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Fiches/HGGSP — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques/L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire
FR · Bac

L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire

Thème 5 de terminale, « L’environnement, entre exploitation et protection » demande d’analyser sur le temps long l’évolution des rapports entre les sociétés et leurs milieux — et les changements environnementaux non désirés qu’ils induisent — puis d’en comprendre les enjeux géopolitiques, de la forêt française depuis Colbert aux négociations climatiques et au cas états-unien.

5 sections·~55 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0777 / 8
Profil d’examen
Analyser, interroger, adopter une démarche réflexive : historiciser la notion d’environnement et le rapport des sociétés à leurs milieux, au lieu de les traiter comme des données naturelles.Se documenter : confronter des sources de natures différentes (texte de loi, série statistique, carte, discours, rapport d’expertise) et en évaluer la portée comme les limites.Travailler de manière autonome : distinguer exploiter, préserver et protéger, puis identifier les acteurs, leurs intérêts et les échelles auxquelles ils agissent.S’exprimer à l’oral : défendre une démonstration problématisée sur un jalon du thème, chaque jalon pouvant servir de support au projet du grand oral.
Opérateurs :définirhistoriciserproblématiserdistinguercontextualiseranalyserconfronterchanger d’échelleargumenter

niveau de base

Maîtrisez d'abord les trois notions du titre (exploiter / préserver / protéger), la distinction préservation (protéger les milieux contre l'homme) / conservation et une dizaine de repères datés sûrs (1669 ordonnance de Colbert, 1872 Yellowstone, 1992 Rio, 1997 Kyoto, 2015 accord de Paris) : c'est le socle exigible pour la dissertation comme pour l'étude de document.

niveau approfondi

Pour viser l'excellence, sachez tenir ensemble approche historique et approche géopolitique du changement climatique, et articuler les échelles (du local au planétaire) en mobilisant l'objet conclusif états-unien comme étude de cas transversale, où se nouent exploitation des ressources, mouvements de protection, fédéralisme et positions internationales fluctuantes (retrait/retour de l'accord de Paris).

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire
    • 01Introduction — Qu’est-ce que l’environnement ? Définitions, représentations, histoire○
    • 02Axe 1 — Exploiter, préserver et protéger : la forêt française et les deux « révolutions »◐
    • 03Axe 2 — Le changement climatique : approches historique et géopolitique●
    • 04Objet de travail conclusif — Les États-Unis et la question environnementale : tensions et contrastes●
    • 05Méthode — Disserter et étudier un document sur l'environnement◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Introduction — Qu’est-ce que l’environnement ? Définitions, représentations, histoire#

~9 min de lecture●○○BaseBOHGGSP-Tle-T5-Intro-Définitions, représentations, évolutions de la notion d’environnement : une construction historique, sociale et politique.BOHGGSP-Tle-T5-Intro-Un regard sur l’histoire de l’environnement.

Points clés

Le programme ouvre le thème par une question de définition, et ce n’est pas une précaution de style : l’environnement n’est pas un objet que l’on trouverait dans la nature, c’est un rapport que des sociétés entretiennent avec ce qui les entoure et les influence. Ce rapport a une histoire, des mots successifs et des enjeux politiques. Une copie qui commence par « l’environnement, c’est la nature » a déjà manqué l’entrée du thème.
Le mot lui-même se déplace. Ancien en français, où il désigne d’abord ce qui entoure, il tombe en désuétude avant de renaître en anglais au XVIIe siècle pour nommer les milieux où vivent les sociétés ; son emploi ne se répand qu’au XIXe siècle, au moment où l’urbanisation et l’industrialisation transforment les cadres de vie. Sa signification devient alors double : ce qui entoure et ce qui influence. Vidal de La Blache, dans ses Principes de géographie humaine (1922), range sous un même souci le « milieu » de l’école de Taine, l’« environnement » d’usage fréquent en Angleterre et l’« œcologie » de Haeckel, et note que l’homme y est « à la fois actif et passif ». Le vocabulaire précède donc la prise de conscience politique, qu’il finit par rendre possible.
Une définition large est préférable à une définition étroite. Géoconfluences y voit la combinaison des éléments naturels — un champ de forces physico-chimiques et biotiques — et des éléments socio-économiques qui constituent le cadre et les conditions de vie d’un individu ou d’un groupe. La ressource d’accompagnement retient de son côté « l’ensemble des agents physiques, chimiques et biologiques et des facteurs sociaux susceptibles d’avoir un effet direct ou indirect, immédiat ou à terme sur les êtres vivants et les activités humaines ». Retenez surtout ce que l’environnement n’est pas : ni la nature seule, puisqu’il intègre le construit et qu’aucune nature vierge ne subsiste ; ni l’écologie, qui est une science ; ni le développement durable, qui l’englobe sans s’y réduire, comme le montrent les dix-sept objectifs de développement durable.
Trois verbes structurent tout le thème et doivent être séparés dès l’introduction. Exploiter, c’est utiliser un élément ou une ressource pour en tirer parti. Préserver, c’est mettre une ressource à l’abri de dégradations irrémédiables, notamment en limitant l’action humaine par des interdictions. Protéger, c’est mettre à l’abri des dangers par des actions, des mesures et des politiques dédiées. Ces trois rapports ne s’excluent pas : ils se substituent l’un à l’autre, se combinent — protéger pour exploiter —, entrent en concurrence ou coexistent. La suite du thème n’est que l’étude de ces combinaisons dans des cas précis.
La notion devient politique dans un moment repérable (voir Fig. 1). Deux textes états-uniens ouvrent la séquence : Silent Spring de Rachel Carson (1962), sur les pesticides, et « The Tragedy of the Commons » de Garrett Hardin, publié dans Science en 1968, sur la surexploitation des ressources sans propriétaire. En France, la loi de 1960 crée les parcs nationaux, celle de 1964 porte sur l’eau, la DATAR reçoit en 1969 une mission de protection, les « 100 mesures pour l’Environnement » sont présentées en 1970 et un ministère de la Protection de la nature et de l’Environnement naît en 1971 — Robert Poujade, son premier titulaire, l’appellera « le ministère de l’impossible ». À l’échelle internationale, la conférence des Nations unies sur l’environnement humain se tient à Stockholm en 1972, l’année même où le Programme des Nations unies pour l’environnement est créé et où paraît en français le rapport commandé par le Club de Rome sous le titre Halte à la croissance. Le mouvement se poursuit avec le rapport Brundtland (1987), puis, en France, la Charte de l’environnement (2004), qui appartient au bloc de constitutionnalité, et le Grenelle de l’environnement (2007).

L’environnement devient un objet politique

L’environnement devient un objet politiqueFrise chronologique de 1955 à 2015, 1962: Silent Spring, 1971: Ministère (FR), 1972: Stockholm (ONU), 1987: Brundtland, 2004: Charte env., 1962–1972: Alerte, 1972–2004: Institutions et droit19552015annéeAlerteInstitutions etdroit1962Silent Spring1971Ministère (FR)1972Stockholm (ONU)1987Brundtland2004Charte env.
Fig. 1Fig. 1 — De l’alerte scientifique à l’institution : les jalons de la politisation de la notion. Repères établis d’après la ressource d’accompagnement Éduscol du thème 5 (novembre 2023).
Fig. 1 ↓
L’environnement se pense à des échelles emboîtées, et le changement d’échelle est ici une capacité évaluée, pas un ornement (voir Fig. 2). Un site pollué relève du local ; une loi forestière ou un parc, du national ; un traité, de l’international ; le climat, du planétaire. Le même objet change de sens selon l’échelle : une forêt est à la fois une parcelle exploitée, un massif protégé par la loi, un puits de carbone comptabilisé dans un accord international. Le titre du thème — « un enjeu planétaire » — invite précisément à ne jamais s’arrêter à un seul niveau.

Les échelles emboîtées de l’environnement

Les échelles emboîtées de l’environnementcercles concentriques, 4 anneaux, Données: Échelles, Local : un site, une pollution, National : une loi, un parc, International : un traité, Planétaire : le climatPlanétaire : le climatInternational : un traitéNational : une loi, un parcLocal : un site, une pollutionÉchelles
Fig. 2Fig. 2 — Le même objet change de sens selon le niveau où on le saisit : c’est le changement d’échelle, capacité attendue du programme, qui fait passer d’un site pollué au climat planétaire.
Fig. 2 ↓
Les acteurs, enfin, ne se réduisent pas aux États. Les organisations internationales produisent le cadre — l’ONU organise les sommets, le Programme des Nations unies pour l’environnement coordonne, le GIEC synthétise le savoir. Les États légifèrent, classent, négocient. Les entreprises exploitent, financent et font pression. Les ONG et les fondations alertent, saisissent les tribunaux et financent des programmes. Les citoyens et les scientifiques déplacent les représentations. Chacun défend des intérêts qui expliquent ses positions : c’est ce qui rend l’environnement conflictuel, donc géopolitique. La ressource d’accompagnement met en garde contre deux écueils symétriques dans cette introduction : ne présenter qu’une seule définition de l’environnement, et adopter un point de vue partisan.

Vocabulaire

→ Cartes
  • environnementCombinaison d’éléments naturels et socio-économiques qui constituent le cadre et les conditions de vie d’un individu ou d’un groupe ; ce qui entoure et ce qui influence.
  • milieuEnsemble des conditions physiques et biologiques dans lesquelles vit une société ; terme plus ancien qu’environnement, dont il ne retient pas la dimension politique.
  • exploiterUtiliser un élément ou une ressource pour en tirer parti.
  • préserverMettre une ressource à l’abri de dégradations irrémédiables, notamment en limitant l’action humaine par des interdictions.
  • protégerMettre un élément ou une ressource à l’abri des dangers par des actions, des mesures et des politiques dédiées.
  • échelleNiveau d’analyse retenu — local, national, international, planétaire ; changer d’échelle modifie les acteurs visibles et le sens du problème.
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Exemple corrigé

Rédiger l’introduction : problématiser la notion elle-même

Sujet de dissertation : « L’environnement est-il une donnée naturelle ou une construction sociale et politique ? » Rédigez le plan de l’introduction, puis la formulation de la problématique et l’annonce du plan.

