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Fiches/Anglais (LVA)/Art et pouvoir
FR · Bac

Art et pouvoir

« Art et pouvoir » est le troisième des six axes du programme d’anglais de PREMIÈRE (arrêté du 5 mai 2025, BO n° 22 du 29 mai 2025) : cinq axes sur six sont traités dans l’année, dont obligatoirement l’axe 6, et chaque axe s’aborde par au moins un objet d’étude. La question posée par le programme est celle-ci : comment l’expression artistique, quelles qu’en soient les formes, peut-elle représenter le pouvoir institutionnel, le renforcer ou au contraire le remettre en cause ? Les objets d’étude proposés en dessinent le terrain — l’art, les artistes et le pouvoir ; l’art comme vecteur de résistance ou de reconnaissance ; l’engagement dans la presse et les médias, avec le dessin, la caricature et le photojournalisme ; la mise en scène du pouvoir politique au cinéma et dans les séries de fiction. Ce que l’axe apporte se transfère partout ailleurs : savoir DÉCRIRE une œuvre en anglais, ANALYSER par quels moyens concrets elle produit son effet, et PRENDRE POSITION dans un débat argumenté et nuancé. En LVA, le niveau visé à la fin de la première est B1+ ; l’enseignement est évalué en CONTRÔLE CONTINU, par les moyennes annuelles portées au livret scolaire, avec un coefficient 3 en première et 3 en terminale, soit 6 pour l’ensemble du cycle terminal.

6 sections·~59 min de lecture·5 compétences·Vérifié · 08/2026

T·0444 / 13
Profil d’examen
Comprendre un document authentique sur une œuvre (notice de musée, article, reportage, entretien d’artiste) et y distinguer les idées principales des détails qui s’y rapportent — le descripteur B1+ de compréhension du programme.Décrire une œuvre de façon organisée et de plus en plus précise : nature, sujet, composition, symboles, intention, avec le lexique de l’image et les verbes d’analyse (to depict, to convey, to stand for).Développer une argumentation suffisamment claire pour être suivie sans difficulté, en donnant des raisons et des exemples pertinents — ici : deux œuvres opposées et une question débattable sur le rôle politique de l’art.Assurer la médiation : rendre compte en anglais d’une œuvre engagée à quelqu’un qui ne la connaît pas, en restituer le contexte et le message sans le déformer, et signaler ce qui reste incertain.Mobiliser des repères culturels sûrs des aires anglophones — une œuvre citée avec son auteur, sa date et son lieu de conservation — et les relier à la question posée plutôt que de les juxtaposer.
Opérateurs :comprendre / décrire (réception et description d'une œuvre, niveau B2)analyser (composition, point de vue, procédés, intention)interpréter / dégager le messageargumenter (produire un commentaire nuancé à l'écrit et à l'oral)comparer / confronter (célébration vs contestation, deux œuvres, deux points de vue)rendre compte / reformuler (médiation d'une œuvre engagée)

niveau de base

Cet axe relève de l'enseignement COMMUN d'anglais (LVA), évalué en contrôle continu : commencez par maîtriser le vocabulaire de la description d'image (in the foreground / background, on the left / right, it depicts / shows, it conveys, it stands for) et le vocabulaire du rapport art-pouvoir (propaganda, to glorify, to denounce, protest, censorship, committed / engaged art). Apprenez quelques repères sûrs (l'affiche « Uncle Sam », « We Can Do It! », Billie Holiday « Strange Fruit », Bob Dylan, Banksy) et entraînez-vous à décrire UNE œuvre et à dire si elle sert ou conteste le pouvoir.

niveau approfondi

Pour aller plus loin (élève de spécialité LLCER-anglais ou candidat au Grand oral) : reliez plusieurs œuvres pour construire une problématique nuancée (« Can art be both beautiful and political? », « Should art serve power or challenge it? », « Where does protest end and propaganda begin? »), comparez une œuvre de célébration et une œuvre de dénonciation, et entraînez-vous à la médiation (présenter une œuvre engagée, en restituer le contexte). Attention : la spécialité LLCER comporte une épreuve terminale propre, distincte de la LVA — ne confondez pas les deux exigences.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 6 sections▾
  1. Art et pouvoir
    • 01L’art au service du pouvoir : célébrer et légitimer○
    • 02Art et propagande : faire adhérer, faire agir◐
    • 03S’engager dans la presse : dessin, caricature, photojournalisme◐
    • 04L’art engagé : résister, faire reconnaître◐
    • 05Censure et liberté de création◐
    • 06Commenter une œuvre : de l’image fixe à l’image animée◐

6 sections · 30 points clés · 0 formule · 30 pièges signalés

§ 01
§ 01

L’art au service du pouvoir : célébrer et légitimer#

~10 min de lecture●○○BaseBOBO-2025-LV-anglais-premiere-§Axe-3-Art-et-pouvoir

Décrire une œuvre : cinq questions, toujours dans le même ordre

Décrire une œuvre d’art (méthode B2)Arbre de probabilité, 5 chemins, Données: NATURE : peinture / statue / photo; SUJET : que représente-t-elle ?; COMPOSITION : plans, couleurs; SYMBOLES : que représentent-ils ?; INTENTION : glorifier ou dénoncer ?Décrire une œuvreNATURE : peinture / statue / photoSUJET : que représente-t-elle ?COMPOSITION : plans, couleursSYMBOLES : que représentent-ils ?INTENTION : glorifier ou dénoncer ?
Fig. 1L’ordre est stable et c’est ce qui le rend utilisable sous pression : nature, sujet, composition, symboles, intention. La branche des SYMBOLES est mise en valeur parce que c’est elle qui fait basculer une paraphrase en analyse — on ne nomme pas l’objet, on dit à quelle idée il renvoie.

Points clés

Avant d’être un objet de goût, une œuvre est très souvent une COMMANDE : quelqu’un l’a voulue, l’a payée et l’a fait exposer quelque part, pour être vue par un public précis. C’est le point de départ de l’axe. Un pouvoir — une couronne, un État, une Église, une municipalité — s’adresse à ses sujets ou à ses citoyens par des images, parce qu’une image se lit plus vite qu’un discours et se retient plus longtemps. En anglais on parle d’official art ou de commissioned art, on nomme le commanditaire (a patron), et l’on dit ce que l’œuvre cherche à faire : to glorify, to legitimise, to commemorate. Décrire une telle œuvre en cours d’anglais, ce n’est donc pas réciter une fiche d’histoire de l’art : c’est reconstituer une intention et la formuler dans une langue juste.
Le PORTRAIT OFFICIEL est le genre le plus codé, et l’Equestrian Portrait of Charles I d’Anthony van Dyck (vers 1637-1638, huile sur toile, environ 367 × 292 cm, National Gallery de Londres) en donne le manuel complet. Le roi est à cheval, donc plus haut que le spectateur ; il porte une armure et tient un bâton de commandement ; il arbore le médaillon de souverain de l’ordre de la Jarretière ; une tablette suspendue à un arbre le nomme CAROLVS REX MAGNAE BRITANIAE — revendication politique appuyée, trente-trois ans seulement après l’union des couronnes d’Angleterre et d’Écosse sous Jacques Ier. Charles Ier mesurait environ 1,63 m : une toile de près de quatre mètres de haut règle la question sans un mot. Chaque élément est un argument, et le travail attendu consiste à le formuler : the armour stands for military authority ; the horse literally raises the king above the viewer.
La SCULPTURE et l’ARCHITECTURE prolongent ce travail dans l’espace public, où l’œuvre est gratuite, durable et impossible à éviter. Le LINCOLN MEMORIAL de Washington (architecte Henry Bacon, statue de Daniel Chester French, inauguré le 30 mai 1922) enferme une figure assise d’environ 5,80 m dans un temple néoclassique : la jeune République emprunte à Athènes et à Rome leur vocabulaire de légitimité. La STATUE OF LIBERTY, œuvre de Frédéric Auguste Bartholdi inaugurée le 28 octobre 1886 dans la baie de New York, fait de l’accueil une valeur monumentale. MOUNT RUSHMORE (Gutzon Borglum, 1927-1941, Black Hills, Dakota du Sud) taille quatre présidents à même la falaise. Ce dernier exemple impose la nuance attendue au lycée : le site se trouve dans les Black Hills, auxquelles les nations autochtones, et les Lakota en particulier, sont liées par une histoire et une revendication toujours vives. Un monument dit toujours qui a eu le pouvoir de décider ce dont on se souviendrait.
L’art de commande n’a pas disparu avec les rois. Les portraits présidentiels américains sont toujours commandés, et celui de Barack Obama peint par KEHINDE WILEY, dévoilé en février 2018 à la National Portrait Gallery de la Smithsonian Institution à Washington — en même temps que celui de Michelle Obama par AMY SHERALD — montre que le genre peut être retourné : un feuillage dense envahit le décor de pouvoir habituel, et deux artistes afro-américains reçoivent pour la première fois de ce musée une commande de portrait présidentiel. Couronnements, timbres, billets de banque, photographies officielles, discours filmés depuis un bureau précis : partout, l’image d’un dirigeant est CONSTRUITE. Le réflexe à acquérir tient en une question, qui s’énonce très bien en anglais : who commissioned this image, and what did they want me to feel?
MÉTHODE (du B1+ vers le B2). Une description d’œuvre suit un ordre stable, qui évite le bavardage : la NATURE (this is an oil painting, a monument, a photograph), le SUJET (it depicts, it shows, it portrays), la COMPOSITION (in the foreground, in the background, on the left, above the crowd), les SYMBOLES (the crown stands for royal authority) et l’INTENTION (the work is meant to glorify). L’étape des symboles est celle qui fait basculer une paraphrase en analyse : on ne se contente pas de nommer l’objet, on dit à quelle idée il renvoie. Terminez toujours par une phrase d’intention : sans elle, la description reste un inventaire.
FAIT DE LANGUE utile ici : le PASSIF. Une œuvre officielle se décrit très souvent au passif, parce que ce qui compte n’est pas qui tenait le pinceau mais ce qui a été voulu — the portrait was commissioned by the king, the memorial was dedicated in 1922, the faces were carved into the rock. Retenez la tournure the work is meant to… (l’œuvre vise à…), bien plus juste que the work wants to…, qui prête une volonté à un objet. Deux paires de mots se retiennent en bloc parce qu’elles se ressemblent trop pour être laissées au hasard : to glorify (exalter) contre to clarify (clarifier), et a statue (une statue) contre a statute (un texte de loi).

