du patrimoine, instituées en 1984, ouvrent au public des monuments habituellement fermés, et l’édition de septembre 2026 sera la quarante-troisième.

  4. 04Mesurer la dépendance financière et l’inégalité territoriale

    La protection coûte plus qu’elle ne rapporte à l’échelle des propriétaires : les collectivités sont les premières propriétaires de monuments historiques et la moitié de ce patrimoine se trouve dans des communes de moins de 2 000 habitants. D’où le recours au mécénat, à la Fondation du patrimoine et au loto du patrimoine depuis 2018 — et la question du contrôle public sur des financements privés. La fréquentation, elle, est très inégale : 60 % des sites visités en Île-de-France en 2018, la moitié de la fréquentation muséale sur 1 % des musées. Le Louvre-Lens montre les limites d’un modèle importé.

  5. 05Examiner l’usage extérieur du patrimoine et ses ambiguïtés

    Le patrimoine sert la puissance : plus de cent millions de touristes en 2024, projets à l’étranger (Louvre Abou Dhabi en 2017, Centre Pompidou Shanghai en 2019), gestes de restitution (297 manuscrits royaux rendus à la Corée du Sud en 2010, loi du 24 décembre 2020 pour le Bénin et le Sénégal), promotion de la marque alimentaire. Mais la promotion peut vider l’objet : l’élément inscrit en 2010 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel est une pratique quotidienne et familiale, non un argument publicitaire — c’est bien la distinction entre diplomatie culinaire et gastro-diplomatie.

  6. 06Prévoir la conclusion

    Répondre : la France protège efficacement mais finance difficilement, et sa valorisation réussit surtout là où elle est déjà concentrée. Le danger n’est donc pas la ruine, il est la spécialisation — quelques sites saturés, un stock protégé sans moyens, une image exportée qui se détache de la pratique. Ouvrir sur la demande sociale d’un patrimoine plus représentatif, qui déplace la question du financement vers celle de la légitimité.

Résultat : Le plan retenu articule un dispositif solide (I), une dépendance financière et une concentration géographique (II), et un usage extérieur qui peut détacher le label de la pratique (III). La réponse est nuancée mais tranchée : la France sait protéger, elle valorise inégalement, et c’est cette inégalité qui constitue le vrai danger.

Objectif Bac

  • Dater les trois seuils de la construction juridique française — 1830 (inspection des monuments historiques), 1913 (loi de référence, inaliénabilité et classement sans accord du propriétaire), 1964 (Inventaire général lancé par André Malraux) — et dire pour chacun ce qu’il rend possible.
  • Distinguer, pour le repas gastronomique des Français, la convention de 2003 et la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (inscription en 2010) du patrimoine mondial de la convention de 1972 : c’est l’erreur la plus fréquente sur ce jalon.
  • Citer le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais comme un cas de patrimonialisation par le bas : inscription en 2012 au titre des critères (ii), (iv) et (vi), 109 biens individuels, mobilisation associative pour le 9-9bis d’Oignies classé en 1994, rôle du tournage de Germinal en 1993.
  • Confronter deux notions voisines à ne pas confondre : la diplomatie culinaire, qui fait du repas un instrument de négociation, et la gastro-diplomatie, qui promeut une image de marque à des fins commerciales — le jalon demande explicitement de les séparer.
  • Argumenter sur les limites de la politique patrimoniale française : coût de l’entretien, moitié du patrimoine protégé situé dans des communes de moins de 2 000 habitants, concentration de la fréquentation (60 % des sites visités en Île-de-France en 2018), et échec relatif de l’« effet Bilbao » attendu du Louvre-Lens.