  1. 01Accrocher par un déplacement daté

    Partir d’un fait précis qui montre le glissement du mot : la France se dote en 1971 d’un ministère de la Protection de la nature et de l’Environnement, alors que le terme n’était pas d’usage courant vingt ans plus tôt. L’accroche doit apporter une information, pas une généralité sur la planète.

  2. 02Définir les termes en les opposant

    Poser que l’environnement désigne ce qui entoure et ce qui influence une société, donc une relation, et non un décor. Séparer aussitôt exploiter, préserver et protéger : trois manières d’agir sur un milieu que le sujet oblige à ne pas confondre. Indiquer d’où vient la définition retenue.

  3. 03Repérer la fausse alternative du sujet

    Le « ou » du libellé est un piège : personne ne soutient que le climat, les sols ou l’air seraient purement langagiers. Ce qui est construit, ce sont la notion, le périmètre qu’elle recouvre et les politiques qu’elle justifie. La bonne réponse tient les deux : une matérialité qui existe, un regard qui la découpe et la hiérarchise.

  4. 04Formuler la problématique

    Proposer : dans quelle mesure la manière dont les sociétés définissent leur environnement a-t-elle transformé leur façon de l’exploiter et de le protéger ? La question porte alors sur l’effet des représentations, ce qui rend la démonstration possible.

  5. 05Annoncer un plan qui suit la démonstration

    I. Un rapport ancien aux milieux, longtemps pensé sans le mot ; II. La construction d’une notion et sa politisation, des années 1960 aux années 2000 ; III. Une notion à échelles multiples, devenue objet de négociation entre acteurs aux intérêts divergents. Chaque partie doit annoncer des exemples datés.

Résultat : L’introduction pose l’environnement comme une relation historiquement construite, écarte la fausse alternative du sujet, et débouche sur une problématique portant sur l’effet des représentations : ce qui change au cours du temps, ce n’est pas la matérialité des milieux, mais le périmètre que les sociétés lui donnent et les politiques que ce périmètre autorise.

Objectif Bac

  • Définir l’environnement comme une relation entre une société et ce qui l’entoure et l’influence, et non comme un synonyme de nature : la première phrase d’une introduction se joue là.
  • Distinguer, en trois formulations distinctes et immédiatement mobilisables, exploiter, préserver et protéger — puis nommer au moins une combinaison possible entre elles, par exemple protéger pour exploiter.
  • Dater trois jalons sûrs de la politisation de la notion : Silent Spring en 1962, le ministère français de la Protection de la nature et de l’Environnement en 1971, la conférence de Stockholm en 1972.
  • Citer une définition en nommant sa source (Géoconfluences, un dictionnaire de l’environnement, un texte officiel) plutôt que d’en juxtaposer plusieurs sans les attribuer : le programme demande de tenir compte de la diversité des définitions selon les disciplines et les époques.
  • Changer d’échelle dans un même paragraphe : montrer qu’un objet local (un massif, un site) est aussi saisi par une loi nationale et par un accord international.

Erreurs fréquentes

  • Traiter l’environnement comme une réalité naturelle intemporelle ; en réalité le programme demande explicitement d’en faire une « construction historique, sociale et politique », donc de montrer comment le mot, son sens et le rapport qu’il désigne ont changé.
  • Confondre environnement, nature, écologie et développement durable ; en réalité l’environnement intègre le construit, l’écologie est une science du vivant et le développement durable est un cadre d’action plus large, dont l’environnement n’est qu’une dimension parmi les dix-sept objectifs de développement durable.
  • Écrire qu’il faudrait « revenir à une nature intacte » ; en réalité la ressource d’accompagnement rappelle qu’il n’existe pas d’âge d’or de la nature à retrouver, les milieux évoluant constamment même en dehors de toute intervention humaine.
  • Réduire les acteurs aux seuls États ; en réalité les organisations internationales, les entreprises, les ONG, les collectivités et les scientifiques agissent aussi, et c’est la divergence de leurs intérêts qui fait de l’environnement un objet géopolitique.
  • Adopter un ton militant, en distribuant les bons et les mauvais points ; en réalité l’attendu est une analyse des représentations et des rapports de force, et la ressource d’accompagnement range le « point de vue partisan » parmi les pièges de l’introduction.

§ 01

Révision active

Étude critique guidée : on vous soumet deux définitions de l’environnement, l’une extraite d’un dictionnaire de géographie des années 2010, l’autre d’un texte réglementaire français des années 1970. Rédigez la présentation des deux documents, puis dégagez en un paragraphe ce que leur écart révèle du déplacement de la notion — sans reformuler les définitions l’une après l’autre.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 5 « L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire » (novembre 2023) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Environnement, environnements — glossaire de Géoconfluences (Géoconfluences — DGESCO / ENS de Lyon)

§ 02
§ 02

Axe 1 — Exploiter, préserver et protéger : la forêt française et les deux « révolutions »#

~11 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T5-Axe1-Exploiter et protéger une ressource « naturelle » : la forêt française depuis Colbert.BOHGGSP-Tle-T5-Axe1-Le rôle des individus et des sociétés dans l’évolution des milieux : « révolution néolithique » et « révolution industrielle », deux ruptures ?

Points clés

L’axe 1 pose une question simple à énoncer et difficile à traiter : comment et pourquoi les sociétés modifient-elles leur environnement ? Deux jalons y répondent, la forêt française depuis Colbert et la double « révolution » néolithique et industrielle. Le piège que signale la ressource d’accompagnement est de les traiter l’un après l’autre comme deux exposés indépendants : ce sont deux entrées dans le même problème, l’articulation entre valoriser une ressource et la maintenir disponible.
Colbert n’est pas un protecteur de la nature, il est un protecteur de ressource. Secrétaire d’État à la Marine de Louis XIV, il fait rédiger la Grande Ordonnance de 1669 « sur le fait des Eaux et Forêts », qui uniformise l’exploitation des forêts du royaume et en réorganise l’administration. L’enjeu est stratégique : il faut du chêne pour les marines marchande et militaire, à l’heure où les puissances européennes rivalisent sur les océans. On protège donc afin de pouvoir continuer à exploiter. Cette « Grande Réformation » restreint aussi les droits d’usage des paroisses — bois mort, pacage, cueillette — et suscite une opposition que l’absolutisme contient. Elle échoue pourtant à enrayer le recul : la surface forestière continue de décroître jusqu’au Code forestier de 1827, promulgué sous Charles X, héritier direct de l’ordonnance et base de la législation actuelle. Ses restrictions déclenchent en 1829 la « guerre des Demoiselles », où des paysans ariégeois déguisés en femmes affrontent gardes forestiers et grands propriétaires.
La série de l’Inventaire forestier national dément l’intuition la plus répandue : la forêt métropolitaine n’a cessé de croître depuis deux siècles (voir Fig. 3). Elle couvre 8,9 millions d’hectares vers 1840, 9,9 en 1908, 14,1 en 1985, 16,2 en 2010 et 17,5 millions d’hectares en 2023, soit près du double en un peu moins de deux siècles, à un rythme actuel d’environ 90 000 hectares par an. L’exode rural, la révolution agricole d’après-guerre, le Fonds forestier national — deux millions d’hectares boisés ou reboisés entre 1947 et 1999 — et les reboisements de montagne expliquent cette expansion. Attention à ce que ce chiffre dit et ne dit pas : il mesure une surface, pas un état écologique, et n’a rien à voir avec la déforestation tropicale, qui relève d’autres milieux et d’autres échelles.

La forêt française métropolitaine depuis 1840

La forêt française métropolitaine depuis 1840Graphique en courbes: Millions d’hectares selon Année02468101214161850190019502000Millions d’hectaresAnnée
Fig. 3Fig. 3 — Surface forestière de la France métropolitaine (« France hexagonale et Corse » dans le vocabulaire de l’IGN), en millions d’hectares, aux cinq dates publiées par l’IGN : 8,9 en 1840, 9,9 en 1908, 14,1 en 1985, 16,2 en 2010, 17,5 en 2023. Source : IGN, Inventaire forestier national, Mémento 2024, « L’augmentation de la surface forestière ».
Fig. 3 ↓
Trois régimes se succèdent sans jamais se remplacer complètement. Protéger POUR exploiter, de Colbert au Code forestier. Exploiter OU protéger au XIXe siècle, quand la conception utilitaire se renforce — poteaux de mine, traverses de chemin de fer, chimie — et que la loi du 19 juin 1857 lance la mise en culture des Landes de Gascogne, à terme plus de 900 000 hectares plantés, tandis qu’un « désir de nature » naît chez les peintres et les naturalistes : l’Administration des Eaux et Forêts crée en 1861 la « réserve artistique » de la forêt de Fontainebleau, premier site « naturel » au monde protégé à des fins de patrimonialisation, onze ans avant Yellowstone. Exploiter ET protéger enfin, au XXe siècle, avec la forêt multifonctionnelle que Paul Arnould résume par « la tyrannie des trois pro » : produisons du bois, promenons-nous dans les bois, protégeons les forêts. Après le Sommet de la Terre de Rio en 1992, le principe de développement durable entre dans le code forestier français, puis dans le code de l’environnement en 2000.
Le second jalon élargit la focale à deux moments où l’humanité a reconfiguré ses milieux (voir Fig. 4). La « révolution néolithique » — agriculture, élevage, sédentarité — ouvre les paysages par le défrichement et fait passer les sociétés de la prédation à la production. La « révolution industrielle » substitue au bois et à la force animale le charbon, la vapeur et la chimie, et fait des sociétés un moteur du climat. Les guillemets du programme sont un ordre de mission : ni l’une ni l’autre n’est un évènement. Jean Guilaine et Jean-Paul Demoule décrivent une néolithisation lente, non linéaire, étalée sur des millénaires ; François Jarrige décrit une industrialisation diffusée par phases, approximativement de 1750 à 1880 puis jusqu’en 1914, selon des chronologies variables d’un espace à l’autre. Deux ruptures radicales par leur contenu, progressives dans le temps.