Vocabulaire

→ Cartes
  • to commission a work/kəˈmɪʃən/commander une œuvre à un artisteLe nom se dit a commission ; l’auteur de la commande est a patron. Très souvent au passif : the portrait was commissioned by the Crown.
  • a patron/ˈpeɪtrən/un commanditaire, un mécèneFaux ami majeur : ce n’est pas « un patron » d’entreprise, qui se dit a boss ou an employer.
  • to glorify/ˈɡlɔːrɪfaɪ/exalter, glorifierÀ ne pas confondre avec to clarify. Synonymes utiles : to exalt, to celebrate, to honour.
  • to stand for/stænd fɔː/symboliser, représenter (une idée)La formule d’analyse d’un symbole : the crown stands for royal power. Ne pas la confondre avec to stand up for (défendre).
  • to convey/kənˈveɪ/transmettre, faire passer (une impression)It conveys a sense of authority porte bien plus loin que it shows. Verbe régulier : conveyed, conveyed.
  • larger than life/ˈlɑːdʒə ðən laɪf/plus grand que natureSe dit d’une figure représentée à une échelle héroïque, et par extension d’un personnage écrasant.
  • to be meant to/biː ment tuː/être destiné à, viser àThe memorial is meant to legitimise… La tournure the memorial wants to est fautive : un objet n’a pas de volonté.

Trois siècles et demi d’images officielles anglophones

L’image officielle dans les aires anglophonesFrise chronologique de 1600 à 2050, 1638: Van Dyck : Charles I, 1886: Bartholdi : Liberty, 1922: Lincoln Memorial, 1941: Borglum · Mount Rushmore achevé, 2018: Wiley · portrait de Barack Obama16002050année1638Van Dyck :Charles I1886Bartholdi :Liberty1922Lincoln Memorial1941Borglum · MountRushmore achevé2018Wiley · portraitde Barack Obama
Fig. 2Cinq œuvres de commande, chacune avec son auteur, sa date et son lieu de conservation : du portrait royal peint à la commande présidentielle contemporaine, le genre change de forme mais pas de fonction. Le jalon de 2018 est mis en valeur parce qu’il montre le genre retourné de l’intérieur par l’artiste choisi.
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Exemple corrigé

Reading a power portrait: Van Dyck’s Charles I

You are shown Anthony van Dyck’s Equestrian Portrait of Charles I (about 1637-38, National Gallery, London). In English, describe the painting in an organised way, name the devices it uses, and explain what image of royal power it was built to produce.

  1. 01Name the work and its context

    Open with the full identifying triplet, then the situation: “This is an oil painting by Anthony van Dyck, made around 1637-38 and now in the National Gallery in London. It portrays Charles I, King of England, Scotland and Ireland, a few years before the Civil War that would cost him his throne and his life.” Naming author, date and location is what turns an allusion into a reference.

  2. 02Describe the composition before interpreting it

    Set the space and the scale: “In the foreground the king rides a powerful horse through a wooded landscape; he is seen slightly from below, so the viewer looks up at him. The canvas is huge — almost four metres high — and the figure fills it.” Use in the foreground, in the background, seen from below, larger than life; keep every judgement out of this step.

  3. 03Name each device and say what it stands for

    Move from the visible to the meaning, one item at a time: “The armour stands for military command; the baton in his hand stands for authority over an army; the medallion identifies him as Sovereign of the Order of the Garter, that is, as the head of the kingdom’s highest order. The tablet hanging from the tree reads CAROLVS REX MAGNAE BRITANIAE — a claim, not a description, since England and Scotland had only shared a crown since 1603.”

  4. 04State the intention, then add the honest caveat

    Close on purpose and on limits: “The painting is meant to legitimise a contested authority: everything in it is arranged so that the king looks natural, unquestionable and permanent. Admittedly, it tells us what Charles wanted to be seen as, not what he was — which is exactly why a portrait of power is evidence about power, and not evidence about a man.”

Résultat : Une bonne réponse donne d’abord le triplet complet (van Dyck, vers 1637-1638, National Gallery de Londres), décrit ensuite la composition sans la commenter (premier plan, contre-plongée, échelle), puis NOMME chaque procédé en disant à quelle idée il renvoie (armure, bâton, médaillon de la Jarretière, inscription) et conclut sur l’intention — légitimer une autorité contestée — en ajoutant la réserve qui fait la nuance : un portrait officiel documente une volonté, pas une vérité. La langue est claire et organisée, au passif quand il le faut, sans « on the painting ».

Explication pas à pas3 étapes
  1. 1

    Pour décrire une œuvre, ne racontez pas : interprétez. Suivez toujours le même ordre — nature, sujet, composition, symboles, intention.

    NATURE→SUBJECT→COMPOSITION→SYMBOLS→INTENTION\text{NATURE} \to \text{SUBJECT} \to \text{COMPOSITION} \to \text{SYMBOLS} \to \text{INTENTION}NATURE→SUBJECT→COMPOSITION→SYMBOLS→INTENTION
  2. 2

    Le cœur de l'analyse, c'est le symbole : une couronne, un drapeau, un temple. Demandez-vous toujours : what does it stand for ?

    A symbol stands for an idea

    Un symbole renvoie à une idéeGraphe, La couronne (l’objet visible) → Le pouvoir royal (l’idée représentée)La couronne(l’objetvisible)Le pouvoir royal(l’idéereprésentée)stands for /renvoie à
  3. 3

    Mount Rushmore, le Lincoln Memorial, la Statue of Liberty : autant de monuments anglophones qui incarnent et exaltent des valeurs nationales et le pouvoir de l'État.

    monument⇒glorify + legitimise national power\text{monument} \Rightarrow \text{glorify } + \text{ legitimise national power}monument⇒glorify + legitimise national power

Objectif Bac

  • Objectif Bac (contrôle continu) : décrire en anglais une œuvre de commande en suivant l’ordre nature, sujet, composition, symboles, intention, et nommer au moins deux symboles du pouvoir en disant à quelle idée chacun renvoie (the crown stands for…).
  • Objectif Bac : situer toute œuvre citée par un triplet complet — auteur, date, lieu de conservation — et savoir que c’est ce triplet qui distingue une référence solide d’une allusion vague.
  • Objectif Bac : employer le passif et les verbes d’analyse de l’image (to commission, to depict, to convey, to stand for, to be meant to) au lieu de répéter there is.
  • Objectif Bac : formuler en une phrase argumentée l’intention d’une œuvre officielle (this monument was built to legitimise…) et distinguer nettement ce qui est MONTRÉ de ce qui est SUGGÉRÉ.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : nuancer le cas d’un monument contesté — dire qui l’a commandé, ce qu’il célèbre et ce qu’il passe sous silence — à l’aide de connecteurs de concession (admittedly, although, it is true that… but).

Erreurs fréquentes

  • Raconter au lieu d’interpréter. « There is a man on a horse » n’est pas une analyse : le niveau attendu dit ce que l’élément FAIT, par exemple “the horse raises the king above the viewer, which conveys authority”. La description est l’escalier, jamais l’étage.
  • Écrire « on the painting ». En anglais on dit IN the painting, IN the photograph, IN the foreground. « On the picture » est un calque du français que le correcteur repère en une seconde ; la préposition juste s’apprend avec l’expression entière.
  • Confondre to glorify (exalter, glorifier) et to clarify (clarifier), ou a statue (une statue) et a statute (un texte de loi). Deux autres faux amis rôdent dans ce chapitre : sensible signifie raisonnable, sensé (l’adjectif français « sensible » se dit sensitive), et a patron désigne un commanditaire ou un mécène, jamais un patron d’entreprise (a boss).
  • Dater une œuvre « au XVIIᵉ siècle » et s’arrêter là. L’attendu est le triplet auteur, date, lieu de conservation. Sans lieu de conservation on ne sait pas de quelle version on parle : van Dyck a peint plusieurs portraits de Charles Ier, et ils ne disent pas la même chose.
  • Présenter Mount Rushmore ou la Statue of Liberty comme des évidences consensuelles. Un monument est une DÉCISION. S’en tenir à “it symbolises freedom” manque la moitié du sujet ; la copie forte ajoute qui a décidé, pour qui, et ce que le lieu était auparavant.

§ 01

Révision active

Choisissez un monument public de votre ville ou de votre région et rédigez en anglais, en 120 à 150 mots, le cartel qu’un musée anglophone en donnerait : nature, date, commanditaire si vous pouvez l’établir, deux éléments visuels avec ce à quoi chacun renvoie, puis une dernière phrase disant ce que ce monument demande au passant de croire. Si un fait ne peut pas être établi, écrivez-le en anglais (the sculptor is not recorded) plutôt que de l’inventer.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique — annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025 (BO n° 22 du 29 mai 2025) : les six axes de première et de terminale, leurs objets d’étude et les descripteurs par activité langagière (Ministère de l’Éducation nationale) · Anthony van Dyck, Equestrian Portrait of Charles I (vers 1637-1638), NG1172 — notice de collection : dimensions, iconographie du pouvoir royal et inscription CAROLVS REX MAGNAE BRITANIAE (The National Gallery, Londres) · Mount Rushmore National Memorial — History & Culture : l’intention déclarée du sculpteur Gutzon Borglum et les liens historiques, spirituels et culturels des nations autochtones avec les Black Hills (National Park Service (États-Unis))

§ 02
§ 02

Art et propagande : faire adhérer, faire agir#

~9 min de lecture●●○StandardBOBO-2025-LV-anglais-premiere-§Axe-3-Art-et-pouvoir

Informer et faire agir : deux intentions qui se recouvrent

Informer, faire agir, et la zone communeDiagramme de Venn avec 2 ensembles, Informer, Faire agirInformerFaire agirplusieurspoints de vueun seulmessagecampagne desanté publique
Fig. 3L’opposition information / propagande est fausse si on la fige. Un document peut donner des faits vérifiables ET réclamer un acte : la zone commune n’est pas une exception, c’est l’endroit où se trouvent la plupart des campagnes publiques. La question utile n’est donc pas « est-ce de la propagande ? » mais « où ce document se place-t-il ? ».

