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Quatrième thème de la terminale (26-28 heures), ce chapitre montre que le patrimoine n’est pas ce que le passé nous laisse mais ce qu’une société choisit d’y prélever pour le protéger et le transmettre : l’introduction historicise la notion et le « patrimoine mondial » de l’Unesco, l’axe 1 en étudie les usages sociaux et politiques (Versailles, les frises du Parthénon), l’axe 2 les tensions de la préservation (Paris, le Mali, Venise), et l’objet de travail conclusif applique l’ensemble à la France, de la loi de 1913 au bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et au repas gastronomique des Français.
5 sections~68 min de lecture5 compétencesVérifié · 06/2026
niveau de base
Le socle exigible tient en peu de choses, mais il doit être sûr : une définition du patrimoine et du processus de patrimonialisation (identifier, protéger, valoriser) ; la distinction matériel / immatériel et culturel / naturel ; la différence entre la convention de 1972 (patrimoine mondial) et celle de 2003 (patrimoine culturel immatériel) ; une dizaine de repères datés (1913, 1972, 1979, 1984, 1987, 1988, 1991, 2003, 2010, 2012, 2016) et les acteurs (État partie, comité du patrimoine mondial, collectivités, associations, mécènes, populations).
niveau approfondi
Pour viser l’excellence, tenez ensemble les deux axes au lieu de les juxtaposer : le patrimoine est une ressource (identité, prestige, tourisme, diplomatie) et c’est précisément parce qu’il en est une qu’il devient un objet de tensions. Sachez mobiliser les six jalons comme des cas contrastés — Versailles et le Parthénon pour les usages, Paris, le Mali et Venise pour les tensions, le bassin minier et le repas gastronomique pour la France — et n’oubliez pas que chaque jalon peut servir de support au projet du grand oral.
Profondeur de lecture : Approfondi
Taille du texte : Standard · Interligne : Compact
Toujours charger les médias : désactivé
5 sections25 points clés0 formule25 pièges signalés
Le cercle de ce qui se transmet
Du monument national à l’héritage de l’humanité
Vocabulaire
→ CartesDocument : extrait reformulé de la convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. « Chacun des États parties reconnaît que l’obligation d’assurer l’identification, la protection, la conservation, la mise en valeur et la transmission aux générations futures du patrimoine culturel et naturel situé sur son territoire lui incombe en premier chef. Il s’efforce d’agir à cet effet tant par son propre effort que, le cas échéant, au moyen de l’assistance internationale dont il pourrait bénéficier. » Consigne : à l’aide du document et de vos connaissances, montrez que le « patrimoine mondial » est d’abord une construction des États.
Il s’agit d’un texte juridique international, une convention adoptée par l’Unesco en 1972, à laquelle 196 États sont parties en 2024. Elle est le premier instrument à traiter dans un même texte le patrimoine culturel et le patrimoine naturel. Elle prend place dans une série ouverte par la conférence d’Athènes de 1931 et la convention de La Haye de 1954 : c’est la destruction, plus que l’admiration, qui a fait naître le droit du patrimoine.
Le sujet grammatical de chaque proposition est l’État partie, jamais l’Unesco : c’est à lui qu’incombe l’obligation, « en premier chef ». Le texte énumère par ailleurs exactement la chaîne de la patrimonialisation — identification, protection, conservation, mise en valeur, transmission —, c’est-à-dire les trois verbes du thème. L’assistance internationale n’est mentionnée qu’en second et de façon conditionnelle.
Le mécanisme confirme la lettre du texte : l’État partie établit sa liste indicative, monte le dossier, garantit un plan de gestion, et c’est le comité du patrimoine mondial — composé d’États — qui inscrit. L’Unesco ne devient ni propriétaire ni gestionnaire du bien. Le domaine de Versailles, inscrit en 1979, reste un établissement public français ; Venise et sa lagune, inscrites en 1987, relèvent des autorités italiennes.
Le document est un texte normatif : il dit ce qui doit être, non ce qui est. Il ne dit rien de l’inégalité des moyens entre États, alors que c’est elle qui explique la concentration spatiale de la Liste. Il ne dit rien non plus de ce qui advient lorsque l’État est défaillant ou lorsqu’il est lui-même l’auteur des destructions — silence que la Liste du patrimoine mondial en péril et, plus tard, le jugement de la Cour pénale internationale de 2016 sur Tombouctou viendront combler.