Néolithique et industrie : deux ruptures ?

Néolithique et industrie : deux ruptures ?Arbre de probabilité, 4 chemins, Données: « Révolution néolithique » → Agriculture, élevage, sédentarité; « Révolution néolithique » → Défrichements, paysages ouverts; « Révolution industrielle » → Charbon, vapeur, chimie; « Révolution industrielle » → Gaz à effet de serre, Anthropocène« Révolution néolithique »« Révolution industrielle »Deux « ruptures » ?Agriculture, élevage, sédentaritéDéfrichements, paysages ouvertsCharbon, vapeur, chimieGaz à effet de serre, Anthropocène
Fig. 4Fig. 4 — Deux moments où les sociétés reconfigurent leurs milieux. Les guillemets du programme invitent à discuter le mot « révolution » : la transformation est radicale, sa diffusion est lente.
Fig. 4 ↓
C’est ce jalon qui introduit l’Anthropocène. Le terme, proposé par le biologiste Eugene Filmore Stoermer puis repris par le prix Nobel de chimie Paul Josef Crutzen, désigne une époque géologique où l’humanité devient la principale force de changement sur Terre ; Crutzen en situe le début à la fin du XVIIIe siècle, avec la machine à vapeur. La notion reste discutée par les géologues, mais elle est un outil pour penser l’enchaînement des rétroactions entre sociétés et milieux, et elle fait la jonction avec l’axe 2. Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz ajoutent un argument utile en dissertation : cet évènement n’a pas été subi, il procède de choix politiques faits au nom d’intérêts économiques.
Enfin, la conflictualité ne s’est pas éteinte avec la gestion durable. Les conflits d’usage opposent aujourd’hui écologistes et éleveurs autour du loup et de l’ours ; promeneurs, chasseurs et filière bois se disputent les forêts périurbaines ; la monoculture du pin Douglas est critiquée dans le Morvan ou sur le plateau de Millevaches pour l’acidification des sols. La forêt est tantôt le support des tensions — l’espace où elles se déroulent — tantôt leur objet, comme dans les zones à défendre. Nommer ces acteurs et ces intérêts divergents est exactement ce que la ressource d’accompagnement reproche aux copies d’oublier.

Vocabulaire

→ Cartes
  • sylvicultureEnsemble des techniques de culture, d’entretien et d’exploitation des peuplements forestiers en vue d’une production de bois.
  • droits d’usageDroits coutumiers des habitants sur une forêt (ramassage du bois mort, pacage du bétail, cueillette), progressivement restreints par l’ordonnance de 1669 puis par le Code forestier de 1827.
  • taux de boisementRapport entre la surface forestière et la surface totale d’un territoire ; il atteint 32 % en France hexagonale et Corse d’après l’inventaire forestier national.
  • multifonctionnalitéPrincipe selon lequel une forêt remplit simultanément une fonction économique, une fonction écologique et une fonction sociale d’accueil du public.
  • AnthropocèneÉpoque proposée, encore discutée par les géologues, où l’humanité devient la principale force de transformation de la Terre ; Crutzen en situe le début à la fin du XVIIIe siècle.
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Exemple corrigé

Analyser une série statistique forestière

Étude critique de document. Le document est un graphique publié par l’IGN, « Évolution de la surface forestière depuis la moitié du XIXe siècle », qui porte la surface forestière de la France métropolitaine en millions d’hectares à cinq dates : 8,9 en 1840, 9,9 en 1908, 14,1 en 1985, 16,2 en 2010 et 17,5 en 2023. Consigne : montrez ce que ce document apporte à l’étude des rapports entre la société française et sa forêt, et indiquez ses limites.

  1. 01Présenter le document et son producteur

    Un graphique statistique produit par l’Institut national de l’information géographique et forestière, opérateur public chargé de l’inventaire forestier. Le producteur importe : il s’agit d’une mesure administrative, réalisée selon une définition normalisée de la forêt — au moins cinquante ares, des arbres pouvant dépasser cinq mètres, un couvert supérieur à 10 % —, et non d’un plaidoyer.

  2. 02Décrire la tendance et dater ses inflexions

    Une croissance continue, faible jusqu’au début du XXe siècle — un million d’hectares gagnés entre 1840 et 1908 —, puis nettement accélérée : plus de quatre millions entre 1908 et 1985, plus de trois millions depuis. Décrire d’abord, sans commenter : c’est le premier temps de l’exercice.

  3. 03Expliquer par les connaissances

    Le retournement tient à des causes qui ne figurent pas sur le graphique : l’exode rural libère des terres agricoles, le charbon puis le fioul remplacent le bois de chauffage, l’État reboise massivement — Landes de Gascogne à partir de 1857, Fonds forestier national de 1947 à 1999, restauration des terrains de montagne depuis la loi de 1882. Une politique de protection ancienne, dont l’ordonnance de 1669 est le point de départ, forme l’arrière-plan institutionnel.

  4. 04Mesurer la portée du document

    Il corrige une représentation courante — celle d’une forêt française qui reculerait — et il montre qu’exploitation et extension peuvent aller de pair : la forêt gagne du terrain pendant que la filière bois se développe. C’est une illustration directe du régime « exploiter ET protéger ».

  5. 05Énoncer les limites

    Une surface ne dit rien de l’état des peuplements : ni la diversité des essences, ni la part des monocultures résineuses, ni la santé des arbres face aux sécheresses et aux scolytes, ni les conflits d’usage. Cinq points en cent quatre-vingts ans lissent par ailleurs toutes les variations intermédiaires, et le document ne porte que sur la métropole, laissant de côté les massifs ultramarins, la Guyane au premier chef.

Résultat : Le document établit que la forêt métropolitaine a presque doublé de surface depuis 1840 et que protection et exploitation ont pu croître ensemble ; mais il mesure une étendue, non un état écologique, et doit être complété par des données qualitatives et par les conflits d’acteurs que la seule courbe ne laisse pas voir.

Explication pas à pas5 étapes
  1. 1

    L’idée la plus difficile de l’axe 1 tient en une phrase : pendant longtemps, en France, on a protégé la forêt précisément pour pouvoir continuer à l’exploiter.

  2. 2

    En 1669, Colbert fait rédiger la Grande Ordonnance sur le fait des Eaux et Forêts. Il est secrétaire d’État à la Marine : il lui faut du chêne pour construire des navires. Protéger la ressource, c’est sécuriser une matière première stratégique.

  3. 3

    Au XIXe siècle, les deux logiques se séparent. D’un côté on plante pour produire — les Landes de Gascogne à partir de 1857. De l’autre, on sanctuarise pour le paysage : en 1861, la réserve artistique de la forêt de Fontainebleau, onze ans avant Yellowstone.

  4. 4

    Au XXe siècle, elles se recombinent. La forêt devient multifonctionnelle : on y produit du bois, on s’y promène, on y protège la biodiversité. Après Rio en 1992, le développement durable entre dans le code forestier.

  5. 5

    Retenez donc trois régimes plutôt que deux camps : protéger POUR exploiter, exploiter OU protéger, exploiter ET protéger. Une copie qui les nomme et les date a traité l’axe 1.

Objectif Bac

  • Dater et qualifier l’ordonnance de 1669 : un texte de protection utilitaire au service de la Marine, non une mesure écologique — la distinction commande la note sur ce jalon.
  • Citer la série de l’Inventaire forestier national (8,9 millions d’hectares vers 1840, 17,5 millions en 2023) pour montrer que la forêt métropolitaine s’est étendue, et préciser aussitôt ce que cette surface ne mesure pas.
  • Ordonner les trois régimes de la gestion forestière — protéger POUR exploiter, exploiter OU protéger, exploiter ET protéger — et rattacher à chacun un repère daté précis.
  • Justifier les guillemets du jalon : montrer que néolithisation et industrialisation sont des processus longs et non linéaires, tout en assumant qu’ils constituent des ruptures par l’ampleur des transformations.
  • Nommer un conflit d’acteurs concret et daté (guerre des Demoiselles en 1829, monoculture résineuse aujourd’hui) plutôt que d’évoquer « des tensions » en général.

Erreurs fréquentes

  • Présenter Colbert comme un écologiste avant l’heure ; en réalité l’ordonnance de 1669 sécurise une réserve stratégique de bois de marine, et lire une protection environnementale moderne dans un texte mercantiliste est l’anachronisme le plus fréquent sur ce jalon.
  • Affirmer que la forêt française recule ; en réalité l’Inventaire forestier national mesure une progression continue depuis près de deux siècles, jusqu’à 17,5 millions d’hectares en 2023, et c’est la déforestation tropicale — un autre objet, à une autre échelle — qui alimente la confusion.
  • Traiter successivement la « révolution néolithique » puis la « révolution industrielle » comme deux exposés autonomes ; en réalité la ressource d’accompagnement en fait un piège explicite, le jalon demandant de comparer l’évolution du rapport entre sociétés et milieux dans les deux cas.
  • Faire de l’Anthropocène une époque géologique officiellement reconnue ; en réalité la notion reste débattue, y compris sur sa date de départ, et vaut d’abord comme outil d’analyse — ce qui n’enlève rien à la responsabilité humaine qu’elle désigne.
  • Opposer mécaniquement une exploitation nuisible à une protection vertueuse ; en réalité l’axe demande d’observer des combinaisons — substitution, association, concurrence, coexistence —, la gestion durable cherchant précisément à faire tenir ensemble production, accueil du public et protection.

Approfondissement

Pour aller plus loin, interrogez la définition même de l’objet mesuré. L’Inventaire forestier national et la FAO retiennent des seuils de surface, de hauteur et de couvert ; les ONG contestent cette convention, parce qu’elle range une plantation en monoculture parmi les forêts alors qu’elle peut contribuer à la déforestation. Une copie de spécialité qui signale que la statistique dépend d’une définition négociée — et donc d’un rapport de force entre acteurs — traite le jalon au niveau attendu.