Erreurs fréquentes

  • Écrire que le repas gastronomique des Français est « classé au patrimoine mondial de l’Unesco » ; en réalité il est inscrit en 2010 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, au titre de la convention de 2003, qui est un autre texte et une autre liste que celle de 1972.
  • Confondre le repas gastronomique des Français avec la gastronomie française ; en réalité l’élément inscrit est un modèle de repas et une pratique sociale — moments célébrés, arts de la table, ordre des mets —, et non l’excellence des restaurants étoilés.
  • Réciter une liste de monuments français en guise de développement ; en réalité l’objet conclusif porte sur une politique publique : ses textes (1830, 1913, 1964), ses acteurs (État, DRAC, collectivités, associations, mécènes) et ses financements sont le sujet, les monuments seulement les exemples.
  • Écrire que l’État finance seul le patrimoine français ; en réalité les collectivités en sont les premières propriétaires depuis les transferts engagés en 1983 et 2004, et le mécénat d’entreprise, la Fondation du patrimoine et le loto du patrimoine créé en 2018 complètent des budgets publics insuffisants.
  • Présenter le Louvre-Lens comme la preuve qu’un musée régénère un territoire ; en réalité sa fréquentation plafonne pour un coût élevé, et le cas sert plutôt à montrer que l’« effet Bilbao » n’est pas un modèle transposable.

Approfondissement

Le jalon sur la gestion publique peut se prolonger par une question de science politique : qui décide de ce qui devient patrimoine ? Le classement relève d’une procédure administrative appuyée sur des commissions régionales du patrimoine et de l’architecture, donc sur des experts ; mais l’initiative vient de plus en plus d’en bas — associations locales, financements participatifs de la Fondation du patrimoine, labels ouverts comme « Villes d’art et d’histoire » (1985) ou « Entreprise du patrimoine vivant » (2006). L’élargissement du patrimoine s’accompagne ainsi d’une redistribution du pouvoir de nommer, dont la notion de « matrimoine » et les demandes de reconnaissance des patrimoines de l’immigration ou de l’esclavage sont les manifestations les plus récentes.

§ 04

Révision active

Comparez deux échelles d’action patrimoniale de la France, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais d’un côté, le repas gastronomique des Français de l’autre. Pour chacun, répondez en une phrase à quatre questions — qu’est-ce qui a été patrimonialisé ? qui a porté la démarche ? quel texte de l’Unesco a été mobilisé, et en quelle année ? quel bénéfice était attendu ? — puis, dans un dernier paragraphe, dites laquelle des deux démarches vous paraît la plus fragile et pourquoi.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Le repas gastronomique des Français — Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (dossier n° 00437, inscrit en 2010) (Unesco — patrimoine culturel immatériel) · Le cinéma, vecteur de patrimonialisation du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)

§ 05
§ 05

Méthode — La dissertation et l’étude critique de document(s) appliquées au patrimoine#

~12 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T4-Axe1-Usages sociaux et politiques du patrimoineBOHGGSP-Tle-T4-Axe2-Patrimoine, la préservation entre tensions et concurrencesBOHGGSP-Tle-T4-OTC-La gestion du patrimoine français : évolutions d’une politique publique.