Points clés

La PROPAGANDE se distingue de l’art de célébration par son but : elle ne demande pas d’admirer, elle demande de FAIRE. S’engager, produire, économiser, dénoncer, voter. C’est pourquoi son support de prédilection n’est pas le musée mais la rue, le mur d’usine, la station de métro — un endroit où l’on passe vite et où l’on ne choisit pas de regarder. Le vocabulaire de l’analyse suit : a poster, a slogan, an appeal, a target audience, to persuade, to mobilise, to manipulate. Attention dès l’abord au mot lui-même : en anglais comme en français, propaganda est un terme de jugement. On l’emploie quand on veut nommer une intention, pas comme une simple étiquette de genre.
Le modèle du genre naît en Grande-Bretagne. En septembre 1914, la revue London Opinion publie en couverture un dessin d’ALFRED LEETE représentant Lord Kitchener, secrétaire d’État à la Guerre, pointant le doigt vers le lecteur ; l’image devient l’affiche de recrutement « Your Country Needs YOU » que conservent aujourd’hui les Imperial War Museums. Trois ans plus tard, JAMES MONTGOMERY FLAGG reprend le geste pour les États-Unis : son Oncle Sam paraît d’abord en couverture de Leslie’s Weekly le 6 juillet 1916 sous la légende « What Are You Doing for Preparedness? », puis devient à partir de 1917 l’affiche de recrutement « I Want YOU for U.S. Army », tirée à plusieurs millions d’exemplaires. Le procédé central est le même dans les deux cas et porte un nom : l’interpellation directe, l’image qui rompt le quatrième mur et s’adresse à une personne, pas à une foule.
L’affiche « WE CAN DO IT! » de J. HOWARD MILLER, réalisée en 1943 pour l’entreprise américaine Westinghouse Electric, illustre un piège d’examen classique. Elle n’a été affichée que quelques semaines dans les usines de l’entreprise et fut très peu vue pendant la guerre ; elle n’est devenue une icône qu’après sa redécouverte au début des années 1980, où on l’a réinterprétée comme un emblème féministe. Elle est de surcroît régulièrement appelée « Rosie the Riveter », ce qu’elle n’est pas : la Rosie the Riveter la plus célèbre est l’illustration de NORMAN ROCKWELL parue en couverture du Saturday Evening Post du 29 mai 1943. Deux images, deux auteurs, deux fonctions — et une leçon de méthode : une œuvre a aussi une histoire de réception, qui peut retourner complètement son sens.
Les PROCÉDÉS d’une affiche de propagande sont peu nombreux et se repèrent tous. Le regard qui fixe le spectateur et le doigt qui le désigne (l’interpellation) ; le slogan court, souvent à l’impératif ou au présent modal (Join now, We can do it, Your country needs you) ; le « we » et le « your » qui enrôlent le lecteur dans un groupe avant même qu’il ait réfléchi ; les couleurs du drapeau, qui font passer une émotion d’appartenance pour un argument ; enfin la SIMPLIFICATION, c’est-à-dire tout ce que l’affiche décide de ne pas montrer. Une bonne analyse nomme aussi cet absent : an appeal to duty that says nothing about the risk.
Distinguer INFORMER de PERSUADER n’est pas une opposition tranchée mais un dosage, et c’est là que se gagne la nuance attendue. Un article factuel informe, une affiche de recrutement persuade, mais une campagne de santé publique fait les deux à la fois : elle donne un fait vérifiable ET demande un acte. Les bonnes questions sont donc opérationnelles : le document donne-t-il des faits vérifiables ? cite-t-il plus d’un point de vue ? me laisse-t-il juger, ou me dit-il quoi faire ? Une affiche n’est jamais « la réalité » : c’est un message construit, pour un destinataire, dans une situation.
FAIT DE LANGUE : l’IMPÉRATIF et les MODAUX de la mobilisation. L’impératif anglais n’a pas de sujet (Join the army, Buy war bonds, Keep calm) et gagne en force à mesure qu’il raccourcit. Les modaux font le reste du travail : must marque l’obligation ressentie de l’intérieur (we must act now), have to l’obligation venue de l’extérieur (soldiers have to obey), should le conseil moral, can la capacité revendiquée — le fameux we CAN do it. Notez enfin les faux amis du chapitre : to demand signifie exiger (demander se dit to ask), et to attend signifie assister à (aider se dit to help).

Vocabulaire

→ Cartes
  • a target audience/ˈtɑːɡɪt ˈɔːdiəns/un public visé, un destinataireLa première question de toute analyse d’affiche : who is this aimed at? Le verbe correspondant est to target.
  • to urge somebody to do something/ɜːdʒ/exhorter, presser quelqu’un de faire quelque chosePlus précis que to ask pour une affiche : the poster urges civilians to enlist. Ne pas confondre avec urgent.
  • to enlist/ɪnˈlɪst/s’engager (dans l’armée)Synonymes : to join up, to sign up. Le nom est enlistment ; recruitment désigne l’action de l’institution.
  • to demand/dɪˈmɑːnd/exigerFaux ami capital : « demander » se dit to ask. To demand est un ordre, pas une requête.
  • the home front/ðə həʊm frʌnt/l’arrière, le front intérieurLe public visé par les affiches de production de guerre : civils, ouvrières, familles. S’oppose à the front line.
  • a war effort/ə wɔːr ˈefət/un effort de guerreCollocation figée : to contribute to the war effort. On ne dit pas a war effort of production.
  • to agree/əˈɡriː/être d’accordC’est un verbe, jamais un adjectif : I agree, he agrees. « I am agree » est la faute la plus fréquente des francophones à l’écrit argumenté.

Ce qu’une affiche fait, dans l’ordre où elle le fait

Les quatre étages d’une affiche de propagandepyramide, 4 niveaux, Données: Capter le regard : couleur, cadrage, visage, Simplifier : un seul message, Émouvoir : fierté, peur, devoir, Faire agir : s’engager, produire, voterCapter le regard : couleur, cadrage, visageSimplifier : un seul messageÉmouvoir : fierté, peur, devoirFaire agir : s’engager, produire, voter
Fig. 4Une affiche travaille par étages, de la base au sommet, et chaque étage suppose le précédent : sans le regard capté, le slogan n’est pas lu ; sans l’émotion, l’appel ne porte pas. Le sommet — l’acte réclamé — est mis en valeur parce que c’est lui, et lui seul, qui sépare la propagande de la simple célébration.
Exemple corrigé

Two posters, one gesture: Kitchener (1914) and Uncle Sam (1917)

You are shown Alfred Leete’s Kitchener design (London Opinion, September 1914) beside James Montgomery Flagg’s Uncle Sam recruiting poster (1917). In English, compare them: name what they share, name what differs, and explain why the shared device works.

  1. 01Establish both works precisely

    Give each its own triplet before comparing: “The first is a drawing by Alfred Leete, published on the cover of London Opinion in September 1914 and reused as the British recruiting poster ‘Your Country Needs YOU’. The second is by James Montgomery Flagg: the figure first appeared on the cover of Leslie’s Weekly on 6 July 1916 and was adapted in 1917 into the American poster ‘I Want YOU for U.S. Army’.”

  2. 02Name the device they share, and how it works

    Describe the mechanism, not just the image: “Both use direct address. The figure looks straight out of the frame and points at the viewer, so the poster stops speaking to a crowd and starts speaking to one person. The capitalised YOU does in typography what the finger does in drawing. The effect is to turn a public appeal into a private obligation.”

  3. 03Name what differs, and what that difference means

    Move to contrast: “They differ in who is speaking. Kitchener was a living minister, so the appeal comes from a real, identifiable authority. Uncle Sam is an allegory: the nation itself, personified. Britain asks in the name of a man; the United States asks in the name of an idea — which makes refusal feel less like disobeying an officer and more like betraying a country.”

  4. 04Close on the limits of the analysis

    End with an honest caveat: “Admittedly, we can describe what these posters were designed to do far more confidently than what they actually achieved: recruitment figures depend on conscription laws, wages and news from the front, not on images alone. What the two posters prove is not that propaganda works, but that both states believed the same device would.”

Résultat : Une bonne comparaison donne d’abord les deux triplets complets, puis NOMME le procédé partagé (l’interpellation directe : regard, doigt, YOU en capitales) en expliquant son mécanisme — passer d’une adresse collective à une obligation personnelle. Elle dégage ensuite la vraie différence (une autorité réelle et nommée contre une allégorie nationale) et en tire un effet distinct. Elle se termine par une réserve de méthode : une affiche documente une intention, pas un résultat. La langue emploie le lexique de la persuasion et des connecteurs de comparaison (both, whereas, unlike).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : analyser une affiche en identifiant son destinataire, l’acte qu’elle réclame et au moins deux procédés (interpellation directe, slogan impératif, pronoms inclusifs, couleurs nationales), puis l’effet visé sur le spectateur.
  • Objectif Bac : distinguer, dans un même document, ce qui relève de l’information vérifiable et ce qui relève de la persuasion, et le dire en anglais avec des tournures de nuance (it does give facts, but it also urges the reader to…).
  • Objectif Bac (contrôle continu) : nommer l’ABSENT d’une affiche — ce qu’elle choisit de ne pas montrer — car c’est ce que le correcteur attend au-delà de la description.
  • Objectif Bac : employer correctement l’impératif et les modaux de la mobilisation (must, have to, should, can) et savoir dire lequel exprime une obligation intérieure et lequel une contrainte extérieure.
  • Objectif Bac : citer « We Can Do It! » avec son auteur (J. Howard Miller), sa date (1943) et son histoire de réception, sans reprendre l’appellation fautive « Rosie the Riveter ».

Erreurs fréquentes

  • Décrire le geste sans nommer le procédé. « A man points his finger » reste une observation ; l’analyse dit que ce doigt rompt l’adresse collective et transforme un passant en destinataire personnel — “the poster does not address the public, it addresses YOU”.
  • Appeler « Rosie the Riveter » l’affiche « We Can Do It! ». Ce sont deux images distinctes, d’auteurs différents ; la confusion est si répandue qu’elle est devenue un marqueur de copie non vérifiée. Donnez l’auteur et la date, et signalez la réception tardive.
  • Traiter une affiche comme un document neutre sur son époque. Une affiche de recrutement documente ce qu’un État voulait faire croire en 1917, pas ce que vivaient les soldats. Confondre les deux, c’est adopter le point de vue de l’émetteur sans s’en apercevoir.
  • Employer to demand pour « demander ». To demand signifie exiger : “the poster demands obedience” est très fort. « Demander quelque chose à quelqu’un » se dit to ask someone for something. Autre calque fréquent du même chapitre : to attend signifie assister à, jamais aider (to help).
  • Écrire « he is agree » ou « I am agree ». To agree est un VERBE en anglais : I agree with the analysis, he agrees that the poster is manipulative. La faute survient précisément dans les phrases de prise de position, là où elle coûte le plus cher.

§ 02

Révision active

Prenez une campagne d’intérêt public actuelle d’un pays anglophone (sécurité routière, don du sang, vaccination, économies d’énergie) et rédigez en anglais, en 150 à 180 mots, une analyse en deux temps : d’abord ce que la campagne INFORME (les faits vérifiables qu’elle donne), ensuite ce qu’elle PERSUADE (l’acte réclamé, les procédés employés, l’émotion visée). Terminez par une phrase de jugement nuancée disant si, selon vous, elle reste du côté de l’information ou franchit la ligne, et pourquoi.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique — annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025 (BO n° 22 du 29 mai 2025) : les six axes de première et de terminale, leurs objets d’étude et les descripteurs par activité langagière (Ministère de l’Éducation nationale) · « I want you for U.S. Army : nearest recruiting station » — notice de l’affiche : James Montgomery Flagg (1877-1960), lithographie en couleurs publiée vers 1917, copyright Leslie-Judge Co., New York (Library of Congress, Prints and Photographs Division (États-Unis)) · World War I Posters — présentation de la collection d’affiches de la Première Guerre mondiale : recrutement, financement, effort de guerre, dans les pays alliés comme dans les autres (Library of Congress, Prints and Photographs Division (États-Unis))

§ 03
§ 03

S’engager dans la presse : dessin, caricature, photojournalisme#

~10 min de lecture●●○StandardBOBO-2025-LV-anglais-premiere-§Axe-3-Art-et-pouvoir

Deux siècles d’images de presse engagées

De l’estampe satirique au photojournalismeFrise chronologique de 1740 à 1960, 1751: Hogarth · Gin Lane, 1805: Gillray : Plumb-pudding, 1843: Punch : le mot cartoon, 1871: Nast · la chute de Boss Tweed, 1936: Lange · Migrant Mother, 1942: premier Pulitzer de photographie17401960année1751Hogarth · GinLane1805Gillray :Plumb-pudding1843Punch : le motcartoon1871Nast · la chutede Boss Tweed1936Lange · MigrantMother1942premier Pulitzerde photographie
Fig. 5Six jalons datés qui font passer la satire de l’estampe vendue à l’unité au photojournalisme de masse. Le jalon de 1843 est mis en valeur parce qu’il ne concerne pas une œuvre mais un MOT : c’est cette année-là que cartoon cesse de désigner un dessin préparatoire pour désigner un dessin satirique.

