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Fiches/Anglais (LVA)/Territoire et mémoire (Territory and Memory)
FR · Bac

Territoire et mémoire (Territory and Memory)

Axe 2 du programme d’anglais de TERMINALE (arrêté du 5 mai 2025, BO n° 22 du 29 mai 2025, annexe 4). Le programme le pose ainsi : « Des peuples et des sociétés cherchent à faire entendre leur voix et à se réapproprier leur passé en pérennisant leurs traditions à travers des lieux d’histoire ou de commémoration. Comment appréhender l’histoire pour construire un héritage collectif ? » L’axe ne demande donc pas un cours d’histoire : il demande de savoir lire un document où quelqu’un décide de ce dont on se souvient — un discours de cérémonie, une plaque, un cartel de musée, un débat sur une statue, un texte de loi — et de repérer qui décide. Les cinq sections couvrent les quatre objets d’étude proposés : histoire et mémoire de l’esclavage et de la colonisation dans les sociétés du monde anglophone, les commémorations au sein du Commonwealth, la construction des lieux de mémoire, et les territoires autochtones. Cinq axes sur six doivent être traités dans l’année, dont obligatoirement l’axe 6 ; l’ordre reste au choix des professeurs. En LVA, le niveau visé en fin de terminale est le B2 du CECRL et l’enseignement est évalué en contrôle continu — moyennes annuelles portées au livret scolaire, coefficient 3 en première et 3 en terminale, soit 6 sur l’ensemble du cycle terminal.

5 sections·~45 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 08/2026

T·0999 / 13
Profil d’examen
B2-comprehension · Comprendre les principaux points de textes et d’interventions complexes sur le passé (discours de cérémonie, cartel de musée, article, témoignage), en distinguant faits et points de vue et en repérant la structuration chronologique, discursive et argumentative.B2-interpretation · Repérer les marqueurs stylistiques qui donnent accès à l’intention non immédiatement explicite de l’auteur — emphase, ironie, anaphore, pronom inclusif, déictique de lieu — dans un texte qui honore, qui dénonce ou qui apaise.B2-production · Développer méthodiquement une argumentation sur les usages du passé, en mettant en évidence les points significatifs et les éléments pertinents et en l’illustrant de faits tirés du monde anglophone.B2-mediation · Faire une synthèse et rendre compte d’informations et d’arguments venant de diverses sources orales et écrites ; comparer, opposer et synthétiser des points de vue divergents sur un même passé.B2-interculturel · Rendre une référence culturelle plus claire et plus explicite pour autrui en la paraphrasant de différentes manières, et reconnaître des points de vue différents de sa propre vision du monde pour en tenir compte.
Opérateurs :comprendre (understand)analyser (analyse)justifier (justify)argumenter (argue)interpréter (interpret)reformuler / médiation (mediate, reword)

niveau de base

En enseignement commun (LVA), vise une compréhension globale et détaillée des documents et une prise de position claire et structurée sur les usages de la mémoire, en mobilisant un lexique précis (legacy, remembrance, heritage) et des connecteurs logiques.

niveau approfondi

En LLCER anglais (spécialité) ou pour viser l'excellence, approfondis l'étude d'œuvres et de discours intégraux (Lincoln, Mandela, discours commémoratifs du 11-Septembre), affine l'analyse rhétorique (anaphore, registre épidictique) et la médiation entre mémoires concurrentes au niveau B2/C1.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Territoire et mémoire (Territory and Memory)
    • 01Héritage collectif et rapport au passé○
    • 02Lieux de mémoire et patrimoine◐
    • 03Commémorations et devoir de mémoire◐
    • 04Mémoires des conflits, du colonialisme et de l'esclavage●
    • 05Documents clés, médiation et lexique de la mémoire◐

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

Héritage collectif et rapport au passé#

~9 min de lecture●○○BaseBOBO-2025-LV-anglais-terminale-§Axe-2-Territoire-et-mémoire

Les trois échelles de la mémoire

Les trois échelles de la mémoirecercles concentriques, 3 anneaux, Données: Un fait du passé, Mémoire individuelle (un vécu), Mémoire collective (un groupe), Mémoire nationale (un récit)Mémoire nationale (un récit)Mémoire collective (un groupe)Mémoire individuelle (un vécu)Un fait du passé
Fig. 1Trois cercles autour du même fait : chacun en retient autre chose. C’est l’anneau extérieur — le récit national — que la plupart des documents de l’axe mettent en scène.

Points clés

Le programme tient l’axe en une question : « Comment appréhender l’histoire pour construire un héritage collectif ? » Elle repose sur une distinction que l’anglais nomme mieux que le français. “History”, c’est le travail critique et documenté de l’historien : des sources, des dates, une méthode discutable et discutée. “Memory”, c’est le souvenir vivant, affectif et sélectif qu’un groupe entretient avec son passé. Un même événement — la guerre de Sécession, la traite atlantique, la Grande Guerre — produit une histoire savante et des mémoires plurielles, souvent concurrentes. Tout le travail de l’année consiste à lire des documents dans lesquels quelqu’un a décidé de ce dont on se souvient, et à savoir dire qui a décidé.
Trois échelles s’emboîtent autour du même fait. La mémoire individuelle est le souvenir d’une personne. La mémoire collective est celle d’un groupe : une famille, une ville, une diaspora, une communauté autochtone. La mémoire nationale est le récit qu’une nation se donne d’elle-même — “the national narrative”. Ce récit n’a rien de spontané : il est écrit, prononcé, gravé, financé. Le “Gettysburg Address” de Lincoln (1863), prononcé lors de la consécration du cimetière militaire de Gettysburg, en est le cas d’école : il transforme un champ de bataille en fondement moral d’une nation refondée, et se referme sur “« that government of the people by the people for the people, shall not perish from the earth »” (transcription du manuscrit « Nicolay », Library of Congress).
Un “site of memory” — un lieu de mémoire — est tout repère où cette mémoire se cristallise : un lieu, un monument, une date, un objet, un nom. Le monde anglophone en est saturé : Ellis Island et la Statue of Liberty pour l’immigration, Ground Zero pour le 11-Septembre, les “war memorials” de presque chaque village britannique, le “Tomb of the Unknown Warrior” de Westminster Abbey. Chacun est une DÉCISION : quelqu’un a choisi ce lieu-là, ce nom-là, cette date-là, et en a écarté d’autres. Nommer cette décision, c’est déjà analyser ; se contenter de citer le monument, c’est décrire.
L’héritage se dit de deux façons, et la nuance porte tout l’axe. “Heritage” désigne ce qu’une société juge digne d’être conservé et transmis — un patrimoine, presque toujours valorisé, parfois classé (“a listed building”, “a World Heritage Site”). “Legacy” désigne ce que le passé lègue, y compris ce dont on se serait passé : “the legacy of slavery”, “a colonial legacy”. Un héritage se transmet (“to hand down”, “to pass on”) par la famille, l’école, les rituels et les récits ; il peut aussi se refuser, se réviser, se disputer. D’où l’expression qui revient dans tous les documents contemporains : “to reckon with the past”, “to come to terms with the past” — regarder son passé en face, pages sombres comprises, au lieu de le blanchir (“to whitewash history”).
Fait de langue décisif, et très rentable en contrôle continu : le PRESENT PERFECT est le temps de la mémoire, le PRÉTÉRIT celui de l’histoire. Un fait daté et clos prend le prétérit, parce que la date ferme la période : “Britain abolished the slave trade in 1807”. Un bilan qui touche encore le présent prend le present perfect : “Britain has never fully reckoned with its imperial past”, “the debate has changed since 2020”. Écrire “« Britain has abolished the slave trade in 1807 »” est une faute lourde — la date interdit le present perfect. Ce couple est exactement ce que le programme demande de maîtriser sous le nom de « relations d’antériorité, de concomitance et de postériorité ».
Méthode de lecture, à appliquer à tout document de l’axe, du discours de cérémonie au cartel de musée. Premièrement, établir le FAIT : que s’est-il passé, quand, où, d’après quelle source ? Deuxièmement, identifier le RÉCIT : qui parle, à qui, pour obtenir quoi — honorer, dénoncer, expliquer, rassembler ? Troisièmement, nommer l’ÉCHELLE mobilisée : individuelle, collective, nationale — un pronom (“we”, “our children”), un déictique (“here”, “this ground”) ou un possessif suffit souvent à trancher. Quatrièmement, repérer ce qui est TU : quelle voix manque à ce récit ? Le programme demande explicitement, au niveau B2, de « distinguer dans les énoncés ce qui relève de l’information et de la prise de position de l’auteur » : cette grille en est la mise en œuvre.

