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Fiches/Français (épreuve anticipée)/Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle
FR · Bac

Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle

Objet d'étude de l'enseignement commun de français (classe de première, voie générale), évalué aux épreuves anticipées de français (EAF). On y étudie le personnage de roman et l'art du récit — narration, points de vue et temporalité — à travers l'histoire du genre, du récit médiéval au roman contemporain. L'objectif est de savoir analyser comment un récit construit un personnage et une vision du monde, et de mobiliser une œuvre intégrale et son parcours pour le commentaire, la dissertation, l'explication linéaire et l'entretien.

5 sections·~32 min de lecture·4 compétences·Vérifié · 06/2026

T·0333 / 10
Profil d’examen
Analyser la construction d'un personnage de roman et son évolution : caractérisation directe et indirecte, paroles rapportées, statut (héros, anti-héros) et rapport au réel.Identifier les choix de narration — statut du narrateur, points de vue (focalisations zéro, interne, externe), temps et discours rapportés — et en montrer les effets de sens.Étudier l'organisation temporelle du récit (ordre, vitesse, fréquence) et la conduite de l'intrigue, et caractériser le rythme narratif.Situer une œuvre dans l'histoire du genre romanesque (du récit médiéval au roman contemporain), caractériser la vision du monde proposée (réalisme, idéalisation, satire) et mobiliser le texte pour le commentaire, la dissertation sur œuvre, l'explication linéaire et l'entretien.
Opérateurs :analyseridentifierétudierinterprétersituerjustifiercommentercomparer

niveau de base

Maîtriser d'abord le socle narratologique : nommer le statut du narrateur (récit à la première ou à la troisième personne), reconnaître les trois focalisations, distinguer les vitesses du récit (scène, sommaire, ellipse, pause) et repérer la caractérisation directe et indirecte d'un personnage, en reliant chaque observation à un effet de sens.

niveau approfondi

Pour viser l'excellence, articuler la microlecture narratologique (point de vue, discours indirect libre, rythme) à une vision d'histoire littéraire : situer l'œuvre dans l'évolution du genre (réalisme, naturalisme, modernité, mise en cause du récit traditionnel au XXᵉ siècle) et savoir problématiser la notion de personnage (du héros exemplaire au personnage problématique) dans une dissertation sur œuvre.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle
    • 01L'objet d'étude : le roman et le récit, un art de raconter et de représenter○
    • 02Le personnage de roman : construction, évolution, héros et anti-héros◐
    • 03L'art du récit : narrateur, points de vue, temps et discours rapportés◐
    • 04Genres et visions du monde : du récit médiéval au roman contemporain●
    • 05Méthode : commenter un extrait narratif et exploiter l'objet d'étude à l'écrit et à l'oral●

5 sections · 25 points clés · 0 formule · 25 pièges signalés

§ 01
§ 01

L'objet d'étude : le roman et le récit, un art de raconter et de représenter#

~6 min de lecture●○○BaseBOeduscol-programme-francais-premiere

Les trois pôles de l'objet d'étude

Les trois pôles de l'objet d'étudeGraphe, Le roman et le récit → Personnage : qui agit ?, Le roman et le récit → Récit & narration : comment ?, Le roman et le récit → Formes & vision du mondeLe roman et lerécitPersonnage : quiagit ?Récit &narration :comment ?Formes & visiondu monde
Fig. 1Le roman se lit à la croisée de trois questions : qui agit (le personnage), qui raconte et comment (le récit et la narration), et quelle vision du monde se construit à travers les formes et les genres.

Points clés

L'objet d'étude « Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle » articule deux grandes questions : QUI agit (le personnage) et COMMENT on le raconte (la narration). Le roman est le genre où un narrateur construit, par le langage, un monde, des personnages et une intrigue ; étudier un récit, c'est observer les choix qui produisent cet effet de monde.
Il faut distinguer trois plans souvent confondus : l'HISTOIRE (les faits racontés, dans leur ordre logique et chronologique), le RÉCIT (le texte que l'on lit, avec ses choix d'ordre, de rythme et de point de vue) et la NARRATION (l'acte de raconter, par un narrateur). Un même fait (« il mourut ») peut être raconté de mille façons : c'est là qu'agit l'art du récit.
Le roman se définit par sa PLASTICITÉ : il absorbe d'autres formes (récit médiéval et de chevalerie, roman d'analyse, roman réaliste et naturaliste, roman moderne et contemporain) et d'autres genres brefs proches (nouvelle, conte, récit autobiographique). Il n'a pas de forme fixe : sa liberté formelle est l'un de ses enjeux esthétiques majeurs.
Le roman entretient un rapport central avec le RÉEL et la VRAISEMBLANCE : il peut chercher à donner l'illusion du monde réel (réalisme), à l'idéaliser, à le déformer pour le critiquer (satire) ou à le mettre à distance. La représentation romanesque n'est jamais neutre : elle propose une VISION DU MONDE, soutenue par des registres (pathétique, épique, comique, satirique).
Au lycée, cet objet d'étude se travaille à partir d'une ŒUVRE INTÉGRALE assortie d'un PARCOURS (un ensemble de textes et de questions qui éclairent un aspect de l'œuvre), renouvelés chaque année par arrêté. Il faut donc connaître précisément son œuvre et savoir la relier au parcours associé, à l'écrit comme à l'oral.
Le titre de l'objet d'étude engage une amplitude que les copies oublient : « du Moyen Âge au XXIᵉ siècle ». Le roman n'a pas toujours été le genre dominant ni respectable — longtemps tenu pour une lecture frivole et dangereuse, notamment pour les femmes, il ne conquiert son autorité qu'au XIXᵉ siècle. Cette histoire d'une légitimation est un angle de dissertation solide, et elle explique les préfaces défensives dont les romanciers ont longtemps eu besoin.

Vocabulaire

→ Cartes
  • histoireLes faits racontés, rétablis dans leur ordre chronologique et logique, indépendamment du texte.
  • récitLe texte tel qu'il est écrit, avec son ordre, ses ellipses et ses retours en arrière.
  • narrationL'acte de raconter lui-même : qui raconte, d'où, à quel moment par rapport aux faits.
  • incipitOuverture du roman, qui installe le cadre et le contrat de lecture.
  • clausuleFin du récit, dont l'effet de clôture ou d'ouverture engage l'interprétation de l'ensemble.
  • vraisemblanceConformité de la fiction à ce que le lecteur d'une époque tient pour croyable, et non à la réalité.
Exemple corrigé

Distinguer histoire, récit et narration sur un même fait

Soit la phrase d'ouverture d'un roman : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » En vous appuyant sur la distinction entre histoire, récit et narration, montrez en quoi cette phrase, bien qu'elle énonce un fait banal, relève déjà d'un art du récit.