Points clés

Le programme nomme un objet d’étude que l’on oublie souvent : « s’engager dans la presse et les médias : dessins, caricatures et photojournalisme ». Ces images-là ne sont ni des commandes de pouvoir ni des œuvres de musée. Elles paraissent vite, à date fixe, pour un public de masse, dans un journal qui a une ligne éditoriale et des lecteurs à ne pas perdre. Elles sont donc engagées d’une façon particulière : elles disent quelque chose sur l’actualité de la semaine, elles doivent être comprises en trois secondes, et elles ont un pouvoir que les puissants ont toujours redouté — celui de rendre quelqu’un ridicule.
La SATIRE GRAVÉE britannique fonde le genre au XVIIIᵉ siècle. WILLIAM HOGARTH publie en 1751 la paire de gravures « Beer Street » et « GIN LANE », conçues pour être regardées ensemble : d’un côté une rue prospère où l’on boit de la bière, de l’autre une rue effondrée où le gin ruine les corps et les familles. Les deux estampes soutiennent ouvertement le Gin Act voté la même année : une image d’auteur au service d’une loi. Un demi-siècle plus tard, JAMES GILLRAY porte la satire au sommet avec « The Plumb-pudding in danger », eau-forte coloriée à la main publiée à Londres par Hannah Humphrey le 26 février 1805 et conservée notamment au British Museum : le Premier ministre William Pitt et Napoléon découpent un globe terrestre en forme de plum-pudding, chacun se servant de sa part du monde. Toute la politique européenne d’une année tient dans un dîner.
Le mot lui-même a une histoire, et elle est anglaise. Avant 1843, un CARTOON désignait le grand dessin préparatoire d’une fresque. Cette année-là, on expose à Westminster Hall les cartoons proposés pour décorer le nouveau Parlement ; la revue satirique PUNCH, fondée le 17 juillet 1841 par Henry Mayhew et le graveur Ebenezer Landells, publie alors sous le titre « Cartoon, No. 1 » un dessin de JOHN LEECH, « Substance and Shadow », qui montre des miséreux venus admirer les tableaux qu’on leur offre à la place du pain. La plaisanterie a fait le mot : depuis, cartoon veut dire dessin satirique. Punch a paru jusqu’en 1992, a été relancée en 1996 et s’est arrêtée en 2002.
Aux États-Unis, THOMAS NAST (1840-1902) fait la démonstration de ce qu’une caricature peut réellement obtenir. Dessinateur de Harper’s Weekly de 1862 à 1886, il attaque à partir de 1870, et surtout en 1871, William M. « Boss » TWEED et la machine politique de Tammany Hall qui pillait la ville de New York. Le groupe perd le pouvoir à l’élection du 7 novembre 1871 ; Tweed est arrêté en 1873, et lorsqu’il s’enfuit en Espagne en décembre 1875, les autorités de Vigo l’identifient à partir d’un dessin de Nast. C’est l’argument le plus fort de tout l’axe en faveur du pouvoir des images : un homme reconnu, à l’autre bout de l’Europe, par la caricature de lui-même. Nast a par ailleurs imposé l’éléphant comme emblème du parti républicain.
Le PHOTOJOURNALISME pose la même question autrement, car la photographie prétend montrer et non commenter. Entre 1935 et 1944, la Farm Security Administration américaine commande à des photographes une documentation de la pauvreté rurale ; DOROTHEA LANGE y réalise en mars 1936, à Nipomo en Californie, la série connue sous le nom de « Migrant Mother » — cinq prises de vue successives de Florence Owens Thompson et de ses enfants, dont les négatifs sont conservés à la Library of Congress. Le mot « série » est décisif : le cliché célèbre est un CHOIX parmi cinq, plus rapproché que les autres. Une photographie de presse est donc toujours cadrée, sélectionnée, légendée et publiée par quelqu’un. Le prix Pulitzer récompense la photographie de presse depuis 1942 : la profession s’est donné ses propres critères d’excellence, ce qui est une manière d’admettre qu’elle fait des choix.
MÉTHODE ET FAIT DE LANGUE. Un dessin de presse se lit en trois temps : l’ÉVÉNEMENT auquel il réagit (sans lui, l’image est muette), l’EXAGÉRATION (qu’est-ce qui est grossi, et pourquoi celui-là ?) et la CIBLE (une personne nommée, une institution, une idée ?). Une photographie de presse se lit en quatre : ce qui est dans le cadre, ce qui n’y est pas (the off-frame), la LÉGENDE qui oriente la lecture (a caption), et le moment choisi. Côté langue, deux pièges. Un dessin animé se dit a cartoon aussi, mais on précise a cartoon strip ou an animated film selon le cas ; une caricature de presse se dit a political cartoon ou a caricature. Et « une légende » sous une image se dit a caption — a legend signifie une légende au sens du récit.

Vocabulaire

→ Cartes
  • a political cartoon/pəˈlɪtɪkl kɑːˈtuːn/un dessin de presse, une caricature politiqueLe mot cartoon seul peut aussi désigner un dessin animé : précisez toujours. L’auteur est a cartoonist.
  • a caption/ˈkæpʃn/une légende (sous une image)Faux ami fréquent : a legend signifie une légende au sens du récit. Le verbe est to caption a photograph.
  • a headline/ˈhedlaɪn/un titre, une manchetteTo make the headlines : faire la une. Le corps de l’article se dit the body copy.
  • an outlet/ˈaʊtlet/un organe de presse, un médiaA news outlet. Utile pour désigner un média sans préjuger de son support ni de sa fiabilité.
  • to exaggerate a feature/ɪɡˈzædʒəreɪt/grossir un traitLa règle du jeu de la caricature : the cartoonist exaggerates one feature until it becomes an argument.
  • to crop an image/krɒp/recadrer une imageLe geste par lequel une photographie devient une prise de position : the picture was cropped to remove the crowd.
  • coverage/ˈkʌvərɪdʒ/la couverture médiatiqueIndénombrable : on dit extensive coverage, jamais coverages. Le verbe est to cover an event.

Trois façons de s’engager par l’image de presse

Trois familles d’images de presseArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Le dessin satirique : grossir un travers; La caricature : viser une personne; Photojournalisme : montrer, cadrerUne image de presse engagéeLe dessin satirique : grossir un traversLa caricature : viser une personnePhotojournalisme : montrer, cadrer
Fig. 6Trois familles, trois contrats passés avec le lecteur. Le dessin satirique et la caricature assument leur point de vue ; la photographie, elle, promet de montrer — et c’est cette promesse qui rend son cadrage si décisif. La branche du photojournalisme est mise en valeur parce que c’est celle dont on oublie qu’elle choisit.
Exemple corrigé

Reading a political cartoon: Gillray’s The Plumb-pudding in danger (1805)

You are shown James Gillray’s hand-coloured etching The Plumb-pudding in danger, published in London on 26 February 1805 (British Museum). Two men in uniform carve a globe-shaped pudding at a dinner table. In English, read the cartoon: establish the event, name what is exaggerated, identify the target, and say what the image assumes its reader already knows.

  1. 01Establish the event the cartoon reacts to

    A cartoon is dated by construction, so start there: “This etching by James Gillray was published in London on 26 February 1805, at the height of the war between Britain and Napoleonic France. Britain dominated the seas; France dominated the continent. Without that situation the drawing means nothing.”

  2. 02Describe the central device before judging it

    Name the mechanism: “The world is served as a pudding at a dinner table. William Pitt, the British Prime Minister, and Napoleon each carve their share. Pitt takes a vast slice of ocean; Napoleon takes Europe. The device is a METAPHOR pushed to the point of absurdity: an entire war reduced to two men helping themselves to supper.”

  3. 03Say what is exaggerated, and who is targeted

    Distinguish exaggeration from target: “The bodies are exaggerated — Pitt thin and sharp, Napoleon small and greedy — but the real target is not either man’s appearance. It is the appetite itself: the cartoon accuses both leaders of treating peoples as portions. Notably, Gillray does not spare his own side, which is what makes the print satire rather than propaganda.”

  4. 04Name what the image assumes, and what that tells us

    Draw the methodological point: “The print assumes its buyer can recognise Pitt and Napoleon on sight and knows what a plum pudding is. That tells us something about its audience: London print-shop customers, informed, urban, able to laugh at their own government. A cartoon is therefore evidence twice over — about the event, and about the public that was expected to get the joke.”

Résultat : Une bonne lecture établit d’abord l’événement (février 1805, guerre entre le Royaume-Uni et la France napoléonienne) sans lequel l’image est muette, décrit ensuite le procédé central (la métaphore du monde servi à dîner) avant de le juger, puis sépare nettement ce qui est EXAGÉRÉ (les corps) de ce qui est VISÉ (l’appétit de conquête des deux camps, y compris le sien) — c’est cette symétrie qui distingue la satire de la propagande. Elle finit par ce que l’image suppose connu, et en tire une information sur son public. La langue emploie le lexique de la presse et de la caricature.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : lire un dessin de presse en trois temps — l’événement auquel il réagit, ce qu’il exagère, la cible qu’il vise — et dire ce que l’image suppose connu de son lecteur.
  • Objectif Bac : analyser une photographie de presse en nommant ce qui est dans le cadre ET ce qui n’y est pas, et en montrant comment la légende oriente la lecture.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : citer un repère daté exact de la presse anglophone — Hogarth en 1751, Gillray en 1805, Punch et le mot cartoon en 1843, Nast contre Tweed en 1871, Lange en 1936 — sans erreur de date ni de pays.
  • Objectif Bac : expliquer en anglais que « Migrant Mother » est une image CHOISIE dans une série, et en tirer une conséquence de méthode sur la lecture de toute photographie de presse.
  • Objectif Bac : employer sans faute le lexique de la presse (a caption, a headline, a political cartoon, a caricature, coverage, an outlet) et éviter les faux amis a legend et a journal.