§ 02

Révision active

Construisez un croquis de synthèse légendé, ou à défaut sa légende détaillée organisée en trois parties, intitulé « La forêt française, ressource exploitée et milieu protégé ». Faites y figurer au moins un espace de production sylvicole créé par l’État, un espace protégé pour sa valeur patrimoniale et un espace de conflit d’usage contemporain, chacun daté et localisé.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 5 « L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire » (novembre 2023) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Mémento 2024 de l’inventaire forestier national — « L’augmentation de la surface forestière » (IGN — Institut national de l’information géographique et forestière) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

§ 03
§ 03

Axe 2 — Le changement climatique : approches historique et géopolitique#

~12 min de lecture●●●ApprofondissementBOHGGSP-Tle-T5-Axe2-Les fluctuations climatiques et leurs effets : l’évolution du climat en Europe du Moyen Âge au XIXe siècle.BOHGGSP-Tle-T5-Axe2-Le climat, enjeu des relations internationales : les accords internationaux (Sommets de la Terre, COP…)

Points clés

L’axe 2 tient en une question : des fluctuations du climat au changement climatique, quels enjeux pour les sociétés ? Deux jalons y répondent par deux approches qu’il faut articuler, non juxtaposer. L’approche historique observe des variations largement naturelles, du Moyen Âge au XIXe siècle, et la manière dont les sociétés européennes ont composé avec elles. L’approche géopolitique observe un réchauffement d’origine humaine devenu objet de négociation entre États. Le lien entre les deux est la fin de la première période : c’est au XIXe siècle, avec l’industrialisation, que les activités humaines deviennent un facteur du climat.
Deux grandes phases scandent le premier jalon : un « petit optimum médiéval » d’environ trois siècles et demi, qui s’achève à l’aube du XIVe siècle, puis un « Petit Âge glaciaire » qui se termine vers le milieu du XIXe siècle. Ces bornes sont des tendances, non des frontières : le refroidissement touche d’abord le nord du continent avant sa partie méridionale, et des canicules sont décrites dans l’Europe de la fin du XVIIe siècle. Parmi les causes naturelles identifiées figurent les variations de l’activité solaire, dont les effets restent discutés, et le volcanisme : l’éruption du Tambora en 1815 refroidit durablement le système climatique en occultant le rayonnement solaire.
Comment sait-on tout cela ? Le jalon demande aussi d’expliquer la fabrique du savoir climatique, et c’est un contenu payant en copie. La glaciologie polaire, dont Claude Lorius fut un pionnier, lit dans les carottes glaciaires ce que Jean Jouzel appelle les « archives de l’atmosphère » : la concentration en deutérium et en oxygène 18 le long d’un forage donne, par le « thermomètre isotopique », la température au moment où la neige s’est formée. La dendrochronologie, l’étude des anneaux de croissance des troncs, restitue précipitations et températures. S’y ajoutent les archives écrites — dates de vendanges, états de récolte, chroniques —, que le thermomètre, inventé à la fin du XVIIe siècle, vient compléter. Emmanuel Le Roy Ladurie, Daniel Rousseau et Anouchka Vasak ont nommé ces fluctuations d’après des contemporains : fluctuation Galilée, Saint-Simon pour l’hiver de 1709, Vauban 2 pour l’année pluvieuse de 1693 et la grande famine qui la suit.
Les effets sur les sociétés sont l’objet même du jalon, et non un supplément. Sécheresses et gelées font chuter les rendements ; le stress alimentaire se lit dans la démographie — recul des mariages, hausse de la mortalité, comme à Rouen après la crise frumentaire de 1586 ; les fleuves trop bas paralysent les transports, et les « pierres de la faim » réapparaissent dans le lit des fleuves d’Europe centrale. Les conséquences deviennent politiques : émeutes de subsistance en Flandre au XVe siècle, révoltes frumentaires du premier XVIIe siècle en Angleterre, en France, en Russie, en Italie et en Pologne, orage du 13 juillet 1788 sur une France déjà en sécheresse, l’année précédant la Révolution. Les réactions dépendent de l’état des connaissances : prières et chasses aux sorcières au temps où l’on attribue les aléas à des forces surnaturelles, aménagements et politiques publiques ensuite. Il ne s’agit jamais de faire du climat la cause d’un évènement, mais un facteur parmi d’autres.
La bascule est physique et documentée. Joseph Fourier met en évidence le principe de l’effet de serre au début du XIXe siècle ; le chimiste suédois Svante Arrhenius établit ensuite une corrélation entre la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et la température terrestre. Les mesures directes commencent en 1958 à Mauna Loa, à Hawaï : la concentration moyenne annuelle passe de 316,9 parties par million en 1960 à 427,4 en 2025 (voir Fig. 5). Le rapport de synthèse du sixième rapport du GIEC est sans ambiguïté : les activités humaines, principalement par leurs émissions de gaz à effet de serre, ont « sans équivoque » causé le réchauffement, la température moyenne de surface atteignant 1,1 °C au-dessus de la période 1850-1900 sur la décennie 2011-2020. En 2019, la concentration de dioxyde de carbone — 410 parties par million — dépassait tout niveau atteint depuis au moins deux millions d’années. Voilà la différence de nature avec le Petit Âge glaciaire : la cause, la vitesse et l’ampleur.

Le CO₂ mesuré à Mauna Loa, 1960-2025

Le CO₂ mesuré à Mauna Loa, 1960-2025Graphique en courbes: CO₂ (ppm) selon Année3003203403603804004201960197019801990200020102020CO₂ (ppm)Année
Fig. 5Fig. 5 — Concentration moyenne annuelle de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, en parties par million, à l’observatoire de Mauna Loa (Hawaï) : 316,9 en 1960, 354,5 en 1990, 414,2 en 2020, 427,4 en 2025. Source : NOAA, Global Monitoring Laboratory, fichier co2_annmean_mlo.txt (relevé du 5 août 2026). Attention, l’axe vertical ne part pas de zéro : décrivez la pente, ne surinterprétez pas la hauteur.
Fig. 5 ↓
Le second jalon fait du climat un objet de relations internationales (voir Fig. 6). La chronologie est simple à retenir et doit être exacte. Stockholm, 1972 : première conférence des Nations unies sur l’environnement, où le climat n’apparaît qu’en creux, et création du Programme des Nations unies pour l’environnement. 1987 : le protocole de Montréal, ratifié par la quasi-totalité des pays, réussit sur l’ozone. 1988 : le Programme des Nations unies pour l’environnement et l’Organisation météorologique mondiale créent le GIEC, dont le premier rapport paraît en 1990. 1992 : le Sommet de la Terre de Rio adopte la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, entrée en vigueur en 1994. 1997 : le protocole de Kyoto, adopté à la COP3 et entré en vigueur en 2005, impose à trente-sept pays industrialisés et à l’Union européenne une réduction d’au moins 5 % par rapport à 1990 sur la période 2008-2012. 2009 : la COP15 de Copenhague révèle la crise du multilatéralisme climatique. 2015 : l’accord de Paris, adopté à la COP21, entre en vigueur en novembre 2016.

La construction d’une gouvernance climatique

La construction d’une gouvernance climatiqueFrise chronologique de 1965 à 2030, 1972: Stockholm, 1988: GIEC créé, 1992: Rio : CCNUCC, 1997: Kyoto : COP3, 2015: Paris : COP21, 1972–1992: Prise de conscience, 1992–2015: Traités successifs19652030annéePrise deconscienceTraités successifs1972Stockholm1988GIEC créé1992Rio : CCNUCC1997Kyoto : COP32015Paris : COP21
Fig. 6Fig. 6 — Une prise de conscience (1972-1992), puis une succession de traités (1992-2015) : ce n’est pas une liste de sommets, c’est le passage d’une expertise partagée à des engagements négociés. Repères d’après la ressource d’accompagnement Éduscol du thème 5.
Fig. 6 ↓
Reste à comprendre pourquoi ces accords sont si difficiles à conclure. Le principe des « responsabilités communes mais différenciées », inscrit dès la Convention-cadre de 1992, exemptait les pays en développement d’objectifs chiffrés au nom du droit au développement ; c’est un des motifs invoqués par les États-Unis pour ne pas ratifier Kyoto et par le Canada pour s’en retirer en 2011. Les pays du Sud invoquent en retour la « justice climatique » et la « dette climatique » des industrialisés. La rupture de méthode de l’accord de Paris tient là : au lieu d’objectifs imposés d’en haut, chaque Partie fixe elle-même sa contribution déterminée au niveau national, dans une logique ascendante — quasi-universalité obtenue au prix de l’absence de mécanisme de sanction. Enfin, les États ne sont pas seuls : les États insulaires se regroupent dès 1990 dans l’Alliance of Small Island States, les pays les plus vulnérables forment le V20 en octobre 2015, tandis que le lobby de la Global Climate Coalition, financé notamment par ExxonMobil dans les années 1990, a longtemps entretenu le doute sur la responsabilité des gaz à effet de serre.

Vocabulaire

→ Cartes
  • Petit Âge glaciairePhase de refroidissement du climat européen s’étendant du XIVe siècle au milieu du XIXe siècle, marquée par des hivers rigoureux et des crises de subsistance.
  • dendrochronologieÉtude des anneaux de croissance des troncs d’arbres, qui permet de restituer les températures et les précipitations des siècles passés.
  • carotte de glaceCylindre prélevé par forage dans une calotte polaire ; la composition isotopique de ses couches successives donne la température de l’époque où la neige est tombée.
  • gaz à effet de serreGaz atmosphériques qui retiennent une partie du rayonnement infrarouge terrestre — dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote — et dont la concentration croît avec les activités humaines.
  • contribution déterminée au niveau nationalEngagement de réduction ou d’adaptation qu’un État fixe lui-même dans le cadre de l’accord de Paris ; il n’est assorti d’aucune sanction en cas de non-respect.
  • justice climatiqueRevendication selon laquelle l’effort de lutte contre le changement climatique doit être réparti selon les responsabilités historiques et les capacités de chaque pays.
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Exemple corrigé

Dissertation : articuler les deux approches sans les juxtaposer

Sujet : « Le changement climatique, du constat scientifique à l’enjeu géopolitique. » Proposez la problématique et un plan détaillé en trois parties, en indiquant pour chacune les repères et les acteurs mobilisés.