Points clés

L’épreuve écrite de spécialité dure quatre heures et porte le coefficient 16. Elle se compose de deux exercices notés chacun sur 10 points : une dissertation, pour laquelle le candidat choisit entre deux sujets portant chacun sur un thème distinct du programme, et une étude critique d’un ou deux documents portant sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation. La conséquence, rarement tirée par les élèves, est décisive : trois thèmes différents sont mobilisés dans un même sujet, et le patrimoine peut apparaître aussi bien comme sujet de dissertation que comme document — jamais aux deux endroits à la fois.
Le programme d’examen mérite d’être cité exactement, parce qu’on lit souvent le contraire. L’épreuve porte sur le programme de terminale ; « les notions rencontrées en classe de première mais non approfondies en classe de terminale doivent être connues et mobilisables. Elles ne peuvent cependant pas constituer un ressort essentiel du sujet ». Autrement dit, ce que vous avez appris en première n’est pas hors sujet : il ne peut simplement pas porter à lui seul la démonstration. La copie est évaluée sur tout l’éventail des notes de 0 à 20, et l’épreuve mesure six aptitudes explicitement énumérées : mobiliser des connaissances acquises dans différents contextes, construire une problématique, rédiger des réponses construites et argumentées, exploiter, organiser et confronter des informations, analyser des documents de sources et de natures diverses et en faire une étude critique, faire preuve de capacités de réflexion en les étayant sur des connaissances.
Un fait d’épreuve échappe presque toujours aux fiches, et il rapporte des points. La définition de l’épreuve prévoit que « la réalisation d’une illustration en appui du propos (croquis, schéma, etc.) amènera une valorisation de la note ; un fond de carte pourra être fourni si cela est adapté au sujet. La réalisation de cette production graphique n’a aucun caractère obligatoire, et son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat ». Sur le thème du patrimoine, un schéma est souvent plus rapide qu’un paragraphe : la chaîne identifier–protéger–valoriser, le jeu des acteurs autour d’un site inscrit, l’opposition entre valorisation et préservation. Les candidats présentant un trouble moteur ou visuel peuvent ne bâtir qu’une légende détaillée, en indiquant les éléments qu’ils auraient fait figurer.
La dissertation obéit à une forme précise : une introduction qui dégage les enjeux du sujet et énonce une problématique servant de fil conducteur, un développement en plusieurs parties structurées, une conclusion qui répond à la problématique. Le candidat doit montrer qu’il maîtrise des connaissances et sait les sélectionner, qu’il sait les organiser pour traiter le sujet, et qu’il a acquis des capacités d’analyse et de réflexion. « Sélectionner » est le mot qui coûte le plus cher : sur le patrimoine, la tentation d’aligner Versailles, le Parthénon, Tombouctou, Venise, le bassin minier et le repas gastronomique dans le même devoir aboutit à un catalogue. Trois exemples travaillés valent mieux que six exemples nommés.
L’étude critique est un exercice différent, et sa structure officielle en dit long. Le sujet se compose d’un TITRE, d’un ou deux documents accompagnés d’une CONSIGNE qui oriente le travail, et éventuellement d’un nombre limité de notes explicatives. Le candidat doit montrer qu’il sait construire une problématique à partir du sujet indiqué par le titre et abordé par le ou les documents, qu’il comprend leur sens général, qu’il sait sélectionner, hiérarchiser et expliciter les informations, et qu’il sait prendre un recul critique en s’appuyant d’une part sur le contenu du document, d’autre part sur ses connaissances personnelles. Trois conséquences pratiques : le titre est une consigne déguisée et doit être exploité ; la consigne délimite ce qu’on attend et interdit la paraphrase générale ; les notes explicatives sont là pour être utilisées.
Le mot « critique » ne signifie pas « dénoncer ». Il désigne l’opération qui consiste à traiter le document comme un objet produit par quelqu’un, dans une intention, pour un destinataire. Sur ce thème, les documents sont typiques et se laissent interroger de la même façon : une affiche des Journées du patrimoine valorise et met en scène ; un extrait de convention dit ce qui doit être et non ce qui est ; une carte des biens inscrits reflète autant les capacités administratives des États que la richesse patrimoniale des territoires ; une banderole de riverains vénitiens ou un communiqué de musée défendent une thèse. La question utile est toujours la même : qui parle, à qui, pour obtenir quoi, et que ne dit-il pas ?
Deux exercices, donc, mais une seule exigence de fond (voir Fig. 10). Dans les deux cas il faut problématiser, organiser, démontrer et conclure ; ce qui change est le point de départ — un sujet qu’on ouvre soi-même d’un côté, un document imposé qu’on doit interroger de l’autre — et la place des connaissances, qui portent toute la démonstration dans la dissertation et servent à éclairer et à mettre en cause le document dans l’étude critique. Les repères sûrs de ce thème sont peu nombreux et se placent partout : 1913, 1972, 1979, 1984, 1987, 1988, 1991, 2003, 2010, 2012, 2016.