Erreurs fréquentes

  • Commenter un dessin de presse sans identifier l’événement auquel il répond. Une caricature est datée par construction : privée de son actualité, elle devient illisible. Commencez toujours par établir la situation, même en une phrase — “this cartoon reacts to…”.
  • Confondre l’exagération et le mensonge. Une caricature grossit un trait réel : c’est sa règle du jeu, et le lecteur le sait. Une photographie truquée, elle, prétend montrer ce qui n’a pas eu lieu. Le dessin assume son point de vue, la photo le dissimule — c’est ce qui rend la seconde plus délicate à lire, pas plus fiable.
  • Croire qu’une photographie de presse est neutre parce qu’elle n’est pas dessinée. « Migrant Mother » est une prise choisie parmi cinq, recadrée et légendée. La bonne formulation ne nie pas la valeur documentaire, elle la situe : the photograph is true, but it is also composed.
  • Employer a legend pour « une légende d’image ». Le mot juste est a caption ; a legend est une légende au sens d’un récit ancien. De même, a journal désigne une revue savante ou un journal intime : le quotidien se dit a newspaper, et « un journaliste » a journalist ou a reporter.
  • Écrire « a cartoon » sans préciser de quoi on parle. Le mot couvre en anglais le dessin satirique de presse et le dessin animé. Pour lever l’ambiguïté : a political cartoon pour la presse, a cartoon strip pour la bande dessinée, an animated film pour le film d’animation.

§ 03

Révision active

Choisissez un événement récent traité par la presse anglophone et trouvez-en DEUX traitements : un dessin de presse et une photographie. Rédigez en anglais 150 à 180 mots qui répondent à une seule question : qu’est-ce que chacune des deux images peut dire que l’autre ne peut pas ? Nommez pour le dessin ce qu’il exagère et qui il vise, pour la photographie ce qui est hors du cadre et ce que fait la légende, et terminez en disant laquelle des deux vous croiriez le plus si vous ne connaissiez rien à l’affaire, et pourquoi.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique — annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025 (BO n° 22 du 29 mai 2025) : les six axes de première et de terminale, leurs objets d’étude et les descripteurs par activité langagière (Ministère de l’Éducation nationale) · Dorothea Lange’s « Migrant Mother » Photographs in the Farm Security Administration Collection — guide de recherche : les cinq prises de vue de mars 1936 à Nipomo, l’identification de Florence Owens Thompson et les négatifs conservés (Library of Congress (États-Unis)) · James Gillray, The Plumb-pudding in danger, or, State epicures taking un petit souper (1805) — notice de l’estampe dans les collections d’images de la bibliothèque (Library of Congress (États-Unis))

§ 04
§ 04

L’art engagé : résister, faire reconnaître#

~9 min de lecture●●○StandardBOBO-2025-LV-anglais-premiere-§Axe-3-Art-et-pouvoir

Un demi-siècle de voix engagées dans le monde anglophone

Voix de la contestation dans le monde anglophoneFrise chronologique de 1930 à 2000, 1939: Billie Holiday · Strange Fruit, 1963: M. L. King · I Have a Dream, 1980: Kennard : Haywain, 1985: Guerrilla Girls19302000année1939Billie Holiday ·Strange Fruit1963M. L. King · IHave a Dream1980Kennard :Haywain1985Guerrilla Girls
Fig. 7Quatre jalons datés, chacun sur un support différent — la chanson, le discours, le photomontage, l’affiche de collectif — pour montrer que l’art engagé anglophone n’est pas un genre mais une position. « Strange Fruit » est mis en valeur comme point de départ : c’est là que le contraste devient une méthode.

Points clés

Le programme nomme cet objet d’étude « l’art comme vecteur de résistance ou de reconnaissance », et les deux mots comptent séparément. RÉSISTER, c’est s’opposer à un pouvoir, à une guerre, à une loi. FAIRE RECONNAÎTRE, c’est obtenir une place : rendre visible un groupe que les institutions ne montrent pas, ou dont elles ne montrent qu’une caricature. Une même œuvre fait souvent les deux, mais l’analyse gagne à dire laquelle elle fait d’abord. Le lexique suit : to denounce, to challenge, to speak out, to raise awareness, a stance, committed art, subversive — et, du côté de la reconnaissance, representation, visibility, to be under-represented.
La PROTEST SONG est le genre le plus dense du monde anglophone. « Strange Fruit », enregistré par BILLIE HOLIDAY le 20 avril 1939 pour le label Commodore, en reste le sommet : le texte, écrit par ABEL MEEROPOL sous le pseudonyme de Lewis Allan, décrit un arbre du Sud portant un « fruit étrange » — les corps des Afro-Américains lynchés. Tout le procédé tient dans un contraste : une langue douce, presque pastorale, pour une réalité insoutenable, chantée lentement et sans colère apparente. La violence de la chanson vient de cet écart, pas d’un cri. Dans les années 1960, BOB DYLAN prolonge la tradition en la mêlant au mouvement des droits civiques ; le hip-hop la reprendra à son tour.
Les ARTS VISUELS engagés travaillent souvent par MONTAGE, c’est-à-dire en rapprochant deux images que rien ne destinait à se rencontrer. « Haywain with Cruise Missiles » de PETER KENNARD (1980, photomontage, exemplaires conservés à la Tate et au Victoria and Albert Museum de Londres) pose trois missiles de croisière sur la charrette de foin du tableau le plus rassurant de la peinture anglaise, « The Hay Wain » de John Constable (1821). L’image est devenue l’un des emblèmes du mouvement antinucléaire britannique. Le procédé est analysable en une phrase : the montage does not argue, it collides — la contradiction se voit avant d’être comprise. C’est exactement pour cette raison qu’une image engagée porte parfois plus loin qu’un discours.
L’art de la RECONNAISSANCE vise l’institution elle-même. Le collectif des GUERRILLA GIRLS, formé à New York en 1985, affiche des chiffres et des questions sur les murs et jusque dans les musées — leurs œuvres figurent aujourd’hui dans la collection de la Tate — pour demander qui est exposé, qui est acheté, qui décide. Leur méthode est instructive parce qu’elle est réutilisable : compter, publier le compte, poser une question au lieu de proclamer une conclusion. Le STREET ART travaille autrement : gratuit, public, souvent illégal et sans lieu de conservation, il refuse le circuit du musée — chez BANKSY, artiste britannique qui peint au pochoir depuis les années 1990, l’ironie et le détournement remplacent le slogan.
Un cas fait le lien avec toute la section précédente : le 28 août 1963, MARTIN LUTHER KING prononce le discours « I Have a Dream » sur les marches du Lincoln Memorial, devant environ 250 000 personnes. Un monument commandé par l’État pour célébrer l’Union devient la scène d’où l’on somme cet État de tenir sa promesse. Rien n’est modifié dans le monument : c’est son USAGE qui bascule. Retenez ce mouvement, car il fournit une conclusion nuancée à presque tous les sujets de l’axe — the same stone can serve power one day and challenge it the next.
FAIT DE LANGUE : la PRISE DE POSITION. Un commentaire engagé se ruine sur trois structures mal maîtrisées. D’abord to denounce something, sans préposition — on ne dit pas to denounce against. Ensuite le verbe to protest : en anglais britannique on proteste to protest against something, en anglais américain souvent to protest something, sans préposition ; les deux existent, choisissez et tenez-vous-y. Enfin la nuance entre to raise awareness of an issue (sensibiliser à) et to make people aware that… Ajoutez le faux ami actual, qui signifie réel, véritable, et non actuel (current) : “the actual message of the song” veut dire son message réel.

Vocabulaire

→ Cartes
  • to denounce/dɪˈnaʊns/dénoncerTransitif direct : to denounce injustice. Jamais to denounce against. Le nom est denunciation.
  • committed art/kəˈmɪtɪd ɑːt/l’art engagéSe dit aussi engaged art. L’adjectif se construit avec to : committed to a cause.
  • to raise awareness of/reɪz əˈweənəs/sensibiliser àCollocation figée avec of ou about. On ne dit pas to sensitise, qui est un calque.
  • a stance/stɑːns/une prise de positionTo take a stance on an issue. Plus fort et plus précis que an opinion dans un commentaire.
  • to subvert/səbˈvɜːt/détourner, saper (un ordre établi)Adjectif subversive. Décrit exactement ce que fait un photomontage ou un pochoir de rue.
  • a lynching/ˈlɪntʃɪŋ/un lynchageTerme historique précis du contexte de « Strange Fruit » : exécution sans procès, le plus souvent raciste, dans le Sud des États-Unis.
  • under-represented/ˌʌndə reprɪˈzentɪd/sous-représentéLe mot clé de l’art de la reconnaissance : women artists remain under-represented in major collections.

Propagande et contestation : ce qui les sépare, ce qui les réunit

Deux rapports au pouvoir, une boîte à outils communeDiagramme de Venn avec 2 ensembles, Propagande, Art de contestationPropagandeArt de contestationapprouver,obéirréfléchir,résisterémouvoir,mobiliser
Fig. 8Les deux se distinguent par leur position à l’égard du pouvoir et par ce qu’elles demandent au spectateur. Mais elles partagent une boîte à outils : émouvoir, mobiliser. C’est cette zone commune qui explique qu’un art de contestation puisse être récupéré, et c’est elle qu’une copie nuancée nomme.
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Exemple corrigé

How a photomontage argues: Kennard’s Haywain with Cruise Missiles

You are shown Peter Kennard’s Haywain with Cruise Missiles (1980, Tate and Victoria and Albert Museum, London). In English, explain what the image is made of, how the montage produces its meaning, and why the artist chose this particular painting to alter.

  1. 01Say what you are actually looking at

    Separate the two sources before saying anything about meaning: “This is a photomontage made by the British artist Peter Kennard in 1980. It takes John Constable’s painting The Hay Wain, from 1821 — probably the best-loved image of the English countryside — and adds three photographed cruise missiles to the cart in the middle of the river.”

  2. 02Explain the mechanism of the montage

    Describe how the two halves work on each other: “The montage does not argue, it collides. Nothing is written and nothing is explained; the viewer simply sees two things that cannot belong together, and does the reasoning alone. Because the landscape is familiar and reassuring, the weapon looks more obscene there than it would in a desert.”

  3. 03Explain the choice of that particular painting

    Make the choice itself part of the analysis: “Constable’s painting is not just any picture: it is a national emblem, reproduced on biscuit tins and calendars. By altering it, Kennard attacks the idea that the English countryside is a place apart, safe from politics — which was exactly the argument used when American cruise missiles were to be based in eastern England.”

  4. 04Weigh what the image can and cannot do

    Close with a measured judgement: “The montage cannot prove that basing missiles in Britain was wrong; it is not an argument but an alarm. Yet it did something an argument could not: it made a familiar image impossible to look at innocently again. That is the specific power of committed art — it does not win the debate, it forces one to happen.”