Le texte fait de l’État l’acteur central, du dépôt du dossier à l’entretien du bien. La communauté internationale intervient comme instance de reconnaissance et, subsidiairement, d’assistance. C’est en ce sens précis que le patrimoine mondial est « une construction des États et de la communauté internationale » : les deux, mais pas à parts égales, et pas au même moment.
Résultat : La convention de 1972 confie l’essentiel à l’État partie et réserve à la communauté internationale la reconnaissance et l’aide : le patrimoine mondial est donc un label international posé sur des politiques nationales, ce qui explique à la fois son autorité symbolique et la concentration géographique de la Liste.
Partons d’un paradoxe : une liste qui s’appelle « mondiale » ne couvre pas le monde de façon égale. Comprendre pourquoi, c’est comprendre tout le mécanisme.
Premier temps : rien n’entre sur la Liste sans qu’un État le demande. C’est l’État partie qui repère un bien sur son territoire, l’inscrit sur sa liste indicative, puis monte un dossier de proposition.
Deuxième temps : le dossier doit démontrer une valeur universelle exceptionnelle, mais aussi joindre un plan de gestion et un rapport sur l’état de conservation. Ce sont ces pièces techniques, plus que la beauté du bien, qui décident.
Troisième temps : produire ces pièces coûte cher. Il faut des services d’inventaire, des experts, une administration du patrimoine. Les États qui en disposent déjà proposent plus, et plus vite.
Quatrième temps : c’est un comité composé d’États qui vote l’inscription, et la contribution financière inégale des États y pèse. L’Unesco n’acquiert aucun droit de propriété : la protection reste nationale.
Le cas de Bamiyan résume la chaîne. L’Afghanistan réclamait l’inscription depuis 1983 ; elle n’a été prononcée qu’en 2003, après la destruction des bouddhas en 2001, l’absence de plan de gestion l’ayant jusque-là différée. La concentration de la Liste n’est donc pas un jugement esthétique : c’est un effet de procédure.
Erreurs fréquentes
Révision active
Sur un planisphère, on vous demande de localiser les États qui comptent le plus de biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Rédigez, sans carte, la LÉGENDE ordonnée que vous proposeriez (trois entrées maximum, chacune formulée comme une idée et non comme une liste de pays), puis justifiez en un paragraphe le choix de vos figurés : que voulez-vous faire voir de la formule « une construction des États […] spatialement concentrée » ?
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Élasticité des normes et stratégies d’acteurs : analyse critique de l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)
Versailles : un même lieu, des pouvoirs successifs
Les frises du Parthénon : qui parle, et au nom de quoi ?
Vocabulaire
→ CartesTraitez le sujet suivant en construisant un plan détaillé argumenté : « Le patrimoine est-il un instrument du pouvoir ? » Vous vous appuierez sur les jalons de l’axe 1.
« Instrument » suppose un utilisateur et une intention : la question porte donc sur les acteurs, non sur les monuments. « Pouvoir » ne se limite pas à l’État : un musée, une commune, une association, une communauté peuvent l’exercer. Le piège du sujet est la réponse en un mot : si l’on répond seulement « oui », on écrit un catalogue d’exemples ; il faut aussi montrer que l’instrument résiste à celui qui le manie.
On peut poser : dans quelle mesure le patrimoine sert-il des pouvoirs qui l’investissent, sans jamais leur appartenir tout à fait, au point de devenir à son tour un enjeu de conflit ? La formulation engage les trois temps du plan.
Versailles fournit la démonstration entière. Le musée « à toutes les gloires de la France », décidé en 1833 et inauguré en 1837, réordonne le passé national au service d’un roi des Français ; la galerie des Glaces porte la proclamation de l’Empire allemand en 1871, puis la signature du traité de paix en 1919 ; la Ve République en fait un décor diplomatique, de la réception des Kennedy en 1961 au G7 de 1982. Un même lieu, des régimes opposés, la même fonction : légitimer.