  1. 01Repérer ce que le sujet interdit

    Le libellé enchaîne « du constat » à « l’enjeu » : il proscrit deux exposés côte à côte, l’un sur le climat passé, l’autre sur les COP. Il faut montrer un passage, donc désigner ce qui transforme un savoir en objet de négociation entre États.

  2. 02Formuler la problématique

    Comment un savoir sur le climat, d’abord construit par des historiens et des physiciens, est-il devenu un enjeu de puissance et de justice entre les États ? La question porte sur la conversion d’un constat en rapport de force : la démonstration est possible.

  3. 03Bâtir la première partie : un climat variable, des sociétés affectées

    Petit optimum médiéval jusqu’à l’aube du XIVe siècle, Petit Âge glaciaire jusqu’au milieu du XIXe ; causes naturelles, du volcanisme du Tambora en 1815 à l’activité solaire ; effets sociaux datés — crise frumentaire de Rouen en 1586, famine de 1693-1694, révoltes de subsistance. Conclure la partie sur le fait que le climat était alors subi, non produit.

  4. 04Bâtir la deuxième partie : la rupture anthropique et sa preuve

    Fourier et l’effet de serre, Arrhenius et la corrélation avec le dioxyde de carbone, les mesures de Mauna Loa depuis 1958 — de 316,9 parties par million en 1960 à 427,4 en 2025 —, puis le GIEC créé en 1988, dont le sixième rapport conclut à 1,1 °C de réchauffement sur 2011-2020 par rapport à 1850-1900. Le point clef : la science produit ici un fait partagé, condition d’une négociation.

  5. 05Bâtir la troisième partie : un objet de négociation et de rivalité

    Rio 1992 et les responsabilités communes mais différenciées ; Kyoto 1997, contraignant mais partiel, non ratifié par les États-Unis, quitté par le Canada en 2011 ; Copenhague 2009 et le blocage ; Paris 2015 et les contributions nationales sans sanction. Nommer les acteurs non étatiques : Alliance of Small Island States depuis 1990, V20 en 2015, lobbys industriels, ONG.

  6. 06Préparer la conclusion et l’ouverture

    Répondre : le climat est devenu géopolitique parce qu’un savoir commun a rendu visibles des responsabilités inégales et des vulnérabilités inégales. Ouvrir sur l’objet de travail conclusif, les États-Unis, où ce rapport de force se rejoue à l’intérieur d’un seul État.

Résultat : Le plan tient parce que chaque partie prépare la suivante : un climat subi, puis un climat produit et prouvé, puis un climat négocié. La charnière est la preuve scientifique — sans fait partagé il n’y a pas de négociation possible, et c’est pourquoi la contestation du savoir a elle-même été une stratégie géopolitique.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    L’exercice le plus difficile de ce thème est d’articuler l’approche historique et l’approche géopolitique du climat. Voici comment tenir les deux en cinq temps.

  2. 2

    Premier temps : le climat a toujours varié. Un petit optimum médiéval, puis un Petit Âge glaciaire jusqu’au milieu du XIXe siècle. Les causes sont naturelles : le soleil, les volcans — le Tambora en 1815.

  3. 3

    Deuxième temps : ces variations ont des effets sociaux et politiques. Mauvaises récoltes, disettes, hausse de la mortalité, révoltes de subsistance. Le climat n’explique pas tout, mais il pèse sur le cours de l’histoire.

  4. 4

    Troisième temps, la charnière : au XIXe siècle, l’industrialisation fait des sociétés un facteur du climat. Fourier avait décrit l’effet de serre, Arrhenius lie le dioxyde de carbone à la température. À Mauna Loa, la mesure passe de 316,9 parties par million en 1960 à 427,4 en 2025.

  5. 5

    Quatrième temps : quand la cause devient humaine, la responsabilité devient négociable. Le GIEC est créé en 1988, la Convention-cadre signée à Rio en 1992, Kyoto adopté en 1997, l’accord de Paris en 2015.

  6. 6

    Cinquième temps, à écrire dans votre copie : le climat est devenu géopolitique parce que ses causes et ses effets sont inégalement répartis. C’est cette phrase-là qui relie vos deux approches.

Objectif Bac

  • Articuler explicitement les deux approches en une phrase de transition : le climat a toujours varié, mais ce qui change au XIXe siècle est la cause, et c’est cette cause qui rend la question négociable entre États.
  • Nommer deux méthodes de reconstitution du climat passé — carottes glaciaires et dendrochronologie — et dire ce que chacune mesure : un jalon qui porte sur les fluctuations attend qu’on sache d’où vient le savoir.
  • Relier une fluctuation à un effet social daté : la famine consécutive à l’année pluvieuse de 1693, la crise frumentaire de Rouen en 1586, les révoltes de subsistance du premier XVIIe siècle.
  • Restituer sans erreur la chronologie de la gouvernance climatique — Stockholm 1972, GIEC 1988, Rio 1992, Kyoto 1997, Copenhague 2009, Paris 2015 — et distinguer adoption et entrée en vigueur.
  • Opposer la méthode de Kyoto à celle de Paris : objectifs contraignants imposés à un petit nombre d’un côté, contributions déterminées au niveau national et quasi-universalité sans sanction de l’autre.

Erreurs fréquentes

  • Écrire que « le climat a toujours changé, donc le réchauffement actuel est naturel » ; en réalité le sixième rapport du GIEC conclut que les activités humaines ont sans équivoque causé le réchauffement, et cet argument est précisément la seconde forme du climatoscepticisme que la ressource d’accompagnement identifie.
  • Étudier les fluctuations climatiques pour elles-mêmes ; en réalité le premier piège du jalon est d’oublier de les mettre en relation avec leurs conséquences sociales, économiques, politiques et géopolitiques sur les sociétés européennes.
  • Présenter l’accord de Paris comme un texte contraignant assorti de sanctions ; en réalité chaque Partie fixe elle-même sa contribution déterminée au niveau national, et l’absence de mécanisme de sanction est sa limite reconnue, contrepartie de sa quasi-universalité.
  • Réduire le jalon sur les accords à une liste de sommets ; en réalité la ressource d’accompagnement demande de ne pas énumérer les conférences mais de faire ressortir les acteurs, leurs intérêts et les rapports de force qui expliquent leurs positions.
  • Confondre adoption, signature et entrée en vigueur ; en réalité Kyoto est adopté en 1997 mais n’entre en vigueur qu’en 2005, et l’accord de Paris, adopté en décembre 2015, n’entre en vigueur qu’en novembre 2016 — une copie qui date correctement ces étapes se distingue immédiatement.

Approfondissement

Un approfondissement de spécialité consiste à montrer que la contestation du savoir climatique a été elle-même une stratégie. La Global Climate Coalition, financée notamment par ExxonMobil dans les années 1990, a entretenu le doute sur le lien entre gaz à effet de serre et réchauffement, fournissant aux gouvernements des arguments pour différer toute régulation. Distinguez alors climatoscepticisme — nier le changement ou nier la responsabilité humaine — et climatonégationnisme, refus explicite des résultats de la recherche : nommer précisément ces positions vaut mieux que de les mettre toutes dans le même sac.

§ 03

Révision active

Entraînement à l’épreuve orale de contrôle : vingt minutes de préparation, dix minutes d’exposé. Question tirée au sort : « Les sociétés européennes ont-elles subi ou affronté les fluctuations du climat, du Moyen Âge au XIXe siècle ? » Bâtissez à voix haute une réponse en trois moments, chacun appuyé sur un fait daté et sur une méthode de reconstitution du climat que vous nommerez — sans recourir à la chronologie des conférences internationales.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Mauna Loa CO2 annual mean data (co2_annmean_mlo.txt) — Global Monitoring Laboratory (NOAA — Global Monitoring Laboratory, Boulder (Colorado)) · Climate Change 2023: Synthesis Report — Summary for Policymakers (AR6, section A.1) (GIEC / IPCC — Genève) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 5 « L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire » (novembre 2023) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

§ 04
§ 04

Objet de travail conclusif — Les États-Unis et la question environnementale : tensions et contrastes#

~11 min de lecture●●●ApprofondissementBOHGGSP-Tle-T5-OTC-L’environnement aux États-Unis : entre protection de la nature, exploitation des ressources et transformation des milieux depuis le XIXe siècle ; les rôles respectifs de l’État fédéral et des États fédérés.BOHGGSP-Tle-T5-OTC-Les États-Unis et l’environnement à l’échelle internationale (État, firmes transnationales, ONG…).