Vocabulaire

→ Cartes
  • to reckon with the past/tə ˈrekən wɪð ðə pɑːst/regarder son passé en face, en assumer les comptesSynonyme plus soutenu de “to come to terms with”. Toujours suivi de “with” : “to reckon with”, jamais “to reckon to”.
  • a legacy/ə ˈleɡəsi/un héritage (y compris pesant), ce qui reste d’un passéS’emploie très souvent au négatif : “the legacy of slavery”, “a colonial legacy”. Ne pas confondre avec “heritage”, qui est valorisé.
  • remembrance/rɪˈmembrəns/le souvenir, la commémoration (registre solennel)Accent sur la deuxième syllabe. Indénombrable : “an act of remembrance”, jamais “a remembrance” au sens de cérémonie.
  • to hand down/tə hænd ˈdaʊn/transmettre (de génération en génération)Verbe à particule séparable : “they handed it down”. Collocation attendue : “a story handed down from grandmother to granddaughter”.
  • oblivion/əˈblɪviən/l’oubli (total, définitif)Registre littéraire. Collocation : “to fall into oblivion”, “to rescue a name from oblivion”.
  • a national narrative/ə ˈnæʃnəl ˈnærətɪv/un récit national“Narrative” ne veut pas dire « une histoire » au sens neutre : c’est une VERSION orientée des faits, ce qui en fait le mot-clé de l’axe.
  • to acknowledge/tu əkˈnɒlɪdʒ/reconnaître (un fait, un tort), admettreLe “w” ne se prononce pas. Construction : “to acknowledge that…”, “to acknowledge a wrong”. Reconnaître n’est pas réparer.
  • to whitewash history/tə ˈwaɪtwɒʃ ˈhɪstri/blanchir l’histoire, en gommer les pages sombresTerme de débat, connoté : celui qui l’emploie accuse. À citer comme prise de position, pas comme description neutre.

History et memory : ce qui les sépare, ce qu’elles partagent

History et memoryDiagramme de Venn avec 2 ensembles, History — l’histoire, Memory — la mémoireHistory — l’histoireMemory — la mémoireSources etméthodeHommage etaffectLes faitsretenus
Fig. 2L’intersection est le terrain de l’axe : les faits qu’une société retient, et l’usage qu’elle en fait. À gauche, ce que seul l’historien produit ; à droite, ce que seule la communauté produit.
Exemple corrigé

Séparer le fait du récit dans un témoignage, puis le restituer en anglais

Document (synthèse) : une habitante de La Nouvelle-Orléans déclare en substance : « Historians can tell you the exact dates of the slave market, but for us, walking past that corner every day is something else — it is a wound the city still carries, and we keep telling our children why it matters. » Consigne de type Bac : “Show how this testimony separates history from memory, and say at which scale it operates. Justify with elements from the text.”

  1. 01Repérer la charnière du texte

    Le document s’articule sur un “but” : “« Historians can tell you the exact dates »” (l’histoire — faits, dates, savoir documenté) contre “« for us… it is something else »” (la mémoire — un vécu partagé). La charnière n’est pas décorative : elle porte toute l’opposition, et c’est elle qu’il faut citer.

  2. 02Caractériser la mémoire et son échelle

    Trois indices se cumulent. L’affect et le corps : “« a wound the city still carries »”. Le collectif : “« for us »”, “« our children »” — le pronom donne l’échelle, ici la mémoire d’une communauté urbaine, pas d’une nation. La transmission active : “« we keep telling our children why it matters »”, avec “keep + V-ing” qui dit la répétition.

  3. 03Écrire la phrase de synthèse réutilisable

    Une phrase de niveau B2 doit nommer l’opération, pas la paraphraser : “« The speaker does not deny the historians’ dates; she claims another kind of knowledge. History provides the facts, whereas memory gives them a present weight — and she shows that weight being handed down: the community keeps telling its children why the corner matters. »” Note le “whereas” de contraste et le “handed down” attendu par l’axe.

  4. 04Ajouter la question critique

    Terminer par ce que le document ne dit pas : “« The testimony speaks for one community. A full account would also ask whose voices are not heard on that corner — the traders’ descendants, the city council, the tourists who walk past without knowing. »” C’est le “whose story is this?” attendu au niveau B2.

Résultat : Le témoignage n’oppose pas l’histoire à la mémoire, il les articule : les historiens donnent les dates, la communauté donne le poids présent. L’échelle est collective (“for us”, “our children”) et non nationale, et la mémoire y est explicitement transmise (“we keep telling our children”). La réponse attendue cite la charnière “but”, nomme l’opération avec “whereas”, et se ferme sur la voix manquante.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (contrôle continu) : distinguer dans un document ce qui relève de l’histoire (faits, dates, sources vérifiables) et ce qui relève de la mémoire (émotion, hommage, appartenance), et le formuler en anglais en une phrase — “the text moves from a documented fact to a collective claim”.
  • Objectif Bac : nommer l’échelle de mémoire mobilisée (individuelle, collective, nationale) et JUSTIFIER ce choix par un indice relevé dans le texte — un pronom, un déictique de lieu, un possessif.
  • Objectif Bac : employer dans un même paragraphe le prétérit pour le fait daté et le present perfect pour le bilan encore ouvert, et savoir expliquer oralement pourquoi l’un ne peut pas remplacer l’autre.
  • Objectif Bac : tenir deux minutes de parole en continu sur un héritage anglophone sans jamais répéter le mot “memory” — en mobilisant “remembrance”, “legacy”, “heritage”, “a national narrative”, “to hand down”, “oblivion”.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : poser à propos d’un héritage la question critique attendue au niveau B2 — “whose story is this, and what does it leave out?” — et y répondre avec au moins un élément documenté, pas avec une impression.

Erreurs fréquentes

  • Traiter “history” et “memory” comme deux synonymes. L’histoire établit et discute des faits ; la mémoire les sélectionne et les charge d’affect. Une copie qui les confond ne peut plus analyser la moindre intention et retombe sur de la paraphrase.
  • Faute de langue très fréquente : “« it remembers me of my grandfather »”. “To remember” signifie se souvenir (“I remember my grandfather”) ; “to remind somebody of something” signifie rappeler quelque chose à quelqu’un. La forme juste est “it reminds me of my grandfather”.
  • Faute de langue : écrire “« a historical decision »” pour une décision qui fait date. “Historic” = qui marque l’histoire (“a historic vote”, “a historic site”) ; “historical” = qui relève de l’histoire comme discipline ou comme époque (“a historical document”, “historical research”).
  • Faute de temps : “« Britain has abolished the slave trade in 1807 »”. Une date explicite ferme la période et impose le prétérit — “Britain abolished the slave trade in 1807”. Le present perfect est réservé au bilan encore ouvert : “Britain has never fully come to terms with that history”.
  • Réciter une liste de lieux (« the Statue of Liberty, Ground Zero, Ellis Island ») sans dire de quelle mémoire chacun est le support, à quelle échelle il opère et par qui il a été décidé. Un nom propre n’est pas un argument tant qu’on ne l’a pas fait travailler.

§ 01

Révision active

En anglais (B2, 150-180 mots), raconte comment un épisode du passé t’a été TRANSMIS — par un grand-parent, un manuel, un film, une cérémonie scolaire — puis explique ce que cette chaîne de transmission a ajouté ou retiré au fait lui-même. Impose-toi un prétérit daté, un present perfect de bilan, et trois termes du registre de la mémoire (“to hand down”, “a legacy”, “remembrance”).