  1. 01Identifier l'histoire (le fait raconté)

    Sur le plan de l'histoire, le fait est minimal et trivial : un homme avait, durant une longue période, l'habitude de se coucher tôt. C'est une habitude, non un événement unique.

  2. 02Observer le récit (les choix d'écriture)

    Le récit met ce fait en relief par sa POSITION (incipit), par l'adverbe « Longtemps » placé en tête, qui ouvre une vaste profondeur temporelle, et par le temps du verbe : « je me suis couché » est un PASSÉ COMPOSÉ employé ici avec une valeur d'habitude (itérative) — là où l'on attendrait plutôt l'imparfait d'habitude (« je me couchais »). On raconte donc une action répétée, non singulière. La fréquence (itératif) est ainsi déjà un choix de récit.

  3. 03Repérer la narration (qui raconte, et d'où)

    La narration se fait à la PREMIÈRE personne : un « je » se souvient. Ce « je » narrant, adulte, revient sur son passé : la voix qui raconte n'est pas au même moment que l'expérience racontée. S'installe d'emblée le thème de la mémoire et du temps, moteur de l'œuvre.

  4. 04Relier forme et sens

    Un fait banal devient une ouverture sur la mémoire et le temps grâce aux seuls choix de récit et de narration : place liminaire, temporalité étirée, voix rétrospective. La forme fait déjà sens.

Résultat : La même information (« je me couchais tôt ») n'a de portée littéraire que par le récit (incipit, « Longtemps », passé composé à valeur itérative) et la narration (un « je » qui se souvient). Distinguer ces trois plans permet de montrer comment un fait minimal devient le seuil d'une œuvre sur le temps et la mémoire — c'est exactement ce que le commentaire doit analyser.

Objectif Bac

  • Objectif EAF : savoir, dès l'introduction d'un commentaire, situer l'extrait (place dans l'œuvre, genre, moment de l'intrigue) et nommer le type de récit et la vision du monde qu'il met en jeu, sans se contenter de résumer l'action.
  • Objectif EAF : pour la dissertation sur œuvre, mobiliser cet objet d'étude pour problématiser la question du personnage et de la représentation du monde, en appuyant chaque idée sur des passages précis de l'œuvre intégrale et de son parcours.
  • Objectif EAF : distinguer par écrit histoire, récit et narration dès la première page du commentaire ; c'est ce qui empêche mécaniquement la paraphrase.
  • Objectif EAF : à la dissertation, penser le roman comme un genre qui a dû conquérir sa légitimité — l'argument historique nourrit les sujets sur le réel et la moralité du roman.
  • Objectif EAF : traiter l'incipit et la clausule comme des lieux stratégiques (contrat de lecture, effet de clôture), car ce sont les extraits les plus souvent donnés.

Erreurs fréquentes

  • Confondre l'histoire et le récit : raconter « ce qui se passe » (paraphrase de l'intrigue) au lieu d'analyser COMMENT le texte le raconte (ordre, point de vue, rythme). Le commentaire porte sur les choix narratifs, pas sur les événements eux-mêmes.
  • Croire qu'un roman « décrit la réalité » de façon transparente : oublier que tout récit est une CONSTRUCTION qui propose une vision orientée du monde. Même le réalisme le plus poussé résulte de choix d'écriture (sélection, point de vue, registres).
  • Employer « roman » et « récit » comme des synonymes : le récit est la catégorie large (conte, nouvelle, épopée, roman), et l'objet d'étude porte sur les deux.
  • Juger un roman du XVIIᵉ ou du Moyen Âge à l'aune du réalisme du XIXᵉ : la vraisemblance n'est pas un critère intemporel, et l'anachronisme critique est sanctionné.
  • Traiter le narrateur comme l'auteur : même dans un récit à la première personne, le « je » est une instance construite, jamais l'état civil de l'écrivain.

§ 01

Révision active

À partir de votre œuvre intégrale au programme, rédigez un paragraphe d'une dizaine de lignes qui répond à la question : « Quelle vision du monde ce roman propose-t-il, et par quels grands choix de récit (narrateur, point de vue, rapport au réel) cette vision est-elle construite ? » Appuyez-vous sur deux passages précis.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de français de première des voies générale et technologique — annexe 2, texte consolidé (BO spécial n° 1 du 22-1-2019, modifié BO n° 18 du 30-4-2020 et n° 40 du 22-10-2020) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 02
§ 02

Le personnage de roman : construction, évolution, héros et anti-héros#

~6 min de lecture●●○StandardBOeduscol-programme-francais-premiere

Caractériser un personnage : direct / indirect, héros / anti-héros

Caractériser un personnageTableau de 3 colonnes et 2 lignes, Données: Caractérisation · Le texte… · Procédés; Directe · DIT ce qu'il est · portrait, nom, épithètes; Indirecte · le MONTRE · actes, paroles, décor, cellule mise en évidence : IndirecteCaractérisationLe texte…ProcédésDirecteDIT ce qu'il estportrait, nom, épithètesIndirectele MONTREactes, paroles, décorDirecte : on le dit ; indirecte : on le montre (le lecteurdéduit).
Fig. 2On construit un personnage en le DISANT (caractérisation directe) ou en le MONTRANT par ses actes, ses paroles et son entourage (caractérisation indirecte) ; selon la valeur que le récit lui accorde, il tend vers le héros exemplaire ou vers l'anti-héros.