Le conflit des frises du Parthénon montre que l’instrument peut échapper. Déposées par lord Elgin, acquises par le British Museum en 1816, elles sont réclamées par la Grèce depuis les années 1830. Le British Museum Act de 1963 verrouille la position britannique ; le discours de Mélina Mercouri à l’Unesco en 1983 internationalise la cause ; l’ouverture du musée de l’Acropole en 2009 retire à Londres son argument de conservation. Ici, le patrimoine ne sert plus un pouvoir : il en oppose deux.
Le patrimoine impose ses propres contraintes à qui veut s’en servir. Il coûte : à Versailles, le mécénat privé pèse 6,7 millions d’euros sur plus de 170 millions de recettes en 2023, et pose la question du contrôle public. Il oblige : l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en 1979 engage l’État dans des obligations de conservation. Il échappe enfin aux intentions initiales, puisque les usages s’ajoutent sans se remplacer — le Congrès du Parlement siège toujours dans le palais du Roi-Soleil, comme l’a rappelé la révision constitutionnelle de mars 2024.
Répondre franchement : oui, le patrimoine est un instrument, et l’axe 1 en fait la démonstration. Mais c’est un instrument à double tranchant, qui survit à ses utilisateurs, leur impose des charges et peut être retourné contre eux. Ouvrir sur l’axe 2 : lorsque cet instrument devient une ressource économique, les tensions changent d’échelle et descendent jusqu’aux habitants.
Résultat : Le plan retenu est ternaire : le patrimoine sert le pouvoir (Versailles), il oppose les pouvoirs (le Parthénon), il leur impose ses propres contraintes (coûts, obligations, permanence des usages). La copie tient si chaque partie est adossée à des dates précises — 1837, 1871, 1919, 1816, 1963, 1983, 2009 — et non à des généralités sur l’identité.
Erreurs fréquentes
Approfondissement
Pour aller plus loin, on peut opposer deux régimes de restitution. Celui du Parthénon reste bloqué par un obstacle interne (le British Museum Act de 1963) et se cherche une issue par le partenariat. Celui des biens africains conservés en France a pris la voie législative : une loi du 24 décembre 2020 a autorisé la restitution de biens culturels au Bénin et au Sénégal, en dérogeant ponctuellement au principe d’inaliénabilité des collections publiques posé par la loi de 1913. Comparer les deux cas permet de montrer que la restitution n’est pas d’abord une question morale mais une question de droit, et que le droit peut être modifié.
Révision active
Vous préparez une intervention de cinq minutes pour le grand oral sur la question : « Restituer un bien culturel, est-ce réparer ou appauvrir ? » Rédigez la trame de votre prise de parole en trois moments — l’exposé du cas des frises du Parthénon, l’examen loyal des deux séries d’arguments, votre position argumentée — puis anticipez deux questions du jury et la réponse que vous y feriez.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Le Congrès du Parlement (Assemblée nationale)
Préserver : trois tensions, trois jalons
Venise : protéger la ville contre son propre succès
Vocabulaire
→ CartesDocument : photographie décrite. Sur une façade d’un canal secondaire de Venise, une banderole de drap blanc porte, en italien puis en anglais, l’inscription « Ici vivaient des Vénitiens » ; au-dessous, un panneau plus petit annonce en quatre langues un appartement en location de courte durée. Deux valises à roulettes passent au premier plan. Consigne : à l’aide du document et de vos connaissances, montrez que la préservation du patrimoine vénitien oppose des acteurs aux intérêts contradictoires.
Le document est une photographie, donc un cadrage : quelqu’un a choisi de placer dans le même plan la protestation et son objet. La banderole relève des mouvements de riverains qui se multiplient depuis les années 2000 dans une ville inscrite sur la Liste du patrimoine mondial depuis 1987 et dont le centre historique est passé sous 50 000 habitants permanents.
L’imparfait « vivaient » construit un récit de disparition déjà accomplie : la banderole ne demande pas, elle constate. Le passage de l’italien à l’anglais indique que le destinataire est le visiteur, non la municipalité. Le panneau de location en quatre langues, dans le même champ, matérialise le mécanisme dénoncé : la transformation du logement en hébergement touristique, qui raréfie l’offre et fait monter les prix.