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique (annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025, BO n° 22 du 29 mai 2025) (Ministère de l’Éducation nationale) · Gettysburg Address — transcription du manuscrit dit « Nicolay Copy » (Library of Congress (Washington))

§ 02
§ 02

Lieux de mémoire et patrimoine#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2025-LV-anglais-terminale-§Axe-2-Territoire-et-mémoire

Monument, mémorial, musée : trois manières d’occuper l’espace

Inscrire la mémoire dans l’espaceArbre de probabilité, 6 chemins, Données: Monument → Dresse une figure; Monument → Vise la fierté; Memorial → Nomme les morts; Memorial → Vise le recueillement; Museum → Conserve et explique; Museum → Vise la compréhensionMonumentMemorialMuseumInscrire la mémoire dans l’espaceDresse une figureVise la fiertéNomme les mortsVise le recueillementConserve et expliqueVise la compréhension
Fig. 3Trois dispositifs, trois émotions visées. L’axe travaille surtout la branche du milieu : le mémorial, qui nomme les morts au lieu de dresser un héros.

Points clés

Le programme nomme cet objet d’étude « La construction des lieux de mémoire », et le mot construction est le mot important. Un mémorial n’apparaît pas : il est commandé, financé, mis au concours, dessiné, débattu, inauguré, puis entretenu. Devant une photographie de monument, la question de niveau B2 n’est donc pas « qu’est-ce que je vois ? » mais « quelles décisions ont produit ce que je vois ? ». Trois familles se distinguent, et l’anglais les sépare nettement : le “monument” dresse une figure et célèbre ; le “memorial” rend hommage à des morts et invite au recueillement ; le “museum” conserve, expose et explique. Confondre les trois, c’est se tromper d’intention dès la première phrase.
Le tournant du XXᵉ siècle est la sortie du monument héroïque. Le 11 novembre 1920, une dépouille non identifiée, choisie parmi des corps exhumés de quatre secteurs du front — l’Aisne, la Somme, Arras et Ypres —, est inhumée à Westminster Abbey sous le nom de “the Unknown Warrior”. L’idée vient d’un aumônier du front, le révérend David Railton, qui l’avait proposée au doyen Herbert Ryle en août 1920. La tombe contient de la terre de France, et le roi George V y jeta une poignée de terre française tirée d’un obus d’argent. C’est la seule pierre tombale de l’abbaye sur laquelle on demande aux visiteurs de ne pas marcher. Le dispositif est nouveau : on n’honore plus un chef, on honore un anonyme qui vaut pour tous.
Le 9/11 Memorial de New York pousse la même logique jusqu’au vide. Le projet retenu, “Reflecting Absence”, de l’architecte Michael Arad et du paysagiste Peter Walker, creuse deux bassins d’environ un acre chacun dans l’empreinte exacte des tours disparues ; l’eau y tombe de trente pieds dans un premier bassin, puis de vingt pieds encore dans un vide central que rien ne comble. Sur les parapets sont inscrits les noms de 2 983 personnes tuées lors des attentats de 2001 et de l’attentat de 1993 contre le World Trade Center. Le mémorial a ouvert le 11 septembre 2011. Arad résume l’intention en trois mots à retenir : “absence made visible”.
Le patrimoine, “heritage”, est la face administrative de la mémoire : ce qu’une société décide de protéger. Un bâtiment peut être classé (“a listed building”), un site inscrit au patrimoine mondial (“a World Heritage Site”), un quartier soumis à des règles de conservation. Ces protections coûtent, et elles entrent régulièrement en conflit avec l’aménagement urbain, le logement ou le tourisme. Un document d’actualité sur un lieu de mémoire pose donc presque toujours une question d’arbitrage : qui paie pour se souvenir, et au détriment de quoi ? C’est là que le lexique du débat s’invite dans un dossier apparemment patrimonial.
Fait de langue central pour cette section : le PASSIF. Le français dit « on a inauguré le mémorial en 2011 » ; l’anglais n’a pas de “on” et bascule au passif — “the memorial was inaugurated in 2011”, “the names are inscribed on bronze parapets”, “the site has been listed since 1987”. Le passif est aussi la voix des institutions : il permet de nommer l’acte sans nommer l’auteur, ce qui est parfois un choix rhétorique à relever (“mistakes were made”). Sache le produire, mais aussi le lire comme un effacement possible de l’agent, et le compléter avec “by” quand l’auteur compte : “the memorial was designed by Michael Arad and Peter Walker”.
Deux pièges d’accentuation entretiennent l’accent français et coûtent cher à l’oral. “Memorial” s’accentue sur la deuxième syllabe, mə-MOR-i-al, jamais sur la première. “To commemorate” s’accentue sur la deuxième syllabe également, kə-MEM-ə-reit, et son substantif “commemoration” déplace l’accent sur l’avant-dernière, kə-mem-ə-RAY-shən. Prononcer MÉ-mo-rial ou CO-mémorate rend le mot difficile à identifier pour un interlocuteur natif. Entraîne-toi à dire à voix haute une phrase complète : “The memorial commemorates the fallen; the commemoration takes place every November.”

Vocabulaire

→ Cartes
  • a memorial/ə məˈmɔːriəl/un mémorial (hommage aux morts)Accent sur la deuxième syllabe. Distinct de “monument” (qui glorifie) : un mémorial nomme des morts et appelle au recueillement.
  • to commemorate/tə kəˈmeməreɪt/commémorerTransitif direct : “to commemorate an event”, sans préposition. Jamais “to celebrate” pour des victimes.
  • hallowed ground/ˈhæləʊd ɡraʊnd/un sol consacré, une terre sacréeRegistre solennel des discours de cérémonie ; Lincoln emploie le verbe “to hallow” à Gettysburg. Indénombrable.
  • a listed building/ə ˈlɪstɪd ˈbɪldɪŋ/un bâtiment classé (protégé au titre du patrimoine)Terme administratif britannique. Se construit au passif : “the church was listed in 1954”.
  • to unveil/tu ʌnˈveɪl/inaugurer, dévoiler (une plaque, une statue)Le verbe exact pour l’inauguration d’un monument. Presque toujours au passif : “the plaque was unveiled by the mayor”.
  • a reflecting pool/ə rɪˈflektɪŋ puːl/un bassin réfléchissantÉlément récurrent des mémoriaux contemporains. Attention au double sens de “reflecting” : réfléchir la lumière et méditer.
  • to pay tribute to/tə peɪ ˈtrɪbjuːt tu/rendre hommage àLa préposition “to” est obligatoire. Synonyme un peu plus formel : “to pay homage to”.

Un siècle de lieux de mémoire anglophones

Un siècle de lieux de mémoireFrise chronologique de 1910 à 2030, 1920: Soldat inconnu, Londres, 2011: 9/11 Memorial, New York, 2020: Colston jetée au port, 2024: Colston au M Shed19102030année1920Soldat inconnu,Londres20119/11 Memorial,New York2020Colston jetée auport2024Colston au MShed
Fig. 4D’un tombeau anonyme (1920) à une statue déboulonnée puis exposée couchée dans un musée (2024), le lieu de mémoire cesse peu à peu de glorifier pour donner à comprendre. Dates issues des pages officielles de Westminster Abbey, du 9/11 Memorial et de Bristol Museums.
Exemple corrigé

Relier la forme au sens : lire le 9/11 Memorial

Document (synthèse) : un guide décrit le mémorial de New York. “Where the Twin Towers once stood, two square pools of nearly an acre are sunk into the ground. Water falls thirty feet, then twenty feet more into a central void that is never filled. The names of 2,983 people killed in 2001 and in the 1993 bombing are inscribed around the edges. The design is called Reflecting Absence.” Consigne de type Bac : “Analyse how the design of this memorial conveys its message.”

  1. 01Relever les choix de forme, pas les impressions

    Quatre décisions sont explicitement données : l’implantation dans l’empreinte des tours (“where the Twin Towers once stood”), le creusement (“sunk into the ground”), la chute d’eau en deux temps vers un vide que rien ne comble (“a central void that is never filled”), et l’inscription nominative sur les parapets. Chacune est un fait du document, citable.

  2. 02Convertir chaque forme en effet

    Le vide reprend l’empreinte exacte : il rend l’absence mesurable au lieu de la remplacer par une figure. Le creusement inverse le geste du monument, qui s’élève. L’eau qui tombe sans jamais combler installe un deuil sans terme. Les noms transforment un bilan chiffré en hommage individuel : 2 983 personnes, et non « les victimes ».