Points clés

Le personnage est un ÊTRE DE PAPIER : il n'existe que par le langage, construit progressivement par un faisceau d'indices. On le caractérise par son nom, son portrait physique et moral, son milieu, ses paroles, ses actions et son évolution. Le lecteur en reconstitue l'unité (l'« effet-personnage ») à partir de ces traces.
On distingue la caractérisation DIRECTE — le narrateur (ou un autre personnage) DIT explicitement ce qu'est le personnage (épithètes, portrait, jugement) — et la caractérisation INDIRECTE — le texte le MONTRE par ses actes, ses paroles, ses objets, le décor qui l'entoure ou le regard d'autrui. La caractérisation indirecte, plus subtile, demande au lecteur d'interpréter.
Le HÉROS, étymologiquement, est le personnage central et souvent supérieur ou exemplaire (le chevalier médiéval, le grand ambitieux balzacien). L'ANTI-HÉROS est un personnage principal dépourvu des qualités héroïques traditionnelles : médiocre, passif, ridicule, faillible ou veule. L'opposition n'est pas morale mais relève du statut et de la valeur que le récit lui accorde.
Le personnage évolue dans le temps du récit : il peut connaître une ASCENSION ou une CHUTE (trajectoire sociale), un APPRENTISSAGE (le roman de formation, ou « Bildungsroman ») ou une désillusion. Étudier un personnage, c'est suivre cette trajectoire et les moments-clés (rencontres, épreuves, révélations) qui la jalonnent.
Le personnage est aussi un OPÉRATEUR DE SENS : à travers lui, le roman explore une condition sociale, une époque, une vision du monde. Une héroïne de roman réaliste donne à voir la condition féminine d'un milieu ; un anti-héros peut traduire le désenchantement d'une époque. Le personnage n'est jamais seulement « un caractère » : il porte un propos.
La caractérisation se lit aussi dans ce que le texte tait. Un personnage dont on ignore le passé, le visage ou le nom propre n'est pas un personnage raté : l'indétermination produit un effet — inquiétude, universalité, réduction à une fonction sociale. Interroger les blancs du portrait vaut souvent mieux que d'inventorier ses adjectifs.
Le nom est un indice à part entière. Un patronyme peut sonner comme un programme (Rastignac et sa rudesse conquérante), désigner une origine sociale, ou au contraire se réduire à une initiale qui refuse l'identité. Le commentaire gagne à traiter l'onomastique comme un procédé, à condition de ne pas forcer l'étymologie.

Vocabulaire

→ Cartes
  • caractérisation directeInformation sur le personnage donnée explicitement par le narrateur ou un autre personnage.
  • caractérisation indirecteInformation déduite des actes, des paroles, du décor ou du corps du personnage.
  • anti-hérosPersonnage principal dépourvu des attributs traditionnels du héros : ni grand, ni efficace, ni exemplaire.
  • roman de formationRécit qui suit l'apprentissage d'un personnage jeune et sa transformation par l'expérience.
  • onomastiqueÉtude des noms propres, considérés comme porteurs de sens dans l'économie du récit.
Exemple corrigé

Analyser la caractérisation indirecte d'un personnage

Soit ce passage : « Il entra sans frapper, jeta son chapeau sur le lit des autres, exigea le meilleur fauteuil et coupa la parole au maître de maison. » Montrez comment ce passage caractérise le personnage, en distinguant ce qui relève du direct et de l'indirect.

  1. 01Chercher la caractérisation directe

    Le narrateur n'emploie ICI aucune épithète de jugement : il ne dit pas « il était arrogant ». La caractérisation directe est donc absente ou minimale : aucun adjectif ne nomme explicitement le caractère.

  2. 02Relever la caractérisation indirecte

    Tout passe par les ACTIONS et leur enchaînement : « entra sans frapper », « jeta son chapeau sur le lit des autres », « exigea le meilleur fauteuil », « coupa la parole ». La série de verbes d'action transgressifs montre, sans le dire, le sans-gêne et le mépris des règles de civilité.

  3. 03Analyser les procédés d'écriture

    L'ACCUMULATION de quatre actions parallèles, organisée en gradation (chaque acte est plus transgressif que le précédent), et le choix de verbes forts (« exigea », « coupa ») produisent un effet de crescendo dans l'impolitesse. Le détail « le lit des autres » souligne le mépris d'autrui. Le lecteur INFÈRE le trait de caractère.

  4. 04Conclure sur l'effet visé

    La caractérisation indirecte est ici plus efficace qu'un jugement direct : en laissant le lecteur conclure lui-même à l'arrogance, le texte rend le personnage vivant et engage le lecteur, tout en évitant la lourdeur d'un commentaire explicite.

Résultat : Le passage repose entièrement sur la caractérisation INDIRECTE : aucune épithète ne nomme le défaut, mais l'accumulation d'actions transgressives le fait surgir. Montrer ce mécanisme — le lecteur déduit le caractère des actes — est exactement ce qu'attend un commentaire ; conclure « le personnage est arrogant » sans analyser les procédés serait insuffisant.

Objectif Bac

  • Objectif EAF : dans un commentaire de portrait ou de scène, savoir distinguer et nommer les procédés de caractérisation directe et indirecte, et montrer ce que chacun construit (sympathie, ironie, ambiguïté) plutôt que de se contenter de « décrire le personnage ».
  • Objectif EAF : pour la dissertation sur œuvre, savoir discuter une affirmation sur le personnage (par exemple : le héros est-il un modèle ou un problème ?) en appuyant l'analyse sur son évolution et sur le statut que le roman lui confère.
  • Objectif EAF : nommer la caractérisation directe et indirecte et montrer laquelle domine ; un portrait qui passe par les gestes et le décor ne se commente pas comme un portrait jugé par le narrateur.
  • Objectif EAF : interpréter les silences du portrait (ce que le texte ne dit pas du personnage) — c'est une analyse rare et valorisée.
  • Objectif EAF : rattacher la trajectoire du personnage à une vision du monde (ascension, chute, apprentissage, échec), car les sujets de dissertation portent presque toujours là.

Erreurs fréquentes

  • Traiter le personnage comme une personne réelle : juger sa psychologie ou sa morale « comme dans la vie » au lieu d'analyser comment le texte le construit et à quelles fins. On parle d'un effet de texte, pas d'un individu autonome.
  • Confondre « héros » au sens courant (personnage admirable) et « héros » au sens narratif (personnage principal). Un anti-héros reste le héros, c'est-à-dire le protagoniste, de son roman ; il en est même souvent le centre d'intérêt.
  • Réduire l'anti-héros à un personnage antipathique : l'anti-héros est d'abord un personnage privé des attributs héroïques (grandeur, efficacité, exemplarité), et il peut être très attachant.
  • Faire de l'étymologie du nom une preuve : une lecture onomastique doit rester prudente et s'appuyer sur le texte, sinon elle bascule dans l'invention.
  • Prêter au personnage des intentions ou une psychologie que le texte ne fournit pas, puis bâtir l'analyse dessus : on commente ce qui est écrit, pas un personnage imaginé.