Ce que les deux exercices partagent

Ce que les deux exercices partagentDiagramme de Venn avec 2 ensembles, Dissertation, Étude critiqueDissertationÉtude critiquePlan libreDoc imposéDémontrer
Fig. 10Le point de départ change — un sujet que l’on ouvre, un document qui s’impose — mais l’exigence de fond est la même : démontrer, et non raconter.
Fig. 10 ↓
Reste l’oral, dans ses deux formes. À l’épreuve orale de contrôle du second groupe, la préparation dure vingt minutes et l’épreuve vingt minutes ; le programme est celui de l’écrit ; le candidat tire au sort un sujet comportant deux questions de cours au choix, problématisées, qui ne reprennent pas le libellé du programme et ne portent pas sur la même partie du programme de terminale ; il présente sa réponse construite pendant dix minutes, puis échange dix minutes avec le jury. Au grand oral — coefficient 10 pour la session 2026, 8 à compter de la session 2027 —, le programme précise que « chaque thème, axe, objet de travail conclusif, comme chaque jalon peut servir de support au projet présenté ». Le patrimoine s’y prête particulièrement : la question de la restitution, celle du surtourisme ou celle de la reconversion d’un territoire industriel font d’excellentes questions de grand oral (voir Fig. 9).

L’épreuve écrite : deux exercices, dix points chacun

L’épreuve écrite : deux exercices, dix points chacunArbre de probabilité, 4 chemins, Données: Dissertation, 10 points → Choix entre deux sujets; Dissertation, 10 points → Deux thèmes distincts; Étude critique, 10 points → Un ou deux documents; Étude critique, 10 points → Un troisième thèmeDissertation, 10 pointsÉtude critique, 10 pointsÉpreuve écrite, 4 h, coef. 16Choix entre deux sujetsDeux thèmes distinctsUn ou deux documentsUn troisième thème
Fig. 9La règle la moins connue est mise en relief : l’étude critique porte sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation — trois thèmes sont donc en jeu dans un même sujet.
Fig. 9 ↓

Vocabulaire

→ Cartes
  • problématiqueQuestion unique qui met en tension deux exigences du sujet et sert de fil conducteur à toute la démonstration ; elle se formule dans l’introduction et trouve sa réponse dans la conclusion.
  • étude critique de document(s)Exercice de l’épreuve, noté sur 10 points, composé d’un titre, d’un ou deux documents, d’une consigne et éventuellement de notes explicatives ; il demande d’analyser le document et d’en mesurer le point de vue et les limites.
  • consignePhrase accompagnant le ou les documents et orientant le travail attendu ; elle délimite le sujet et doit être relue avant de rédiger la conclusion.
  • production graphiqueCroquis ou schéma réalisé en appui du propos ; facultatif, il valorise la note, et un fond de carte peut être fourni lorsque le sujet s’y prête.
  • épreuve orale de contrôleOral du second groupe : vingt minutes de préparation, vingt minutes d’épreuve, un sujet tiré au sort comportant deux questions de cours problématisées au choix, puis dix minutes d’exposé et dix minutes d’échange.
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
La lecture charge du contenu depuis YouTube (Google).Ouvrir sur YouTube ↗
Exemple corrigé

Étude critique — une affiche des Journées du patrimoine

Document : affiche décrite. Sur fond ivoire, une photographie en plongée montre l’escalier d’honneur d’une préfecture, vide, avec une porte grande ouverte au fond. En haut, le titre « Journées européennes du patrimoine ». En bas, une phrase en petits caractères : « Deux jours pour entrer là où l’on n’entre pas. » Le logotype du ministère chargé de la culture figure en pied. Consigne : à l’aide du document et de vos connaissances, montrez que la valorisation du patrimoine est aussi un acte politique.

  1. 01Identifier la nature exacte du document

    Ce n’est ni une photographie documentaire ni un texte administratif : c’est une affiche de communication publique, commandée et diffusée par un ministère. Son but n’est pas d’informer mais de faire venir. Toute analyse qui l’oublie glissera vers la paraphrase.

  2. 02Contextualiser la manifestation

    Les Journées du patrimoine sont instituées en France en 1984, à un moment où la notion s’élargit rapidement — le patrimoine industriel, les paysages, bientôt l’immatériel y entrent —, et où François Hartog diagnostique la tendance au « tout-patrimoine ». Devenues européennes, elles en sont à leur quarante-troisième édition en septembre 2026. Elles s’inscrivent dans une politique publique construite depuis 1830 et consolidée par la loi de 1913.