  3. 03Écrire le paragraphe modèle

    Voici une production réutilisable au niveau B2 : “Instead of rising like a monument, the memorial is sunk into the exact footprint of the towers. The water falls thirty feet and then twenty feet more into a void that is never filled, so mourning is given no ending. On the parapets, 2,983 individual names replace a single figure: each victim is returned to a name. Michael Arad’s phrase, ‘absence made visible’, is not a metaphor added afterwards — it is the instruction the design carries out.”

  4. 04Nommer la famille du dispositif

    Conclure en classant l’objet : “This is a memorial, not a monument: it honours the dead rather than celebrating a victory, and it asks the visitor for silence rather than pride.” Cette phrase de classement est ce qui distingue une analyse d’une description.

Résultat : Le mémorial fait de l’absence son sujet : creusé dans l’empreinte des tours, il descend là où un monument s’élèverait, son eau tombe vers un vide jamais comblé, et 2 983 noms gravés rendent une identité à chaque victime. La formule d’Arad, “absence made visible”, résume l’intention. La réponse attendue cite les formes, en déduit les effets, puis classe l’objet comme mémorial et non comme monument.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (contrôle continu) : lire une photographie de lieu de mémoire en trois temps — ce que la forme fait (matériaux, échelle, vide, noms), ce qu’elle commémore, l’effet qu’elle recherche — sans jamais s’arrêter au premier temps.
  • Objectif Bac : employer à bon escient “monument”, “memorial” et “museum” dans la même production, et justifier chaque choix par la fonction visée (glorifier, honorer, expliquer).
  • Objectif Bac : produire trois phrases au passif décrivant les actes institutionnels d’un lieu de mémoire (conception, inauguration, classement), dont une avec un complément d’agent en “by”.
  • Objectif Bac : citer un chiffre ou une date vérifiée à propos d’un lieu de mémoire — 2 983 noms au 9/11 Memorial, 11 novembre 1920 pour l’Unknown Warrior — plutôt qu’un superlatif invérifiable.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : accentuer correctement “memorial”, “commemorate” et “commemoration” dans une prise de parole en continu, et s’autocorriger sans perdre le fil si l’accent glisse.

Erreurs fréquentes

  • Employer “monument”, “memorial” et “museum” comme trois synonymes. Un monument glorifie, un mémorial rend hommage aux victimes, un musée conserve et explique. L’amalgame fausse toute l’analyse de l’intention, dès la phrase d’introduction.
  • Calque de « on » : écrire “One inaugurated the memorial in 2011” ou “We inaugurated…” sans sujet réel. L’anglais passe au passif : “The memorial was inaugurated in 2011.” C’est la structure attendue pour tout acte institutionnel.
  • Erreur d’accentuation : dire MÉ-mo-rial et CO-mémorate. L’anglais accentue la deuxième syllabe dans les deux cas — mə-MOR-i-al, kə-MEM-ə-reit — et l’accent se déplace en kə-mem-ə-RAY-shən pour “commemoration”.
  • Écrire “The 9/11 Memorial celebrates the victims”. “To celebrate” suppose la joie ; pour des morts on emploie “to commemorate”, “to honour”, “to pay tribute to”, “to mark”. Ce contresens de registre est immédiatement sanctionné à l’oral comme à l’écrit.
  • Décrire un lieu de façon purement factuelle — “it is big and made of stone” — sans relier la forme au sens. Le vide, l’eau, les noms gravés, l’échelle sont des choix : la copie attendue dit ce que chacun produit chez le visiteur.

§ 02

Révision active

Un correspondant anglophone t’envoie la photo d’un lieu de mémoire de sa ville et te demande ce qu’il faudrait y ajouter pour qu’un visiteur étranger comprenne. Réponds-lui en anglais (B2, 120-150 mots) : dis ce que la forme dit déjà sans mots, ce qu’elle ne peut pas dire, et la seule phrase que tu ferais graver. Emploie au moins deux passifs et le verbe “to unveil”.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : About the Memorial — Reflecting Absence (National September 11 Memorial & Museum (New York)) · The Unknown Warrior (Westminster Abbey (Londres))

§ 03
§ 03

Commémorations et devoir de mémoire#

~9 min de lecture●●○StandardBOBO-2025-LV-anglais-terminale-§Axe-2-Territoire-et-mémoire

Comment le coquelicot est devenu un rituel

Naissance d’un rituel, 1915-1922Frise chronologique de 1914 à 1925, 1915: Poème de McCrae, 1918: Réponse de Michael, 1920: Soldat inconnu, 1921: Premier Poppy Appeal, 1922: Fabrique de la Legion19141925année1915Poème de McCrae1918Réponse deMichael1920Soldat inconnu1921Premier PoppyAppeal1922Fabrique de laLegion
Fig. 5Sept ans séparent un poème écrit au front d’une fabrique de coquelicots tenue par des vétérans : une commémoration se construit par étapes, et chacune a un auteur. Dates issues des pages de la Royal British Legion et de Westminster Abbey.

Points clés

Le programme propose comme objet d’étude « Les commémorations au sein du Commonwealth », et c’est le mot Commonwealth qui donne à cette section sa particularité : un même rituel se rejoue, à la même date, dans des pays devenus indépendants les uns des autres. Le Commonwealth réunit aujourd’hui 56 États membres et observe le Commonwealth Day le deuxième lundi de mars — le 9 mars en 2026 —, avec des cérémonies civiques et religieuses, des levées de drapeau, des assemblées scolaires et des débats. Une commémoration est donc à la fois un rituel daté et répété, et un instrument politique : elle dit ce qui, d’un passé partagé, mérite d’être conservé en commun.
Le coquelicot de la mémoire a une histoire précise, et l’examen récompense la précision. Le médecin militaire canadien John McCrae compose “In Flanders Fields” en mai 1915 devant les coquelicots qui repoussent sur les champs de bataille. En 1918, l’Américaine Moina Michael lui répond par le vers “And now the Torch and Poppy Red, we wear in honor of our dead…” et fait campagne pour le coquelicot comme signe du souvenir. En 1921, la Française Anna Guérin convainc la British Legion naissante d’adopter l’emblème ; la première “Poppy Appeal” rapporte plus de 100 000 livres pour le logement et l’emploi des anciens combattants. Dès 1922, la Legion ouvre une fabrique de coquelicots tenue par des vétérans handicapés.
L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont leur propre date. L’Anzac Day, le 25 avril, marque l’anniversaire du débarquement des forces australiennes et néo-zélandaises à Gallipoli le 25 avril 1915 — la première action militaire majeure de ces armées pendant la Première Guerre mondiale. La journée s’ouvre par un “dawn service” à l’heure du débarquement ; elle comporte des défilés d’anciens combattants dans les grandes villes, un dépôt de gerbes, une minute de silence et la sonnerie du “Last Post”. Le sens de la journée s’est élargi : elle honore désormais tous ceux qui sont morts dans les conflits et les opérations de maintien de la paix où l’Australie s’est engagée.
Le « devoir de mémoire » — “the duty to remember”, “the duty of remembrance” — n’est pas un simple souvenir : c’est l’idée qu’une société est moralement OBLIGÉE de se souvenir, pour honorer les morts et pour empêcher la répétition. Deux formules le portent : “lest we forget” et “never again”. La Royal British Legion en donne une définition en trois temps que l’on peut réutiliser telle quelle : le coquelicot rappelle les sacrifices de ceux qui ont servi, marque le soutien à la communauté militaire d’aujourd’hui, et représente l’espoir d’un avenir de paix. Un devoir suppose pourtant une question, que l’axe invite à poser : qui décide de ce que l’on commémore, et un devoir peut-il devenir une obligation sociale ?
Le discours commémoratif a une grammaire reconnaissable, et c’est elle qu’on te demandera d’analyser. Le pronom “we” est inclusif : il fabrique en une syllabe la communauté qui se souvient. Le déictique de lieu (“here”, “this ground”) ancre le rituel dans un espace consacré. L’anaphore martèle une formule. Le modal “shall”, rare en anglais courant, revient dans le registre solennel des promesses (“they shall not be forgotten”). Enfin la triade passé-présent-avenir organise presque tous ces textes : on nomme la perte, on décrit le rituel qui a lieu maintenant, on prend un engagement pour la suite.
Fait de langue à sécuriser : les prépositions de temps et les adjectifs substantivés. On dit “on Remembrance Day”, “on 11 November”, mais “at 11 a.m.” et “in November”. Et l’anglais substantive certains adjectifs au pluriel sans -s : “the fallen” (les morts au combat), “the bereaved” (les endeuillés), “the wounded”. Écrire “the fallens” est une faute ; l’accord se fait au pluriel : “the fallen are remembered”. Retiens la phrase-modèle complète : “On Remembrance Day, at eleven o’clock in the morning, the fallen are remembered across the Commonwealth.”