Points clés

L’objet de travail conclusif ne demande pas une monographie des États-Unis : il demande de reprendre les outils du thème sur un seul terrain. Le choix du pays se justifie par trois traits que la ressource d’accompagnement énonce — la précocité de la valorisation sociale de l’environnement, avec le premier parc national au monde en 1872 ; l’ampleur de l’exploitation des ressources et son poids dans les émissions ; l’intensité des contrastes entre partisans et adversaires de la protection, sur fond de tradition isolationniste dans les relations internationales.
La conception états-unienne de la nature a une généalogie précise, et la citer vaut mieux que d’évoquer « la culture américaine ». Le transcendantalisme, courant philosophique et littéraire de la première moitié du XIXe siècle, sublime le rapport de l’homme à la nature : Ralph Waldo Emerson publie Nature en 1836, Henry David Thoreau Walden ou la Vie dans les bois en 1854. Le naturaliste et explorateur John Muir prolonge ce courant en militant pour la protection. De là vient la notion de wilderness, la nature sauvage, immense et monumentale, où l’individu se confronte seul au milieu. Cette valorisation prend forme institutionnelle au moment où l’Europe invente le patrimoine historique : créer des parcs, c’est fonder une identité nationale qui se distingue du vieux continent.
La protection s’institutionnalise ensuite par le droit. Yellowstone est créé en 1872, premier parc national au monde ; l’Antiquities Act permet de classer d’abord des monuments nationaux, dont beaucoup deviendront des parcs. Au XXe siècle, le Wilderness Act de 1964 et l’Endangered Species Act de 1973 étendent la protection aux espaces et aux espèces, tandis que le National Forest Management Act encadre l’exploitation forestière fédérale. L’Agence fédérale de protection de l’environnement, l’Environmental Protection Agency, est créée en 1970 : son premier administrateur est confirmé par le Sénat le 2 décembre, date retenue comme sa naissance. Rachel Carson et Garrett Hardin, dont les textes ouvrent la séquence, comptent parmi les causes intellectuelles de cette création.
Le même pays est bâti sur l’exploitation intensive de ses ressources. La conquête de l’Ouest et la Frontière ont installé une représentation durable : un territoire si vaste que ses ressources seraient inépuisables. Eau, air, hydrocarbures, forêts et paysages y sont tour à tour mis en valeur ; la révolution récente des hydrocarbures de schiste, extraits par fracturation hydraulique, a fait des États-Unis un producteur majeur au prix de vives controverses. Retenez la formule qui évite la caricature : il n’existe pas de ressource en soi, une ressource est relative à un besoin, donc datée et située. Ce qui est exploité en 2026 ne l’était pas en 1872, et cela ne dit rien de la vertu ou du vice d’un peuple.
Le fédéralisme est la clef de l’objet conclusif, et l’ignorer est le piège que la ressource d’accompagnement signale en premier : ne considérer que l’échelle fédérale (voir Fig. 7). Les États fédérés disposent d’une grande liberté législative, l’État fédéral ne conservant qu’un nombre limité de compétences. La Californie, dont de nombreuses ressources sont menacées par le réchauffement, mène une politique volontariste et a pu, grâce à son poids économique, influencer la législation fédérale — tout en devant s’y adapter. D’autres États défendent l’exploitation des énergies fossiles. À ces deux niveaux s’ajoutent des acteurs décisifs : les firmes, qui exercent une pression constante ; les ONG et les fondations, souvent états-uniennes par leur financement, comme la Wildlife Conservation Society, The Nature Conservancy ou Conservation International ; et la justice, très fréquemment saisie pour faire prévaloir un point de vue sur un autre.

Qui décide de l’environnement aux États-Unis ?

Qui décide de l’environnement aux États-Unis ?Graphe, Firmes du pétrole et du gaz → État fédéral et EPA, ONG et fondations → Cours fédérales, Cours fédérales → État fédéral et EPA, État fédéral et EPA → Environnement, États fédérés → Environnement, Firmes du pétrole et du gaz → EnvironnementFirmes dupétrole et dugazONG etfondationsÉtat fédéral etEPACours fédéralesÉtats fédérésEnvironnementlobbyingrecoursarbitragenormeslois propresextraction
Fig. 7Fig. 7 — Un jeu d’acteurs, non une politique unique : le piège de l’objet conclusif est de ne regarder que l’échelle fédérale. Les États fédérés légifèrent pour leur propre compte.
Fig. 7 ↓
À l’échelle internationale, la trajectoire des États-Unis dans l’accord de Paris est le meilleur document possible sur cette instabilité (voir Fig. 8), et les dates sont vérifiables auprès du dépositaire du traité, le Secrétaire général des Nations unies. Signature le 22 avril 2016, dépôt de l’instrument d’acceptation le 3 septembre 2016 sous la présidence Obama. Retrait annoncé en juin 2017 par le président Trump, notifié le 4 novembre 2019 et effectif le 4 novembre 2020, en application de l’article 28 de l’accord. Nouvelle acceptation déposée le 20 janvier 2021 sous la présidence Biden. Nouvelle notification de retrait le 27 janvier 2025, effective le 27 janvier 2026. Les États-Unis n’avaient pas davantage ratifié le protocole de Kyoto en 1997, ni la Convention sur la diversité biologique signée en 1992 : l’oscillation n’est donc pas un accident récent.

Les États-Unis dans l’accord de Paris

Les États-Unis dans l’accord de ParisFrise chronologique de 2014 à 2028, 2016: Acceptation, 2020: 1er retrait, 2021: Retour, 2026: 2e retrait, 2016–2020: Partie à l’accord, 2021–2026: Partie à l’accord20142028annéePartie à l’accordPartie à l’accord2016Acceptation20201er retrait2021Retour20262e retrait
Fig. 8Fig. 8 — Dix ans, deux entrées et deux sorties : l’engagement international suit l’alternance présidentielle. Dates du dépositaire du traité (Nations unies) : acceptation le 3 septembre 2016, retrait effectif le 4 novembre 2020, nouvelle acceptation le 20 janvier 2021, second retrait effectif le 27 janvier 2026.
Fig. 8 ↓
Deux nuances sauvent une copie de la caricature. D’abord, un retrait fédéral n’arrête pas l’action des autres échelles : le mouvement « We are still in », né après l’annonce de 2017, a rassemblé des États fédérés, des villes, des entreprises, des universités et des groupes religieux pour maintenir des engagements climatiques. Ensuite, la présence états-unienne à l’international ne passe pas seulement par l’État : de grandes entreprises ont financé une partie de la COP27, ce que des ONG ont dénoncé comme de l’écoblanchiment, et de puissantes fondations conservationnistes agissent hors des frontières, notamment en Afrique, où leurs interventions ont pu être critiquées lorsqu’elles se faisaient au détriment des populations locales. La ressource d’accompagnement met en garde contre trois travers : une vision partisane, un catalogue de mesures, et l’étude de la seule administration en place.

Vocabulaire

→ Cartes
  • wildernessNature sauvage, immense et peu marquée par l’homme ; notion nord-américaine valorisant la confrontation de l’individu à un milieu monumental.
  • transcendantalismeCourant philosophique et littéraire états-unien de la première moitié du XIXe siècle qui sublime le rapport de l’homme à la nature ; Emerson et Thoreau en sont les chefs de file.
  • fédéralismeOrganisation politique partageant la souveraineté entre un État fédéral aux compétences limitées et des États fédérés disposant d’une large liberté législative.
  • hydrocarbures de schistePétrole et gaz piégés dans des roches peu perméables, extraits par fracturation hydraulique ; leur essor a fait des États-Unis un producteur majeur.
  • écoblanchimentStratégie de communication par laquelle un acteur se donne une image environnementale favorable sans changement correspondant de ses pratiques.
Exemple corrigé

Étude critique : une chronologie des positions américaines

Le document est une chronologie sobre, établie d’après le dépositaire du traité, des actes des États-Unis relatifs à l’accord de Paris : signature le 22 avril 2016 ; dépôt de l’instrument d’acceptation le 3 septembre 2016 ; notification de retrait le 4 novembre 2019, effet le 4 novembre 2020 ; nouveau dépôt d’acceptation le 20 janvier 2021 ; nouvelle notification de retrait le 27 janvier 2025, effet le 27 janvier 2026. Consigne : montrez ce que cette chronologie révèle de la place des États-Unis dans la gouvernance climatique, et dégagez les limites d’une telle source.

  1. 01Présenter la source et sa nature

    Ce n’est ni un article ni un discours : c’est un relevé d’actes juridiques enregistrés par le Secrétaire général des Nations unies, dépositaire de l’accord. Sa force est là — chaque date est un acte officiel, non un commentaire — et sa faiblesse aussi : elle ne dit rien des intentions ni des débats.

  2. 02Lire la mécanique juridique avant la politique

    Un retrait n’est pas immédiat. L’article 28 impose un délai d’un an entre la notification et l’effet : d’où l’écart entre le 4 novembre 2019 et le 4 novembre 2020, puis entre le 27 janvier 2025 et le 27 janvier 2026. Distinguer annonce, notification et effet est le premier apport du document, et l’erreur la plus fréquente en copie.

  3. 03Rapporter les dates au calendrier politique intérieur

    L’acceptation de septembre 2016 relève de la présidence Obama, la première notification de la présidence Trump après l’annonce de juin 2017, l’acceptation du 20 janvier 2021 du premier jour de la présidence Biden, la seconde notification du début du second mandat de Donald Trump. L’environnement apparaît donc comme un enjeu intérieur clivant, dont dépend l’engagement extérieur du pays.

  4. 04Élargir aux autres échelles et aux autres acteurs

    Le document ne montre que l’État fédéral. Or, après l’annonce de 2017, le mouvement « We are still in » a réuni États fédérés, villes, entreprises et universités autour d’engagements maintenus, et de grandes ONG financées aux États-Unis continuent d’agir hors des frontières. Mobiliser ses connaissances, ici, c’est ajouter les échelles que la source ignore.

  5. 05Énoncer les limites et conclure

    Une chronologie d’actes ne mesure aucune émission, ne dit rien des politiques réellement conduites entre deux dates, et ne compare pas les États-Unis aux autres Parties. Elle établit une instabilité de l’engagement, pas un bilan environnemental : confondre les deux serait précisément l’erreur d’interprétation à éviter.

Résultat : La chronologie établit que l’engagement international des États-Unis suit l’alternance présidentielle, avec deux entrées et deux sorties en dix ans, et que le droit des traités impose un délai d’un an qui interdit de confondre annonce et retrait. Elle ne mesure en revanche ni les émissions, ni l’action des États fédérés et des acteurs privés : c’est le rôle des connaissances de restituer ces échelles que la source, par construction, ne voit pas.

Explication pas à pas6 étapes
  1. 1

    L’objet de travail conclusif met les États-Unis au centre du thème, non comme un cas à part, mais comme le terrain où toutes ses tensions se rejouent.

  2. 2

    Premier contraste : c’est le berceau de la protection de la nature. Yellowstone, premier parc national au monde, est créé en 1872 ; le transcendantalisme d’Emerson et de Thoreau a formé le regard qui l’a rendu pensable.