  3. 03Analyser les choix de l’affiche

    Trois choix portent le message. Le lieu : une préfecture, c’est-à-dire un bâtiment d’État ordinairement fermé — le patrimoine montré est celui du pouvoir. Le vide : l’absence de visiteurs invite le spectateur à occuper la place, ce qui met en scène l’appropriation. La phrase : « entrer là où l’on n’entre pas » définit la valorisation comme un franchissement de seuil, donc comme une ouverture consentie par celui qui détient la clef.

  4. 04Éclairer par les connaissances et exercer le recul critique

    L’affiche dit vrai sur la démocratisation : ouvrir gratuitement des monuments d’ordinaire inaccessibles est bien une politique d’accès. Mais elle tait ce que l’on sait par ailleurs. Elle ne dit rien du coût de l’entretien, alors que la moitié du patrimoine protégé se trouve dans des communes de moins de 2 000 habitants ; rien de l’inégalité de la fréquentation, très concentrée en Île-de-France ; rien du choix de ce qui est ouvert et de ce qui ne l’est pas. Enfin, une manifestation qui rassemble le public autour de bâtiments d’État produit un effet de cohésion nationale : c’est là que la valorisation devient politique.

  5. 05Conclure en répondant à la consigne

    L’affiche montre que valoriser n’est pas seulement rendre accessible : c’est décider ce que l’on ouvre, à qui, et quel récit on met en scène en le faisant. Le document est donc à la fois une preuve de la politique de démocratisation et un instrument de cette politique — et c’est ce double statut qu’une étude critique doit énoncer.

Résultat : Analysée comme un objet de communication publique, l’affiche démontre elle-même ce que la consigne demande : elle rend visible une politique d’ouverture tout en taisant ses coûts, ses inégalités et ses choix. La copie tient parce qu’elle sépare nettement ce que le document montre, ce que les connaissances ajoutent, et ce que le document passe sous silence.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    La difficulté de l’étude critique n’est pas de comprendre le document : c’est de savoir à quel moment on cesse de le résumer. Voici comment passer la frontière.

  2. 2

    Commencez par le titre du sujet et par la consigne, avant même de lire le document. Le titre annonce le sujet, la consigne dit ce que le correcteur attend. Ce sont eux qui fixent le tri à opérer.

  3. 3

    Lisez ensuite le document en séparant deux colonnes au brouillon : ce qu’il affirme, et ce que vous savez par ailleurs. Tout ce qui apparaît dans la seconde colonne est votre apport personnel.

  4. 4

    Cherchez maintenant l’auteur derrière le document. Une convention dit ce qui doit être, pas ce qui est. Une affiche ministérielle veut faire venir. Une banderole de riverains veut alerter. Nommez l’intention.

  5. 5

    Cherchez enfin le silence, car c’est lui qui rapporte les points : ce que le document ne dit pas et que vos connaissances permettent de restituer — le financement, les acteurs absents, les cas contraires.

  6. 6

    Rédigez alors en trois blocs : ce que le document montre, ce que vos connaissances éclairent, ce que le document tait. Et si un schéma peut porter une de ces idées plus vite qu’un paragraphe, faites-le : la définition de l’épreuve prévoit qu’il valorise la note.

Objectif Bac

  • Retenir la structure exacte de l’écrit : quatre heures, coefficient 16, deux exercices notés chacun sur 10 points, un choix entre deux sujets de dissertation portant sur deux thèmes distincts, et une étude critique portant sur un troisième thème.
  • Réaliser un croquis ou un schéma en appui du propos chaque fois que le sujet s’y prête : la définition de l’épreuve prévoit explicitement une valorisation de la note, sans qu’aucune pénalité ne puisse sanctionner son absence.
  • Exploiter systématiquement les trois éléments donnés avec les documents — le titre, la consigne et les notes explicatives — car le titre porte le sujet et la consigne délimite ce que l’on attend du candidat.
  • Problématiser plutôt que d’annoncer un plan : une problématique est une question qui met deux choses en tension (protéger et valoriser, identité et rentabilité, national et mondial), et non la reformulation interrogative du sujet.
  • Mobiliser les notions de première sans en faire la démonstration principale : le texte officiel demande qu’elles soient connues et mobilisables mais précise qu’elles ne peuvent pas constituer un ressort essentiel du sujet.