Le document illustre une chaîne documentée : le tourisme de masse s’installe après l’ouverture de l’aéroport Marco-Polo en 1961 et du terminal de Tronchetto ; il représente aujourd’hui plus de 11 % du produit intérieur brut de la ville pour environ trois milliards d’euros de retombées ; l’économie de proximité disparaît au profit de l’hébergement et du souvenir ; la ville perd environ mille habitants par an.
Le document est militant et sélectif. Il ne montre pas ceux, nombreux, qui vivent du tourisme, ni la dépendance budgétaire de la municipalité à ses recettes — ce qui explique l’ambiguïté des politiques menées. Il ne dit rien non plus des mesures prises : interdiction des navires de plus de 25 000 tonnes dans le bassin de Saint-Marc en août 2021, droit d’entrée pour les visiteurs à la journée en 2024, campagnes de sensibilisation depuis la menace de l’Unesco en 2017. Enfin, il attribue au seul tourisme un dépeuplement où pèsent aussi le coût de la vie insulaire et les contraintes du bâti.
Le document donne à voir, en un cadrage, la concurrence pour une même ressource rare — le logement dans un centre historique — entre des habitants qui y vivent et une activité qui la valorise. La préservation n’oppose donc pas des défenseurs à des destructeurs, mais des acteurs qui tirent du même patrimoine des bénéfices incompatibles.
Résultat : La banderole est un document de plaidoyer : elle dit vrai sur le dépeuplement mais tait la dépendance économique de la ville au tourisme. C’est en articulant les deux — le fait attesté et le silence du document — que la copie devient critique au sens de l’épreuve.
Erreurs fréquentes
Approfondissement
Une réflexion plus fine porte sur la restauration elle-même. Faut-il reconstruire à l’identique, comme Varsovie après 1945 ? Conserver la ruine comme témoignage, à la manière du Dôme de Genbaku à Hiroshima ou d’Oradour-sur-Glane ? Ou bien, comme au Mali, faire de l’entretien lui-même le patrimoine — le crépissage annuel de la mosquée de Djenné, réalisé par les habitants avec un mélange d’argile et de paille, est précisément ce qui patrimonialise l’édifice. On voit alors que l’authenticité, critère central de l’inscription, n’a pas le même sens selon les sociétés, et que la « résilience » attribuée au patrimoine — sa faculté supposée de réconcilier après un conflit — mérite d’être discutée plutôt que postulée.
Révision active
Le maire d’une ville historique de 60 000 habitants inscrite au patrimoine mondial vous demande une note d’une page. Rédigez-la : exposez d’abord le dilemme entre recettes touristiques et vie des habitants, proposez ensuite trois mesures inspirées des cas étudiés en précisant pour chacune qui en supporte le coût, et terminez en indiquant l’indicateur que vous suivriez pour savoir si la politique fonctionne.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · (Sur)vivre dans une ville touristique : les effets socio-spatiaux du surtourisme dans le centre historique de Venise (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)
Qui paie le patrimoine français ?
La France et son patrimoine : trois actions, trois jalons
Vocabulaire
→ CartesTraitez le sujet suivant sous la forme d’un plan détaillé appuyé sur les trois jalons de l’objet de travail conclusif : « La France sait-elle valoriser son patrimoine sans le mettre en danger ? »
« Valoriser » recouvre trois opérations distinctes : rendre visible, rendre accessible, rendre rentable. « Mettre en danger » ne signifie pas seulement dégrader physiquement : c’est aussi appauvrir le sens du bien, chasser ses habitants ou le rendre dépendant d’un financement instable. Le sujet porte sur la France, ce qui autorise à mobiliser les jalons de l’objet conclusif et interdit de partir à Venise ou à Tombouctou autrement qu’en comparaison rapide.
Dans quelle mesure les instruments français de valorisation — cadre juridique ancien, labels, mécénat, tourisme, diplomatie — parviennent-ils à financer la protection sans transformer le patrimoine en simple ressource ?
La France dispose d’un droit du patrimoine construit depuis 1830 et consolidé par la loi de 1913, d’un Inventaire lancé en 1964, d’une administration déconcentrée par les DRAC et d’opérateurs nationaux. Le résultat est massif : plus de 45 000 immeubles et 260 000 objets protégés en 2023. La valorisation y est aussi une démocratisation : les Journées du patrimoine, instituées en 1984, ouvrent au public des monuments habituellement fermés, et l’édition de septembre 2026 sera la quarante-troisième.