Vocabulaire

→ Cartes
  • the fallen/ðə ˈfɔːlən/les morts au combatAdjectif substantivé : jamais de -s, verbe au pluriel — “the fallen are remembered”. Registre de cérémonie.
  • to lay a wreath/tə leɪ ə riːθ/déposer une gerbeLe w de “wreath” est muet. Verbe irrégulier : lay / laid / laid. Ne pas confondre avec “to lie” (être couché).
  • a poppy/ə ˈpɒpi/un coquelicot (emblème du souvenir)Pluriel “poppies”. On dit “to wear a poppy” : le port est un geste, pas une décoration.
  • lest we forget/lest wi fəˈɡet/de peur que nous oubliions, pour ne jamais oublierFormule figée du registre commémoratif. “Lest” est suivi du subjonctif sans “to” ; ne l’emploie pas hors de ce registre.
  • a dawn service/ə dɔːn ˈsɜːvɪs/une cérémonie à l’aubeRituel central de l’Anzac Day, à l’heure du débarquement. “Service” ici = office, cérémonie, pas « service » au sens français.
  • to observe a minute’s silence/tu əbˈzɜːv ə ˈmɪnɪts ˈsaɪləns/observer une minute de silenceGénitif obligatoire : “a minute’s silence”, “two minutes’ silence”. “To observe” = respecter un rite, sens différent d’« observer ».
  • a veteran/ə ˈvetərən/un ancien combattantAccent sur la première syllabe. Attention : ne désigne pas un vétérinaire, qui est “a vet” au sens de “veterinary surgeon”.

La triade d’un discours commémoratif

La triade d’un discours commémoratifGraphe, Passé : nommer la perte → Présent : le rituel partagé, Présent : le rituel partagé → Avenir : la promessePassé : nommerla pertePrésent : lerituel partagéAvenir : lapromessewe gather herelest we forget
Fig. 6Presque tous les textes de cérémonie suivent cette chaîne. Le maillon du milieu est celui que l’on oublie d’analyser : c’est le rituel présent qui transforme un deuil privé en obligation partagée.
Exemple corrigé

Analyser la bascule du deuil au devoir dans un discours

Document (synthèse) : lors d’une cérémonie de Remembrance Day, un orateur déclare : “We gather here, as we do every year, to remember those who gave their lives so that we might live in peace. We owe them not only our grief, but our promise: that we will not forget, and that such sacrifice shall never be in vain.” Consigne de type Bac : “Analyse how this speech turns private grief into a shared duty.”

  1. 01Identifier le pronom et l’ancrage

    Le texte est entièrement construit sur “we” — “We gather”, “we might live”, “We owe them” — et sur le déictique “here”. En trois mots, l’orateur fabrique une communauté et lui assigne un lieu. Le souvenir cesse d’être individuel avant même que le contenu soit énoncé.

  2. 02Repérer la charnière grammaticale

    La bascule tient dans une structure corrélative : “not only our grief, but our promise”. À gauche, l’émotion ; à droite, l’engagement. Le modal “shall”, réservé au registre solennel, scelle la promesse : “such sacrifice shall never be in vain”. Le rituel annuel (“as we do every year”) l’inscrit dans la durée.

  3. 03Écrire l’analyse modèle

    Production réutilisable : “The inclusive ‘we’ builds a community of mourners before the speaker names anything. The correlative structure ‘not only our grief, but our promise’ is where the speech turns: emotion becomes obligation. The solemn modal ‘shall’ seals that obligation, and ‘as we do every year’ makes it a habit rather than an emotion. Remembrance is thus presented not as a feeling but as a debt that each ceremony renews.”

  4. 04Ajouter la nuance attendue au niveau B2

    Une copie forte pose ensuite la limite : “Admittedly, a duty that is renewed every year can also become a social expectation. The speech never says who decided what is remembered here — and that silence is itself part of how commemorations work.” C’est la prise de position que le programme attend, pas un résumé.

Résultat : Le “we” inclusif et le déictique “here” construisent la communauté ; la corrélation “not only… but…” fait basculer le deuil en engagement ; le modal “shall” et le rituel annuel installent cet engagement dans la durée. La réponse attendue nomme ces quatre opérateurs, en cite la trace exacte, puis ouvre sur la question que le discours ne pose pas : qui décide du contenu du souvenir.

Explication pas à pas4 étapes
  1. 1

    Un discours commémoratif n'est pas un cours d'histoire : c'est un rituel qui relie le passé, le présent et l'avenir. Observons ses trois temps.

  2. 2

    Le passé d'abord : l'orateur honore l'événement et les disparus — the fallen, the sacrifice. Il installe la gravité.

  3. 3

    Le présent ensuite : le rituel partagé. Le pronom we rassemble l'auditoire — we gather, we remember, une minute de silence. Le souvenir devient collectif.

  4. 4

    L'avenir enfin : l'engagement. Lest we forget, never again, that they shall not have died in vain. Le souvenir se mue en promesse et en devoir.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (contrôle continu) : présenter en anglais une commémoration du Commonwealth — Remembrance Day, Anzac Day, Commonwealth Day — avec sa date exacte, son rituel et son objet, sans confondre les trois.
  • Objectif Bac : analyser dans un discours de cérémonie les quatre marqueurs attendus — pronom “we” inclusif, déictique de lieu, anaphore, modal “shall” — et dire ce que chacun fabrique.
  • Objectif Bac : reconstituer la triade passé-présent-avenir d’un texte commémoratif et montrer où le souvenir bascule en engagement.
  • Objectif Bac : maîtriser les prépositions de temps (“on Remembrance Day”, “at 11 a.m.”, “in November”) et l’adjectif substantivé pluriel “the fallen”, sans -s et avec un verbe au pluriel.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : discuter le devoir de mémoire avec nuance — ce qu’il protège, ce qu’il impose — en employant au moins deux structures de concession (“admittedly”, “while it is true that…”).

Erreurs fréquentes

  • Écrire “to celebrate Remembrance Day”. On ne célèbre pas une guerre ni des morts : l’anglais dit “to commemorate”, “to observe”, “to mark”. La faute est de registre autant que de sens et se remarque immédiatement.
  • Faute de préposition : “in Remembrance Day”, “on November”, “in 11 a.m.”. Les formes justes sont “on Remembrance Day”, “in November”, “at 11 a.m.” — la préposition dépend de l’unité de temps, pas du français.
  • Écrire “the fallens” ou “the deads”. L’adjectif substantivé reste invariable et se construit au pluriel : “the fallen are honoured”, “the bereaved were invited”, “the wounded were brought home”.
  • Confondre les trois dates : Remembrance Day (11 novembre) marque l’armistice, Anzac Day (25 avril) marque le débarquement de Gallipoli en 1915, le Commonwealth Day tombe le deuxième lundi de mars. Attribuer le coquelicot à l’Anzac Day est une erreur fréquente.
  • Réciter le devoir de mémoire comme un slogan. Le niveau B2 attend une position argumentée : dire ce que la commémoration protège, à quel prix, et qui décide de son contenu — pas répéter « lest we forget » en guise de conclusion.