Erreurs fréquentes

  • Croire que l’écrit de spécialité dure trois heures et demie, ou que la dissertation est notée sur 20 ; en réalité l’épreuve dure quatre heures, porte le coefficient 16, et les deux exercices sont notés chacun sur 10 points.
  • Croire que les thèmes de première sont hors épreuve en terminale ; en réalité le texte officiel indique que les notions de première doivent être connues et mobilisables, mais qu’elles ne peuvent pas constituer un ressort essentiel du sujet.
  • Négliger le croquis parce qu’il n’est pas obligatoire ; en réalité la définition de l’épreuve annonce qu’une illustration en appui du propos amène une valorisation de la note — la seule chose qui soit garantie est qu’une absence ne pénalise pas.
  • Traiter le document comme une source d’information neutre à résumer ; en réalité l’exercice demande explicitement un recul critique appuyé d’une part sur le contenu du document, d’autre part sur les connaissances personnelles — c’est le repérage du point de vue, de l’intention et des silences qui rapporte les points.
  • Espérer une question de dissertation et une étude de document sur le même thème pour concentrer ses révisions ; en réalité l’étude critique porte sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation, ce qui rend le pari perdant par construction.

§ 05

Révision active

Prenez le sujet « Protéger le patrimoine, est-ce le figer ? » et travaillez uniquement l’appareil de démonstration : rédigez la problématique en une phrase, puis, pour chacune des trois parties que vous envisagez, écrivez la phrase d’annonce, le nom des deux exemples que vous y placerez et la date précise attachée à chacun. Vous ne rédigerez aucun paragraphe.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Baccalauréat général — Histoire-Géographie, Géopolitique, Sciences Politiques (HGGSP) : définition de l’épreuve terminale, version consolidée mai 2024 (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Introduction — La construction de la notion de patrimoine et le « patrimoine mondial » de l’Unesco○
    • 02Axe 1 — Usages sociaux et politiques du patrimoine◐
    • 03Axe 2 — Patrimoine, la préservation entre tensions et concurrences◐
    • 04Objet de travail conclusif — La France et le patrimoine, des actions majeures de valorisation et de protection●
    • 05Méthode — La dissertation et l’étude critique de document(s) appliquées au patrimoine◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~68
min
5
Compétences
50
questions
S'entraîner
Planifier une révision

Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol

  • Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)
  • Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques »
  • Baccalauréat général — Histoire-Géographie, Géopolitique, Sciences Politiques (HGGSP) : définition de l’épreuve terminale, version consolidée mai 2024

Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO

  • Élasticité des normes et stratégies d’acteurs : analyse critique de l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • (Sur)vivre dans une ville touristique : les effets socio-spatiaux du surtourisme dans le centre historique de Venise
  • Le cinéma, vecteur de patrimonialisation du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais

Assemblée nationale

  • Le Congrès du Parlement

Unesco — patrimoine culturel immatériel

  • Le repas gastronomique des Français — Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (dossier n° 00437, inscrit en 2010)

Voir aussi

  • Histoire et mémoiresLe thème voisin : ce que commémorer veut dire, quand la mémoire prend la forme d’un monument.
  • L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétairePatrimoine naturel, tourisme et protection : Venise et les sites classés relèvent des deux thèmes.
  • Analyser les dynamiques des puissances internationalesRayonnement culturel et diplomatie du patrimoine : une forme indirecte de la puissance.

Chapitre précédent

Histoire et mémoires

Chapitre suivant

L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire

EuraStudy·Fiches T·06·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.