§ 02

Révision active

Choisissez un passage de votre œuvre où un personnage est présenté (portrait, première apparition ou scène décisive). Relevez et classez les procédés de caractérisation directe et indirecte, puis montrez en un paragraphe quelle image du personnage ils construisent et au service de quelle vision le romancier la met.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de français de première des voies générale et technologique — annexe 2, texte consolidé (BO spécial n° 1 du 22-1-2019, modifié BO n° 18 du 30-4-2020 et n° 40 du 22-10-2020) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 03
§ 03

L'art du récit : narrateur, points de vue, temps et discours rapportés#

~7 min de lecture●●○StandardBOeduscol-programme-francais-premiere

Les points de vue (focalisations) et le savoir du narrateur

Les points de vue (focalisations)Tableau de 3 colonnes et 3 lignes, Données: Focalisation · Le narrateur… · Savoir (Pouillon); Zéro (omniscient) · sait tout · N > personnage; Interne · sait ce qu'un perso sait · N = personnage; Externe · ne voit que l'extérieur · N < personnage, cellule mise en évidence : InterneFocalisationLe narrateur…Savoir (Pouillon)Zéro (omniscient)sait toutN > personnageInternesait ce qu'un perso saitN = personnageExternene voit que l'extérieurN < personnageLe point de vue (ce qu'on voit) n'est pas la personne (je /il).
Fig. 3Trois points de vue se distinguent par le savoir du narrateur (N) comparé à celui du personnage : focalisation zéro (N > personnage, omniscient), interne (N = personnage), externe (N < personnage, regard de caméra). Le point de vue (ce qu'on voit) ne se confond pas avec la personne (je / il).

Points clés

Le STATUT du narrateur répond à la question « qui raconte ? ». Le narrateur peut être PERSONNAGE de l'histoire (récit à la première personne, « je » : autobiographie, roman-mémoires, certains romans modernes) ou EXTÉRIEUR à l'histoire (récit à la troisième personne, « il / elle »). Ne pas confondre le narrateur (instance qui raconte dans le texte) avec l'auteur (personne réelle).
Le POINT DE VUE (ou focalisation) répond à la question « par les yeux et le savoir de qui voit-on ? ». La focalisation ZÉRO (narrateur omniscient) sait tout : il connaît les pensées de tous les personnages, le passé et l'avenir. La focalisation INTERNE limite la vision à ce que perçoit et sait UN personnage. La focalisation EXTERNE réduit le récit à ce qu'un observateur extérieur pourrait voir (gestes, paroles), sans accès aux pensées.
Une formule commode (d'après J. Pouillon et G. Genette) compare le savoir du Narrateur (N) à celui du personnage : en focalisation zéro N > personnage (le narrateur en sait plus) ; en focalisation interne N = personnage (le narrateur en dit autant qu'il en sait) ; en focalisation externe N < personnage (le narrateur en dit moins, il ne montre que l'extérieur). Le point de vue peut changer au fil d'un même roman.
La TEMPORALITÉ du récit se décrit sur trois axes. L'ORDRE : le récit peut suivre la chronologie ou la rompre par une ANALEPSE (retour en arrière) ou une PROLEPSE (anticipation). La VITESSE : pause (description, le récit avance mais l'histoire s'arrête), scène (dialogue, durées quasi égales), sommaire (on résume), ellipse (on saute un laps de temps). La FRÉQUENCE : singulatif (raconter une fois ce qui s'est produit une fois) ou itératif (raconter une fois ce qui s'est produit plusieurs fois).
Les DISCOURS RAPPORTÉS donnent à entendre les paroles et les pensées des personnages. Le discours DIRECT (guillemets, tirets, verbe de parole) restitue la voix propre ; le discours INDIRECT la reformule dans une subordonnée (« il dit qu'il… ») ; le discours INDIRECT LIBRE fond la voix du personnage dans celle du narrateur, sans subordonnant ni guillemets, créant ambiguïté, ironie ou empathie ; le discours NARRATIVISÉ résume la parole en un verbe (« il protesta »).

Vocabulaire

→ Cartes
  • focalisation zéroPoint de vue d'un narrateur qui en sait plus que ses personnages et accède à toutes les consciences.
  • focalisation internePoint de vue limité au savoir et aux perceptions d'un seul personnage.
  • focalisation externePoint de vue réduit à ce qu'un témoin extérieur pourrait voir et entendre, sans accès aux pensées.
  • analepseRetour en arrière qui insère dans le récit un épisode antérieur au moment raconté.
  • discours indirect libreParoles ou pensées rapportées sans subordonnant ni verbe introducteur, où la voix du personnage se mêle à celle du narrateur.
  • sommairePassage qui résume en peu de lignes une longue durée, par opposition à la scène.

La temporalité du récit : ordre, vitesse, fréquence

La temporalité du récitTableau de 2 colonnes et 3 lignes, Données: Axe du temps · Notions-clés; Ordre · chronologie, analepse, prolepse; Vitesse · pause, scène, sommaire, ellipse; Fréquence · singulatif, itératif, cellule mise en évidence : pause, scène, sommaire, ellipseAxe du tempsNotions-clésOrdrechronologie, analepse,prolepseVitessepause, scène, sommaire,ellipseFréquencesingulatif, itératifOrdre : où ; vitesse : combien de texte pour combiend'histoire ; fréquence : combien de fois.
Fig. 4Le récit peut bousculer la chronologie (analepse, prolepse) et faire varier sa vitesse selon le rapport entre le temps du récit et le temps de l'histoire : pause, scène, sommaire, ellipse. La fréquence distingue le singulatif de l'itératif.

Les discours rapportés : marques et effets

Les discours rapportésTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Type · Marques · Effet; Direct (DD) · guillemets, tirets · voix propre, vivacité; Indirect (DI) · subordonnée « que » · le narrateur reformule; Ind. libre (DIL) · ni « que » ni guillemets · fond les 2 voix : ironie; Narrativisé · un verbe résume · rapidité, distance, cellule mise en évidence : Ind. libre (DIL)TypeMarquesEffetDirect (DD)guillemets, tiretsvoix propre, vivacitéIndirect (DI)subordonnée « que »le narrateur reformuleInd. libre (DIL)ni « que » ni guillemetsfond les 2 voix : ironieNarrativiséun verbe résumerapidité, distanceLe discours indirect libre fond la voix du personnage danscelle du narrateur.
Fig. 5Tableau des quatre manières de rapporter la parole — direct, indirect, indirect libre, narrativisé — avec leurs marques formelles et leurs effets. Le discours indirect libre, sans subordonnant ni guillemets, fond la voix du personnage et celle du narrateur.
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Exemple corrigé

Identifier le point de vue et en interpréter l'effet

Soit ce passage : « Il poussa la porte. La salle lui parut immense, hostile ; tous ces visages tournés vers lui le jugeaient, il en était sûr. Que faisait-il là ? Il aurait dû fuir. » Déterminez le statut du narrateur et le point de vue, puis montrez l'effet produit.