Résultat : Une bonne analyse sépare d’abord les deux sources (Constable, 1821 ; Kennard, 1980) avant de parler de sens, puis explique le MÉCANISME du montage — deux images qui se contredisent produisent un sens qu’aucune ne portait seule, et c’est le spectateur qui fait le raisonnement. Elle traite le choix du tableau détourné comme un argument à part entière (une icône nationale, donc une atteinte à l’idée que la campagne anglaise serait hors politique). Elle conclut par un jugement mesuré sur ce qu’une image peut et ne peut pas faire. La langue emploie le lexique de l’engagement sans faute de construction.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : analyser une œuvre engagée en distinguant explicitement ce qu’elle DÉNONCE de ce qu’elle FAIT RECONNAÎTRE, et nommer au moins un procédé précis (contraste, montage, ironie, détournement, chiffre).
  • Objectif Bac : citer une œuvre engagée avec son triplet complet — « Strange Fruit », Billie Holiday, enregistré en 1939, texte d’Abel Meeropol — plutôt qu’un simple titre.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : expliquer en anglais le mécanisme d’un photomontage (deux images rapprochées produisent un sens qu’aucune ne portait seule), en s’appuyant sur un exemple daté et localisé.
  • Objectif Bac : montrer qu’une même œuvre ou un même lieu peut servir puis contester un pouvoir, en s’appuyant sur le cas du Lincoln Memorial et du discours du 28 août 1963.
  • Objectif Bac : employer sans faute les constructions de l’engagement (to denounce something, to protest against something, to raise awareness of something, to speak out against).

Erreurs fréquentes

  • Réduire une œuvre engagée à son sujet. Dire que « Strange Fruit » « parle du racisme » ne vaut aucun point : l’analyse porte sur le PROCÉDÉ — le contraste entre une langue pastorale et une réalité de lynchage, la lenteur, l’absence de cri — et sur l’effet que ce procédé produit.
  • Écrire « to denounce against ». Le verbe est transitif direct : to denounce racism, to denounce a war. À côté, to protest prend against en anglais britannique (to protest against the war) ; l’usage américain sans préposition existe aussi, mais on ne mélange pas les deux dans une même copie.
  • Employer actual pour « actuel ». Actual signifie réel, véritable ; « actuel » se dit current ou present. De même actually signifie en fait, et non actuellement (currently). La faute apparaît surtout dans les phrases de conclusion, là où elle brouille le sens.
  • Confondre propagande et art de contestation parce que les deux sont politiques. Le critère n’est pas le sujet mais la position par rapport au pouvoir et la demande faite au spectateur : adhérer et obéir d’un côté, réfléchir et résister de l’autre. Ajoutez la nuance qui fait la copie forte : un art de contestation peut être récupéré et finir en décor.
  • Citer Banksy comme on citerait un tableau de musée. Une œuvre de rue n’a le plus souvent ni date certaine ni lieu de conservation, et c’est précisément son propos. Dites-le au lieu d’inventer une notice : the work was painted on a street wall and has no fixed home, which is part of its point.

§ 04

Révision active

Vous correspondez avec un lycéen britannique qui n’a jamais entendu parler de l’œuvre engagée que vous avez étudiée. Enregistrez-vous en anglais pendant environ 90 secondes pour la lui présenter, en médiation : dites ce qu’elle est (auteur, date, lieu ou support), le contexte minimal sans lequel elle ne se comprend pas, ce qu’elle dénonce ou fait reconnaître, UN procédé et son effet, puis signalez honnêtement ce dont vous n’êtes pas sûr. Vous ne donnez pas votre avis : vous transmettez l’œuvre à quelqu’un qui devra pouvoir en parler après vous.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique — annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025 (BO n° 22 du 29 mai 2025) : les six axes de première et de terminale, leurs objets d’étude et les descripteurs par activité langagière (Ministère de l’Éducation nationale) · Peter Kennard, Haywain with Cruise Missiles (1980), T12484 — notice de collection : technique du photomontage, contexte antinucléaire et rapport au Hay Wain de Constable (Tate, Londres) · Guerrilla Girls — page d’artiste : le collectif fondé à New York en 1985, sa méthode de comptage et d’affichage, et ses œuvres entrées en collection publique (Tate, Londres)

§ 05
§ 05

Censure et liberté de création#

~9 min de lecture●●○StandardBOBO-2025-LV-anglais-premiere-§Axe-3-Art-et-pouvoir

Qui peut faire taire une œuvre ?

Qui peut faire taire une œuvre ?Arbre de probabilité, 4 chemins, Données: L’État : interdire, poursuivre; L’institution : retirer, déprogrammer; Le diffuseur : ne pas produire; L’artiste : l’autocensureFaire taire une œuvreL’État : interdire, poursuivreL’institution : retirer, déprogrammerLe diffuseur : ne pas produireL’artiste : l’autocensure
Fig. 9La question de la censure ne se pose jamais dans l’abstrait : elle se pose acteur par acteur, parce que chacun agit avec des moyens et une légitimité différents. La branche mise en valeur est celle de l’artiste lui-même : c’est la plus fréquente et la seule qui ne laisse aucune trace.

Points clés

Si l’art peut défier un pouvoir, un pouvoir peut chercher à le faire taire. La CENSURE (censorship) consiste à interdire, retirer ou modifier une œuvre jugée gênante, immorale ou dangereuse. Mais la question posée au lycée n’est pas « la censure est-elle mal ? » — la réponse serait trop facile pour être intéressante. Elle est plus précise : QUI décide, au nom de QUOI, et selon quelle procédure ? Un État, un tribunal, un conseil d’établissement, une chaîne de télévision, un employeur et un réseau social n’ont ni les mêmes moyens ni la même légitimité, et une copie qui les confond ne peut pas argumenter.
Le monde anglophone offre trois cas d’école pour montrer que la censure a des FORMES différentes. Aux États-Unis, le PREMIER AMENDEMENT à la Constitution, ratifié le 15 décembre 1791 avec le Bill of Rights, interdit au Congrès de restreindre la liberté d’expression : la censure d’État y est donc juridiquement difficile, et le conflit se déplace vers les écoles et les bibliothèques. Au Royaume-Uni, le Lord Chamberlain a licencié — c’est-à-dire autorisé ou interdit — toute pièce jouée sur une scène publique jusqu’au Theatres Act de 1968, qui a supprimé ce contrôle. Aux États-Unis encore, le Motion Picture Production Code, dit CODE HAYS, adopté en 1930 et réellement appliqué à partir de 1934, a régi ce que Hollywood pouvait montrer jusqu’à son remplacement par un système de classification par âge en 1968.
La censure la plus fréquente aujourd’hui n’est pourtant pas une interdiction d’État mais un RETRAIT : un livre disparaît d’une bibliothèque scolaire, un tableau quitte une salle, une chanson n’est plus programmée. Aux États-Unis, l’American Library Association organise depuis 1982 la BANNED BOOKS WEEK, qui recense et expose publiquement les ouvrages visés par des demandes de retrait — une réponse instructive, puisqu’elle consiste à rendre visible ce qu’on voulait faire disparaître. C’est le mécanisme que désigne l’expression « the Streisand effect », née d’une affaire de 2003 où une tentative de faire retirer une photographie d’un site l’a rendue célèbre : chercher à supprimer une image lui donne souvent une audience qu’elle n’avait pas.
La forme la plus silencieuse est l’AUTOCENSURE (self-censorship) : l’artiste, l’éditeur ou le diffuseur renonce de lui-même, par prudence, par crainte d’un procès, d’un boycott ou d’une perte de financement. Elle ne laisse aucune trace, ce qui la rend difficile à documenter et donc dangereuse à affirmer : on peut établir qu’un livre a été retiré d’une bibliothèque, rarement qu’un livre n’a pas été écrit. La fiction, elle, s’en est emparée : dans « 1984 » de GEORGE ORWELL, publié le 8 juin 1949, le pouvoir ne se contente pas d’interdire des phrases, il réduit la langue elle-même — le Newspeak — pour rendre certaines pensées littéralement informulables.
MÉTHODE : construire une argumentation NUANCÉE. Sur « Should art ever be censored? », la copie faible choisit un camp dès la première phrase. La copie forte fait quatre choses : elle reformule la question en nommant les deux valeurs en tension (artistic freedom / the protection of people) ; elle développe un argument solide d’un côté, appuyé sur un repère daté ; elle CONCÈDE honnêtement quelque chose à l’autre côté avec un connecteur de concession (admittedly, it is true that… but, although) ; puis elle conclut par une position mesurée qui dit à quelles conditions, et non par oui ou par non. La concession n’est pas une faiblesse : c’est ce qui rend la conclusion crédible.
FAIT DE LANGUE : les connecteurs de CONCESSION et le mot censure lui-même. Distinguez to censor (censurer une œuvre) de to censure (blâmer officiellement quelqu’un) — un seul « u » sépare les deux, et ils ne se prononcent pas pareil. Distinguez free speech (la liberté d’expression) de free au sens de gratuit. Côté grammaire, although et though introduisent une proposition (although the work is shocking, it raises a real question) tandis que despite et in spite of introduisent un groupe nominal (despite the outcry, the museum kept the painting) : « despite the museum kept it » est une faute fréquente et coûteuse dans une argumentation.

Vocabulaire

→ Cartes
  • to ban/bæn/interdire (une œuvre, un livre, une chanson)A banned book. Ne pas confondre avec to banish (bannir une personne) ni avec a ban on something (une interdiction portant sur).
  • to censor/ˈsensə/censurer (une œuvre)À distinguer de to censure (blâmer officiellement quelqu’un). Le nom est censorship ; celui qui censure est a censor.
  • self-censorship/self ˈsensəʃɪp/l’autocensureS’emploie avec prudence : elle se déduit, elle se prouve rarement. To censor oneself est le verbe correspondant.
  • free speech/friː spiːtʃ/la liberté d’expressionSynonyme plus formel : freedom of expression. Rien à voir avec free au sens de gratuit.
  • to withdraw a work/wɪðˈdrɔː/retirer une œuvreVerbe irrégulier : withdrew, withdrawn. Le retrait est la forme la plus courante de censure aujourd’hui.
  • an outcry/ˈaʊtkraɪ/un tollé, une levée de boucliersA public outcry over a painting. Utile pour décrire la pression sociale sans la confondre avec une décision légale.
  • admittedly/ədˈmɪtɪdli/certes, il est vrai queLe connecteur de concession le plus rentable à l’écrit : il annonce qu’on accorde un point avant de le dépasser.

Les cercles de contrainte autour d’une œuvre

Les cercles de contraintecercles concentriques, 4 anneaux, Données: L’œuvre, L’artiste : ce qu’il s’interdit, L’éditeur, le diffuseur, L’institution : école, musée, chaîne, La loi et le jugeLa loi et le jugeL’institution : école, musée, chaîneL’éditeur, le diffuseurL’artiste : ce qu’il s’interditL’œuvre
Fig. 10Entre une œuvre et le public s’interposent plusieurs cercles, du plus proche au plus lointain. On raisonne d’ordinaire sur le plus extérieur — la loi — alors que la plupart des œuvres qui n’arrivent jamais s’arrêtent bien plus tôt. Le cercle mis en valeur est celui de l’artiste : c’est le premier, et le plus silencieux.
Exemple corrigé

A nuanced answer: should a school library remove a novel some parents object to?