§ 03

Révision active

Un élève français de seconde te demande pourquoi les Britanniques portent une fleur en novembre alors que les Australiens se lèvent avant l’aube en avril. Fais-lui une médiation en anglais (B2, 12-15 lignes) : compare les deux commémorations — date, origine, rituel, ce qu’elles honorent — puis dis ce qu’elles ont en commun et ce qui les distingue. Emploie “to commemorate”, “the fallen”, et au moins trois prépositions de temps correctes.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : The Poppy — the story of the remembrance poppy (The Royal British Legion) · The Anzac Day Tradition (Australian War Memorial (Canberra)) · Commonwealth Day (The Commonwealth Secretariat)

§ 04
§ 04

Mémoires des conflits, du colonialisme et de l'esclavage#

~8 min de lecture●●●ApprofondissementBOBO-2025-LV-anglais-terminale-§Axe-2-Territoire-et-mémoire

Une statue contestée : quatre gestes, quatre conséquences

Une statue contestée : quatre gestesArbre de probabilité, 4 chemins, Données: La laisser telle quelle → Le lieu continue d’honorer; Ajouter une plaque → Le lieu explique sur place; La déplacer en musée → L’objet devient un document; La retirer → L’espace public changeLa laisser telle quelleAjouter une plaqueLa déplacer en muséeLa retirerUne statue contestéeLe lieu continue d’honorerLe lieu explique sur placeL’objet devient un documentL’espace public change
Fig. 7Le débat n’a pas deux issues mais quatre, et chacune produit un effet différent sur l’espace public. Bristol a retenu la troisième après une consultation de près de 14 000 réponses.

Points clés

Le premier objet d’étude proposé par le programme est « Histoire et mémoire de l’esclavage et de la colonisation dans les sociétés du monde anglophone ». Ces mémoires sont dites difficiles, ou conflictuelles, pour une raison précise : elles ne sont pas closes. Elles portent sur des faits établis — la traite atlantique, l’Empire britannique, les pensionnats pour enfants autochtones — mais elles engagent le présent, parce qu’elles posent la question des noms qu’on donne aux rues, des statues qu’on laisse debout, des fortunes qu’on a héritées. C’est cette non-clôture qui en fait un excellent support d’argumentation : il y a de vrais désaccords, avec de vrais arguments de part et d’autre.
Le cas de Bristol donne des faits datés, utilisables sans risque. Le 7 juin 2020, pendant une manifestation All Black Lives Bristol, la statue du marchand Edward Colston est arrachée de son socle et jetée dans le port ; elle en est retirée le 11 juin 2020. Les restaurateurs du musée choisissent de conserver les graffitis. Une exposition temporaire au M Shed, de juin 2021 à janvier 2022, accompagne une consultation menée par la We Are Bristol History Commission : près de 14 000 réponses, dont environ 80 % en faveur d’une présentation en musée. En avril 2022, le cabinet municipal approuve ce choix, et la statue est aujourd’hui exposée couchée, de façon permanente, dans la galerie Bristol People.
Le débat n’a donc jamais eu deux issues, mais quatre, et une copie de niveau B2 doit les distinguer. Laisser la statue telle quelle : le lieu continue d’honorer, et l’espace public reste une prise de position. Ajouter une plaque explicative : le lieu explique sur place, mais rien ne garantit qu’on lise la plaque plutôt que la statue. Déplacer l’objet dans un musée : il cesse d’honorer et devient un document que l’on peut étudier. Retirer purement et simplement : le message de l’espace public change, au risque, disent les opposants, d’effacer la conversation avec lui. Bristol a choisi la troisième voie, et l’a choisie après consultation — le procédé compte autant que la décision.
Reconnaître et réparer ne sont pas la même chose, et c’est presque toujours là que se situe le désaccord réel. La Commission de vérité et réconciliation du Canada, créée en 2008 dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, a travaillé six ans, recueilli les témoignages de 6 500 survivants et témoins, examiné plus de cinq millions de documents fédéraux, et publié en 2015 un rapport final en six volumes accompagné de 94 appels à l’action. Vérité et reconnaissance sont ainsi produites ; les appels à l’action, eux, portent sur ce qui coûte : droits, financements, institutions. En anglais : “to acknowledge a wrong” n’est pas “to redress a wrong”.
Le lexique de ce débat est lui-même un enjeu, et le programme y consacre un objet d’étude en axe 4 sous le nom de « précautions sémantiques ». L’anglais contemporain préfère souvent “enslaved people” à “slaves” : la première formule dit que l’asservissement est un acte subi, la seconde l’installe comme une identité. De même, “to take down” (retirer), “to topple” (renverser), “to remove” (déplacer) et “to contextualise” décrivent des gestes différents ; les employer comme synonymes revient à trancher le débat sans l’avoir posé. Sache reconnaître les deux registres, et justifier ton choix en une phrase — c’est exactement l’exercice de nuance attendu.
Fait de langue à sécuriser : les prépositions du regret et de l’excuse, et le modal du débat normatif. On dit “to apologise TO somebody FOR something” — “the Prime Minister apologised to the survivors for the harm caused”. On dit “to be responsible FOR”, “to make amends FOR”, mais “to be accountable TO somebody FOR something”. Côté modaux, “should” exprime la recommandation (“statues should be contextualised”), “ought to” la sonne un peu plus morale, et “must” impose — le choisir change le ton de toute une copie. Une argumentation nuancée alterne “should” et les concessions “admittedly”, “granted”, “while it is true that…”.

Vocabulaire

→ Cartes
  • a contested statue/ə kənˈtestɪd ˈstætʃuː/une statue contestéeAccent sur la deuxième syllabe de “contested”. Plus neutre que “controversial”, qui suppose déjà un scandale.
  • to topple/tə ˈtɒpl/renverser, faire tomber (une statue, un régime)Suppose un geste violent et souvent collectif : “the statue was toppled”. À ne pas employer pour un déplacement décidé par une institution.
  • to contextualise/tə kənˈtekstʃuəlaɪz/contextualiser, expliquer sur placeOrthographe britannique en -ise, américaine en -ize. Collocation attendue : “to contextualise a monument with an explanatory plaque”.
  • redress/rɪˈdres/la réparation (d’un tort), le redressementIndénombrable comme nom : “to seek redress”. Distinct de “reparations”, toujours au pluriel et de sens financier.
  • an official apology/ən əˈfɪʃl əˈpɒlədʒi/des excuses officiellesLe mot anglais est au singulier là où le français est au pluriel : “an apology”, “to issue an apology”.
  • enslaved people/ɪnˈsleɪvd ˈpiːpl/des personnes réduites en esclavageFormulation souvent préférée à “slaves” : elle nomme un acte subi plutôt qu’une identité. Sache justifier ton choix.
  • to reckon with/tə ˈrekən wɪð/affronter, régler ses comptes avec (un passé)Verbe-clé de tous les documents contemporains sur ce sujet : “a nation reckoning with its imperial past”.

De la vérité à la réparation

De la vérité à la réparationpyramide, 3 niveaux, Données: Vérité : établir les faits, Reconnaissance : excuses publiques, Réparation : droits et restitutionVérité : établir les faitscommissions, archivesReconnaissance : excuses publiquesle symboliqueRéparation : droits et restitutionle matériel
Fig. 8Le désaccord ne porte presque jamais sur l’étage du bas mais sur le passage à l’étage suivant. La Commission canadienne a produit vérité et reconnaissance ; ses 94 appels à l’action visent, eux, le sommet.
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Exemple corrigé

Argumenter avec nuance sur une statue contestée

Consigne de type Bac : “‘All statues of figures linked to slavery or colonialism should be taken down.’ Discuss.” Rédige en anglais une réponse structurée et nuancée de niveau B2.

  1. 01Poser la thèse et l’appuyer sur un fait

    Ouvrir sans détour : “Taking such statues down makes a clear statement: a city no longer honours a man who profited from the trade in enslaved people. When Edward Colston’s statue was toppled in Bristol on 7 June 2020 and pulled out of the harbour four days later, many people felt that public space had finally stopped honouring him. Public space is never neutral: to keep a statue is to keep endorsing it.”

  2. 02Donner à l’objection sa vraie force

    Une antithèse crédible ne caricature pas : “However, removal carries a real risk. If the monument disappears, the uncomfortable conversation it provokes may disappear with it. Admittedly, honouring a figure and remembering a history are two different things — but a city that removes every trace may end up teaching nothing at all.”

  3. 03Ouvrir la troisième et la quatrième voie

    C’est ici que la copie se distingue : “The choice, though, is not binary. A statue can be contextualised with an explanatory plaque, or moved to a museum where it is studied rather than celebrated. Bristol chose the second option after consulting nearly 14,000 residents, about eighty per cent of whom supported a museum display. The statue now lies flat in the Bristol People gallery, its graffiti deliberately preserved.”