  1. 01Déterminer le statut du narrateur

    Le récit est mené à la TROISIÈME personne (« il poussa », « il était sûr »). Le narrateur est donc extérieur à l'histoire : ce n'est pas le personnage qui raconte. La personne grammaticale est « il ».

  2. 02Identifier le point de vue

    Tout passe par la perception d'un seul personnage : « lui parut immense, hostile », « tous ces visages… le jugeaient, il en était sûr ». Le verbe de perception « parut » et l'incise « il en était sûr » signalent une vision SUBJECTIVE et limitée : on ne sait que ce que LUI ressent et croit. C'est la focalisation INTERNE (N = personnage).

  3. 03Repérer le discours indirect libre

    « Que faisait-il là ? Il aurait dû fuir. » : ces phrases, sans guillemets ni « il se demanda que », sont les pensées du personnage fondues dans le récit (interrogation, conditionnel passé du regret). C'est du discours INDIRECT LIBRE, qui nous fait entrer dans sa conscience.

  4. 04Interpréter l'effet

    La focalisation interne et le discours indirect libre créent une forte EMPATHIE : le lecteur partage l'angoisse du personnage, perçoit la salle comme « hostile » avec lui. Le récit ne dit pas « la salle était accueillante mais il avait peur » : il épouse une vision subjective et déformée, ce qui rend l'angoisse contagieuse.

Résultat : Récit à la troisième personne en FOCALISATION INTERNE, relayé par un DISCOURS INDIRECT LIBRE qui donne accès aux pensées du personnage. L'effet est une immersion empathique : le lecteur épouse une perception subjective et anxieuse de la scène. Nommer ces choix ne suffit pas — c'est leur effet (l'angoisse partagée) qu'il faut analyser dans le commentaire.

Objectif Bac

  • Objectif EAF : savoir nommer avec exactitude le statut du narrateur ET le point de vue d'un extrait, et surtout en justifier les EFFETS (proximité, ironie, suspense, vraisemblance), car c'est l'interprétation des choix narratifs qui est évaluée, non leur simple étiquetage.
  • Objectif EAF : repérer et interpréter le DISCOURS INDIRECT LIBRE et les variations de rythme (scène vs sommaire, ellipse), qui sont des indices décisifs du regard porté sur les personnages et de la conduite de l'intrigue.
  • Objectif EAF : justifier le point de vue par une marque textuelle vérifiable (verbe de perception, modalisateur, restriction du savoir) et non par une impression de lecture.
  • Objectif EAF : repérer un changement de focalisation à l'intérieur d'un même extrait et en tirer un effet — c'est un axe de commentaire immédiatement recevable.
  • Objectif EAF : distinguer scène, sommaire, ellipse et pause pour parler du rythme ; le vocabulaire précis de la vitesse narrative est attendu à l'explication linéaire.

Erreurs fréquentes

  • Confondre la personne grammaticale (« je » / « il ») et le point de vue : un récit à la troisième personne peut être en focalisation interne (« il », mais on suit le savoir d'un seul personnage). La personne répond à « qui raconte ? », le point de vue à « par le savoir de qui voit-on ? » — ce sont deux questions distinctes.
  • Manquer le discours indirect libre et l'attribuer au narrateur : prendre pour le jugement de l'auteur des pensées qui sont en réalité celles du personnage, fondues dans le récit. Le DIL est souvent le lieu de l'ironie : le narrateur fait entendre un personnage tout en s'en distanciant.
  • Confondre focalisation interne et récit à la première personne : un « il » peut être en focalisation interne, un « je » peut tout savoir en racontant après coup.
  • Appeler « omniscient » tout narrateur extérieur : le narrateur externe peut au contraire ne montrer que le comportement visible, sans accès aux pensées.
  • Décrire un discours indirect libre comme du discours indirect : l'absence de subordonnant et de verbe introducteur est justement ce qui fait fusionner les deux voix.

§ 03

Révision active

Dans un extrait narratif de votre œuvre, déterminez le statut du narrateur et le point de vue dominant, repérez au moins un changement de vitesse (scène / sommaire / ellipse) et un discours rapporté, puis rédigez un paragraphe montrant ce que ces choix de narration apportent au sens du passage.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de français de première des voies générale et technologique — annexe 2, texte consolidé (BO spécial n° 1 du 22-1-2019, modifié BO n° 18 du 30-4-2020 et n° 40 du 22-10-2020) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 04
§ 04

Genres et visions du monde : du récit médiéval au roman contemporain#

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Frise de l'histoire du roman, du Moyen Âge au XXIᵉ siècle

Histoire du roman (Moyen Âge → XXIᵉ)Frise chronologique de 1150 à 2000, 1170: Chrétien de Troyes, 1678: La Princesse de Clèves, 1830: Le Rouge et le Noir, 1857: Madame Bovary, 1885: Germinal, 1913: Proust · Recherche, 1957: Nouveau Roman, 1150–1500: Récit médiéval, 1500–1800: Roman d'analyse, 1800–1890: Réalisme / naturalisme, 1890–2000: Modernité11502000Récit médiévalRoman d'analyseRéalisme /naturalismeModernité1170Chrétien deTroyes1678La Princesse deClèves1830Le Rouge et leNoir1857Madame Bovary1885Germinal1913Proust ·Recherche1957Nouveau Roman
Fig. 6Du récit médiéval idéalisant au roman contemporain, le genre évolue vers une vraisemblance croissante (réalisme, naturalisme) puis met en cause, au XXᵉ siècle, le récit traditionnel : le héros exemplaire cède la place au personnage problématique.