Write a structured argumentative answer in English to this question: “A group of parents asks a school library to remove a novel they find offensive. Should the school do it?” Frame the tension, argue one side properly, concede honestly, and conclude with a conditional position. Use at least one connector of concession.

  1. 01Reframe the question so both values are named

    Do not answer yet — set the stage: “This is not a choice between good and evil but between two things a school owes its students: access to books that challenge them, and a duty of care towards children of very different ages. Naming both makes the rest of the answer possible.”

  2. 02Argue the strongest case for keeping the book, with a dated reference

    Build one side properly: “A library is not an endorsement: holding a book is not recommending it. Removing a novel because it offends some readers hands the shelf to whoever complains loudest, and the American Library Association has organised Banned Books Week every year since 1982 precisely because such requests are frequent and rarely isolated. Moreover, removal often backfires: the attempt to suppress a work usually makes far more people read it.”

  3. 03Concede what the other side gets right

    Give ground where ground is due: “Admittedly, a school library is not a public one. It serves a captive audience of minors, and choosing what to put on a shelf for eleven-year-olds is an editorial decision that someone must make. Refusing to make it is not neutrality — it is only a different decision.”

  4. 04Conclude on conditions rather than on a verdict

    Land the nuance: “Therefore the useful question is not whether to remove but who decides and how. A transparent procedure, a written reason, an appeal, and a decision taken by educators rather than by the loudest group would settle most of these cases. All in all, a book should be moved for a stated pedagogical reason, and never removed simply because it was complained about.”

Résultat : Une bonne réponse ne tranche pas d’emblée : elle NOMME les deux valeurs en tension, développe un côté avec un repère daté et vérifiable (la Banned Books Week depuis 1982), CONCÈDE honnêtement à l’autre côté avec un connecteur (admittedly), puis conclut sur des CONDITIONS — qui décide, selon quelle procédure — plutôt que par un oui ou un non. Elle emploie trois connecteurs au moins (moreover, admittedly, therefore, all in all) et évite la faute despite + proposition.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : produire une argumentation nuancée sur la liberté de création, avec un argument développé, une concession explicite marquée par un connecteur, et une conclusion qui dit à quelles conditions plutôt que oui ou non.
  • Objectif Bac : distinguer les ACTEURS de la censure (un État, un tribunal, une école, un diffuseur, un employeur, une plateforme) et dire lequel agit dans le document étudié, avec quels moyens.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : mobiliser un repère daté exact du monde anglophone — le Premier amendement de 1791, le Theatres Act de 1968, le code Hays de 1930, la Banned Books Week depuis 1982 — sans erreur de date ni de pays.
  • Objectif Bac : expliquer en anglais le mécanisme par lequel une interdiction peut produire l’effet inverse de celui qu’elle vise, et l’illustrer par un cas.
  • Objectif Bac : employer sans faute although / though avec une proposition et despite / in spite of avec un groupe nominal, ainsi que la paire to censor / to censure.

Erreurs fréquentes

  • Répondre par un slogan. « Censorship is always wrong » ou « art must be controlled » ne sont pas des thèses mais des humeurs. L’attendu est une position CONDITIONNELLE : dire dans quels cas, à quelles conditions, décidé par qui — et le dire avec un connecteur de concession.
  • Écrire « despite the painting was shocking ». Despite et in spite of sont suivis d’un groupe nominal (despite the outcry, despite being shocking) ; c’est although ou though qui introduisent une proposition avec sujet et verbe. La faute est presque systématique chez les francophones et se corrige par la mémorisation d’une paire d’exemples.
  • Confondre to censor (censurer une œuvre) et to censure (blâmer, réprimander officiellement). De même, free speech désigne la liberté d’expression et n’a rien à voir avec free au sens de gratuit ; et to ban signifie interdire, alors que to banish signifie bannir une personne.
  • Affirmer une autocensure sans preuve. On peut établir qu’un livre a été retiré d’une bibliothèque ; on peut rarement établir qu’un artiste s’est tu par peur. Écrivez ce que vous pouvez soutenir : the publisher declined to say why, which some observers read as self-censorship — la prudence de formulation est un signe de niveau, pas de faiblesse.
  • Appliquer le Premier amendement au monde entier. Il protège la liberté d’expression face au Congrès des États-Unis ; il ne dit rien du Royaume-Uni, du Canada ni de l’Australie, dont les régimes juridiques diffèrent, et il n’interdit pas à une école ou à une entreprise privée de retirer un contenu. Confondre les échelles ruine une argumentation par ailleurs correcte.

§ 05

Révision active

Un correspondant américain vous écrit qu’il ne comprend pas pourquoi la France ne connaît pas de « banned books » dans ses lycées. Répondez-lui en anglais, en 150 à 180 mots, en médiation plutôt qu’en polémique : expliquez-lui d’abord ce que recouvre exactement l’expression dans le contexte scolaire américain (qui demande le retrait, à qui, de quel rayon), puis dites ce qui diffère selon vous en France, en signalant ce dont vous n’êtes pas certain. Vous n’avez pas à trancher lequel des deux systèmes est meilleur.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique — annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025 (BO n° 22 du 29 mai 2025) : les six axes de première et de terminale, leurs objets d’étude et les descripteurs par activité langagière (Ministère de l’Éducation nationale) · Cadre réglementaire des évaluations au baccalauréat — mémento (septembre 2025) : contrôle continu, coefficients des enseignements communs, attestation de langues vivantes (Éduscol — Ministère de l’Éducation nationale)

§ 06
§ 06

Commenter une œuvre : de l’image fixe à l’image animée#

~9 min de lecture●●○StandardBOBO-2025-LV-anglais-premiere-§Axe-3-Art-et-pouvoir

Les six questions à poser à un plan

Analyser un plan : six entréesroue segmentée, 6 segments, Données: Analyser un plan, Le cadre, L’angle, L’échelle, Le mouvement, Le son, Le décorLe cadreque voit-on, que coupe-t-on ?L’angled’où regarde-t-on ?L’échellegros plan ou plan large ?Le mouvementla caméra suit-elle ?Le sonmusique, silence, voixLe décorquel lieu, quels objets ?Analyser un plan
Fig. 11Six entrées, chacune répondant à une question différente, à parcourir dans l’ordre qu’on veut pourvu qu’on n’en saute aucune. L’angle est mis en valeur parce que c’est l’outil le plus directement politique : il décide si l’on regarde un personnage de haut ou de bas, et donc s’il domine ou s’il est dominé.

Points clés

Tout l’axe se joue dans un geste unique : COMMENTER, c’est-à-dire aller du visible au sens sans sauter d’étape. Décrire ce qui est là ; analyser comment c’est fabriqué ; interpréter ce que cela cherche à faire croire ; enfin SITUER l’œuvre dans le rapport art / pouvoir — célébration, propagande, contestation, reconnaissance. La quatrième étape est celle qu’on oublie et c’est la seule qui réponde à la question du programme. Un commentaire qui s’arrête à l’interprétation a analysé une image ; il n’a pas encore traité l’axe.
Le programme propose explicitement, parmi ses objets d’étude, la MISE EN SCÈNE ET LA REPRÉSENTATION DU POUVOIR POLITIQUE DANS LE CINÉMA ET LES SÉRIES DE FICTION. Le monde anglophone en fournit trois cas contrastés. « The West Wing », créée par Aaron Sorkin et diffusée sur NBC de 1999 à 2006, met en scène une présidence américaine idéalisée, compétente et bavarde. « House of Cards », d’abord une mini-série de la BBC diffusée en 1990 d’après le roman de Michael Dobbs, puis une série américaine diffusée par Netflix de 2013 à 2018, en donne l’exact négatif : le pouvoir y est cynisme et calcul. « The Crown », créée par Peter Morgan et diffusée par Netflix de 2016 à 2023, traite d’une autre forme d’autorité, non élue et largement silencieuse. Trois fictions, trois thèses sur ce qu’est gouverner.
Une image ANIMÉE s’analyse avec des outils propres, et les nommer en anglais fait la différence. L’ÉCHELLE DE PLAN d’abord : a close-up isole un visage et impose l’émotion, a wide shot rend un personnage petit dans son décor. L’ANGLE ensuite : a low-angle shot, pris d’en dessous, grandit celui qu’il filme — c’est la contre-plongée, procédé de pouvoir par excellence ; a high-angle shot fait l’inverse. Le MOUVEMENT enfin : « The West Wing » a rendu célèbre le walk and talk, un long plan-séquence qui suit des personnages marchant vite dans un couloir en discutant — l’effet produit est celui d’une machine d’État en mouvement permanent, compétente et pressée. Le DÉCOR compte autant : le Bureau ovale, un couloir, un trône sont des arguments avant d’être des lieux.
Un procédé mérite d’être connu à part parce qu’il est spectaculaire et facile à commenter : l’ADRESSE À LA CAMÉRA. Dans la version américaine de « House of Cards », le personnage principal se tourne régulièrement vers l’objectif pour commenter la scène qu’il vient de jouer. Le spectateur devient complice, il en sait plus que les autres personnages, et il finit par apprécier un homme dont il désapprouve les actes. Le procédé est le même que celui de l’affiche de recrutement — briser le quatrième mur pour transformer un public en interlocuteur — mais il sert ici une fin opposée : non pas mobiliser, mais compromettre.
MÉTHODE DE MÉDIATION ET D’ARGUMENTATION. Pour PRÉSENTER une œuvre à quelqu’un qui ne la connaît pas, restituez le strict nécessaire — nature, auteur, date, contexte minimal, message, un procédé — et signalez ce dont vous n’êtes pas sûr, sans donner votre avis. Pour ARGUMENTER en revanche, prenez position : reformulez la question, défendez une thèse illustrée par DEUX œuvres opposées de l’axe, accordez une objection, concluez de façon mesurée. Deux œuvres bien analysées valent toujours mieux que cinq citées ; un catalogue d’exemples n’est pas une argumentation, et le correcteur le voit à la première ligne.
FAIT DE LANGUE : le lexique de l’analyse filmique et le present perfect du bilan. Retenez la préposition des plans — the shot is filmed FROM below, the camera looks UP AT the president — et le vocabulaire de base : a shot, a scene, a sequence, the framing, the setting, the score (la musique de film). Attention à deux faux amis du domaine : a scene désigne une scène de film ou de théâtre, alors que la scène d’un concert se dit a stage ; et to assist signifie aider, tandis qu’« assister à » se dit to attend. Enfin, pour relier une œuvre du passé au présent, le present perfect est la forme juste : “television has changed the way we picture political power”.