  3. 3

    Deuxième contraste : c’est une puissance d’exploitation, du mythe des ressources inépuisables de la Frontière jusqu’aux hydrocarbures de schiste extraits par fracturation hydraulique.

  4. 4

    Troisième contraste, le plus important pour votre copie : le fédéralisme. L’Environmental Protection Agency est créée en 1970 à l’échelle fédérale, mais chaque État fédéré légifère ; la Californie est volontariste quand d’autres défendent le pétrole.

  5. 5

    À l’international, l’engagement suit l’alternance. Acceptation de l’accord de Paris en 2016, retrait effectif en novembre 2020, retour en janvier 2021, second retrait effectif le 27 janvier 2026 — un délai d’un an séparant chaque fois la notification de son effet.

  6. 6

    Concluez donc sur une ambivalence assumée, jamais sur un jugement : un pays à la fois grand exploiteur et grand protecteur, dont le poids rend la position décisive pour la gouvernance climatique mondiale.

Objectif Bac

  • Traiter les deux échelles internes en même temps : citer une politique fédérale et une politique d’un État fédéré, la Californie par exemple, pour montrer qu’il n’existe pas une politique environnementale états-unienne mais plusieurs.
  • Dater précisément la trajectoire américaine dans l’accord de Paris : acceptation en 2016, retrait effectif le 4 novembre 2020, retour le 20 janvier 2021, second retrait effectif le 27 janvier 2026.
  • Rattacher la protection de la nature à sa généalogie culturelle : transcendantalisme d’Emerson et de Thoreau, notion de wilderness, action de John Muir — et non à une conscience écologique générale.
  • Nommer au moins deux textes législatifs de protection avec leur date : Wilderness Act en 1964, Endangered Species Act en 1973, création de l’Environmental Protection Agency en 1970.
  • Citer un acteur non étatique agissant à l’échelle internationale — une grande fondation conservationniste, une firme finançant une COP — pour satisfaire le second jalon, qui mentionne explicitement l’État, les firmes transnationales et les ONG.

Erreurs fréquentes

  • Présenter les États-Unis comme un pays uniformément hostile à l’environnement ; en réalité c’est le pays du premier parc national au monde, du Wilderness Act et des plus grandes fondations conservationnistes, et la ressource d’accompagnement range la vision partisane, dans un sens comme dans l’autre, parmi les pièges de l’objet conclusif.
  • Ne raisonner qu’à l’échelle fédérale ; en réalité les États fédérés légifèrent largement, la Californie ayant même infléchi la norme fédérale, et le jalon demande explicitement « les rôles respectifs de l’État fédéral et des États fédérés ».
  • Écrire que les États-Unis ont quitté l’accord de Paris en 2017 ; en réalité 2017 est l’année de l’annonce, la notification date du 4 novembre 2019 et le retrait n’a pris effet que le 4 novembre 2020 — l’article 28 de l’accord imposant un délai d’un an après notification.
  • Arrêter la chronologie au retour de 2021 ; en réalité une nouvelle notification de retrait a été déposée le 27 janvier 2025 et a pris effet le 27 janvier 2026, ce qui change la conclusion de toute copie sur la place des États-Unis dans la gouvernance climatique.
  • Dérouler un catalogue de parcs et de lois ; en réalité l’attendu est un jeu d’acteurs — qui décide, qui exploite, qui conteste, qui tranche — et l’énumération de mesures est signalée comme un piège de l’objet conclusif.

Approfondissement

Pour aller plus loin, appliquez au cas états-unien la formule que la ressource d’accompagnement emprunte à la géographie des ressources : il n’existe pas de ressource en soi, toute ressource est relative à un besoin, donc datée et située. Le bison, le séquoia, le pétrole de schiste et, aujourd’hui, les terres rares n’ont pas été des ressources aux mêmes moments ni pour les mêmes acteurs. Cette entrée évite à la fois le catalogue de mesures et le procès moral, et elle relie directement l’objet conclusif à l’introduction du thème.

§ 04

Révision active

Rédigez le paragraphe de conclusion d’une dissertation sur « Les États-Unis face à la question environnementale : une puissance contradictoire ? ». Il doit répondre à une problématique que vous formulerez en une phrase, tenir ensemble les deux jalons — échelles internes et action internationale — et se terminer par une ouverture qui ne soit pas une question rhétorique.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Paris Agreement — Status of Treaties, chapitre XXVII.7.d (notes relatives aux États-Unis d’Amérique) (Organisation des Nations unies — United Nations Treaty Collection) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 5 « L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire » (novembre 2023) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

§ 05
§ 05

Méthode — Disserter et étudier un document sur l'environnement#

~10 min de lecture●●○StandardBOHGGSP-Tle-T5-Intro-Définitions, représentations, évolutions de la notion d’environnement : une construction historique, sociale et politique.BOHGGSP-Tle-T5-Axe1-Exploiter et protéger une ressource « naturelle » : la forêt française depuis Colbert.BOHGGSP-Tle-T5-Axe2-Le climat, enjeu des relations internationales : les accords internationaux (Sommets de la Terre, COP…)BOHGGSP-Tle-T5-OTC-Les États-Unis et l’environnement à l’échelle internationale (État, firmes transnationales, ONG…).

Points clés

Commencez par connaître l’épreuve exactement, parce que la moitié des mauvaises copies vient d’une mauvaise gestion du temps ou d’un contresens sur le barème. L’épreuve écrite de spécialité dure quatre heures et compte pour le coefficient 16. Elle se compose de deux exercices notés chacun sur dix points : une dissertation, pour laquelle le candidat a le choix entre deux sujets portant chacun sur un thème distinct du programme ; et une étude critique d’un ou deux documents, portant sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation. Autrement dit, trois thèmes différents sont mobilisés dans un même sujet : réviser un seul thème, y compris celui-ci, est une stratégie perdante.
Un fait d’épreuve est presque toujours ignoré et il vaut des points : « la réalisation d’une illustration en appui du propos (croquis, schéma, etc.) amènera une valorisation de la note ; un fond de carte pourra être fourni si cela est adapté au sujet. La réalisation de cette production graphique n’a aucun caractère obligatoire, et son absence ne peut aucunement pénaliser le candidat. » Sur ce thème, un schéma est souvent simple à produire : les trois régimes de la gestion forestière, les échelles emboîtées, la chaîne des acteurs de la gouvernance climatique. Les candidats présentant un trouble moteur ou visuel peuvent, s’ils souhaitent joindre une production graphique, ne bâtir qu’une légende détaillée indiquant les éléments qu’ils auraient fait figurer.
Le programme d’examen, fixé par la note de service du 26 septembre 2023, est celui de la classe terminale en vigueur, et il précise le statut des acquis de première : « Les notions rencontrées en classe de première mais non approfondies en classe de terminale, doivent être connues et mobilisables. Elles ne peuvent cependant pas constituer un ressort essentiel du sujet. » Elles ne sont donc pas hors sujet : mobilisez-les en appui, jamais comme colonne vertébrale. À l’oral de contrôle, préparation vingt minutes et passage vingt minutes, le candidat tire au sort un sujet comportant deux questions de cours au choix, problématisées, qui ne reprennent pas le libellé du programme et ne portent pas sur la même partie du programme de terminale : dix minutes de réponse construite, puis dix minutes d’échange avec le jury. Enfin, chaque thème, chaque axe, chaque objet de travail conclusif et chaque jalon peut servir de support au projet du grand oral, dont le coefficient est de 10 pour la session 2026 et de 8 à compter de la session 2027.
La dissertation se joue d’abord dans l’introduction (voir Fig. 9). Accrocher par un fait daté, définir les termes du sujet en les distinguant — sur ce thème, exploiter, préserver et protéger doivent être séparés en trois phrases —, formuler une problématique qui ouvre une véritable alternative, annoncer un plan qui suit la démonstration. Puis développer en plusieurs parties structurées, chacune appuyée sur des notions, des acteurs, des échelles et des exemples datés, et conclure en répondant à la problématique. Le barème rappelle que l’évaluation « doit utiliser tout l’éventail des notes de 0 à 20 » : une copie complète, exacte et démonstrative est réellement récompensée.

Un plan problématisé en trois temps

Un plan problématisé en trois tempsArbre de probabilité, 3 chemins, Données: I. La ressource d’abord → Colbert 1669, code forestier 1827; II. La nature pour elle-même → Fontainebleau 1861, Yellowstone 1872; III. Durable, mais contesté → Rio 1992, Paris 2015, États-UnisI. La ressource d’abordII. La nature pour elle-mêmeIII. Durable, mais contestéConcilier exploiter et protéger ?Colbert 1669, code forestier 1827Fontainebleau 1861, Yellowstone 1872Rio 1992, Paris 2015, États-Unis
Fig. 9Fig. 9 — Un plan qui progresse plutôt qu’un plan qui empile : chaque partie corrige la précédente, et chacune porte ses propres repères datés.
Fig. 9 ↓
Le plan le plus solide sur ce thème articule les logiques au lieu de les empiler. Un plan qui ferait « I. L’exploitation, II. La protection, III. Le climat » juxtapose trois exposés. Un plan qui fait « I. Exploiter en protégeant la ressource, II. Protéger contre l’exploitation, III. Concilier, entre gestion durable et rapports de force » construit une progression : chaque partie corrige la précédente. Placez dans chacune des repères sûrs — 1669 et 1827 pour la première, 1861 et 1872 pour la deuxième, 1992, 2015 et le cas états-unien pour la troisième — et nommez à chaque fois qui agit et à quelle échelle.
L’étude critique de document(s) suit trois temps, et c’est leur confusion qui fait perdre des points (voir Fig. 10). Présenter : nature, auteur ou producteur, date, contexte, et déjà une problématique tirée du titre et de la consigne. Analyser : sélectionner les informations utiles, les hiérarchiser, les expliciter par vos connaissances — c’est ici que le cours entre, pour éclairer le document, jamais pour le remplacer. Prendre du recul : portée, intérêt, point de vue du producteur, limites, ce que le document ne dit pas. Avec deux documents, la confrontation devient l’axe de l’analyse : convergences, divergences, complémentarités.