Points clés

L'objet d'étude embrasse une longue HISTOIRE du genre. Au Moyen Âge, le récit de chevalerie et le roman courtois (Chrétien de Troyes) racontent les exploits d'un héros idéalisé. Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles s'affirme le roman d'ANALYSE, attentif à la vie intérieure et aux passions (le récit classique des sentiments, puis le roman des Lumières). Le roman se constitue peu à peu comme genre majeur.
Le XIXᵉ siècle est l'âge du RÉALISME : le roman ambitionne de représenter la société dans son ensemble, avec vraisemblance et exactitude documentaire (Balzac peint « la comédie humaine » ; Stendhal montre le roman comme « un miroir que l'on promène le long d'un chemin » ; Flaubert vise l'impersonnalité). Le détail vrai, l'ancrage social et historique deviennent des exigences.
Le NATURALISME (fin du XIXᵉ, Zola, Maupassant) radicalise le réalisme en s'inspirant des sciences : le romancier observe le déterminisme du milieu et de l'hérédité, comme un expérimentateur. Le roman devient un instrument de connaissance et de critique sociale, attentif aux milieux populaires et aux mécanismes qui pèsent sur les individus.
Le XXᵉ siècle MET EN CAUSE le récit traditionnel. Proust dilate le temps et la mémoire ; le roman explore le flux de conscience, la subjectivité, l'absurde (Camus). Le Nouveau Roman (Robbe-Grillet, Sarraute, Duras) défait le personnage « plein », l'intrigue linéaire et l'omniscience. Plus tard, l'AUTOFICTION brouille la frontière entre récit de soi et fiction. Le personnage devient problématique.
Étudier un récit, c'est donc le SITUER dans cette évolution et caractériser sa VISION DU MONDE : idéalise-t-il (héros médiéval), reflète-t-il avec exactitude (réalisme), dénonce-t-il les déterminismes (naturalisme), interroge-t-il la conscience et le langage (modernité) ? Les REGISTRES (épique, pathétique, comique, satirique) servent cette vision et orientent l'émotion du lecteur.

Vocabulaire

→ Cartes
  • réalismeEsthétique du XIXᵉ siècle qui vise une représentation vraisemblable et documentée de la société contemporaine.
  • naturalismeRadicalisation du réalisme qui applique au roman un modèle scientifique fondé sur l'hérédité et le milieu.
  • effet de réelDétail sans fonction dans l'intrigue dont la seule utilité est d'authentifier le monde représenté.
  • déterminismeIdée que les conduites d'un personnage sont commandées par son hérédité et son milieu.
  • roman de mœursRécit dont l'objet principal est la peinture d'un milieu social et de ses usages.
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Exemple corrigé

Caractériser la vision du monde d'un extrait réaliste

Soit ce passage : « La pièce sentait le suif refroidi et la sciure. Sur la table de bois fendu, trois sous, un quignon dur et un journal taché de graisse ; au mur, l'affiche jaunie d'une loterie qu'on n'avait jamais gagnée. » Montrez en quoi ce passage relève d'une esthétique réaliste et quelle vision du monde il construit.

  1. 01Repérer le détail concret et vrai

    Le texte accumule des détails matériels précis : odeurs (« suif refroidi », « sciure »), objets pauvres (« trois sous », « un quignon dur », « journal taché de graisse »), décor usé (« table de bois fendu », « affiche jaunie »). Cette densité du détail vrai est la marque du RÉALISME, qui vise l'illusion d'un monde tangible.

  2. 02Analyser le point de vue et la sélection

    La description, en focalisation externe, ne juge pas explicitement ; mais la SÉLECTION des objets est orientée : tout dit la pauvreté et l'usure. Le réalisme n'est pas neutre : il choisit les détails qui construisent un sens social. Le décor caractérise indirectement les habitants.

  3. 03Interpréter le détail symbolique

    L'« affiche jaunie d'une loterie qu'on n'avait jamais gagnée » dépasse le simple inventaire : c'est un détail à valeur symbolique, qui dit l'espoir déçu et l'absence d'ascension sociale. Le naturalisme aime ces détails qui révèlent un destin social et un déterminisme du milieu.

  4. 04Conclure sur la vision du monde

    Le passage construit une vision réaliste et critique de la misère : par le détail vrai et la sélection signifiante, il donne à voir un milieu et un déterminisme social, sans pathos appuyé. La vision du monde est celle d'un réalisme social proche du naturalisme : montrer pour faire comprendre une condition.

Résultat : L'extrait relève d'une esthétique réaliste, voire naturaliste : accumulation de détails matériels vrais, sélection orientée vers la pauvreté, détail symbolique de la loterie jamais gagnée. La vision du monde construite est celle d'une misère sociale déterminée par le milieu. Il fallait non seulement nommer « réalisme », mais le PROUVER par les procédés et en dégager la vision — c'est ce double mouvement qui fait un bon commentaire.

Objectif Bac

  • Objectif EAF : dans la dissertation sur œuvre, savoir situer son œuvre dans l'histoire du genre et l'utiliser comme exemple pour discuter des notions générales (le réalisme, le personnage, la fonction du roman), en mobilisant aussi le parcours associé.
  • Objectif EAF : caractériser précisément la vision du monde d'un extrait (réalisme, idéalisation, satire) à partir de ses procédés (choix du détail, registres, point de vue), plutôt que de plaquer une étiquette de mouvement sans preuve textuelle.
  • Objectif EAF : prouver l'appartenance à un mouvement par au moins deux indices internes (détail documentaire, hérédité, discours indirect libre, éclatement du récit) avant de nommer l'étiquette.
  • Objectif EAF : opposer proprement réalisme et naturalisme — l'ambition documentaire commune, le déterminisme scientifique en plus chez Zola.
  • Objectif EAF : à la dissertation, discuter l'idée même de « représenter le réel » plutôt que de la tenir pour acquise ; c'est là que se gagne la troisième partie.

Erreurs fréquentes

  • Réduire un mouvement à un slogan et l'appliquer sans preuve : écrire « c'est réaliste » ou « c'est naturaliste » sans montrer, dans le texte, ce qui le justifie (détail vrai, ancrage social, déterminisme du milieu). Une étiquette n'est valable que démontrée par le texte.
  • Plaquer la chronologie de façon mécanique : croire qu'un roman « moderne » doit forcément casser le récit, ou qu'un roman du XIXᵉ est forcément réaliste. Les mouvements coexistent et un auteur peut jouer avec les codes ; il faut lire le texte, pas l'étiquette de date.
  • Traiter réalisme et naturalisme comme équivalents : le naturalisme ajoute au réalisme une thèse scientifique sur l'hérédité et le milieu.
  • Confondre le mouvement et le siècle : tous les romans du XIXᵉ ne sont pas réalistes, et le réalisme se prolonge bien après 1900.
  • Prendre l'effet de réel pour du réel : les détails inutiles à l'intrigue produisent l'illusion référentielle, ils ne prouvent pas l'exactitude documentaire.