  4. 04Conclure sur le procédé, pas seulement sur l’issue

    La conclusion attendue déplace la question : “On the whole, what matters is not only which option a city chooses, but how it chooses. A decision taken after public consultation acknowledges the past without either glorifying or erasing it — and, unlike a statue, a decision can be explained.”

Résultat : La réponse dépasse l’opposition garder / détruire : elle reconnaît la valeur symbolique du retrait, prend l’objection au sérieux, expose les deux voies médianes (contextualiser, déplacer), s’appuie sur des faits datés de Bristol, et conclut sur le PROCÉDÉ — une décision consultée et explicable. Connecteurs de niveau B2 attendus : however, admittedly, though, on the whole.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (contrôle continu) : construire une argumentation en trois temps sur une mémoire conflictuelle — thèse, objection, position personnelle — en distinguant explicitement les QUATRE options possibles pour un monument contesté, jamais deux.
  • Objectif Bac : distinguer par le lexique la reconnaissance (“to acknowledge”, “an official apology”, “a truth commission”) et la réparation (“redress”, “reparations”, “restitution”), et dire laquelle un document propose réellement.
  • Objectif Bac : appuyer une prise de position sur au moins un fait daté et vérifiable — 7 juin 2020, 94 appels à l’action, environ 80 % des réponses à la consultation de Bristol — plutôt que sur une impression générale.
  • Objectif Bac : employer correctement “to apologise to somebody for something” et “to be responsible for” dans une même production, sans calque du français.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : nuancer par les modaux et les concessions — “should” plutôt que “must”, “admittedly”, “while it is true that…” — pour tenir une position ferme sans caricaturer l’adversaire.

Erreurs fréquentes

  • Présenter le débat des statues de façon binaire, « les garder » contre « tout détruire ». Il existe quatre gestes distincts — laisser, contextualiser, déplacer en musée, retirer — et une copie qui n’en voit que deux ne peut pas atteindre la nuance attendue au niveau B2.
  • Confondre reconnaissance et réparation. Des excuses officielles, une commission de vérité, une commémoration relèvent du symbolique ; les droits, les restitutions et les indemnisations relèvent du matériel. Un texte peut accomplir la première sans engager la seconde, et c’est souvent l’objet même du désaccord.
  • Faute de préposition : “he apologised the victims” ou “he apologised of his words”. La construction est double et obligatoire : “he apologised TO the victims FOR his words”. De même “responsible for”, jamais “responsible of”.
  • Faux ami : employer “to support” au sens de « supporter, endurer ». “To support” signifie soutenir (“she supports the campaign”) ; endurer se dit “to bear”, “to put up with”, “to endure”. Écrire “I cannot support this statue” dit l’inverse de ce que l’on veut dire.
  • Traiter “to take down”, “to topple”, “to remove” et “to contextualise” comme des synonymes. Renverser n’est pas déplacer, et déplacer n’est pas expliquer : le choix du verbe engage déjà une position, et le correcteur le lit comme tel.

§ 04

Révision active

On te confie dans un débat le rôle que tu ne partages PAS : tu devras défendre la contextualisation d’une statue contre son retrait, ou l’inverse. Prépare en anglais dix lignes de notes — trois arguments, une concession introduite par “admittedly”, et la question que tu poseras à ton contradicteur — puis écris en deux phrases ce que cet exercice a changé à ton avis initial.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : The Colston Statue: What next? (Bristol Museums (M Shed)) · Delivering on Truth and Reconciliation Commission Calls to Action (Crown-Indigenous Relations and Northern Affairs Canada)

§ 05
§ 05

Documents clés, médiation et lexique de la mémoire#

~8 min de lecture●●○StandardBOBO-2025-LV-anglais-terminale-§Axe-2-Territoire-et-mémoire

Territoires autochtones : quatre repères vérifiables

Territoires autochtones : quatre repèresFrise chronologique de 1990 à 2020, 1992: Arrêt Mabo, 1993: Native Title Act, 2008: Commission canadienne, 2015: 94 appels à l’action19902020année1992Arrêt Mabo1993Native Title Act2008Commissioncanadienne201594 appels àl’action
Fig. 9Ici la mémoire prend la forme de textes opposables : un arrêt, une loi, une commission, un rapport. Dates issues du Federal Register of Legislation australien et du gouvernement du Canada.

Points clés

Le quatrième objet d’étude du programme s’intitule « Territoires autochtones : intégration, assimilation ou appropriation ? » — trois mots qui sont trois hypothèses, et non trois synonymes. Intégrer, c’est faire entrer sans effacer ; assimiler, c’est faire disparaître la différence ; s’approprier, c’est prendre ce qui appartient à d’autres. Le corpus de cette section est fait des documents où ces trois gestes se lisent : décisions de justice, textes de loi, excuses officielles, rapports de commission, cartels de musée, et les formules d’ouverture (“a land acknowledgement”, “a Welcome to Country”) que l’on rencontre dans les documents canadiens et australiens.
Le repère australien est un arrêt. Le 3 juin 1992, dans l’affaire Mabo v Queensland (No 2), la Haute Cour d’Australie reconnaît que le peuple meriam des îles Murray détenait des droits fonciers traditionnels, et écarte la doctrine de la terra nullius — la fiction juridique selon laquelle le territoire n’appartenait à personne à l’arrivée des Britanniques. Le Parlement fédéral adopte ensuite le Native Title Act 1993, qui organise à l’échelle nationale la reconnaissance et la revendication du “native title”. Un arrêt et une loi : la mémoire, ici, prend la forme d’un texte opposable, pas d’un monument.
Le repère canadien est un rapport. La Commission de vérité et réconciliation du Canada, créée en 2008 dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, a recueilli les témoignages de 6 500 survivants et témoins et examiné plus de cinq millions de documents fédéraux avant de publier, en 2015, un rapport final en six volumes assorti de 94 appels à l’action. Ce corpus est idéal pour l’axe parce qu’il montre la chaîne complète : des témoignages individuels deviennent une archive publique, l’archive devient un rapport, et le rapport devient une liste d’obligations que l’on peut suivre année après année.
La MÉDIATION est l’activité langagière que ces documents appellent, et le programme la décrit très concrètement au niveau B2 : faire une synthèse et rendre compte d’informations et d’arguments venant de diverses sources orales et écrites, comparer, opposer et synthétiser des points de vue différents, et rendre des références culturelles plus claires et plus explicites pour autrui en les paraphrasant de différentes manières. Médier n’est donc ni traduire ni résumer platement : c’est reformuler POUR QUELQU’UN, en fonction de ce que cette personne sait déjà et de ce qu’elle a besoin de comprendre.
La méthode tient en quatre temps, et le troisième est celui que l’on rate. ANTICIPER : quelle source, quelle date, quel destinataire d’origine ? REPÉRER : quels faits, quelle thèse, quelle prise de position ? REFORMULER : dire la même chose avec d’autres mots, sans recopier une phrase entière ni calquer la syntaxe. RENDRE COMPTE : adapter à son interlocuteur et signaler clairement ce qui est du document et ce qui est de soi. La banque de verbes de compte rendu est ici décisive : “the report argues / claims / acknowledges / denies / calls for / recommends”. Choisir “acknowledges” plutôt que “claims” change l’image du document que l’on transmet.
Fait de langue : le discours indirect et les constructions des verbes de compte rendu. La concordance recule d’un cran quand le verbe introducteur est au passé — “the Commission said that the schools HAD caused lasting harm” — mais reste au présent pour un texte toujours en vigueur : “the Act states that native title EXISTS where traditional laws are still observed.” Attention aux constructions : “to acknowledge THAT…”, “to call FOR something”, “to apologise FOR doing something”, “to claim TO BE”. Et méfie-toi du calque : le verbe “to precise” n’existe pas ; on dit “to specify”, “to make clear”, “to point out”.