La protection coûte plus qu’elle ne rapporte à l’échelle des propriétaires : les collectivités sont les premières propriétaires de monuments historiques et la moitié de ce patrimoine se trouve dans des communes de moins de 2 000 habitants. D’où le recours au mécénat, à la Fondation du patrimoine et au loto du patrimoine depuis 2018 — et la question du contrôle public sur des financements privés. La fréquentation, elle, est très inégale : 60 % des sites visités en Île-de-France en 2018, la moitié de la fréquentation muséale sur 1 % des musées. Le Louvre-Lens montre les limites d’un modèle importé.
Le patrimoine sert la puissance : plus de cent millions de touristes en 2024, projets à l’étranger (Louvre Abou Dhabi en 2017, Centre Pompidou Shanghai en 2019), gestes de restitution (297 manuscrits royaux rendus à la Corée du Sud en 2010, loi du 24 décembre 2020 pour le Bénin et le Sénégal), promotion de la marque alimentaire. Mais la promotion peut vider l’objet : l’élément inscrit en 2010 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel est une pratique quotidienne et familiale, non un argument publicitaire — c’est bien la distinction entre diplomatie culinaire et gastro-diplomatie.
Répondre : la France protège efficacement mais finance difficilement, et sa valorisation réussit surtout là où elle est déjà concentrée. Le danger n’est donc pas la ruine, il est la spécialisation — quelques sites saturés, un stock protégé sans moyens, une image exportée qui se détache de la pratique. Ouvrir sur la demande sociale d’un patrimoine plus représentatif, qui déplace la question du financement vers celle de la légitimité.
Résultat : Le plan retenu articule un dispositif solide (I), une dépendance financière et une concentration géographique (II), et un usage extérieur qui peut détacher le label de la pratique (III). La réponse est nuancée mais tranchée : la France sait protéger, elle valorise inégalement, et c’est cette inégalité qui constitue le vrai danger.
Erreurs fréquentes
Approfondissement
Le jalon sur la gestion publique peut se prolonger par une question de science politique : qui décide de ce qui devient patrimoine ? Le classement relève d’une procédure administrative appuyée sur des commissions régionales du patrimoine et de l’architecture, donc sur des experts ; mais l’initiative vient de plus en plus d’en bas — associations locales, financements participatifs de la Fondation du patrimoine, labels ouverts comme « Villes d’art et d’histoire » (1985) ou « Entreprise du patrimoine vivant » (2006). L’élargissement du patrimoine s’accompagne ainsi d’une redistribution du pouvoir de nommer, dont la notion de « matrimoine » et les demandes de reconnaissance des patrimoines de l’immigration ou de l’esclavage sont les manifestations les plus récentes.
Révision active
Comparez deux échelles d’action patrimoniale de la France, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais d’un côté, le repas gastronomique des Français de l’autre. Pour chacun, répondez en une phrase à quatre questions — qu’est-ce qui a été patrimonialisé ? qui a porté la démarche ? quel texte de l’Unesco a été mobilisé, et en quelle année ? quel bénéfice était attendu ? — puis, dans un dernier paragraphe, dites laquelle des deux démarches vous paraît la plus fragile et pourquoi.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Le repas gastronomique des Français — Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (dossier n° 00437, inscrit en 2010) (Unesco — patrimoine culturel immatériel) · Le cinéma, vecteur de patrimonialisation du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais (Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO)
Ce que les deux exercices partagent
L’épreuve écrite : deux exercices, dix points chacun
Vocabulaire
→ CartesDocument : affiche décrite. Sur fond ivoire, une photographie en plongée montre l’escalier d’honneur d’une préfecture, vide, avec une porte grande ouverte au fond. En haut, le titre « Journées européennes du patrimoine ». En bas, une phrase en petits caractères : « Deux jours pour entrer là où l’on n’entre pas. » Le logotype du ministère chargé de la culture figure en pied. Consigne : à l’aide du document et de vos connaissances, montrez que la valorisation du patrimoine est aussi un acte politique.
Ce n’est ni une photographie documentaire ni un texte administratif : c’est une affiche de communication publique, commandée et diffusée par un ministère. Son but n’est pas d’informer mais de faire venir. Toute analyse qui l’oublie glissera vers la paraphrase.