§ 04

Révision active

Situez votre œuvre intégrale dans l'histoire du genre romanesque (mouvement, période, héritages et ruptures) et rédigez un paragraphe argumenté montrant, à l'aide de deux exemples précis, quelle vision du monde elle propose et par quels procédés (point de vue, détails, registres) elle la construit.

S’entraîner sur des exercices associés50 questions sur ce thème→

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de français de première des voies générale et technologique — annexe 2, texte consolidé (BO spécial n° 1 du 22-1-2019, modifié BO n° 18 du 30-4-2020 et n° 40 du 22-10-2020) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

§ 05
§ 05

Méthode : commenter un extrait narratif et exploiter l'objet d'étude à l'écrit et à l'oral#

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Quatre temps pour commenter un extrait narratif

Quatre temps pour commenter un extrait narratifGraphe, 1. Situer → 2. La narration, 2. La narration → 3. Le personnage, 3. Le personnage → 4. Interpréter1. Situer2. La narration3. Le personnage4. Interpréter
Fig. 7Situer le texte, analyser la narration, étudier le personnage, puis interpréter : quatre temps qui conduisent du COMMENT (procédés) au POURQUOI (sens), pour bâtir une problématique sans jamais paraphraser.

Points clés

Devant un extrait de roman, suivre quatre temps de lecture : 1) SITUER (place dans l'œuvre — incipit, scène-clé, clausule —, genre, moment de l'intrigue) ; 2) analyser la NARRATION (statut du narrateur, point de vue, rythme) ; 3) étudier le PERSONNAGE (caractérisation directe/indirecte, paroles, évolution) ; 4) INTERPRÉTER (registres, vision du monde, enjeux). Ces axes nourrissent le commentaire ou l'explication linéaire.
La règle d'or est de relier le COMMENT au POURQUOI : tout relevé de procédé (un point de vue, un discours indirect libre, une ellipse, un registre) doit déboucher sur une interprétation. Une remarque technique non interprétée ne vaut rien ; une intuition non prouvée par le texte non plus. On évite à tout prix la PARAPHRASE (redire l'histoire avec ses propres mots).
Les épreuves diffèrent. À l'ÉCRIT, on traite un sujet sans préparation longue : soit le COMMENTAIRE d'un texte (souvent hors œuvre étudiée), soit la DISSERTATION sur l'une des œuvres au programme et son parcours. À l'ORAL, on présente une EXPLICATION LINÉAIRE d'un texte étudié (suivie d'une question de grammaire), puis on s'entretient sur une œuvre choisie que l'on a lue.
La DISSERTATION sur œuvre exige une connaissance intime de l'œuvre intégrale et de son parcours : il faut problématiser un sujet (souvent une citation ou une question sur le personnage, le récit ou la représentation du monde), construire un plan argumenté, et appuyer chaque partie sur des passages précis. On discute, on nuance, on ne se contente pas d'illustrer.
L'EXPLICATION LINÉAIRE suit le déroulé du texte (et non un plan thématique) : on dégage des mouvements, puis on commente le texte ligne à ligne en montrant comment il progresse, le tout orienté par une problématique. Elle suppose de connaître précisément les textes du parcours étudiés en classe. L'ENTRETIEN, lui, porte sur une œuvre que le candidat a choisie et défend.

Vocabulaire

→ Cartes
  • axe de lectureGrande orientation interprétative qui organise une partie du commentaire et répond à la problématique.
  • problématiqueQuestion précise née des tensions du texte, à laquelle le devoir apporte une réponse construite.
  • paraphraseReformulation du contenu du texte sans analyse de son écriture, faute la plus lourdement sanctionnée.
  • explication linéaireAnalyse conduite dans l'ordre du texte, mouvement par mouvement, propre à la première partie de l'oral.
Exemple corrigé

Bâtir une problématique et un plan à partir d'un incipit

On vous donne l'incipit d'un roman réaliste qui décrit l'arrivée d'un jeune provincial ambitieux dans une grande ville, à travers son regard ébloui et inquiet. Proposez une problématique et un plan de commentaire en deux axes, en justifiant vos choix par l'art du récit.

  1. 01Situer le texte

    Il s'agit d'un INCIPIT (seuil de l'œuvre) : il doit informer (qui ? où ? quand ?), donner le ton et engager la lecture. L'arrivée d'un jeune provincial ambitieux à la ville est un motif réaliste classique (le roman d'ascension sociale). Cette situation oriente déjà l'analyse vers la vision du monde.

  2. 02Repérer les choix de narration

    Le récit suit le « regard ébloui et inquiet » du personnage : on a une FOCALISATION INTERNE qui fait découvrir la ville en même temps que lui. Le rythme alterne probablement description (PAUSE, la ville détaillée) et notations de ses émotions (peut-être en discours indirect libre). Ces choix créent identification et attente.

  3. 03Formuler la problématique

    On relie narration et sens : « Comment cet incipit, en adoptant le point de vue ébloui et inquiet du jeune héros, fait-il de l'entrée dans la ville le seuil d'un destin social et la promesse d'un roman d'ambition ? » La question porte sur l'ART DU RÉCIT au service d'une vision du monde.

  4. 04Construire le plan en deux axes

    Axe 1 : un incipit qui installe un cadre réaliste et un personnage (point de vue interne, détails de la ville, caractérisation indirecte de l'ambition). Axe 2 : un seuil programmatique qui annonce une trajectoire (l'éblouissement et l'inquiétude comme promesse d'ascension et de menace, registres, tension). Chaque sous-partie part d'un procédé et conduit à un effet.

Résultat : Problématique retenue : comment l'incipit, par la focalisation interne sur un héros ébloui et inquiet, fait de l'arrivée à la ville le seuil d'un destin social ? Plan en deux axes (cadre réaliste et personnage / seuil programmatique d'un roman d'ambition), chaque partie reliant un procédé narratif à un effet de sens. Ce double mouvement — du procédé à l'interprétation, sans paraphrase — est exactement ce qu'évalue le commentaire.