Vocabulaire

→ Cartes
  • native title/ˈneɪtɪv ˈtaɪtl/le titre foncier autochtone (droit australien)Terme juridique, indénombrable et sans article : “to claim native title”. Ne se traduit pas par « titre natif ».
  • terra nullius/ˌterə ˈnʌliəs/terre n’appartenant à personneLocution latine conservée telle quelle en anglais. Employée presque toujours pour dire qu’elle a été ÉCARTÉE par la justice.
  • a land acknowledgement/ə lænd əkˈnɒlɪdʒmənt/une reconnaissance du territoire (formule d’ouverture)Orthographe britannique et canadienne avec -edge- ; l’américain écrit souvent “acknowledgment”. Le w reste muet.
  • a survivor/ə səˈvaɪvə/un survivant, une survivanteTerme retenu par les commissions officielles pour les anciens élèves des pensionnats. Souvent en majuscule dans les textes canadiens.
  • to call for/tə ˈkɔːl fɔː/réclamer, appeler àSuivi d’un nom, jamais d’une proposition : “the report calls FOR an apology”, non “calls that…”.
  • a finding/ə ˈfaɪndɪŋ/une conclusion, un constat (d’enquête)Presque toujours au pluriel : “the Commission’s findings”. À distinguer de “a discovery”, qui suppose une trouvaille.
  • to specify/tə ˈspesɪfaɪ/préciserLa forme juste là où le français ferait dire « to precise », qui n’existe pas. Variantes : “to make clear”, “to point out”.

Médier un document de mémoire en quatre temps

Médier un document de mémoireGraphe, Anticiper : source, date, destinataire → Repérer : faits, thèse, position, Repérer : faits, thèse, position → Reformuler : sans traduire ni recopier, Reformuler : sans traduire ni recopier → Rendre compte : à qui, pour quoiAnticiper :source, date,destinataireRepérer : faits,thèse, positionReformuler :sans traduire nirecopierRendre compte :à qui, pour quoiwho wrotethis?say itotherwisefor whom?
Fig. 10Le troisième maillon est celui que l’on saute : reformuler, ce n’est ni traduire ni recopier. C’est là que se joue la différence entre une médiation et un résumé.
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Exemple corrigé

Médier une formule de reconnaissance du territoire

Document (synthèse) : une université canadienne ouvre chaque cérémonie par cette phrase — “We acknowledge that we gather on the traditional territory of Indigenous peoples who have cared for these lands for generations, and we recognise that this history is part of the institution we are today.” Consigne de type Bac : “Mediate this statement in English for a French classmate who has never heard one, and say what it does.”

  1. 01Situer avant de reformuler

    Commencer par ce que ton interlocuteur ignore : “This is a land acknowledgement — a short formula read out at the start of official events in Canada and Australia. It is spoken by the institution itself, not by an Indigenous speaker, and it comes before anything else on the programme.” Sans cette phrase, la suite est incompréhensible.

  2. 02Reformuler la thèse sans recopier

    Dire la même chose avec d’autres mots : “The university states two things. First, that the ground it stands on was, and is, the territory of Indigenous peoples. Second, that this fact is not external to the institution but part of what it is today.” On a changé la syntaxe et le lexique ; on n’a repris aucune phrase entière.

  3. 03Nommer l’acte de langage

    Choisir le bon verbe de compte rendu : “The statement acknowledges rather than apologises: it recognises a fact and a responsibility, but it does not offer redress. Naming that difference is the whole point — acknowledgement is not reparation.” Le verbe choisi est l’analyse.

  4. 04Rendre compte pour SON destinataire

    Adapter et signaler sa propre voix : “For a French student, the closest comparison is a plaque, except that this one is spoken aloud every time. Personally, I would ask the question the formula leaves open: what follows the words? A land acknowledgement can begin a process — or replace it.”

Résultat : La médiation réussie situe le genre du document, reformule sa thèse sans en recopier une phrase, nomme précisément l’acte de langage (“acknowledges”, non “apologises”), adapte l’explication au destinataire et distingue clairement le contenu du document de la réaction personnelle. Verbes de compte rendu attendus : states, acknowledges, recognises, leaves open.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (contrôle continu) : réaliser une médiation en anglais d’un document sur la mémoire — situer la source, restituer la thèse et le point de vue, adapter à un destinataire précis — sans traduire ni recopier une phrase entière.
  • Objectif Bac : distinguer dans un même dossier ce qui relève de l’intégration, de l’assimilation et de l’appropriation, et justifier chaque étiquette par un élément du texte.
  • Objectif Bac : employer trois verbes de compte rendu différents (“argues”, “acknowledges”, “calls for”) avec leur construction correcte, et expliquer ce que chacun fait dire au document.
  • Objectif Bac : appliquer la concordance des temps au discours indirect, en sachant NE PAS reculer les temps quand le texte rapporté est toujours en vigueur.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : citer un repère daté et exact du corpus autochtone — 3 juin 1992 pour l’arrêt Mabo, Native Title Act 1993, 94 appels à l’action en 2015 — plutôt qu’une formule vague sur « les peuples premiers ».

Erreurs fréquentes

  • Confondre médiation et traduction. Médier, c’est reformuler le sens pour un destinataire donné ; traduire mot à mot ou recopier une phrase entière du document est précisément ce que l’exercice interdit, et cela se voit immédiatement.
  • Employer « intégration », « assimilation » et « appropriation » comme trois façons de dire la même chose. Le programme en fait trois hypothèses concurrentes : l’une préserve la différence, l’autre l’efface, la troisième s’empare de ce qui appartient à d’autres.
  • Calque du français : écrire “the report precises that…”. Le verbe “to precise” n’existe pas en anglais. On écrit “the report specifies that…”, “makes it clear that…”, “points out that…”.
  • Faute de discours indirect : “The Commission said that the schools have caused lasting harm.” Avec un verbe introducteur au prétérit, la concordance recule : “…that the schools HAD caused lasting harm.” Inversement, ne recule pas les temps d’une loi encore en vigueur.
  • Paraphraser un document sans jamais nommer sa fonction. Le niveau B2 attend qu’on dise si le texte honore, dénonce, explique ou réclame — un compte rendu neutre qui ne choisit aucun de ces verbes n’est pas encore une médiation.

§ 05

Révision active

Choisis un document du corpus autochtone — un extrait d’arrêt, un appel à l’action, une formule de reconnaissance du territoire — et rédige DEUX médiations en anglais du même texte (60-80 mots chacune) : la première pour un élève de seconde qui ignore tout du sujet, la seconde pour un professeur d’histoire. Compare ensuite en trois lignes ce que tu as dû ajouter, retirer ou reformuler d’une version à l’autre.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Native Title Act 1993 (No. 110, 1993) — texte consolidé (Federal Register of Legislation (Australie)) · Delivering on Truth and Reconciliation Commission Calls to Action (Crown-Indigenous Relations and Northern Affairs Canada) · Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique (annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025, BO n° 22 du 29 mai 2025) (Ministère de l’Éducation nationale)

Vérifié · 08/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Héritage collectif et rapport au passé○
    • 02Lieux de mémoire et patrimoine◐
    • 03Commémorations et devoir de mémoire◐
    • 04Mémoires des conflits, du colonialisme et de l'esclavage●
    • 05Documents clés, médiation et lexique de la mémoire◐

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Des fiches à l'entraînement

Territoire et mémoire (Territory and Memory)

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

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min
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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale

  • Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique (annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025, BO n° 22 du 29 mai 2025)

Library of Congress (Washington)

  • Gettysburg Address — transcription du manuscrit dit « Nicolay Copy »

National September 11 Memorial & Museum (New York)

  • About the Memorial — Reflecting Absence

Westminster Abbey (Londres)

  • The Unknown Warrior

The Royal British Legion

  • The Poppy — the story of the remembrance poppy

Australian War Memorial (Canberra)

  • The Anzac Day Tradition

The Commonwealth Secretariat

  • Commonwealth Day

Bristol Museums (M Shed)

  • The Colston Statue: What next?

Crown-Indigenous Relations and Northern Affairs Canada

  • Delivering on Truth and Reconciliation Commission Calls to Action

Federal Register of Legislation (Australie)

  • Native Title Act 1993 (No. 110, 1993) — texte consolidé

Voir aussi

  • Le Royaume-Uni et ses nationsCommémorations du Commonwealth, mémoire de l’Irlande du Nord : l’axe 6 en donne le terrain.
  • Les aires anglophones américainesHistoire et mémoire de l’esclavage : la Caraïbe en est le lieu premier.
  • Fictions et réalitésComment un récit national se construit — la fiction et la commémoration font le même travail.

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Espace privé et espace public

Chapitre suivant

Fictions et réalités

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