L’étude critique de document(s)

L’étude critique de document(s)Diagramme de Venn avec 2 ensembles, Le document, Vos connaissancesLe documentVos connaissancesParaphraseHors sujetAnalyse
Fig. 10Fig. 10 — Les deux erreurs symétriques et la zone où se gagne la note : rester dans le document seul produit de la paraphrase, rester dans le cours seul produit du hors-sujet.
Fig. 10 ↓
Adaptez enfin la lecture au type de document, très varié sur ce thème. Devant une série statistique — courbe du dioxyde de carbone, surface forestière —, décrivez la tendance et datez les inflexions avant d’interpréter, et vérifiez toujours si l’axe des ordonnées part de zéro. Devant une carte, localisez et nommez avant de dégager les dynamiques. Devant un texte — discours présidentiel, rapport d’expertise, communiqué d’ONG —, identifiez qui parle, à qui, dans quel intérêt. Et rappelez-vous que la source elle-même est un objet d’analyse : un relevé d’actes juridiques, un graphique d’organisme public et un tract militant n’ont ni la même autorité ni les mêmes angles morts.

Vocabulaire

→ Cartes
  • problématiqueQuestion précise, tirée de l’analyse du sujet, qui ouvre une alternative et à laquelle la conclusion doit répondre ; elle guide le plan au lieu de le résumer.
  • étude critique de document(s)Exercice en trois temps — présenter, analyser en mobilisant ses connaissances, mettre en perspective — portant sur un ou deux documents accompagnés d’une consigne.
  • production graphiqueCroquis ou schéma joint à la copie en appui du propos ; sa réalisation valorise la note, son absence ne peut pas pénaliser le candidat.
  • paraphraseReformulation du contenu d’un document sans apport de connaissances ni analyse ; erreur symétrique du placage de cours ignorant le document.
  • mise en perspective critiqueTroisième temps de l’étude de document : évaluer sa portée, l’intérêt et le point de vue de son auteur, et ce qu’il ne permet pas de savoir.
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Exemple corrigé

Problématiser un sujet et bâtir le plan

Sujet : « L’environnement, entre exploitation et protection. » Analysez les termes, formulez une problématique, proposez un plan détaillé et indiquez la production graphique que vous joindriez.

  1. 01Analyser chaque mot du libellé

    « Environnement » : la relation d’une société à ce qui l’entoure et l’influence, pas la nature. « Entre » : ni un choix exclusif ni une équivalence, mais une tension et des arbitrages. « Exploitation » et « protection » : deux des trois modalités d’action du programme — préserver, la troisième, servira à nuancer. Le libellé n’a ni bornes chronologiques ni cadre spatial : c’est à vous de les poser, du XVIIe siècle à aujourd’hui, de la France au monde.

  2. 02Formuler la problématique

    Dans quelle mesure les sociétés parviennent-elles à concilier la mise en valeur de leurs milieux et leur protection, à mesure que l’environnement devient un enjeu planétaire ? La formulation ouvre une alternative réelle et impose de conclure par un degré, non par un oui ou un non.

  3. 03Bâtir un plan qui progresse

    I. Protéger pour exploiter : l’ordonnance de Colbert en 1669, le Code forestier de 1827, une protection au service de la ressource. II. Protéger contre l’exploitation : la réserve artistique de Fontainebleau en 1861, Yellowstone en 1872, le Wilderness Act de 1964 — la nature acquiert une valeur propre. III. Concilier, sous tension : gestion durable après Rio en 1992, gouvernance climatique de Kyoto à Paris, et l’exemple états-unien où l’engagement oscille au gré des alternances.

  4. 04Sécuriser les repères et les acteurs

    Une date et un acteur par sous-partie au minimum. Partie I : l’État monarchique et la Marine. Partie II : l’administration des Eaux et Forêts, les peintres, John Muir. Partie III : les États, le GIEC créé en 1988, les firmes, les ONG, les États fédérés états-uniens. Ajoutez au moins une donnée chiffrée sourcée, par exemple la surface forestière métropolitaine passée de 8,9 à 17,5 millions d’hectares entre 1840 et 2023 selon l’IGN.

  5. 05Choisir la production graphique

    Un schéma simple des trois régimes — protéger POUR exploiter, exploiter OU protéger, exploiter ET protéger — en trois blocs reliés par des flèches temporelles, avec une date sous chacun. Il tient en dix minutes, il est directement lié au propos, et sa réalisation valorise la note.

  6. 06Préparer la conclusion

    Répondre par un degré : la conciliation existe en droit et dans les principes depuis Rio, mais elle reste inégalement appliquée parce que les acteurs n’ont ni les mêmes intérêts ni le même pouvoir. Ouvrir sur un objet précis — la définition contestée de ce qu’est une forêt, ou le statut juridique du retrait d’un accord — plutôt que sur une interrogation générale.

Résultat : Le sujet appelle un plan qui articule les deux logiques au lieu de les opposer : protéger pour exploiter, protéger contre l’exploitation, puis chercher à concilier. La problématique impose une réponse graduée, le plan la construit, les repères la prouvent, et le schéma des trois régimes la rend lisible en un coup d’œil — pour un coût de dix minutes et une valorisation prévue par la définition de l’épreuve.

Objectif Bac

  • Retenir sans erreur le format : quatre heures, coefficient 16, deux exercices notés chacun sur dix points, choix entre deux sujets de dissertation portant sur deux thèmes distincts, et une étude critique portant sur un troisième thème.
  • Prévoir une production graphique, croquis ou schéma, parce qu’elle « amènera une valorisation de la note » sans jamais pouvoir pénaliser son absence — sur ce thème, un schéma des échelles ou des acteurs se construit en dix minutes.
  • Construire une introduction en quatre gestes : accroche datée, définition distinctive des termes, problématique ouvrant une alternative, annonce d’un plan qui suit la démonstration.
  • Distinguer les trois temps de l’étude critique — présenter, analyser en mobilisant ses connaissances, mettre en perspective critique — et ne jamais commencer par ce que l’on sait avant d’avoir lu ce que le document montre.
  • Mobiliser les notions de première en appui d’un argument, jamais comme ressort principal du devoir, conformément au programme d’examen fixé par la note de service du 26 septembre 2023.

Erreurs fréquentes

  • Croire que l’épreuve dure trois heures et demie et qu’elle est notée sur vingt pour un seul exercice ; en réalité elle dure quatre heures, comporte deux exercices notés chacun sur dix points, et laisse le choix entre deux sujets de dissertation.
  • Réviser un thème unique en espérant tomber dessus ; en réalité un sujet mobilise trois thèmes distincts — deux pour les dissertations proposées, un troisième pour l’étude critique —, ce qui rend une impasse thématique très coûteuse.
  • Réciter le cours sans répondre au sujet ; en réalité chaque partie doit servir la démonstration annoncée en introduction, et une accumulation de connaissances exactes mais non orientées ne constitue pas une dissertation.
  • Paraphraser le document ou, à l’inverse, plaquer le cours sans s’y appuyer ; en réalité l’exercice demande de partir du document, de l’éclairer par les connaissances, puis d’en évaluer la portée et les limites — trois gestes distincts, dans cet ordre.
  • Considérer que le schéma ou le croquis est facultatif donc inutile ; en réalité la définition de l’épreuve indique explicitement qu’une illustration en appui du propos valorise la note, et son absence seule ne peut jamais pénaliser le candidat.

§ 05

Révision active

En vingt minutes, montre en main, rédigez uniquement l’introduction complète d’une dissertation sur le sujet « Protéger l’environnement, est-ce renoncer à l’exploiter ? » : accroche datée, définition séparée des trois verbes du thème, problématique, annonce de plan. Comparez ensuite votre problématique à celle de l’exercice corrigé de cette section, et repérez laquelle des deux ouvre la véritable alternative.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Baccalauréat général — définition de l’épreuve terminale de spécialité HGGSP (version consolidée, mai 2024) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol) · Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 5 « L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire » (novembre 2023) (Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Introduction — Qu’est-ce que l’environnement ? Définitions, représentations, histoire○
    • 02Axe 1 — Exploiter, préserver et protéger : la forêt française et les deux « révolutions »◐
    • 03Axe 2 — Le changement climatique : approches historique et géopolitique●
    • 04Objet de travail conclusif — Les États-Unis et la question environnementale : tensions et contrastes●
    • 05Méthode — Disserter et étudier un document sur l'environnement◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~55
min
4
Compétences
50
questions
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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse — Éduscol

  • Programme d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale (arrêté du 19-7-2019, BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)
  • Ressource d’accompagnement Éduscol — HGGSP terminale, thème 5 « L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire » (novembre 2023)
  • Baccalauréat général — définition de l’épreuve terminale de spécialité HGGSP (version consolidée, mai 2024)

Géoconfluences — DGESCO / ENS de Lyon

  • Environnement, environnements — glossaire de Géoconfluences

IGN — Institut national de l’information géographique et forestière

  • Mémento 2024 de l’inventaire forestier national — « L’augmentation de la surface forestière »

NOAA — Global Monitoring Laboratory, Boulder (Colorado)

  • Mauna Loa CO2 annual mean data (co2_annmean_mlo.txt) — Global Monitoring Laboratory

GIEC / IPCC — Genève

  • Climate Change 2023: Synthesis Report — Summary for Policymakers (AR6, section A.1)

Organisation des Nations unies — United Nations Treaty Collection

  • Paris Agreement — Status of Treaties, chapitre XXVII.7.d (notes relatives aux États-Unis d’Amérique)

Voir aussi

  • De nouveaux espaces de conquêteLa haute mer, ses ressources et leur gouvernance internationale.
  • Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiquesProtéger un milieu et protéger un bien patrimonial : deux politiques publiques aux mêmes tensions.
  • L’enjeu de la connaissanceLe GIEC et la fabrique d’un savoir climatique contesté : la science comme enjeu politique.

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Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques

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