Explication pas à pas4 étapes
  1. 1

    Première étape : situer l'extrait. Demandez-vous où vous êtes dans l'œuvre — un incipit qui ouvre, une scène-clé, une clausule qui referme —, quel est le genre du récit et à quel moment de l'intrigue il intervient. Situer, c'est déjà préparer le sens.

    Situer le texte

    Situer : où dans l'œuvre ?Frise chronologique de 0 à 100, 0: incipit, 50: extrait ?, 100: clausule0100% de l'œuvre0incipit50extrait ?100clausule
  2. 2

    Deuxième étape : analyser la narration. Posez trois questions — qui raconte (récit à la première ou à la troisième personne) ? quel point de vue (focalisation zéro, interne ou externe) ? quel rythme (scène, sommaire, pause, ellipse) ? Ces choix gouvernent ce que le lecteur voit et ressent.

    Analyser la narration

    Analyser la narrationTableau de 2 colonnes et 3 lignes, Données: Question · Réponses possibles; Qui raconte ? · je / il; Quel point de vue ? · zéro / interne / externe; Quel rythme ? · scène / sommaire / ellipse, cellule mise en évidence : Quel point de vue ?QuestionRéponses possiblesQui raconte ?je / ilQuel point de vue?zéro / interne / externeQuel rythme ?scène / sommaire / ellipse
  3. 3

    Troisième étape : étudier le personnage. Distinguez ce que le texte DIT de lui (caractérisation directe) et ce qu'il MONTRE par ses actes, ses paroles et son entourage (caractérisation indirecte), puis demandez-vous s'il s'agit d'un héros ou d'un anti-héros, et comment il évolue.

    Étudier le personnage

    Étudier le personnageTableau de 2 colonnes et 2 lignes, Données: Le texte… · Procédés; le DIT (directe) · portrait, épithètes; le MONTRE (indirecte) · actes, paroles, décor, cellule mise en évidence : le MONTRE (indirecte)Le texte…Procédésle DIT (directe)portrait, épithètesle MONTRE(indirecte)actes, paroles, décor
  4. 4

    Quatrième étape : interpréter. Reliez chaque procédé relevé — le comment — à un sens — le pourquoi : registres, vision du monde, enjeux (réalisme, satire, idéalisation). Vous aboutissez à une problématique, jamais à une paraphrase.

    Interpréter

    Interpréter : du comment au pourquoiGraphe, Procédé (COMMENT) → Sens (POURQUOI)Procédé(COMMENT)Sens (POURQUOI)

Objectif Bac

  • Objectif EAF : construire un commentaire ou une explication qui ne sépare jamais le relevé de l'interprétation, et dont l'introduction situe le texte et pose une problématique claire portant sur l'art du récit et la vision du monde.
  • Objectif EAF : pour la dissertation et l'entretien, mobiliser l'œuvre intégrale et son parcours avec des exemples précis et mémorisés (citations, scènes), et savoir nuancer une thèse plutôt que de la simplement confirmer.
  • Objectif EAF : bâtir des axes qui croisent toujours une technique narrative et un enjeu de sens, jamais un axe « les procédés » suivi d'un axe « les idées ».
  • Objectif EAF : situer l'extrait en une phrase (place dans l'œuvre, moment de l'intrigue) — l'omission de la situation est signalée par les correcteurs.
  • Objectif EAF : à l'entretien, préparer deux passages précis de l'œuvre choisie que l'on peut analyser sans le texte sous les yeux.

Erreurs fréquentes

  • Paraphraser le texte : raconter ce qui s'y passe au lieu d'analyser comment c'est écrit. Le correcteur attend une analyse des procédés narratifs et de leurs effets, jamais un résumé reformulé de l'histoire.
  • Plaquer un cours de narratologie sans l'ancrer dans le texte : énumérer « focalisation interne, analepse, discours indirect libre » sans citer ni interpréter. Chaque notion doit être prouvée par une citation et conduire à une interprétation du sens.
  • Annoncer un plan « forme / fond » : la dichotomie est explicitement dévalorisée, car elle sépare ce que le commentaire doit relier.
  • Consacrer l'essentiel du devoir au résumé de l'intrigue avant d'analyser : le récit de ce qui se passe ne compte pas comme analyse.
  • Traiter un extrait comme s'il était autonome, sans jamais le rapporter à l'économie de l'œuvre : la place de la page dans le livre fait partie du sens.

§ 05

Révision active

Entraînez-vous sur un extrait narratif d'une vingtaine de lignes (de préférence tiré d'une œuvre du programme) : rédigez une introduction qui situe le texte et pose une problématique sur l'art du récit, puis un plan en deux ou trois axes reliant chaque procédé narratif analysé (point de vue, rythme, caractérisation) à un effet de sens, sans aucune paraphrase.

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Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Définition des épreuves anticipées de français — version consolidée mars 2024 (écrit, oral et oral de contrôle, avec la fiche d’évaluation de l’oral) (Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol)

Vérifié · 06/2026 · Version complète via le réglage de profondeur — même endroit, mêmes ancres

Sommaire

Section -- / 05

    • 01L'objet d'étude : le roman et le récit, un art de raconter et de représenter○
    • 02Le personnage de roman : construction, évolution, héros et anti-héros◐
    • 03L'art du récit : narrateur, points de vue, temps et discours rapportés◐
    • 04Genres et visions du monde : du récit médiéval au roman contemporain●
    • 05Méthode : commenter un extrait narratif et exploiter l'objet d'étude à l'écrit et à l'oral●

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Des fiches à l'entraînement

Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle

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Références et sources

Sources

Ministère de l’Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de français de première des voies générale et technologique — annexe 2, texte consolidé (BO spécial n° 1 du 22-1-2019, modifié BO n° 18 du 30-4-2020 et n° 40 du 22-10-2020)
  • Définition des épreuves anticipées de français — version consolidée mars 2024 (écrit, oral et oral de contrôle, avec la fiche d’évaluation de l’oral)

Voir aussi

  • Œuvres au programme et parcours associésSituer l'objet d'étude dans l'architecture du programme et dans le couple œuvre/parcours.
  • Le commentaire (épreuve écrite)Méthode de l'analyse d'un extrait narratif au commentaire.
  • La dissertation sur une œuvre (épreuve écrite)Les sujets sur le roman interrogent souvent le personnage, le réalisme ou la vision du monde.

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La littérature d'idées du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle

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