Vocabulaire

→ Cartes
  • a close-up/ˈkləʊs ʌp/un gros planS’oppose à a wide shot (plan large) et a medium shot. Le verbe est to close in on somebody.
  • a low-angle shot/ləʊ ˈæŋɡl ʃɒt/une contre-plongéePris d’en dessous, il grandit le personnage. Son contraire est a high-angle shot (une plongée), qui l’écrase.
  • the framing/ðə ˈfreɪmɪŋ/le cadrageLe verbe to frame signifie cadrer, mais aussi faire accuser à tort — les deux sens circulent dans les séries politiques.
  • the setting/ðə ˈsetɪŋ/le décor, le cadre (lieu et époque)Ne pas confondre avec the scenery (le paysage) ni avec a stage (une estrade, une scène de spectacle).
  • to break the fourth wall/breɪk ðə fɔːθ wɔːl/briser le quatrième murSe dit quand un personnage s’adresse directement à la caméra ou au public. Procédé central de la version américaine de House of Cards.
  • to dramatise/ˈdræmətaɪz/romancer, mettre en scène (des faits réels)Le mot juste pour dire qu’une série adapte l’histoire sans la documenter : the series dramatises real events.
  • a stage/steɪdʒ/une scène (de théâtre, de concert), une estradeFaux ami double : a scene est une scène de film, et « un stage » en entreprise se dit an internship.

Du regard au sens, puis à la question du programme

Commenter une œuvre : quatre stationsGraphe, Décrire : ce qui est là → Analyser : comment c’est fabriqué, Analyser : comment c’est fabriqué → Interpréter : ce que cela veut faire croire, Interpréter : ce que cela veut faire croire → Situer : célébrer ou contester ?Décrire : ce quiest làAnalyser :comment c’estfabriquéInterpréter : ceque cela veutfaire croireSituer :célébrer oucontester ?
Fig. 12La chaîne complète comporte quatre stations, pas trois. La dernière — situer l’œuvre dans le rapport art / pouvoir — est celle qui répond réellement à la question de l’axe, et c’est celle que les copies abandonnent en chemin. Elle est ici la station d’arrivée.
Exemple corrigé

Two fictions of power: The West Wing and House of Cards

In English, compare the way these two series stage political power: The West Wing (created by Aaron Sorkin, NBC, 1999-2006) and the American House of Cards (Netflix, 2013-2018, after the 1990 BBC serial adapted from Michael Dobbs’s novel). Name one signature device on each side, say what each device does to the viewer, and conclude on what the contrast reveals.

  1. 01Set both works up accurately, and say what they are not

    Establish the facts, then the caveat: “Both series are fictions about American politics, made a generation apart. The West Wing was created by Aaron Sorkin and ran on NBC from 1999 to 2006; House of Cards ran on Netflix from 2013 to 2018, adapted from a British serial broadcast by the BBC in 1990. Neither documents how government works — each argues a case about it.”

  2. 02Name the signature device of the first, and its effect

    Describe the mechanism precisely: “The West Wing is built on the walk and talk: a long unbroken shot that follows officials striding down a corridor while they argue policy. Movement never stops, dialogue never simplifies, and nobody is filmed from below. The effect is a government that looks busy, expert and fundamentally decent — power as competence.”

  3. 03Name the signature device of the second, and its opposite effect

    Contrast the mechanism, not the plot: “House of Cards is built on direct address: the main character turns to the camera and explains what he has just done. The viewer knows more than every other character, and is flattered into complicity. The effect is exactly inverted — power as manipulation, and an audience that ends up enjoying a man it disapproves of.”

  4. 04Conclude on what the contrast reveals

    Draw the wider point: “Both series break the distance between the viewer and the state, but in opposite directions: one invites us to admire, the other to be complicit. Admittedly, neither is evidence about real government. What they do document is what their audiences were ready to believe about it — which is itself a fact about power.”

Résultat : Une bonne comparaison donne d’abord les deux fiches exactes (créateur, diffuseur, années) et pose la réserve — ce sont des fictions, pas des documents. Elle NOMME ensuite un procédé signature de chaque côté (le walk and talk ; l’adresse à la caméra) et dit ce que chacun fait AU SPECTATEUR, non ce qu’il fait dans l’intrigue. Elle conclut sur ce que l’écart révèle, avec une concession explicite. La langue emploie le lexique de l’image animée et les connecteurs de comparaison.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : commenter une œuvre en quatre temps — décrire, analyser, interpréter, SITUER dans le rapport art / pouvoir — et ne jamais s’arrêter avant le quatrième.
  • Objectif Bac (contrôle continu) : analyser un extrait de film ou de série en nommant en anglais au moins deux outils de l’image animée (échelle de plan, angle, mouvement de caméra, décor, musique) et l’effet de chacun.
  • Objectif Bac : expliquer ce que produit une contre-plongée (a low-angle shot) sur la perception d’un personnage de pouvoir, et le montrer sur un exemple précis.
  • Objectif Bac : produire une argumentation orale d’environ deux minutes illustrée par DEUX œuvres opposées de l’axe, avec une objection prise en compte et une conclusion nuancée.
  • Objectif Bac : distinguer clairement les trois gestes — rendre compte fidèlement en réception, évaluer et restituer sans déformer en médiation, prendre position en production — et ne pas donner son avis dans un compte rendu.

Erreurs fréquentes

  • Raconter l’intrigue au lieu d’analyser la mise en scène. Résumer trois épisodes de « The Crown » ne dit rien de la façon dont la série construit une autorité ; l’analyse porte sur le cadre, l’angle, le décor, le silence — sur ce que la caméra fait, pas sur ce que les personnages font.
  • Prendre une fiction pour un document historique. « The Crown » est une œuvre de fiction inspirée de faits réels, pas une source sur la monarchie britannique. Une copie sérieuse le dit : the series dramatises events rather than documenting them.
  • Employer scene pour « scène de concert ». En anglais, a scene est une scène de film ou de pièce ; l’estrade d’un concert se dit a stage. Autre faux ami du même chapitre : to assist signifie aider, alors qu’« assister à un spectacle » se dit to attend a performance.
  • Écrire « I am agree with the director » ou « I think that it is a good movie » à la place d’une analyse. Le jugement de goût ne rapporte rien s’il n’est pas argumenté ; et to agree est un verbe (I agree with…), jamais un adjectif.
  • Aligner des exemples sans problématique. Cinq œuvres citées à la suite ne forment pas une argumentation. Deux œuvres opposées, reliées par une question débattable et par des connecteurs logiques, valent bien davantage — et laissent le temps de l’objection.

§ 06

Révision active

Choisissez le générique d’ouverture d’une série politique anglophone et un portrait officiel peint étudié dans cet axe, puis rédigez en anglais 180 à 200 mots qui répondent à une seule question : les deux images donnent-elles la même définition du pouvoir ? Appuyez-vous sur des éléments concrets et nommés de chaque côté (échelle, angle, décor, symbole, durée, musique), n’essayez pas de tout dire, et concluez par une phrase qui accorde quelque chose à la réponse que vous n’avez pas retenue.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique — annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025 (BO n° 22 du 29 mai 2025) : les six axes de première et de terminale, leurs objets d’étude et les descripteurs par activité langagière (Ministère de l’Éducation nationale) · 10-minute talks: Anthony van Dyck’s Equestrian Portrait of Charles I — comment un musée lit un portrait de pouvoir, procédé par procédé (support de méthode pour le commentaire d’image fixe) (The National Gallery, Londres)

Vérifié · 08/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 06

    • 01L’art au service du pouvoir : célébrer et légitimer○
    • 02Art et propagande : faire adhérer, faire agir◐
    • 03S’engager dans la presse : dessin, caricature, photojournalisme◐
    • 04L’art engagé : résister, faire reconnaître◐
    • 05Censure et liberté de création◐
    • 06Commenter une œuvre : de l’image fixe à l’image animée◐

0/6 Lues

Des fiches à l'entraînement

Art et pouvoir

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~59
min
5
Compétences
50
questions
S'entraîner
Planifier une révision

Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale

  • Programme d’anglais pour les classes de lycée général et technologique — annexe 4 de l’arrêté du 5 mai 2025 (BO n° 22 du 29 mai 2025) : les six axes de première et de terminale, leurs objets d’étude et les descripteurs par activité langagière

The National Gallery, Londres

  • Anthony van Dyck, Equestrian Portrait of Charles I (vers 1637-1638), NG1172 — notice de collection : dimensions, iconographie du pouvoir royal et inscription CAROLVS REX MAGNAE BRITANIAE
  • 10-minute talks: Anthony van Dyck’s Equestrian Portrait of Charles I — comment un musée lit un portrait de pouvoir, procédé par procédé (support de méthode pour le commentaire d’image fixe)

National Park Service (États-Unis)

  • Mount Rushmore National Memorial — History & Culture : l’intention déclarée du sculpteur Gutzon Borglum et les liens historiques, spirituels et culturels des nations autochtones avec les Black Hills

Library of Congress, Prints and Photographs Division (États-Unis)

  • « I want you for U.S. Army : nearest recruiting station » — notice de l’affiche : James Montgomery Flagg (1877-1960), lithographie en couleurs publiée vers 1917, copyright Leslie-Judge Co., New York
  • World War I Posters — présentation de la collection d’affiches de la Première Guerre mondiale : recrutement, financement, effort de guerre, dans les pays alliés comme dans les autres

Library of Congress (États-Unis)

  • Dorothea Lange’s « Migrant Mother » Photographs in the Farm Security Administration Collection — guide de recherche : les cinq prises de vue de mars 1936 à Nipomo, l’identification de Florence Owens Thompson et les négatifs conservés
  • James Gillray, The Plumb-pudding in danger, or, State epicures taking un petit souper (1805) — notice de l’estampe dans les collections d’images de la bibliothèque

Tate, Londres

  • Peter Kennard, Haywain with Cruise Missiles (1980), T12484 — notice de collection : technique du photomontage, contexte antinucléaire et rapport au Hay Wain de Constable
  • Guerrilla Girls — page d’artiste : le collectif fondé à New York en 1985, sa méthode de comptage et d’affichage, et ses œuvres entrées en collection publique

Éduscol — Ministère de l’Éducation nationale

  • Cadre réglementaire des évaluations au baccalauréat — mémento (septembre 2025) : contrôle continu, coefficients des enseignements communs, attestation de langues vivantes

Voir aussi

  • Fictions et réalitésLa fiction est l’autre grand atelier du récit national : même question, autre matériau.
  • Citoyenneté et mondes virtuelsLe pouvoir horizontal des réseaux prolonge la question de la caricature et du photojournalisme.
  • Diversité et inclusion (Diversity and Inclusion)L’art comme reconnaissance des minorités : le point de contact entre les deux axes.

Chapitre précédent

Diversité et inclusion (Diversity and Inclusion)

Chapitre suivant

Innovations scientifiques et responsabilité

EuraStudy·Fiches T·04·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.