Les Journées du patrimoine sont instituées en France en 1984, à un moment où la notion s’élargit rapidement — le patrimoine industriel, les paysages, bientôt l’immatériel y entrent —, et où François Hartog diagnostique la tendance au « tout-patrimoine ». Devenues européennes, elles en sont à leur quarante-troisième édition en septembre 2026. Elles s’inscrivent dans une politique publique construite depuis 1830 et consolidée par la loi de 1913.
Trois choix portent le message. Le lieu : une préfecture, c’est-à-dire un bâtiment d’État ordinairement fermé — le patrimoine montré est celui du pouvoir. Le vide : l’absence de visiteurs invite le spectateur à occuper la place, ce qui met en scène l’appropriation. La phrase : « entrer là où l’on n’entre pas » définit la valorisation comme un franchissement de seuil, donc comme une ouverture consentie par celui qui détient la clef.
L’affiche dit vrai sur la démocratisation : ouvrir gratuitement des monuments d’ordinaire inaccessibles est bien une politique d’accès. Mais elle tait ce que l’on sait par ailleurs. Elle ne dit rien du coût de l’entretien, alors que la moitié du patrimoine protégé se trouve dans des communes de moins de 2 000 habitants ; rien de l’inégalité de la fréquentation, très concentrée en Île-de-France ; rien du choix de ce qui est ouvert et de ce qui ne l’est pas. Enfin, une manifestation qui rassemble le public autour de bâtiments d’État produit un effet de cohésion nationale : c’est là que la valorisation devient politique.
L’affiche montre que valoriser n’est pas seulement rendre accessible : c’est décider ce que l’on ouvre, à qui, et quel récit on met en scène en le faisant. Le document est donc à la fois une preuve de la politique de démocratisation et un instrument de cette politique — et c’est ce double statut qu’une étude critique doit énoncer.
Résultat : Analysée comme un objet de communication publique, l’affiche démontre elle-même ce que la consigne demande : elle rend visible une politique d’ouverture tout en taisant ses coûts, ses inégalités et ses choix. La copie tient parce qu’elle sépare nettement ce que le document montre, ce que les connaissances ajoutent, et ce que le document passe sous silence.
La difficulté de l’étude critique n’est pas de comprendre le document : c’est de savoir à quel moment on cesse de le résumer. Voici comment passer la frontière.
Commencez par le titre du sujet et par la consigne, avant même de lire le document. Le titre annonce le sujet, la consigne dit ce que le correcteur attend. Ce sont eux qui fixent le tri à opérer.
Lisez ensuite le document en séparant deux colonnes au brouillon : ce qu’il affirme, et ce que vous savez par ailleurs. Tout ce qui apparaît dans la seconde colonne est votre apport personnel.
Cherchez maintenant l’auteur derrière le document. Une convention dit ce qui doit être, pas ce qui est. Une affiche ministérielle veut faire venir. Une banderole de riverains veut alerter. Nommez l’intention.
Cherchez enfin le silence, car c’est lui qui rapporte les points : ce que le document ne dit pas et que vos connaissances permettent de restituer — le financement, les acteurs absents, les cas contraires.
Rédigez alors en trois blocs : ce que le document montre, ce que vos connaissances éclairent, ce que le document tait. Et si un schéma peut porter une de ces idées plus vite qu’un paragraphe, faites-le : la définition de l’épreuve prévoit qu’il valorise la note.
Erreurs fréquentes
Révision active
Prenez le sujet « Protéger le patrimoine, est-ce le figer ? » et travaillez uniquement l’appareil de démonstration : rédigez la problématique en une phrase, puis, pour chacune des trois parties que vous envisagez, écrivez la phrase d’annonce, le nom des deux exemples que vous y placerez et la date précise attachée à chacun. Vous ne rédigerez aucun paragraphe.
S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Baccalauréat général — Histoire-Géographie, Géopolitique, Sciences Politiques (HGGSP) : définition de l’épreuve terminale, version consolidée mai 2024 (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 4 « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques » (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)
Vérifié · 06/2026Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres
Références et sources
Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol
Géoconfluences — ENS de Lyon / DGESCO
Assemblée nationale
Unesco — patrimoine culturel immatériel
Voir aussi